la lanterne de diogène

18 juin 2018

Premières impressions du Mondial

Quelques impressions en vrac à l’issue des premières rencontres :

 

Les habitués de la lanterne de Diogène ont, sans doute, remarqué cet étrange drapeau brandi par un spectateur vers la fin de la rencontre Espagne-Portugal.

Nous aurons reconnu sur fond blanc, les lignes brisées bleues et rouges convergeant vers une sorte d’étoile à quatre branche au centre. Il s’agit du drapeau des Assyriens. Or, aucune équipe correspondant au territoire revendiqué par les chrétiens d’Orient de langue arabe ou persane mais dont la liturgie s’exprime dans un dialecte araméen ; la langue parlée par Jésus lui-même.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2015/03/03/31638857.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/05/04/24114310.html

Bien sûr, rien n’empêche quelqu’un de brandir le drapeau de son choix mais on peut y voir aussi la preuve que le retour de la Russie au Moyen-Orient est bien perçu par les minorités chrétiennes comme un espoir, sinon d’obtenir une certaine autonomie, au moins un statut leur permettant de vivre en paix.

 

Les commentateurs français n’accordent que très peu d’intérêt aux déclaration du Président Poutine concernant la religion. Les Français ont consacré plus d’un siècle à écarter les curés du pouvoir tout en s’apprêtant à accorder un statut de faveur à l’islam, deuxième religion de France mais très minoritaire malgré la place qu’elle occupe dans les médias et dans les commentaires. Dès la chute du communisme, la Sainte Russie est revenue et avec elle la primauté à la religion dans l’affirmation de l’identité russe. Pourtant, les Français préfèrent gloser sur les frasques de l’autocrate russe plutôt que d’analyser sa diplomatie offensive au Moyen-Orient par le prisme de la religion. Il faut bien dire que, d’une part, l’orthodoxie russe est largement méconnue par ici et, d’autre part, les interventions militaires russes en Syrie compliquent notre vision des choses. En apparence, la Russie soutient la dictature d’Assad mais dans quel but et jusqu’à quel point ? Toujours est-il que la Russis n’a jamais cessé de vouloir être reconnue comme la puissance de référence au Moyen-Orient et est en passe de le redevenir.

drapeau assyrien (diogène)

Un mot sur le drapeau assyrien, à la base de ce commentaire. Nous avons déjà fait remarquer que beaucoup de nations sans État ni même autonomie ont opté pour un étendard compliqué et difficile à reproduire. Reproduire, signifie pouvoir le confectionner soi-même, à partir de chutes de tissu, de bombes de peintures sur un mur. Force est de constater que tant le Tibet que l’Assyrie brillent par leur invisibilité. On ne peut pas dire que ça aide à faire connaître leur cause ; déjà que quasiment personne ne sait où situer leurs territoires et encore moins ce que les aléas de l’Histoire leur ont fait subir.

Les Assyriens ont soi-disant voulu représenter avec ces lignes ondulées bleue, blanche et rouge, les trois fleuves qui baignent leur territoire. On croyait pourtant qu’il n’y en avait que deux : le Tigre et l’Euphrate entre lesquels s’étend la fertile Mésopotamie, où commence l’Histoire du monde occidental ; bien que située au Moyen-Orient. En haut, se trouve un soleil et autres symboles liés au dieu Assur qui a donné son nom à l’Assyrie. Au centre, on trouve deux losanges bleus qui se croisent. On cherche, en vain, un symbole chrétien sur ce pavillon alors même que les Assyriens n’existent en tant que tels que par leurs langues (dérivées de l’araméen donc) et leurs religions issues de la toute première communauté chrétienne de l’Histoire. Il y a là quelques aberrations qui ne vont certainement pas aider à connaître leur cause et encore moins à la défendre. Une autre explication à la présence de ce drapeau dans un stade russe, il y a une communauté assyrienne reconnue en Russie.

 

Retour au football

Lors du choc, Espagne-Portugal, on apprend incidemment que Ronaldo a marqué après avoir remonté la jambe de son flottant. On a rappelé qu’il y a vingt ans, Zidane avait aussi marqué après relevé la jambe de son flottant. Dès lors, on peut se demander s’il n’est pas temps d’en finir avec ses culottes ridicules qui descendent jusqu’aux genoux, seule partie de la jambe découverte puisque les mollets sont aussi recouverts par de longs bas qui cachent les protège-tibias. On sait que c’est Daniel Hechter, président du PSG, qui a relancé la mode des « shorts » longs. Évidemment, en tant que couturier, il a tendance à rajouter du tissu, ce qui nous vaut ces culottes courtes à rallonge du plus mauvais effet.

