la lanterne de diogène

25 mars 2017

Il y a 10 ans...

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c'était le bonheur

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Des services publics : le reniement (2)

 

Malgré tout, tous les services publics ne se valent pas. J’ai aussi été confronté à l’incompétence et à des réponses non avenues. À la poste, le guichetier n’a pas su me répondre et est allé chercher un supérieur. Jusque là, rien à dire, au contraire. Ça évite les fameux « Je veux parler à un responsable ! ». Retour avec un rendez-vous avec un « conseiller en patrimoine » dont on me dit qu’il est « encore au-dessus du conseiller financier ». Rendez-vous pris pour passer une heure avec lui, pour une simple démarche administrative qui m’a, finalement, pris moins de cinq minutes par téléphone (temps d’attente non compris). Pourquoi ?

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Simplement, parce que, depuis plusieurs années, La Poste fait tout pour casser son image de service public et notamment celui de distribuer le courrier. Bien sûr, la poste doit faire face à la baisse du volume échangé (dû à l’Internet après le fax et au téléphone mobile) et la concurrence des messageries privées étrangères qui ont racheté celles qui existaient ici. On comprend qu’il faille trouver des solutions pour éviter les licenciements massifs. Le bureau de poste de quartier ou de village aurait pu se transformer en maison des services publics et proposer le fameux « guichet unique » pour offrir un accès aux services à ceux qui ne peuvent pas se déplacer (vieux, handicapés et tous ceux qui n’ont pas de véhicule) puisqu’il disposait du local, du réseau, du personnel et du matériel ; donc pas d’investissement massif mais une extension de l’affectation. Au lieu de ça, chaque conférence de presse donne lieu à un exposé où l’on nous annonce tout ce que La Poste ne veut plus faire et qu’on attend d’elle et où l’on nous annonce tout ce qu’elle va faire et qu’on ne lui demande pas. À un moment, les bureaux de postes vendaient des jouets et l’espace dévolu au services habituels s’en trouvait réduit de moitié. Ensuite, on nous a imposé les automates : « ah, mais ça, il faut le faire avec la machine là-bas. Venez, je vais vous montrer comment on fait ». Pourquoi ne pas le faire, alors ? Non, La Poste ne veut plus qu’on demande aux guichetiers de faire le travail pour lequel ils ont été (bien) formés ! Si d’aventure vous avez besoin d’un timbre (ou d’un carnet), le guichetier est obligé de vous dire « vous savez que nous vendons des enveloppes pré-timbrées ? ». Comme s’il était ardu de coller un timbre sur une enveloppe.

La Poste veut surtout mettre en avant « la Banque Postale ». Finis les mandats, les chéquiers mêmes ! La poste (pardon, la banque postale) vend des produits financiers. Fini le « Livret A », d’ailleurs, il ne rapporte plus rien puisque, officiellement, les prix n’augmentent plus. Un conseiller financier va vous inciter à placer votre pognon péniblement gagné dans des portefeuilles d’actions. Si ça fait comme les actions de France-Télécom où les petits porteurs ont été floués avec les changements de nom et la filialisation… La « Banque Postale » développe ses assurances et, si possible, pas avec la CNP mais des partenaires du privé. Et puis, quand on vient signaler un sinistre, c’est comme pour remplir un formulaire : « Ah, mais, pour ça, il faut appeler un numéro de téléphone... ». Drôle d’assureur qui ne reçoit pas ses assurés quand ils ont besoin. La Poste veut se placer dans les télécom et, si possible pas avec son ancien partenaire des PTT, France-Télecom devenu Orange.

Le secteur financier des PTT s’était développé grâce à son réseau de bureaux de proximité. C’était justement la force des chèques postaux (CCP) par rapport aux autres banques ; et puis, ils ne payaient pas l’envoi des relevés de compte. Avec le gros Barre, on a mis fin à ces arrangements. Les CCP ont dû passer un accord avec La Poste (bien mentionné sur les enveloppes) et la poste a été tenue de fermer de plus en plus de bureaux. Ces dernières années, on a demandé aux mairies, aux bistrots, aux épiciers de bien vouloir faire un peu de place chez eux pour mettre une balance et une caisse afin d’assurer les services postaux de base.

Grâce à l’Union Postale Internationale (qui a adhéré à l’ONU à sa création), on pouvait utiliser des « post-chèques » dans le monde entier et retirer facilement de l’argent lors de déplacements à l’étranger. Il suffisait de se rendre au bureau de poste de la ville où l’on était. Ça marchait bien. Les immigrés pouvaient envoyer des mandats jusque dans leurs villages, au pays. Ça marchait bien. Eh bien non ! Maintenant, la poste travaille pour le compte de son concurrent, Western Union qui, justement, ne disposait pas d’un réseau aussi complet. Je crois que ça s’appelle « la concurrence libre et non-faussée ». C’est le service public qui se met au service d’entreprises privées. Après, on dira que les services publics marchent mal. Marchent tellement mal que les boites privées se servent d’eux pour se développer alors qu’ils ne le pouvaient pas tout seuls.

Si l’on se rend sur le site internet de La Poste, on trouve « la boutique » et « mon panier », comme sur les sites de vente par correspondance. Surtout, faire oublier qu’on est un service public qui fonctionne avec l’argent des impôts. Surtout, faire croire aux « clients » qu’ils ont à faire avec des « commerciaux » (pour ne pas dire des commerçants) et pas des fonctionnaires.

Idem chez Orange, l’autre branche des PTT qui ont fait envie au monde entier par leur excellence et leur réseau de proximité. Pour un simple changement d’adresse de facturation du téléphone, il faut entamer une démarche où, à chaque étape, on vous demande si vous ne voulez pas profiter de l’offre du moment et changer d’abonnement pour avoir l’Internet, le mobile, la TV, la 4G et bientôt la banque. La banque Orange, issue des PTT, ou plutôt « Orange Bank » va faire concurrence à la « Banque Postale » issue également des PTT…

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La SNCF est aussi dans ce cas. C’est un autre service public qui bénéficiait d’une excellente réputation dans le monde entier. C’est un autre service public qui fait tout pour faire oublier qu’il en est un. D’abord, et depuis longtemps, la Sncf veut faire oublier qu’elle gère des trains. C’est ainsi que Calberson a été longtemps le premier transporteur routier de France. Aujourd’hui, c’est le groupe Géodis qui a pris le relais et qui veut se faire connaître en mettant son nom sur un bateau de course. Grâce à la loi Macron, la Sncf veut développer ses autocars. Le but est de supprimer les trains corail. Les omnibus ont été repris par les Régions sous le nom de « ter ». Les express et les rapides par le TGV, devenu une marque à part. La SNCF est devenue « SNCF » tout court, sans article car ça n’est plus un sigle mais une marque. Les marchandises ont été reprises par la concurrence. Le réseau a été repris par la SNCF qui entend bien déferrer partout où il reste encore des rails. La Sncf fait tout pour dissuader les opérateurs de faire rouler des trains en n’entretenant pas les voies, afin que le trafic soit reporté sur les routes dont on constate le bon entretien (hum!) depuis qu’elles relèvent des Départements. Et puis, à l’heure où l’on essaie d’attirer des opérateurs privés, ça serait le comble qu’il y en ait un qui gagne un peu de sous là où la Sncf n’a jamais pu. Donc, on enlève les rails mais il y a peu de chance qu’une entreprise privée veuille se lancer sur des relations modestes. Restent les Régions et la Sncf ne fait rien pour leur faciliter la tâche, au contraire. Peu importe, le TGV se porte bien et l’on propose maintenant aux « clients » de monter dans de vrais TGV même s’ils roulent sur voie normale et, donc, à vitesse normale. Les gens sont contents, ils ont pris le TGV… le plus fort, c’est que ça marche. Inversement, la Sncf va payer un péage exorbitant pour ses TGV entre Paris et Bordeaux puisque la voie rapide appartient à un réseau privé. Ça devient compliqué.

Donc, la SNCF oublie son vieux slogan « Le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous », qui date du lancement du TGV, au même prix que les autres trains. Dans les grandes gares, on trouve partout des automates pour acheter son billet. Ça marche plutôt bien, tant que la carte de crédit est reconnue. Sinon, finis les guichets. Maintenant, on a une « boutique » pour vendre les billets classiquement. Et pour le TGV, impossible de connaître le prix sur un trajet donné : « à partir de 10€ (voir conditions etc.) ».

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En d’autres termes, des services publics ont honte d’être de rendre service. L’heure n’est plus au « service » mais au commercial, pour ne pas dire au commerce. Nous avons vu, autrefois, comment le service de renseignements téléphoniques gratuit (inclus dans l’abonnement au téléphone) avait dû devenir payant et s’ouvrir à la concurrence qui se vantait d’offrir en plus l’horoscope et les pronostics hippiques. On nous avait présenté ça comme un progrès. « La vérité des prix », comme disait le gros Barre. Il y a depuis tant d’années, de telles campagnes de dénigrement des services publics qu’il devient infamant d’y travailler ou de s’en réclamer. Pourtant, ce sont les services publics qui ont permis à la France de se reconstruire aussi rapidement après la guerre et d’offrir une qualité de vie unique en Europe (pour ne parler que du continent dévasté) . C’est le « plan » et son principal instrument, les services publics qui ont contribué au redressement économique et offrir 30 années de progrès et d’expansion, qu’on appelle depuis les « trente glorieuses ». Les fleurons de l’industrie française se trouvaient tous dans le domaine public, d’une manière ou d’une autre : EDF-GDF, SNCF, PTT, Renault, Thomson-CSF, Snecma, Aérospatiale . Ainsi que nous l’avons déjà expliqué, aucun investisseur privé n’aurait financé les études, la R&D, pour des projets tels que la fusée Ariane, le TGV, le parc nucléaire. On parle beaucoup de la fusée Ariane pour vanter l’Union Européenne alors qu’elle n’a rien à voir là-dedans. La fusée Ariane, c’est d’abord la France et son groupe Aérospatiale et quelques autres industries (publiques ou privées) en Europe ; souvent hors CEE comme la Suède et encore la Suisse ou la Norvège. On s’obstine dans la filière nucléaire en vantant « l’indépendance énergétique » mais l’indépendance énergétique, c’est d’abord EDF.

Aérospatiale

 

Il est facile pour un groupe financier, aujourd’hui, de se payer un géant industriel solide qui a bénéficié de l’assise des fonds souverains (autrement dit de l’État) quand tous les risques ont été pris et qu’il suffit de toucher les bénéfices. C’est ce qui s’est passé avec les autoroutes.

