la lanterne de diogène

13 octobre 2018

Francophonie et conscience

Une fois de plus, le sommet de la Francophonie s’achève en eau de boudin. Avec l’appui de la France qui veut remettre les pieds au Rwanda après que son Président (depuis 2000) lui ait tourné le dos, mis fin à l’enseignement du français au profit de l’anglais et adhéré au Commonwealth, la candidate appuyée par le Rwanda, Mme Louise Mushikiwabo a été élue au poste de Secrétaire. Les pays africains s’en réjouissent puisque la présidence revient à nouveau au continent noir après l’intermède américiain de Mme Michaëlle Jean, Canadienne d’origine haïtienne.

OIF_emmanuel-macron-armenie-17e-sommet-francophonie

À chaque réunion de l’OIF, nous faisons ce constat navrant et la question se pose : à quoi sert l’OIF ?

Quand on voit que, parmi les membres à part entière, figurent des pays comme l’Albanie, l’Arménie, la Bulgarie, la Grèce, la Macédoine du nord ou l’Égypte, on peut émettre des doutes sur la cohérence et le sérieux d’une telle institution.

Officiellement, l’OIF est née du besoin des pays francophones de disposer d’un cadre pour maintenir des relations privilégiées notamment entre la France et ses anciennes colonies. S’y ajoutent la promotion d’un style de vie et de valeurs face à la suprématie anglophone qui impose ses normes et ses standards au monde entier.

Or, dans les pays cités, on ne parle pas français et on ne l’utilise même pas comme langue internationale. En Égypte, les noms des rues sont traduits en anglais après l’avoir été en français et les Droits de l’Homme qui figurent dans les valeurs défendues par l’OIF n’ont jamais été respectés. Ne parlonspas de la situation chez les membres associés et observateurs.

 

Malgré tout, l’OIF enregistre sans arrêt de nouveaux candidats à l’adhésion. Il est vrai que si l’on s’assoit sur les Droits de la Personne humaine et même sur la francophonie, il n’y a pas de raison de refuser les demandes. L’OIF est en train de devenir une mini ONU ou UNESCO ; à moins qu’on préfère dire l’ONUESC. C’est bien ce que dis M. Jocelyn Coulon, diplomate québécois. Tout ceci est stupide surtout si l’on observe ce qui se passe à l’ONU depuis plusieurs années. Beaucoup d’États membres ne cachent pas qu’ils ont adhéré autrefois pour avoir la paix mais qu’ils exigent, aujourd’hui, des dérogations au respect des valeurs fondamentales de la Charte des Nations Unies, notamment en matière de respect des Droits de l’Homme et surtout des droits de la femme. Pour la Francophonie, on peut penser que ce sont les subventions qui intéressent certains pays qui s’empresseront aussitôt de réclamer des dérogations sur la diffusion de la langue française et sur les Droits de la Personne humaine. D’autan plus que’ils ne sont pas francophones puisque la population qui parle français ne représente que 3 % de la population mondiale.

 

Selon l’article https://culturebox.francetvinfo.fr/culture/sommet-de-l-oif-la-francophonie-a-l-heure-des-questions-280399#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20181009-[actu]&pid=

des membres souhaitent revenir aux fondamentaux de l’institution et ne plus se perdre dans des missions qui ne relèvent pas de sa compétence et pour lesquelles elle ne dispose d’aucun moyen. Rappelons ici, notre attachement à la langue française pour exiger de l’OIF que ses membres, au minimum, utilisent le français comme langue administrative ou comme langue internationale quand la langue officielle est peu diffusée ou utilise un alphabet localisé ; ce qui est tout même le cas de quatre pays sur les six cités précédemment. Il est de toute première instance qu’il n’y ait pas de cours en anglais dans les universités des pays membres à part entière ou observateurs. Seulement, comment l’exiger quand, en France même, on commence à envisager des cours en anglais dans certaines universités ou grandes écoles ? Comment l’exiger quand, en France, l’Institut Pasteur et d’autres organismes de recherche publient leurs travaux exclusivement en anglais ? Comment l’exiger quand, en France, on laisse des marques employer des slogans publicitaires en anglais, y compris des marques françaises comme Renault ou Air France dans lesquelles l’État a encore une participation ? Comment l’exiger quand on vient, aujourd’hui même, de changer les noms des carburants à la pompe pour adopter des sigles anglais ? le GPL devient le LPG…

 

Autre série de questions sur l’OIF : Que dire du Rwanda (avec un « w » selon les règles de l’anglais) qui vient d’adhérer au Commonwealth, dont le Président s’exprime désormais en anglais notamment pour annoncer sa candidate au poste de Secrétaire de l’OIF ? En tout cas, il a déjà adopté la mentalité anglaise puisqu’il entend s’éloigner de l’OIF dans les faits tout en espérant la diriger. Il dirige déjà l’Union Africaine depuis cette année. La réponse du Président français est édifiante puisque, selon lui, ce qu’il appelle le « plurilinguisme » est un avantage qu’il n’est pas loin d’encourager. « Plurilinguisme » est un euphémisme pour traduire l’abandon du français et des autres langues locales au profit de l’anglais et de ses standards. Rappelons en passant que l’influence de l’anglais dans le monde ne concerne pas seulement l’usage de la langue mais aussi de ses règles phonétiques pour les transcriptions en alphabet latin de mots – de noms propres en général – écrits dans un alphabet différent (arabe ou chinois surtout). C’est particulièrement vrai pour le son ‘je’ transcrit en anglais par ‘zhe’ puisque la lettre ‘j’ se prononce ‘dje’ en anglais. On en arrive à modifier des noms qui nous étaient familiers comme Djakarta (devenu Jakarta ainsi que le correcteur d’orthographe vient de le confirmer) ou djihad de plus en plus écrit « jihad » en anglais. Il ne vient plus à l’idée de personne d’écrire Changaï avec un ‘C’. Ça paraît anecdotique mais cette extension des normes anglophone dans tous les domaines et notamment de la vie courante, façonne notre manière de penser. Si nous défendons, ici, le français et les autres langues face à l’anglais, ce n’est pas par haine de la langue de Shakespeare mais parce que, comme l’a démontré George Orwell dans son fameux « 1984 », le contrôle du vocabulaire induit la façon de penser. Il n’est pas étonnant que quelqu’un comme le Président Macron, technocrate et financier anglophone, ne trouve rien à redire à la primauté de l’anglais parmi les membres de l’OIF et qu’il se trouve très à l’aise dans la « mondialisation » qui n’est autre que l’imposition du mode de vie anglo-américain et des standards anglais avec tout ce que ça signifie en matière économique.

 

Il est frappant de voir que le Guide du Routard utilise systématiquement la transcription des noms propres, noms de lieux, en anglais, comme si la présence de ‘k’, ‘w’, ‘z’ était une preuve d’authenticité pervertie par l’usage du français ou de l’espagnol, toujours présentés comme une rémanence de la colonisation. À croire que la diffusion de l’anglais a été un choix de bon goût des populations. Curieux de voir comme la culture protestante privilégie les standards anglo-américains. Quand la conscience s’exprime dans une langue, elle en adopte nécessairement le système de valeurs exprimé par cette langue. Par conséquent, la défense du français et des langues autres que l’anglais est une nécessité pour la défense de la diversité culturelle et humaine.

 

 

 

https://culturebox.francetvinfo.fr/culture/sommet-d-erevan-emmanuel-macron-appelle-a-reinventer-la-francophonie-280503#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20181011-[actu]&pid=

https://actualite.20minutes.fr/politique/2352519-20181011-deplacement-emmanuel-macron-arrive-armenie-francophonie-aznavour#xtor=EREC-182-[actualite]

https://www.la-croix.com/Monde/Francophonie-pleine-errance-2018-10-11-1200975208

http://www.rfi.fr/europe/20181011-oif-sommet-erevan-discours-macron-trudeau-baroud-honneur-michaelle-jean-francophonie

https://culturebox.francetvinfo.fr/culture/la-rwandaise-louise-mushikiwabo-elue-a-la-tete-de-la-francophonie-280559#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20181012-[actu]&pid=

 

 


08 octobre 2018

Aznavour a été emmené

Les artistes meurent mais les enterrements ne se ressemblent pas. Pour Johnny, les radios genre Nostalgie n’ont passé que ses chansons pendant plusieurs jours. Pour Aznavour, curieusement, c’est Inter qui en a diffusé le plus, introduisant des chansons dans des émissions de bavardage et en supprimant ou aménageant d’autres. Sur les funérailles, le cortège a parcouru les rues de Paris avant de gagner l’église tandis que pour le petit Charles, c’est la cour des Invalides qui a accueilli le cercueil. Comme a dit Michel Fugain, « qu’est-ce qu’il fout là ? ». On peut penser que le Président de la République voulait un lieu solennel pour quelqu’un qui, n’oublions pas, était ambassadeur. Et puis, visiblement, le Président Macron aime ces cérémonies où il excelle. Celui ou ceux qui lui préparent ses discours, ses « langages » comme on dit aujourd’hui, sont très bons, savent les mots qu’il convient à chacun des défunts ainsi honorés. Dommage pour le peuple parisien qui aurait aimé en être, plutôt que de suivre sur l’écran géant la cérémonie réservée aux gens importants.

