la lanterne de diogène

19 mai 2012

Cet été-là

Je ne vais pas me spécialiser dans les nécrologies et pourtant, c'est bien la tendance. Je ne vais pas non plus faire concurrence à l'ami blogueur Chris. Je lui promets que je ne recommencerai pas de sitôt. C'est drôle comme la mort d'une célébrité fait resurgir des souvenirs oubliés, surtout s'il s'agit d'un artiste de la chanson tant chaque moment de notre vie est lié à une musique. Le cinéma n'a rien inventé.

 

En quelques semaines ont disparu Éric Charden et Donna Summer. Disons-le d'emblée, je n'aime pas le disco. Je le déteste. Pour moi, ces mélodies, parfois de belle factures, rehaussées par une grosse caisse sont assimilables à la musique militaire qui, déjà, est à la musique ce que l'ordinaire de l'armée est à la cuisine.

 

Justement, j'ai eu l'occasion de subir les deux en même temps puisque j'ai effectué mon service national en pleine vague disco. À chacune de nos rares sorties en boite, je devais supporter la fumée à couper au couteau et les coups assénés et amplifiés. J'avais d'ailleurs remarqué que, pour faire bonne mesure, les boites diffusaient un rythme ininterrompu tandis que les morceaux s'enchainaient. Quand j'en parlais avec mes camarades, soit ils trouvaient ça « génial », « super » – pour reprendre les termes de l'époque –, soit ils me répondaient avec une résignation agressive qu'il n'y « a pas autre chose pour danser ». Pour ma part, j'écoutais Lavilliers, Higelin, Daydé et d'autres et il me semblait qu'on pouvait aussi se trémousser sur leurs rythmes, et en plus, les paroles étaient intéressantes. « En français ? Ça va pas non ? C'est nul ! ».

 

En français, cet été-là, ils toléraient Éric Charden qui chantait « l'été sera chaud dans les tshirts, dans les maillots ». Avec la créativité propre aux esprits simples, c'était devenu pour nous : « L'été s'ra chaud dans les treillis, dans les rangeots ».

 

Impossible d'échapper au disco. Même les groupes de rock avaient adopté la rythmique militaire. Les punks étaient détrônés. La new wave de l'époque a consacré furtivement Little Bob Story, Bijou, Weekend Millionnaire, Starshooter, Kraftwerk, the Motors, Nina Hagen, Ian Dury et son titre devenu un art de vivre : « Sex and drug and rock n'roll is all my brain and body need ».

 

L'heure n'était plus à l'anticonformisme et à la contestation mais à l'apologie d'une société, certes imparfaite mais qui procure assez d'artifices pour être satisfait de son sort et ne pas se poser de questions, malgré la montée du chômage de masse. Alors, on écoutait Boney M, Donna Summer, Eruption, Gloria Gaynor. Les Bee Gees s'étaient reconvertis et, en adoptant des voix de faussets, connaissaient un nouveau succès qui était plutôt une tragédie pour les amateurs de bonne musique et de rock n'roll. Le Freak c'est Chic, n'est-il pas ?

 

Face à cette déferlante, tout le monde s'y est mis. En France, on a eu Sheila et les Black Devotion, Claude François et ses magnolias, Charden (sans Stone) avec son « été qui sera chaud », Allain et Santa-Monica avec la maison de Johanna et même Alain Barrière (I wanna be me). Le Suisse Patrick Juvet a triomphé aux États-Unis pendant des mois et ne s'en est jamais remis tant c'était inattendu pour lui. Patrick Hernandez est devenu millionnaire avec un seul morceau pour toute carrière et ne s'en est jamais remis non plus. Les deux illustrent le proverbe selon lequel l'argent ne fait pas le bonheur. C'est marrant, mais j'aimerais bien essayer quand même. La caricature a été atteinte chez nous avec Cerrone qui savait bien taper sur ses caisses et qui mettait des filles nues avec des têtes de cochons sur ses pochettes de disque. Roxy Music a fait un peu ça aussi. Le comble est atteint avec M et son « Pop-Musik » avec un titre en antithèse et un accompagnement disco des plus commerciaux. Ailleurs, Police, Blondie, même les Stone et Kiss (qui prétendaient plutôt faire du hard-rock), Paul McCartney et les Wings, Stevie Wonder, Rod Stewart intégraient le tempo disco à leurs créations. C'étaient des disputes entre nous pour savoir si c'était du rock – et donc de la bonne musique pour nous – ou du disco, c'est à dire de la soupe et de la plus mauvaise. Ces querelles de mélomanes paraissent bien dérisoires. Le disco s'est imposé, a tout balayé et on ne se rend même plus compte de l'omniprésence de la batterie dans les morceaux. Moi, faute d'entendre mes favoris (Lavilliers, Higelin) sur les ondes, je trouvais un intérêt à la funkie music, et donc Earth Wind and Fire, Kool & the Gang, Jackon Five et ceux qui naviguaient entre les deux comme Diana Ross et son « Upside down », qui favorisait les gestes souples, les déhanchements lents, les mouvements chaloupés.

 

Bien sûr, ceux d'entre nous qui écoutaient en boucle Gloria Gaynor ou Boney M ne se posaient pas ces questions. D'ailleurs, ils ne se posaient pas de question sur quoi que ce soit et vivaient l'instant présent, le plus intensément possible ou, plus prosaïquement, en essayant de ne pas se faire chier. Ce n'est pas aussi idiot que ça en à l'air. Peu leur importait que le succès du disco perdure ou non, que tel morceau soit oublié au bout de deux mois ou de deux semaines et qu'avant le disco, il y avait eu les Beattles, the Doors, Simon & Garfunkel et surtout Pink Floyd. En attendant, c'était super et il n'y avait que ça qui comptait.

 

taxi girlDès le début des années 1980, une nouvelle New wave reprend le flambeau et le disco débarrassé de ses scories. Ce seront les Eurythmics, Depeche Mode, Jimmy Somerville, Kim Wilde, Tears for Fears, Simple Minds, Madonna, Talking Head, the Cure.


 

Moi, j'écoutais Taxi-Girl et Dire Straits. Je les avais vu lors d'une permission dans l'émission Chorus d'Antoine Decaunes. Ils me rappelaient les Shadows que j'adorais. Bon, je ne crachais pas sur tout le disco non plus. Même Cerrone, j'aimais bien « Supernature ». On n'est pas toujours bien inspiré. J'aimais bien « No more tears »  Donna Summer, ça reste pour moi lié à la Coupe du Monde de 1998 puisque les Bleus fredonnaient l'accompagnement du tube « I will survive » et que ça leur a bien servi.

 

Éric Charden, lui, avait connu la célébrité au cours des années qui ont précédé les vagues punk puis disco. Avec sa femme, Stone, ils formaient un duo sympa qui chantaient des chansons faciles répondant au grand public qui rêvait encore d'un monde apaisé, réunissant la croissance des années d'après-guerre et les idéaux portés par Mai 68. Bien sûr, ça paraît nunuche de dire « l'aventura c'est dormir chaque nuit dans tes bras » mais à l'époque, oser chanter ça aux heures de grande écoute troublait fortement les adolescents à peine pubères qui se posaient plein de questions. L'image du duo souriant, chantant ensemble et suggérant que leur couple était épanoui, a fortement contribué à leur succès à une époque où l'on se disait qu'il était temps d'avoir une vie affective et sexuelle débarrassée des contraintes socio-culturelles.

 

Les artistes, même les moins talentueux, reflètent toujours l'air du temps.

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Même oubliés, l'annonce de leur mort nous replonge dans les années de changement, que ce soit dans sa vie personnelle ou parmi la société. Et puis – pourquoi ne pas le dire – Eric Charden et Donna Summer sont tous les deux morts dans leur soixantaine, soit assez jeunes pour mourir, et d'un cancer. Le cancer, une maladie dont on ne parle plus, dont on ne veut plus parler. Le cancer est banalisé mais n'est plus médiatique. Il touche tout un chacun et pas seulement des personnalités populaires auxquelles on aimait se référer. Tout le monde a connu des personnes emportées dans les souffrances atroces de cette maladie qui ronge l'organisme et le pourrit. Au moment de la mort par cancer, on se demande, on crie quand on en a la force, on serre les dents, sinon, pour exprimer son incompréhension d'une maladie qui frappe n'importe qui, n'importe quand. Il ne suffit pas de fumer ou de picoler ou de baiser dans n'importe quel trou pour choper un cancer. Bien des personnes qui ont mené une vie à peu près saine et sans excès ont été touchées et ont souffert mille maux. Cette maladie atroce nous fait sentir terriblement impuissants, faibles, ignares. Elle nous culpabilise aussi pour n'avoir pas exigé de nos dirigeants des efforts pour éradiquer le cancer et, dans la foulée, les autres maladies. Comme s'il y avait plus précieux que la santé dans ce monde où l'on est emmerdé en permanence. Comme s'il y avait de plus noble cause que celle consistant à sauver des vies. La santé a été complètement absente de la campagne pour la Présidence.

Alors, quand mes copains se défonçaient sur « the Rivers of Babylon », ils avaient peut-être bien raison d'en profiter même si c'était un des summum du mauvais goût. Ça ne résout pas le problème du cancer mais, au moins, n'est-ce pas aussi hypocrite que de se poser de graves questions quand on n'est même pas capable de voir que la priorité, c'est la santé et c'est de ne pas voir souffrir ceux qu'on aime.