Il est même facile pour un groupe industriel de se lancer dans un projet comme le TGV après avoir attendu de voir si ça marchait en France. Siemens a beau jeu de lancer son Velaro et Bombardier son Zefiro après avoir vu le succès du TGV. De son côté, Alstom privatisé a été incapable de lancer un produit vraiment nouveau pour se maintenir tout en conservant ses marchés traditionnels. Et ne parlons pas des chantiers navals. Bouygues, actionnaire de référence d’Alstom, privatisé, a cédé sa branche d’excellence dans le matériel électrique aux États-Unis pour réaliser une belle opération financière. Il veut, à présent, liquider la construction ferroviaire pour maintenir le rendement de ses actions. C’est, une fois de plus, l’État qui va renflouer Alstom d’une façon ou d’une autre en attendant que Bombardier rafle la mise après l’élection présidentielle (en octobre) et profite néanmoins de la commande de l’État.

On ne demande pas à la SNCF de concurrencer son ancien partenaire des Trains Italiens (privatisé désormais), chez lui, mais d’offrir des trains à ses « clients » français, en nombre suffisant et au meilleur prix. On ne demande pas à EDF de racheter des compagnies boiteuses en Italie (décidément) ou en GB ni de construire des centrales nucléaires à l’étranger pour y prendre des parts de marché et d’être obligé d’augmenter ses tarifs parce que ça marche pas mais de distribuer de l’électricité à tous, en France, et le moins cher possible ; comme avant . On ne demande pas à GDF de s’associer avec un ancien géant franco-belge de l’énergie pour avoir une taille internationale si c’est pour voir sa facture augmenter afin de verser des dividendes aux anciens actionnaires privés. On ne demande pas à la poste de servir les intérêts de WU quand elle a les moyens d’offrir de bien meilleures prestations.

Le service public, ça marchait et ça marche encore quand il est vraiment un service public.

 

19 mars 2017

Des services publics : la bonne volonté (1)

Des événements personnels m’ont amené à fréquenter pas mal de services publics, ces derniers temps. Chaque fois, j’ai été, agréablement, surpris par la compétence du personnel, son amabilité, son souci de bien accueillir et de bien faire.

 

Il est facile de louer les pompiers. Chacun connaît le sens de l’engagement, le dévouement de jeunes garçons qui ressentent, très tôt, la vocation d’aider les autres dans des difficultés extrêmes. Ils sont épaulés par de plus anciens qui leur prodiguent des conseils pour ne pas se blesser (ou pire) à chaque intervention délicate. Les pompiers utilisent un matériel ultra performant. On connaît tous les grandes échelles et les combinaisons ; qui vont changer bientôt d’ailleurs. On connaît pas forcément le matériel médical, compliqué, sophistiqué mis à la disposition de tous, sans distinction sociale ou autre. Tout ça coûte cher, très cher et ça fait moins regretter de payer des impôts quand on le voit en action.

En général, on n’a pas une sympathie naturelle pour la police et les policiers. La notion d’ordre qu’ils véhiculent est contraire à bien des valeurs humanistes. Les images désastreuses de répression des récentes manifestations ont achevé de discréditer la police dans son ensemble. Et puis, surtout, chacun s’est trouvé confronté à un policier, parfois un petit groupe, bien décidé à ne pas intervenir : « on se déplace pas pour ça », « on se déplace que quand... », « si l’on devait se déplacer à chaque fois que... », « c’est un incident de voisinage, faut voir avec votre propriétaire », « ah, mais, on n’est pas là pour ça, on est là pour », ce qui revient à dire qu’on peut crever à côté ou tuer quelqu’un à côté, ces messieurs-dames ne bougeraient pas puisqu’ils ne sont pas là pour ça. Ou bien, la police (ou la gendarmerie qui bénéficie d’une popularité injustifiée) met du temps pour parcourir une distance qui prend dix minutes à pieds, afin d’arriver lorsque les auteurs d’infraction grave seront partis. Ou bien encore, un contrôle d’identité pointilleux, un peccadille qui vaut une amende disproportionnée et qui rappelle, justement, le nombre de fois où l’on a appelé « police-secours » et qu’elle n’a pas voulu venir.

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Eh bien, la police aussi fait du bon boulot et beaucoup de policiers sortent du lot et « sont à votre service », « N’hésitez pas à nous appeler ». Oui, des policiers répondent qu’ils sont « à notre service » ou qu’ils vont voir ce qu’ils peuvent faire. Le problème, c’est que cette bonne volonté évidente est contrée par des ordres contraires à toute éthique et qui les met, justement, en porte-à-faux, avec la population qu’ils sont censés protéger. Après la sale répression des manifestations contre la « loi travail », certains d’entre eux ont manifesté, à leur tour. Des bien-pensants ont hurlé qu’ils n’avaient pas le droit de le faire en uniforme. Peu importe ! Il faut toujours entendre les revendications, même maladroitement exprimées, même en uniforme. Tous les flics n’entrent pas dans la police pour cogner sur les gens ; loin de là. Beaucoup sont animés de cet esprit de service public et désapprouvent le comportement d’une minorité agissante de leurs collègues et la plupart essaient juste de trouver un compromis entre leur bonne volonté et les contraintes imposées par « la maison ». La morgue dépend de la préfecture de police : accueil digne, presque agréable.

L’hôpital a ses faiblesses. Le mot d’ordre est « il faut faire des économies ». La campagne électorale nous offre un festival de candidats ou de leurs soutiens qui annoncent qu’avec eux, on fera encore plus d’économie qu’avec leurs adversaires. Les économies, ça veut dire moins de flics, moins de pompiers, moins de toubibs et d’infirmiers et de personnel d’accueil à l’hosto, moins de profs, des routes encore plus mal entretenues. L’hôpital fait tout pour supprimer des lits et donc pour dissuader l’hospitalisation. Dès qu’on est opéré, on rentre. Si l’on doit recevoir un traitement lourd, pas de problème, c’est l’hôpital qui vient à domicile (quel que soit l’état du domicile) : ce sont les soins « ambulatoires » qu’il faut favoriser. À l’heure où les médecins de ville n’assurent plus de garde, où ils ne se déplacent plus en urgence, l’hôpital aurait dû évoluer pour prendre en compte cette réalité qui s’impose. Donc, aux « urgences », il faut attendre et parfois très longtemps et parfois une journée entière et, très rarement, un patient meurt en attendant son tour, faute de personnel et de locaux pour accueillir tout le monde en urgence. Malgré tout, une fois reçu, une fois hospitalisé, on met à la disposition de chacun, quelle que soit sa situation, du personnel qualifié, des locaux propres, du matériel ultra-performant. Tout ça coûte cher, très cher et malgré tout, ça n’est pas réservé aux seuls qui peuvent payer mais à tous, grâce, aussi, à la sécurité sociale dont on vient de célébrer les 60 ans, à l’occasion de la sortie d’un film qui rend hommage à son principal fondateur : Ambroise Croizat. http://www.lasociale.fr/

Donc, chapeau les services publics et bravo à leur personnel qui fait ce qu’il peut avec les moyens qu’on lui retire de plus en plus !

 

03 mars 2017

Des nouvelles du TGV

Nous avons vu à plusieurs reprises que l’actualité du TGV en dit plus long sur l’état réel du pays, sur son évolution, que bien des commentaires avisés sur des sujets économiques communément mis en avant.

la crise - 2e épisode

L'Europe, c'est la paix ?

L'actualité du hard (discount)

Débattre en France / Mes convictions 1

Débattre en France / Mes convictions 2

Nous nous sommes penchés sur la France au cours des trente années qui ont vu le TGV arriver puis s’imposer dans la vie quotidienne. c’était l’occasion de montrer comment une bonne idée, celle de proposer la grande vitesse au même prix que les autres trains – moyennant une réservation obligatoire – avait progressivement glissé vers un train réservé à l’élite puis a constitué le laboratoire d’une nouvelle politique tarifaire. Désormais, le prix de la place ne dépend plus de la distance, ni même du confort, mais du remplissage de la rame. Les prix varient donc tous les jours, d’une heure à l’autre et même selon qu’on réserve son billet en ligne ou qu’on préfère aller l’acheter à la gare.

Regards sur la France en 30 ans de TGV

TGV et démocratie

À l’automne dernier, Alstom, fleuron industriel, renfloué par la nationalisation de 1981 puis par celle déguisée de 2005, a annoncé la fermeture de l’usine historique de l’Alsacienne de Constructions Mécaniques, celle-là même qui construit le TGV. Significatif de l’impuissance des États depuis la mondialisation. On a d’abord laissé le secteur stratégique des équipements électriques partir aux États-Unis et ensuite laissé continuer le conseil d’administration brader l’outil de travail pour renforcer le capital financier et le rendement des actions. C’est ce qu’on appelle le « capitalisme financier » dont, même le très libéraliste M. Sarkozy, dénonce cette perversion d’un modèle qu’on dit, parfois parfait, mais toujours seul possible.

Quoi qu’il en soit, le Gouvernement ne reculant devant aucun sacrifice a décidé de sauver l’emploi à Belfort, à l’approche de la présidentielle, en achetant, sur fonds de l’État, 15 rames de TGV et de les rétrocéder à la Sncf qui n’est pas demandeuse. Déjà, cette histoire illustrait l’absurdité de l’économie d’aujourd’hui. L’État est le seul actionnaire de la Sncf mais sa comptabilité est différente. Donc, la Sncf ne paie pas sur son budget et ne risque pas d’afficher un déficit dû à cet investissement. Ensuite, l’acheteur – l’État donc – destinait ces rames pour de liaisons qui relèvent au mieux des trains Corail, dont la liaison Perpignan-Montpellier, soit environ 150 km…

On aurait pu penser qu’on achèterait 15 rames, voire 10, mais de nouvelle génération et de les destiner aux lignes à grande vitesse. Ensuite, comme tant de voix le réclament depuis des années, affecter les plus vieilles rames aux relations inter-cités. Mais non.

