la lanterne de diogène

25 juillet 2017

Un Tour de France apaisé ?

Une parenthèse avec le Tour de France. Normalement, je ne suis plus le Tour depuis longtemps. Je m’en suis expliqué

Tour de France : ce qu'il est devenu

Seulement, comme pour Roland-Garros, on n’y échappe pas et l’on entend, malgré soi, l’actualité. J’ai pu suivre, en différé (j’ai pas la tv) les étapes autour de Briançon et à Marseille. D’abord, je remarque que la retransmission est très professionnelles. Quel contraste avec les images du temps de Robert Chapatte, pourtant considéré comme une référence ! Lui, mettait en avant l’anecdote, montait en épingle les rivalités, prenait parti pour un coureur et montait les spectateurs contre son rival. Il aimait montrer les coureurs arrêtés dans le fossé pour pisser. Rien de tout ça maintenant. Des images de coureurs à l’effort, des vues sur le parcours et ses difficultés, des angles montrant la stratégie, la position. L’électronique d’aujourd’hui permet de mesurer à la seconde les écarts et chaque changement dans l’ordre des coureurs. Un échappé est-il rattrapé que l’on sait déjà l’écart du nouveau groupe de tête avec les poursuivants et le peloton. On voit la route et ses imperfections qui compliquent le travail du coureur. On a des précisions sur le vent, principal ennemi sur le long terme de l’étape. De temps à autres, on incruste le parcours, le tracé, le profil de l’étape. La représentation en 3D est impressionnante. Pour éviter l’ennui, on passe un petit reportage où l’on entend un coureur s’exprimer sur l’étape en cours. d’autres fois, c’est un autre, probablement en studio à Paris, qui donne des explications sur une curiosité naturelle (sommet, lac, rivière) ou l’histoire d’un monument qu’on nous montre sous toutes les coutures. Certes, il se trompe à peu près à chaque intervention mais, globalement, c’est pas mal. Parfois même, il y a le silence. On n’entend plus que le ronronnement d’une moto. C’est vrai que, à la longue, les commentaires, même entre-coupés, deviennent abrutissants.

La retransmission nous montre aussi toute la logistique du Tour, toutes ces motos, toutes ces voitures qui suivent les coureurs. On connaît les motards de la gendarmerie qui font beaucoup dans la popularité de ce corps. Il y a, bien sûr, quelques reporteurs accrédités mais beaucoup moins qu’avant. Devant la pléthore de rédactions, il y aurait dix fois plus de journalistes sur la route que de coureurs ; sans compter les statiques. Ensuite, il y a toute l’assistance, les directeurs d’équipes et les mécaniciens qui dépannent le cycliste en rade quand son directeur ne peut pas se déplacer rapidement. On a aussi un infirmier à moto et des porteurs de bidons. C’est une organisation impressionnante et l’on aurait presque envie d’oublier les enjeux financiers qui la motivent.

 

tour 33

Tu as compris, à ce stade, que ça n’est pas tant la course qui a retenu mon attention mais l’environnement. Bien sûr, je sais que le maillot jaune est porté par Froome, déjà trois fois vainqueur et en passe de l’emporter. Je sais que l’on n’a d’yeux que pour Bardet, qui pourrait être le Français vainqueur pour la première fois depuis très longtemps. Barguil, le porteur du maillot à pois rouge du classement des grimpeurs est également regardé de près. Les autres, ma foi, je ne peux que les admirer mais sans pouvoir comparer leurs performances. Qu’importe d’ailleurs puisque les commentateurs le font. Très professionnel, encore une fois. Chapeau ! Je revois, donc, ces routes et ces paysages qui me sont familiers. Je guette au tournant. Je sais ce qui les attend. Je regarde les spectateurs le long de la route. Ils sont plutôt disciplinés par rapport à ce que j’avais pu voir autrefois. En fait, les cons absolus se trouvent près des sommets quand il y a une arrivée ou un passage qui rapporte des points. Il faut croire que l’altitude accroît la dégénérescence des neurones. D’ailleurs, c’est prouvé depuis longtemps puisque, autrefois, on avait remarqué que ceux qui vivaient près des crêtes étaient souvent déficients mentaux ou atteints de tares. On appelait donc ces malheureux des « crétins ». Je suppose que, aujourd’hui, c’est le brusque changement d’altitude, augmenté par le manque d’usage de certaines parties du cerveau qui provoquent ces comportements inconscients et dangereux pour les coureurs.

 

Ce qui me frappe, ce sont tous ces drapeaux. Je ne fais pas trop attention à ceux des pays voisins ni à ceux des régions ; principalement la Bretagne qui a vu naître Barguil, justement. Ce qui me stupéfie, ce sont les drapeaux de pays plus lointains. Ainsi, j’ai pu reconnaître ceux de la Tchéquie, de la Russie (ou de la Slovénie puisqu’il y a un coureur slovène), de la Sardaigne (pour encourager Uran), du Pays de Galles, de l’Écosse, du Danemark, de la Norvège, de la Finlande. Partout, je retrouve l’ikurrina, signalant la présence de spectateurs basques. Il y en a partout, surtout dans les étapes de montagne. Ils aiment la France bien qu’on ait tout fait pour leur faire détester ce pays voisin du leur. Le plus épatant, c’est encore de voir des drapeaux colombiens, des États-Unis, d’Afrique du Sud, du Japon, d’Australie, de Nouvelle-Zélande. On ne vient plus des antipodes seulement pour retrouver une ambiance de ski familiale comme à La Grave mais aussi pour applaudir des coureurs de là-bas, perdus sur les routes de France. Incroyable ! Sans doute un gros effort d’investissement. Peut-être le voyage de toute une vie. Le mercantilisme qui a pris le dessus du Tour de France me débecte mais quand même, il y a ça aussi.

 

Parlant de dégoût, parlons du dopage. Il n’en n’a pas été question. Tant mieux, le Tour semble apaisé et l’on peu s’intéresser à nouveau au sport, proprement dit. En fait, on n’en parle pas parce que, peut-être, le dopage est intégré à la préparation. Il y a exactement 15 ans, dans l’édition de 13 h du journal d’Inter, en partenariat avec « Science & Avenir », il y avait eu un long sujet sur la question et la conclusion était que, à l’avenir (aujourd’hui, donc), l’organisme fabriquerait lui-même la substance dopante et donc indétectable. Et puis, parlant des commentateurs, comment leur faire confiance quand ils se sont pâmés pendant des années sur les exploits des Virenque et des Armstrong avant de prendre des airs de biches effarouchées lorsqu’il n’était plus possible de tricher ? Comment faire confiance à ceux qui embauchent Virenque comme consultant tout en refusant d’inviter Ulrich au départ du Tour dans son pays ? Après Dom Juan, je dirai que l’hypocrisie est toujours un vice à la mode. À l’époque d’Armstrong, il ne fallait pas dire qu’il était dopé. Il fallait, au contraire, admirer la performance d’un coureur qui avait vaincu une terrible maladie, le cancer. Et c’était vrai. Aujourd’hui, on apprend que, dans l’équipe emmenée par Froome, il y a quatre asthmatiques (dont Froome lui-même) qui, à ce titre, ont le droit de prendre certaines substances pour se soigner. On est donc prié d’admirer ces malheureux poitrinaires qui ont à cœur de se battre contre la maladie et vont jusqu’à gagner le Tour de France. Un jour, peut-être, les mêmes nous diront que Froome était chargé et que ces quatre victoires sont sans valeur. On peut même penser que si un Thomas Voekler – dont c’était le dernier Tour – n’est jamais monté sur le podium, c’est parce qu’il n’a pas osé se doper comme d’autres. Comment un humain, même bien entraîné, pourrait effectuer 3500 km à une moyenne de 40 km/h en trois semaines, compte-tenu qu’il y a de nombreuses et longues côtes et qu’il fait très chaud ?

Armstrong noir ou blanc

Je remarque, à côté des drapeaux des spectateurs, des banderoles publicitaires apposées sur les auto-caravanes des spectateurs, parfois postées depuis la veille. Je suppose qu’ils sont payés pour. Comment ça se passe ? Les marques ou des régies passent-elles avant pour leur proposer un décor sur le blanc de la carrosserie ? Prennent-ils contact avec une régie avant le départ ? Il y en a même qui ont de la publicité sur le toit, sachant qu’il y a des images prises de l’hélicoptère. Cette pub imprévue ne semble pas choquer les organisateurs autrement plus en colère contre les syndicats qui peignaient sur la route les lettres de leurs sigles. On y a mis bon ordre ! Non mais. Mais quand c’est de la pub, alors, même subrepticement, on laisse passer. Un peu plus, un peu moins…

La pub ne sait plus comment s’immiscer. Pendant le Tour, on a appris que le CSA autorise TF 1 (et donc les autres chaînes privées) à passer de la pub pendant le journal télévisé. On se répand sur la lassitude des télé spectateurs, il n’en faut pas trop sinon il vont aller regarder le JT ailleurs. La bonne blague ! Il y a 30 ans, on disait ça aussi pour les films. On s’y est fait et maintenant, il y a deux coupures publicitaires sans compter la coupure pour la promotion interne destinée à nous préparer à la pub pour le jour où. Ceux qui regardent TF 1 ne sont pas hostiles à la pub, au contraire. C’est distrayant et ça dure pas trop longtemps. Au milieu du journal télévisé, ça permettra de ne pas trop réfléchir à la gravité des sujets abordés avant. Justement, il est déconseillé de réfléchir.

 

Donc, la pub s’insinue partout. À l’étape de Marseille, on constate que le départ et l’arrivée se déroulent dans l’ancien et mythique « Stade-Vélodrome ». Fort bien. Seulement, l’enceinte rénovée plusieurs fois au cours des dernières années (la dernière fois en 1998 pour le Mondial) n’a plus, depuis 1971 (si le commentateur culturel ne s’est pas trompé encore une fois) de piste de vélo. On a donc aménagé deux courbes : l’une pour le départ, l’autre pour l’arrivée. Pas mal. Ça oblige donc les commentateurs à préciser où ils se trouvent selon qu’un coureur part ou arrive. Et de citer le nouveau nom commercial du stade. Plus question de dire «le Stade-Vélodrome » ! Un journaliste qui l’a dit s’est aussitôt repris : « on a gardé des mauvaises habitudes ». Incroyable ! La mauvaise habitude, c’est de nommer un stade d’après son nom courant et, en l’occurrence, historique. La bonne habitude, c’est l’appeler par la marque en question. Dans d’autres circonstances, on appellerait ça de l’autocensure et du conditionnement. Comme c’est pour la bonne cause publicitaire, on dira que c’est l’appellation sans marque qui est mauvaise et à bannir.

tour 57

Dans notre travail de critique des médias, signalons aussi le contraste entre les commentaires qui faisaient état d’une foule le long du parcours ainsi que dans l’enceinte du stade et les images. On voyait nettement, que le Stade-Vélodrome n’était même pas rempli à moitié et que, le long du parcours, il n’y avait personne, à l’exception de la montée et, dans une moindre mesure, du Vieux-Port. Quel contraste avec les arrivées du Tour de France dans l’ancien Parc des Princes de Paris, toujours bondé et ne parlons pas de l’arrivée à la Cipale, beaucoup plus petite. On en vient à se dire qu’il ne faut, décidément, pas se fier aux commentaires.