 

Sur le plan technique, remarquons que le 4-3-3 est de retour après près de 30 ans d’absence. Pendant ce temps, on avait surtout vu des 5-4-1 car le plus important était de ne pas prendre de but. On s’interrogeait sur la manière de favoriser le marquage. On avait même proposé d’allonger la cage. Finalement, on revient à la raison avec 3 attaquants.

 

Et puis, une curieuse façon de parler : on dit que Messi a raté un pénalty. En fait, c’est le gardien adverse – islandais en l’occurrence – qui a arrêté le tir de l’Argentin. Il faudrait en finir avec ce point de vue qui minimise systématiquement le gardien des cages alors que, depuis la fin des années 1970, on a enfin compris que le gardien n’est pas le mec sympa mais incapable de courir et de marquer, tout juste bon à attendre, casquette vissée pour ne pas prendre froid, que les attaquants adverses visent sa cage.

 

iran bat maroc

Regrettons parmi les parraineurs officiels de la Coupe du Monde, la présence de cet hideux marchands de poulets aux hormones produits dans un des États-Unis. Le bonhomme qui est l’emblème de la marque illustre parfaitement ce dialogue emprunté au film « Un éléphant, ça trompe énormément » : il a le type antisémite !

 

Après la première journée, les grandes équipes se sont neutralisées : le Portugal et l’Espagne et le Brésil et la Suisse. De sont côté, l’Allemagne, tenante du titre a été battue par le Mexique. L’Iran est en tête de son groupe. C’est à cause de choses comme ça qu’on aime la Coupe du Monde.

 

 

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10 juin 2018

RTL déménage

On apprend presque par hasard que RTL déménage et quitte son fameux « 22, rue Bayard » pour aller un peu plus loin, sur l’avenue de Neuilly. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça se fait discrètement. Entre l’annonce à la fin de l’année 2017, l’annonce en mars du déménagement effectif, le démontage de la façade de Vasarély, on ne sait pas vraiment où l’on en est. Cette discrétion tranche avec l’habitude de RTL de monter en épingle tout ce qu’ils font ; y compris quand il s’agit de simplement changer l’habillage ou le nom. Peut-être que, finalement, le profil bas affiché prépare une suite.

 

RTL Vasarély2

Pour ceux qui ne sont pas familiers des lieux, le 22, rue Bayard se trouve à deux pas des Champs-Élysées. C’est dans ce vieil immeuble que l’Abbé Pierre a lancé son appel de 1954. Neuilly, commune connue pour abriter les plus grosses fortunes de France et ceux qui les servent, se trouve exactement entre les Champs-Élysées et le quartier d’affaire de La Défense. L’avenue qui prolonge les Champs-Élysées, donc, et la perspective qui va du Louvre à l’Arche de la Fraternité en passant par l’obélisque de la Concorde et l’Étoile, porte, depuis la mort du grand homme, tout comme la place précédemment citée, le nom de Charles De Gaulle. C’est sur cette avenue que se trouvait, il y a peu encore, la rédaction du prestigieux International Herald Tribune, devenu l’International New-York Times.

 

Ça n’est que de l’anecdote mais c’est cet angle qui a été choisi par la presse pour traiter l’événement. Pour prolonger, on a annoncé le démontage du panneau réalisé par Vasarély apposé sur la façade du vieil immeuble et qui représente, dans le style de l’artiste, le logo de la station la plus populaire de France. Les lames vont donc rejoindre la fondation éponyme, à Aix avec les autre œuvres du maître. Rappelons qu’il avait aussi réalisé le logo de Renault abandonné, il y a plus longtemps. On perçoit là une certaine évolution de la société. Les plus grandes entreprises avaient à cœur d’appeler des artistes pour réaliser leur « visuel » comme on dit aujourd’hui. Désormais, c’est un ordinateur ou un cabinet, grassement payé, qui va produire le logotype et nous expliquer, dossier de presse à l’appui, les « intentions ». Telle couleur symbolise ceci, telle forme cela. Bien sûr, personne ne savait que la couleur en question symbolisait ce qu’on nous dit mais, justement, puisqu’on nous le dit ! Les concepteurs n’ont pas lu les ouvrages de Pastoureau sur les couleurs et ne doivent même pas savoir que des études ont été menées avant eux. Ce sont eux qui décrètent la symbolique et comment il faut comprendre le logo. Ils doivent passer autant de temps à le créer qu’à rédiger le mode d’emploi. D’habitude ça passe mais quand il s’agit de l’ANPE puis quelques mois plus tard de Pôle Emploi, ça fait grincer des dents : payer si cher pour un (e) dans un rond…