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10 mai 2012

Commentaires après la présidentielle

Quand on est dans la cinquantaine et même un peu avant – et qu'on est doté d'une bonne mémoire, on sourit en entendant les commentaires des journalistes et des badauds après l'élection présidentielle. On croit entendre une nouvelle version d'une chanson à succès d'autrefois par un interprète d'aujourd'hui. Il est vrai que la génération présente a toujours l'impression que ce qui lui arrive est unique, inédit, qu'on n'a jamais vu ça. Le rapport à la mémoire ressemble un peu à celui qu'ont beaucoup d'élèves qui apprennent pour avoir de bonnes notes à l'école mais qui n'en voient pas d'autre utilité.

 

Fin de campagne et début de soirée

 

D'abord, la fin de la campagne a été fertile en rebondissements car enfin, il est tout de même aberrant qu'un candidat qui exerce la charge pour laquelle il se représente parvienne à se faire passer pour le candidat du changement, celui avec qui tout ira mieux. Le plus ahurissant n'est pas tant qu'il le fasse. On sait que M. Sarkozy est capable de tout et ne se rend probablement pas compte de tout ce qu'il fait et de ce qu'il ne fait pas. Non, le plus époustouflant, c'est que ça marche. Avec un bilan aussi calamiteux, on aurait pu penser qu'il ne figurerait pas au second tour. Au contraire, il y était et son retard sur son adversaire fondait comme neige au soleil. Encore une semaine de campagne et il était réélu. On ne peut pas attendre de gens qui mettent Mimi Mathy en tête des personnalités féminines préférées ou qui se passionnent pour les compétions de jeunes chanteurs à la télévision ou l'élection de Miss France, qu'ils fassent preuve d'un choix politique réfléchi.

 

Ensuite et toujours concernant la fin de campagne, le fameux débat a révélé le candidat Hollande que bien peu connaissaient pour de bon. Il a prouvé qu'il était un homme posé et capable d'assumer la tâche suprême, ce qui était loin d'être évident. Sans doute aussi, le contraste avec son vis-à-vis qui, pendant cinq années s'est conduit comme un gamin mal élevé, un parvenu, un béotien, a-t-il joué en sa faveur.

 

535207_434941913199960_100000524652914_91631517_694427918_nEnfin, le dimanche après-midi a offert des heures qui ont fait trembler la France qui en a vu d'autres. On s'est rendu compte de la victoire de M. Hollande à partir du moment où, vers 17h 30, le QG de campagne du candidat Sarkozy a annoncé l'annulation de la fête prévue place de la Concorde à Paris. La demi-heure qui a précédé l'annonce des résultats à la télévision était tout à fait surréaliste. Les journalistes étaient entourés de militants et sympathisants de gauche qui trépignaient et hurlaient leur joie tandis qu'ils ne savaient pas comment dire qu'on attendait des résultats que tout le monde savait. Au moins, en 1981, dans les mêmes conditions, les électeurs de gauche présents sur les lieux stratégiques affichaient-ils une certaine discrétion. Surtout, les rédactions ne proposaient pas d'images de foules avant la proclamation du résultat. Nos journalistes bafouillaient, s'embrouillaient, ne savaient pas quoi dire. La question qui se pose, c'est de savoir s'il était nécessaire de montrer sans arrêt des images de QG de campagne, de foules rassemblées. D'habitude, on reste sur les plateaux. On commente le taux d'abstention, on annonce les invités et le déroulement de la soirée. On donne les autres nouvelles de la journée car, savez-vous, le monde continue de vivre pendant que les Français votent. Une fois le vainqueur annoncé, on a eu droit à la désormais habituelle traque au véhicule qui emporte l'élu. Les motos s'entrechoquent, bloquent la progression des autres et de l'automobile. La portière s'ouvre, se ferme. Les motards tentent d'ouvrir le passage. À nouveau les portières. C'est ridicule tout autant qu'inutile.

 

Pendant ce temps, les sondages de sortie des urnes s'effaçaient. On a déjà oublié que sur l'Internet, on donnait Hollande avec 53 (voire 54) contre 47. Finalement, à la fin de la soirée, l'avance réelle du vainqueur était beaucoup plus faible. Moins de 52 % des voix, ce qui réjouissait le camp du battu. En effet, malgré son impopularité et son bilan désastreux, M. Sarkozy a empêché son successeur d'être élu aussi confortablement que lui, cinq ans auparavant. Du coup, la droite se permet de bomber le torse et ne s'écroule pas comme trente et un avant. Ça nous promet des législatives incertaines.

 

31 ans avant

 

À la fin de la campagne, on a souligné que le Président sortant était responsable de la hausse du chômage qui a vu le nombre d’indemnisés augmenter d'un million et que ça ne s'était jamais vu. On a également minimisé la situation dans laquelle Mitterrand a trouvé le pays. Bien sûr, avec le recul, on se dit que, finalement, la décennie 1970 n'avait pas été si mauvaise que ça.

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Ce n'était pas l'impression qu'on avait à l'époque quand les chocs pétroliers ont vu les carburants et les combustibles augmenter considérablement et donc le pouvoir d'achat baisser. Qu'on se souvienne des manifestations monstres à l'appel des grandes centrales syndicales, ensemble généralement. Qu'on se souvienne des « plans Barre », première étape de la politique d'austérité dont on n'est toujours pas sorti malgré la rigueur et la récession qui n'ont pour ainsi dire jamais cessé malgré les assurances réitérées que ça permettrait de sortir de la crise et que ça ne durerait pas. Qu'on se souvienne que Barre, appelé pour juguler l'inflation (puisque selon lui le chômage baisserait mécaniquement du fait de la démographie à partir de 1984), l'a vue passer d'en-dessous de 10% à plus de 14%. En un septennat, les chômeurs avaient augmenté d'un million.

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La population n'en pouvait plus et les belles formules du Président Giscard avaient fini par exaspérer tout le monde. On ne voulait plus le voir. L'essentiel, c'était de « battre Giscard », comme disait alors Marchais.

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Aujourd'hui, M. Mélenchon, et le reliquat du PCF qui l'a soutenu, n'a pas dit autre chose entre les deux tours à propos du Président Sarkozy. La foule réunie place de la Bastille à Paris, tout comme en 1981 croit que tout va changer du seul fait de la présence de quelqu'un de bien et de généreux. Mais en 2007, ceux qui ont voté nombreux pour M. Sarkozy le croyaient aussi ; pour d'autres raisons évidemment. Lui-même a toujours pensé que du seul fait de sa présence et de ses propos, les choses s'amélioreraient et notamment en matière de sécurité. La puérilité de M. Sarkozy lui a fait confondre velléité et politique, un peu comme ces enfants qui aiment se déguiser (« bling-bling ») et qui décident de changer le monde en sortant jouer dans le jardin ou dans la cour d'immeuble en criant des slogans.

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Les lendemains déchantent forcément tant on met d'espoirs dans la victoire d'un homme ou d'un courant politiques. Cela dit, c'est inévitable et l'on ne peut vivre sans espoir.

 

Parlant de la Bastille, cette fois, les battus ne se sont pas laissé surprendre. En 1981, la droite et le clan conservateur s'étouffaient et, entre deux suffocations, hurlaient à l'illégitimité. Cette fois, c'est tout juste s'ils sont un peu en colère. Ils crient toujours à l'illégitimité car, d'après eux (mais pas seulement eux), le pays leur appartient et l'alternance politique ne peut qu'amener des usurpateurs. Vieille antienne.

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Cette fois, les conservateurs gardent à peu près leur calme mais observent avec ironie la victoire de leurs adversaires. Ils se frottent les mains à l'idée des difficultés que va affronter le nouveau Président. Ils lui en préparent d'autres dont il ne se fait pas une idée, histoire de faire passer au bon peuple l'envie de vouloir gouter à l'espoir et à l'embellie. Non : qu'ils sachent bien que le peuple est là pour en baver et lécher les plats après qu'eux se sont gobergé ! D'ailleurs, il n'y aura même plus de plat à lécher car l'UE a émis une directive obligeant à jeter les plats après usage. Ce comportement en dit long sur le patriotisme des conservateurs et prouve, s'il en était encore besoin, que ces gens-là se fichent pas mal de la patrie. Quand on est capable de dire qu'on ne va plus embaucher pour ne pas payer de cotisations sociales pour ses compatriotes, qu'on va délocaliser pour ne pas payer d'impôts en France mais ailleurs, qu'on va ouvrir un compte à l'étranger, on devrait être déchu de sa nationalité. En tout cas, qu'ils ne viennent pas dire que ce sont eux qui aiment la France !

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Cette inversion des valeurs, ce contresens volontaire sont habituels dans le camp des forces conservatrices et de leurs valets. Ainsi, on entend depuis le lendemain que le Président Sarkozy a été victime des médias, des journalistes qui ne l'ont pas épargné, qui se sont acharnés sur lui. Oh, ce n'est pas nouveau. Votre serviteur a été témoin, en 1978, d'un accrochage entre militants du RPR naissant et des journalistes d'Europe 1 à qui ils réclamaient d'être « un peu plus objectifs ». Quand on sait que les rédactions étaient tenues par des sympathisants du pouvoir et qu'aujourd'hui, les principaux groupes médiatiques sont entre les mains d'amis personnels de M. Sarkozy, on ne peut que sourire. Pourtant, telle est la réalité. Le clan des conservateurs est à ce point persuadé que la pays est sa chose qu'il voit dans la moindre information un tant soit peu défavorable une attaque contre leur idole.

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Il n'y a rien à répondre à ça. Comme indiqué plus tôt, la brève de comptoir sera toujours plus forte que l'argument. La rumeur l'emporte sur l'information et le fait. Des micros-trottoirs réalisés pendant la campagne montraient des militants et des sympathisants du candidat Sarkozy incapables de citer trois propositions du programme de leur favori.