Remarquons aussi que le Mucem a été plusieurs fois montré. On a pu constater l’échec monumental de ce lieu. Non seulement, il n’accueille pas beaucoup de visiteurs mais les abords sont déserts. Quand on se souvient comme ça grouillait de monde aux abords du J4 autrefois… Un jour de fête comme le passage du Tour, il aurait dû y avoir, au moins des gens appuyés sur les barrières. Les images sont formelles : personne.

Sinon, l’étape de Marseille est spectaculaire : une course contre la montre avec un dénivelé inattendu et une pente de 9 % vers la Bonne-Mère qui veille sur tous les Marseillais et tous ceux qui ont un attache avec cette ville. Une ville dont on a pu constater qu’elle recèle nombre de merveilles.

Et puis, coup de chapeau à l’ami Denis Cheissoux. https://www.franceinter.fr/emissions/un-tour-en-france

Tous les matins, sur Inter, en lieu et place du pitre de service (avant 9h), il présente l’étape du jour avec force détails et, toujours, un petit reportage maison pour illustrer un moment fort. Avec Denis Cheissoux, l’érudition le dispute à l’humour, le vrai, l’humour fin qui égratigne et fait réfléchir et qui laisse une délicieuse impression. Pour sa dernière, Denis Cheissoux a rappelé que l’arrivée du Tour sur les Champs-Elysées est une idée d’Yves Mourousi alors que personne ne l’a mentionné à l’occasion du centenaire du Tour. Mourousi ? C’est une marque de quoi ?

 galibier

on relira :

Inter-Variétés : du Tour de France à la lune

Jean-Paul Brouchon

Faut-il brûler les journalistes ?

http://www.francetvinfo.fr/sports/tour-de-france/chutes-cagades-et-course-contre-un-tramway-les-meilleurs-gifs-du-tour-de-france-2017_2292409.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20170723-[lestitres-colgauche/titre1]

 

 


17 juillet 2017

Martin Landau dans le cosmos

Depuis l’annonce de sa mort, on ne parle que du rôle que Martin Landau tenait dans la série Mission Impossible. C’est pour le moins surprenant vu que son personnage, indispensable dans l’économie des « missions », passait largement à l’arrière plan. Tout le monde se souvient – et c’est même la marque de fabrique de la série – de « la bande qui s’auto-détruira dans 10 secondes ». Juste avant, l’épisode mettait sur le devant le beau Peter Graves dont la fameuse bande déclinait l’identité : « Bonjour Monsieur Phelps ! ». Éventuellement, on remarquait aussi l’électronicien Barney, interprété par l’acteur Noir Greg Morris, inventeur de l’appareil qui va assurer le succès de la « mission ». L’imitateur et spécialiste du déguisement, Rollin, interprété au début de la série par Martin Landau n’était pas ce qu’on appelle une « vedette » ou une « star ». D’autant plus que, le rôle a été tenu par la suite par le fameux Leonard Nimoy plus connu pour son rôle aux oreilles pointues de Spock.

http://www.lexpress.fr/culture/tele/martin-landau-star-de-mission-impossible-s-est-eteint_1927853.html

http://www.la-croix.com/Monde/star-Mission-Impossible-Martin-Landau-meurt-89-ans-2017-07-17-1300863405

http://www.europe1.fr/culture/la-star-de-la-serie-televisee-mission-impossible-martin-landau-meurt-a-89-ans-3390662

 

Il faut consulter un site canadien pour qu’on rappelle que Martin Landau a tenu, cette fois et incontestablement, le premier rôle de la série « Cosmos 1999 ».

http://www.tvqc.com/2017/07/deces-de-lacteur-martin-landau-cosmos-1999-mission-impossible/

 

Une fois de plus, ça montre la façon de travailler des journalistes (au moins en France). Un(e) journaliste, sans doute jeune, peut-être stagiaire (vacances obligent), parcourt rapidement une dépêche puis une biographie du défunt. Il voit écrit « Mission : Impossible » et se rappelle avoir vu le film avec Tom Cruise. Bien sûr, il voit le reste aussi mais sans connaître. Alors, il/elle met en avant ce qu’il sait : « Mission : impossible » et Alfred Hitchcock. Le tour est joué ! Martin Landau a débuté avec le maître du suspens avant de devenir la vedette de « série culte » (forcément « culte ») « Mission : Impossible ». Pas la peine de s’emmerder avec un obscur acteur que plus personne ne connaît mais dont il faut parler parce que les vieux écoutent encore les informations à la radio. Ensuite, les autres vont encore moins s’emmerder. Il suffit de reprendre ce que le/la confrère a écrit ou dit avant. On le dit dans un ordre à peine différent et on fait d’un éternel second rôle, une vedette de série étatsunienne.

Pourtant, un premier rôle, il l’a tenu dans la série « Cosmos 1999 » diffusée en France, dans l’émission « La Une (puis Samedi) est à vous », présentée par Bernard Golay au milieu des années 1970. arrêtons-nous un instant sur cette série.

martin-landau-kids

La fiche Wikipédia nous apprend qu’elle a débuté vers 1973. Donc, à cette époque, on imaginait que, largement, avant l’an 2000, on voyagerait facilement dans le cosmos. Le vaisseau spatial en perdition se promène à des années-lumières de sa base terrienne. Cela suppose de pouvoir maîtriser la fabrication de l’oxygène pour l’équipage ainsi que l’énergie pour propulser le véhicule, et disposer de l’eau ; sans parler des sorties dans l’espace et de l’exploration des diverses planètes qui sont autant de prétextes à des aventures. Dès les années 1960, on nous prédisait que, en l’an 2000, on ne circulerait plus qu’en avion, que le ciel serait dont embouteillé, et qu’on mangerait des pilules énergétiques. Finies l’agriculture et la vaisselle ! Plus tard, avec la conquête puis les pas de l’Homme sur notre la Lune, on a envisagé – sérieusement cette fois – la construction de bases lunaires pour, justement, la conquête de l’espace. On nous présentait des projets de « bulles », de « globes » posés sur le sol lunaire avec des scientifiques affairés à la gestion des divers vaisseaux spatiaux, partis de la Lune et explorant l’espace infini. Bien sûr, il auraient disposé, dans leur base lunaire, de lopins de terre artificiels pour cultiver des légumes et assurer leur alimentation. Nous avons été nombreux à rêver devant ces projets qui paraissaient réalistes. Si l’on pouvait arracher une masse de plusieurs dizaines de tonnes à l’attraction terrestre, la faire mouvoir dans l’espace, on doit pouvoir construire un centre spatial en dehors de la Terre.

On sait qu’il n’en a rien été. Dès 1972, le programme Apollo se termine. Les soviétiques poursuivent leurs expériences de survie dans l’espace en milieu confiné. L’Europe (en fait la France), hésite, essuie l’échec de la fusée Europa, avant de se lancer dans le mercantile lancement de satellites artificiels avec la fusée Ariane mais renonce à l’avion spatial Hermès, alternative à la navette spatiale de la Nasa dont le bilan est mitigé.

La série « Cosmos 1999 » n’a pas connu le succès des autres de la même époque. Sans doute manquait-il l’audace des autres séries de science-fiction avec force gadgets, inventions improbables, dont la fonction première est de résoudre, à la manière de Rocambole, des situations inextricables. Qu’importe, ça amuse et ça fait rêver. La seule chose que proposait « Cosmos 1999 », c’était cette dérive dans le cosmos tandis que, dans le vaisseau, tout existait déjà ; même à l’état expérimental. Il y avait déjà des ordinateurs, des programmateurs dans les voitures aux États-Unis, des portes coulissantes, des automatismes, des robots, des combinaisons pour sortir dans l’espace (déjà inventées dans Tintin), et même des bains de soleil avec UV. Pas de télé-transport, pas de rayon qui désintègre, pas de rencontre du 3e type, et puis, pourquoi ne pas le dire, pas de beau mec ni de belle nana qui captive l’attention. De plus, de par son titre, la série est forcément datée. Plus on se rapprochait de la date fatidique, plus on se rendait compte que le monde imaginé par les auteurs de la série ne correspondait pas. On en était à se demander si l’univers était en expansion… Donc, les chaînes de TV, qui masquaient leur absence de programme (genre « La 5 » d’Hersant-Berlusconi, M6 ou même TF1) en rediffusant des vieilles séries amorties ne passaient pas « Cosmos 1999 ». L’an 2000 est déjà un vieux souvenir et ressemblait beaucoup au monde des années 1960 mais en plus moderne, plus rapide, plus peuplé.

Cosmos 1999

À l’époque où, la France s’est familiarisé avec son visage (justement grâce à Cosmos 1999), on avait appris que, par contrat, Martin Landau imposait sa femme dans les séries où il jouait. C’est ainsi que Barbara Bain fait partie de l’équipe de « Mission : Impossible » et de l’équipage de « Cosmos 1999 ». Le seul opusil a tenu le premier rôle n’a pas été succès. Sinon, on le retrouve dans des rôles antagonistes dans la plupart des grandes séries des années 1970 : « Les Incorruptibles », « Au nom de la loi », « UNCLE », « Les mystères de l’Ouest », « Columbo », et d’autres moins connues ici. Au cinéma, il enchaîne les seconds, voire les troisièmes ou quatrièmes rôles. Il fait partie de ceux qu’on reconnaît au hasard d’un plan, en se disant : ah, tiens, il est là lui ! Ou bien : oh ! comment il s’appelle déjà, celui-là ? Tu sais bien, on l’a vu dans…. Justement, au cinéma, il a tourné dans des dizaines de films que tout le monde a vus sans le voir lui. En plus, il meurt le jour où d’autres célébrités passent aussi l’arme à gauche...