Le logo d’RTL se devait d’être dans un cercle, justement, puisqu’il faisait suite à une campagne publicitaire lancée au moment du changement qui a vu Radio Luxembourg devenir RTL. Le rond rouge de RTL et d’elf apposé sur la lunette arrière de la voiture, au moment du boum du tout automobile assurait la popularité des deux nouveaux sigles apparus au même moment. Vasarély a donc repris la forme géométrique et l’a déclinée selon son goût. Aujourd’hui, l’heure n’est plus de faire de beaux logos mais des « visuels » efficaces. Plus personne ne se rappelle le rond rouge derrière la voiture. D’ailleurs, la mode des autocollants est terminée depuis bien longtemps. On en est au « tunning » mais plus aux « stickers » publicitaires sur les voitures. En revanche, les trois lettres parlent à tout le monde. Qu’on se souvienne que Bouygues, après avoir racheté TF1, a changé le logotype créé par Catherine Chaillet pour celui que nous connaissons tous, qui est d’une mocheté proverbiale mais très efficace. Exit Vasarély donc.

 

Pourtant, l’essentiel n’est pas là. Certes, l’immeuble de la rue Bayard était devenu trop exigu mais, jusqu’à présent, on avait fait avec. Logique qu’on cherche plus grand. Neuilly est le prolongement du quartier des Champs-Élysées. C’est aussi plus facile d’accès pour les voitures de reportages et les camions de régie. Pourtant, ce n’est pas la raison du déménagement. RTL, radio commerciale populaire, vient d’être rachetée par une autre branche de RTL-group, à savoir M6. Et c’est là que ça devient compliqué et intéressant. RTL a été pendant longtemps une « radio périphérique ». Son capital était détenu par la CLT (Cie Lux. de Télévision) et la Sofirad, holding de l’État français pour contrôler le capital et, éventuellement, les programmes des médias audiovisuels diffusant sur le territoire. Avec l’émergence des radios libres, l’État (sous la gauche) s’est peu à peu désengagé de l’audiovisuel privé (RTL, Europe 1, RMC, Sud Radio). La vague des privatisations a complété le dispositif. La gauche socialiste a toujours eu à cœur de prouver au capital sa bonne volonté afin de le rassurer et de montrer qu’elle est le meilleur élève de la classe et son défenseur le plus zélé. Donc, sous Mitterrand, on a lancé Canal+ puis privatisé Europe 1 et créé deux chaînes de télévision. Il s’agissait de la fameuse « 5 » avec Berlusconi, présenté à l’époque, par la droite, comme un « ami des socialistes » (c’est dire s’ils connaissaient le dossier), et « TV6 », pour les jeunes, appartenant à un groupe emmené par Publicis. La droite revancharde de 1986, furieuse de s’être fait battre sur son terrain de la « libération des ondes » a donné la « 5 » à Hersant (grand serviteur de la droite et de sa propagande) et la nouvelle « M6 » a été confiée, plus sobrement à la Lyonnaise des Eaux (aujourd’hui Suez) appuyée par les professionnels de la CLT. Jusque là, c’est simple. Depuis la fin des années 1990, l’État français a revendu les parts qu’il détenait encore dans la CLT, ainsi que le gouvernement luxembourgeois et c’est le groupe allemand Bertelsmann* qui a raflé la mise. Depuis, le capital d’RTL n’en finit pas de passer d’une main à l’autre. Ce sont toujours plus de filiales, de participations croisées, de prises de contrôle de l’une par l’autre, de fusions. Le jeu se déroule à l’échelle européenne voire mondiale. Tant est si bien que la filiale « M6 » (M6, W9, Paris-Première, Teva etc.) vient de prendre le contrôle d’RTL-France (RTL, RTL2, Fun radio). Tant est si bien que le nouveau groupe concentre toutes ses activités dans le même immeuble de l’avenue de Neuilly.