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Les drapeaux sur la place de la Bastille

 

En 1981, les conservateurs prédisaient l'entrée des chars soviétiques en France si des ministres communistes étaient nommés. La peur du Rouge, le couteau entre les dents n'étaient pas apaisée. Cette fois, ce sont les hordes barbares qui sont annoncées. On a vu, place de la Bastille, des drapeaux étrangers et notamment algériens. Et alors ! Ces drapeaux étrangers et régionaux n'étaient pas brandis avec hostilité, bien au contraire. C'étaient l'hommage des peuples présents sur notre territoire à une France qu'ils ont choisi, parfois contraints par les circonstances (économiques ou politiques), à ce pays qu'on regarde depuis l'étranger comme un phare éclairant la voie du progrès et comme un pays où il fait bon vivre malgré tout.

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Ces drapeaux étrangers mêlés aux tricolores faisaient comme une ronde fraternelle. Le problème, c'est que les Français eux-mêmes ne savent pas que leur pays est beau et qu'il est regardé avec admiration. Ils ne savent voir que les routes défoncées et le prix du pain qui augmente. Certains ont déploré qu'il y avait moins de drapeaux français. Ce n'est pas la faute des étrangers présents ici, si les habitants du pays où ils vivent désormais ne se montrent pas aussi patriotes qu'eux-mêmes, loin de leur terre natale. Il ne faut pas s'en étonner mais simplement regretter que les Français forment probablement le seul peuple du monde à ne pas revendiquer l'emblème de son héritage qui force le respect de tant de nations et de peuple de par le monde. Dans le pays le plus proche de nous, sentimentalement, l'Italie, les voitures particulières arborent des bandes tricolores (calquées sur le drapeau français d'ailleurs), les fenêtres des particuliers sont parfois pavoisées. Qu'on songe qu'il se trouve, en France, des gens pour s'offusquer de la présence du drapeau sur les bâtiments officiels ou lors de fêtes. Le drapeau français n'est pas plus entaché que d'autres, au contraire.

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Qu'on se rassure (si l'on peut dire) : les étrangers qui viennent pour profiter du système et de la protection sociale (ou ce qu'il en reste), n'ont pas fait l'effort de venir place de la Bastille. Ils existent. Il ne faut pas le nier ou le minimiser. Seulement, ces profiteurs savent profiter de tous les systèmes et se fichent pas mal des élections dans un pays où ils résident. Ils se fichent aussi pas mal de leur pays d'origine qu'ils ont quitté sans un regard en arrière. Ce ne sont pas des gens qui vont acheter un drapeau et le brandir en public. Ceux-là demanderaient qu'on leur fournisse le drapeau et qu'on leur paie les heures de présence avec le drapeau à la main.

 

Parlant de drapeaux, j m'étonne tout de même quand on sait l'ignorance généralisée des emblèmes nationaux. Qui a bien pu reconnaître les couleurs des nations brandies place de la Bastille ? En revanche, on peut penser que quelques rares personnes ont identifié un ou deux pavillons qu'ils ont de bonnes raisons de connaître et que les autres ont répété et amplifié l'information. À entendre certains propos, la place de la Bastille était couverte de drapeaux algériens. Tiens, oui, je serais curieux de savoir ce qu'ils répondraient si on leur demandait de le décrire. En fait, les images montrent un drapeau tunisien au pied de la colonne de Juillet et, dans la foule, des drapeaux marocain, malien, sénégalais, ivoirien, algérien mais pas en grand nombre. Ça correspond aux communautés étrangères présentes en région parisienne. Il n'y a rien d'étonnant. Un drapeau à rayures bleues et blanches flottait par dessus les têtes, sans doute un pavillon grec à moins que ce ne soit un uruguayen. Surtout, près des caméras, on distinguait très bien un des anciens drapeaux syrien, celui choisi par les révoltés de ce pays en crise.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/05/04/24114310.html

 

Des drapeaux occitan et breton étaient visibles et prouvaient l'attachement des régions à la mère-patrie. Tout ça montre bien une situation désormais apaisée : tout le monde reconnaît le nouveau Président de la République comme le sien. Je crois que ça s'appelle la démocratie.

 

Le jour d'après

 

Si les conservateurs ne s'affolent plus comme en 1981, la transition se fait aussi plus tranquillement. Le lendemain de l'élection, on n'a pas senti souffler cette brise fraiche qui faisait qu'on partait au boulot ou à la fac le cœur léger. On a appelé ça « l'état de grâce ». On a repris le train-train habituel, « vaguement gris », content, bien sûr, mais sans illusion. On sait que rien ne va changer fondamentalement. Personne ne le souhaite de toute évidence. Sinon, les électeurs auraient porté leurs suffrages sur des candidats qui faisaient des propositions différentes. Or, ils ont plébiscité les deux candidats qui annonçaient qu'ils en feraient le moins. Pas la peine, alors, de toujours rouspéter et de gueuler que « la droite, la gauche, c'est pareil, c'est tous les mêmes, ils veulent le pouvoir pour s'en mettre plein les poches ». Ces propos de bistrots et, maintenant, d'Internet, on les entend, on les lit mais quand il s'agit de choisir, on reprend toujours les mêmes. Ça ne va pas plus loin. Les Français se complaisent dans la rouspétance et font tout pour maintenir un niveau d'exaspération et de mécontentement permanents.

 

Nous allons le voir dès les premières mesures prises par le Président Hollande, à commencer par la composition du gouvernement et la nomination du Premier Ministre. Les uns vont trouver qu'il ne va pas assez loin et vont retourner dans l'opposition drapée de principes moraux. Les autres crieront à la révolution dès que le Smic augmentera et que la décision de démanteler la centrale nucléaire de Fessenheim sera prise. Désormais, les Rouges ne font plus peur. Ils ne sont plus assez nombreux même si ceux qui en avaient peur croient les reconnaître sous divers masques. Ce sont les Verts qui inquiètent et menacent la compétitivité de « nos entreprises ». On voit ces gens soucieux de l'avenir de leurs enfants et de leurs petits enfants moins inquiets à l'idée de leur laisser des déchets nucléaires et toujours moins de terres pour cultiver ce qu'ils devront manger. Les mêmes ne regrettent pas plus que les questions de santé publique ont été carrément absentes de la campagne. Nous y reviendrons prochainement.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/04/17/20913885.html

 

 

156514_359606584088732_170299423019450_950583_1659601950_nJ'indiquais, au début de mon propos, que la mémoire permet, lorsqu'elle est sollicitée en permanence, de relativiser les découvertes qu'on croit faire aujourd'hui et particulièrement dans des circonstances exceptionnelles comme une élection présidentielle. Comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, on peut aussi, sans trop de risques, annoncer un certain nombre de revirements. D'ici peu – et il faudra beaucoup moins de temps qu'il y a trente et un ans – on nous dira que Sarkozy, c'était pas si mal. Déjà, on entend les frustrés prétendre qu'il a atténué les difficultés de la France dans la crise mondiale. Il y a un peu plus de cinq ans, M. Chirac a quitté le pouvoir dans la débâcle habituelle de fin de règne. Entre les procédures qui l'attendaient et un ministre qui n'en pouvait plus d'attendre de prendre sa place, il est parti sans être regretté le moins du monde. Un an plus tard, il était déjà la personnalité politique préférée des Français ; les mêmes, n'en doutons pas, qui plébiscitent aussi Mimi Mathy. Ne parlons pas de Barre à qui l'on trouve toutes les vertus alors même qu'il est le Premier Ministre qui affiche le bilan le plus catastrophique et dont la politique qui inspire toujours les gouvernements de droite actuellement nous a conduit où nous en sommes. Alors, on trouvera bien que M. Sarkozy a inauguré une présidence résolument moderne, fait changer la France d'époque, qu'il a favorisé la nomination de personnalités de gauche (ce qui, soit dit en passant va faciliter la transition), et encore d'autre légendes qu'on se prépare à écrire. La première difficulté sur laquelle butera le nouveau Président fera remonter la côte de son prédécesseur et fera dire aux mécontents que c'était pas la peine de changer, que celui-ci fait pire etc.

 

Retenons également que la démocratie fonctionne bien, malgré ses imperfections et qu'on peut désormais changer de monarque élu sans que ça bouleverse la société. On peut le regretter, d'ailleurs, quand on fait partie de ceux qui espéraient un vrai changement.

 

 

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Pierre Salviac : face de bouc émissaire

Pierre Salviac a dérapé. Ce n'est certes pas la première fois mais, d'habitude, on appréciait et d'autant plus que les sports dans lesquels il excelle ne lui ont jamais apporté une notoriété telle que ça avait la moindre importance. Cette fois, sur un de ces fameux réseaux sociaux dont on nous dit qu'ils changent la face du monde en permanence, il a ironisé sur cette journaliste peu connue qui est devenue en moins de cinq ans la « première dame de France ».

http://www.leparisien.fr/actualite-people-medias/rtl-pierre-salviac-vire-pour-insulte-a-la-premiere-dame-09-05-2012-1992242.php

 

Les mots sont crus mais, finalement, les mêmes que ceux entendus habituellement dans les conversations privées voire moindres. Seulement, l'Internet est devenu le véhicule majeur de la propagation des propos de bistrot, autrefois confinés à l'espace le long du comptoir et aux habitués. Potentiellement, ce sont des millions de personnes qui peuvent profiter de la diarrhée verbale des uns et des autres et particulièrement de ceux qui n'ont rien à dire mais le font savoir haut et fort.