Alsthom, sans h et sans rien

l'aquitaine

Dernières nouvelles du front, l’inauguration, fin février 2017, de la nouvelle ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux, afin de mettre Paris à un peu plus de deux heures de Bordeaux, au lieu de trois heures et quinze minutes aujourd’hui. Pour en arriver là, il en a coûté 7 milliards d’euros afin de gagner une heure et quinze minutes sur l’horaire actuel. Rappelons que dès 1971, le train TEE dit l’Aquitaine, effectuait sur ligne classique, le parcours en trois heures et cinquante minutes, avec des pointes à 220 km/h, ce qui était un record, à l’époque. Donc, en 46 ans, on aura gagné une heure et trois quart. Bel exploit ! D’autant plus que le projet était contesté en raison de son coût élevé et de son impact sur l’environnement. Ce sont, en effet, environ 300 km linéaires de terres riches et faciles à cultiver qui ont été irrémédiablement bétonnées. Justement, ce coût exorbitant a été pris en charge par un des rois du béton, l’inénarrable Vinci (celui de Notre-Dame-des-Landes) qui entend se payer sur la bête en retour en exigeant des péages élevés sur sa ligne. Comme la Sncf n’était pas demandeuse, on peut imaginer qu’elle n’enverra pas un TGV tous les quart d’heures ni même toutes les heures. On peut penser que les TGV à deux étages, emportant davantage de passagers, seront privilégiés afin de limiter les passages. À partir de là, il est facile d’extrapoler : la ligne sera déficitaire. Selon le type de Gouvernement saisi du problème, on peut penser qu’il obligera la Sncf à faire rouler davantage de trains pour sauver le modèle amené à se développer.

Dans ce dossier, on voit que les besoins de transports, la décentralisation, l’équilibre du territoire et tout ce qui relève de l’intérêt public n’entrent en jeu que de manière anecdotique. Ici, il s’agit de montrer que l’État n’est plus le maître de l’économie, n’a plus un rôle de planificateur (horreur keynésienne!), ni même d’investisseur puisque le privé peut en faire autant et mieux. Pour dire à quel point on nage en pleine idéologie – pour ne pas dire utopie – c’est qu’on pense même que des opérateurs privés vont se précipiter pour y faire rouler leurs trains afin de démontrer qu’ils font mieux que l’affreuse Sncf. Comme on a fait autrefois pour mettre Air-France en difficulté, on offrira les meilleurs faisceaux à ces opérateurs, laissant les créneaux les moins rentables au service public (donc au contribuable) pour ensuite dénoncer le déficit. Attendons de voir mais, si ça fait comme les « cars Macron »…

 

La vitrine de l’ultra-libéralisme

À plusieurs reprises, dans ces pages, nous démontrons que l’ultra-libéralisme, dernier avatar du capitalisme, appelé parfois « capitalisme financier », est un totalitarisme. Comme les autres totalitarismes, il pratique le matraquage de sa propagande. À longueur de journées, les médias nous disent, depuis des années, que l’État est l’horreur absolue, qu’il ne sait rien faire d’autre que lever des impôts pour combler les déficits de sa mauvaise gestion. Pourtant, chaque fois que le privé se plante, les mêmes en appellent à l’État pour recevoir des aides. Dans ces cas-là, on ne parle plus « d’État » mais de « fonds souverains ». Les totalitarismes excellent dans l’art de changer les mots et de lancer des projets tout aussi pharaoniques qu’inutiles. Le but est d’impressionner, de frapper les esprits. On décide d’un aéroport international privé, dans le grand ouest, surdimensionné, sans rapport avec les besoin du bassin concerné. Peu importe : il convient de faire du gigantisme et de montrer la supériorité du montage financier. D’ailleurs, pas de danger qu’on dénonce la supercherie ni la gabegie. Lorsqu’on ne pourra plus dissimuler l’échec, ce sera après et le tapage sera moindre que celui réalisé au moment de la réalisation du projet. Dans le cas de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, on sait que le trafic aérien est anecdotique, qu’il sert à amener les riverains de l’actuel aéroport à soutenir le nouveau, éloigné de toutes les villes mais qui offrira un espace foncier à aménager sur des terrains bradés qu’il sera facile de rentabiliser avec une offre commerciale. Du moins, c’est toujours ce qu’on espère mais l’exemple de Vatry (en Champagne) prouve le contraire.

Notre-Dame-des-Landes : le gouvernement de gauche en rase-mottes !

Autre leçon de cette LGV contestée : son choix. Passons sur la pression de l’édile de Bordeaux, soucieux de développer sa ville. Il a fait son boulot de bon maire et ses électeurs apprécient. c’est normal. La Sncf avait d’autres projets et la ligne sud-ouest n’était pas prioritaire. Le parcours est plat, au contraire de Paris-Lyon, parsemé de nombreuses côtes raides. Beaucoup, devant le coût des travaux, demandaient un aménagement de la ligne existante et des gares. Si l’on a pu gagner une demi-heure entre 1971 et les dernières années, on peut supposer qu’on pouvait encore faire mieux. En revanche, l’article du JDD nous apprend que le tronçon entre Perpignan et Montpellier (déjà évoqué pour d’autres raisons) n’est même plus à l’ordre du jour.

 

TGV Seine-Rhin

Pourtant, il est le chaînon manquant et indispensable pour réaliser enfin le TGV Rhin-Rhône.

Nous avons déjà dénoncé, ici même, la supercherie consistant à dénommer «  TGV Rhin-Rhône », une relation entre Paris et Strasbourg par la Franche-Comté et Dijon.

Au départ, le projet, soutenu en France par M. Chevénement, député-maire de Belfort (déjà évoquée pour d’autres raisons) consistait à relier Amsterdam à Marseille en passant par Cologne, Strasbourg, Belfort et Lyon. Le but était de présenter un projet à vocation européenne et de contourner Paris qui était encore une étape inévitable. Aussitôt connu le projet, la Catalogne et l’Espagne en général ont rejoint l’initiative et travaillé à la réalisation d’une ligne à grande vitesse de Séville à Amsterdam en passant par les vallées du Rhône et du Rhin. Donc, on peut traverser à grande vitesse ferroviaire la péninsule ibérique et rejoindre Perpignan en passant par Madrid puis Barcelone et par le tunnel privé du Perthus mais une fois rendu en Perpignan, il faut changer de braquet avant de retrouver la grande vitesse en Avignon. Pour aller à Amsterdam, il faudra changer à Lyon ou à Paris. Pour aller à Strasbourg, il faudra quitter la LGV après Lyon pour rejoindre Dijon et reprendre la LGV franc-comtoise. Ça montre que la France n’a plus de vision d’avenir. Les projets et les réalisations ferroviaires n’en sont qu’un des nombreux aspects. L’État impose des choix idéologiques. Les Régions font du clientélisme. La Sncf voudrait se concentrer sur quelques lignes qui rapportent et impose la fermeture progressive des autres, faute d’entretien. De son côté, longtemps à la traîne, l’Espagne fait figure aujourd’hui de modèle ferroviaire en possédant le plus grand réseau d’Europe de LGV. Rappelons aussi que ce réseau s’est construit à partir de la technologie française puis délaissée au profit de ses concurrentes. aujourd’hui, seule la ligne construite pour l’exposition universelle de Séville est sur base française. Le déclin ferroviaire de la France accompagne la désindustrialisation et la braderie des fleurons industriels, souvent détenus ou soutenus par l’État. Il y a, peut-être, un lien entre tout ça.

 

Sources et corrélats

http://www.lejdd.fr/Economie/Avec-l-ouverture-de-la-ligne-Tours-Bordeaux-le-TGV-passe-au-prive-851048

https://www.lesechos.fr/industrie-services/dossiers/0211837443918/0211837443918-les-nouveaux-defis-du-tgv-2068497.php

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/tgv-paris-a-2-heures-une-vraie-bonne-nouvelle-pour-bordeaux_1884276.html

 

http://www.aeroport.fr/view-statistiques/paris-vatry

http://www.cesdefrance.fr/pdf/9666.pdf

http://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/marne/vitry-le-francois/aeroport-paris-vatry/toujours-questions-autour-aeroport-vatry-1194671.html

 

Universalité ou mondialisation ?

PSA : début du 3ième tour financier

 

18 février 2017

RÉPRESSION

Des faits divers récents ont, une fois de plus, mis sur le devant de l’actualité des actes de répression disproportionnés. Forcément, ils choquent d’autant plus que chacun se dit qu’il aurait pu en être la victime expiatoire.

Le plus léger, celui sur lequel nous allons nous attarder, c’est cette dame verbalisée par la nouvelle brigade anti-incivilités mise en place par la Mairie de Paris. Déjà, on avait compris qu’il s’agissait surtout de faire la chasse aux sans-abris et aux mendiants mais on voit que, comme il fallait s’y attendre, elle va éviter les quartiers, les rassemblements où les incivilités, les dégradations sont fréquentes pour traquer les étourdis et quelques vrais indifférents au bien public mais isolés, donc faciles à aborder et à sanctionner.

http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/paris-elle-laisse-un-livre-sur-le-trottoir-et-recoit-une-amende-a-68-euros-16-02-2017-6686646.php

C’est bien ce qui est arrivé à cette dame qui a suivi une recommandation qui a déjà donné lieu à des sketches et des bandes dessinées où l’on mettait en scène, justement, une personne déposant un livre bien en vue et un employé municipal zélé qui s’en empare (réaction attendue et saluée) puis le dépose dans son sac poubelle où il rejoint les déchets collectés. S’ensuit un échange riche en enseignements. Pourtant, là encore, comme le dit le fameux proverbe chinois quand on montre la Lune, le sot regarde le doigt et l’on peut ajouter que le sot qui se croit intelligent commente l’état du doigt. C’est bien ce qui vient de se passer.

L’employé zélé rappelle qu’il est payé pour faire place nette. Comme on peut le deviner, ce n’est pas un lecteur et l’on peut même raisonnablement penser que la lecture lui rappelle de douloureux moments à l’école et est en partie responsable d’un échec scolaire. Sinon, il s’emparerait du livre et le glisserait dans sa poche pour son usage personnel. Ça arrive aussi. Le dialogue avec le dépositaire (souvent une lectrice) est aussi instructif : mais ça n’est pas un déchet ; mais si puisque c’est abandonné sur la voie publique et puis je suis payé pour faire place nette et enfin, si je ne le fais pas et que mon supérieur le sait, je serai sanctionné. Fermez le ban !

Pour résumer, un acte stupide, sans aucun effet et justifié par le règlement et l’ordre donné. C’est la « tac tac tique du gendarme : être à cheval sur le règlement ».

Le fait rapporté par la presse, ces derniers jours, ne concerne pas un simple balayeur mais des agents qui sont peut-être assermentés. Il faudrait vérifier mais ça n’a pas grande importance. Ils se trouvaient donc en équipe, donc en supériorité numérique face à la contrevenante. La contrevenante était une femme, donc appartenant à un genre qui n’est pas connu pour des réactions physiques violentes ni pour prendre la fuite à toutes jambes et en chaussures à talons. De plus, on peut raisonnablement penser que cette dame est plutôt du genre à dialoguer, à chercher à comprendre. Elle a donc décliné son identité persuadée que son geste est salutaire et que, de toute façon, ça n’irait pas plus loin. Las, c’est tout le contraire et l’équipe de la brigade anti-incivilités s’en est au contraire vanté sur le mode : à nous, on ne nous la fait pas !