 

Parmi les réactions, je citerai celles de deux personnalités citées plusieurs fois dans La Lanterne de Diogène

Bernard Lavilliers : "C’était un géant cet homme pour ce qui était de la chanson, il était fou de la scène. Il m’avait d’ailleurs dit: "si j’arrête de chanter, je meurs". Ce que j’aimais chez lui, c’était sa voix, qui me faisait un drôle d’effet. Elle avait quelque chose du voyage. Sûrement du fait que ses parents sont arrivés en France apatrides... Il avait des mélodies légèrement de l’est. La nostalgie, la mélancolie qui sortaient de sa voix me touchaient toujours. C’était un "chanteur-migrant", c’est pour cette raison qu’il voyageait autant. (...) C’était le mec le plus gonflé qui soit pour avoir écrit "Comme ils disent" à cette époque, en 1972, et étant un chanteur très aimé des femmes"

Dimitri Yachvili : « Sa voix touchait une énième fois le cœur des arméniens samedi dans les rues d'Erevan. Son âme y restera éternellement... Reposez en paix Monsieur Aznavour.

L’article précédent a été écrit une heure après l’annonce de la mort de Charles Aznavour et les chansons qui venaient immédiatement à l’esprit étaient celles citées. Ensuite, je me suis rendu compte que, malgré le peu d’intérêt pour ces chansons qui traitent des problèmes de couples, il y en a une qui a accompagné systématiquement mes ruptures. Il s’agit bien sûr de « Désormais » : « Désormais, on ne nous verra plus ensemble ». Ben oui, en plus de la rupture, de la déchirure, de l’abattement, il faut encore affronter les autres et leurs questions. Pourtant, lors de ma dernière rupture, ce n’est pas celle-ci qui s’est imposée mais une autre d’Aznavour, encore : « Et pourtant ».

« Et pourtant, pourtant, je n’aime que toi »

 aznavour - Muppet's - Copie

 

Il n’empêche, en ré-écoutant les chansons d’Aznavour les plus emblématiques, on a vraiment l’impression que ce sont des chansons de vieux, chantées par un vieux, même quand il avait 35 ans. Finalement, c’est ça le secret de sa longévité : il a toujours été vieux, sauf au cinéma. On a eu raison de mettre à part des titres comme « Deux guitares » où il donne toute la mesure de son talent, de sa folie artistique, de sa nostalgie de l’Europe orientale. « La Bohème » est revenue plusieurs fois. Pour moi, elle complète « Saint-Germain-des-Prés » de Léo Ferré. Autres temps, autres lieux. « Comme ils disent » a probablement révolutionné le regard sur les « homos comme ils disent » auprès du grand public. Il a fallu qu’on dise que « Emmenez-moi » n’a eu aucun succès à sa sortie. Quelle blague ! On l’entendait partout et plusieurs fois par jour, y compris sur France-Inter qui diffusait aussi des chansons à cette époque. On aime bien penser que les artistes sont incompris de leur vivant ou dans leur jeunesse.

Quand on a évoqué les chansons qu’il a interprétées dans plusieurs langues, on s’est empressé d’ajouter à chaque fois « et même en espagnol », comme s’il était tout à fait incongru de s’exprimer en espagnol quand on est pas hispanophone. Ça en dit long sur la hiérarchie qu’on établit entre les nations et les cultures.

Inter a rediffusé la « Radioscopie » de Jacques Chancel où Charles Aznavour déclare, il y a 50 ans, qu’il sent qu’il est parti pour vivre 104 ou 105 ans. Dans ses derniers propos, il annonçait les dates de sa prochaine tournée. Il se croyait immortel alors que, de toute évidence, il avait la voix fatiguée mais comme on l’a toujours moqué pour sa voix, il devait penser que c’était normal.

 

Pour finir, une rectification. Quand j’habitais là-bas, on m’avait dit que l’artiste habitait Mérindol. Or, c’était sur l’autre rive de la Durance, à Mouriès, au pied des Alpilles, encore plus près de là où j’habitais. J’y suis passé plusieurs fois et quand je repasserai par là, maintenant, j’aurais une petite pensée pour lui.

 

Posté par la colere à 13:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

06 octobre 2018

Montserrat Caballé

Montserrat-Caballe

Il n’étonnera pas les fidèles de La Lanterne de Diogène que la première fois que j’ai entendu le nom de Montserrat Caballé, c’était dans les Inter-Actualité Magazine d’Yves Mourousi. Dire que j’ai été emballé à cette époque serait exagéré mais je n’ai pas eu le rejet habituel en entendant les voix forcées des chanteurs d’opéra. Au moins, on comprenait ce qu’elle chantait.

Montserrat Caballé avait une voix exceptionnelle qu’elle travaillait et mettait au service de la diffusion de la culture afin que la musique, le chant ne soient pas réservés à une élite. Ce n’était pas une diva avec ses caprices, ni une de ces chanteuses corpulentes qui font les délices des caricaturistes. Elle était restée simple et avait de l’humour.

Montserrat Caballé est restée populaire et la meilleure preuve c’est son duo avec Freddy Mercury et son envie de reprendre le tube du groupe rock alternatif espagnol Mecano : « Hijo de la luna ».

L’enregistrement a été effectué à l’occasion de l’Exposition Universelle de Séville, en 1992 qui a marqué le renouveau de l’Espagne. Faut-il encore préciser que (et son prénom ne laisse aucun doute) que Montserrat Caballé était catalane.

https://www.youtube.com/watch?v=JRenWLlRHx4

Une grande voix s’est éteinte cette semaine. Montserrat Caballé va laisser un grand vide.

 

https://www.ouest-france.fr/culture/musiques/la-celebre-soprano-espagnole-montserrat-caballe-est-decedee-6005017

 

http://www.zimbio.com/pictures/FCCPsFCndnl/Montserrat+Caballe+Press+Conference+Marbella/_ck9FBMGB9Z

 

Posté par la colere à 10:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

05 octobre 2018

Le Prix Nobel de la Paix 2018 pour le Dr Mukwege et Nadia Mourad

Denis Mukwege et Nadia MuradEnfin !

Depuis le temps que le Dr Denis Mukwege est pressenti pour le Nobel de la Paix ...

Et puis, belle récompense pour Mlle Nadia Mourad après tout ce qu'elle a subi.

Honneur et respect à tous les deux !

 

https://www.nouvelobs.com/monde/20181005.OBS3471/le-nobel-de-la-paix-decerne-au-congolais-mukwege-et-a-la-yazidie-murad.html

https://www.lemonde.fr/international/article/2018/10/05/nobel-de-la-paix-le-medecin-congolais-denis-mukwege-et-la-militante-yezidie-nadia-murad-recompenses_5365067_3210.html

Posté par la colere à 22:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

01 octobre 2018

Charles Aznavour

Bien sûr, c’était attendu mais ça fait tout de même de la peine.

Je n’aimais pas Aznavour autrefois avec ses chansons qui parlaient des aléas des couples installés et des infortunes des rencontres sans lendemain. Je n’aimais pas sa voix non plus. Il a fallu « Ils sont tombés » pour que je prenne la mesure de l’étendue de son répertoire.