De plus, Pierre Salviac n'est pas un humoriste professionnel et reconnu comme tel et à qui l'on laisse tout passer au nom de la défense de la liberté.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/06/24/18408754.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/03/23/17332283.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/03/28/13172760.html

 

Ensuite, sur le fond, il n'est pas le premier à dénoncer la proximité voire l'intimité entre le personnel politique et les journalistes dans notre beau pays. La différence, c'est que lui a dit les choses crument et ne s'est pas contenté de dire qu'Unetelle est la compagne de Machin. Il a précisé ce que ça veut dire concrètement, sans aucun romantisme. Il y a peu de chance que ce dérapage pose une bonne fois la question de cette proximité qui fait de la France une exception ; une autre et pas forcément la plus honorable.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/02/11/23493367.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/12/29/23024247.html

 

Enfin, dans le cas particulier qui est le nôtre, on imagine ce qui se serait passé si ça avait été l'autre à la Présidence et avec la « première dame » qu'on sait. Qu'on se souvienne des histoires avec Christian Clavier. Quant à Carla Bruni, elle s'en est pris plein la gueule à partir du moment où elle a commencé à fréquenter qui l'on sait. Avant, personne n'avait remarqué qu'elle n'avait pas de voix pour chanter. Au contraire, on trouvait un charme à ce petit timbre qui susurrait des mots assez sympathiques. On louait celle qui avait fait carrière de mannequin et prenait le risque de se lancer dans la chanson et la bonne chanson. Julien Clerc avait interprété ses premières paroles ce qui, soulignons-le, est une preuve de qualité. La chanson à texte ou, du moins, la chanson qui a du sens, étant plébiscitée par le public de gauche, elle était en passe d'en devenir l'égérie. Las, sa fréquentation d'avec un Président qu'on commençait à détester l'a rabaissée plus bas que terre. Les insultes pleuvaient sur la toile depuis près de quatre ans où l'on n'a pas manqué de publier ses nus sans parler des dessins obcènes. Il en est ainsi. Depuis les temps bibliques, on sait que les foules ont besoin de victimes expiatoires, de boucs émissaires. On aime voir condamné celui qui dit ce qu'on pense mais qu'on n'a pas osé prononcer. Et puis, dans notre beau pays, on n'aime pas le mélange des genres. Comme chantait Léo (sur des paroles de Caussimon) : « faut laisser faire les spécialistes ! ». Salviac n'était qu'un journaliste sportif d'une autre génération sur une radio qui n'aime pas faire de vague.

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06 mai 2012

ciao !

Une pensée sympathique pour quelqu'un qui ne l'est pas.

Dès à présent, tous ceux qui lui ont léché les bottes depuis des années et surtout depuis 10 ans vont le laisser tomber, l'insulter, le trainer dans la boue. Je ne voudrais pas être à sa place. Quand on fait de la politique, on n'a pas besoin d'ennemis avec les soi-disant amis et sympathisant qu'on a.

Je ne crois pas que son successeur pourra faire grand chose mais l'essentiel était au moins de se débarrasser de ce triste pantin, vulgaire et immature. Dès demain, les ennemis du peuple et de la démocratie vont se déchainer. Il faudra soutenir notre nouvel espoir ; sans plus, sans conviction. Surtout, il ne faudra pas qu'il nous refasse le coup sur l'air : ce serait pire avec l'autre. L'autre est battu cet après-midi. Soufflons un peu et espérons que nos camarades grecs suivront l'exemple à présent.

 

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04 mai 2012

La Syrie et le retour de la question d'Orient

Depuis, un mois, on découvre ici qu'il existe toujours des chrétiens en Orient. D'abord, on a appris qu'il y avait un pape en Egypte et que, donc, peut-être, il existe une autre Église que celle de Rome. Chénouda 3 est mort et son successeur sera élu le mois prochain.

http://www.lavie.fr/chroniques/matinale-chretienne/chine-ce-schisme-que-benoit-xvi-essaie-d-eviter-26-04-2012-26802_167.php

 

http://religion.info/french/articles/article_566.shtml

 

http://www.maghrebemergent.com/actualite/fil-maghreb/11085-egypte-leglise-copte-interdit-toujours-a-ses-fideles-daller-a-jerusalem.html

 

Cette disparition tombe alors que l’Église copte se trouve mêlée à la fois à la révolution égyptienne et à sa participation au processus de mise en place de la démocratie.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2012/04/02/005-egypte-eglise-retrait-commission-constitution.shtml

 

Ensuite, le pape des catholiques a évoqué les chrétiens d'Orient. Les premiers surpris se comptent probablement dans sa propre Église catholique, romaine et apostolique – selon la terminologie officielle – ont dû être les premiers surpris.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/11/12/11338102.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/tag/chr%C3%A9tiens%20d%27Orient

 

D'autant que les catholiques doivent penser qu'il s'agit des différentes congrégations religieuses présentes sur place pour entretenir le souvenir des débuts du christianisme. Pour les autres, et principalement pour les laïcs de France, ces chrétiens sont, à n'en point douter, les descendants de colons donc des exploiteurs qui n'ont pas leur place là-bas. Il est très difficile, même pour des férus d'Histoire*, de se convaincre que les communautés chrétiennes du Moyen-Orient ont été les premières et se sont constituées en Palestine après la mort de leur prédicateur, Jésus.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/09/28/2782236.html

 

Suite à la prédication de Mahomet, l'islam s'est répandu en Orient et en Afrique du nord, séparant ainsi la Méditerranée, non plus entre l'occident et l'orient mais entre le nord resté chrétien et le sud devenu musulman. Auparavant, il y avait Rome d'un côté et le monde grec de l'autre. L'apôtre Paul, avait lui-même tracé la voie puisqu'il a choisi de diriger sa prédication dans le monde grec puis jusqu'à Rome, là où se prenaient les décisions de persécuter les chrétiens et les juifs demeurés dans leur foi. Rome deviendra le centre mondial du christianisme avant de ne représenter plus que le siège du principal courant, le catholicisme.

 

croix de lalibelaLes descendants de ceux qui ont connu Jésus lui-même ont, les premiers, souffert de cette délocalisation. Le centre névralgique du christianisme s'étant déplacé à Rome et en Europe (on disait alors la « chrétienté » comme les musulmans disent «l'oumma » pour désigner l'ensemble des pays musulmans), ils tentent, depuis 2000 ans, de survivre, simplement survivre. Eux qui ont dû subir l'oppression de l'empire romain d'abord, puis du basileus, qui ont vu s'affronter à leur porte, les Turcs et les Byzantins après avoir été emportés par la conquête arabe, ils ont fini par être détestés par tout le monde. Ils n'ont pas toujours été bien inspirés non plus dans la mesure où ils ont souvent fait allégeance à l'un des puissants de l'époque pour obtenir sa protection sans songer que la roue de l'Histoire tourne. Lorsque le puissant d'hier est battu à son tour, son vainqueur fait payer cher les plus petits qui l'ont soutenu. C'est comme ça que les chrétiens d'Orient ont été décimé et sont chaque fois moins nombreux. De plus, les communautés étaient souvent opposées les unes aux autres et ont donc choisi des alliés différents avec les conséquences qu'on peut imaginer. Dernièrement, l'appui tacite et discret des chrétiens d'Irak à Saddam Hussein leur vaut d'être persécutés aujourd'hui s'ils n'ont pas la possibilité de s'enfuir vers des pays qui ne les comprennent pas non plus.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/01/07/20062456.html

 

Parlant d'Irak, rappelons aussi que la communauté assyrienne n'a pas obtenu son État au début du XX ième siècle contrairement à la promesse de l'Angleterre qui a préféré flatter le nationalisme arabo-musulman afin de garantir son approvisionnement en pétrole. L'histoire du colonel Lawrence est loin d'être aussi romantique que le suggère le film célèbre.

 

Les croisades n'ont pas arrangé les choses. Au départ, il s'agissait non pas d'une guerre sainte, comme on le dit aujourd'hui avec la lecture anachronique du choc des civilisations, mais d'une expédition visant à assurer la sécurité des pèlerinages et la protection des lieux saints chrétiens à Jérusalem et à Bethléem. En effet, depuis que l'Anatolie avait été envahie par les Turcs seldjoukides, les marches de pèlerins étaient attaquées, pillées, tuées ou pire, réduites en esclavage. Par la suite, comme beaucoup d'entreprises humaines, elles ont été dévoyées et la diplomatie papale n'a pas favorisé le dialogue, bien au contraire. Les démonstrations de force et les exactions des croisés ont laissé un souvenir amer dans ce Moyen-Orient où les passions s'exacerbent facilement. Les chrétiens sont vus dès lors comme des « croisés » et les petites communautés locales qui n'ont jamais profité de la courte période du royaume latin de Jérusalem (car elles n'étaient pas latines) continuent de payer pour des fautes que leurs ancêtres n'ont pas commises.

L'épisode lamentable et meurtrier des croisades a été rappelé et amplifié après la fin de la seconde guerre mondiale avec le mouvement de décolonisation et le mouvement des non-alignés qui, en pleine guerre froide, lorgnaient davantage vers Moscou. Les nouveaux États indépendants trouvaient ainsi une justification de leur hostilité envers le nord de la Méditerranée et de l'Amérique. Notons que, par un glissement sémantique étonnant, le nord, encore largement chrétien, est désormais appelé « l'Occident ».

 

Cependant, ce n'est pas ce contexte qui perdure, malgré la fin de la guerre froide, qui suscite l'intérêt du pape de catholiques. C'est que, paradoxalement, la guerre froide maintenait une sorte de « statu quo » pour les chrétiens du Moyen-Orient. Souvent instruits, ils soutenaient volontiers le panarabisme résolument laïc qui leur accordait une égalité de droits que le régime antérieur de « dhimma » leur refusait. La dhimma consiste pour les non-musulmans à payer un impôt supplémentaire et à s'acquitter de certaines obligations en échange d'une protection de pure forme. Avec la chute des dictateurs, les communautés opprimées veulent leur revanche et entendent se venger de ceux qui n'ont pas été opprimés ou qui l'ont moins été. Nous avons vu que c'est ce qui se passe en Irak depuis l'intervention des troupes anglo-étatsuniennes. C'est ce qui risque de se passer en Syrie.

