la lanterne de diogène

26 juin 2019

DNB ++++

À la suite de http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2019/06/14/37429796.html

ce sujet, sur la page Internet de France Télévision :

https://www.francetvinfo.fr/bac/baccalaureat-comment-sont-notees-les-copies_3507325.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20190626-[lestitres-coldroite/titre7]

88% des candidats ont obtenu le baccalauréat en 2018

konk - bac

La seule chose qui m'étonne, c’est qu'on se rapproche pas du 100%…Le problème, c’est que la sanction arrive plus tard et que nombre d'étudiants sont tout étonnés : "Pourtant depuis le collège, j’ai toujours la moyenne partout"

Toujours sur cette page, on trouve deux paragraphes qui reprennent textuellement le début du reportage, c’est à dire le plus neutre : le prof qui reçoit son paquet à corriger et les instructions. En revanche, ceux qui ne liraient que l’article sans visionner la vidéo ne sauraient pas qu’il est hors de question d’admettre des copies en dessous de 8 / 20.

Ensuite, on apprend qu'il n'y aura plus d'examen d'entrée à Science-Po mais un entretien qui comptera autant que le dossier scolaire.

Curieusement, une rapide revue de presse en ligne montre que seul

https://www.valeursactuelles.com/societe/fin-des-epreuves-ecrites-30-de-boursiers-sciences-po-fait-sa-mue-108387

met en avant l’objectif louable d’accueillir plus de boursiers quand les autres insistent sur des principes bourdieusiens de reproduction des élites mal compris. La pensée unique, tu connais...

https://www.francetvinfo.fr/societe/education/reforme-de-l-admission-a-sciences-po-il-faut-sortir-du-systeme-de-reproduction-social-des-elites_3507399.html

C’est sûr qu’il est plus facile de baisser la barre que de donner à tous les moyens d'acquérir des connaissances. Ça veut dire notamment des classes qui ne sont pas chargées (pas plus de 24 élèves), des profs mieux formés et mieux considérés, des établissements pas trop loin du domicile pour éviter la perte de temps dans les cars (sans parler de la sécurité).

Enfin, on ne peut pas s’empêcher de penser que l’abaissement des exigences sous des couverts d’apparence généreuse masque un manque de moyen criant mais le FMI vient encore de rappeler que la France doit encore baisser ses dépenses publiques et que 3 % du PIB ne suffit pas et qu’il faut aller en dessous de 2 %. Pour quoi faire ?

Surtout, on prive le pays d’élites ce qui le mettra à la botte des autres. Ça commence déjà quand les normes française exigeantes doivent s’effacer devant la dérégulation. On l’a vu avec la levée de l’interdiction du travail de nuit pour les femmes et, bientôt, avec l’acceptation du bœuf aux hormones mais l’interdiction des fromages au lait cru et de la charcuterie locale.

Les futurs cadres ne seront là que pour faire appliquer des règles venues d’ailleurs et seront dans l’incapacité de seulement imaginer qu’on pourrait faire autrement.

 


25 juin 2019

Les deux Espagne

Poursuivons notre exposé sur l’Espagne suscité par les commentaires entièrement focalisés sur le franquisme à l’occasion des élections générales. Parler de l'Espagne

mapa de españa en el siglo XVComme dans tous les grands pays (et parfois aussi des petits), il y a des régions que notre grille de lecture française nous fait voir sous un angle administratif. En France, il faut des panneaux sur le bord de la route pour savoir qu’on change de Département ou de Région. Le regroupement de ces dernières années ajoute à la confusion car rien de distingue vraiment les régions. Tout au plus remarque-t-on la forme des maisons, différente selon les climats mais il n’y a pas d’adéquation avec les limites administratives. On voit même des Départements, rattachés administrativement à une Région mais qui lorgnent sur la voisine. On parle de Drome provençale, d’Ardèche méridionale, de Flandre française. En Espagne, ces distinctions sont plus évidentes. D’abord, c’est l’état des routes qui indique sûrement où l’on se trouve. Quand on voyage, on s’en rend compte tout de suite.

Alors que Tolède est la capitale des royaumes réunis lors de la Reconquête qui occupent désormais la moitié de la péninsule au 11e s., c’est finalement la modeste Madrid qui devient la capitale en raison de sa situation centrale, au milieu de « la peau de taureau », métaphore équivalente de « l’hexagone » français. Au 15e siècle, le roi de France, François 1er envisageait également de transférer la cour à Chambord et même à Romorantin. C’est une des raisons pour lesquelles il a fait venir Léonard de Vinci, afin qu’il peaufine les contours d’un palais immense capable d’abriter tout ce dont le roi avait besoin au centre de la France. Ce n’est qu’après le milieu du 16e siècle que Philippe II fait de Madrid la capitale du royaume. On peut parler d’Espagne à partir de ce moment-là et encore, puisque les entités dépendant du royaume d’Aragon subsisteront quelques temps, et Philippe II prend le titre de Roi des Espagnes. L’unité n’est pas entérinée et ne le sera pas avant longtemps mais ça n’a guère d’importance à l’époque. Aucun pays ne siège dans des instances internationales qui n’existent pas. Les grandes conférences du 19e siècle mettent en scène des belligérants, quel que soit leur statut. Le drapeau ne sera adopté qu’à la fin du 18e s.. Sur une carte de 1852, on trouve la division entre Espagne (proprement dite), Espagne incorporée ou assimilée (ancien royaume d’Aragon), Espagne chartiste (Pays-Basque et Navarre), Espagne coloniale (Canaries, Cuba, Philippines). On est avant le traumatisme de 1898.

 

Il est très difficile de trouver une carte de l’Espagne avec les anciennes régions de 1833. Pourtant, elles montrent les attachements historiques des populations locales et permettent de comprendre ce qui s’y passe encore. Ainsi, on trouvait deux grandes régions centrales : la Vieille-Castille et la Nouvelle-Castille. Vieille-Castille car c’est la partie de la Castille reprise au califat de Cordoue bien avant l’autre grâce à la participation du royaume des Asturies et de son allié du Léon. Comme toujours, le Guide Michelin est bien inspiré lorsqu’il propose des guides consacrés à une partie du pays qu’on souhaite visiter. Nous avons déjà dit que, pour la France, les régions délimitées par les rédacteurs du célèbre guide vert reflètent parfaitement les réalités culturelles. Il en est de même pour l’Espagne où l’on trouve un volume consacré aux deux Castille et à l’Estrémadure. Cette Espagne du centre est très significative car on y trouve finalement la véritable Espagne tandis que les régions périphériques sont, comme par hasard, celles qui affirment une forte identité, soit qu’elles aient eu une Histoire quelque peu différente, une langue, des terroirs, soit qu’elles se sont détachées de la Vieille-Castille à l’occasion de la loi sur les Autonomies. On trouve dans cette Espagne centrale du Guide Michelin tous les sites et monuments emblématiques comme la capitale, l’Escurial, la Vallée des Éteins, Tolède et ses épées, Avila, ses remparts et sa sainte, Salamanque, une des plus vieilles universités du monde, la Manche, contrée géographique de la Nouvelle-Castille où se déroule une grande partie des aventures du Quichotte. Burgos se considère encore comme le cœur de la Castille et donc de l’Espagne car, vu de Burgos, la Castille, c’est l’Espagne. C’est dans la cathédrale burgalaise qu’on trouve le tombeau de celui qui est connu sous son surnom arabe, le Cid (de sidi qui signifie seigneur), héros entré dans la légende pour avoir repris Valence aux Almoravides. C’est là aussi que se trouve la statue réaliste d’un christ en croix dont les copies portent le nom de « christ de Burgos ».

 

Historic_regions_of_Spain_-_labeled

La Nouvelle-Castille incorpore la partie conquise par la suite et la future capitale, Madrid. Le Léon, dont pourtant est issue historiquement la Castille, a rétréci comme peau de chagrin, coincé entre les mondes castillan et lusitanien. Dédoublement aussi des région basques : les provinces vasconaises et la Navarre. Le Pays-Basque proprement dit est catholique, jaloux de ses privilèges accordés par les fors, tourné vers le large et s’industrialise en même temps que l’Europe. La Navarre est catholique mais traditionnelle, maraîchère plus que paysanne, vouée aux taureaux et tournée vers Madrid. À l’occasion du début des troubles en Catalogne, nous avions souligné que, non seulement tout le monde déteste les Catalans mais, même les Valenciens, qui sont tout autant catalans, font tout pour développer un particularisme afin de n’être pas confondus avec eux, malgré les similitudes. Ajoutons que le Pays-Valencien, alors appelé « Levant », est aussi amateur de corridas et tourné vers Madrid, en tout cas sûrement pas vers Barcelone. Aujourd’hui, il fait partie des rares Autonomies à avoir des élus de Vox. La loi sur les Autonomies a l’immense mérite de prendre en compte l’idiosyncrasie. De même, la capitale autonomique n’est pas forcément le chef-lieu de la principale province. Ainsi, Saint-Jacques-de-Compostelle, pour des raisons faciles à comprendre, est-elle la capitale de la pluvieuse Galice. Un peu comme si, en France, la Région Sud prenait pour chef-lieu régional Aix-en-Provence en mettant en avant des raisons historiques. Inimaginable ! Pourtant, ça équilibrerait un peu les villes mais c’est inconcevable et Nice ne serait toujours pas satisfaite. La Vieille-Castille, amputée des provinces de Santander et de Logroño, s’est associée au Léon et entretient l’âme de l’Espagne et une langue pure. C’est à Valladolid que l’espagnol est le plus chaste. Les deux provinces séparées font partie de celles, avec la Murcie, les Baléares, la principauté des Asturies, qui forment une Autonomie à elles toute seules. La Communauté de Madrid d’une seule province, est la région capitale. Ne parlons pas de la Navarre, toujours à part, quelle que soit les époques, les événements, l’environnement. La Navarre elle-même est diverse avec un nord pyrénéen, spirituel et de langue basque et un sud déjà castillan où sont cultivés les meilleurs légumes de la péninsule voire du continent. Les conserves de légumes de Navarre sont réputées. À Pampelune, se trouve l’université de l’opus-dei tandis qu’à Bilbao, capitale économique du Pays-Basque, domine la prestigieuse université jésuite de Deusto qui, pour simplifier, entretient la doctrine sociale de l’Église et qui forme l’élite basque et même espagnole. Nombre de ministres sont sortis de là. Un mot sur l’Ebre, le grand fleuve qui a donné son nom à la péninsule et qui la sépare plus sûrement que tout autre critère : au nord, les régions européennes et au sud les terres arides et véritablement espagnoles.