 À l’âge d’homme, j’ai pu découvrir quelques petits bijoux comme « Ma bohème » qui évoquait mon village de Montmartre tel que je l’ai connu au début mais plus pour très longtemps. Les airs de jazz (Jazznavour), les airs tziganes et puis, c’était l’auteur d’une de mes chansons préférées, probablement celle que j’ai entendu en premier sur l’électrophone de mes parents « Les comédiens » mais par les Compagnons de la Chanson. Le meilleur ami d’ Aznavour était Fred Mella, leur ténor et soliste. Du reste, chaque fois que l’un ou l’autre évoquait un souvenir, il commençait par : « J’étais avec Fred Mella et... » ou bien « J’étais avec Charles Azanavour et... ». Fred Mella racontait comment lui, fils d’immigrés italiens avait rapidement sympathisé avec Aznavour, fils d’immigrés arméniens.

 

L’Arménie, pour paraphraser Corneille, on pourrait dire que l’Arménie n’est plus en Arménie, elle est toute en lui.

 

Discrètement, comme tous les Arméniens, il y pensait tout le temps et il soutenait la cause de l’Arménie et des Arméniens chaque fois qu’il le pouvait. Premier génocide du XXe s. (mais pas le 1er au Moyen-Orient), on sait que le silence des puissances de l’époque a servi de modèle pour celui des juifs. Du reste, il y a de nombreuses similitudes entre les deux peuples, l’exil, les violons, les génocides, la volonté de se relever et de relever les plus faibles d’entre eux.

Aznavour était aussi un amoureux de la Provence. Il habitait au bord de la Durance, « L’eau vive » de l’autre grand chanteur, Guy Béart. Il y aurait tant à dire tant la vie et la carrière de Charles Aznavour ont été riches. Sans doute que des radios ont déjà commencé à passer ses chansons, en commençant par les plus connues.

 Malgré tout, si je mets de côté l’émotion de l’hommage aux enfants d’Arménie tombés, si je mets en sommeil la nostalgie des « Comédiens » qui traversent dans la nuit des villages endormis, je mettrai au sommet « Emmenez-moi », hymne au voyage, à la découverte d’autres horizons, d’autres humains. Et une pensée pour Marina, un voyageuse rencontrée au cours de voyages qui, me sachant français, aimait me chanter « Emmenez-moi ».

On emmène toujours une chanson avec soi quand on voyage, quand on va vers l’autre car on n’oublie pas d’où l’on vient ni ce que l’on cherche ailleurs.

 Charles Aznavour a beaucoup voyagé pour son métier. Partout, il était connu et reconnu. On disait que c’était le seul crooner d’expression française. Il chantait dans plusieurs langues et l’on avait l’impression de comprendre car il faisait toujours du Charles-Aznavour.

 

J’aimerais savoir dire « adieu » en arménien à ce petit géant de la chanson

 

 

aznavour - rfi

 

 

http://www.rfi.fr/culture/20181001-charles-aznavour-artiste-engage-armenie-disparition-france?ref=fb_i

 

 

 

Posté par la colere à 15:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


30 septembre 2018

Pétillon

Je dois à Pétillon nombre de fous rires. Le premier a dû se produire en découvrant le dessin de Pétillon dans BD Magazine,

pétillon - corseéphémère hebdo de l’équipe du Charlie-Hebdo historique, à moins que ça ne soit dans (À suivre) car je ne suis pas familier du Canard Enchaîné. Et puis, dans Le Matin de Paris (seul quotidien de gauche non communiste et artisan de la victoire de 1981), il y avait « Le baron noir ». Pétillon était bourré d’idées, toutes plus drôles les unes que les autres.

Sa valeur immense a été reconnue avec la parution de « L’Enquête corse », où son génie met en scène son détective maladroit qui, bien malgré lui, découvre l’ampleur de la question corse. Le peuple corse, si susceptible, a pourtant fait un triomphe à cette bande dessinée où il se reconnaissait trop bien. De passage sur l’île de beauté pour présenter et signer son « Intégrale corse », il a rencontré un succès auprès de ses lecteurs insulaires. Il a recommencé avec « L’affaire du voile », toujours avec le même personnage improbable, qui explore les quartiers où ceux qui en parlent le plus n’y mettent jamais les pieds. « Enquête au paradis » dénonce à la fois les paradis fiscaux et la presse à sensations.

L’humour dissimule mal la profonde connaissance des dossiers traités et nul doute que ses planches feront autorité quand il s’agira d’illustrer les questions qu’il a abordées, à l’instar du célébrissime dessin de Caran d’Ache sur l’affaire Dreyfus.

 

https://www.corsematin.com/article/article/rene-petillon-auteur-de-bd-et-createur-de-lenquete-corse-est-decede-a-lage-de-72-ans

 

Posté par la colere à 22:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

29 septembre 2018

La société bloquée (par Jérémy) et réponse

On n'aime pas trop dans ce pays les novateurs, les solitaires, ceux qui marchent hors des clous et explorent les chemins de traverse. Sont entendues comme hérétiques, pour rester dans le parallèle religieux, les alternatives à, je dirais, le "travail forcé" et à un mode de vie tel que je le décrivais plus haut sur le mode caricatural. Plus largement, seront vus comme hérétiques les allergiques à la télé, à la pub, aux sports de masse, à "la vie associative", les critiques du bénévolat et du charity-business, les autodidactes, les abstentionnistes, les esprits lucides, les dissidents de Clochemerle, pour qui le monde ne saurait s'arrêter aux frontières de l'hexagone.

L'exemple de NDDL, que tu cites, est éclairant. Un champ d'expérience qui, dans un pays libre autrement que dans les professions de foi de ses politiciens, aurait été intégré en tant qu'hypothèse de travail et étendu à d'autres territoires en friche. Mais là on se heurte à de rudes adversaires. Les technocrates, les politiciens, le clientélisme des politiciens, l'idéologie dominante, les multinationales du bétonnage et... la paysannerie qui est loin d'être une entité bienveillante - quiconque vit à la campagne ne me démentira pas. En arrière-plan se profile un dogme indéboulonnable issu de cette vieille culture paysanne dont découle le mode de vie-franco-français : le droit sacro-saint à la propriété privée. Tu veux t'installer en tant que cultivateur bio, coco ? Créer une communauté auto-suffisante ? Sois propriétaire terrien d'abord. Ensuite tu pourras faire ce que tu veux, dans la limite de ce que t'autorisent les normalisateurs de Bruxelles (qui n'ont jamais vu un poirier autrement qu'en photo) et l'Etat à leur solde.

Bref, on n'est pas, mais alors pas du tout dans un pays libre. Toute velléité d'initiative individuelle et novatrice est corsetée par un faisceau de lois, de décrets, de dispositifs, une bureaucratie omniprésente et les sanctions prévues par ce qui est rien moins qu'un Etat policier. On l'a vu récemment avec ce type qui a inventé le skate-board volant qui nous émerveillait dans "Retour vers le futur", dont les essais sur les bords de la Méditerranée ont été mis en échec par notre bonne vieille Maréchaussée. On ne veut pas de ça chez nous ! Un visa pour les USA et l'avenir de cette merveilleuse invention est assuré. On se contentera d'acheter au prix fort les droits dérivés, le moment venu.
On l'a vu aussi avec les projets exprimés ici et là d'implanter sur des terrains inutilisés des petits pavillons destinés à loger des SDF. Initiative récupérée par le FN qui arguait des facilités accordées aux migrants, nourris, logés, nantis de vélos et de smartphones, alors que nos sans-toit crèvent dans la rue. Ce qui soulève, en effet, de ces questions qui tuent propres à alimenter quelque débat sans fin utile à noyer le poisson - la mauvaise foi partisane étant bien au-delà du foot notre sport national.
De fait, l'idée, intéressante, a tourné court. Ce qui a évité à ses auteurs de devoir se confronter à l'hostilité des communes et des propriétaires voisins, en clair de poser les vraies questions de fond, vouées comme il se doit à des débats sans issue concrète.
Outre les barrières précitées, il y a celles que pose le réseautage, passage obligé pour tout esprit créatif, novateur, imaginatif soucieux de rencontrer une demande, un public. Cela va des assos' agréées (les assos' sont au Système ce que ses prélatures sont au Vatican...!) aux milieux dits autorisés, implique à la base la nécessité d'appartenir à la bonne caste socio-professionnelle ou d'en avoir reçu l'onction, et suppose la capacité à savoir se vendre et les moyens de s'arracher de sa province pour aller courtiser les gens qu'il faut. Sous peine de se retrouver dans son coin à faire du sur-place avec ses idées.