La presse s’en empare. Les médias en rajoutent. Il n’y aurait pas eu les médias, cette contrevenante aurait payé ses 68 € et personne n’en aurait jamais entendu parler. D’autres dans son cas auraient payé aussi et, à la fin de l’année, la Mairie parisienne se serait vantée d’avoir engrangé quelques milliers d’euros sans trop d’efforts. La politique du chiffre, tu connais.

 

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Maintenant, remplaçons les protagonistes. Choisissons d’autres personnages. Par exemple, au lieu d’une petite « brigade anti-incivilités », mettons la « brigade spécialisée de terrain (BST) ». Au lieu de cette dame, prenons un garçon tout aussi sans histoire qu’elle mais avec une tête de « client » pour la police. Au lieu d’un échange verbale improductif, mettons une bousculade, une arrestation et un usage de matraque humiliant. Au lieu d’une amende reçue quelques jours plus tard dans sa boite aux lettres, on met un passage immédiat au poste de police. Finalement, au lieu d’un entrefilet dans le journal local, repris parfois par des médias nationaux, on a un fait-divers à la une des journaux et repris depuis des jours. Les médias amplifient le truc. En conclusion, les agents mis en cause justifient leurs gestes dans les deux cas par les ordres donnés.

 

Nous voyons que le schéma narratif est identique. Seuls le lieu et les personnages ont changé mais les geste s’enchaînent selon une logique prévisible. Un geste anodin ou pas, une intervention démesurée d’employés zélés et en supériorité numérique, une sanction disproportionnée relayée par les médias et une justification de la sanction par les ordres donnés au nom de la politique du chiffre.

 

Nous savons tous que ça arrive et que c’est toujours arrivé. Nous savons tous qu’un dépositaire d’une autorité quelconque fera toujours preuve d’un zèle démesuré face à un petit contrevenant ou même un quidam choisi plus ou moins au hasard afin de faire un exemple et surtout d’asseoir son autorité auprès du public et auprès de ses supérieurs. Ça a toujours existé. On se déchaîne sur le plus faible, sur celui ou celle dont on sait pertinemment qu’on ne risque aucune réaction ; celui qui s’en retournera chez lui éberlué de tant de violence, par l’ampleur de la sanction ; qui parfois rentrera en sanglots mais qui ne pourra rien faire d’autre. Le problème, c’est que certains ajoutent à ces réactions une rancune qui ne s’apaisera jamais ainsi que l’envie d’en découdre avec tout ce qui rappelle l’autorité.

http://altermondyonne.canalblog.com/archives/2011/02/06/20322747.html

Bien sûr, la première réaction du public, lorsqu’il est bienveillant, sera de se focaliser sur le geste : comment, 68€ (soit environ 450 francs) pour avoir déposé un livre, c’est exorbitant ! Le sot regarde le doigt ! Le sot regarde le policier qui enfoncé une matraque dans le Q d’un jeune lors d’un banal contrôle. Mais personne (ou presque) ne va s’étonner que la chose soit possible. Or, la chose est possible. On apprend même qu’elle n’est pas si rare et que pas mal de mecs rentrent chez eux et découvrent des taches de sang dans leurs caleçons. Bien sûr, aucun supérieur n’a jamais donné l’ordre de faire ça mais aucun n’a jamais non plus interdit formellement de le faire. Pour la politique du chiffre, on arrête. On arrête le plus facile à arrêter. On arrête des gars en petits groupes surtout s’ils parlent un peu fort ou qu’ils baissent la tête en voyant les policiers ; et s’ils rechignent, ils passent au poste de police et en ressortent « avec la haine ». Des mecs qui n’étaient pas fondamentalement anti-flics le deviennent et rejoignent les autres, ceux qui ont intérêt à ce genre d’exactions pour recruter des complices et s’attirer la sympathie.

Après avoir appris ce fait-divers, il y a eu de nombreuses manifestations de sympathie envers le jeune Théo, victime de ce zèle coupable. Bien sûr, il y en a qui n’attendent que ça pour assouvir leurs bas instincts de violence gratuite tout en sachant que leurs exactions seront justifiées par la révolte légitime des autres. On les appelle « les casseurs », pour simplifier.

Ainsi, à Rouen, le lendemain (ou surlendemain) des faits, des casseurs se sont agrégés à un cortège composé surtout de mères de familles. Ils les ont débordées et ont cassé des vitrines et des équipements urbains. Réaction des flics : charge sur la foule. Des femmes ont hurlé (de mémoire) : mais allez sur les casseurs ! vous les voyez bien. Vous, vous foncez dans la foule. Eh oui, tout comme la brigade anti-incivilités de Paris, les dépositaires de l’autorité se sont focalisés sur de paisibles femmes et ont concentré toutes leurs forces. Pendant ce temps, les casseurs avaient pris la fuite et courent toujours. Ou plutôt, n’ont plus besoin de courir et peuvent jouir du bon tour qu’ils ont joué. Et pendant qu’on ne parle que des policiers qui ont agi, on oublie l’essentiel, on oublie ces donneurs d’ordres absurdes, ces donneurs d’ordres aux conséquences dramatiques. On contrôle, on arrête des passants Noirs ou basanés quand les délinquants, les criminels, se gardent bien de se déplacer ou ne le font qu’en force. On envoie des agents surveiller et protéger une caméra de surveillance. Or, on nous dit que « ces caméras nous protègent ». Ah bon ? Ont-elles empêché des délits ? Tout au plus, quelques unes ont permis d’identifier des coupables ; ce qui ne les a pas arrêtés. Deux policiers ont failli brûler vifs en faisant leur boulot. On ne peut pas défendre ceux qui se font tabasser ou humilier par des policiers et ne pas défendre des policiers qui se font frapper par des boules de pétanque, des fruits congelés, des projectiles lancés du haut d’immeubles ou condamnés à être brûlés vifs par des salopards. Justement, cette affaire des policiers coincés dans leur véhicule de service, qui ont failli perdre la vie avait impulsé un fort mouvement de sympathie envers les policiers. Ça venait contrebalancer le mouvement de répulsion qui avait suivi les violences policières en marge des manifestations contre la loi « travail ». Au moment où les gens renouaient avec la police, comprenaient que les choses n’étaient pas aussi simples que certains démagogues le prétendent, au moment où l’on se rendait compte que les policiers pouvaient se trouver attaqués et tués du seul fait de leur uniforme, à ce moment-là, à quelques dizaines de kilomètres, d’autres policiers se défoulaient (pour ne pas dire s’amusaient) contre un gars sans histoire.

 

Que faire ? Nous avons dit que ça a toujours existé et que même au niveau d’un simple balayeur, il y aura toujours des employés zélés qui agiront de façon disproportionnée envers un contrevenant ou même pas, ou contre un simple usager qu’une erreur ou un contrôle de routine aura placé sur le chemin de ces employés qui se retranchent facilement derrière les ordres donnés.

Une des solutions est évidemment la formation. Il faut prendre du temps pour former les agents de base, ceux qui sont en contact avec le public et avec les contrevenants au quotidien. Il faut qu’ils sachent éviter de se faire piéger et qu’ils aient les moyens de se sortir des pièges. Il faut aussi qu’ils aient les moyens de mettre hors d’état de nuire les véritables salopards. Une autre solution est la création d’une véritable police de proximité, réclamée à cors et à cris depuis qu’un certain ministre de l’Intérieur, devenu Président de la République, l’a supprimée au prétexte que, quelques fois, on avait vu ces policiers jouer au ballon avec ceux qu’ils auraient dû arrêter. Là, ça n’est même plus le sot qui regarde le doigt, c’est le sot qui regarde dans le vide et qui le toupet de commenter.

Ensuite, il faut traquer les donneurs d’ordres imbéciles au lieu de leur offrir des promotions. Est-ce que celui qui a envoyé ces deux policiers protéger une caméra a été sanctionné ou a vu sa carrière remise en question ? Il y a peu de chances. Il est bien évident que les Français seront réconciliés avec leur police, et leur administration en général, lorsque les donneurs d’ordres imbéciles seront mis à l’écart et non plus promus ou envoyés dans des services où ils sont chargés de sanctionner ceux qui font le boulot et commettent parfois des erreurs.

Les Français en ont marre de payer parce que, une fois, ils ont dépassé de 10 km/h la vitesse autorisée quand d’autres roulent en permanence à 140 ou qu’ils ne voient même pas arriver, tellement ils vont vite, des grosses berlines qui les doublent comme des bolides. Ils en ont marre de payer pour des erreurs de quelques dizaines d’euros (souvent qui ne sont pas de leur fait) tandis que la fraude fiscale représente des dizaines de milliards d’euros chaque année. Ils en ont marre de se faire contrôler dix fois par jour (et pas seulement quand on a une couleur de peau minoritaire) pendant que ceux qui font du vacarme, des trafics, qui mettent sous leur coupe des quartiers entiers agissent impunément pour éviter des émeutes de la faim à cause du chômage devenu endémique. En plus des changements préconisés plus haut, ce sont des changements en profondeur qui sont nécessaires. Et là, c’est pas gagné, d’autant que les effets tarderaient à se faire sentir ; ce qui n’est pas compatible avec le temps électoral.

 

correlats :

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/03/05/17127484.html

http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/trois-policiers-impliques-dans-l-affaire-theo-a-nouveau-accuses-de-violences-14-02-2017-6681675.php

http://www.francesoir.fr/actualites-france/aulnay-sous-bois-theo-quitte-lhopital

 

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22 janvier 2017

Dix ans après la mort de l'Abbé-Pierre

Dix années ! 10 ans que le Saint est mort et nous a laissés démunis et sans défense !