 

Tant et si bien que si, sur le papier, la division administrative paraît exemplaire et semble un modèle entre le centralisme français et la fédération allemande, dans la réalité, la division n’est pas qu’administrative. La ligue de football donne tous les dimanches un aperçu de l’antagonisme et parfois plus, entre les régions, les villes et, parfois, à l’intérieur même d’une ville. Ainsi, à Madrid, le plus grand club du monde, le Réal (porte bien son nom) est le club de la classe dirigeante et des conservateurs tandis que l’Atlético est celui de la classe ouvrière et des progressistes. À Barcelone, le prestigieux Barça, qui cultive des valeurs humanistes, qui offre la visibilité de son maillot pour des grandes causes, est celui des classes populaire et progressiste tandis que le modeste Espanyol est celui des conservateurs et de ceux qui sont attachés à l’Espagne. Une seule fois, en 2010, la sélection nationale a pu remporter la Coupe du Monde alors que son championnat est un des meilleurs, avec encore une majorité de vedettes locales (ce qui n’est pas le cas de l’Angleterre par exemple) qui ne s’entendent pas quand elles jouent ensemble, en raison, notamment, des rivalités propres à l’Espagne.

On pourrait donc croire que l’Espagne est diverse, à l’instar de la France, avec ses langues et ses terroirs qui entretiennent, à l’époque contemporaine, la mémoire d’une histoire distincte de celle qui l’a emporté sur toutes les autres. Le paradoxe espagnol repose sur ces antagonismes parfois virulents tandis que, finalement, la grandeur de l’Espagne fait unanimité à de rares exceptions catalane et basque près. On pourrait croire que, comme en Allemagne, c’est la langue qui unifie les Espagnols. C’est en partie vrai mais il faut tenir compte du galicien (en fait un dialecte portugais) et du valencien (en fait un dialecte catalan) qui participent d’une apparence de pluralité.

La diversité vient surtout de la cuisine et, éventuellement, des danses et chants traditionnels. La paella est valencienne parce qu’il y a des rizières au Levant et qu’au bord de la mer, la pêche est la principale ressource. Le flamenco est andalou car dérivé notamment de la musique arabo-andalouse qui est la musique classique arabe. La sardane est catalane etc. Il ne faut pas croire que, comme en France, les chants et danses traditionnelles relèvent du folklore et apparaissent à l’occasion d’un corso et autre fête locale. Là-bas, le flamenco (et sa variante urbaine qu’est la sévillane) est vivant. Il existe nombre d’artistes qui évoluent dans ce genre et il faut voir la jeunesse se mouvoir en discothèque au son des accords flamencos. On retrouve, à un degré moindre, la même chose dans toutes les régions d’Espagne.

 

Quand un système est à bout de souffle, que la population est déchirée entre ceux qui comprennent que l’avenir est ailleurs et qui accompagnent le changement et ceux qui le redoutent et s’accrochent à ce qu’ils connaissent, il est plus simple de désigner des coupables. En Espagne, on se rappelle que, du temps des anciennes régions, le pays était uni et l’on a oublié qu’il était aussi à la queue de l’Europe qui se construisait sans lui. La crise catalane a exacerbé les tensions. Donc, si l’Espagne connaît des difficultés et du chômage, c’est la faute de tous ces Catalans et ces Basques qui sont autant d’ennemis de l’intérieur. On redécouvre « l’anti-Espagne », terme franquiste sous lequel étaient regroupés les régionalistes, les progressistes de tout poil (y compris les capitalistes) et la France, l’ennemie de toujours. Quand on est conscient d’avoir un passé prestigieux, quand on a dominé le monde, on ne peut admettre qu’il en soit autrement et, forcément, la cause se trouve dans ces envieux qui constituent autant de cinquièmes colonnes formées de ceux déjà cités. Alors, quand apparaissent la mondialisation puis le mouvement des Indignés (du nom d’un livre écrit par un Français, tiens, tiens), il n’en faut pas plus pour tenter de revenir à une époque où il n’y avait pas tout ça et pas tous ces problèmes. On a toujours tendance, faute de pouvoir revenir en arrière, à prendre les apparences de l’ancien temps en croyant que le fond va revenir aussi.

 

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19 juin 2019

Zappy Max

zappy-max-et-l-abbe-pierre-en-1952

Sans doute le premier nom que j’ai appris étant petit. On écoutait Zappy, vers midi, sur ces vieux postes en bois avec plein de lampes derrière. C’était mon moment préféré de la journée, je crois. J’avais même surnommé une peluche « Zappy » ; un petit caniche gris et rouge avec des roulettes...

 

C’est peut-être là qu’est née ma passion pour la radio.

 

Plus tard, j’ai appris qui il était vraiment et j’ai eu la chance de le voir en vrai à la veillée funèbre de l’Abbé-Pierre. Bien sûr, ce n’était pas le plus important ce soir-là.

 

Comme quoi, l’enfance tient à peu de chose et en voici un morceau fondateur qui vient de se détacher.

https://www.rtl.fr/culture/medias-people/zappy-max-le-celebre-animateur-de-radio-est-decede-7797874840?fbclid=IwAR3Oy1uwPAmnyfuwiTsZVZQRAG7FWpLzFW548QrQRvtmyQPLrjJJAM_i7EU

 

 

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Grève dans l'audiovisuel public et après ?

La grève à Radio France intervient au moment où, depuis plus d’une semaine, des centaines de visiteurs de la Lanterne de Diogène ont consulté la rubrique (tag) « médias » et notamment les articles consacrés à Europe 1.

 

Il ne faudrait pas voir dans cette nouvelle grève dans le groupe de radios dites de « service public », un simple mouvement d’humeur de la part de professions qui ne sont pas les plus malheureuses. Quand bien même, la grève doit être respectée car elle émane de personnes qui sont conscients, qui aiment leurs métiers et qui veulent juste pouvoir l’exercer le mieux possible. Il est rare qu’on exerce un métier pour soi-même car il y a presque toujours une personne, souvent un client, qui en profite. Donc, travailler le mieux possible, c’est aussi pour le bien de l’ensemble de la collectivité ; surtout s’il s’agit d’un service public. Il en sera question tout au long de ce commentaire.

Le Gouvernement, depuis sa mise en place, a l’audiovisuel dans le collimateur. Les médias coûtent cher et ceux qui en profitent ne paient rien. On comprend que ça pose problème. De plus, dans le contexte de baisse voire de suppression d’impôts et autres taxes, la survivance de la redevance sur l’audiovisuel et l’octroi d’une part du budget du Ministère de la Culture (ou d’un autre ministère de tutelle selon l’organisation gouvernementale), paraissent tout à fait incongrue. Par conséquent, le Président de la République n’a jamais manqué une occasion de critiquer la qualité des contenus de l’audiovisuel de l’État afin de préparer l’opinion publique. Dans un premier temps, il s’agit de baisser la dotation tout en demandant aux sociétés de programmes (Radio-France et France-Télévision) de les améliorer : faire plus avec moins. Éventuellement, pour réaliser des économies d’échelle, on envisage de regrouper la radio et la télévision afin de réduire l’administration centrale. Autrement dit, on réinvente l’ORTF dont certains ont dit en 1974 : « Ce monstre est ingouvernable ». ORTF qui passe aujourd’hui pour le comble de la ringardise et des premiers pas de la télévision. Pensez que l’image était en noir et blanc. Bien sûr, on omet de rappeler les programmes de grande qualité qui réunissaient tous les publics ainsi que l’excellence de la technologie française avec une définition de 819 lignes en N&B puis avec la procédé Secam pour la couleur.

 

Quoi qu’il en soit, la mesure consistant à réduire la dotation de l’État à son audiovisuel passe bien puisque, dans l’opinion, tout ce qui contribue à réduire les « dépenses » va dans le bon sens. Sauf que, alors que la même opinion publique est persuadée que l’audiovisuel de l’État fait l’objet d’une censure intolérable, les décideurs savent bien que c’est tout le contraire et que, sur les chaînes dites de service public, on peut à peu près tout dire. Or, c’est justement ce qui pose problème. Concrètement, si la dotation diminue, il faudra soit réduire le nombre des programmes (et donc augmenter les rediffusions le jour-même), soit augmenter le volume de publicités. C’est possible mais les concurrents vont râler car le marché publicitaire n’est pas extensible à l’infini. Les parts qui iraient aux chaînes de l’État n’iraient plus chez eux. Surtout, dans les deux cas, c’est l’indépendance de l’information qui est en cause. À partir du moment où des marques paient pour passer à l’antenne, il est bien évident, qu’on ne peut plus diffuser des programmes où l’on risque de critiquer ces mêmes marques. Comment dire qu’un chaîne de supermarchés exploite son personnel (en l’obligeant à travailler le dimanche sans augmentation par exemple) ou vend des produits de mauvaise qualité alors qu’elle assure une part importante des revenus de la station ?

Certes, on objectera que les journalistes, actuellement, ne sont déjà pas indépendants et qu’ils ont tous bu le même lait et qu’ils répandent tous la pensées unique libéraliste. Seulement, malgré tout, à l’occasion d’une des nombreuses chroniques, des propos d’un invité sur un plateau, on peut encore entendre une opinion discordante. Tant que Radio-France et France-Télévision reçoivent une grande part de leurs budgets de la redevance ou de l’impôt, ils peuvent se permettre des émissions comme « Cash Investigation ». Du jour où l’argent proviendra majoritairement de la pub, ce ne sera plus possible. Si la réforme de l’audiovisuel passe, un chroniqueur comme l’économiste Bernard Maris ne sera même plus envisageable ou alors il sera seul face à un aréopage qui le contredira, se liguera contre lui, lui coupera la parole et, à bout d’arguments, se moquera de lui. Il suffit d’écouter les émissions de débats sur les radios privées pour s’en convaincre. Un Gérard Miller est toujours seul contre tous.