On revient au rapport au travail, dont tu pointes le côté délirant chez les syndicalistes et la politicaille hors-sol, de droite comme de gauche.
On peut dire que les syndicats paient d'un lourd tribut leur non-prise en compte du statut de chômeur et leur totale absence auprès des précaires. Qui représentent-ils désormais dans le monde du travail, hors les corporations bureaucratiques où ils comptent encore quelques affiliés ? Beaucoup de précaires étaient employés dans nos administrations du temps des emplois dits aidés - auquels les syndicats et la gauche semblent être très attachés, et là on est quand même dans un sacré paradoxe ! On veut bien défendre les intérêts du camarade fonctionnaire, mais le lumpenproletariat, on connaît pas ! Livré à lui-même, le lumpenproletariat.

Quant à la gauche, enfin, à ce qu'il en reste... Je peux te dire que le lyrisme de l'insoumis de service, le précaire qui a du mal à finir le mois, ça le fait doucement ricaner, et que les ponctuelles manifs de fonctionnaires, qui dans nos rues font penser à des processions conventuelles, il passe à côté sans se retourner. J'habite un de ces bleds paumés dont parle Olivier Razemon, devenus des foyers de paupérisation où à chaque élection l'extrême-droite gagne du terrain. Dans ces bleds aussi on est dans le champ d'expérimentation, mais en sens inverse de ce que j'écrivais au début ce mon propos. Des bleds où les pauvres vont se ravitailler aux Restos et dans des épiceries associatives, où le CCAS ne désemplit pas au moment des factures de chauffage. Où la gauche tient les manettes et surtout, les pieds au chaud des retraités des banlieues pavillonnaires excentrées, subventionne à mort leurs assos' de gym et de rando, d'anciens combattants, de pétanque, leurs chorales
patoisantes et leurs repas des anciens où coule à flots le rosé. Mais où croupissent RSAstes et chômeurs parce que l'économie y est inexistante, les transports en commun sous-développés et qu'une dette persistante fait que ceux qui sont imposables, particuliers, proprios et commerçants, sont pilonnés fiscalement et qu'on n'investit plus qu'à la petite semaine pour privilégier un certain électorat plutôt que celui dont on sait n'avoir pas de voix à attendre.
Et pourtant, il y aurait à faire pour redonner du peps à cette ville. Elle compte des artistes, des gens qui ont des tonnes d'idées, des envies d'initiatives mais qui n'ont aucune envie de les brader dans des bénévolats hasardeux pour rester dans les clous de la liberté conditionnelle. Qui ont juste envie de vivre décemment là où ils sont. Qui en ont ras-le-bol de "faire les bénévoles" tandis que les factures s'accumulent dans les boîtes aux lettres et que la télé leur raconte la dernière de Macron dûment analysée par les commentateurs agréés, dont la parole va à l'opposé de celle de cette entité bafouée qu'est la femme, l'homme de la rue.

Oui, avant de conclure, Diogène, une petite réserve à propos des Esat : dans le contexte du handicap, le travail peut représenter une utilité, à défaut de salut, dans la mesure où ce genre d'institution permet à des personnes que leur handicap promet à l'isolement de conserver un semblant de vie sociale. Même si on est loin d'une véritable intégration, chose dont la société française, dans sa rigidité (et là je parle du système français comme de nos "compatriotes"), est tout à fait incapable. On ne sait pas en France, et ON NE VEUT PAS intégrer ce qui n'entre pas dans les cases précontraintes, l'handicapé, le Black, le pauvre, l'artiste hors-réseaux autorisés, le baba-cool, le Zadiste, le sans-toit, le Gitan... Mais c'est là un autre débat sans fin.

 

 

Réponse de La Lanterne de Diogène :

 

 

 

La déconnexion de la classe politique et des syndicats est sans doute l’aspect le plus original et le plus douloureux de ces années de crise qui succèdent aux fameuses « Trente Glorieuses » qui ont marqué une apogée imparfaite mais le déclin qui suit force à dresser ce constat.

 

L’abstention, le faible taux de syndicalisation sont les symptômes les plus marquants de cette crise sociétale. Ceux dont c’est la seule raison d’être, à savoir de représenter les citoyens, les travailleurs, les consommateurs, les contribuables, semblent vivre sur une autre planète tant leurs discours sont éloignés de la vie quotidienne subie, dans la plupart des cas par la classe moyenne. Quand il y a inadéquation entre les élites et le peuple, on peut espérer que les élites, éclairées vont orienter le peuple vers un mieux. C’est leur tâche suprême, parfois, d’aller à contre-courant pour ne pas céder à la démagogie. Ce qui est frappant, c’est que nous avons les deux, à savoir des élites incapables de guider car elles persistent dans l’erreur et la démagogie.

 

Nous avons dit, il y a quelques années, que la gauche s’est aliénée le peuple et donc son électorat en choisissant de défendre des minorités brillantes à ses yeux, plutôt que le peuple dans son ensemble. Pourtant, le succès des stands et des pavillons culturels à la Fête de l’Humanité, autrefois, montre bien que le peuple n’est pas insensible à la beauté et à la culture pour peu qu’on la mette à sa portée. Les revues culturelles communistes, comme « La Nouvelle Critique », montraient bien qu’on brillait en dehors des revendications des minorités. On sait vers quelles illusions le peuple répudié s’est tourné quand ses représentants naturels leur ont tourné le dos.

 

Tous les Gouvernements anticipent sur la réussite de leur politique et, pour bien persuader l’opinion, annoncent en premier des mesures qui pénalisent les chômeurs. Puisque ça va aller mieux, la croissance va revenir et l’emploi dans la foulée. Par conséquent, on peut baisser les allocations ou instaurer une dégressivité en attendant la croissance. On a vu que, à chaque fois, on est revenu sur ces mesures pour ne pas augmenter la misère.

 

Les syndicats sont aussi discrédités dans la mesure où, dans les entreprises et surtout dans les administrations, ils ne font rien contre des anomalies que subissent les salariés au jour le jour. Ça va des conditions de travail à la promotion en passant par les affectations. Certains salariés subissent davantage les dysfonctionnements de l’organisation du travail et n’ont que faire des slogans syndicaux auxquels on ne peut qu’adhérer et qui apparaissent tellement éloignés des problèmes quotidiens. Et c’est sûrement pas en disant qu’il faut d’abord changer les causes et le système qu’ils vont pouvoir se renforcer et accomplir ce pour quoi ils existent.

 

Les syndicats s’obstinent à ne pas prendre en compte le chômage, en attribuant sa cause à de mauvaises politiques qu’il suffira d’inverser. Pas question d’admettre cette réalité et de paraître gérer le chômage de masse alors qu’il faut le combattre. En attendant, les chômeurs sont exclus. Certains n’ont plus de toit et rejoignent ceux qui sont allongés sur les trottoirs. Les uns comme les autres ne sont pas pris en compte. Nous avons déjà dit que tout se passe comme s’ils n’existaient pas et l’on prend des mesures pour faciliter l’insertion des handicapés, des réfugiés, des prisonniers, des jeunes, des sans-diplômes mais pas de ceux qui sont privés d’emploi et qui voient les ceux-là leur passer devant alors qu’ils attendent depuis plus longtemps.

 

Idem pour les sans-abris : on crée (quand on le fait) des hébergements d’urgence pour les nouveaux arrivants et on laisse les autres croupir sur les trottoirs ou dans des tentes sur les berges humides des canaux parisiens. En Allemagne, le petit pécule qu’on donne aux réfugiés passe mal dans une population qui subit la précarité qui trompe l’opinion sur le soi-disant plein-emploi à l’Allemande. Les constructions nouvelles servent juste à ceux qui le peuvent financièrement, à quitter un quartier dont ils ne veulent plus ou, parfois, à acquérir un logement plus conforme à l’évolution de leur vie (famille qui s’agrandit ou départ des grands enfants). Les appartements ainsi libérés permettent tout juste de ne pas trop augmenter le nombre de sans-abris. Le fond du problème n’est pas traité. Déjà, au moment de la crise des « boat-people », le nouveau quartier construit au sud de Paris a finalement logé ces réfugiés plutôt que les mal-logés qui attendaient mieux depuis parfois des années.