Ce n’est pas la première fois qu’on voit une filiale racheter sa maison-mère. En général, ça arrive lorsque la filiale est plus dynamique et finit par être plus connue. Dans un passé lointain, qui se souvient que Thorn, géant de l’électronique en Grande-Bretagne avait fusionné avec EMI (électroménager et édition musicale avec « La Voix de son MaîtrePathé-Marconi ») alors en mauvaise posture ? Il y a longtemps que Thorn a disparu de la circulation et que les trois lettres (encore!) ont pris le dessus et sont connues du monde entier. Plus récemment, SFR, filiale de Cégétel, elle même filiale de la Générale des Eaux (devenue Vivendi) a racheté la Cégétel que personne ne connaissait finalement. Il faut croire qu’un sigle de trois lettres est particulièrement percutant et d’une redoutable efficacité commerciale. Le groupe Bertelsmann lui-même, toujours présent dans RTL-group quelles que soient les péripéties de détention et d’échange du capital, est inconnu du grand public. Il utilise des marques comme BMG (Bertelsmann Music aG) ou RTL, autrement plus connues. Il est donc tout à fait surprenant que RTL qui est connu sur pratiquement tout le continent s’efface devant une chaîne de télévision dont l’audience ne justifie pas cette domination apparente. Tout n’est qu’apparence dans cette histoire. Tout n’est que trompe-l’œil, comme les œuvres de Vasarély.

RTL - autocollant

En fait, ces histoires sont parfaitement ignorées du grand public et surtout des auditeurs d’RTL qui retrouvent leur radio préférée, leurs disques, leurs vidéos estampillées et qui n’en demandent pas plus. RTL ne va pas changer de nom. Déjà, elle ne change pas beaucoup ses programmes. Ça rassure. C’est très important de rassurer les clients. RTL déménage ? On commente avec l’attendrissent des mères de familles, RTL qui a trouvé plus grand et plus neuf. On est rassuré quand un prestataire de service affiche sa bonne santé financière. Bonne santé assurée, en partie, par toutes ses opérations sur le capital qui permettent, à chaque fois, de réaliser des bénéfices et de compliquer les recherches sur la fiscalité. RTL-group reste basé au Luxembourg malgré la participation de Bruxelles-Lambert autrefois, de Bertelsmann, de Pearson et de tous ceux qui ont investi. On est sidéré d’observer le contraste entre le traitement anecdotique ou culturel de cet événement et ce qui est sous-jacent, à savoir les sommes énormes qui sont en jeu. RTL et toutes les sociétés citées sont emblématiques de la financiarisation de l’économie. La production ou la prestation de service comptent pour peu comparée aux opérations financières qui jalonnent la vie des grands groupes. Bien entendu, le grand public n’en sait rien et, pour tout dire, s’en fiche complètement. Les commentateurs les rassurent. Ils parlent de « la station de la rue Bayard », le chevalier sans peur et sans reproche. Vasarély avait caché la façade vieillotte de l’immeuble haussmannien de la petite radio qui, au contraire de ses consœurs d’avant guerre (comme le Poste Parisien ou Radio Cité, Paris PTT, Radio-Paris) n’avait même pas son siège sur les Champs-Élysées mais un peu en retrait. Vasarély avait donné un aspect moderniste à la station populaire et conservatrice, afin d’attirer les plus jeunes. On faisait du neuf sur du vieux. De nos jours, on n’en est plus à ravaler les façades. C’est RTL, elle-même, qui sert de paravent à des opérations financières qui assurent l’essentiel des revenus du groupe. Parions que, d’ici quelques années, c’est RTL-France qui reprendra M6.