Qu’elles ont été longues ces années et qu’elles vont être longues celles qui suivent ! Rien ne s’améliore pour tous ceux que la vie maltraite. Qu’on nous entende bien : il y a toujours eu des vies qui ont basculé suite à un accident. Ça peut être la perte d’emploi, le cas le plus fréquent qui engendre une réaction en chaîne de problèmes tels que la perte de logement, liée à la perte de revenus, de véhicule, d’adresse où pouvoir être joint, de vol, lié à l’impossibilité de mettre les quelques affaires qu’on a sauvées à l’abri, la santé qu’on malmène à force de ne pas dormir, d’être allongé sur le sol dur, d’avoir froid tout le temps, de porter des vêtements humides, de suer en été faute de pouvoir mettre son manteau quelque part, de manger mal, de manger avec des mains sales des rebuts d’aliments qui ont traîné par terre, piétinés, arrosés par la pisse des chiens et la boue. C’est ça le quotidien des sans-abris. C’est contre ça que se battait l’Abbé-Pierre. C’est contre ça que se battent tant d’anonymes, aujourd’hui. Anonymes parce que si les médias appréciaient la figure de l’Abbé-Pierre parce qu’il assurait l’audience, ils savent aussi que son discours était diversement accueilli. Quand même, on pouvait se donner bonne conscience en disant que « l’Abbé-Pierre a raison » ; et personne ne pouvait décemment désapprouver. Il en est autrement de ses nombreux successeurs et les médias se gardent bien de faire monter en puissance un Augustin Legrand, de peur qu’il ne devienne comme l’Abbé barbu et n’en appelle, lui aussi, à l’insurrection de la bonté. Passe pour la bonté mais l’insurrection…

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La différence avec la situation du temps de l’Abbé-Pierre, c’est qu’aujourd’hui, après un accident de la vie, il n’y a guère d’espoir de s’en sortir. Quand on perdait un boulot, on pouvait en trouver un autre même moins bien payé, même beaucoup moins bien payé. Il existait des tas de boulots qui étaient des refuges pour ces situations. On entend encore dire : « il a qu’à faire la plonge au lieu d’être assisté », ou bien « il a qu’à vider les poubelles, en plus c’est bien payé ! ». Le problème, c’est que la plonge se fait avec des machines et que pour le courant, ce sont les serveurs ou les patrons eux-mêmes qui lavent et essuient les verres et les tasses. Le problème, c’est qu’en 1954, il y avait trois éboueurs derrière une benne à ordure et qu’il n’y en a plus qu’un ; en attendant le jour où le chauffeur fera tout lui-même. Et tout est comme ça. Seulement les clichés ont la vie dure et, à l’accident de la vie (perte d’emploi, divorce, accident, perte d’un proche, aide à un proche handicapé) s’ajoutent les réflexions désobligeantes de ceux qui n’ont pas (encore?) connu la dèche et qui se permettent de donner des leçons : « quand on veut, on peut et moi, j’ai... »

La différence aussi, c’est qu’aujourd’hui, il y a une situation décrite par le discours officiel, tenu par les médias et le personnel politique, et la situation réelle. L’actualité en donne un bon exemple avec la soi-disant « vague de froid » de cette mi-janvier. Rien à voir avec le froid de 1954 mais on n’était plus habitué depuis au moins quatre ans à connaître à Paris (puisque rien d’autre n’importe que le ressenti des Parisiens) des températures négatives dans la journées. On entend de messages du Gouvernement pour nous donner des conseils et qui finissent en substance par « et si vous avez connaissance d’un sans-abri en difficulté, appelez le 115 ». Or, depuis le début de l’hiver, on s’émeut parce que la moitié des appels au 115 n’aboutit pas, qu’on manque de personnel pour prendre les appels et, bien sûr, qu’on manque d’hébergement pour tous ceux qui appellent. Sans compter ceux qui n’appellent pas. Ça montre juste que le discours officiel s’affranchit systématiquement de toutes les insuffisances, de tous les dysfonctionnements et propose des solutions qui ne fonctionneraient qu’en situation normale ; c’est à dire où tout le monde aurait un revenu, où tout le monde aurait un logement et où le seul problème serait d’attendre un meilleur logement pour tenir compte de l’évolution de son foyer. Bien sûr, si l’on enlève tout ce qui ne va pas, il suffit d’appeler le 115 et aussitôt une équipe de bénévole prend en charge la ou le malheureux. Ce n’est pas le cas mais quantité de gens le croient, comme ils croient qu’il suffit d’aller à la mairie de son domicile pour demander à vider les poubelles pour retrouver un boulot et des revenus. Les entreprises qui collectent les ordures n’embauchent que le nombre d’éboueurs dont elles ont besoin. On s’émeut de ces ados qui, parfois, tuent leurs copains en pensant qu’il va se relever comme dans les jeux vidéo mais leurs parents et leurs grand-parents ne font pas mieux quand ils font mine d’ignorer la réalité, qu’ils traitent d’assistés et de fainéants ceux qui restent au chômage. Les pires sont ceux qui précisent qu’ils s’en sont sortis alors qu’ils ont connu « eux-aussi » la même chose. D’abord, était-ce exactement la même chose ? Ensuite, quelle aide ont-ils reçue et que l’autre ne reçoit pas ? Et s’il n’y avait que l’absence d’aide. Il faut aussi compter avec tous les obstacles qu’on met devant des personnes pour assouvir une vengeance personnelle ou, simplement, pour le plaisir de constater l’étendue de sa puissance en bloquant un paiement, en bloquant un dossier, en perdant un dossier, en travestissant un dossier. Ces cas ne sont pas si rares que cela. Les bénévoles le savent, les travailleurs sociaux le savent et ils n’y peuvent rien. Ça fait partie de cette réalité, révoltante, dont personne ne parle.

À l’abandon, s’ajoute aujourd’hui le silence abyssal sur tous ces tracas qui échappent à la description habituelle du sans-abri, du laissé pour compte. À l’abandon, s’ajoute l’incompréhension de tous ceux qui sont persuadés qu’être dans la dèche, aujourd’hui, c’est quand même pas si grave puisqu’il existe quantité d’aides légales auxquelles s’ajoutent les aides charitables (qu’on ne doit plus appeler ainsi bien entendu) et que, finalement, tous ces assistés vivent mieux que les petits salariés. Et ce ne sont pas forcément les petits salariés qui établissent ces comparaisons atroces mais, hélas, des retraités qui, à leur âge, ne comprennent pas que le monde a changé et que s’ils ont connu des carrières complètes, notamment grâce aux années d’expansion d’après-guerre, il y a longtemps que ça n’est plus le cas. Leurs retraites ne sont, certes pas mirobolantes, ils ne les ont pas volées mais elles ne leur donne pas le droit de fustiger ceux qui sont dans la dèche et encore moins de réclamer des mesures de rétorsions à l’endroit de ceux qui ne peuvent compter que sur des aides ; et encore, quand elles arrivent.

Depuis dix ans que l’Abbé-Pierre est mort, la situation a empiré. La précarité est la règle pour maintenir les salaires au plus bas et faire passer aux salariés toute envie de réclamer plus. Pourtant, « plus », ça signifierait aussi plus de pouvoir d’achat et donc plus de clients pour les entreprises mais aussi moins de personnes à « assister ». Il faut croire que la situation actuelle arrange bien les décideurs. Finalement, mieux vaut produire moins, avec moins de salariés, mieux vaut vendre moins à moins de clients. La preuve, les dividendes des entreprises explosent et ne sont surtout pas ré-investis dans l’économie réelle qui, alors, aurait besoin d’embaucher. Le retour aux affaires de l’Abbé-Pierre vers 1982, avec l’émergence des « nouveaux pauvres » – comme on disait alors – ne présageait rien de bon. En 1954, il n’y avait pas plus de sous pour construire des logements mais on empruntait. Il y avait les emprunts d’État et d’autres dispositifs, dont le déficit budgétaire. Aujourd’hui, le déficit budgétaire est contenu. Si l’on considère que l’Allemagne connaît le plein-emploi avec (officiellement) 5 % de chômage, on peut considérer qu’avec 3,3 % de déficit budgétaire, c’est l’équilibre. Eh bien non ! Il s’en trouve pour réclamer toujours plus d’austérité pour les autres, les démunis, les précaires afin de bien leur faire comprendre que l’assiette au beurre ne sera jamais pour eux, quelque effort qu’ils fassent contraints et forcés. Un équilibre budgétaire pour quoi faire, au fait ? Avec un déficit contrôlé, la France n’a jamais été aussi riche. Avec un déficit autour de 3 ou 4 %, la France est encore plus riche ! Et tout ça pour quoi ? Environ 10 millions de privés d’emplois ( le nombre officiel sur lequel travaillent les institutions correspond aux seuls demandeurs d’emploi de la catégorie A), plus de 100 000 personnes à la rue (soit l’équivalent d’une ville comme Nancy ou Rouen). Des millions de foyers mal chauffés ou sans eau chaude : quand on touche un minimum social ou qu’on exerce un « emploi aidé », on peut pas faire réparer son chauffe-eau et on peut pas se chauffer. Les « emplois aidés »… encore un artifice pour truquer le nombre de chômeurs mais ça aide qui et à quoi ? On peut pas vivre avec un emploi aidé, on continue d’émarger aux « Restos du Cœurs » avec un emploi aidé. Tout au plus peut-on retisser du lien social mais les collègues se mélangent assez peu avec le nouveau venu à qui l’on confie le boulot qu’on n’a pas envie de faire.

Quand on voit la réalité depuis que l’Abbé-Pierre est mort, quand on voit la complexité de la dèche actuelle, on ne peut pas nourrir d’espoir. L’Abbé-Pierre n’aurait pas désespéré. Est-ce si sûr. l’Abbé-Pierre doutait beaucoup mais il ne laissait rien paraître au grand jour. Surtout, il ouvrait sa gueule de temps en temps pour tenter de secouer les responsables qui, comme le sot qui regarde l’index quand on indique la Lune, aimaient regarder sa pauvre soutane et sa grande barbe plutôt que d’écouter sa révolte. L’Abbé-Pierre, c’était la mauvaise conscience de tous ceux qui ont la possibilité de faire quelque chose, même un tout petit peu, même simplement en parler en public, mais ne le font pas. La Ville de Paris a rendu hommage au Saint en placardant son portrait dans un petit espace bien à l’écart des passages et en partageant le nom d’un square perdu au milieu des tours, là-même où il avait mené ses derniers combats en grand commandeur de l’ordre de la Légion d’Honneur. L’Église ne se hâte pas d’en faire un saint ni même un bien-heureux. Elle attend sans doute un miracle pour instruire le dossier. Le miracle, c’est que la société tienne encore debout avec autant de dysfonctionnements et de laissés pour compte.

 

Abbé-Pierre, vous nous manquez !