En fait, Martin Landau a accompagné nos loisirs depuis une bonne soixantaine d’années. Ça mérite un coup de chapeau !

 

http://www.oocities.org/area51/jupiter/1630/

https://www.picsofcelebrities.com/celebrites/martin-landau.html

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08 juillet 2017

Simone VEIL, l'extrême-droite et la télévision

Bien sûr, tout le monde retient, à juste titre, la réponse ferme de Simone Veil :

"Vous ne me faites pas peur. J'ai survécu à pire que vous. Vous n'êtes que des SS au petit pied"

http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/30/simone-veil-devant-jean-marie-le-pen-jai-survecu-a-pire-que-v_a_23009972/

Pourtant, cette vidéo nous enseigne autre chose. Ça se passe en 1979, pendant la campagne pour les premières élections européennes. À cette époque, il était facile de présenter une liste de 81 candidats et l'on ne se privait pas. Ainsi, ineffable Jean Edern Hallier avait monté sa liste qui faisait la part belle aux cultures régionales qu'il ambitionnait de défendre dans une Europe qui faisait encor rêver.

http://www.france-politique.fr/elections-europeennes-1979.htm

L'extrême-droite aussi, donc. Ici, c'est Le Pen qui cherche la bagarre. Il était coutumier du fait. D'abord, c'est sa nature profonde. Ensuite, c'était un moyen de faire parler de lui puisque son parti peinait à se faire entendre. À tel point que Tixier-Vignancour,ancien avocat de l’OAS, s'était brouillé avec lui et avait monté son propre parti, le PFN (Parti des Forces Nouvelles) qui progressait. Forcément, après un tel incident où des gros bras s'en prennent à une femme, il avait le beau rôle en condamnant et en voulant donner une bonne image de l’extrême-droite.

Concrètement, ça veut dire que, comme nous ne cessons de le répéter ici, le FN et Le Pen sont des créatures de la télévision et des médias. Il nous a fallu du temps pour admettre que ça n'avait été possible qu'avec l'aval du PS de l'époque qui s'amusait de voir un groupuscule tailler des croupières au très autoritaire RPR dont on dénonçait le discours qui reprenait souvent la phraséologie de l'extrême-droite ; après avoir tenté de détourner celle de la gauche. M. Chirac, après avoir fondé le RPR ambitionnait d'en faire « un travaillisme à la française »... rien que ça.

François-Henri de Virieux, co-fondateur du quotidien de gauche « Le Matin de Paris », qui a fortement contribué à la victoire de la gauche à presque toutes les élections entre 1976 et 1981, n’a pu inviter, le premier, Le Pen, dans une grande émission politique de grande écoute, (L'heure de vérité), qu’avec l’approbation des hauts-lieux. Le prétexte a été fourni quand il a été élu conseiller du XXe arrondissement en 1983. Autrement dit, il n’est même pas Conseiller municipal mais ça suffit pour susciter quelques commentaires : comment, il a été élu (très modestement) dans un arrondissement où vivent des immigrés. C’est le prétexte invoqué pour l’inviter. Depuis 1977, des communes ont élu, par exemple, un maire écologiste sans motiver une invitation à la télévision mais un néo-fasciste qui va occuper un strapontin trois fois en six ans, ça peut faire du bruit. Après l’élection municipale à Dreux, quelques mois auparavant, qui a vu Stirbois propulsé sur le devant de l’actualité, c’est le début d’un engrenage qui n’en finit pas.

Ce soir-là, les journalistes et les téléspectateurs découvrent Le Pen et, lui-même, se découvre. Il n’a jamais connu pareille expérience et, comme il n’a rien à perdre, il ne prend aucune précaution oratoire. C’est une grande gueule. Il ne dit rien d’intéressant, rien d’intelligent mais il le dit fort. L’audience est bonne. Certains diront qu’elle est forte et inhabituelle. Par la suite, les médias se précipiteront pour l’inviter et faire de l’audience. À l’époque, ce qu’on appelle la « télé-réalité » n’existe pas. La transgression qui fait le succès du genre et l’audience n’a pas encore imposé ses personnalités faibles et sans retenue. Le Pen est une émission de télé-réalité à lui tout seul. Il ose tout. C’est à ça qu’on le reconnaît. Et médias de le provoquer, de lui tendre des perches, connaissant ses points faibles et sachant qu’il va tomber dans le panneau à tous les coups. Comme une Nabila, il s’offusque a posteriori qu’on puisse lui reprocher ses propos et son attitude. Depuis 1983, le FN n’a pas connu que des succès. Pourtant, même vautré, les médias ont tendu le micro à Le Pen et l’ont aidé à rebondir. Pourtant, même retiré des instance dirigeantes de son parti, les médias tendent le micro au président d’honneur (quel terme inapproprié pour le FN) du parti qu’il a fondé, de préférence aux dirigeants actuels. Le Pen assure le spectacle et l’audience. Il est présent dans toutes les rubriques : au faits-divers, à la délinquance, aux querelles familiales et, éventuellement, à la politique. Et chaque fois, passés les commentaires outrés de rigueur, on se frotte les mains d’avoir entretenu les braises. La bonne gauche a trouvé le moyen de s’auréoler à peu de frais en imposant un discours anti-FN dominant. Le résultat, nous le connaissons. Il progresse mais rate toujours l’objectif annoncé. Peu importe. L’important est d’être là, de faire parler de soi et l’on peut compter sur les médias.

Autrement dit, à travers ce petit reportage qui met en valeur Simone Veil, on a, quand on veut se donner la peine de se limiter aux apparences, la preuve que le phénomène Le Pen et la montée du néo-fascisme en France sont un phénomène purement médiatique avec les conséquences malsaines que l’on connaît et qui ont coûté la vie à quelque personnes déjà. Sans compter que, pour les générations qui sont nées dans ce contexte, le tricolore de la Révolution française et les autres symboles républicains comme la Marseillaise sont confondus avec le logo du FN. Le seul succès latent du FN est d’avoir favorisé la haine de la France de la part de ceux qui sont visés par les propos de Le Pen et par ceux qui les soutiennent.

simone veil

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03 juillet 2017

Inter en fête (enfin)

On dirait que les choses changent sur Inter. Le 30 juin 2017, dernier jour de la saison radiophonique, il n’est question que du départ de M. Patrick Cohen. On sait qu’il rejoint la station du groupe Lagardère à la rentrée. Nous voulions y consacrer un article et puis… à quoi bon ? Est-ce si intéressant, même dans le cadre du travail de mémoire et de critique des médias que nous effectuons à longueur d’année.

 

Cohen - Salamé

D’habitude, sur Inter, quand quelqu’un s’en va, on le signale juste au moment de son départ. Tout juste entend-on quelques applaudissement couverts par un « jingle » ou une pub. Pour une fois, toute l’émission du dit « Pat Co » tournait autour de cette dernière. Chaque chroniqueur a glissé un petit mot pour dire combien il ou elle avait apprécié de travailler avec le boss du matin. Lui même s’est fait plaisir, comme il nous y avait habitué, le vendredi, en invitant un artiste ou un savant. Cette fois, c’était Bernard Lavilliers, pourtant hors promotion puisque, à 70 ans, il n’attend plus rien et que son prochain album ne sortira qu’à la rentrée. C’est donc pour le plaisir qu’il était là. Il n’avait rien à vendre et il n’a pas été interrogé sur l’air du temps. Justement, quand donc les responsables de la radio publique comprendront-ils que le plaisir des animateurs est communicatif, à partir du moment où il est partagé ? On dirait que Mme Laurence Bloch a impulsé cet esprit maison qui a fait longtemps défaut à la station où chacun ignorait ce que faisait l’autre (voire le méprisait), trouvait tout naturel qu’on leur confie un budget pour entretenir un entre-soi sans souci de l’auditeur. Dimanche dernier, M. Denis Astagneau a tiré sa révérence sous les chaleureux applaudissements de ses confrères qui ont évoqué, brièvement, les moments partagés ensemble. Ce matin, M. Cohen a montré combien son travail rigoureux a été apprécié.

 

Bien sûr, M. Patrick Cohen appartient, désormais, à la sphère médiatique et même au premier cercle. Il anime une émission à la télévision. Il est demandé. Il vient, lui-même, de RTL et c’est à mettre à l’actif de M. Philippe Val, le très controversé directeur d’Inter, à l’époque, d’avoir eu la conviction qu’il fallait un grand professionnel aux manettes de la matinale. La suite, nous la connaissons puisque c’est devenu une référence. Forcément, pour occuper ce statut, il faut faire montre de qualités professionnelles mais aussi d’une neutralité de façade puisque bienveillante envers le système en place. Si l’on critique le système, on se doit de dénoncer les journalistes accommodants ou faussement irrévérencieux envers les personnalités en vue mais vraiment agressifs envers ceux qui n’ont pas de poids dans les grandes décisions. Donc, il faudrait dire que M. Cohen est un vendu et que son choix d’intégrer le groupe Lagardère en est la preuve. Qu’on le dise mais il n’empêche que dans un royaume de médias, tout entier consacré à des activités lucratives, il existe aussi des professionnels qui font correctement leur boulot. M. Patrick Cohen et la rédaction autour ne font pas partie des pires, loin de là. Pour le reste, c’est le système lui-même qu’il faut changer et bien peu s’y emploient. Donc, pas de leçon à donner à M. Cohen et aux autres qui font correctement leur boulot dans un cadre qu’on peut et qu’on doit critiquer.

 

 

Ali Rebeihi 2

C’était donc plutôt agréable, ce matin-là, de les entendre tous, détendus, s’exprimer sur une page de leur vie professionnelle qui se tourne. M. Augustin Trapenard a continué en célébrant sa dernière de la saison avec le comédien, humoriste et chanteur, François Morel. M. Ali Rébeihi a poursuivi dans la même veine. Mme Bloch est intervenue également. On comprend que la grille de la rentrée sera, à peine, modifiée. Fini le temps où l’été était le moyen d’entendre de nouvelles voix qui allaient s’avérer indispensables à la rentrée. Fini aussi – et c’est tant mieux – le temps où Inter imposait une grille d’été qui revenait tous les ans et dont on avait l’impression qu’elle était constituée du deuxième choix, des recalés de la grille de la saison. Après tout, pourquoi pas, puisque ça marche ? C’est un peu la recette qui fait le succès d’RTL depuis un demi-siècle : garder les auditeurs avec des émissions qu’ils ont plaisir à retrouver, année après année. Le problème, c’est que les deux stations généralistes (les dernières en fait) voient leur auditoire vieillir. Ceux qui écoutaient le « Hit parade » d’André Torrent sont maintenant à la retraite ou pas loin. Ceux qui écoutaient Pierre Bouteiller, y sont depuis longtemps et vont être rejoints par les suiveurs de Jean-Louis Foulquier. Tant que la classe politique aura besoin de ces stations pour exposer ses programmes, tant qu’il y aura un public, même réduit, en attente d’une information sérieuse, les deux ou trois radios généralistes qui subsistent ont de beaux jours devant elles.