 

http://www.inaglobal.fr/television/article/rtl-group-un-conglomerat-de-medias-paneuropeen

 

http://culturebox.francetvinfo.fr/patrimoine/la-fresque-vasarely-de-rtl-quitte-paris-pour-aix-en-provence-264319#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20171025-[actu]

https://www.scoopnest.com/fr/user/GrossesTetesRTL/771000710938984448

 

http://www.paristoric.com/index.php/art-et-culture/bibliotheques-et-information/4071-le-siege-de-rtl

 

https://www.la-croix.com/Economie/Medias/RTL-part-Neuilly-Aix-accueille-facade-Vasarely-2017-10-23-1200886360

 

http://www.rtl.fr/culture/medias-people/rtl-va-demenager-a-neuilly-sur-seine-d-ici-fin-2017-7781937275

 

 

http://www.rtl.fr/culture/medias-people/rtl-va-demenager-a-neuilly-sur-seine-d-ici-fin-2017-7781937275

 

En collant ce lien, nous découvrons que bizarrement RTL met en avant la culture juste après son sigle et finit pas « people » qui est plutôt la marque de la station. En revanche, Inter mentionne « musique ». On a l’impression qu’il s’agit d’un formulaire où il faut rayer les mentions inutiles…

 

 

* Bertelsmann détient aussi Prisma Presse avec les titres français GÉO, VSD, Femme Actuelle etc.

 

 

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07 juin 2018

Canal moins

Ici, nous n’avons pas la télévision et, donc, nous n’en parlons pas mais il est difficile d’ignorer ce qui s’y passe tant la télévision, depuis quasiment sa création, est présente dans les foyers et dans les vies de chacun (ou presque).

La dernière affaire en date est la disparition des Guignols de Canal+ dont on peut dire que c’est la vitrine de la première chaîne privée française et de la première chaîne cryptée et payante également. C’est dire si cet avantage historique en fait un objet à part dans le paysage audiovisuel de France. Au départ, il a fallu innover pour attirer les abonnés. Sans émission originale, on n’aurait pas délié sa bourse. On aurait bien trouvé son bonheur sur les trois autres chaînes ; d’autant que l’on se doutait que le monopole vivait ses dernières années et que les chaînes privées étaient dans les tuyaux et n’attendaient que la chute de la gauche au pouvoir pour exister et ruiner les chaînes nationales. Tel était le vœu de beaucoup. La droite qui venait de perdre le pouvoir en 1981 ne supportait pas que sa chose, ses choses, soient entre les mains de ses adversaires. Pourtant, obéissant au souhait de voir « libérer » les ondes, c’est la gauche qui a imposé la télévision privée ; d’abord avec Canal+, puis avec la 5 et TV6. C’est la gauche qui a cédé Europe 1 à son actionnaire emblématique, le groupe Lagardère. Quoi qu’il en soit, la droit a mis à profit les cinq ans d’opposition pour comprendre deux choses fondamentales. D’abord, que les élections peuvent lui faire perdre le pouvoir politique. Qu’à cela ne tienne, il suffit de détenir le pouvoir financier. C’est ainsi que les fleurons de l’industrie française ont été privatisés et, par le biais des fameux « noyaux durs », ont été remis aux pontes de la droite. Au passage, remarquons que la plupart de ces groupes industriels, redressés par le contribuable au moment des nationalisations (qui ont mis un terme aux subventions de l’État), n’existent plus aujourd’hui. Les actionnaires ont jugé plus rentables de vendre au plus offrant sans souci de l’intérêt de la nation. Ensuite, la droite s’est saisie et a amplifié le mécontentement des téléspectateurs devant les nouveaux programmes (mis en place dès la rentrée de 1981) quand les nouveaux patrons de la télévision ont décidé de faire passer à 20 h 30 les programmes qui commençaient, jusqu’alors, à 21 h 30. La formule qu’on entendait à l’époque était : « ils nous prennent pour des imbéciles qu’il faut éduquer » et « on veut pas retourner à l’école ». Le patronat s’en est mêlé en menaçant de ne plus acheter de publicité, privant ainsi l’audiovisuel d’État (on ne disait pas encore « de service public ») de revenus. On aurait comprendre alors que le vrai pouvoir est détenu par la finance qui peut assécher les services de l’État et susciter le mécontentement. Un Michel d’Ornano s’est emparé de ce mécontentement et a travaillé les téléspectateurs afin qu’ils basculent dans l’opposition politique et renversent la majorité aux élections législatives de 1986.

Ces rappels ne sont pas hors-sujet puisqu’ils mettent en lumière la part d’ombre de l’économie et de l’audiovisuel. C’est aussi l’intérêt de la lanterne de Diogène que de pouvoir évoquer ce qu’un article spécialisé ne peut pas. Voilà quel était le contexte dans lequel Canal+ est né et a prospéré.