 

 

 

http://www.lepoint.fr/societe/l-abbe-pierre-les-100-ans-de-sa-naissance-05-08-2012-1493079_23.php

07 janvier 2017

Marre de la pub sur France-Inter

Donc, les résultats de l’audience des radios encourage toujours plus la direction d’Inter dans ses choix. Rappelons nos réticences sur ces résultats dans la mesure où, à chaque période, toutes les audiences progressent comme si le nombre d’auditeurs était, comme l’univers, en expansion constante. Réticences encore quand sont considérées comme « généralistes » des radios aussi différentes que RTL, NRJ, Europe 1, Inter, France-Info, RMC, France-Bleu. On compare ce qui n’est pas comparable. Toutes ces radios ne jouent pas sur le même terrain ni dans la même catégorie. En fait, ces audiences ne servent qu’aux annonceurs pour qu’ils sachent où investir et aux radios privées à fixer leurs tarifs.

La publicité est la nouveauté sur Inter qui nous l’épargnait et conservait ainsi un contingent d’auditeurs que les interruptions publicitaires insupportent. Jusqu’à une date récente on n’avait que la publicité de groupements, comme pour la chicorée ou pour des producteurs, comme les aviculteurs. Remarquons que lorsque les poulets ont fait leur apparition avec parfois des chansons et les inévitables slogans pour vanter la qualités des volailles, des gens comme M. Patrice Bertin qui présentait le journal de 19 h ne se gênait pas pour faire connaître sa mauvaise humeur. Aujourd’hui, aucun journaliste, aucun animateur ne se risque à faire le moindre commentaire. Saluons donc les auditeurs qui profitent de leur passage au «  Téléphone sonne » pour dire qu’ils en ont marre du matraquage publicitaire sur Inter. L’animateur ne bronche pas mais on sent qu’il approuve. Comme disait autrefois ce grand professionnel (quelque peu malmené dernièrement) : « à la radio, même le silence veut dire quelque chose ». À tous ceux qui agitent le spectre (c’est le cas de le dire) de la censure politique qui sévirait dans les médias et notamment les médias contrôlés par l’État, il faudrait leur dire que le monde a changé et qu’ils serait temps qu’ils se mettent à la page. Depuis au moins trente ans, la censure qui sévit dans les médias est d’ordre économique. Observons que cela touche à présent les médias détenus par l’État qui gardaient une certaine indépendance. Visiblement, il y a au moins autocensure mais parions que ceux qui parlent au micro ont été priés de ne pas faire de commentaire sur la pub à l’antenne.

Quand donc les dirigeants d’Inter se rendront-ils compte que la plupart des auditeurs ne restent à l’écoute que pour ne pas subir la pub ? Ils ne sont pas près de comprendre que l’auditeur sur son smartphone, s’il est respectable, n’est pas tout à fait le même que l’auditeur qui écoute une émission en entier ou qui pratique la ré-écoute. Cet auditeur n’écoute pas France-Inter : il écoute son chroniqueur favori et se moque comme d’une guigne de ce qu’il y a autour. On avait pourtant vu l’illustration à grande échelle de cette nouvelle tendance au moment de l’affaire Stéphane Guillon. Les commentaires sur les réseaux sociaux et autres montraient parfaitement que les soutiens de Guillon ne connaissaient pas Inter et s’en prenaient juste à sa direction parce qu’elle était coupable de les priver de leur humoriste préféré. Quelques uns feignaient d’y voir une censure politique en développant un raisonnement alambiqué. Aujourd’hui, la directrice se vante des nouvelles pratiques d’écoute de sa radio mais n’en mesure pas toute la signification. On comprend aussi que ce ne sont pas ces « auditeurs » qui vont protester contre les publicités de marque puisqu’ils n’écoutent que leur petite chronique pour entendre dire quelques méchancetés sur des personnalités en vue.

 

En fait, la publicité finit par s’imposer. Les poulets agaçaient et ont fini par faire partie du paysage radiophonique, surtout à l’approche des fêtes. On y a ajouté des nouvelles traditions comme « le veau de Pentecôte » ou « le foie-gras de la saint-Martin ». Et ça passe. Ça passe, tant que la pub est sobre. On se souvient aussi que les mini-sketches de Chevalier et Laspalès pour une mutuelle ne passaient pas du tout. C’est le pari de M. Gallet : les auditeurs finiront pas s’y faire, d’autant plus qu’ils n’auront pas le choix. Voir ! Si l’on écoute avec son poste de radio, si l’on écoute de plus en plus des bribes de programmes sur son smartphone, on écoute aussi, de plus en plus, la radio sur son ordinateur. Mme Bloch s’en réjouit et proclame qu’elle bat tous le records d’écoute en podchargement. Dont acte, mais l’auditeur qui sait manipuler l’ordinateur pour ré-écouter ou écouter en différé une émission sait aussi trouver les radios alternatives qui n’ont pas l’autorisation d’émettre sur les ondes. Quelques auditeurs sont déjà partis écouter M. Daniel Mermet. D’autres ne manqueront pas de rejoindre des journalistes ou des animateurs qui ne veulent plus travailler sur une radio qui ressemble de plus en plus aux autres.

L’argent de la redevance ne pourrait-il pas être mieux employé ? Quand on voit comment Radio-France et France-Télévision s’ingénient à contourner les règlements qui leur imposent de ne pas passer trop de publicité, comment ils obligent leurs producteurs à aller chercher eux-mêmes le financement de leurs émissions dans le privé, on peut, on doit poser la question. On peut parier, hélas, qu’il y aura une crise plus grave d’ici peu, ainsi qu’un restructuration avec fusion de rédactions et donc licenciements. L’ultralibéralisme qui impose aux formations politiques de gouvernement la politique unique de « faire des économies » traduite par « faire des réformes », tue, petit à petit, tout ce qui constituait les fleurons de la France. Les trains n’arrivent plus à l’heure et France-Inter ressemble de plus en plus à Europe 1. Quand les prochaines restrictions budgétaires doublées par le clientélisme qui fera baisser la redevance audiovisuelle, imposeront des coupes claires dans les budgets de France-Télévision et de Radio-France, l’antenne d’Inter sera envahie par la pub, comme ses consœurs. Dès lors, nombre d’auditeurs n’auront plus aucune raison d’écouter Inter et l’audience se fera surtout à partir des podchargements et des chroniques sur smartphone. La direction de Radio-France serait bien inspirée de regarder comment l’opinion publique évolue ces dernières années au lieu de miser sur la résignation des masses. Les derniers événements politiques, tant en France qu’à l’étranger, montre que les sondages et autres enquêtes d’opinion sont une chose mais que, de moins en moins de gens se déterminent en fonction du succès d’estime. Bien sûr, la direction peut aussi choisir de faire comme les Gouvernements après le référendum de 2005 : s’étonner du résultat contraire aux enquêtes puis faire comme si de rien n’était. Fort bien mais alors, tout le monde comprendra au service de qui est la direction de Radio-France.

 

 

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30 décembre 2016

Dehors, les sans-abris !

Ils y sont déjà ? Alors, comment s'en débarrasser ?

On pourrait croire qu'être sans abri, être dehors jour et nuit, tous les jours, quelque soit le temps et température, c'est déjà beaucoup. C'est énorme. Il faut croire que ça n'est pas assez puisque tout est fait pour que les sans-abris n'aient même pas une place pour se poser. À Paris et dans toutes les grandes villes de notre beau pays, on s'ingénie à les traquer, à les chasser, à les empêcher d'approcher. Bref, à les empêcher de vivre ou, plutôt, de survivre. Dès le milieu des années 1970, on a supprimé les banquettes sur les quais du métro pour les remplacer par des sièges individuels, bien creux au niveau de l'assise et bien séparés les uns des autres. Ainsi, pas de danger qu'un clodo (comme on disait à l'époque) ne comble le creux et le vide avec des haillons et de cartons. Et puis, ça passe bien auprès du public : voyez, la RATP pense à votre confort ! Peu importe que le nombre de place offerte soit moindre puisque, de toute façon, les Parisiens utilisent peu ces sièges et préfèrent rester debout, même si l'attente est longue, de peur de ne pas être premier à monter dans la rame et devoir attendre la suivante. Ensuite, la société JCDecaux qui a remporté le marché des abri-bus a inventé des banquettes trop petites, trop étroites, pour qu'on puisse songer à s'allonger. Avec l'explosion du nombre de « nouveaux pauvres » – comme on les a appelés au début des années 1980 – il fallait trouver autre chose. L'imagination est débordante. C'est quand même dans les années 1990 et le début de ce siècle que les choses ont évolué le plus. Ainsi, les bords des magasins, souvent légèrement au-dessus du niveau du sol, ont commencé à s'orner de picots pour empêcher l'assise ou même simplement la pose d'un pied pour attacher ses chaussures. La société JCDecaux a proposé un nouveau modèle d'arrêts de bus équipé d'électronique pour renseigner sur l'attente, notamment. Les banquettes sont pourvues d'accoudoir. Les cloisons de verre sont suffisamment hautes pour qu'on ne puisse pas poser un carton pour s'abriter du vent et, quand même, s'allonger par terre mais un tout petit peu à l'abri. L'équipementier a fait tant et si bien (ou tant et si mal plutôt) que ces nouveau abri-bus ne protègent pas de la pluie et, bien sûr, pas du vent non plus qui vient glacer les mollets. Tout ça dans l'intention d'empêcher les sans-abris de trouver un maigre et très insuffisant refuge dans les abri-bus. Des millions dépensés pour changer tous les abri-bus de la RATP en pure perte puisqu'ils ne font pas leur office. Quand on voit à quel point on est serré dans les transports en commun, pour ainsi dire à n'importe quel moment de la journée, quand on sait que la Ville de Paris fait tout pour inciter à les prendre, on ne comprend pas, alors qu'il faut faire des choix budgétaires, qu'on investisse autant pour chasser les sans-abris, comme si c'était la priorité. On a créé, à Paris, une pudique brigade de police municipale chargée des incivilités. On a annoncé des sanctions dont on comprend vite qu'elles visent surtout les malheureux sans-abris. Des exemples : mendicité dans les rames de métro, rester dans la rame au terminus (les sans-abris s'endorment et restent des heures, parfois dans la même rame), chanteurs, voyager sans ticket.