 

Nous savons que M. Nicolas Demorand reprend la matinale qu’il avait délaissée, voici sept ans pour partir, lui aussi, pour le groupe Lagardère. À l’époque, il avait effectué deux saisons (à vérifier) dans la matinale d’Inter après s’être fait remarquer dans celle de France-Culture où, parait-il, son engagement en faveur du « oui » au fameux référendum européen de 2005 avait été apprécié en haut-lieu. Il faisait preuve d’une grande arrogance envers ceux de ces invités dont il ne craignait pas l’arrivée aux responsabilités. Sur Europe 1, il était encore plus relâché avant de prendre en main la rédaction de Libération, alors mal en point suite au départ de M. Serge July, qui avait insulté ses lecteurs qui n’avaient pas eu le bon goût de voter « oui » au référendum. M. Demorand n’a pas brillé dans la presse écrite. C’est pas son truc. Il est donc revenu sur Inter où, après une première saison dans la lignée de ce qu’il faisait avant, il s’est révélé un animateur hors-pair. D’abord, il a su mener une émission tournée vers l’actualité internationale : « Un jour dans le monde ». Ça manquait après l’arrêt de « Et pourtant, elle tourne » : M. Philippe Val cultivait le parisianisme bon chic. M. Demorand semblait hilare quand il apprenait (faisait semblant car on peut supposer qu’il savait de quoi allaient traiter ses collaborateurs) quelque chose d’un peu insolite, même quand c’était grave. On lui a confié « Le Téléphone sonne » dans la foulée. Idem, il se moquait volontiers des auditeurs qui appelaient. Pour tout dire, il était goguenard. Et puis, dès la deuxième saison, notre Nicolas était transformé. Sérieux et rigoureux dans le traitement de l’actualité internationale, même affublé d’un certain chroniqueur du Monde, parfaitement imbuvable et inutile. Quant au « Téléphone sonne », il a donné une nouvelle impulsion. Désormais, il dialogue avec les auditeurs, les met à l’aise, leur consacre du temps. C’est comme une émission nouvelle qu’on écoute tous les soirs alors même que ça fait 40 ans qu’elle existe… Lui aussi s’est fait plaisir pour sa dernière. Il a demandé une chanson à ses invités préférés et la saison s’est terminée avec un air de vacances. Oui, il faut que l’auditeur se sente en vacances même s’il ne peut pas en prendre. Ça aussi, c’est le respect de l’auditeur et les matinaliers des samedi-dimanche feraient bien d’en prendre de la graine. M. Demorand va donc retrouver la matinale et on le regrettera dans la tranche de 18 h à 20 h. Là aussi, il va « reprendre » une émission qui existe déjà, puisque Mme Bloch nous a assurés que tous les chroniqueurs seront présents à la rentrée. Il n’y a que la voix qui changera. Il semble que, quelque soit la station, le choix des chroniqueurs relève de la direction, voire de plus haut et que l’animateur doive faire avec.

Demorand

Parité oblige, Mme Léa Salamé va l’accompagner tout au long de la matinale. On se demande quand ils auront le temps de dialoguer, tant les minutes, les secondes sont comptées. À moins qu’on ne supprime la chronique environnementale de Mme Fontrel, comme on l’a fait chaque fois qu’on avait autre chose de plus important à diffuser que les méfaits de la pollution et du dérèglement climatique, par exemple le Festival de Cannes... Sans doute, lui faudra-t-il un peu de temps pour enfiler les pantoufles de son prédécesseur. Dommage, on aurait aimé un peu de changement. On peut penser qu’à la fin de sa première saison, il procédera à des ajustements. On essaiera donc de ne pas lui en vouloir et l’on retrouvera son prédécesseur, sur Europe 1, les jours de grève… Le problème de la station qui a révolutionné la radio, à sa création, c’est que les auditeurs la rejoignent par dépit, généralement après avoir entendu quelque chose qui leur a déplu, en souvenir de la radio de qualité qu’elle a été longtemps, puis s’en retournent à leur station habituelle. La radio fabrique des auditeurs fidèles et, somme toute, assez conservateurs. Quoi qu’il en soit, il semble, que la station publique soit, enfin, devenue une grande famille, où l’on s’écoute, où l’on mentionne les émissions des autres, où l’on écoute les actualités diffusées à l’antenne et pas les archives de la télévision de l’INA.

 

 

Inter en fête était une émission, au début des années 1970, animée en direct par Jean Bardin et qui passait le samedi matin.

25 juin 2017

Le silence de Denis Astagneau

Il est un nom qu’on connaît depuis toujours ou, du moins, c’est l’impression qu’il donne tant on l’entend, tant on l’a entendu. Denis Astagneau, c’est un peu comme « Christian Magdelaine à Rosny-sous-Bois ». Il semble naturel à n’importe quel moment, un peu comme l’indicatif de la station radio. En fait, on entend surtout Denis Astagneau le matin, voire le matin très tôt. On l’entend aussi les fins de semaines. C’est lui qui garde la maison quand les autres, les plus connus, sont au repos ou ne sont pas encore arrivés. Cette activité matutinale lui vaut cette réputation d’être toujours en retard. Tous ses confrères s’amusent de ce défaut pour l’avoir cherché, appelé, tâché de meubler l’antenne en attendant qu’il s’installe au micro. Pourtant, l’auditeur ne s’en est jamais vraiment aperçu. Tout au plus, quelques hésitations trahissaient une précipitation mais le professionnalisme de Denis Astagneau comblait et ça passait très bien. Et puis, il n’y a pas toujours eu de « relance », cette fausse question posée par l’animateur au journaliste pour ponctuer le bulletin d’information ou le journal parlé. En fait, tout est écrit. Le journaliste doit prévoir la question que va lui poser son faire-valoir. D’après ce qu’on a entendu ce jour, M. Astagneau n’était pas vraiment à l’aise avec cette pratique. Il faisait son boulot sans artifice.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/04/01/13227426.html

Pourtant, c’est sans doute ces lacunes qui lui ont barré la route aux promotions. Véritable soutier de l’information, M. Denis Astagneau n’a jamais présenté régulièrement un grand journal parlé ni dirigé la rédaction. On se souvient qu’un Claude Guillaumain qui bégayait, bafouillait, a présenté ce qui était le journal phare, autrefois, l’édition de 13 heures mais on peut penser qu’il y avait d’autres raisons à cette promotion qui a perduré. Sans doute aussi, M. Denis Astagneau n’a rien fait pour briguer les honneurs, travaillant honnêtement à ce qui tient la charpente de l’information, à savoir les flashes horaires qui vont orienter la ligne d’actualité de la journée. Ces dernières années, il était rédacteur en chef des journaux du matin, les fins de semaine. Tâche aussi difficile qu’ingrate qui consiste à offrir une information de qualité irréprochable avec des moyens réduits et sans aucune considération puisque, nous l’avons vu précédemment, les ténors de l’information ne s’occupent pas de ce qui a été fait en leur absence et reprennent parfois une info du vendredi soir, traitée abondamment les samedi et dimanche mais pas par eux alors que le sujet est vendeur.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/02/08/20335633.html

On se souviendra aussi de la chronique automobile qui a déménagé, au gré des impératifs décidés en haut-lieu. On a eu parfois l’impression qu’on lui laissait ça pour lui faire plaisir mais qu’on était pressé de passer à autre chose de plus sérieux. Les derniers temps, la chronique avait été amputée et condensée avec la chronique moto de M. Serge Martin. Arrêtons-nous un instant sur lui. C’est parce qu’il présente le journal de 8 heures des samedis et dimanches qu’on a su que Denis Astagneau part en retraite. C’est aussi grâce à lui qu’un petit hommage lui a été rendu ; chose exceptionnelle sur Inter où ceux qui sont en place méprisent leurs prédécesseurs ou les ignorent et lorsque quelqu’un s’en va, tout au plus entend-on quelques applaudissements des techniciens, réalisateur, attaché de production, couverts par l’indicatif ou la publicité ; puisque publicité il y a, désormais. Ceux qui partent, eux-mêmes, cultivent la discrétion. On se souviendra de quelques mots pendant l’indicatif de M. Jean-Luc Hees ou à la toute fin d’un « Téléphone sonne » par M. Alain Bédouet. Franchement, c’est pas tous les jours que ça arrive et l’on aimerait une émission exceptionnelle, passée avec quelqu’un qu’on a entendu et apprécié pendant des années.

Au passage, M. Serge Martin a lancé une petite pique en rappelant que son confrère avait débuté sur Europe n°1, voici 43 ans, puis était passé sur France-Inter cinq ans plus tard et avait ainsi effectué le chemin inverse de certain qui va rejoindre la station du groupe Lagardère à la rentrée. C’est encore lui qui a voulu faire un cadeau à son ami en diffusant le fameux morceau de Deep Purple « Smoke on the water ». Hélas, hélas, le morceau a été coupé avant la fin du premier refrain. Couper Deep Purple ! Eh oui, on en est là sur Inter : la chasse à la pause musicale ressemble désormais à une traque. La semaine dernière, c’était Mme Adler qui coupait Léo Ferré. Tout ça pour une entrevue avec un économiste… Qui cela peut-il intéresser un dimanche matin ? On se lève tranquillement, on prépare les petits déjeuners pour les enfants, on pense au pique-nique de tantôt, à la promenade au bord du lac, au gâteau qu’on va aller chercher pour le déjeuner, aux invités. Pendant ce temps, sur Inter, un expert nous annonce ce qui n’arrivera pas puisque les décideurs ne l’écoutent pas et, de toute façon, ont d’autres intérêts à défendre que l’intérêt général. Mme Patricia Martin a été la dernière à présenter une matinale d’information ponctuée de pauses musicales et d’interventions, au cas par cas, pour signaler quelque chose d’amusant ou informer sur une cause oubliée. Maintenant, elle est en pointe gronder ceux qui débordent de 30 secondes sur leur temps de parole et pour supprimer ou écourter les deux chansons encore prévues au cours de ses trois heures.