Au-delà de la remise en cause de l’indépendance de l’information, c’est avant tout le modèle français qui est appelé à disparaître et il semble de plus en plus évident que c’est la mission du Président Macron. Tolérer des médias audiovisuels, payés par les citoyens, qui, en plus, vont critiquer le système n’est plus tolérable. Tant qu’on avait des chansonniers qui dégommaient le Gouvernement, on laissait faire. C’est la loi du genre : le Gouvernement agit et donc mécontente une bonne partie de l’opinion. Que des voix mettent en cause le système n’est pas possible. « Radio-bolcho » doit se taire et la meilleure façon est de lui couper les vivres.

maison de la radio

Dans un premier temps, on dénonce le coût intolérable qui grève le pouvoir d’achat des ménages qu’on feint de défendre. On peut aussi ringardiser cette radio (et cette télévision) qui propose des émissions qui ne divertissent même pas et d’autres qui sont carrément « prise de tête ». À partir de là, l’opinion publique est mure et ça passera. En fait, la manœuvre est claire. D’abord, le Gouvernement annonce qu’il va réaliser des économies. Tout le monde approuve surtout après le mouvement des gilets-jaunes. Ensuite, l’audiovisuel public va se trouver sans ressource et obligé de revoir ses programmes à la baisse. À la radio, ça signifie moins de journalistes dans chacune des rédactions et des principaux journaux (matinale, session du soir). Ça va toucher principalement France-Bleu avec des matinales (le moment phare de la journée pour la radio) locales au rabais, moins de reportages sur le terrain donc moins d’infos en général.

L’audience va s’étioler car il y aura plus de pubs que les auditeurs des radios et télévisions d’État détestent et des programmes indigents. Le Gouvernement du moment aura alors le choix entre accorder une rallonge ou continuer de raboter. Il y a fort à parier qu’il ne débloquera pas de crédit supplémentaire pour l’audiovisuel, quelle que soit la majorité car, ou ils seront contre, ou ils ne pourront pas car il y aura d’autres priorités après des années de baisses de dotations (dites « baisses des dépenses » pour la droite). Donc, on dira que l’État n’est pas fait pour faire des émissions de radio-télévision, que ce n’est pas son rôle, que l’État ne fait rien de bien et fait tout mal.

Ça, ce sera le discours à l’intention de l’opinion publique pour justifier la braderie de l’audiovisuel public. En revanche, les professionnels ne s’y tromperont pas et se partageront les dépouilles, sachant que c’est une bonne affaire. Les uns prendront la télévision, les autres la radio (mais sans doute pas France-Culture), d’autres, enfin prendront tout ou partie des stations régionales. C’est ce qu’ils attendent depuis des dizaines d’années.

Le modèle français a permis, en 2008, d’atténuer les effets du soubresaut de la crise. On a pu croire, à l’époque, que c’était mieux. Pourtant, ce n’est pas ce qui était souhaité puisque ça prouvait qu’un État fort, avec des services publics de qualité parvient à amoindrir les inégalités inhérentes au système. Comme on n’a pas pu l’abattre avec ce choc financier (au contraire ça a souligné son utilité), il faut trouver autre chose de moins indolore. Par conséquent, on supprime, petit à petit tous les services publics. On entend, à l’occasion, des protestations contre la fermeture d’une maternité (qui oblige à accoucher en cours de route quand la plus proche se trouve à 40 km), contre les services d’urgence surmenés, contre la fermeture d’une poste ou même d’une perception. Cependant, ces protestations sporadiques ne pèsent rien face à l’ensemble de l’opinion publique qui veut payer toujours moins d’impôts. À ce titre, le mouvement des gilets-jaunes, malgré les apparences, sert parfaitement le Gouvernement dans son entreprise de suppression des services publics. Le questionnaire du soi-disant « Grand débat » était on ne peut plus clair : quel service public êtes vous prêts à voir supprimé en échange d’une réduction d’impôts ?

L’audiovisuel de l’État est aussi, parce qu’il est plus visuel et visible, la vitrine des services publics. Sa remise en cause, la diminution de sa voilure, sont autant de signaux forts qui annoncent la fin des autres services publics. Sans compter qu’il ne resterait plus aucun média pour faire entendre des voix opposées. Au contraire, les rédactions présenteraient ça comme des « réformes », des nouvelles étapes dans la modernisation de notre pays etc. Même les licenciements seraient présentés sous un jour favorable. Comme la grève dans l’audiovisuel public est passée relativement inaperçue, on peut compter sur l’approbation de l’opinion publique quand il s’agira de le brader avant le reste.

Prix Luc-Collès

Je suis sincèrement heureux d’annoncer à mon tour la création du Prix Luc-Collès.

 

prix luc collès 1

La Belgique francophone entend ainsi honorer une sommité qui a tant fait pour la diffusion de la langue fraternelle qu’est le français.

Ainsi, en 2014 Luc Collès a crée un concours d’écriture dans les écoles des primo arrivants. Les gagnants ( 3 prix ) sont récompensés . Cette année ce prix a pris le nom de :

Prix interculturalité Luc-Collès

 

prix luc collès - florence et fadiaMes remerciement à son épouse Fadia et à leur fille Florence pour ces photos et pour avoir partagé cette information.

Mes remerciements à l’ami Alain qui nous a permis de nous rapprocher. Hélas, la vie n’a pas permis que nous nous connaissions en vrai.

Nous n’oublierons pas Luc Collès

 

Luc COLLÈS

Francophonie ou mondialisation libéraliste

Les bons contes font les bons amis

 

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17 juin 2019

Maurice Bénichou

J’apprends avec tristesse la mort de Maurice Bénichou, un acteur pas très connu, confiné dans des rôles secondaires et pourtant…

Je l’ai vu jouer dans « La Cerisaie ». Ça devait être en 1981, au Théâtre des Bouffes du Nord, dans une mise en scène de Peter Brook avec, notamment, Anne Consigny, jeune prodige du théâtre de 17 ans seulement. On voyait en elle la nouvelle Isabelle Adjani.

Avec Piccoli en haut de l’affiche et encore Niels Arestrup, l’assistant du metteur en scène qu’était Maurice Bénichou ne se faisait pas remarquer.

Bénichou, toujours juste, quel que soit le rôle, fait partie de ces acteurs qu’on sent vrais et proches.

Je l’ai aimé dans « Les patriotes », dans « Amélie Poulain » avec ce rôle ultra sensible de cet homme d’âge mur qui retrouve sa petite boite pleine de souvenirs de petits garçons.

Et puis, autre personnage inoubliable, le mari de Balasko, dans « Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes ». Titre improbable mais film tellement émouvant.

 

Maurice_Benichou_002Yitgadal veyitkadach chemé raba (Amen)

 

 

https://www.hotflick.net/pictures/001AME_Maurice_Benichou_002.html

 

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15 juin 2019

Entre nostalgie et fuite en avant (réponnse à Jérémy)

D’abord, une précision, je n’ai aucune confiance dans les étudiants en Histoire puisque c’est justement en entendant l’un d’eux (à l’époque) me parler de périodes et d’événements que j’ai vécus que j’ai décidé de faire ce blog. Il se trouvait que ce qu’il m’en disait ne correspondait pas. Je ne prendrai qu’un seul exemple. Il m’a sorti que le Président Giscard était centriste et qu’il avait fondé l’UDF ; ce qui est d’ailleurs repris par tous les IEP. Absurdité puisque, s’il a été soutenu par les centristes, en effet, lui-même venait de la grande bourgeoisie de droite qui ne l’a plus soutenu quand il a prétendu « gouverner au centre ». On sait que dépité, il appelé alors Barre, qui loin d’être centriste a diffusé en France les idées les plus libéralistes de l’École de Chicago. Quant à l’UDF, la Constitution ne permet pas que le Président se mêle de politique intérieure quand bien même il en est l’acteur principal. Le PR est le Président de tous et pas d’une faction. En tout cas, aucun PR ne peut se permettre ni d’être membre actif d’un parti, ni encore moins d’en créer un pendant son mandat. L’UDF a été fondée au premier trimestre 1977 suite à la création du RPR (en décembre 1976) dont l’hégémonie menaçait l’équilibre de la majorité et, bien sûr, fragilisait le Président de la République. C’était une idée de Jean-Jacques Servan-Schreiber qui s’était fait traiter, à cette occasion de « turlupin de la politique » par M. Chirac qui sentait son initiative devant le porter à la Présidence le contrarier.

Je me suis dit que si, sur un épiphénomène (avec le recul) de la vie politique, on pouvait dire n’importe quoi, il devait en être de même pour des événements autrement plus importants. C’est aussi pour ça que je reviens souvent sur la mort de Malik Oussékine, au cours d’une manifestation, selon la version officielle. À 22 h 30, personne ne manifeste… d’autant que je me trouvais sur les lieux une demi heure auparavant. Par conséquent, je sais de quoi je parle.

Sur le gaullisme, je n’oublie pas non plus qu’à l’époque, De Gaulle était l’objet de critiques et de caricatures permanentes et que s’il est regretté par ceux qui auraient été ses adversaires aujourd'hui, c’est en raison de sa politique sociale (la « participation ») et sa fermeté sur le plan international qui assurait l’indépendance de la France. Dire aux É-U, de front, que la France quitte l’OTAN basé à Paris n’était pas seulement un symbole. Je me rappelle aussi que, à l’époque, les gens se plaignaient tout le temps et notamment des prix trop élevés. Également, en 1979, L’Express pouvait titrer sur « les années Pompidou, les années heureuses » en soulignant qu’elles correspondent à des relations apaisées avec les partenaires de la France. La Grande-Bretagne entrait dans le Marché Commun, le roi Fayçal ibn Saoud d’Arabie était reçu à Paris et les relations avec Nixon étaient au beau fixe. Il fallait en profiter puisque LA crise allait commencer en octobre 1973 avec le premier choc pétrolier à l’initiative de l’Arabie saoudite, d’ailleurs. Donc, mon intention n’est pas d’enjoliver la figure du Général qui n’en a pas besoin mais, simplement, de montrer qu’il existe une voie économique qui a fonctionné avec succès et qui fonctionne ailleurs, en Chine, avec succès également et que toutes les autres politiques menées depuis et notamment celles qui s’éloignent le plus de l’économie planifiée conduisent à l’impasse où nous sommes et où il est difficile, malgré le pouvoir des médias aux mains des partisans de ces politiques funestes, de nier l’échec patent.

Nous sommes dans une fuite en avant. Les années 2000, ont vu le capitalisme exiger la privatisation des pages jaunes et des renseignements téléphoniques pour continuer à se développer et trouver de nouveaux marchés. C’est dire où il en réduit : privatiser l’annuaireEn ce moment-même, le Mondial de football féminin fait l’objet d’un tapage qui ne s’explique que parce que le marché du football masculin est parvenu à son plafond et que, déjà, les droits télévisés vont baisser. Seule une coordination de l’économie peut encore le sauver. Je ne crois pas en un homme fort, type De Gaulle, même si une partie de l’opinion y est favorable et est même allée jusqu’à souhaiter que le général de Villiers joue ce rôle. Les temps ont changé mais les solutions qui ont marché et qui fonctionnent en Chine ne changent pas beaucoup. On ne peut pas compter sur la bonne volonté des populations ni sur la « main invisible du marché ». Tout ça n’est que foutaise (foutage de gueule comme on dit maintenant) et superstition. Sous le mandat du Président Sarkozy, quelqu’un comme M. Estrosi affirmait que c’est en travaillant davantage que la croissance allait repartir et que des emplois seraient créés. Il concluait : « c’est d’une logique implacable ! ». On connaît la suite. L’actuel PR parle, lui, de « ruissellement ». Or, on constate depuis des lustres qu’il n’y a pas adéquation entre l’augmentation de l’activité et la création d’emplois. La raison tient, en partie aux nouveaux modes de production qui nécessitent moins de recourir à la main d’œuvre. Seule une planification peut imposer une répartition équilibrée entre les besoins de travail et l’augmentation de la population, que ce soit par de manière traditionnelle par les naissances et l’allongement de la durée de vie ou par l’immigration qui ne cessera pas, qu’on le veuille ou non.