On croyait qu'avec tout ça, avec la suppression des bancs publics ou leur remplacement par des banquettes pourvues d'accoudoirs afin d'empêcher de s'allonger, on était parvenu au summum de la lutte contre les réprouvés. Nenni ! La société qui exploite les autolib électriques avait mis des édicules fermés à la disposition des clients afin de leur permettre de sortir leur carte de crédit, de suivre les instructions sur un écran, à l'abri des intempéries. Seulement, on s'est rendu compte que des malheureux avaient trouvé l'édicule à leur goût : bien fermé, à l'abri de la pluie et du vent, suffisamment longs, ils pouvaient prétendre s'allonger et passer une nuit à peine dérangés par le peu de clients utilisant ces voitures électriques en dehors des journées. Il est vrai qu'il y avait de l'abus : certains y laissaient leurs pauvres affaires toute la journée avant de les retrouver le soir. D'autres avaient même trouvé des sortes de matelas qu'ils laissaient dépliés toute la journée. Intolérable, n'est-il pas ! Et l’odeur ! Cette société (filiale de Bolloré) a donc décidé de supprimer les cloisons et les portes en verre. Encore une astuce qui ne marche plus pour ces malheureux. À chaque nouvelle trouvaille pour compliquer la vie (la survie en fait) des sans-abris, on se demande quelle sera la prochaine. On se demande ce qui va sortir du cerveau de quelques uns pour embêter un peu plus les malheureux, toujours plus nombreux.

Il faut quand même imaginer qu'il existe des humains qui demandent à d'autres humains de trouver des solutions pour éliminer physiquement les sans-abris. Il faut imaginer que les seconds utilisent leur intelligence pour en trouver. Essayons d'imaginer leurs pensées. « Comment les empêcher de s’asseoir, comment les empêcher de s'allonger, comment les empêcher de s'approcher ? ». Et ils passent des heures, des journées entières, mobilisés par cet objectif. La plupart n'y parviennent pas mais il suffit d'1 seul, un peu plus vicieux, un peu plus salopard que les autres pour trouver LA solution anti sans-abris. Imaginons leur conversation dans les transports en rentrant le soir ou au bistrot au moment de la pause. « Tu sais quoi ? J'ai trouvé le moyen d'empêcher les sans-abris de s'assoir ! Wow ! Pas possible, comment t'as fait ? ». Ou bien, de retour à la maison le soir, à leur conjoint(e) et devant leurs enfants : « Tu sais quoi ? J'ai trouvé le moyen d'empêcher les sans-abris de s'assoir ! » Réponse : « Oh, mon chéri, c'est formidable. Je suis fièr(e) de toi ! ». Et les enfant : « Bravo papa/maman ! On a les parents les plus extraordinaires du monde ». L'Histoire a retenu le nom du préfet Poubelle qui a inventé les réceptacles destinés à collecter les ordures mais ne retiendra pas le noms de ces ordures qui gagnent leur vie à contrarier la survie des plus faibles. Il y a une certaine justice. Maigre consolation.

DSC04756

Malgré tout, au hasard de flâneries, de perte de son chemin, loin des passages, on trouve des sans-abris isolés, ceux qui ont repéré un coin où on leur fiche la paix et où ils peuvent organiser leur galère, leur survie. On peut voir une tente qui échappe à la vigilance des autorités. Ça peut être aussi un amas de broques qui servent de pauvre refuge. Il faut rendre hommage aussi, à ces riverains, parfois des commerçants, qui apportent une aide ou une bienveillance, une protection.

 

Certains diront que ces propos sont démagogiques. Ce sont tous ceux qui sont formatés par le discours dominant. Qu'importe, ils ont l'impression d'être intelligents parce qu'ils se montrent sans cœur, sans le moindre élan de solidarité. Laisser parler son cœur, c’est bon pour les enfants et pour ces utopistes qui font métier d’aider les autres. Ce sont aussi tous ceux qui disent : « Quand on veut, on peut. Moi aussi, j'ai etc. et je m'en suis sorti, alors, il faut pas me raconter d'histoire ». Nous avons tous entendu de tels propos. Qu'importe : la priorité, c'est d'en finir avec la pauvreté qui s'étend dans les pays les plus riches du monde ou plutôt avec les pauvres. La priorité, c'est de loger des dizaines de milliers de personnes. Il faut enfin décider de réquisitionner en rassurant les petits propriétaires. On ne doit pas s'en prendre à ceux qui ont mis de côté pour assurer leurs vieillesse. Il y a des centaines d'appartements vides, d'immeubles, même. Le pire, ce sont les bureaux. On en construit toujours plus alors qu'il y en a tant qui sont vides. Tout ça pour organiser la pénurie et maintenir les cours immobiliers. Des sociétés changent de locaux sans arrêt pour payer un peu moins d'impôt là, plutôt qu'ici. Ils appartiennent à des assureurs, des banquiers, des sociétés. Les sans-abris et les mal-logés coûtent cher. Des réfugiés ou autres habitent des hôtels meublés aux frais des autorités. Les sans-abris ne consomment pas. Ils ne paient pas de taxe. Ils ne font pas tourner la machine. Il est vrai que tant que ceux qui ont un emploi plus ou moins assuré suffisent pour faire tourner la machine, il n'y a pas de raison d'augmenter les salaires ni de construire pour les mal-logés et les pas logés du tout. Dans notre monde « post-démocratique », tout ça n'a aucun poids. Le pire, c'est ce système qui nous rend indifférents, peureux, résignés et, pour tout dire, mauvais. Avec autant de sans-abris et de mal logés, il devrait y avoir des émeutes car il est insupportable de vivre en sachant cela.

 

DSC04774

Dans ce contexte, il faut féliciter France-Inter d'avoir consacré une journée entière aux sans-abris peu avant Noël. L'opération était menée avec « Les Enfants du canal », association qui prend la suite des « Enfants de don Quichotte » de M. Augustin LEGRAND. Il était invité et sa colère est intacte, dix ans après. Sa colère rappelle les saintes colères de l'Abbé-Pierre, apprécié par les médias tant qu'il assurait le spectacle. On savait que sa silhouette frêle, sa barbe prophétique, sa soutane et son béret amenaient de l'audience. Son successeur, le Professeur Jacquard n'avait pas cette aura médiatique. L'Abbé-Pierre le savait et en jouait. On ne pouvait pas ignorer ses interventions. On a fini par trouver le moyen de ne plus avoir mauvaise conscience en l'accusant d'antisémitisme quand il a payé de sa personne pour sauver des juifs au péril de sa vie.

 

https://www.franceinter.fr/info/restez-a-l-ecoute-une-action-de-solidarite-mercredi-21-decembre-place-de-la-republique-a-paris

 

M. Augustin Legrand n'a pas cette aura non plus. Il a amusé la galerie mais il ne faudrait pas qu'il fasse la morale dans les médias. Quoi qu'il en soit, France-Inter s'est honorée ce jour-là. Bien sûr, on a compris qu'à la fin du« Téléphone sonne », une voix s'est élevée qui n'a pas pu être entendue. Il y a un tel besoin de prise de parole qu'il est difficile d'entendre tout le monde. Le pire, semble surtout atteint par France 3 qui à 19h a évoqué la journée sur « la radio France-Inter » (comme si c'était une petite radio associative) et à parlé « d'une association », mais sans mentionner son nom, qui a offert des radios à dynamo aux sans-abris isolés.

 

Comment expliquer, avec tous ces gens qui sont conscients du problème, qui sont sensibles, qui s’engagent, parfois, que le problème perdure depuis maintenant une trentaine d’années ? Comment expliquer tant d’investissements pharaoniques dans des domaines contestables ou de pur prestige quand des dizaines de milliers de personnes, dans les pays les plus riches, dorment, vivent, mangent dans la rue ? Ne voit-on pas qu’une dépense de prestige est aussitôt annulée par la vue d’un seul malheureux gisant sur le trottoir ? En fait, maintenir un fort contingent de sans-abris garantit la paix sociale. Tout le monde sait qu’il suffit d’un rien, de la perte d’un emploi, d’un divorce, d’un deuil, pour que tout bascule. On perd son logement et, à partir de là, tout se précipite pour atterrir dans la rue. La vue quotidienne des sans-abris rappelle à chacun qu’il doit se contenter de son salaire qui n’augmente pas (pas d’inflation n’est-ce pas), de son boulot de merde, de ses collègues qui vous dénoncent parce que vous avez oublié un document sur la photocopieuse, de ses chefs qui vous adressent des remarques désobligeantes. Les femmes, obligées d’accepter des boulots contraignants, des temps partiels pour pouvoir s’occuper des enfants, les femmes qui se bourrent de cachetons pour supporter les remarques désobligeantes sur leur physique, leur sexualité supposée. Tout ça, c’est la réalité quotidienne de la classe moyenne. Tout ça n’est possible que parce qu’il n’y a pas de plein emploi (et encore considère-t-on, à présent, que le plein-emploi c’est 5 % de chômeurs) et qu’on ne peut pas changer de boulot comme on veut. Maintenir les contingents de sans-abris, c’est maintenir un système dont tout montre qu’il est à bout de souffle.

29 décembre 2016

PIERRE BAROUH

SARAVAH !

 

 

Être heureux, c'est plus ou moins ce qu'on cherche

 

saravah

http://www.paroles.net/pierre-barouh/paroles-samba-saravah

http://www.saravah.fr/videos-dvd/saravah,1113

 

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Dehors, les sans-abris !

Ils y sont déjà ? Alors, comment s'en débarrasser ?

On pourrait croire qu'être sans abri, être dehors jour et nuit, tous les jours, quelque soit le temps et température, c'est déjà beaucoup. C'est énorme. Il faut croire que ça n'est pas assez puisque tout est fait pour que les sans-abris n'aient même pas une place pour se poser. À Paris et dans toutes les grandes villes de notre beau pays, on s'ingénie à les traquer, à les chasser, à les empêcher d'approcher. Bref, à les empêcher de vivre ou, plutôt, de survivre. Dès le milieu des années 1970, on a supprimé les banquettes sur les quais du métro pour les remplacer par des sièges individuels, bien creux au niveau de l'assise et bien séparés les uns des autres. Ainsi, pas de danger qu'un clodo (comme on disait à l'époque) ne comble le creux et le vide avec des haillons et de cartons. Et puis, ça passe bien auprès du public : voyez, la RATP pense à votre confort ! Peu importe que le nombre de place offerte soit moindre puisque, de toute façon, les Parisiens utilisent peu ces sièges et préfèrent rester debout, même si l'attente est longue, de peur de ne pas être premier à monter dans la rame et devoir attendre la suivante. Ensuite, la société JCDecaux qui a remporté le marché des abri-bus a inventé des banquettes trop petites, trop étroites, pour qu'on puisse songer à s'allonger. Avec l'explosion du nombre de « nouveaux pauvres » – comme on les a appelés au début des années 1980 – il fallait trouver autre chose. L'imagination est débordante. C'est quand même dans les années 1990 et le début de ce siècle que les choses ont évolué le plus. Ainsi, les bords des magasins, souvent légèrement au-dessus du niveau du sol, ont commencé à s'orner de picots pour empêcher l'assise ou même simplement la pose d'un pied pour attacher ses chaussures. La société JCDecaux a proposé un nouveau modèle d'arrêts de bus équipé d'électronique pour renseigner sur l'attente, notamment. Les banquettes sont pourvues d'accoudoir. Les cloisons de verre sont suffisamment hautes pour qu'on ne puisse pas poser un carton pour s'abriter du vent et, quand même, s'allonger par terre mais un tout petit peu à l'abri. L'équipementier a fait tant et si bien (ou tant et si mal plutôt) que ces nouveau abri-bus ne protègent pas de la pluie et, bien sûr, pas du vent non plus qui vient glacer les mollets. Tout ça dans l'intention d'empêcher les sans-abris de trouver un maigre et très insuffisant refuge dans les abri-bus. Des millions dépensés pour changer tous les abri-bus de la RATP en pure perte puisqu'ils ne font pas leur office. Quand on voit à quel point on est serré dans les transports en commun, pour ainsi dire à n'importe quel moment de la journée, quand on sait que la Ville de Paris fait tout pour inciter à les prendre, on ne comprend pas, alors qu'il faut faire des choix budgétaires, qu'on investisse autant pour chasser les sans-abris, comme si c'était la priorité. On a créé, à Paris, une pudique brigade de police municipale chargée des incivilités. On a annoncé des sanctions dont on comprend vite qu'elles visent surtout les malheureux sans-abris. Des exemples : mendicité dans les rames de métro, rester dans la rame au terminus (les sans-abris s'endorment et restent des heures, parfois dans la même rame), chanteurs, voyager sans ticket.