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Canal+ proposait dans son catalogue du cinéma, du sport, la rediffusion des grands films et de certaines émissions et le fameux porno du mois, à peine crypté. L’idée de génie consistait à proposer quelques programmes « en clair » afin de faire connaître et de donner envie de payer l’abonnement pour ne pas rater le meilleur. Autour de 20 h, on avait droit à un plateau, animé brillamment par un ancien directeur de radio et e télévision, M. Philippe Gildas, avec un ton nouveau, des pratiques imitées par tous depuis, et cette impression qu’on pouvait tout dire et tout se permettre. Ça changeait de l’autocensure permanente qui régnait partout ailleurs. Bref, c’était le ton, c’était l’identité de Canal, car on ne disait plus que « canal ». Et puis, tout de suite, les marionnettes se sont imposées. Au départ, il s’agissait de transposer une émission satirique et impertinente d’une chaîne britannique qui n’hésitait pas à caricaturer la famille royale et la Thatcher et qui, par conséquent, remportait un énorme succès tous les soirs. Comme il arrive très souvent, l’élève dépasse le maître et « les Guignols » sont nés sur Canal au point d’éclipser tout le reste. Après tout, assez rapidement, il y avait un nombre d’abonnés suffisant et la chaîne cryptée pouvait se payer le luxe de laisser voir « Les Guignols de l’info » qui sont devenus la vitrine de Canal+, son identité. Le succès est tel que la caricature a pris le dessus sur la réalité parodiée. Dans l’opinion publique, on citait davantage les propos prêtés par les marionnettes que par leurs modèles. Au point que le livre de Thierry Roland intitulé « Tout à fait Jean-Michel » est devenu « Tout à fait Thierry » et qu’on jure que c’était une formule répétée par J-M. Larqué. Au point que « Mangez des pommes » pour moquer le vide du programme de M. Chirac à la Présidence de la République est devenu l’emblème de sa campagne. C’est dire l’influence des « Guignols » de Canal+, devenus prescripteur !

 

Guignols

Seulement, le succès des médias est fragile : que ce soit la presse écrite, la radio, la télévision. Nul n’est à l’abri d’une formule, d’une émission, d’un article qui ne marche pas. Nul n’est à l’abri d’une chute après un succès exceptionnel. Avec la mainmise de la finance sur les médias, les choses sont devenues plus brutales. Canal+ est passé entre les mains de Vivendi qui a connu aussi des crises. À partir du moment où une certaine logique financière s’impose, l’originalité, la création ne sont plus de mise. M. Bolloré (car c’est lui) devient propriétaire de Vivendi et donc de Canal+. Il a pour souci de ne pas fâcher ses amis et ses actionnaires. Par conséquent, on s’interdira de les critiquer sur les plateaux. On favorisera les produits maison. Bien sûr, hors de question de les caricaturer dans une émission parodique. La nouvelle formule des « Guignols » avait été saluée même si l’on regrettait l’ancienne. On ne pouvait pas toujours montrer la marionnette PPD alors que son modèle a disparu des écrans depuis longtemps et que les jeunes ne savent même pas qui c’est. I savent même pas c’est qui (comme ils disent plutôt). Le résultat ne s’est pas fait attendre. La logique financière impose de mettre un terme à un produit qui n’a plus assez de vente. « Il faut faire des économies » est le maître-mot du Gouvernement qui reprend en tout point la logique financière. Le Gouvernement entend mener la nation comme on gère une entreprise. Eh bien, nous voyons comment une entreprise est gérée avec une telle logique. Le problème, quand on ferme la vitrine, c’est que l’entreprise n’est plus visible et, partant, que les clients ne savent pas qu’elle existe. Canal+ a supprimé nombre d’émissions en clair. Donc, les curieux, les prospects (employons les termes du commerce) ne savent pas ce qu’il y a. Ils ne voient pas (ou pas assez) les annonces pour les programmes cryptés et pour les films. Si en plus, même en payant, on les prive de la vitrine, des « Guignols », même édulcorés, c’est plus la peine. Pour le cinéma, il y a des chaînes payantes autrement plus intéressantes. Pour le sport, nous venons de voir que le plus populaire est mis aux enchères et que Canal+ n’est qu’un intéressé parmi d’autres. De plus, des financiers peuvent avoir intérêt à affaiblir Vivendi et donc Bolloré en ruinant Canal+. Les téléspectateurs pèsent de peu de poids dans ces considérations. Quand Canal+ aura perdu encore plus de clients avec ses programmes tièdes qu’on peut voir gratuitement partout ailleurs, aura perdu le football, que restera-t-il ? On a déjà compris que le financement du cinéma français est menacé. Est-ce que ce n’est pas le but ? Le cinéma français est le seul à proposer des films d’auteurs qui marchent. Une fois ramené au rang du cinéma italien (par exemple) qui a enchanté le monde entier avec des chefs-d’œuvre, il sera facile à l’industrie du cinéma, à ceux qu’on appelle les « majors », de proposer des produits uniformisés, aseptisés, insipides, dont il faudra bien se contenter. Ils seront fabriqués de façon à être compréhensibles partout et n’auront d’autres concurrents que les films sentimentaux indiens. Le cinéma deviendra ce que la pizza est devenue pour la cuisine : une vague ressemblance avec le produit d’origine et des déclinaisons insensées pour attirer une clientèle formée, jusque dans les assiettes, à l’uniformisation. Alors, Vivendi (propriétaire de Canal+) qui a racheté autrefois les studios Universal pourra appliquer à ses films la recette imposée aux nouveaux « Guignols » mais avec le risque que plus personne ne paie pour voir ça. Peu importe : on aura fait des économies (et viré une partie du personnel), les actionnaires seront contents.