Denis Astagneau, c’est aussi une voix de radio, une voix claire forte. Ça mérite d’être souligné à l’heure où nombre d’animatrices tiennent le micro avec des voix embrumées par la fumée de leurs cigarettes. Et ça passe, comme s’il n’y avait pas assez de talents dans un pays comme le nôtre pour trouver des animatrices qui ont des voix de radio. Il s’en va au moment où la société commence à se rendre compte qu’elle vit une transition pourtant entamée depuis longtemps. Ici même, nous avons exposé, voici quelques années, qu’on n’écoute plus la radio comme autrefois, à côté d’un transistor, guettant le morceau à la mode qui va nous trotter dans la tête toute la journée.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/12/02/19770050.html

Il faudrait ajouter que le temps des radios généralistes est terminé. L’impulsion donnée par les « radios libres » des années 1980 a marqué profondément le paysage radiophonique. Désormais, c’est : chacun sa radio. Avec le pod-chargement, c’est la radio à la carte. Même avec M. Patrick Cohen aux commandes de la matinale, Europe 1 ne décollera pas et pas durablement. Inter continuera, parce que financée par le service public et avec son auditoire parisien, cultivé et bobo. RTL aussi, avec son auditoire provincial et conservateur. En plus, Inter passe de la publicité de marque, à présent. Comment expliquer cette évolution ? Si la masse publicitaire n’augmente pas, à quoi bon ouvrir l’antenne aux marques puisque les revenus n’augmentent pas non plus. Il y a donc une autre raison. Dès lors, pourquoi continuer d’écouter Inter si la station publique est ramenée au niveau des concurrentes ? Autre conséquence de l’arrivée de la pub de marque sur Inter, l’impossibilité de faire une chronique automobile. Comment présenter un nouveau modèle alors que, juste avant ou après, un concurrent aura payé pour vanter le sien ? La chronique de Denis Astagneau devient impossible sur une radio devenue concurrentielle, pour ne pas dire commerciale.

denis astagneau

Avec le départ de M. Denis Astagneau, c’est bien une certaine idée de la radio qui se conclut avec des journalistes bien formés, qui ne se mettaient pas en vedette, qui effectuaient consciencieusement leur tâche d’informer un public ignorant, souvent, le dessous de l’actualité. Denis Astagneau, c’est une voix, à l’heure où les animateurs font tout pour qu’on connaisse leurs visages. C’est un nom familier à tous ceux qui écoutent, fidèlement, une station depuis des années, à l’heure où l’on change de chaîne facilement. L’humilité et le sérieux d’un Denis Astagneau nous manquent déjà. Chapeau l’artiste !

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10 juin 2017

Veille de législatives 2017

À la veille du premier tour du scrutin, la situation politique en France est des plus incertaines, pour ne pas dire des plus confuses. Un jeune (39 ans) ambitieux est donc devenu Président de la République. Le plus intéressant, c’est que, contrairement à la tendance lourde depuis plusieurs années, il était impossible de gagner cette élection sans le soutien de la logistique d’un parti politique alors même que la Constitution de la 5e République, approuvée par le peuple souverain, a été écrite pour en finir avec « le régime des partis ».

Jusqu’en 2017, les favoris se présentent comme des candidats soutenus par un parti. Les « primaires à la française » ont amplifié cette tendance. Il est vrai que, justement, les candidats issus de ces « primaires » ont été désapprouvés. Dans un premier temps, ceux qui devaient l’emporter ont été balayés dès les premier tour. Ceux qui sont parvenus ont été, à leur tour, balayés mais par le suffrage universel, cette fois. Les seconds couteaux qui ont remporté les « primaires » n’ont pas été portés par les militants ni par les sympathisants. Au lieu de cela, au moins deux candidats arrivés dans le dernier carré de la présidentielle n’ont pas été portés par un parti (ou du moins pas un parti de masse) mais par des réseaux et des moyens de communications qui correspondent à l’époque. M. Fillon n’a figuré dans ce carré que parce qu’il était le seul candidat ouvertement de droite et répondant à une attente. Celui qui l’a finalement remporté, a répondu à la formule : essayons autre chose. Habituellement, cette formule sert pour justifier le vote FN et assimilé ; comme s’il n’y avait pas d’autres options. À chaque scrutin, il y a, au moins, une demi-douzaine de candidats ou listes. C’est dire s’il y a le choix. On peut donc essayer autre chose que l’extrême-droite. Pourtant, c’est ce qui sert d’excuse. Autre constante, avant chaque élection, on sonde, on interroge les Français. Ils affirment tous, haut et fort, qu’ils en ont marre des partis traditionnels et de leurs candidats et qu’ils ne veulent plus du clivage gauche-droite. Pourtant, à chaque fois, ils votent pour les mêmes. Chaque fois, c’est le candidats de la droite qui affronte le candidat de la gauche. Après, ils s’étonnent que ça ne change pas. Il est vrai que l’abstention progresse mais pas tant que ça, finalement. Pour une fois, les électeurs ont plébiscité une nouvelle personnalité, inconnue du grand public voici seulement trois ans et qui n’a affiché son ambition qu’à l’été dernier.

Et maintenant, que va-t-il se passer. Le Président de la République, a besoin de soutien pour appliquer son programme et tenir ses promesses. Dans l’état actuel de la vie politique, c’est tout simplement impossible. Déjà, le mouvement qui le soutient a dû se transformer en parti politique et même changer de nom. Seulement, on ne devient pas un parti politique avec cadres et militants par une simple volonté. Certes, M. Macron bénéficie de transfuges de partis politiques qui apportent leur savoir-faire et leurs réservoirs de voix locales. Néanmoins, ce n’est pas gagné.

mouna

On peut penser que les soutiens de la première heure du, désormais, Président de la République se sont fait cette réflexion puisqu'ils s’avisent que les règles de la campagne électorale favorisent de façon éhontée les partis politiques de masse et non les grandes idées. À chaque élection législative, localement et nationalement, des candidats, des mouvements émergent et tentent de faire entendre leur voix. Qui se souvient des « humanistes » ? Qui se souvient du « Rassemblement de contribuables » ? Qui se souvient des défenseurs de la cause animale ? Pourtant, au long de la 5e République, les scrutins les ont vus tenter de percer. Il est vrai que, nombre de ces candidat ou listes n’étaient que des faux nez, destinés à attirer les électeurs répugnant à voter pour les partis traditionnels pour, finalement, donner pour consigne de vote au deuxième tour les candidats, généralement de la droite ou de l’extrême-droite. Il y avait aussi les régionalistes, les premiers écologistes ou les défenseurs d’une cause locale. Dans le 5e arrondissement de Paris, où se trouve le Quartier Latin, le « vélo-didacte » André Dupont, alias Mouna Aguigui, se présentait systématiquement à la députation. Le problème, c’est qu’il ne disposait pas des moyens ni de la logistique des grands partis. Ouvrons une parenthèse pour signaler que l’autre problème de Mouna était d'être archi-connu dans le Quartier Latin mais que ceux qui le connaissaient le mieux n’étaient pas électeurs de cet arrondissement bourgeois et peu porté sur la fantaisie et l’avant-garde. C’est dans cet arrondissement que le fameux Chirac s’est fait élire en 1977 pour conquérir la Mairie de Paris qu’il considérait comme un marche-pied.

Quoi qu’il en soit, l’état-major de M. Macron a protesté contre la règle qui n’offre de temps de parole pour la campagne officielle qu’aux partis politiques et notamment ceux qui ont un groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale. Par conséquent, on ne peut que voter pour ceux qui y sont déjà et il y a très peu de chance de voir émerger des figures nouvelles et des idées nouvelles. D’habitude, ceux qui protestaient contre cette règle d’airain étaient les grandes gueules du FN. Comme c’étaient eux, on ne pouvait que se féliciter de voir que la Constitution ait prévu des règles pour se protéger de ce genre de parti. Donc, on les laissait protester dans leur coin. D’ailleurs, c’est ce qu’il savent faire le mieux. Seulement, cette fois-ci, ce ne sont pas les excités du FN qui grognent mais les soutiens du Président de la République lui-même. On va quand même pas se mettre le monarque élu à dos. On ne sait jamais. D’autant qu’il ne cache pas son envie de faire le ménage et de renouveler la vie politique. Donc, on va essayer de changer les règles du jeu, sans en avoir l’air mais en le faisant quand même pour prouver la volonté de changement mais sans, pour autant, favoriser d’autres mouvement que le parti du Président. Pas facile. Et puis, les soutiens de M. Macron ont prouvé qu’ils se passent fort bien des canaux habituels puisque, depuis l’été dernier, on n’a vu que lui dans tous les médias sans que ses apparitions, ses évocations, ne soient comptabilisées. Et comptabiliser qui ou quoi, d’ailleurs, puisqu’il n’avait pas de parti politique avec lui ? Par conséquent, on ne change rien ou pas grand-chose.

Bien sûr, il aurait fallu instaurer la proportionnelle selon un dosage à établir afin de dégager une majorité et sans que le parti qui gouverne soit soumis au chantage de partis ultra-minoritaires qui monnaient leur soutien en échange d’avantages pour eux-mêmes. C’est ce qui se passe en Israël, avec les conséquences funestes qu’on ne connaît que trop bien. Porté par la dynamique de la victoire, le Président qui a annoncé qu’il gouvernerait par ordonnances, aurait pu décider d’un mode de scrutin plus démocratique afin que les idées nouvelles puissent se faire entendre. Finalement, il n’a pas sauté le pas et compte sur les règles actuelles qui l’ont bien servi jusqu’à présent. Le plus fort, c'est que, aucun candidat à la Présidence n'a seulement évoqué la proportionnelle au cours de la campagne. Pourtant, à l'exception du PS et de LR, tous les autres gagneraient avec un scrutin proportionnel, à commencer par les mouvements écologistes. C'est à croire que, finalement, les uns et les autres ne tiennent pas vraiment à gouverner, ni même à jouer un rôle au parlement.

Quoi qu'il en soit, le Président s'apprête à gouverner avec une majorité annoncée, issue avec un scrutin qui favorise le jeu politique qui a été rejeté par les électeurs car, si les électeurs votent pour des inconnus, simplement parce qu’ils sont estampillés « En marche » ou parce qu’ils écrivent « pour Macron », on revient à la tradition politique : à savoir voter pour une étiquette, pour un parti. Nous aurons cinq ans pour répondre à la question de savoir si M. Macron va changer le système ou, au contraire, le sauver.