 

Le plus drôle, c’est que, alors même que le chômage progresse, que les artisans rament, les pouvoirs publics ne trouvent rien de mieux que d’encourager le bénévolat. Vous avez du temps ? Venez donc donner un coup de main. Vous êtes au RSA, venez donc bosser pour rien ! Nous avons aujourd’hui le recul sur les expériences passées et nous savons que très rares ont été les emplois aidés qui se sont transformés en contrats de travail salarié. À plus forte raison le bénévolat ou même le stage en entreprise. Tout le monde le sait et pourtant, on s’obstine dans ces voies sans issue. Plus personne ne veut payer pour quoi que ce soit. Il faudrait d’ailleurs s’interroger. Jusqu’à présent, des politiciens genre Macron nous expliquent que c’est la faute de l’imposition. Donc, ils font mine de diminuer les impôts. Partant, ils diminuent aussi la redistribution. Le dogme de l’ultra-libéralisme c’est qu’on ne doit pas redistribuer, chacun doit pouvoir se débrouiller dans un monde idéal aidé par « la main invisible du marché ». Là, on est bien dans la religion dans ce qu’elle a de plus irrationnel et il n’y a même pas la spiritualité pour élever la réflexion.

Or, le manque d’argent est dû en grande partie, non pas au prélèvement sur les revenus mais à la faiblesse des salaires qui ont peu augmenté, du fait, notamment, que le taux d’inflation officiel est très bas. Pourtant, tout le monde a pu constater, en France comme ailleurs en Europe, que le passage à l’euro s’est traduit par une hausse des prix courants : alimentation, restauration, hôtellerie. Le textile et l’informatique ont vu leurs prix baisser non pas en lien avec l’euro mais parce que fabriqués en Asie où la main d’œuvre est bon marché.

 

Ceux qui profitent du système n’ont certainement pas envie d’en changer et ils sont assez puissants pour freiner des quatre fers. Les plus lucides voient bien que le bateau prend l’eau mais, tout comme sur les galères romaines, ils veulent avoir le plaisir de voir ou de savoir la chiourme enchaînée, boire la tasse avant de sombrer à leur tour. On nous dit, on nous répète que le monde est en train de changer. Les potentiels sont immenses dans presque tous les domaines mais les décideurs, les financiers ne voient ce potentiel que comme une amélioration de l’existant et non comme changement.

 

 

 

 

 

 

 

Posté par la colere à 20:44 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

27 septembre 2018

Parlons travail... autrement (par Jérémy)

Nous publions rarement les analyses extérieures parce que, jusqu’à présent, après plus de 10 ans de Lanterne de Diogène, ça ne s’est pas présenté, à notre grand regret. Lorsque les commentaires étaient courts, nous les avons systématiquement publiés. Ont-ils été lus ?

 

La complexité des réponses de Jérémy nous force à les publier en fin d’article commenté et dans une nouvelle catégorie qu’il a fallu créer et qui permet de renouveler un peu le blog : Contribution extérieure.

Rappelons aussi les contraintes de l’hébergeur. Ainsi, les réponse de l’administrateur sont obligatoirement signées « La colère » et l’on ne peut rien y faire. Ensuite, dans le passé, il y a eu des changements de caractère en plein milieu d’un texte, des alinéas forcés devant chaque majuscule. Tout ça a fait dire à un commentateur que nous faisions des « copier-coller ». Aujourd’hui encore, il y a des problème avec l’insertion d’images.

Enfin, regrettons que Canalblog fonctionne avec des réseaux sociaux mais pas avec Facebook qui correspond davantage au profil intéressé par La Lanterne de Diogène.

Voici donc en lecture facilitée la première contribution signée Jérémy

 

 

Il y a longtemps que je me pose une question bizarre à propos du travail.

D'où vient ce prestige dont jouit le travail auprès de la majeure partie de la population, sachant qu'il ne doit pas y avoir plus de 10 % de nos colocs, sur cette planète, qui gagnent correctement leur vie en faisant un boulot qu'ils ont vraiment choisi, qui pour eux a du sens, où ils s'épanouissent?

Je pensais qu'avec les années et le retour de l'esclavage sous cette forme policée qu'on appelle le précariat, la malédiction paulinienne ("Celui qui ne travaille pas...", etc ) perdrait de son lustre, notamment auprès des classes dites populaires. Au contraire c'est chez celles-ci que le chômeur, l'allocataire, le déporté immobile du système libéral est le plus stigmatisé.

Je pensais que les évolutions de la Société amèneraient au moins une partie de la population, celle idéaliste et au crâne plus rempli que la moyenne, celle soucieuse d'avancées, décrassée des vieilles lunes productivistes, débarrassée des dogmes moralistes hérités du judéo-christianisme, à se distancier de cette malédiction paulinienne, à revendiquer le droit d'exister sans avoir à y sacrifier les meilleures années de sa vie contre des salaires aux montants des plus discutables, séchés par les dépenses contraintes et écrémés par le fisc, ceci dans la perspective d'une chiche retraite - là où l'allongement statistique de la durée de vie condamne nombre d'entre nous à passer près de la moitié de leur existence affublés du statut de "senior" - forme novlinguistique désignant les vioques.

Que nenni ! Le travail, mot dont l'étymologie renvoie à un engin de torture, rappelons-le, constitue encore et toujours un repère d'intégration sociale et vaut à qui s'y adonne, fût-ce pour un salaire misérable, la reconnaissance de ses semblables. De même que l'artiste qui n'a pas d'autre porte de sortie que le bénévolat forcé est encensé par ses pairs (et les tenanciers des assos' "non lucratives" qui retirent du profit et du bénef de son talent) là où l'esprit lucide serait plutôt tenté de le qualifier de couillon, l'esclave est mieux considéré par le populo que le résistant, qui pour échapper à des contrats (et des contraintes et des contrariétés) qu'il sait sans issue, se pointera aux convocs du Pôle Emploi pas lavé pas rasé et dûment bourré, avec une coupe de cheveux innommable, bardé de piercings, déguisé en rescapé de catastrophe aérienne, comme naguère le jeunot retors au service militaire simulait le délire au conseil de révision, ou s'y présentait affublé de bas résille.

Notons que ceux qui encensent la "valeur" travail dans les médias, n'ont jamais vu une usine, un atelier, un chantier, un open-space où crépitent les claviers autrement qu'à la jumelle, ou bien calés à l'arrière d'une limousine climatisée.

Ces jours-ci, Macron nous a fait du Sarko, lequel semble être l'inspirateur de sa conduite devant les caméras (on ne change pas une équipe qui perd, axiome très français). Au frais de ce jeune horticulteur au chômage, dont on nous dit que l'Elysée lui a permis de retrouver du boulot, Macron a ratissé large, ce jour-là, espérant sans doute que sa sortie occulterait quelque peu l'affaire Benalla et d'autres que ses alliés des médias de propagande s'efforcent d'étouffer tant bien que mal.

Macron a joué les hommes de terrain, qui connaissent le monde du travail comme le fond du string de leur copine sans jamais avoir bossé - travers bien français, là encore, que l'on retrouve chez les intellectuels (Sartre déjà s'était bien illustré en la matière) et chez certains artistes.

- Il a flatté l'électorat des beaux quartiers, où on le sait, foisonnent les stakhanovistes (les gros travailleurs exemplaires, pour les djeun's qui nous liraient) .

- Celui des classes moyennes (qu'on ne dénomme plus les "petits bourgeois-grands prétentiards" depuis l'instauration de la novlangue), ces braves gens, embourgeoisés à crédit comme par le sortilège de l'héritage, qui se plaignent de trop payer d'impôts pour sponsoriser les pauvres, sans trop fustiger ces assistés de grand luxe qu'ils élisent, réélisent et dont ils financent un train de vie où la sueur prolétarienne est rare, du maire au conseiller départemental et de la députaille au sénat en passant par les sous-fifres placés à la tête des partis politiques et leur cour attentionnée de hauts-fonctionnaires, ce qui représente quand même, dans notre pays, 10% de la population - c'est peu-être de là que doit venir sa réputation de "démocratie", même si sur le terrain on n'en voit pas trop la couleur...

- De même qu'il s'est allié les suffrages, de longtemps acquis pourtant, de ses bons amis du Medef, syndicat patronal minoritaire mais puissant lobby parmi les lobbies non moins influents à qui l'on doit la réussite du merveilleux projet européen... pour les multinationales, leurs actionnaires, les banquiers, leurs actionnaires, et les mafias et leurs actionnaires.