 

On croyait qu'avec tout ça, avec la suppression des bancs publics ou leur remplacement par des banquettes pourvues d'accoudoirs afin d'empêcher de s'allonger, on était parvenu au summum de la lutte contre les réprouvés. Nenni ! La société qui exploite les autolib électriques avait mis des édicules fermés à la disposition des clients afin de leur permettre de sortir leur carte de crédit, de suivre les instructions sur un écran, à l'abri des intempéries. Seulement, on s'est rendu compte que des malheureux avaient trouvé l'édicule à leur goût : bien fermé, à l'abri de la pluie et du vent, suffisamment longs, ils pouvaient prétendre s'allonger et passer une nuit à peine dérangés par le peu de clients utilisant ces voitures électriques en dehors des journées. Il est vrai qu'il y avait de l'abus : certains y laissaient leurs pauvres affaires toute la journée avant de les retrouver le soir. D'autres avaient même trouvé des sortes de matelas qu'ils laissaient dépliés toute la journée. Intolérable, n'est-il pas ! Et l’odeur ! Cette société (filiale de Bolloré) a donc décidé de supprimer les cloisons et les portes en verre. Encore une astuce qui ne marche plus pour ces malheureux. À chaque nouvelle trouvaille pour compliquer la vie (la survie en fait) des sans-abris, on se demande quelle sera la prochaine. On se demande ce qui va sortir du cerveau de quelques uns pour embêter un peu plus les malheureux, toujours plus nombreux.

Il faut quand même imaginer qu'il existe des humains qui demandent à d'autres humains de trouver des solutions pour éliminer physiquement les sans-abris. Il faut imaginer que les seconds utilisent leur intelligence pour en trouver. Essayons d'imaginer leurs pensées. « Comment les empêcher de s’asseoir, comment les empêcher de s'allonger, comment les empêcher de s'approcher ? ». Et ils passent des heures, des journées entières, mobilisés par cet objectif. La plupart n'y parviennent pas mais il suffit d'1 seul, un peu plus vicieux, un peu plus salopard que les autres pour trouver LA solution anti sans-abris. Imaginons leur conversation dans les transports en rentrant le soir ou au bistrot au moment de la pause. « Tu sais quoi ? J'ai trouvé le moyen d'empêcher les sans-abris de s'assoir ! Wow ! Pas possible, comment t'as fait ? ». Ou bien, de retour à la maison le soir, à leur conjoint(e) et devant leurs enfants : « Tu sais quoi ? J'ai trouvé le moyen d'empêcher les sans-abris de s'assoir ! » Réponse : « Oh, mon chéri, c'est formidable. Je suis fièr(e) de toi ! ». Et les enfant : « Bravo papa/maman ! On a les parents les plus extraordinaires du monde ». L'Histoire a retenu le nom du préfet Poubelle qui a inventé les réceptacles destinés à collecter les ordures mais ne retiendra pas le noms de ces ordures qui gagnent leur vie à contrarier la survie des plus faibles. Il y a une certaine justice. Maigre consolation.

DSC04756

Malgré tout, au hasard de flâneries, de perte de son chemin, loin des passages, on trouve des sans-abris isolés, ceux qui ont repéré un coin où on leur fiche la paix et où ils peuvent organiser leur galère, leur survie. On peut voir une tente qui échappe à la vigilance des autorités. Ça peut être aussi un amas de broques qui servent de pauvre refuge. Il faut rendre hommage aussi, à ces riverains, parfois des commerçants, qui apportent une aide ou une bienveillance, une protection.

Certains diront que ces propos sont démagogiques. Ce sont tous ceux qui sont formatés par le discours dominant. Qu'importe, ils ont l'impression d'être intelligents parce qu'ils se montrent sans cœur, sans le moindre élan de solidarité. Laisser parler son cœur, c’est bon pour les enfants et pour ces utopistes qui font métier d’aider les autres. Ce sont aussi tous ceux qui disent : « Quand on veut, on peut. Moi aussi, j'ai etc. et je m'en suis sorti, alors, il faut pas me raconter d'histoire ». Nous avons tous entendu de tels propos. Qu'importe : la priorité, c'est d'en finir avec la pauvreté qui s'étend dans les pays les plus riches du monde ou plutôt avec les pauvres. La priorité, c'est de loger des dizaines de milliers de personnes. Il faut enfin décider de réquisitionner en rassurant les petits propriétaires. On ne doit pas s'en prendre à ceux qui ont mis de côté pour assurer leurs vieillesse. Il y a des centaines d'appartements vides, d'immeubles, même. Le pire, ce sont les bureaux. On en construit toujours plus alors qu'il y en a tant qui sont vides. Tout ça pour organiser la pénurie et maintenir les cours immobiliers. Des sociétés changent de locaux sans arrêt pour payer un peu moins d'impôt là, plutôt qu'ici. Ils appartiennent à des assureurs, des banquiers, des sociétés. Les sans-abris et les mal-logés coûtent cher. Des réfugiés ou autres habitent des hôtels meublés aux frais des autorités. Les sans-abris ne consomment pas. Ils ne paient pas de taxe. Ils ne font pas tourner la machine. Il est vrai que tant que ceux qui ont un emploi plus ou moins assuré suffisent pour faire tourner la machine, il n'y a pas de raison d'augmenter les salaires ni de construire pour les mal-logés et les pas logés du tout. Dans notre monde « post-démocratique », tout ça n'a aucun poids. Le pire, c'est ce système qui nous rend indifférents, peureux, résignés et, pour tout dire, mauvais. Avec autant de sans-abris et de mal logés, il devrait y avoir des émeutes car il est insupportable de vivre en sachant cela.

 

Dans ce contexte, il faut féliciter France-Inter d'avoir consacré une journée entière aux sans-abris peu avant Noël. L'opération était menée avec « Les Enfants du canal », association qui prend la suite des « Enfants de don Quichotte » de M. Augustin LEGRAND. Il était invité et sa colère est intacte, dix ans après. Sa colère rappelle les saintes colères de l'Abbé-Pierre, apprécié par les médias tant qu'il assurait le spectacle. On savait que sa silhouette frêle, sa barbe prophétique, sa soutane et son béret amenaient de l'audience. Son successeur, le Professeur Jacquard n'avait pas cette aura médiatique. L'Abbé-Pierre le savait et en jouait. On ne pouvait pas ignorer ses interventions. On a fini par trouver le moyen de ne plus avoir mauvaise conscience en l'accusant d'antisémitisme quand il a payé de sa personne pour sauver des juifs au péril de sa vie.

https://www.franceinter.fr/info/restez-a-l-ecoute-une-action-de-solidarite-mercredi-21-decembre-place-de-la-republique-a-paris

M. Augustin Legrand n'a pas cette aura non plus. Il a amusé la galerie mais il ne faudrait pas qu'il fasse la morale dans les médias. Quoi qu'il en soit, France-Inter s'est honorée ce jour-là. Bien sûr, on a compris qu'à la fin du« Téléphone sonne », une voix s'est élevée qui n'a pas pu être entendue. Il y a un tel besoin de prise de parole qu'il est difficile d'entendre tout le monde. Le pire, semble surtout atteint par France 3 qui à 19h a évoqué la journée sur « la radio France-Inter » (comme si c'était une petite radio associative) et à parlé « d'une association », mais sans mentionner son nom, qui a offert des radios à dynamo aux sans-abris isolés.

 

DSC04774

Comment expliquer, avec tous ces gens qui sont conscients du problème, qui sont sensibles, qui s’engagent, parfois, que le problème perdure depuis maintenant une trentaine d’années ? Comment expliquer tant d’investissements pharaoniques dans des domaines contestables ou de pur prestige quand des dizaines de milliers de personnes, dans les pays les plus riches, dorment, vivent, mangent dans la rue ? Ne voit-on pas qu’une dépense de prestige est aussitôt annulée par la vue d’un seul malheureux gisant sur le trottoir ? En fait, maintenir un fort contingent de sans-abris garantit la paix sociale. Tout le monde sait qu’il suffit d’un rien, de la perte d’un emploi, d’un divorce, d’un deuil, pour que tout bascule. On perd son logement et, à partir de là, tout se précipite pour atterrir dans la rue. La vue quotidienne des sans-abris rappelle à chacun qu’il doit se contenter de son salaire qui n’augmente pas (pas d’inflation n’est-ce pas), de son boulot de merde, de ses collègues qui vous dénoncent parce que vous avez oublié un document sur la photocopieuse, de ses chefs qui vous adressent des remarques désobligeantes. Les femmes, obligées d’accepter des boulots contraignants, des temps partiels pour pouvoir s’occuper des enfants, les femmes qui se bourrent de cachetons pour supporter les remarques désobligeantes sur leur physique, leur sexualité supposée. Tout ça, c’est la réalité quotidienne de la classe moyenne. Tout ça n’est possible que parce qu’il n’y a pas de plein emploi (et encore considère-t-on, à présent, que le plein-emploi c’est 5 % de chômeurs) et qu’on ne peut pas changer de boulot comme on veut. Maintenir les contingents de sans-abris, c’est maintenir un système dont tout montre qu’il est à bout de souffle.