Sinon, la campagne ne passionne pas. Comme si toute la dynamique était épuisée après la présidentielle, comme si, le plus gros du boulot avait été fait. C’est ainsi en monarchie. On se rappelle les rois de France mais pas leurs ministres et, encore moins, leurs parlements. Les partis politiques qui ont organisé des « primaires » tentent de se maintenir. Ils font ce qu’ils savent faire : de la politique telle qu’elle a été rejetée par les électeurs. LR, comme à son habitude, met en avant ses figures de proue pour faire oublier que les autres sont partis. Le PS veut faire croire qu’il dispose d’un réservoir de nouveaux candidats plus proches du peuple mais, alors qu’il veut rassembler, il met en avant des candidats qui revendiquent leur minorité. Quant aux autres, ils font comme d’habitude, ils renforcent un mouvement en marche (c’est le cas de le dire) pour espérer se maintenir, voire progresser. Ce qui nous donne une campagne qui tourne le dos aux enjeux du monde. Les médias se focalisent sur la bêtise de Trump et ses nombreuses déclinaisons quand le sort de la planète se joue ailleurs et, d’abord, chez soi, dans son foyer, dans sa rue, dans son département. Les médias parlent des batailles locales, de la majorité qui sortira, peut-être ; rien sur la politique extérieure, rien sur la protection sociale dont on a vu qu’elle forme le seul rempart face aux crises provoquées par la finance internationale, rien sur l’environnement quand les terres arables se raréfient parce que, notamment, la population augmente et a besoin d’espace pour se poser, rien sur les flux migratoires.

On sait que, quoi qu'il arrive, la Terre continuera de tourner. Les décisions importantes seront sans doute reportées, comme d'habitude, car devant céder la priorité à la défense des intérêts particuliers déguisés sous le masque des « réformes ». Ceux qui sont en vie et qui espèrent vivre encore quelques dizaines d'années verront à peine les conséquences désastreuses de la pusillanimité des élus. L'humain, comme d'habitude, s'adapte.

 

 

http://www.lepoint.fr/actu-science/mouna-aurait-cent-ans-31-10-2011-1391081_59.php

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25 mai 2017

Nique Tes Médias

Voici quelques années que ça dure. Désormais, quand on fait la une des médias pendant plusieurs jours, mieux, plusieurs semaines, on est assuré de la célébrité éternelle.

La semaine dernière, la radio Inter, qui diffuse de la musique avec parcimonie (en dehors des quelques émissions qui y sont consacrées), nous a gratifiés de quelques dizaines de secondes à l’occasion de la sortie du nouvel album du groupe NTM reformé. D’habitude, à moins des disques patronnés par la station, les créneaux d’informations ne donnent aucune nouvelle de l’actualité des variétés. Pourtant, cette exception ne saurait nous étonner. NTM, était un groupe de rap parmi tant d’autres qui s’est distingué lorsque les petits bourgeois parisiens ont compris le sens de ce sigle. À partir de là, ils se sont répandus en parlant du groupe, non pas par son nom mais par l’explicitation des lettres. Il ne s’agit plus de choquer le bourgeois puisque c’est le bourgeois lui-même qui affecte de s’encanailler en traduisant le langage des jeunes et leurs expressions les plus crues et les plus transgressives. Déjà, dans les années 1980, la même petite bourgeoisie avait découvert le verlan en écoutant Renaud qui avait parfaitement compris ce qu’attendait le public et en usé le filon tant qu’il a pu. Le verlan est arrivé jusqu’à l’Élysée en passant par la publicité. Passé le choc relatif de cette découverte, le groupe aux trois lettres n’a pas remporté plus de notoriété tant la concurrence était forte avec les I-AM, les Diam’s, Assassins, MC Solaar, Massilia Sound System, Alliance Ethnik, Disiz Lapeste, Oxmo Puccino et tant d’autres. Il a fallu que son chanteur fasse parler de lui dans les faits divers pour qu’il perce. Après avoir tabassé sa meuf, après avoir frappé une hôtesse de l’air, il est devenu une référence. On lui ouvre les plateaux de télévision, on l’interroge sur l’air du temps, le conflit inter-générationnel et autres sujets de société. On lui propose des rôles dans des films d’auteurs. On le qualifie de « bad boy » à égalité avec James Dean. Il y a pourtant une énorme différence. James Dean interprétait les « mauvais garçons » à l’écran tandis que Joey Starr est passé à l’acte pour de vrai. Peu importe, il est connu, il a fait parler de lui, on sait qu’il va attirer le public et faire de l’audience.

En col blanc et en cravate, Balkany marche sur les pas de son mentor Pasqua. Voilà des hommes politiques mêlés à des scandales à répétition. Qu’importe ! L’accent du défunt, le culot du vivant forcent l’admiration. Les faits, les scandales s’effacent devant l’aplomb et le culot. Peu importe que la lune soit belle, on regarde le doigt parce que c’est plus facile. Donc, on a invité et l’on invite encore ces deux malhonnêtes sur les plateaux et dans des émissions de divertissement où l’on espère qu’ils vont lancer quelques bonnes formules, quelques saillies, qu’ils vont insulter leurs accusateurs (comme si c’était une comédie) et salir les personnes intègres qui, moins connues, ne seront pas invitées pour se défendre.

animaux malades de la peste

Le pompon est peut-être décroché par la célèbre Nabila. Pour être vedette de « télé-réalité », il faut être à la limite de tout. C’est comme ça qu’on peut espérer une transgression rapide et, si possible, réitérée. Avec elle, on a un concentré. Son corps, sa vulgarité, sa bêtise ont fait d’elle un prototype. Dès qu’elle apparaît sur l’écran, on peut être sûr qu’on va assister à quelque chose d’exceptionnel. Succès garanti. Et, même s’il ne se passe rien, on pourra toujours se rincer l’œil. Pas de danger que le succès lui monte à la tête comme Diam’s qui a fait une dépression. Elle trouve tout à fait normal qu’on l’admire. Malgré tout, ce n’est pas son « Allô.. » (aussitôt breveté) qui lui ouvre maintenant les plateaux. Elle a fait encore mieux que le rappeur : elle a carrément pris le couteau et l’a planté dans son mec à plusieurs reprises. Arrêtée, elle n’a pas compris qu’on la mette en taule pour ça. D’ailleurs, que peut-elle comprendre ? Toujours est-il qu’on l’invite encore plus depuis et moins dans les émissions qui promeuvent la futilité que comme chef d’entreprise. On admire la réussite d’une femme. Elle vit à Londres, comme il se doit quand on veut réussir sa vie et gagner du pognon. On fait passer le message qu’on peut se faire plein de fric tout en étant très bête. Ça ouvre des perspectives pour plein de gens. En fait, elle marche sur les pas d’une certaine Zahia qui s’est fait connaître pour s’être prostituée avec des footballeurs alors qu’elle n’était pas encore majeure. Même processus : on fait parler de soi pour des fait-divers scandaleux, ultra-violents ou glauques et c’est la voie royale qui mène à la télévision.

Il faut quand même réaliser qu’on invite autour de sa table des mecs qui lèvent la main sur des filles, des filles qui monnaient leurs charmes, des filles qui poignardent leurs mecs. On échange des rires comme avec des bons copains ou copines. Il faut réaliser aussi qu’il se trouve des milliers de gens qui les regardent comme si de rien n’était alors que, la moindre des choses serait de leur tourner le dos et de les renvoyer à l’anonymat. Mieux, on fait passer le message que tous les moyens sont bons pour passer à la télévision, devenue pour la circonstance un énorme « selfie ».

Il ne faut pas croire que la télévision et les médias, en général, n’ont pas de morale. Au contraire, dans le même temps, elle sait recadrer et dénoncer les véritables brebis galeuses. Ainsi, on a mis à l’index un ancien humoriste et animateur de radio reconverti dans le théâtre pour avoir assisté à un meeting du FN. Des maires ont cru bon devoir interdire le spectacle où il ne joue pourtant qu’un petit rôle. Ah mais ! Un animateur de télévision qui fait des canulars aux dépens de membres d’une minorité se voit retirer les publicités qui le rémunèrent. Ah mais ! Les autres qui ont agressé physiquement des personnes, ont détourné de l’argent public à leur profit se voient proposer des ponts en or pour monter leur boite, venir déblatérer sur un plateau, publier leurs mémoires, donner leur avis sur des sujets sérieux et rire… Rire après ce qu’ils ont fait ! Rire en public après ce qu’ils ont commis ! Chacun a droit au pardon mais encore faut-il le demander. Chacun a droit à une autre chance à condition de changer et de se réhabiliter ; pas de suggérer qu’on est prêt à recommencer et qu’on fait litière de ses victimes.

Oh, bien sûr, ça a toujours plus ou moins existé. La différence, c’est qu’il y avait des voix pour dénoncer la supercherie. Il se trouvait, ce qu’on appelle aujourd’hui des « intellectuels », pour remettre les choses à leur place. Finalement, on retient davantage les noms de Shakespeare, La Fontaine, Molière, Beaumarchais, Balzac et tant d’autres que ceux qui ont inspiré leurs plus grandes œuvres. Il a fallu du temps. Ils avaient aussi, pour eux, l’avantage de maîtriser l’écriture qui est parvenue jusqu’à nous. Qu’en sera-t-il des noms évoqués plus haut ? En supposant qu’il y ait des tireurs d’alarme, on se garde bien de leur donner la parole pour qu’ils fassent de l’ombre aux joyeux transgressifs qui, eux, au moins, font vendre. Les historiens du futur ne pourront que constater la quantité de papier et le nombre d’heures consacrée à nos sinistres délinquants ; car, jusqu’à preuve du contraire, ce sont des délinquants. Ce qui les a rendus tous célèbres relève du délit et donc de la correctionnelle. Ils ne pourront que penser qu’ils guidaient la pensée dominante.