 

Nous savons que la complexité de la situation syrienne interdit toute intervention extérieure.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/08/09/21763637.html

 

Pourtant, tout le monde observe avec attention l'évolution et particulièrement la Russie. On explique sa position favorable au petit dictateur (comparé à son père) par les intérêts russes en Syrie et notamment la base navale russe de Tartous, survivance de l'influence soviétique. L'explication se trouve ailleurs. En Orient, le passé et le présent sont étroitement mêlés au contraire de nos contrées obnubilées par l'heure exacte. La Russie n'a pas renoncé à être reconnue comme puissance protectrice des chrétiens d'Orient. Ce statut lui a toujours été dénié par les différents traités qui ont ponctué la question d'Orient. Pourtant, de fait, la Russie n'a jamais cessé d'activer sa diplomatie ou son armée, d'autant que la seule puissance reconnue comme protectrice des chrétiens d'Orient est la France, depuis l'accord entre François 1er et Soliman le Magnifique. Ce statut a été confirmé au cours de l'Histoire mais bien peu, en France sont au courant. On peut penser raisonnablement que l'actuel Président de la République l'ignore malgré sa tentative d'organiser une union des pays méditerranéens.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/07/27/10051122.html

 

En d'autres termes, la France ne joue plus depuis longtemps son rôle et se soucie comme d'une guigne des chrétiens d'Orient. La République avait d'autres soucis, ne serait-ce que conforter et exporter les principes des Lumières. Ce qui était lié à l'ancien régime l'intéressait peu, surtout aussi loin. Lors de son expédition au Proche-Orient, Bonaparte a soigneusement évité Jérusalem en se cantonnant à Jaffa. Son neveu a été saisi du dossier et ses diplomates ont rédigé avec leurs homologues de la Sublime Porte le fameux « Statu-quo » qui règlemente les lieux saints de la chrétienté.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/11/12/11338102.html

 

Le principe de laïcité de la nouvelle République ont détourné les gouvernements de leur tâche historique. Cette République était autrement occupée par la politique coloniale impulsée par le très laïc Jules Ferry pour s'occuper de l'Orient, laissant le champ libre aux Anglais toujours soucieux de protéger la route des Indes. Le pétrole allait renforcer leur intérêt pour la région tandis que l’Église anglicane, issue de la Réforme, se montrait à peine soucieuse de posséder un hospice pour accueillir les pèlerins. D'autant que l'émergence du sionisme (volonté des Juifs persécutés un peu partout de retrouver la terre de leurs ancêtres) allait compliquer la donne sur fond de rivalités entre tribus arabes. Les 14 points Wilson, la déclaration Balfour et toute la diplomatie issue de la première guerre mondiale allaient rebattre les cartes de la question d'Orient. La Révolution russe amenant des communistes au pouvoir faisait peser une menace autrement prise en considération par les puissances émergente (États-Unis) ou celles tentant de se maintenir. La chute des empires et notamment de l'ottoman compliquait la tâche. De sorte que le traité de Lausanne se montrait plus soucieux de placer la nouvelle Turquie en rempart contre le communisme en Orient que du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

 

Parlant du traité de Lausanne qui accorde à Atatürk des territoires perdus mais peuplés de non Turcs (Grecs en Thrace, Kurdes, Arméniens, Arabes en Cilicie), on peut penser que les puissances occidentales espéraient un sursaut des minorités afin de justifier une intervention armée pour remettre en cause les frontières du Moyen-Orient. L'obsession du péril rouge, la montée des totalitarismes, la deuxième guerre mondiale allaient mettre de côté et pour longtemps la question d'Orient. L'indépendance de l’État d'Israël a soulevé bien d'autres questions à côté desquelles le sort des chrétiens d'Orient n'a plus aucune importance. Aujourd'hui, les gouvernements français ne veulent rien faire qui risquerait de froisser la susceptibilité de la communauté musulmane en pleine expansion. L'idée erronée selon laquelle les croisades étaient des expéditions guerrières menées contre l'islam incite à faire amende honorable et à considérer les chrétiens d'Orient comme une survivance de l'esprit conquérant des Occidentaux et du colonialisme. Dans ces conditions, l'opinion publique n'est pas prête à seulement faire montre de compassion pour ces Arabes pas tout à fait comme les autres et que personne ne veut voir comme arabes. Seule survivance, la cérémonie d'accueil du consul de France à Jérusalem qui demeure une particularité diplomatique mais apparaît comme une survivance folklorique. Vu d'Europe, c'est symbolique mais au Moyen-Orient, les symboles priment. Pourtant, les projets d'extension des colonies juives dans le quartier de Cheikh-Jarrah à Jérusalem où se trouve le consulat historique de la France pourraient remettre en cause ce protocole sur fond de reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d'Israël.

http://www.association-belgo-palestinienne.be/infos/analyses/premiere-annee-1000-rassemblement-a-sheikh-jarrah/

 

http://petitscaillouxdepalestine.wordpress.com/2010/04/24/02-%E2%80%93-sheikh%C2%A0jarrah/

 

http://972mag.com/on-jeffrey-goldberg-and-jewish-self-interest-versus-morality/8553/

 

http://livefromoccupiedpalestine.blogspot.fr/2010/04/sheikh-jarrah-activists-respond-to-elie.html

 

http://electronicintifada.net/content/sheikh-jarrah-residents-refuse-be-displaced/8339

 

http://cifwatch.com/2011/05/13/one-hour-in-sheikh-jarrah/

 

http://palestinesolidarityproject.org/2009/07/29/palestinian-international-israeli-activists-arrested-during-two-days-of-action-in-sheikh-jarrah/

 

À la faveur du conflit interne en Syrie, la Russie qui revient sur le devant de la scène internationale entend en profiter pour revenir au Moyen-Orient et y jouer un rôle majeur. Les chrétiens orthodoxes ne sont pas forcément les plus nombreux en Syrie mais l'opinion publique russe le croit et encourage son gouvernement à les protéger car le patriarcat de Moscou, dit « troisième Rome », a pris, de fait la relève du patriarcat de Constantinople (« deuxième Rome ») à la tête de la communion orthodoxe de rite byzantin. Le renouveau de l’Église russe après la chute du communisme s'accompagne d'un regain d’intérêt pour la Terre Sainte, ses lieux de culte russes et les communautés sœurs. En Orient, la question religieuse prime sur tout, tandis que, vu d'ici, ce n'est que folklore et superstition. On aurait bien tort de ne voir que des conflits militaires ou ethniques quand les habitants s'entretuent parfois pour une tombe vide ou pour un tas de ruines.

 

 

*qu'on se souvienne que le fameux Patrice Gélinet, agrégé d'Histoire, tombait des nues à chaque fois que son invité abordait le sujet dans son émission « 2000 ans d'Histoire ». Pourtant ces 2000 ans font clairement allusion à l'ère qui commence avec la naissance approximative de Jésus et donc du christianisme naissant. Quand on pense que c'était l'émission d'Inter la plus podchargée, on frémit à l'idée des approximations divulguées au cours des ans.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/08/15/21795025.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/07/22/2337447.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/09/28/2782236.html

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26 avril 2012

Aéroport ND-des-Landes et démagogie

Le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes est devenu le symbole de l'aberration politique.

D'abord, on s’apprête à bétonner des terres cultivables et des bonnes terres alors que la population ne cesse d'augmenter. Là encore,

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/03/11/23731212.html

 

on raisonne (si l'on peut dire) comme si nous étions dans les années 1970 avec moins de 6 milliards d'humains et un peu plus de 50 millions de Français. Or, nous sommes plus de 65 million en France et plus de 7 milliards sur Terre.

 

Chaque seconde, 28 m² sont perdus définitivement pour l'agriculture, c'est à dire pour nourrir la population. Depuis combien de secondes lis-tu cet article ?

http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20111221trib000672707/chaque-seconde-26m-de-terrres-agricoles-disparaissent-en-france.html

 

http://www.bastamag.net/article1730.html

 

En dix ans, c'est l'équivalent d'un département français qui a disparu sous le béton.

On sait qu'il faut de l'espace pour loger tout le monde et ce n'est certainement pas moi qui attire l'attention sur les sans-abris qui vais le déplorer.

 

À propos, 111 personnes sont déjà mortes dans la rue depuis le début de l'année !

 

Raison de plus pour économiser l'espace, surtout qu'on sait bien que la solution consistant à loger en hauteur engendre des problèmes sociaux graves.

A-t-on besoin de toutes ces zones d'activités qui défigurent les entrées des villes ? Si encore ça créait des emplois... Le chômage continue malgré ces zones.

 

Construire un nouvel aéroport participe de la démagogie consistant à investir dans toujours plus d'équipements pour faire croire qu'on modernise et qu'on va de l'avant. Oui, on va de l'avant mais dans un mur de béton. Qui peut penser qu'avec un pétrole toujours plus cher, les transports aériens intérieurs vont continuer de se développer ? Il faut rappeler que le kérosène est exempt de taxes et qu'on ne peut pas jouer là-dessus pour maintenir les prix. Pour circuler en France et même en Europe, il y a le train, de plus en plus rapide et confortable, de centre-ville à centre-ville.

1650 ha bétonnés, perdus pour nourrir la population et tout ça pour permettre à quelques personnes de prendre l'avion.