- Les prolos l'ont applaudi, du moins ont-ils hoché la tête quand Macron a désigné le restau qui se trouvait de l'autre côté de la rue, où Monsieur a sa table, et où, cela va de soi, on est prêt à embaucher le premier venu, même s'il n'est passé par aucune école hôtelière.

- Quant au beauf, traditionnellement accro au travail surtout si ça concerne son voisin, en contempteur militant qu'il est de l'"assistanat", il s'est dit que pour une fois qu'un président reprend mot pour mot ce qui se dit au Bar des Sports le samedi à l'heure de l'apéro, ça vaut bien de déboucher une bouteille de rosé.

Depuis, on ne parle plus que de ça. La rue. L'horticulteur. Macron. Le restau. On s'en gargarise. Le temps de passer à autre chose. A la saynette suivante. Car si le ridicule en politique tuait, il y a longtemps que l'Assemblée nationale, cette espèce de fac-similé de l'Acropole d'Athènes sensé symboliser la démocratie, serait transformée en parc d'attraction, et l'Elysée en ferme bio d'où monterait le fumet des pétards. Malheureusement le ridicule en politique ne tue pas. Voyez la longévité de Giscard...

De fait, tant qu'il restera des gens pour glisser un bulletin nominatif dans une urne, tant que nos congénères n'auront pas acquis la maturité suffisante pour comprendre, selon l'adage libertaire, que "si l'élection au suffrage universel pouvait changer les choses, elle serait interdite", et qu'une abstention massive, de l'ordre des 80%, est le seul moyen d'évincer des pouvoirs ces parasites qui nous causent tant de désagréments, eh bien nous continuerons à les subir, eux et leur cour, eux et leurs propagandistes attitrés, eux et leurs mensonges, leurs tricheries, leurs faux-semblants, leur malhonnêteté, leur impunité, l'arbitraire de leurs diktats et de leurs lois, leurs idéologies assommantes, leurs injections de moraline infantilisante et pis encore, nous continuerons à les enrichir au frais de tant d'autres, si presque unanimement méprisés, qui dans leur coin, sans rien dire, représentés par personne, ignorés même des syndicats ouvriers et des partis politiques fossiles se réclamant de la gauche et de ses extrêmes, vivotent en comptant leurs pièces jaunes : les pauvres. Les précarisés. Les marginalisés. Les déportés immobiles du libéralisme triomphant.Qui connaissent mieux la rue des deux côtés que l'individu qui tient actuellement le rôle de président dans le casting foireux de notre république bananière

Je vous renvoie pour conclure à la série d'émissions que France-Culture consacre ce mois-ci à la pauvreté, notamment dans sa série "Entendez-vous l'éco" :

https://www.franceculture.fr/emissions/entendez-vous-leco/les-visages-de-la-pauvrete-la-pauvrete-au-dela-des-cliches

https://www.franceculture.fr/emissions/entendez-vous-leco/entendez-vous-leco-du-mardi-18-septembre-2018

https://www.franceculture.fr/emissions/entendez-vous-leco/entendez-vous-leco-du-mercredi-19-septembre-2018

https://www.franceculture.fr/emissions/entendez-vous-leco/entendez-vous-leco-du-jeudi-20-septembre-2018

Dans la seconde émission, l'échange est particulièrement édifiant entre Olivier Noblecourt, émissaire de la politique macroniste chargé de vente du futur "plan pauvreté", et le sociologue Serge Paugam. L'un parle la langue de bois des technocrates, l'autre celle du pays réel. Et c'est là qu'on pressent que l'éradication de la misère de masse selon Macron, eh bien, c'est pas gagné d'avance...!

 

 

Réponse de La Lanterne de Diogène :

 

Oui, le culte de la « valeur travail » est tout à fait stupéfiant. On peut supposer que, au moment de la révolution néolithique, quand l’espace est devenu choisi et non plus subi, les humains se sont répartis les tâches en fonctions de leurs aptitudes. La suite, nous la connaissons.
Le travail est passé d’un moyen de subsistance et de se préserver du temps pour le plaisir à un but ultime, un moyen de reconnaissance à la fois de son passage sur Terre et de l’utilité de sa vie.

L’écrivain voyageur ou « écrivain-corsaire » selon l’expression de Kessel, à savoir Henry de Monfreid, s’emportait quand on dénonçait l’esclavage à son époque. Pour lui, il fallait distinguer ce qu’il nommait « l’esclavage patriarcal » de la traite négrière qu’il condamnait aussi. Dans les familles arabes proches de la corne de l’Afrique, il n’était pas rare qu’un(e) ou plusieurs esclaves évoluaient dans la maisonnée, non pas affecté au travail de force mais, tout simplement au travail, jugé indigne du maître de maison. La reconnaissance envers l’esclave méritant était telle que, souvent, il héritait de tout ou partie du patrimoine sans que les héritiers légitimes ne trouvent à redire. Par conséquent, il était plus sévère à l’encontre des patrons qui exploitaient honteusement leurs salariés et, notamment, les femmes.


Sur la sévérité des pairs envers ceux qui se trouvent privés d’emploi, elle est sidérante. Je me rappelle un camarade de mon syndicat qui ne manquait pas une occasion de dénoncer : « il y a trop d’assistés en France ! ». Bien sûr, il était le premier d’entre eux. Après avoir été débouté lors de son procès aux prud’hommes, on a essayé de lui obtenir l’AAH mais comme il faisait du bénévolat chez nous, il croyait qu’il était devenu employé de bureau dûment rémunéré.
On est également confronté à cette sévérité lors des demandes de tarif réduit pour les demandeurs d’emploi. Malgré l’installation durable du chômage de masse depuis 40 ans, la catégorie des privés d’emploi est encore souvent oubliée. L’ employé ou le bénévole qui tient la caisse répercute avec zèle cet oubli. Le ton de la réponse à la fois vous culpabilise et vise à vous montrer qu’on peut trouver du travail quand on s’en donne la peine et qu’on peut même se permettre de faire du bénévolat (qui se substitue à un emploi d’ailleurs). Comme si l’on devait s’estimer heureux de pouvoir encore vivre alors qu’on n’a pas de boulot.

Lors de réunions politiques, j’ai pu constater que, en privé, les participants n’étaient pas loin de rejoindre la position du Gouvernement sur les chômeurs qui font pas beaucoup d’efforts pour s’en sortir. Comme si, la critique de la politique de l’emploi n’était qu’un moyen de plus pour s’opposer au Gouvernement mais que les cas concrets n’entraient pas dans leurs préoccupations. On est dans la posture : on s’oppose au Gouvernement par principe mais, au fond, on n’est pas complètement contre.


À l’heure où le travail se raréfie, celui qui possède un travail se sent appartenir à une minorité, à ces « happy few » qui peuvent encore choisir beaucoup d’aspects de la vie au lieu de le subir. Alors que les régimes qui mettaient en avant la valeur travail au point d’en faire une religion d’État avec cérémonies et manifestations grandioses, qui faisaient semblant de promouvoir les travailleurs afin de mieux leur faire accepter leur exploitation, l’ultralibéralisme qui considère le travail comme un coût qu’il faut faire baisser a réussi à produire une masse qui vénère le travail et se comporte, vis à vis de ceux qui en sont privés comme des supplétifs du système qui les exclue.

 

 

20 septembre 2018

Le boulot est de l'autre côté de la rue

traverser (2)

D’abord, je l’aurais pris au mot et je lui aurais demandé de m’accompagner dans une rue, sans mettre en avant sa fonction de Président de la République. À ce sujet, observons que, depuis le Président Sarkozy, nous avons affaire à des personnages qui se croient tout permis du haut de leur escalier élyséen. D’où ces écarts de langage ou ces frasques pantalonnesques.

 

Ceci dit, ça ne serait encore pas trop grave si un grande partie de l’opinion publique ne tenait le même langage de bistrot. Voici un florilège de ce qu’on entend :

« Du boulot, y en a quand on veut vraiment »

« Du boulot, moi je t’en trouve mais ça te plaira pas forcément »

« Y a qu’a aller vider les poubelles (sous-entendu : mais c’est trop dur et trop salissant alors tu veux pas mais viens pas te plaindre !) »

« T’as qu’à faire la plonge »

« Partout, les patrons cherchent du monde », « Les patrons se plaignent qu’ils ne trouvent personne »

« Moi aussi, j’ai été au chômage mais j’ai rebondi parce que je me suis battu »

 

traverser (2)

Ce qui réjouit malgré tout, c’est que cette phrase lancée à la cantonade, pour « parler vrai », n’a pas fini de coller à la peau du Président de la République. Après seulement 24 h, la toile était envahie de photos détournées. Nous en publions quelques unes.