On savait déjà que la télévision est une redoutable niveleuse. En proposant au même format aussi bien des arts que des services et du divertissement ainsi que les publicités, s’est ancré dans les esprits que tout se vaut et rien n’est plus important. Ainsi, on peut expliquer en partie que poignarder, brûler vif un antagoniste ou le frapper n’est pas plus grave que voir son candidat préféré perdre le jeu qu’on suit régulièrement. L’information est encore un domaine où s’instaure une hiérarchie, un échelle de valeurs. On reproche assez au journal télévisé de M. Pernaut de faire sa une avec les conséquences des aléas climatiques de la France profonde plutôt que de traiter d’abord « les vrais sujets ». Pourtant, que fait-on d’autre quand, même à chaud, l’immolation d’une ado par sa rivale est traitée après les déboires d’un animateur de télévision vulgaire qui a maille à partir avec une minorité ? Le propre du canular, c’est bien de piéger de pauvres bougres et de s’amuser de leurs réactions. On aime bien citer Desproges (hors-contexte toujours) pour défendre l’humour douteux : « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Il y a longtemps qu’on ne peut plus rire de tout. A-t-on pu le faire seulement ? L’humour Charlie-Hebdo avait ses adeptes mais restait minoritaire. Quoi qu’il en soit, la télévision est tellement présente dans chaque instant de la vie quotidienne, qu’elle est devenue une fin en soi, une prescription, le conseiller des grâces, un arbitre de la moralité, l’ordonnatrice de l’inconscient collectif. Elle régit notre mentalité, propose un ordre nouveau où les notions de bien et de mal sont floues et fluctuent en fonction des émotions collectives. Plus besoin de connaître la loi, plus besoin de connaître les us et coutumes, plus besoin de transmettre des valeurs, l’ordre nouveau est impulsé par les succès télévisés.

On s’était offusqué de la formule de l’ancien PDG de TF1 quand il affirmait que son métier consistait à fournir « une part de cerveau disponible » à ses annonceurs publicitaires. Il ne faisait qu’avouer mais on a préféré s’indigner de la forme, du caractère cru de la formule plutôt que de réfléchir au fond qui forçait à s’interroger. Parce que, après tout, rien n’oblige personne à regarder la télévision, rien n’oblige les télé-spectateurs à se ruer sur les programmes les plus vulgaires et les plus abêtissants. Rien n’oblige à suivre les prescriptions de celui qui parle le plus fort ou de celle qui a la plus belle apparence. Il y a toujours des spectateurs qui vont au cirque dans l’espoir de voir dévorer le dompteur ou chuter un trapéziste. L’innovation, c’est que la télévision réunit en permanence les éléments qui permettent d’espérer qu’on va voir dévorer un dompteur ou chuter un trapéziste. Le succès de la famille Le Pen est dû entièrement à la télévision. Depuis la fameuse « Heure de vérité », jusqu’au dernier débat de la présidentielle, on attend la transgression qui fait de l’audience. Le Pen aussi a frappé une femme dans la rue. Remarquons au passage que, dans la plupart des cas, on fait peu de cas des victimes féminines et que le tabou de la protection des femmes et des enfants a sauté depuis longtemps. Or, ce tabou (parmi d’autres) est commun à toutes les sociétés, y compris les plus patriarcales. C’est la raison qui conduit à protéger les plus vulnérables. Dans un système libéraliste qui promeut par dessus tout la concurrence, on ne s’étonnera pas que les médias élèvent ceux qui font parler d’eux par tous les moyens et, de préférence, ceux qui ont été l’apanage des barbares d’autrefois et que les civilisations, croyait-on, avaient disqualifiés.

 

illustration : Les animaux malades de la peste vus par Gustave Doré

14 mai 2017

Jusqu'au bout (il pleut n°2)

Il est de bon ton de moquer le personnel politique. Il est vrai que l’énergie dépensée par les uns et les autres pour se faire élire et se maintenir contre vents et marées a de quo susciter les commentaires. Pas tellement finalement tant la collusion entre le personnel politique et le personnel médiatique est forte dans notre pays. Les deux sont issus des mêmes formations et se sont côtoyés au moment où se finalise le façonnage de la personnalité adulte.

Hollande - pluie

En revanche, peu de commentaires sur les commentateurs. En général, quand on en parle, ça n’est pas pour dénoncer leur incompétence mais pour contester leur analyse quand elle heurte nos convictions. Bien sûr, on ne dit jamais qu’un commentateur, un chroniqueur n’a pas le niveau, ne connaît pas son sujet. Généralement, le public n’a pas non plus la compétence pour évaluer la connaissance de celui qui est censé expliquer des situations complexes. Alors, on préfère dire qu’il est pro-ceci ou pro-cela et qu’on ne supporte pas ses conclusions.

En ce dimanche 14 mai 2017, le nouveau Président Macron va être investi. Ce qui retient l’attention, c’est la pluie qui accompagne, une nouvelle fois, un dernière fois, une cérémonie à laquelle participe son prédécesseur, le Président Hollande. On se souvient qu’il y a 5 ans, le pauvre avait reçue l’averse et était rentré trempé. Depuis, c’était devenu un marronnier. Chaque fois qu’il présidait une cérémonie, il pleuvait. On y voyait un signe du Ciel qui prouvait sa malchance, incompatible avec sa fonction, et donc son illégitimité à l’assurer. Un homme fort, un gagnant ne subit pas les intempéries. Il se doit de commander jusqu’aux éléments. De plus, dans un pays et à une époque où les personnes instruites citent plus volontiers Desproges que Sartre ou Camus, les humoristes tiennent le haut du pavé et façonnent l’opinion. C’était devenu récurrent.

Pourtant, il aurait été intéressant de souligner ce qui ne pouvait plus être une coïncidence. Les apparitions du Président de la République sont archivées. Elles constituent un témoignage ineffaçable de notre époque. On ne manque pas de remarquer la coupe des costumes, le ton des commentateurs, la forme des voitures, le style du Président et de son entourage. La pluie qui tombe sur le Président, les pavés mouillés, les parapluies dans le public devraient nous interroger au-delà de l’anecdote. La pluie ne s’est pas localisée au-dessus du Président Hollande partout où il allait, rien que parce que c’était lui et pour l’embêter. S’il pleuvait lors de ses apparitions, c’est qu’il pleuvait dans la région où il se trouvait, souvent le bassin parisien. Et s’il pleuvait presque toujours, c’est que les précipitations ont augmenté au cours de ces dernières années. Ça devrait nous faire comprendre que le changement climatique est une réalité. Il y a cinq ans, la pluie inondait l’investiture du Président Hollande. C’était la première fois depuis 1974, date à laquelle le Président a été élu au mois de mai pour la première fois. Cette année, c’était aussi la première fois qu’on allait voter sous la pluie au mois de mai. En d’autres termes, le moi de mai est désormais un mois arrosé. Le mois de juin l’a été quelques fois au cours des dernières années également. Plutôt que d’ironiser sur ce Président trop normal au point de ne pas arrêter les éléments, on devrait plutôt s’inquiéter des conséquences de nos activités sur le climat. On a versé des larmes de crocodile, voici quelques jours sur ces pauvres viticulteurs qui ont vu leurs vignes gelées à une époque où l’on ne devrait plus connaître de gel nocturne. On sait que les producteurs d’abricot ont été également touchés et qu’on en trouvera peu cet été, ou au prix fort. Malgré tout, la défense de l’environnement, souvent appelée « écologie », est toujours présentée comme un sujet mineur, un amusement pour des personnes politiques de second plan et pour la partie aisée, ou du moins instruite, de l’opinion publique. Pourtant, le soleil brille pour tout le monde et la pluie tombe sur tout le monde et pas seulement sur un Président de la République mal aimé.

 

Cette absence de prise de conscience, cette simple incapacité à relier des éléments entre eux et tirer des conclusions en dit long sur le niveau intellectuel de notre pays et sur les résultats de l’instruction publique.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/05/26/27244197.html

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30 avril 2017

Vous n'avez pas honte

Depuis les résultats du premier tour acquis définitivement, on entend tous les jours et sur tous les airs des appels à voter Macron. Généralement, on précise que ça n’est pas de gaîté de cœur mais pour faire barrage à MLP. À partir de là, tout est dit. Quiconque n’obtempère pas est aussitôt traité de tous les noms .

À l’injonction s’ajoute la culpabilisation. Toute voix qui manquerait à M. Macron, par abstention, vote blanc ou nul (marquer sur un bulletin les raisons de son non vote), équivaudrait, selon les donneurs de leçons à ouvrir la voie au fascisme. Et de rappeler qu’Hitler est parvenu au pouvoir, voici ans, de façon tout à fait démocratique. Comme disait le fameux Godwin, quand on a plus d’argument, on invoque les mânes d’Hitler. Rien de tel pour couper les pattes des interlocuteurs.

Qu’on se comprenne. Les injonctions ne s’adressent pas aux électeurs orphelins de Fillon. Il ne viendrait à l’idée de personne de demander à des sympathisants de droite de faire barrage à l’extrême-droite et d’adopter un comportement républicain. On ne trouverait rien à redire si un fort contingent parmi eux votait pour MLP. Il est vrai que, de toute façon, ils sont connus pour n’avoir pas beaucoup de scrupules ni de conscience. Donc, on n’en parle pas.

Il en est autrement pour les électeurs de gauche. Ceux-ci sont sommés de prendre fait et cause, même à reculons, pour le candidat Macron. Ceux qui ont été de tous les combats contre le fascisme et surtout contre le racisme, entendent aujourd’hui les insinuations selon lesquelles ils seraient tenus pour responsables s’ils ne se précipitaient pas dans les bras de M. Macron.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/27/francois-ruffin-votera-pour-emmanuel-macron-au-2e-tour-de-la-pre_a_22059111/

Il est vrai que ceux qui n’ont pas de conscience, pas de conviction, ne peuvent imaginer ce que c’est que se poser des questions, ce que c’est qu’hésiter, peser le pour et le contre. Donc, ils ne comprennent pas qu’on réfléchisse avant de voter et que ça n’est pas automatique.