 

http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/aeroport-notre-dame-landes-il-manque-240-hectares-vinci-26-04-2012-53372

 

http://www.m-pep.org/spip.php?article2490

 

Il faut arrêter ce petit jeu, issu directement de la décentralisation et qui transforme l'élu local en seigneur féodal construisant des châteaux pour son plaisir et entretenant les routes pour ne pas être cahoté quand il rend visite à ses manants. Il ne peut pas y avoir d'autoroutes partout. Il ne peut pas y avoir d'aéroport international dans chaque grande ville de France. Tout ça pour dire : j'ai demandé l'autoroute ! J'ai obtenu l'autoroute ou le grand aéroport que bien peu de gens utiliseront !

 

On notera que, à chaque fois, qu'il y a un projet de ce genre, d'abord, il est démesuré comparé aux besoins réels et prévisibles. En d'autres termes, les élus qui les promeuvent ne servent pas les intérêts de leurs électeurs. D'autre part, il existe toujours des projets alternatifs, moins coûteux, et consistant à aménager l'existant pour répondre aux besoins. Ces projets sont toujours rejetés sans même avoir été examinés et sont mis à l'écart des débats ; quand débat il y a. Ici, c'est un autre aéroport, ailleurs, c'est une autoroute quand la nationales suffit amplement mais a besoin d'être adaptée aux conditions de circulation d'aujourd'hui. On aimerait que ces élus fassent preuve d'une telle prodigalité dans d'autres domaines comme les hôpitaux ou les logements ou pour maintenir des trains. Dans ces cas-là, ils répondent que les caisses sont vides.

 

Cette démagogie bien partagée par les partis de gouvernement laisse augurer ce qui va se passer lors du prochain quinquennat.

http://www.20minutes.fr/ledirect/923919/troisieme-semaine-greve-faim-contre-aeroport-notre-dame-des-landes

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/06/14/18279100.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/02/14/12538493.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/07/22/5701579.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/01/13/23234637.html

 

http://www.latribune.fr/journal/edition-du-2112/l-evenement/1233123/les-pays-de-la-loire-freinent-le-grignotage-des-champs.html

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Paris Inter 2

Voilà la confirmation de ce que j'annonçais dès la rentrée à la lecture de la grille d'Inter :

http://www.offremedia.com/voir-article/france-inter-leader-paris-et-petite-couronne/radio-france-publicite/

 

C'est devenu une radio « Paris-centrique », très snob quand elle regarde la province même s'il est devenu convenable de dire « les régions ». C'est la radio des bobos qui ne reflète plus l'ensemble de la France ; si tant est qu'elle l'ait reflétée à un moment, du moins elle l'essayait.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/09/29/22187176.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/12/21/23016483.html

 

Les auditeurs d'Inter d'aujourd'hui aiment bien entendre parler d'une galerie qui se trouve au coin de leur rue de Paris et aiment bien entendre dire qu'il y a de la création artistique en banlieue même si l'on n'y met pas les pieds. Pensez, il faudrait prendre le métro, le RER et se mélanger avec la France métissée. Il faut pas exagérer, tout de même...

 

Rappelons la suppression des émissions tournées vers l'étranger et irréalisables ailleurs que sur une station payée par l'impôt. Suppression ou relégation à des heures impossibles comme tôt le samedi matin ou au milieu du dimanche après-midi. Ce sont là des pratiques dignes de TF1 pour satisfaire aux quotas de création.

 

Je suis persuadé que beaucoup d'auditeurs qui ne se reconnaissent pas dans ce groupe continue d'écouter la station de service public uniquement parce qu'il n'y a pas de publicité (ou si peu).

Un exemple : la matinale de Jean-Jacques Bourdin est inaudible à cause des interruptions publicitaires nombreuses à cette heure de grande écoute.

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24 avril 2012

Les médias contre la démocratie 4

Nous poursuivons notre réflexion sur les médias contre la démocratie avec deux cas concrets que nous avons pu observer tout au long de cette campagne pour la présidentielle et particulièrement ces deux dernières semaines.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/03/16/23777510.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/04/06/23946622.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/04/09/23968595.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/04/18/24042279.html

 

 

D'abord, la fameuse égalité du temps de parole. Nous avons entendu à longueur de journée, les journalistes manifester leur mauvaise humeur contre ce simple rappel à l'objectivité en politique consistant à accorder les mêmes chances aux uns et aux autres de présenter leurs programmes et leurs arguments quand ils en ont. Justement, cet exercice permettrait de constater facilement ceux qui parlent dans le vide, qui ânonnent des formules toute faites et ceux qui font l'effort de mener une réflexion originale et argumentée.

 

Seulement, ça les obligerait à écouter tout le monde et, eux-mêmes, à produire des analyses originales plutôt que leurs commentaires attendus et, pour ainsi dire, décalqués. Or, ils sont formatés depuis leur passage à Science-Po (surtout à Paris) et dans l'école de la rue de Rivoli. Ils ne vont surement pas remettre en cause les grilles de lectures qu'ils ont péniblement assimilées.

 

En réclamant que « les petits candidats » ne disposent pas des mêmes conditions que les autres, qu'ils connaissent mieux et avec lesquelles ils entretiennent parfois des relations extra-professionnelles, ils attaquent directement les élus locaux. Ce sont eux qui, ont jugé les premiers de la pertinence ou non d'une candidature. Ils sont les élus du premier degré de la démocratie qu'on appelle aussi la « démocratie de proximité ». Eux qui ont été élus par les citoyens de base disposent du pouvoir de permettre à un candidat de se présenter à la magistrature suprême. Pouvoir exorbitant mais pouvoir qui fait partie du mandat accordé par les électeurs, pouvoir qui est connu des électeurs (puisque rappelé tous les cinq ans), pouvoir qui n'est pas contesté par les électeurs mais par les seuls journalistes et quelques politiciens de carrière soucieux de ne pas voir de concurrence.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/02/11/23493367.html

 

Dans ce concert parfaitement réglé, il faut souligner la voix discordante d'un Thomas Legrand qui, le lundi matin, au micro d'une Pascale Clark éberluée, a déclaré avoir apprécié de pouvoir connaitre d'autres opinions présentées à la faveur de l'égalité de temps de parole. Mais, dès le soir du premier tour, sur la plupart des plateaux, les commentateurs réclamaient encore le changement de ces règles contraignantes pour eux comme s'il n'y avait pas d'autres sujets à approfondir au vu des résultats.

 

En d'autres termes, il s'agit de réduire le pouvoir des élus locaux et de le transférer aux médias qui ne sont pas choisis mais subis. Malgré la concurrence, les journalistes sortent tous des mêmes formations ou du moins leurs directeurs liés par amitiés politiques ou à des groupes industriels ou financiers.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/12/29/23024247.html

 

La contestation de l'égalité de temps de paroles entre les candidats remet également en cause la principe cardinal de la Constitution, à savoir l'élection du Président de la République au suffrage universel. En effet, la lettre et l'esprit de la constitution énoncent qu'il s'agit de la fameuse rencontre d'un Homme avec le peuple. Cette relation particulière avait, à l'origine, pour but de donner une légitimité au Président afin de passer outre les blocages de la vie parlementaire. Cette constitution a été approuvée en son temps. Elle a fait preuve de son efficacité mais aussi de ses limites en favorisant peu à peu les grands partis politiques, puis la bipolarisation (à partir de 1974) et, finalement, le bipartisme. Cette faiblesse a conduit, ces dernières décennies à une inflation de candidats à la présidentielle afin de faire entendre des voix différentes. Néanmoins, la loi existe et doit être respectée sinon, comment faire respecter les autres lois en cas de délits ou même de simples contraventions quand, au plus haut niveau, on se permet de contester voire de passer outre ? En permettant aux « petits candidats » méprisés par les médias d'exposer leurs idées et leurs programmes, la loi donne une chance d'informer et de voter en connaissance.

 

 

L'autre problème qui s'est posé ces jours-ci, c'est la diffusion des résultats des sondages de sorties de bureau de vote avant la clôture du scrutin national. Là encore, l'argument avancé pour la contrer, c'est l'obsolescence de la loi. Peut-être, mais en attendant de la changer, elle s'applique jusqu'à preuve du contraire. Sinon, n'importe quel contrevenant pour n'importe quelle infraction pourrait la justifier en avançant qu'il devance une hypothétique révision dans un sens qui lui conviendrait mieux. La question n'est pas tant que les électeur tardifs de quelques grandes villes (surtout Paris en fait) pourraient changer d'avis au dernier moment en connaissant l'avance ou le retard d'un candidat. D'autant qu'il y aurait un moyen simple d'y remédier en prenant en compte l'impatience des médias qui, parait-il répond au besoin du public. Il a bon dos le public. Il aurait suffi que le Président de la République signe l'avant-veille un décret avec application immédiate pour avancer l'heure de clôture du scrutin à 19 h au lieu de 20 h dans les villes concernées ou de mettre tout le monde à 19 h. Or, M. Sarkozy – dont nous avons dit il y a cinq ans qu'il était le candidat des médias –

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a fait savoir publiquement qu'il approuvait le non-respect de la loi sur la publication des estimations de vote sur l'Internet. On peut penser qu'il l'a dit en tant que candidat. N'empêche, il est bien Président de la République en fonction et ne peut se dédoubler lorsqu'il s'agit du respect des lois de la République. Voir que le Président de la République approuve l'irrespect alors qu'il est censé garantir l'application de la loi nous paraît extrêmement grave. On l'a connu plus soucieux de mettre au pas l'Internet en imposant la fameuse loi Hadopi. Nous apprenons même que, à la demande de la Commission de contrôle de la campagne, il a réitéré son refus de modifier les horaires. On comprend difficilement cette incohérence sinon en remarquant la collusion entre les médias et le monde politique de gouvernement. Désormais, ce sont les médias qui font pression pour changer la réglementation et le code électoral et même la Constitution. Dans une démocratie digne de ce nom, ce devrait être l'opinion publique relayée par les médias (d'où le terme de media) qui demande au législateur de tels changements. Dans la pratique actuelle, ce sont les médias qui font pression sur l'opinion publique qu'il faut aller dans le sens de leurs intérêts et des intérêts des actionnaires de leurs employeurs.