 

Aujourd’hui, il y a des diplômes pour tout, même pour vendre des fleurs ou des pommes de terre, même pour servir dans un bar, même pour faire le ménage. Devant la pléthore de candidats à chaque petite-annonce passée, l’employeur va déjà éliminer ceux qui n’ont pas d’expérience puis ceux qui n’ont pas le diplôme qu’il faut. Il suffit pas de se présenter en disant : je crois que je peux faire l’affaire, mettez-moi à l’essai aujourd’hui et vous verrez en fin de journée. Ça a existé mais ça n’est plus le cas sauf, peut-être, chez des artisans en TPE.

 

Donc, le Président de la République se trompe et, probablement, parce qu’il n’entend que les jérémiades des patrons qui justifient de ne pas jouer le jeu de la reprise et de l’embauche en mettant en avant qu’ils ne trouvent pas de personnel ; certains ajoutent « qualifié ».

Ensuite, il se contredit. Il insinue que les diplômes ne servent à rien et que pour travailler dans le bâtiment, l’hôtellerie, la restauration, il suffit de se présenter à l’embauche et l’on va commencer sur le champ. Le problème, c’est que si l’on agit ainsi, ça justifie que les employeurs se plaignent d de ne pas trouver de personnel « qualifié ».

 

traverser

Dans l’opinion publique, il y a aussi une question qu’on entend souvent quand on doit avouer qu’on est au chômage : « Vous cherchez dans quoi ? ».

Il y a deux aspects dans la question. D’abord, celui qui la pose espère que l’interlocuteur ne va pas répondre qu’il cherche dans son secteur à lui. Ainsi, il peut facilement poursuivre en disant qu’il ne peut rien pour le demandeur d’emploi. Ouf ! Ensuite, c’est méconnaître la recherche d’emploi. Le demandeur d’emploi consulte les offres et les petite-annonces et regarde si quelque chose lui convient, en fonction de ses compétences. À partir de là, il peut postuler mais s’il cherche dans un secteur précis ou même élargi, il y a peu de chances qu’il trouve grand-chose ; sauf justement quand un poste se trouve vaquant ou, plus rarement, si l’entreprise cherche à augmenter son activité. Dans les deux cas, il est reproché au chômeur sa démarche : s’il se concentre sur son domaine, on lui dira qu’il faut élargir la recherche mais s’il l’élargit, on lui dira qu’il s’éparpille et que ça fait mauvais effet. Être privé d’emploi est un parcours où l’on est culpabilisé à chaque étape.

 

Enfin, l’opinion publique de gauche rejoint ces propos de comptoirs mais, en y ajoutant un aspect moral ou, plutôt moralisateur. On est de gauche, n’est-ce pas ? Celui qui ne trouve pas de travail est moqué puisque, du travail, il y en a pour ceux qui ont le courage de se retrousser les manches. Jusque là c’est pareil mais on ajoute que les étrangers, eux, acceptent ces boulots, même mal payés, même épuisants, même salissants. Ça n’empêche pas les mêmes de se solidariser avec les étrangers qui trouvent encore plus difficilement du travail du fait de leur situation.

 

En fait, tout le monde connaît des personnes qui ne sont pas à leur place pour n’avoir pas la formation, l’expérience, le diplôme correspondant au travail effectué. Éliminons les recommandations. Simplement – et pour reprendre le vocabulaire à la mode – le boulot revient à ceux qui savent se vendre. Nous connaissons tous des médiocres qui décrochent des bons boulots, bien payés alors qu’ils n’ont pas le minimum de compétences. Seulement, au moment de l’embauche, soit par aplomb, soit par inconscience, ils ont su se mettre en avant et faire croire qu’ils sauraient faire ce qu’on leur demande. Inversement, celui qui aura les diplômes, il faudra le payer en conséquence. Les patrons se plaignent de ne pas trouver de gens formés mais quand ils en trouvent, ça leur fait craindre pour leur portefeuille. S’ils ont l’expérience, l’employeur aura peur qu’il en sache plus que lui ou bien ses collègues craindront de se faire supplanter par le nouveau venu. Quand les places sont à ce point comptées et sans commune mesure avec le nombre de candidats, ce sont les moins scrupuleux et ceux qui ont le plus d’assurance qui les prennent. C’est sans doute ce qu’a fait M. Macron toute sa vie.

traverser la rue 3

 

Le chômage de masse prospère sur ces toutes ces contradictions qui s’expriment, souvent, dans le même propos. En fait, ceux qui, pour diverses raisons, ne connaissent pas la privation d’emploi, généralement les plus âgés, n’ont pas compris, pour avoir travaillé toute leur vie, parfois très tôt, que les temps ont changé puisque, eux, n’ont pas changé souvent d’emploi ou d’employeur. Les plus défavorisés d’entre eux participent à l’habituel conflit de génération : « les jeunes d’aujourd’hui... ». Les nantis adaptent juste leur mépris de classe.

 

S’ajoutent encore les euphémismes obligatoires qui nomment « plans de sauvegarde de l’emploi », les licenciements collectifs, à la satisfaction des concernés. Avec un tel environnement, les personnes privées d’emploi ne sont pas sorties de la galère.

 

traverser la rue 2En fait, le fond du problème, c’est que la pénurie est organisée par les employeurs afin de baisser le coût du travail. S’ils voulaient vraiment embaucher, ils proposeraient des meilleurs conditions de travail et un meilleur salaire mais, dans les grandes entreprises, une grande part du produit est absorbé par des dividendes à deux chiffres à verser aux actionnaires. Depuis une vingtaine d’années s’ajoutent encore deux autres facteurs : d’une part les machines et l’intelligence artificielle accomplissent de plus en plus de tâches. Le travail ne disparaîtra jamais complètement mais il va se faire plus rare. Contrairement à ce que prétend l’article, il faudra peu de personnel pour faire fonctionner tout ça. Jean-Jacques Servan-Schreiber, en 1980, prédisait que la révolution informatique ne détruirait pas d’emplois et que, au contraire, on allait en manquer. L’autre, c’est, bien sûr, le facteur démographique. La population croit à une vitesse jamais observée alors même que les besoins de main d’œuvre décroissent. Il faut considérer que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le travail ne va plus assurer l’essentiel des ressources.

 

 

 

https://www.francetvinfo.fr/sciences/high-tech/en-2025-les-machines-accompliront-plus-de-taches-que-les-humains_2943945.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180917-[lestitres-coldroite/titre4]

 

https://www.latribune.fr/economie/france/du-mal-a-trouver-un-emploi-macron-conseille-l-hotellerie-restauration-790617.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20180917

traverser la rue 5

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1229174-la-restauration-peine-a-recruter-normal-humilie-exploite-vis-ma-vie-de-serveur.html

L’enfer du miracle allemand https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/CYRAN/57833

 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1229174-la-restauration-peine-a-recruter-normal-humilie-exploite-vis-ma-vie-de-serveur.html

Posté par la colere à 20:27 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

14 septembre 2018

i comme insertion (réponse à Jérémy)

Eh bien, depuis le temps que je me lamente de n’avoir pas plus de réactions que ça à mes écrits, voici que Jérémy me donne du grain à moudre, au moment où je me demande si ça vaut encore le coup de continuer à l’heure des soi-disant « réseaux sociaux ».

Après avoir plafonné à plus de 1000 visites par semaine, voici deux ans, sans aucune publicité ni référencement, voici que la Lanterne de Diogène tombe à son niveau le plus bas et qu’il est peut-être temps de raccrocher. Paradoxalement, un nouvel internaute me fait le plaisir de commenter nombre d’articles et y apportant son expérience.