 

Sinon, je ne suis pas sûr que nous divergions tant que cela. Le constat dressé dès la 2e page (dactylographiée), à partir de «  Cependant, il y avait une relative homogénéité au sein de la population française »me convient parfaitement. Que pourront les 500 millions d’Européens (en supposant que tous se reconnaissent comme tels) et leurs belles normes environnementales face aux 7 milliards d’autres qui se fichent de leur environnement parce que, à court terme, il faut manger et faire manger sa famille et que, tant pis si le motoculteur qui arpente la rizière pollue presque autant qu’une locomotive diesel, si le car de transport régulier émet autant de CO2 qu’un avion.

Juste un mot sur le chauffage. Oui, cher Jérémy tu pointes un aspect fondamental du marché de la location en France. Les propriétaires installent des convecteurs électriques dans les appartements qu’ils louent parce que c’est pas cher, facile à poser et que, pour le reste, le locataire se débrouillera avec sa facture d’électricité. Sans compter que, dans le cas de maisons construites pour être louées, on fera monter de simples parpaings, sans trop d’isolation coûteuse et qu’on laissera au locataire le soin de se protéger du froid. Du reste, compte tenu de la forte demande de logements, il n’y a aucune raison pour qu’un propriétaire investisse dans l’isolation et un chauffage performant sachant que même sans ça, il trouvera pléthore de demandeurs. Pour le reste, tu as tout dit : l’Allemagne mais aussi le Danemark et les autres pays scandinaves sont équipés de panneaux solaires et construisent désormais des bâtiments et maisons individuelles à énergie positive, c’est à dire qui produisent plus qu’elles ne consomment. Malgré tout, l’arrogance proverbiale des Français les pousse à se gausser de ces Scandinaves et de ces Teutons qui privilégient les énergies soi-disant intermittentes et donc qui doivent s’éclairer à la bougie en hiver et se chauffer au charbon. Pourtant, on sait que ces peuples vivent plutôt mieux que la moyenne mondiale et ne semblent pas trop souffrir de cette intermittence énergétique qu’on met en avant ici pour ne rien faire. Seulement, là-bas, il n’y a pas de lobby nucléaire pour asséner que cette énergie de « l’ancien monde » a un avenir malgré l’évidence.

énergie

C’est dire l’ampleur de la transition écologique dans un pays comme la France qui a pris un retard sur toutes les énergies modernes et s’entête à faire de l’énergie avec un dérivé de la bombe atomique, aujourd'hui dispendieuse et menacée pour son approvisionnement en raison du terrorisme en Afrique de l’ouest, et pour sa maintenance, en raison de la cession à General Electric d’une part de la technologie nucléaire française. Retard sur l’énergie donc, mais aussi retard sur les économies d’énergie. Jusqu’à présent, tout ce que les pouvoirs publics ont trouvé, ce sont des spots publicitaires pour inciter à inciter les ménages à se brosser les dents en fermant le robinet, à prendre des douches plutôt que des bains, comme si l’on avait le temps de faire couler un bain le matin avant de partir au boulot et que toute la famille attend à la porte de la salle de bains que l’autre ait enfin fini. Il y a encore les spots pour inciter à maintenir 17° dans l’appartement à une époque où la frilosité est revendiquée. Pour finir : « L’énergie est notre avenir, économisons-là ! » et ça figure aussi sur nos factures ; un comble !

Juste une parenthèse pour rappeler que, dans les villages, alors que les rues sont désertes la nuit et même le plus souvent dès 18 h 30, on exige que l’éclairage public fonctionne toute la nuit. Idem dans les immeubles collectifs où l’on exige des couloirs et escaliers éclairés en permanence (plutôt que des minuteries) et des radiateurs dans les parties communes. Les contradictions sont aussi un frein à l’évolution.

Il n’y a pas que le chauffage et l’électricité. Dans un monde fini, on a besoin de transports en commun performants et pas seulement pour les grandes distances. Il se trouve que, en France, nous avons encore un réseau ferroviaire qui demande, certes, à être remis en état mais qui a le mérite d’exister au contraire des routes connectées pour des camions autonomes. Or, Sncf fait tout pour fermer ses lignes, tant les omnibus locaux que les trains de marchandises. En ce moment, on monte en épingle « le train de Rungis » qui va s’arrêter et mettre son équivalent en camions sur les routes et les autoroutes. Les routes plutôt parce que nombre de chauffeurs voudront rogner sur des péages hors de prix maintenant.

https://www.midilibre.fr/2019/06/04/train-primeurs-perpignan-rungis-on-nous-a-menti-il-sarretera-au-15-juillet,8237516.php

Mais on a raison de rappeler que c’était le dernier train frigorifique dans un pays comme la France…

À chaque remise en état d’une voie, on en profite pour mettre en place un service alternatif provisoire mais qui permet d’étudier la satisfaction du public en vue de le pérenniser quand bien même on a investi dans une nouvelle infrastructure. On a déjà vu Sncf démonter des voies toute neuves. Maintenant, il n’y en a plus que pour la voiture électrique alors même que les batteries ne sont pas encore au point, qu’on ne sait pas les recycler et que les terres rares sont issues des guerres et du travail des enfants. Déjà dit mais il est bon de le répéter. Une récente étude publiée par l’ADEME montre que les voitures électriques ont davantage d’impact sur l’environnement que les voitures thermiques actuelles.

https://www.amisdelaterre.org/L-ADEME-dit-enfin-la-verite-sur.html

 

En clair, la France fait exactement le contraire de ce qu’il faudrait et accentue son retard, ce qui signifie que lorsque la transition écologique ne sera plus comprise comme un caprice de quelques privilégiés mais comme une nécessité impérieuse, il faudra faire appel aux autres et augmenter la dépendance. Ça se fera dans une situation où la France n’aura plus d’État fort et devra négocier en situation d’infériorité car oui, quand tout est fait pour affaiblir le rôle de l’État pour se conformer aux normes de l’UE favorables à tous ses concurrents, la France ne sera plus une puissance voire un recours pour nombre de peuples mais un membre parmi d’autres d’une union de pays qui agit d’abord contre leurs intérêts.

Notre propos n’est pas de cultiver une vague nostalgie, « de regretter la douceur de la lampe à huile, la marine à voile et les grands équipages », comme ironisait le grand Charles, ni de chercher des solutions dans un passé révolu. Nous savons que les époques ne sont pas transposables et que les Trente Glorieuses étaient mal vécues par beaucoup et que des poches d’exclusions existaient partout. Seulement, à la différence d’aujourd’hui, il existait pour tous l’espoir d’en sortir. En 1971, le Premier Ministre Chaban-Delmas pouvait dire : « C’est ma plus belle journée depuis que je suis Premier Ministre » en assistant à la destruction du dernier bidonville. Depuis vingt ans, ils sont revenus et se développent le long des autoroutes aux entrées des grandes villes. Notre propos est de rappeler ce qui a marché et qui marche ailleurs. En effet, il faut un État fort ; ce qui ne signifie pas nécessairement un État policier comme en Chine qui applique, par ailleurs et avec succès les solutions éprouvées ici pendant cette trentaine d’années après la guerre quand il fallait reconstruire et renforcer ; et dans un contexte de guerre froide. Aujourd'hui l’équivalent de la reconstruction s’appelle la transition écologique et la menace vient du terrorisme. Ce n’est pas en affaiblissant l’♫4tat qu’on parviendra à redresser la barre surtout si l’on considère que l’écologie est un luxe dispendieux et ce n’est pas en l’affaiblissant, en prêtant le flanc aux coups, qu’on pourra séduire la population tentée par le repli et porter un projet qui recueille un assentiment relatif. À l’heure où la politique montre, depuis deux ans que droite et gauche sont disloquées, où les problèmes environnementaux ne peuvent être dissimulés ni minimisés, où le chômage n’en finit pas depuis le temps qu’on prétend lutter contre, on ne va pas rassembler et encore moins susciter un semblant de patriotisme (qui n’existe plus en France depuis des décennies) en disant « il faut faire des économies » et en supprimant tout ce qui a fait le succès de la France.

 

 

https://muestracine.wordpress.com/2013/09/05/la-transicion-del-planeta-a-las-energias-renovables-un-sueno-que-se-esta-convirtiendo-rapidamente-en-una-realidad/

14 juin 2019

DNB

https://actualite.20minutes.fr/societe/2533907-20190606-pourquoi-jean-michel-blanquer-planche-enieme-reforme-brevet-colleges#xtor=EREC-182-[actualite]

Le DNB (pour Diplôme National du Brevet) est le symbole de l’échec des politiques successives menées depuis un peu plus de 40 ans, disons depuis la réforme Haby qui a commencé à attaquer les humanités en supprimant une heure de français au lycée.

D’abord, le nom même de ce qui a remplacé le BEPC (Brevet d’Étude du Premier Cycle du second degré) est une ânerie. Diplôme et brevet sont des synonyme. On aurait pu tout aussi bien l’appeler brevet du certificat ou diplôme de l’attestation etc. On a opté pour Diplôme du Brevet et pas l’inverse. C’est dire le niveau des décideurs de la rue de Grenelle.

Ensuite, alors que le même Haby avait supprimé le BEPC (sorte de mini bac pour le 1er cycle) pour le remplacer par un ersatz sans beaucoup de valeur, les ministres de Mitterrand ont décidé de lui redonner du lustre en imposant l’Histoire – et la géographie par voie de conséquence – en épreuve finale écrite. On sait que l’illustre Président, féru d’humanités, méprisait ouvertement les mathématiques mais il ne pouvait pas les supprimer… Seulement, avec l’arrivée de M. Chevènement (décidément, c’est sa fête en ce moment) au Ministère et son souci de « mettre l’élève au centre du système » et de fixer comme but l’obtention du baccalauréat pour 80 % d’une classe d’age, on a quelque peu changé la donne. Le but est évidemment louable mais les moyens pour y parvenir n’ont pas suivi. Alors, on a opté pour baisser la barre pour la sauter. On l’a fait et l’on s’apprête à le faire pour la licence puisqu’il n’y a pas de raison de s’arrêter en si bon chemin.