 

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Sur Inter, Mme Devillers nous dit que le public n’est pas fidèle à une chaîne mais à un présentateur. Elle cite MM. Barthès, Nagui etc. pour appuyer son propos. Ce serait une erreur de penser ça. Certes, les téléspectateurs ne sont pas les auditeurs qui restent fidèles à leur station généraliste préférée mais le nombre de radios a modifié les comportements. On recherche un certain type de programmes. En général, c’est le type de musique ou l’appartenance à une communauté qui va déterminer le choix. Les auditeurs sont aussi des téléspectateurs et il serait étonnant qu’ils se transforment au point de ne pas fonctionner de la même façon pour la télévision. Il n’empêche qu’on a pris l’habitude de zapper. Il se peut qu’on suive, par exemple, M. Barthès depuis Canal+ jusqu’à TMC mais il en aurait été tout autrement si la chaîne cryptée avait proposé un équivalent de qualité après le départ de son animateur emblématique. En fait, c’est le vide qui incite à retrouver son animateur préféré. Tant que les financiers n’auront pas compris qu’on ne dirige pas un média comme une entreprise (ou qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise), il y aura des problèmes de ce genre-là.

Si l’on parle autant de la disparition des « Guignols », si l’on a toujours beaucoup commenté les heurs et malheurs de Canal+, c’est que la chaîne cryptée occupe une place particulière, non pas dans l’audiovisuel de France mais dans l’imaginaire collectif. Lui appliquer une stricte logique financière va à l’encontre de la notion de commerce qui consiste à attirer la clientèle avec des bons produits et à savoir les mettre en valeur. Si l’on décide que le plus important c’est de « faire des économies », il est bien évident qu’on ne fait plus rien. C’est ce que nous allons voir avec Canal+ et en politique.

 

 

http://virepardescons.over-blog.com/article-4-novembre-1984-naissance-de-canal-112912824.html

 

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02 juin 2018

Le Pen (suite) : de F à R mais toujours la N

Le Pen est un feuilleton interminable. Nous avons déjà écrit (utiliser la barre de recherche) que Le Pen est un programme de télévision complet : actu, politique, ragots, famille, débats, enquêtes, histoire, fiction, rediffusions etc. Le feuilleton lui-même est riche de personnages, de rebondissements, de trahisons, de complots, de coups tordus, surtout. De sorte que, malgré le dégoût de façade affiché, il occupe la une de l’actualité au moindre frémissement.

Il y a quelques jours, on nous annonçait, comme si c’était un événement de portée universelle, que « l’héritière », la fameuse Marion Maréchal-Le Pen a décidé d’écourter son nom à rallonge. La marque Le Pen ne fait plus recette. Qu’importe puisqu’on a en d’autres en magasin. Surtout : qu’importe ! On s’en fiche complètement. Ça ne relève même pas du pseudo-événement. En supposant que ça intéresse, il suffisait, si elle faisait parler d’elle, de l’appeler par le nom qu’elle a choisi et l’affaire était réglée.