 

Impossible de répondre à tout mais je souhaite, à cause de mon expérience, m’attarder sur le RSA. Jérémy pointe fort bien les problèmes de ceux qui ont été rejetés de l’emploi à un moment donné, quelle que soit la raison, et qui ne parviennent pas à en retrouver malgré les compétences avérées. Il y a comme une malédiction qui s’est abattue une fois et qui poursuit celui qui n’a plus que la précarité comme planche de salut. En fait, le système pervers s’auto-nourrit. Je connais personnellement quelqu’un, habituée de la Lanterne de Diogène d’ailleurs, qui n’a plus pu exercer son métier d’artiste. Elle s’est rabattue sur les emplois aidés dans l’Éducation Nationale où ses compétences, dépassant celles des titulaires, ne lui ont pas permis le renouvellement de ce contrat aidé quand c’était encore possible ; les titulaires voyant d’un très mauvais œil cette moins-que-rien qui, par ses expériences et ses compétences leur faisait de l’ombre. S’ajoutent des problèmes avec son propriétaire et l’expulsion. Elle arrive, grâce à la compréhension d’une propriétaire, dans un village du Grand-Est, à trouver un logement mais, loin de tout, sans véhicule, impossible de répondre aux simples convocations de Pôle-Emploi. Alors, pour trouver du boulot, n’en parlons même pas. Pour que la mesure soit comble, l’assistante sociale n’a rien trouvé de mieux à lui dire que de retourner à Paris et qu’il n’était pas question pour le Conseil Départemental d’accorder le RSA à quelqu’un qui vient de l’extérieur. Ça fait 6 mois que je suis sans nouvelle.

 

Jérémy rappelle aussi que, autrefois, on pouvait trouver à se faire embaucher pour quelques billets par-ci, par-là : manutention dans les marchés, plonge, ménage, poubelles à sortir, travaux dans les champs etc. Aujourd’hui, pour tout ça, il existe des machines ou des dispositifs qui rapportent à l’employeur alors que, à l’époque, il avait besoin de main-d’œuvre et pas d’une astuce pour payer moins ou gagner plus. Des associations qui œuvrent dans la réinsertion agissent en fait comme des marchands d’esclaves sans même s’en rendre compte. J’ai aussi connu quelqu’un, dont la probité et l’honnêteté étaient exemplaires, qui proposait des boulots sous-payés à des gens en grande difficultés. Est-ce utile de préciser que ces boulots s’enchaînaient sans déboucher sur quoi que ce soit ? Au début, la personne qui instruisait le dossier pour le RMI, ne manquait jamais de dire : « J’insiste sur le « i » parce que le but, c’est l’insertion ! ». On se demandait, alors, si c’était un véritable espoir ou si c’était une plaisanterie involontaire. Dans cette affaire d’insertion, il y a, d’un côté des naïfs, pleins de bonnes intentions et sincères et de l’autre des malins qui voient tout l’intérêt à maintenir les gens dans la précarité pour disposer d’un volant de main-d’œuvre bon marché et corvéable à merci.

 

Un autre point va contre les idées reçues. Quand on postule pour des métiers dans le domaine de la culture, on est impressionné par le profil des candidats : tous ont des diplômes universitaires mais sont en rade et au chômage de longue durée. Inemployables ! En fait, on se demande si un haut niveau de compétence n’est pas un obstacle. Celui qui embauche craint que le nouvel arrivant en sache plus que lui et que son autorité soit ébranlée vis à vis des autres. Les collègues, eux, vont redouter qu’il ne soit promu à leur place. Dans le premier cas, il n’y a pas embauche. Dans le deuxième, il y aura conflit ou cabale visant à expulser le nouveau. On le voit bien quand il y a un stagiaire. Si l’on sait qu’il ne va pas rester, on va lui trouver toutes les qualités pour qu’il ait une bonne appréciation sur son rapport. S’il y a une embauche à la clé, on ne manquera pas de signaler qu’il a laissé un document sur la photocopieuse ou qu’il n’a pas bien rangé le dossier : « C’est pourtant pas difficile ! ».

Bien sûr, l’entourage immédiat n’a pas de valeur scientifique pour tirer des leçons mais je ne connais personne, sans autre diplôme que son permis de conduire, qui se trouve au chômage ou, même, qui ait connu des périodes de chômage. En revanche, des diplômés du supérieur, sans boulot ne sont pas rares dans ce cas.

Le RSA permet de vivoter tant bien que mal. Rappelons aussi que, contrairement à une diapositive qui circule sur la toile depuis des années, il n’y a pas de « prime de Noël » mais une retenue mensuelle qui est restituée en fin d’année. Tout dépend des frais incompressibles (loyer, assurances, carburant, combustibles etc.), bien sûr, mais on y arrive à peu près. En revanche, si l’on doit changer son chauffe-eau ou réparer sa voiture, c’est la catastrophe parce que, là, il n’y a plus rien !

Comme si ça ne suffisait pas, il faut encore affronter les commentaires des autres : « Quand on veut, on peut ! », « Du boulot, y en a : y a qu’à aller vider les poubelles mais ça c’est trop fatiguant, hein ? », « Moi aussi, j’ai eu des problèmes [lesquels?] mais je m’en suis sorti parce que je me suis battu ! ». Ajoutons encore : « Tout s’arrange dans la vie ! ». Tu parles.

 

Cependant, je diverge, à présent, sur le revenu de base universel. Au départ, j’étais pour et très enthousiaste. Un simple constat : avec les progrès techniques, le travail ne peut plus assurer les revenus pour vivre dignement. Il faut trouver autre chose. Le revenu de base universel est une solution. Avec cette base, on n’est plus angoissé, on n’est plus dans l’insécurité qui vous fait vous raccrocher à un boulot détestable pour un salaire dérisoire. On peut laisser la place à un autre qui s’y épanouira tandis qu’on pourra trouver sa voie ailleurs. On peut créer son entreprise ou se lancer dans l’art. Les idées ne manquent pas. Sauf que, le patronat français a tout de suite compris l’intérêt d’une telle mesure. Avec, disons 800 € de RBU, on peut baisser les salaires d’autant et se contenter de verser royalement 750 € et, qui plus est, sans cotisation puisqu’il n’y a plus d’autre prestation sociale. L’âge d’or ! On le voit en ce moment-même puisque les entreprises ont renoncé à augmenter légèrement les salaires dans la mesure où le Gouvernement a donné du pouvoir d’achat aux salariés. Si le patronat se réjouit de pouvoir garder quelques dizaines d’euros par salarié, à plus forte raison s’il pouvait en garder dix fois plus. Donc, tant que le patronat français fonctionnera avec cette sale mentalité, il faudra des lois et des contrôles et maintenir le Smic et le RSA pour pallier la rapacité des employeurs.

 

Cet échange paraît le jour où le Gouvernement présente son plan de lutte contre la pauvreté. Le Revenu Universel d’Activité en est la principale mesure. Il ne s’agirait pas d’une allocation pour remplacer les autres mais d’un dispositif d’accompagnement personnalisé. Fort bien. Comme d’habitude, les intentions sont louables mais qu’en est-il des moyens à l’heure où l’État est sommé de dégraisser les effectifs pour « faire des économies » ?

De plus, ainsi que l’a fait remarquer un internaute, le plan contre la pauvreté c'est 8 milliards sur 4 ans.
Comme il y a 9 millions de pauvres en France ça fait 720 euros par bénéficiaire sur 4 ans.
Soit 180 euro par an ou 15 euros par mois ou 50 centimes d'euros par jour...

Rappelons qu'en 2017 la fortune de Bernard Arnault à crû de 26 milliards d'euros, soit 95 millions par jour…

 

Mais là n’est pas l’essentiel. En entendant la Ministre, Mme Buzyn commenter les mesures, on est renforcé dans l’impression que, pour les pouvoirs publics et dans l’opinion publique, le problème des exclus, c’est qu’ils ont du mal pour chercher du travail ou qu’ils ne sont pas bien formés. Par conséquent, il suffit de les aider à trouver du travail et ils seront sauvés. Or, du travail, il n’y en a pas assez pour tout le monde et c’est pas en annonçant des réduction d’effectifs dans les fonctions publiques, des plans de licenciements dans l’industrie, des trains qui vont rouler sans conducteurs ou des robots qui préparent des pizzas fraîches que ça va s’améliorer. Ce gouvernement fait comme les autres. Il met en place une politique dont il est persuadé qu’elle va résoudre tous les problèmes, à commencer par le logement et que, par conséquent, le chômage étant éliminé, les autres politiques d’aides et d’accompagnement vont permettre de sortir de la pauvreté. Sauf que ça fait au moins 30 ans que ça dure et qu’on ne veut pas admettre que le chômage est installé dans la durée et ne peut qu’augmenter entre la diminution du recours au personnel et l’augmentation de la population.