Concrètement, au Brevet (et même au Bac) voici comment on procède. D’abord, les questions portent surtout sur la dernière partie du programme de l’année de 3e. Donc, on n’évalue pas les compétences acquises au collège mais seulement la dernière année et même les derniers mois. Ensuite (notamment en Histoire-G et en maths), on pose des questions simples suivies aussitôt d’une autre rédigée à peu près comme suit : Puisque vous venez de trouver tel résultat, quelle conclusion en tirez-vous ?

Même en procédant de la sorte, il se trouve un contingent non négligeable d’élèves qui se trompent.

Ensuite, l’astuce principale réside dans le barème. Les questions de paraphrase (presque du genre : quel grade militaire avait le Général De Gaulle ou bien où a été construit le Mur de Berlin?) sont bien rémunérées : 1,5 pt ou même 2 pts. En revanche, les questions qui demandent un esprit de synthèse, un développement, une rédaction, sont tarifées de 0,5 pt. Comme il y a quand même un semblant de justice, tant que le contrôle continue comptait pour beaucoup, certains élèves obtenaient le Brevet sans même disputer les épreuves finales. Ils allaient à la piscine pendant que planchaient les autres, juste récompense de la constance de leurs efforts. Autre effet pervers de ce système, des élèves se sachant médiocres mais réussissant à décrocher le Brevet (puis le Bac) finissent par être convaincus qu’ils sont bons et sont très étonnés le jour où ils sont confrontés à un patron ou même un simple prof de fac qui jugera sur pièce et pas en fonction de la réputation de son établissement qu’il ne connaît même pas.

 

Ce n’est pas le pire. En fait, c’est risible mais montre bien les errements, la démagogie des décideurs et le pouvoir de certains pour imposer leurs fantaisies. Le pire, c’est que le Brevet, quelle que soit ses modalités, ne sert absolument à rien. « Le diplôme national du brevet (DNB) est un diplôme français qui atteste de l'acquisition de connaissances générales au terme de la scolarité en collège ». Déjà, il n’assure pas le passage en 2nde. Nombre de titulaires se voient refuser l’entrée au lycée pour leurs résultats insuffisants. En revanche, les notes obtenues lors des « brevets blancs » comptent dans l’appréciation et déterminent le passage au deuxième cycle. Bien sûr, le Brevet n’a aucune valeur professionnelle. Aucun patron n’embauchera ou pas un ado titulaire ou non du Brevet. Donc, il ne sert à rien d’autre qu’à stresser les élèves qui jouent le jeu mais manquent de confiance tandis que les autres ne s’en soucient pas plus que des contrôles tout au long de l’année. Au contraire, ils voient dans les épreuves du Brevet la possibilité de sortir plus tôt et d’aller faire un tour en ville avant de rentrer pour la cantine ou en attendant le car du soir.

 

Pour ceux qui sont angoissés (car il y en a encore) rien n’est fait pour les rassurer. Ainsi, la dictée… Du temps du BEPC, l’épreuve était éliminatoire avec 5 fautes valant 0. Ainsi, on épargnait la correction des autres épreuves. De nos jours, la dictée n’est plus éliminatoire et c’est heureux. Cependant, on est passé en une quarantaine d’années de 5 fautes 0 à 10 fautes 0. D’accord. Puis de 10 fautes 0 à 10 fautes mais sans compter les accents puis sans compter toutes les fautes, seulement celles sur lesquelles porte la partie du programme à l’étude. Malgré tout, le jour du Brevet, la dictée peut comporter un piège car il ne faudrait pas tronquer l’œuvre sacro-sainte de l’écrivain. Ah ben non ! Donc, on laisse la phrase compliquée avec un accord tordu pour qui n’est pas à l’aise avec les subtilités de la langue. On ne l’est pas à 15 ans. L’élève bon en orthographe va se poser des tas de questions avant de choisir, en général, la mauvaise option à force de se triturer les méninges et de stresser. Il risque une contre-performance à cause d’un piège d’autant plus inutile que consigne sera donnée au correcteur de ne pas tenir compte de la faute à cet endroit. Les correcteurs reçoivent en plus une liste de consignes destinées à ne pas tenir compte de certaines fautes ou approximations et c’est encore un moyen de gonfler artificiellement le nombre de reçus. Au baccalauréat, ces consignes ajoutées à « l’harmonisation des notes » atteignent des sommets. « L’harmonisation des notes » n’est rien d’autre qu’une pratique consistant à remonter systématiquement toutes les notes afin de coller aux meilleures des établissements les plus performants. On a tellement critiqué le système éducatif français, fondé sur la sélection et l’échec qu’on prend désormais le contre-pied et que c’est l’égalitarisme qui prime. Tout le monde au même niveau !

 

DNB

Parlant d’établissements, il convient aussi de souligner que leurs résultats sont trompeurs car paradoxaux. Ainsi dans une même ville, supposons qu’il y ait deux collèges. L’un d’eux, en centre-ville, souvent dans un bâtiment ancien, encadrés d’enseignants établis depuis longtemps en général, bénéficiera d’une bonne réputation et sera demandé par les nouveaux titulaires. Sans qu’il y ait besoin de s’entendre, les professeurs aguerris ont vite compris que les parents d’élèves de la bourgeoisie de centre-ville veulent surtout que leurs enfants aient des bonnes notes. Qu’à cela ne tienne ! Rien de plus facile que de gonfler un peu ou de ne pas être trop exigeant. Donc, les résultats au brevet seront mirobolants, ce qui améliorera d’autant la réputation de ce collège. L’autre, un peu à l’écart, dans un bâtiment des années 1970 et suivantes, accueillera plutôt les élèves des environs. Les effectifs de professeurs ne seront pas stables. Chaque rentrée verra les enseignants changer. Certains seront même affectés la veille de la rentrée, sans savoir encore où loger. Comme l’établissement n’est pas demandé (au contraire de son homologue), nombre d’enseignants non titulaires renforcent les effectifs. Par conséquent, il n’existe pas d’esprit de corps comme dans l’autre établissement. Donc, les profs font leur travail, exigent des compétences et des résultats. Les notes sont moindres et, par conséquent, les résultats au Brevet sont plus faibles. Résultats trompeurs, donc. Idem avec les établissement privés, plus exigeants, où l’on évalue que chaque note serait majorée de deux points dans un collège public. Or, la réforme du bac en cours accorde une importance majeure au contrôle continu. Par conséquent, des établissements médiocres pourront rattraper les meilleurs à ce jeu-là. En fait, ce qui se dessine, c’est l’obtention d’un bac labellisé du lycée du candidat. En d’autres termes, on saura rapidement ce que vaut le bac de tel ou tel établissement et l’on pourra écrémer. Ce n’est pas forcément ce que le Ministre Blanquer souhaite mais c’est bien ce qui se passera. Au passage, rappelons que ce bac-maison était prévu par le Haby, ce qui réjouissait certains établissements privés qui voyaient là un moyen de faire connaître leur excellence.

 

Cette histoire de Brevet montre aussi toutes les tromperies qui entourent le système éducatif français, avec un syndicat hégémonique qui a couvert toutes les dérives, tous les délires pédagogiques mais qui maintien sa position en agissant sur les mouvements de personnel. Tromperies parce que, sous couvert d’innovations, on baisse la barre à chaque fois, on nivelle par le bas. Aujourd’hui (nous y reviendrons prochainement), on ne peut plus dissimuler qu’une part importante de la population ne maîtrise pas la simple lecture. Il suffit d’écouter les publicités ou les lectures courtes (traductions par exemple) pour s’en rendre compte. L’orthographe, il y a longtemps que tout le monde le sait. Malgré tout, les pédagogistes sont aguerris dans l’art de justifier leurs choix quand bien même les résultats les invalident. Par conséquent, les classement genre PISA montrent un recul à chaque fois mais ça n’est qu’une moyenne car, exception française oblige, le système français est très inégalitaire. Ne parlons pas de l’inégalité sociale avec toujours moins d’enfants d’ouvriers entrant dans les grandes écoles. En d’autres termes, les bons sont toujours meilleurs et les autres régressent toujours plus. Le problème, c’est que les bons sont minoritaires et que le système n’arrive pas à intéresser les autres et encore moins à les hisser. À cela, les différents gouvernements proposent des artifices comme l’exemption de concours d’entrée dans les grandes écoles pour certaines catégories sociales. Ça coûte moins cher (et pas seulement en termes d’argent) de privilégier quelques uns pour faire croire que c’est possible plutôt que de permettre au plus grand nombre d’atteindre l’élite. Également, il serait intelligent de former de bon manuels, de futurs bâtisseurs de cathédrales plutôt que d’envoyer en apprentissage et en filière pro les élèves recalés de la filière générale. Cette orientation par défaut concentre tous les problèmes dans ces filières et empêche ceux qui ont une vocation de s’y épanouir.

Pour cela, il faudrait faire sauter deux tabous. Le premier est celui du « collège unique », justement institué par Haby. Prétendre que tous les élèves peuvent faire la même chose en même temps est une aberration. Si ça n’était que ça, on pourrait passer outre mais il s’agit de la vie de jeunes adolescents. Au collège, il y a des élèves qui ont du mal à s’exprimer en français. Faut-il leur imposer une deuxième langue étrangère dès la 5? Il devrait y avoir des matières obligatoires et des options. De nos jours quand la fainéantise est à ce point encouragée, beaucoup préféreraient le programme minimum mais rien n’est sûr. Le succès des classes européennes l’a prouvé. Il existe nombre d’ados qui sont prêts à faire quelques heures en plus pour faire quelque chose d’un peu plus intéressant que le minimum. Ces matières pourraient être : français, maths, anglais, informatique. Il faudrait un minimum d’options auxquelles s’ajouteraient les matières d’éveil comme le sport, les arts et des particularités locales.