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La Constitution que tous les commentateurs ont pris l’habitude, avant le premier tour, de dire qu’elle est à bout de souffle, a été dévoyée assez tôt. Le principe gaullien selon lequel l’élection présidentielle marque la rencontre d’un individu et du peuple a vite fait place aux ambitions personnelles puis au jeu des partis. Les « primaires » ont consacré le retour à la république des partis combattue par De Gaulle. Dès lors, on n’a cesse de brandir la formule : au premier tour, on choisit et au deuxième, on élimine. Ça revient à dire qu’on se fait plaisir au premier tour mais qu’au deuxième, il faut redevenir sérieux car, étudier les programme, réfléchir, c’est pas sérieux. C’est tout simplement insultant. Autre formule entendue pour discréditer les « petits candidats » : l’élection serait un simple combat d’ego. Tous les mêmes, ils ne pensent qu’à leur gueule. D’ailleurs, il faut un sacré culot pour oser vouloir être Président de la République. Ceux qui disent ça, projettent simplement leur propre fonctionnement en regrettant juste de n’avoir pas ce culot (on ne peut pas dire courage car l’étymologie n’est pas la même, courage vient de coeur) pour en faire autant. Ceux-là pensent que les « petits candidats » et les challengeurs ont une ambition démesurée mais trouvent légitime celle des candidats qui, à longueur d’années occupent les médias. Comme pour les chanteurs ou les artistes. On trouve normal d’admirer ceux qui bénéficient du soutien médiatique mais on trouve ridicule et illégitime de vouloir faire reconnaître son talent. Dès lors, pour éviter d’avoir à choisir, les prétendants sont caricaturés. Malgré tout, il se trouve des électeurs qui étudient les programmes et, après avoir forgé leurs convictions, voici qu’ils sont sommé d’y renoncer et de rentrer dans le rang pour s’aligner sur les deux ou trois noms entendus cent fois dans les médias, à égalité avec les joueurs de tennis professionnels. Ceux qui ont des convictions, qui argumentent, devraient voter au deuxième tour pour le moins pire ou, dans le meilleur des cas, celui qui reprend la plus grande partie du programme qu’on avait préféré au premier. C’est, ni plus ni moins que la fabrique de la pensée unique. Ne nous faites pas rire avec vos idées et vos convictions, il n’y a pas d’autre politique, pas d’alternative !

Ainsi, tout comme le candidat Bayrou en 2012, on somme M. Mélenchon de prendre position en faveur de celui qu’il a combattu – comme il a combattu à peu près les dix autres candidats – à savoir M. Macron. Il y a cinq ans, M. Bayrou avait appelé à refuser le dualisme droite-gauche qui alternait au pouvoir depuis une quarantaine d’années. Il aurait fallu, après ce qu’il avait dit, qu’il prenne position pour le candidat de la droite ou celui de la gauche ? On lui a reproché, jusqu’à ces dernières semaines de ne pas avoir pris clairement position, c’est à dire de ne pas s’être renié pour rentrer dans un rang et suivre un de ceux qu’il avait vilipendé. Cette année, c’est M. Mélenchon qui est la cible des donneurs de leçons. Encore une fois, on ne demande rien aux électeurs de M. Fillon, pourtant arrivé troisième.

Il faut être juste. Les donneurs de leçon n’ont pas suivi le parcours de M. Mélenchon. Ils ne connaissent de ses engagement que son passage chez les trotskistes (sans plus de précision) et au gouvernement sous l’étiquette du PS. On insinue qu’il a tourné sa veste ou n’a pas de reconnaissance. Donc, méfiance. Avant le premier tour, on lui a reproché, particulièrement, d’avoir trop d’ego. Maintenant, on lui prête l’intention d’avoir préparé son coup pour faire main basse sur le PS et prendre la tête de la gauche. On a tellement craint qu’il ne parvienne au deuxième tour qu’on a multiplié les coups bas à son endroit. Remarquons qu’on ne parle plus du Vénézuéla depuis son élimination.

Résumons. La base du programme de la France insoumise (phi) est la VIe république. c’est trop compliqué. Vient ensuite la transition écologique et l’économie de la mer. À lui tout seul, le programme écologique de M. Mélenchon représente plus du tiers des propositions écologiques de l’ensemble de tous les candidats. Dans ces conditions, comment dire, à présent qu’il faut voter pour un candidat qui a mis des centaines de cars sur les autoroutes et qui contribue à la fermeture des lignes de trains ? Comment appeler à voter pour quelqu’un qui n’envisage pas de mettre un terme au programme nucléaire, à bout de souffle également ? Est-ce à dire que tout cela ne sont que des broutilles, des billevesées ? Est-ce à dire que les combats, menés depuis des dizaines d’années contre le fascisme et le racisme par les électeurs de M. Mélenchon passent pour pertes et profits parce que les bien-pensants ont décidé que seul compte ce qu’ils ont décidé de prendre en compte, à savoir le scrutin du 7 mai ? Il faut supporter de s’entendre donner des leçons par ceux qu’on voit peu dans les combats qui préparent l’avenir. Il ne faut pas, en plus, se sentir culpabilisé parce qu’ils se sont réveillés et exigent que tout le monde doit, désormais leur emboîter le pas.

S’abstenir ou voter blanc n’est pas laisser les autres faire le boulot mais se trouver dans l’impossibilité de faire le sien. On ne s’abstient pas par fainéantise, parce qu’on préfère aller se balader au soleil, parce qu’on ne sait prendre une décision, parce qu’on ne réfléchit pas. Tous ceux qui s’abstiennent, qui vont voter blanc, qui vont griffonner une bafouille sur leur bulletin de vote ont des choses à dire. Il suffit d’écouter les conversations et les émission interactives où les électeurs expliquent et justifient leur choix. C’est tout sauf de l’indifférence. C’est tout sauf de l’indécision. C’est tout sauf de la lâcheté. Ceux qui vont s’abstenir ou voter blanc expliquent qu’ils ont des convictions et qu’ils ne les retrouvent pas dans les deux candidats restés en lice. Aucun ne suggère qu’il serait, quand même, content si M. Macron l’emportait. Les abstentionnistes ne laissent pas les autres faire le boulot à leur place. Ils redoutent que l’élu n’applique qu’une politique traditionnelle et ne veulent pas avoir se le reprocher. Si les résultats du premier tour marquent une certaine volonté des électeurs d’éliminer, enfin, ceux qui alternent au pouvoir depuis des dizaines d’années, ils marquent aussi une lassitude de la part des électeurs de voter pour un candidat qui n’est pas le leur et de passer des années à le regretter. Si M. Macron proclame une volonté de faire de la politique autrement et de rassembler par delà les clivages habituels, il n’en demeure pas moins que son programme manque singulièrement de générosité. Pourrait-il en être autrement avec quelqu’un qui, comme tous ceux qui occupent des responsabilités aujourd’hui, ont appris l’économie dans le manuel de Barre qui prône l’ultralibéralisme ? Quant à MLP, son groupe au Parlement européen a toujours voté dans ce sens, malgré ses déclarations ici.

Au deuxième tour, dimanche prochain, chacun votera ou pas selon sa conscience. Les uns, qui sont rivés sur leurs écrans de TV, voteront pour un candidat médiatisé. D’autres essaieront sincèrement de limiter les dégâts et d’éviter le pire à leurs enfants. D’autres encore, ne voudront pas subir des idées préconçues. Chacun a bien le droit de le faire. C’est le risque de la démocratie. On a vu que, dans les épreuves récentes, la France, avec ses institutions, avec ce qui reste de protection sociale a su limiter les dégâts. Les abstentionnistes, ceux qui vont voter blanc ne resteront pas bras croisés dimanche soir. Il reprendront la lutte, sur le terrain, chacun à sa façon et selon ses moyens. Le combat continue. Résistance !

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23 avril 2017

Si l’on parlait du Vénézuéla ?

Ben oui, tiens, puisqu’on peut pas parler politique en ce jour de scrutin présidentiel.

Venezuela

Apparemment, rien que de très anodin. En plus, c’est bien pour l’ouverture d’esprit dont fait preuve Inter. Sauf qu’on ne parle du Vénézuéla, en France, que depuis que M. Mélenchon a fait connaître son intérêt pour son gouvernement qui a choisi de nationaliser les ressources naturelles, et donc le pétrole, et de redistribuer la rente à la population plutôt que de verser des dividendes à des étrangers qui n’investissent pas au Vénézuéla ; ni ailleurs.

Le Vénézuéla et la caricature de son ancien chef d’État, le Président Chavez, par les journalistes, a servi, au fil des ans, à discréditer le projet politique de M. Mélenchon. Quelle que soit l’émission, quel que soit le sujet, on ne manque jamais de l’interroger sur le Vénézuéla afin de convaincre le public qu’il soutenait un dictateur militaire et une politique démagogique puisque contraire aux nouveaux dogmes de l’ultralibéralisme et de la mondialisation.

Pourquoi cet acharnement contre la démarche politique de M. Mélenchon ? Tout simplement parce qu’elle met en cause le bipartisme qui a la faveur de la corporation journalistique. Le bipartisme est plus simple à commenter et favorise une alternance tranquille qui change les têtes mais pas la politique générale. Que survienne un intrus et il serait alors nécessaire de procéder à des analyses, des comparaisons. Qu’à cela ne tienne ! Il suffit qu’un seul journaliste épluche un programme ou, plus simplement encore, n’écoute un propos en direct pour qu’aussitôt, on en extraie un propos, une petite phrase qui va coller à la peau de l’intrus et qu’on ne manquera pas de rappeler. Le Vénézuéla de Chavez remplit cette fonction. Désormais, M. Mélenchon est lié irrémédiablement au Vénézuéla dont tout le monde se fiche par ailleurs, comme on se fiche de tout pays situé à cette distance. Il suffit de voir l’intérêt pour la Guyane, pourtant département français, pour réaliser que l’intérêt pour le Vénézuéla voisin n’apparaît que pour combattre M. Mélenchon. Comme il a de bonnes chances de figurer au deuxième tour, malgré toutes les attaques dont il fait l’objet de la part des médias, il y avait urgence, ce matin de premier tour d’inviter un spécialiste, peu sûr de lui, multipliant les « euh » pour asséner un coup contre un candidat alors que la campagne est terminée et que les bureaux de vote viennent d’ouvrir.

Alors, ceux qui crient à « radio bolcho » en parlant d’Inter doivent être satisfaits ce matin. La rédaction des journaux du matin des samedi-dimanche a bien jouer en proposant un sujet sur un pays dont « la situation est préoccupante » mais dont personne ne se préoccupe jamais, sauf pour dégommer M. Mélenchon. Les pays latins sont connus pour exceller dans l’art de contourner les règles. Les journalistes viennent de nous montrer comment ils se jouent de la règle d’égalité du temps de parole entre les candidats. Restait à nous montrer comment ils se jouent de la fin de la campagne. C’est chose faite. Comme La Fontaine qui utilisait les animaux pour faire la satire de la société, les journalistes se servent du Vénézuéla pour critiquer le candidat Mélenchon. Bien sûr, ils n’ont pas le talent du fabuliste mais le résultat risque d’être aussi efficace.