 

Ce qui nous fonde à avancer cette affirmation, c'est que ce n'est, évidemment, pas la première fois qu'il y a une élection présidentielle en France ni même la première fois à l'heure de l'Internet. On peut également se demander l'intérêt qu'il y a à connaître avant 20 h le résultat du scrutin. Seulement, les médias sont conscients de leur pouvoir récent et en veulent toujours plus. Un groupe comme Radio-France a dénoncé son chroniqueur Stéphane Guillon pour avoir instrumentalisé la fin de son contrat de travail pour le faire passer pour un licenciement.

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Pourtant, aujourd'hui, Radio-France utilise la même ficelle et instrumentalise à longueur de journée sur ses différentes chaînes la contrainte de l'égalité de temps de parole entre candidats. Le but est de convaincre l'opinion publique du bien fondé de leur démarche et de faire croire que les médias défendent la démocratie au profit de leur public alors que c'est le contraire et que l'irrespect des lois élémentaires de la démocratie la fragilise et la menace. Les chances de réussite sont plus grandes dans la mesure où les autres groupes de médias en font de même.

 

Or, les journalistes disposent de la maitrise de la parole. Ils distribuent la paroles à qui ils veulent et sur le mode qu'ils veulent. Ils peuvent, à leur guise, tenter de convaincre leur public qu'ils ont raison lorsqu'ils les incitent à contester leur propre choix. Ils le font de manière directe en protestant contre les règles d'égalité. Ils le font de manière indirecte en maniant l'humour pour ridiculiser les candidats qui les gênent. Ainsi, chaque vendredi, Pascale Clark sur Inter a proposé une « séance rattrapage » pour que soient comptabilisés sur leurs temps de paroles les lapsus des candidats qui n'ont pas droit de cité, ainsi que des mots ou des phrases coupées comme par exemple un mot commençant par « con- ». C'est du niveau de cour de récréation mais tel est le niveau d'inculture des médias. Il s'agit en réalité d'un exercice de chansonniers éculé mais qui prend place dans une tranche d'information et, à ce titre, sera pris en compte par l'autorité de régulation. Il y a peu de risque qu'un de ces candidats puisse dénoncer la manipulation, même si elle est avérée.

 

« Au commencement était le verbe (...) et le verbe s'est fait chair » (prologue de l'évangile selon Jean). Traduit en termes politiques, la parole précède les actes. Ceux qui disposent de la parole, qui maitrisent sa diffusion, possèdent désormais le pouvoir d'inspirer les actes de la vie politique, de choisir les représentants du peuple et de contourner, au nom de la démocratie – ce qui est un comble – les lois qui ne leur conviennent pas quand elles leur paraissent contraignantes. Ces contraintes les empêchent de s'écouter parler ou de diffuser des intermèdes publicitaires. Le but de chaque média est de capter le plus d'audience, les uns pour faire valoir la qualité de leurs programmes, les autres pour obtenir les moyens de travailler. Dans cette compétition, la forme importe plus que le fond et la démocratie n'a pas sa place puisqu'elle fonctionne avec une autre logique que l'intérêt commercial.

 

Nous assistons à un véritable renversement des valeurs qui ont fondé notre civilisation dont le socle repose, entre autre, sur la séparation des trois pouvoirs. L'émergence de ce qu'on a appelé un « quatrième pouvoir » force à revoir cette conception de la démocratie que ses inspirateurs n'avaient pas prévue. Ce quatrième pouvoir médiatique a besoin de place mais présente la caractéristique non seulement de diminuer la part des trois autres mais d'occuper toute la place et de se substituer à eux. Le plus fort, c'est que la maitrise parfaite de l'outil médiatique afin d'orienter l'opinion publique permet de rendre crédible l'idée que c'est le public qui approuve le dessaisissement du pouvoir que la démocratie lui accorde. Il est facile de convaincre les jeunes (mais pas seulement eux) que la politique, c'est ringard et que les compétitions entre jeunes chanteurs a plus d'importance.

Les pressions des intérêts financiers, de leurs courroies de transmission que sont les institutions supranationales (comme la BCE, le FMI, la Commission Européenne), les agences de notations qui font croire à l'objectivité de ces pressions,

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réduisent de plus en plus à l'impuissance les gouvernements choisis par les peuples souverains. Ces mêmes peuples cèdent ce qui leur reste, à savoir le suffrage universel, au pouvoir médiatique en le laissant décider de ceux qui ont le droit de les représenter.

 

Le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen de 2005 a été une répétition générale in situ. L'appareil médiatique dans son ensemble a appuyé le projet de TCE en dehors des espaces réservés au politique pour en débattre. Les médias ont également usé de différents moyens (analyses, satires) pour dénigrer les voix qui tentaient de contester le projet. Tout cela, encore une fois, en dehors des interventions politiques proprement dites. On a donc assisté à un déséquilibre favorable au TCE. Une fois le vote acquis, les médias ont mis en œuvre le discrédit sur le scrutin, les conditions qui ont permis le résultat inverse de celui qu'ils avaient favorisé. Ils ont appelé à revoir le principe du vote puisqu'il ne correspondait pas aux intérêts qu'ils défendent. Les journalistes en ont minimisé l'importance tout en renforçant leurs relations avec une partie de la classe politique, celle qu'ils ont côtoyée sur les bancs de Science-Po et qui, comme par hasard, était favorable au TCE.

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Pour finir, le Président de la République française a imposé à ses partenaires un autre traité très semblable mais qui passe outre la pratique de la démocratie. C'est devenu une habitude. Le pouvoir médiatique s'est vite ressaisi tandis que la démocratie perd sa force.

Cette fois, les médias ont retenu la leçon et n'ont pas provoqué d’hiatus entre leur choix et les préférences du public.

 

Les médias entendent conserver leur monopole de la parole et seront de plus en plus attentifs à la distribution de cette parole. Nous allons assister à un formatage de la parole, un peu comme dans le domaine alimentaire. C'est déjà le cas depuis plusieurs années et l'on a pu parler de « pensée unique ». Pourtant, malgré les verrous évidents, malgré le relais plus subtil des humoristes, des voix dissonantes parviennent à se faire entendre tant que l'arsenal législatif le permet. À partir du moment où les médias contestent ouvertement et de manière insistante la loi, la régulation, à partir du moment où le premier magistrat (le Président de la République) se déclare ouvertement favorable à l'irrespect de la loi, il est bien évident que ce seront les voix les plus fortes quantitativement qui domineront les autres. Il ne faut pas imaginer que l'absence de règles profitera à tout un chacun. Simplement, ce sont d'autres règles qui ne disent pas leur nom qui s'y substitueront. On sait depuis Henri Lacordaire que « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère ». Dans son « Contrat social », Rousseau partait du constat que les inégalités existent et que c'est pour cela qu'il faut assurer les mêmes droits à chacun, quelle que soit sa condition. La loi est civilisatrice. On peut s'étonner que ceux qui en appellent à une compétition entre les civilisations ignorent leur fondement. Aucune civilisation n'a prospéré sans règles. Aucune civilisation n'a duré en abandonnant le pouvoir à une classe.

 

Céder au pouvoir médiatique le pouvoir élémentaire du citoyen, consistant à choisir ses candidats aux élections puis ses élus n'est pas un progrès mais une régression fût-elle recouverte de paillettes et précédée de jingles tonitruants.

 

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23 avril 2012

Autoréalisation au premier tour

Donc, il n'y a pas eu de surprise.

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Les deux favoris des médias figurent au second tour, accomplissant ainsi une prophétie autoréalisatrice. Le pouvoir médiatique est plus fort qu'on ne l'imaginait. Le grand public est conditionné par les noms qu'il entend à longueur de journées et se rend au dénigrement permanent des autres candidats. Il ne veut pas avoir l'impression qu'il n'a pas fait comme tout le monde.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/04/18/24042279.html

 

Pas de surprise, donc, mais l'on peut s'étonner que plus d'un quart des électeurs – qui se sont déplacés en nombre pour une fois – en veuille encore plus dans le sarkozysme décadent. Ce matin, tout le monde parle du score de la candidate de l'extrême-droite. Les commentaires se focalisent sur les reports du second tour. Personne n'a relevé le vocabulaire utilisé par la candidate à l'annonce des résultats. On aurait cru entendre la lecture d'un tract de l'extrême-gauche des années 1970 jusqu'à la fin de l'intervention qui termine par le vieux slogan du PSU repris par l'extrême-gauche : « ce n'est qu'un début : continuons le combat ! ».

Ce rapt ne concerne pas seulement les mots mais aussi les thèmes comme la lutte contre le grand capital et les multinationales, contre l'exploitation des travailleurs. Il correspond à un glissement que personne ne prend en compte et qui entérine l'abandon progressif des fondamentaux de la gauche et même de l'extrême-gauche. Au cours de ces trente dernières années – correspondant à l'arrivée de la gauche au pouvoir et de sa normalisation suite à l'exercice du pouvoir – on a vu progressivement le délitement de la gauche et surtout de l'extrême-gauche et un glissement vers un centre-gauche vaguement teinté de social-démocratie.