L’autre tabou est bien sûr la fin de la scolarité obligatoire à 16 ans. Bien entendu, il ne s’agit pas de remettre les enfants au travail ; encore que ça existe avec la bénédiction des intéressés, de leurs parents qui économisent l’argent de poche et des petits patrons. Il s’agit, sous conditions qu’il faudrait définir strictement, de permettre à des élèves récalcitrants de pouvoir s’épanouir ailleurs que dans un système où ils sont tenus en échec et de leur permettre de réintégrer le système une fois la maturité acquise. La plupart des professeurs de collèges y sont plus que favorables afin de voir partir ceux de leurs élèves qu’ils n’arrivent plus à gérer et qui, parfois, leur pourrissent une classe. Le problème, c’est qu’en public, aucun professeur ne l’avouera et défendra vigoureusement la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans ainsi que l’abaissement de la majorité à 17 ans voire 16. Au besoin, il critiquera le Gouvernement (quel qu’il soit) qui voudrait livrer des mineurs aux griffes du patronat. C’est peut-être aussi l’un des problèmes du système français, les contradictions et le dédoublement de personnalité des enseignants pris entre le bon sens induit par la réalité de la pratique et les bonnes intentions que se doivent de porter tout intellectuel.

Le mouvement des « Stylos-rouges » a au moins le mérite de voir s’exprimer ce que pensent vraiment les enseignants, hors consignes syndicales, hors devoir de réserve et retenue de rigueur. Il exprime un malaise profond que la réforme du Brevet n’apaisera pas. Pas plus que ce blog, les expressions des Stylos-rouges ne seront pris en compte parce que tout se décide rue de Grenelle et que la majorité de ceux qui y sont ont obtenu cette promotion après avoir été écartés de le présence face aux élèves et qu’il fallait bien en faire quelque chose et qu’ils étaient à jour de leur cotisation syndicale. La crise de l’éducation publique est générale. Elle est apparue en même temps que la crise qui a vu se développer le chômage de masse et, par voie de conséquence, l’incertitude sur les chances de trouver du travail qui correspond à ses compétences. Elle touche sans doute plus durement la France dans la mesure où elle était en pointe dans la pédagogie. Concrètement, elle s’exprime quand on voit les élèves de terminale davantage soucieux de l’obtention du permis de conduire, véritable épreuve initiatique pour le passage au statut d’adulte, que de la réussite au baccalauréat qui stresse surtout les parents. De plus, l’institution a transformé le bac en simple diplôme de fin d’études alors qu’il est normalement le sésame pour entrer à l’université et donc le premier diplôme universitaire et pas le dernier diplôme scolaire. Encore une tromperie…

on relira

Profs d'allemand -mand -mand

 

07 juin 2019

Belfort vaincue (réponse à la tribune de M. Chevènement)

Nous avons publié hier ce long texte qui reprend nombre d’idées, d’analyses et de valeurs défendues ici.

Sur un mode apparemment anecdotique, nous avons déjà rappelé que les fleurons de l’industrie française ont été dépecés, démantelés au gré des privatisations dans la mesure où les actionnaires, toujours attirés par le plus offrant, se sont tournés, retournés, détournés vers des capitaux étrangers. Nous avons aussi attiré l’attention sur le rôle occulte et prépondérant de Bouygues qui détermine, de fait, l’orientation économique du Gouvernement. Il suffit qu’il acquière ou se défasse d’un portefeuille d’action pour que des pans entiers de l’économie française s’en trouvent affectés et que la vie de milliers de ménages soient à sa merci.

Alstom - Siemens : qui se souviendra d'Alstom ?

Les boyards

Mémoire d'auditeur : la bourse

PATRIOTISME ECONOMIQUE

patriotisme économique qu'ils disaient

Alsthom, sans h et sans rien

Des nouvelles du TGV

Regards sur la France en 30 ans de TGV

TGV et démocratie

Nous défendons ici la nécessité d’un État fort non pas parce que nous feignons d’ignorer que le pouvoir est toujours tenté d’en abuser et d’opprimer. Nous le savons mais chaque chose en son temps et la structure étatique est loin d’être la seule ou même la pire quand il s’agit d’exploiter.

Lorsqu’il a fallu redresser la France après la guerre, on avait besoin de la garantie d’un État fort et de sa volonté politique pour coordonner la reconstruction. Cela a permis à la France de garder son indépendance dans le monde bipolaire né de Yalta en l’absence notoire du Général De Gaulle. Ce faisant, en orientant les entreprises vers l’effort de reconstruction, on créait ou renforçait des pôles industriels capables de répondre aux besoins de la population mais sans dépendre du bon vouloir d’entreprises étrangères soumises au diktat d’intérêts étrangers. C’est la recette appliquée en Chine avec les résultats que chacun peut observer.

Nous avons également dénoncé le mot d’ordre des années 1990 qui a conduit, le plus souvent, à la fermeture de branches entières de grands groupes et à la mise à pied de leurs salariés : « se recentrer sur son métier ». Alors que les décennies précédentes avaient vu des grands groupes s’agréger en diversifiant leurs productions, il était devenu de bon ton de railler cette stratégie qui permettait pourtant, quand une branche connaissait des difficultés, de voir les autres la soutenir en attendant de trouver une solution. Carrefour et les rêves

Où l’on voit aussi que, au nom des modes du moments, les financiers savent trouver les mots (« les éléments de langage » pour reprendre le vocabulaire technocratique) pour abuser l’opinion. Nous avons dit aussi, à plusieurs reprises, que ce langage travesti est l’apanage des totalitarismes. Ainsi, afin d’accompagner la révolution informatique, on a commencé par fermer les usines au prétexte que comme le secteur primaire (l’agriculture), le secteur secondaire (l’industrie) devait être réduits pour laisser l’hégémonie au tertiaire. Le problème, c’est que dans ce fameux tertiaire, les acteurs sont soumis aux aléas d’entreprises étrangères par le biais de participations croisées et du jeu de la grande finance internationale.

Certes, les velléités d’indépendance informatique n’ont pas été couronnées de succès dans le passé. CII-Honeywell-Bull a été un fiasco et des marques comme Goupil ou Thomson (informatique) n’ont jamais pu percer. Il est vrai que si, à l’époque, des journaux comme Le Figaro ou Le Quotidien de Paris ne tiraient pas tous les jours à boulets rouges sur les dépenses de l’État, le plan Jospin qui a équipé les établissements scolaires en ordinateurs aurait prévu aussi la maintenance et le remplacement, ce qui n’a pas été fait avec les conséquences que tout le monde sait. On ne peut pas être bon partout et des marques comme Olivetti, Roneo, Olympia, ont disparu ailleurs aussi ou ont été marginalisées.

Les Trente Glorieuses ont été possibles parce qu’il fallait reconstruire la France. Ailleurs dans le monde, les changements induits par la fin de la guerre ont aussi constitué un moteur de développement. Est-ce à dire qu’il n’y a plus rien à reconstruire ? En partie oui mais il existe encore de nombreux besoins à satisfaire et, surtout, il faut répondre à une population qui augmente à une vitesse encore jamais observée. À l’occasion de sa mort, on a repassé des propos tenus par le philosophe Michel Serres. Dans un entretien, il rappelle qu’à sa naissance, il y avait 2 milliards d’habitants dans le monde et qu’à l’heure où il parlait, il y en avait déjà 7. En une vie (prolongée par rapport à l’espérance à sa naissance), la population mondiale à plus que triplé. L’Europe est surpeuplée et attire encore, bien que dénigrée par des pans entiers de sa population. Sans poursuivre cette fuite en avant qu’est la recherche de croissance, il faut néanmoins répondre aux besoins de la population. Soyons sûrs qu’à ce rythme, on atteindra les 10 milliards, non pas en 2050 comme on nous annonce mais plus certainement en 2030 ou peu après, soit tout de même avec près de 20 ans d’avance sur les prévisions. Ceux qui prévoient ne seront plus là pour vérifier.

Or les pays qui connaissent soi-disant le plein-emploi sont simplement dotés de dispositifs qui ne comptabilisent pas toutes les personnes privées d’emploi et masquent la précarité. Il faut aussi ajouter que parmi les pays soi-disant de plein-emploi, se trouvent aussi ceux qui ont une faible population qui trouve donc plus facilement à s’employer mais un pays comme le Danemark qui voit sa population augmenter artificiellement depuis quelques années envisage des mesures pour ne pas se laisser submerger comme ses voisins plus au sud.

Aujourd’hui, donc, s’il n’y a plus la reconstruction pour doper l’économie, une nouvelle chance se présente à nous, la transition écologique. La transformation et l’adaptation de l’existant, le développement de nouvelles branches et filières sont autant d’opportunités qui sont pourtant contrariées par des intérêts particuliers. Ils s’y emploient depuis déjà longtemps. En plus, les activités induites par la transition écologique ne sont pas délocalisables. Par conséquent, c’est un formidable moteur de croissance qui se présente à nous ; et de la bonne croissance car il y a maintenant une conscience suffisamment répandue pour éviter les conséquences désastreuses des bonds en avant du passé comme la pollution, les accidents du travail et, d’une manière générale, ce qu’on appelait « génération sacrifiée ». C’est là que nous divergeons fortement avec M. Chevènement. Si son analyse est incontestable, ses propositions ne correspondent pas aux monde tel qu’il est. Lui a été formé par une certaine école de pensée où le travail humain est au-dessus de tout et l’humain subordonné au travail. Cette école a fourni de bonnes analyses autrefois mais est inadaptée au monde actuel car elle occulte totalement la nature qui est pourtant le cadre de toute activité et qui fournit la matière du travail. Or, ce cadre est fortement dégradé par l’activité humaine. Avec 2 milliards d’humains (pour reprendre le nombre avancé par Michel Serres), il y avait de la place pour tout le monde et de la matière pour travailler et satisfaire les besoins. Il suffisait d’avancer vers la justice sociale pour y parvenir. À bientôt 8 milliards (probablement dès la fin de l’année prochaine), on épuise les ressources. On aura pris 2 milliards en 20 ans alors qu’il en a fallu 40 pour progresser de 3 milliard juste avant. Déjà, on emprunte de plus en plus tôt les réserves pour les années à venir. Chaque année, la date moyenne avance.

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/10-mai-le-jour-du-depassement-pour-les-europeens-en-2019_133534

Les mêmes qui voient les 10 milliards en 2050 repoussent à chaque nouveau milliard les capacités de la terre à assurer la subsistance de l’humanité. On nous disait avant que la Terre pouvait nourrir 9 milliard d’humains puis, petit à petit, alors même que les surfaces cultivables diminuent pour faire place aux lotissements et aux activités, on nous affirme que la Terre peut nourrir 12 et même 13 milliards d’humains. Pourquoi pas 15 ? Quand on sait qu’après la mort des palmiers à huile, le terrain ne peut plus être cultivé avant des années, on a une idée de ce qui nous attend. Il est vrai que le Président Bolsonaro du Brésil prétend défricher totalement l’Amazonie pour y faire des cultures lucratives d’OGM. Tout va bien, donc, pas d’inquiétude.