 

Dans ces conditions, une force émergente par la volonté des médias et servie par un bateleur de foire a pu rafler la mise.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/05/25/21223104.html

 

Pourtant, cette fois, les électeurs n'ont pas tellement plébiscité le repli sur soi et la xénophobie. On aurait tort de se limiter à cette présentation caricaturale lorsque le phénomène perdure depuis trente ans. Surtout, on aurait tort de ne pas écouter l'appel lancé par ces électeurs qu'on qualifie abusivement de vote protestataire. Pour protester, il y a l'embarras du choix avec 9 candidats. Ce n'est donc pas de ce côté qu'il faut chercher. En revanche, les électeurs sont sensibles au fait qu'une force politique paraît prendre en compte leurs inquiétudes dans les difficultés qu'ils rencontrent au quotidien.

C'est ce qu'ils avaient cru au cours des années 2000 lorsque M. Sarkozy, ministre, semblait prendre en compte leur exaspération et leurs difficultés. Comme ils ont vu que le discours n'a pas été suivi d'effets, ils se sont reportés sur la force politique qui marque une certaine constance dans la prise en compte de ces problèmes concrets. On peut penser qu'ils n'adhèrent pas forcément à toutes les réponses proposées par l'extrême-droite mais, au moins, ont-ils l'impression d'être entendus. Leurs problèmes sont concrets (payer le loyer, la cantine des enfants, faire les course, se soigner, retrouver sa voiture intacte le matin pour aller bosser, avoir accès à sa boite aux lettres, recevoir qui on veut à la maison) et les programmes proposés par les partis de gouvernement leur paraissent éloignés ou déconnectés de leur vie quotidienne. D'où la phraséologie gauchiste désormais récupérée (après le drapeau et les symboles révolutionnaires)

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/04/13/4619218.html

 

par la candidate d'extrême-droite :

« rassemblement des patriotes de droite comme de gauche »

« la bataille de France ne fait que commencer »

« face à tout le système coalisé (…),le monopole des deux partis de la banque, de la finance, des multinationales, du renoncement et de l'abandon»

« nous sommes désormais la seule et véritable opposition à la gauche ultra-libérale »

« dans nos campagnes, dans nos grandes régions industrielles, les ouvriers, les agriculteurs, les pêcheurs, les petits fonctionnaires, les commerçants et les artisans, tous ceux qui travaillent »

« Dans ce grand élan de fraternité que nous incarnons »

«Des millions de Français ce soir sont entrés en résistance. Ça n’est qu’un début, continuons le combat !»

Plus tard, elle lance l'idée d'une « révolution » (bleu marine).

Comme elle a tous les culots, elle se permet de tancer le système des médias dont elle est le produit. Sans la formidable caisse de résonance qu'il constitue, ni elle ni son père avant n'aurait eu le moindre écho.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/05/25/21223104.html

 

L'écoute, c'est ce qui manque le plus aux partis de gouvernement obnubilés par les questions internationales comme la monnaie, la dette, les directives européennes et tout le reste. Ils en oublient que leurs électeurs doivent d'abord gagner leur vie en travaillant, en revendant des marchandises, en cherchant. Ce n'est surement pas un hasard si la candidate d'extrême-droite réalise désormais des scores impressionnants dans le bastion socialiste traditionnel du nord de la France.

 

La gauche a choisi, depuis son passage aux affaires, de minimiser les difficultés exprimées par ses électeurs au cours de réunions publiques ou dans les permanences d'élus. Également, la gauche n'a pas cessé de tailler dans le socle de ses valeurs pour flatter un groupe ou un autre, donnant l'impression d'abandonner son électorat traditionnel. Pour prendre un exemple neutre et ancien, il suffit de se rappeler la colère des tenanciers de bars en constatant que la restauration rapide bénéficiait d'une Tva à 5,5% pour leurs hamburgers quand eux, devaient majorer leurs hotdogs et autres jambons-beurres à 19,6%. La réponse du gouvernement de gauche a été : « ce serait une mesure anti-jeunes ». On attend, au contraire, que la gauche fasse sienne la devise républicaine de l'égalité au lieu d'appuyer les demandes de dérogations exprimées ici ou là. Le résultat, c'est que l'extrême-droite récupère les déçus et en appelle au respect des principes républicains. Un comble !

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/03/23/20704733.html

 

Tant que la gauche choisira de flatter des groupes, l'extrême-droite montera dans l'opinion, tellement la majorité de la population se sent abandonnée au profit de groupes dont elle ne fait pas partie. De plus, cette stratégie n'est même pas garantie à court terme car les groupes qui font pression cessent leur soutien aussitôt satisfaits ou se replient ailleurs s'ils ne sont pas pleinement satisfaits. En 2007, les retraités avaient majoritairement voté pour M. Sarkozy. On sait qu'ils n'ont pas réitéré leur vote cette fois-ci.

 

Finalement, les électeurs français font montre d'une incohérence extraordinaire. Au quotidien, ils se plaignent que tout va mal et qu'il faut changer. Au bout du compte ils plébiscitent les deux candidats qui ont annoncé vouloir effectuer le moins de changements. Comment pourrait-il en être autrement puisqu'ils appartiennent aux deux courants politiques qui se succèdent au pouvoir depuis le début de la 5ième République et qui nous ont conduit à la situation actuelle. On aurait pu croire que, au point où nous en sommes, on ne risque pas grand chose à essayer une autre politique. On va donc persister dans l'erreur pour avoir le plaisir de continuer à se plaindre que tout va mal, que droite et gauche c'est pareil et que vivement que ça change. Chaque fois qu'on en a la possibilité, on vote pour les mêmes et ça continue.

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21 avril 2012

Méprisance

La classe médiatique a, il y a quelques jours, moqué le Président de la République pour son emploi du mot « méprisance ». Le plus drôle, c’est qu’il a lui-même annoncé juste avant qu’on ne le comprendrait pas.

 

On a ironisé sur ce mot de vieux français. On peut se demander s’il n’y a pas d’autres raisons de critiquer le chef de l’Etat que sur l’emploi d’un mot désuet. On sait que, d’habitude, lorsque ses discours ne sont pas préparés par ses conseillers, il s’exprime dans un vocabulaire approximatif et multiplie les fautes de français ; ce qui parait assez grave pour le premier d’entre eux. On peut se demander aussi si c’est bien le plus grave dans l’exercice de son mandat même si ça dénote une certaine pauvreté intellectuelle.

 

La classe médiatique suit les modes. Or, le vocabulaire change. Le français évolue. Alors que le français académique reste figé et que les autorités refusent la moindre modification, le langage populaire évolue. Il suffit de regarder les films des années 1980, par exemple, pour se rendre compte qu’on ne parle déjà plus comme ça. Il n’en a pas toujours été ainsi. Sans remonter au déluge, les textes de Molière tels que nous les connaissons ont été adaptés à la langue d’une époque bien postérieure à la sienne.

 

L’autorité de régulation étant discréditée par son refus de prendre en compte l’évolution, la porte est ouverte à toutes les approximations surtout à une époque qui refuse la règle est y est encouragée dans tous les domaines. Comme la nature a horreur du vide, ce sont les médias qui se substituent à l’autorité. Quand on connait la pauvreté de vocabulaire de ses acteurs (animateurs, journalistes) et leur inculture, on ne s’étonne pas de la multiplication des fautes qu’il devient inutile de seulement commenter. Inversement, les médias entendent faire respecter cette fonction qu’ils se sont arrogée et traquent volontiers les usages qui ne correspondent pas à leur lexique.

 

Ainsi « méprisance », terme ancien, est disqualifié tandis que « envahissement » ou « générer » ne pose pas de problème. Les sites Internet d’information ont eu recours, pour une fois, aux dictionnaires courants pour constater l’absence du mot présidentiel. Le reste du temps, celui qui recourt au dictionnaire se fait vilipender.

 

La classe médiatique serait pourtant bien inspirée de vérifier son vocabulaire et de cesser de compliquer des mots quand il en existe de tout simples. Sinon, pourquoi le reprocher au Président ?

 

Pourquoi parler de « questionnements » au lieu « d’interrogations »

de « problématiques » (au pluriel) au lieu de « problèmes,

de « différentiel » au lieu de « différence » ?

Ces termes ne sont pas plus synonymes que « méprisance » et « mépris ».

 

Il serait bon, également de vérifier l’emploi du mot « émotionnel » ou « mental ».

Il serait bon d’employer les expressions à bon escient et non dans le sens inverse. « Faire long feu » signifie durer. Quand on veut signifier que quelque chose n’a pas eu de succès, on dit que « ça n’a pas fait long feu », ce qui parait pour le moins logique. Il est vrai que la plupart des gens ne savent plus ce qu’est un feu pour de vrai.

 

Ne parlons pas de l’usage intempestif de mots anglais comme « challenge » au lieu de « défi » pourtant moins long à écrire. Quant à « timing » qui n’existe même pas en anglais, nous en avons déjà parlé :

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/01/10/20088566.html

 

Le barouf autour de « méprisance » obéit à plusieurs intentions. D’abord, il y a la volonté de nuire un peu plus au Président. Encore une fois, ce ne sont pourtant pas les sujets qui manquent tant son échec est patent et ce n’était pas la peine de souligner ce qui est, plus probablement, une nouvelle erreur de français qu’un choix pédant de vieux mot ou un simple signe de fatigue. Ensuite, la classe médiatique, dans son souci permanent de paraitre objective, voulait faire de la « méprisance », le pendant de la « bravitude » de Mme Royal, il y a cinq ans. Enfin, les médias nous rappellent, à l’occasion, qu’ils sont devenus l’autorité suprême et omnisciente. Ce sont eux qui décident ce qui est bon pour nous, ce que nous devons dire et pourquoi pas penser puisque la pensée est rendue possible par le langage.

 

De cette histoire, nous retiendrons que, selon les médias et la blogosphère, il vaut mieux utiliser un vocabulaire erroné qu’un mot d’ancien français.

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