On a beau dire qu’il ne faut pas consommer plus que ce qu’on peut reconstituer, on continue et il est difficile de convaincre des gens issus de générations frustrées qu’ils doivent maintenant renoncer à la viande, au béton et au gaspillage, alors qu’ils ont, via la télévision et les médias, les images de ceux qui ont gaspillé depuis des décennies et qui donnent l’impression de vivre beaucoup mieux qu’eux. Personne n’est prêt à renoncer à son téléphone mobile même en sachant qu’il contient des terres rares et même en sachant que leur extraction se fait au prix de guerres sanglantes, du travail d’enfants, de quasi esclavage, d’enrichissement de pègres locales et, bien sûr, d’épuisement de la ressource. Ne parlons même pas des dégâts causés à l’environnement pour les extraire. Ce n’est pas pour rien qu’on nomme ces minerais des « terres rares ». Il n’y en aura pas pour longtemps. M. Chevènement hait tout ce qui ressemble à l’écologie. Autrefois, comme Ministre de l’Intérieur, il avait laissé saccager les locaux de sa collègue Ministre de l’Environnement et n’avait pas poussé pour, ne serait-ce qu’arrêter les coupables sur le fait. Aujourd’hui, il persiste dans la superstition consistant à penser que les énergies renouvelables sont intermittentes et qu’il faut donc « suppléer leur insuffisance ». Il ne se demande pas d’où viennent les énergies anciennes telles que le gaz qu’il semble affectionner. Pour lui, il suffit de puiser dans le sous-sol et de l’utiliser. Il semble ignorer que les hydrocarbures sont épuisables et que, en attendant, il faut les transporter et les transformer. Il a dû oublier que le fameux gaz de Lacq qui a permis d’équiper les ménages français, pendant les années d’expansion, est aujourd’hui tari et qu’il faut se plier aux accords passés avec les Gouvernements qui possèdent ces ressources sur leurs sols. Il semble oublier que la guerre en Afghanistan avec toutes les conséquences déjà accumulées depuis 40 ans (dont l’attentat de 2001), à présent, sont dues essentiellement au passage de gazoducs et d’oléoducs. Il feint d’ignorer que l’acharnement de l’administration étatsunienne contre l’Iran est due surtout à des histoires d’oléoducs et de fourniture de pétrole et de gaz. Pourtant, il dénonce à juste titre l’extraterritorialité du droit étatsunien qui permet à la Maison Blanche de poursuivre n’importe quelle entreprise de n’importe quel pays au prétexte qu’elle dérogerait, ne serait-ce que pour une part minime, à des décisions prise. Il suffit qu’un boulon, un joint, l’encre d’une imprimante soit sur la mauvaise liste pour que l’entreprise soit sanctionnée. Elle peut procéder à l’arrestation de n’importe quel dirigeant, n’importe où dans le monde, pour imposer sa loi. Qu’on se souvienne qu’à la fin des guerre de Yougoslavie, la Serbie s’est retrouvée sans crayon à papier car le graphite qui les compose (et qui est fait pour ça normalement) entre dans la fabrication de bombes à graphite, utilisées d’ailleurs par les seuls pays de l’Otan. Si l’on peut décider de priver un pays de crayons, on peut imaginer le reste. Si Philpp Morris peut attaquer l’Uruguay (après la Thaïlande et d’autres) pour sa politique sanitaire contraire à ses intérêts, c’est aussi parce qu’on le veut bien. Il suffirait que l’UE annonce qu’elle ne reconnaît pas l’extraterritorialité du droit étatsunien pour que la plupart des autres pays lui emboîte le pas. Seulement, il faut une volonté politique comme celle qui avait conduit le Comité National de la Résistance puis De Gaulle à se passer des autres quand l’intérêt de la population est en jeu. Nous savons aussi que ça n’exclue pas la coopération, au contraire, mais que ça s’oppose au dogme sacro-saint de « la concurrence libre et non-faussée ».

https://www.lepoint.fr/monde/tabac-plus-de-170-pays-soutiennent-l-uruguay-en-conflit-avec-philip-morris-18-11-2010-1264396_24.php

https://www.letemps.ch/economie/justice-donne-raison-luruguay-poursuivi-philip-morris

M. Chevènement cible comme nous l’efficacité de la ringardisation. Il est tout de même curieux de constater que les Français, et depuis longtemps, méprisent leur drapeau et autres symboles nationaux mais achètent volontiers de la maroquinerie qui arbore le drapeau britannique et considèrent que tout ce qui vient d’outre Atlantique (nord seulement) est forcément mieux. On n’a jamais lu de témoignage de Français revenant des É-U et dénonçant la présence de drapeaux aux fenêtres des particuliers, dans leurs jardins, sur leurs voitures alors qu’on regarderait avec stupeur un drapeau chez un particulier ici, qu’on apprécie peu les bâtiments pavoisés et qu’on accepte que des chauffeurs de bus parisiens refusent d’accrocher des drapeaux sur leurs bus les 14 juillet et 11 novembre. Il en résulte – et nous le rejoignons – un état d’esprit qui non seulement ne se soucie pas de l’intérêt commun mais qui, en plus, cherche à affaiblir l’État. Nous avions dénoncé la volonté de supprimer l’ENA car elle prive l’État d’une élite capable d’affronter les difficultés de l’ordre mondial. Nous savons tous les faiblesses de cette institution mais sa suppression n’en viendrait pas à bout, tout au contraire. Il y aurait encore moins d’enfants d’ouvriers parvenant à des postes de décision et le formatage serait organisé par autant d’écoles privées soucieuses de servir des intérêts particuliers. Nous savons le rôle déterminant des études supérieures dans l’avenir d’un pays et nous avons, à plusieurs reprises, rappelé que tout le monde, aujourd’hui, a été formé à l’économie dans le manuel de Barre (ou de ses émules) qui a diffusé en France les funestes théories de l’École de Chicago ; avec les résultats qu’on peut observer. Ces résultats, ce sont précisément ceux qui sont dénoncés ici par M. Chevènement et notamment la mise en concurrence (« libre et non-faussée ») de tout ainsi que la casse de l’industrie française. Par le biais de ses réseaux, Barre avait réussi à faire casser les fameux « noyaux durs » imposés par M. Chirac lorsqu’il s’est agi de privatiser les groupes industriels une fois requinqués par les nationalisations de 1982. Bien sûr, instruit par la défaite de 1981, il importait à M. Chirac de conserver le pouvoir en plaçant à la tête des groupes privatisés des gens à lui, non plus soumis aux aléas électoraux. N’empêche, les « noyaux durs » avaient le seul mérite de conserver leur capital dans le giron français. À partir du moment où l’on a fait sauter ces noyaux, le capital a pu s’égailler au gré de la spéculation boursière.

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Cela n’est possible que dans un contexte de dénigrement systématique de ce qui est français et dans la croyance que tout ce qui vient d’ailleurs, et singulièrement des É-U est forcément mieux. Macron : la dysphonie du nouveau monde

Au moment de publier ces lignes, nous sommes attirés par cette information.

http://www.lefigaro.fr/vox/politique/le-bilan-de-la-vente-d-alstom-est-catastrophique-pour-l-emploi-et-pour-notre-souverainete-20190604?redirect_premium&fbclid=IwAR06S5t6vqTxl5nrTr1WPS4MxZuZQJAlMBLJKxnlWpRWoOg2xmfCkVZegUM

Un paragraphe contient l’essentiel du propos : «La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort.»

Le Parti Républicain étatsunien fonctionne depuis plusieurs années comme un CA d’entreprise qui cherche par tous les moyens à éliminer ses concurrents ou en faire des sous-traitants soumis. Avec l'extraterritorialité de son droit, les É-U peuvent tout se permettre y compris de voler des entreprises étrangères, d'utiliser leurs savoir-faire et d'empêcher leurs pays d'origine d'y accéder. Le transfert à GE de l'excellence nucléaire de la France est très lourde de conséquences. Le problème, c’est qu’il est ringard en France de défendre les intérêts de la France alors que tous les autres pays le font et que tout le monde trouve ça normal, y compris ici. Le problème, c’est que les patrons français ne sont pas soucieux de l’intérêt de leur pays et que les délocalisations ne sont que la partie la plus visible d’un comportement assimilable aux activités d’une cinquième colonne.

 

 

06 juin 2019

Du déclin du patriotisme des élites en France

Nous publions l’intégralité de cette tribune parue dans Le Figaro parce qu’elle coïncide avec nombre de thèmes défendus ici. Nous publierons notre propre commentaire prochainement.

https://eldorhaan.wordpress.com/2019/06/04/le-figaro-premium-jean-pierre-chevenement-le-drame-dalstom-temoigne-du-declin-du-patriotisme-des-elites-en-france/

http://www.lefigaro.fr/vox/economie/jean-pierre-chevenement-le-drame-d-alstom-temoigne-du-declin-du-patriotisme-des-elites-en-france-20190604

Le Figaro Premium – Jean-Pierre Chevènement: «Le drame d’Alstom témoigne du déclin du patriotisme des élites en France»:

TRIBUNE – L’ancien ministre d’État, qui fut maire, député puis sénateur de Belfort, analyse les causes du démantèlement d’Alstom, longtemps l’orgueil de l’industrie française.

Belfort, dont le nom symbolise l’esprit de résistance, se bat à nouveau le dos au mur. General Electric, auquel la branche énergie d’Alstom a été vendue en 1999 pour les turbines à gaz et en 2015 pour le reste, vient d’annoncer la suppression de plus de 1000 emplois, le quart de son effectif, la moitié de ceux qui travaillent dans le secteur des turbines à gaz, à tel point que la pérennité du site paraît menacée. C’est évidemment un crève-cœur pour le maire de Belfort que j’ai été pendant plus de vingt ans, mais plus encore un épisode symbolique d’un processus de désindustrialisation, lui-même indissociable de la financiarisation et du démantèlement de nos grands groupes industriels depuis plus de deux décennies.

J’espère encore que le président de la République ne voudra pas laisser associer son nom à cette débâcle et saura trouver le moyen de pérenniser ce grand site industriel français dont les salariés sont fiers des produits de haute technologie qu’ils fabriquent. Encore aimerais-je ne pas entendre le porte-parole du gouvernement expliquer que Belfort et ses turbines à gaz seraient sacrifiées sur l’autel de la «transition écologique». On croit entendre Flaubert qui, sous le mot «époque», notait: «Notre époque est une époque de transition» (Dictionnaire des idées reçues).

Le marché des turbines à gaz connaît un fléchissement temporaire. Mais les énergies renouvelables sont des énergies intermittentes. Il faut donc suppléer à leur insuffisance. Ce n’est pas s’avancer beaucoup que de dire que le gaz fera mieux l’affaire dans la prochaine décennie que le charbon (pour de bonnes raisons) et que le nucléaire (pour de mauvaises). Sinon, pourquoi nos amis allemands s’acharneraient-ils à construire un nouveau gazoduc à travers la Belgique? Ce dérapage ne doit pas occulter l’essentiel: la France et l’Europe auront encore besoin de maintenir une industrie de production électrique diversifiée. C’est pourquoi j’ai regretté que l’État ait cédé en 1999 et 2014 un fleuron technologique et qu’il ait refusé, en 2017, de monter au capital des trois «co-entreprises» qui avaient été prévues, dans le protocole d’accord de 2014, pour ancrer General Electric à Alstom et au tissu industriel français.

Le drame que vit Belfort est un drame national, celui de l’abandon de l’industrie française par nos élites financiarisées. Revenons sur l’exemple de Belfort: au départ était un vaste conglomérat fabriquant des turbines nucléaires, hydrauliques à vapeur ou à gaz, des locomotives de fret ou à grande vitesse, des moteurs, des aimants, etc.

La Compagnie générale d’électricité, devenue Alcatel-Alstom en 1991, était traditionnellement dirigée par de grands industriels tels que Pierre Suard. Les choses changent au milieu des années 1990 quand Serge Tchuruk introduit la notion «d’entreprise sans usines» (c’est le début des délocalisations) et de «pure players» (c’est la spécialisation par produits). L’entreprise est alors filialisée. Alcatel met Alstom en Bourse en 1999, après avoir prélevé un «dividende exceptionnel» de 5 milliards d’euros. Alstom, fragilisée, commet l’erreur de racheter les turbines à gaz de son concurrent suisse ABB dont les défauts techniques apparaissent très vite et de vendre à General Electric son usine de Belfort. Son PDG, Pierre Bilger, conduit Alstom à la faillite en 2003. Il a encore assez d’honneur pour refuser une prime de départ de 4 millions de dollars.

Député maire de Belfort à l’époque, j’obtiens de Jacques Chirac, président de la République, une renationalisation partielle d’Alstom: l’État monte au capital (20 %) et rassemble près de 60 banques qui se portent caution. Un nouveau PDG est nommé, Patrick Kron. Le commissaire européen, M. Mario Monti, oblige alors Alstom à se séparer de ses chantiers navals. Sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Économie et des Finances, l’entreprise reprend des couleurs. L’État cède sa participation à Bouygues en 2006. Déçu par l’absence des synergies qu’il espérait, Bouygues sera vite pressé de reprendre sa mise. C’est alors qu’intervient l’épisode du rachat par General Electric de la branche Power d’Alstom (les turbines autres qu’à gaz, y compris les turbines nucléaires Arabelle).

Appuyé par le Department of Justice américain qui prend en otage, en l’emprisonnant plus de deux ans au total, un haut cadre d’Alstom, Frédéric Pierucci, au prétexte de corruption en Indonésie, General Electric convainc le PDG d’Alstom, M. Kron, de vendre pour 12 milliards d’euros une entreprise qui est la troisième mondiale, au motif qu’elle n’aurait pas la «taille critique». M. Kron plaide coupable. Alstom est mise à l’amende pour près de 1 milliard de dollars. Le rachat d’Alstom par General Electric est présenté à l’opinion publique française comme une alliance d’égal à égal avec trois «co-entreprises» à 50-50, tromperie manifeste, car General Electric est majoritaire dans les trois «co-entreprises». Ainsi s’impose «l’extraterritorialité» du droit américain!

Trois ans plus tard, en 2017, l’État refuse de monter au capital des «co-entreprises» où General Electric est majoritaire. Le leurre se dissipe. Non seulement General Electric ne crée pas les 1000 emplois qu’il avait promis, mais il en supprime autant. M. Kron, qui a entrepris de vendre son entreprise sans même en référer à son ministre, part avec une indemnité qui excède largement les 4 millions d’euros. Il n’a pas la décence d’y renoncer, contrairement à son prédécesseur, M. Bilger. La cupidité a définitivement triomphé de l’ancien «esprit de service public». Entre-temps, M. Tchuruk a vendu Alcatel, jadis le numéro un mondial des télécommunications, au finlandais Nokia qu’un groupe américain a depuis lors absorbé.

On voit les ravages qu’a faits dans les élites industrielles françaises la théorie devenue dominante de la «création de la valeur pour l’actionnaire»: tout pour l’actionnaire! Haro sur les salariés et foin de l’intérêt national!

En vingt ans, l’ex-Compagnie générale d’électricité a quasiment disparu: les Chantiers de l’Atlantique sont aux mains de Fincantieri. Ne restent que les câbles et Alstom-Transport qu’on a offert à Siemens, au prétexte de la taille des géants chinois concurrents: à ce compte, c’est toute l’industrie française qu’il faudrait brader! Heureusement,la Commission européenne, pour des raisons qui lui appartiennent, a mis son holà à cette opération.

Les financiers ont ainsi définitivement pris le pas sur les industriels dans nos grands groupes et dans l’État lui-même: le ministère de l’Industrie, avec ses équipes d’ingénieurs compétents pour chaque branche, a disparu. Il a été démantelé (sous Alain Madelin) et absorbé par le ministère de l’Économie et des Finances (sous Dominique Strauss-Kahn).

Il n’y a plus d’État: celui-ci est gangrené de l’intérieur par les lobbies français et étrangers (cabinets d’audit, conseils juridiques, communicants). La confiance est tombée très bas chez les salariés, y compris les cadres, chez les industriels fournisseurs, chez les élus de terrain et plus généralement dans la population, vis-à-vis des responsables de nos grands groupes mais aussi des politiques.

La désindustrialisation de la France est le trait dominant des trente dernières années (les «trente piteuses»).

Ce que j’ai décrit pour Alcatel-Alstom s’applique hélas à Pechiney, à Arcelor, à Lafarge, à Technip et à d’autres. Pechiney aurait pu racheter Alcan. La Commission européenne s’y est opposée au nom de la concurrence: c’est Alcan qui a racheté Pechiney.

Arcelor était le produit d’une fusion «européenne» entre le français Usinor-Sacilor, l’espagnol Aceralia et le luxembourgeois Arbed. La société luxembourgeoise qui en a résulté, Arcelor, qu’on nous a présentée comme l’exemple même des «champions européens» du futur, a été absorbée par Mittal, sans que le gouvernement français puisse juridiquement s’y opposer.

Lafarge a été avalée par le suisse Holcim sous le leurre d’une «fusion entre égaux». Technip, fleuron du parapétrolier français et création de l’Institut français du pétrole, organisme public, a été livrée à son concurrent américain par son patron parvenu à l’âge de la retraite. Que penser d’un pays qui se laisse ainsi dépouiller de ses fleurons?

La part des effectifs employés dans l’industrie a chuté de plus de moitié depuis 1983, de 6 à 3 millions. Le rapport Gallois (2012) a établi que la part de l’industrie dans le PIB est passée de plus de 20 % dans les années 1980 à 11 % en 2010 (contre 22 % en Allemagne). Des pays voisins ont su préserver leur tissu industriel (Allemagne, Suisse, Suède, Italie du Nord). Pourquoi?

La taille des grands groupes français n’a en rien préservé l’industrie dans notre pays. Au contraire, ils sont beaucoup plus exposés à la logique financière.

Un patriotisme au moins local a survécu chez nos voisins. En France au contraire, nos élites considèrent le patriotisme comme ringard. L’esprit de service public, particulièrement dans les grands corps de l’État, a déserté. Les meilleurs choisissaient jadis le service de l’État. La multiplication, pour ne pas dire la généralisation, des pantouflages chez les titulaires des grands postes montre qu’à l’esprit de service public se sont progressivement substitués chez ces derniers sinon la cupidité, du moins le souci de s’agréger à l’aristocratie financière.

Le corps des Mines et l’Inspection des finances étaient l’orgueil de notre administration. Aujourd’hui, ils fournissent les plus notoires des transfuges. Le président Macron veut à juste titre supprimer l’ENA et rebâtir Notre-Dame. Mais c’est le patriotisme français et l’esprit de service public qu’il faut relever !

Quand nos décideurs n’attachent plus d’importance au caractère public ou privé du capital ou à la nationalité d’une entreprise, c’est que les critères financiers dans leur esprit ont pris le dessus. Tout se passe comme si les élites françaises convaincues depuis la fin des années 1970 de l’avènement d’une «société postindustrielle» avaient, dans les dernières décennies, sacrifié l’industrie aux services et à la finance.

Nos élites ont renoncé à l’ambition gaullo-pompidolienne qui consistait à faire de la France une grande puissance scientifique, technologique et industrielle.

Après des siècles de grandeur militaire et impériale, c’était le moyen que les deux premiers présidents de la Ve République avaient imaginé pour que la France continue à jouer dans la cour des Grands et ne se laisse pas définitivement distancer par l’Allemagne, le Japon, sans parler aujourd’hui de la Chine.

La droite s’est détournée du gaullisme. La gauche a très vite abandonné son projet «industrialiste». La logique de la financiarisation («l’acquisition de la valeur par l’actionnaire») a tout balayé.

Est-il encore temps de redresser le cap? Comment convaincre nos élites de changer de mentalité et de réintroduire la France dans leur vision du monde?

En France, tout a toujours procédé d’une impulsion donnée par l’État, car seul l’État peut remédier aux «ferments de dispersion» jadis discernés par le général de Gaulle, encore accrus aujourd’hui par la financiarisation du capitalisme. Seul l’État peut corriger ces travers par une intervention directe au niveau des grands groupes industriels et par un transfert de l’épargne vers les grands projets industriels et technologiques d’avenir. Le président de la République saura-t-il se ressourcer, dans la deuxième partie de son quinquennat, à l’esprit du gaullisme qui est aussi celui de nos institutions et de la République elle-même?

La nécessaire révolution culturelle dans nos élites pourrait alors s’accomplir.

La bataille que mène Belfort pour rester une grande cité industrielle et technologique prendrait alors valeur de test du vouloir vivre national. C’est l’esprit de nos élites qui en est l’enjeu. Continuer Belfort, ce sera continuer la France!

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 05/06/2019.
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Jean-Pierre Chevènement
Source: premium.lefigaro.fr

 

on lira aussi :

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Alstom/Siemens: «A quand une politique industrielle vraiment indépendante?»