MMLP représente l’espoir. C’est l’espoir que le feuilleton va durer encore longtemps. Elle est très jeune et donc promise à une longue carrière politique. Visiblement, elle est experte en manipulation. Après un mandat de député conquis dès sa première participation, elle décide de raccrocher. Il n’avait échappé à personne que c’était pure stratégie. À l’Assemblée Nationale, isolée, sa voix était inaudible. En réserve, elle peut être invitée sur les plateaux sans que son temps de parole soit comptabilisé, tout en distillant ses idées détestables. Et puis, chacune de ses sorties est annoncée, commentée sur l’air de « elle revient ». Il y a quelques années, les journalistes en manque de sujet nous faisaient le coup avec « Jospin revient », chaque fois qu’il apparaissait plus ou moins en public. Ça marchait et la blonde égérie a d’autres atouts que le frisé grisonnant.

Et puis, changement de cadre, changement de personnage, sa tante (puisque c’est aussi un feuilleton familial) revient sur le devant avec le changement de nom de son parti. Fini le FN, place au RN pour Rassemblement National. On pourrait croire que le vieux LP est enterré deux fois en quelques jours. Soyons certains qu’il n’en sera rien et qu’on continuera de lui tendre le micro ; comme à chaque fois qu’il a bu la tasse, comme après son retrait de la présidence de son parti. On trouvait toujours un prétexte pour s’adresser à lui plutôt qu’à ses vainqueurs ou qu’à ses successeurs. C’est que, avec JMLP, on a une chance de lui faire dire une de ces énormités dont il s’est fait le spécialiste. Dès lors, c’est l’assurance d’avoir un sujet à commenter pendant des jours et des semaines. Pour ça, nul besoin d’avoir fait de brillantes études en sciences politiques puisqu’on débattra sur la forme, sur l’émotion plutôt que d’analyser le fond.

Pour reprendre le jargon dont abusent les journalistes, Le Pen, c’est « l’access prime time » de la politique, c’est « la politique pour les nuls » : aucune connaissance requise, seule compte l’émotion. Selon sa sensibilité, on dira : « Il a raison, qu’est-ce qu’il parle bien ! » ou bien « c’est un facho ! ». Même avec un vocabulaire restreint, on peut commenter le feuilleton Le Pen.

À pen, * à peine, pardon, l’historiette de « Maréchal » (nous voilà) qu’on apprend le changement de nom, donc. Là, va se poser un problème grave et il convient de redevenir sérieux. Si, si ! Comment les journalistes vont-ils appeler les membres du RN ? Comme en France, on aime bien utiliser des euphémismes, détourner les mots (comme « réformes ») de leur sens habituel, on a pris l’habitude d’appeler « frontistes » les membres de ce parti. Sur le plan lexicologique, on prend l’adjectif qui qualifie le nom du parti et on en fait un nom commun pour désigner ses membres. Exemple : Parti Radical – les radicaux ; Parti Communiste Français – les communistes. Parfois, on met en avant la position occupée dans la géographie politique : le MoDem – les centristes. On peut encore expliciter un terme vague : Lutte Ouvrière – les trotskistes. Pour le FN, on n’osait pas dire « les néo-fascistes ». Pourtant, c’est ainsi que la presse étrangère parle du FN. Inversement, les journalistes français ne prennent pas de pincettes pour annoncer le retour du fascisme et même de la peste brune en Italie (ou en Espagne), chaque fois qu’une élection voit une victoire de l’extrême-droite. Évidemment, si les mêmes journalistes reprenaient ces expressions pour le FN, ils perdraient leur pain béni, le feuilleton à succès. Donc, ils ont inventé ce curieux vocable de « frontiste » alors que la logique lexicologique aurait dû imposer « nationaliste ». Ça n’était pas péjoratif et ça n’aurait pas déplu aux intéressés. Attendons de voir quel mot sera utilisé. Après tout, le dernier « rassemblement », le RPR, n’a pas donné lieu à un mot particulier ; idem pour l’UMP.

Il serait temps d’appeler les choses par leurs noms et cesser de se payer de mots.

 

https://www.20minutes.fr/politique/2281691-20180601-palmiers-zombies-raconte-soiree-marion-marechal-tres-loin-derriere-barriere#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_politique]--

 

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01 juin 2018

Mamoudou Gassama : le temps du mépris

Eh bien, si l’on s’attendait à ça !

Il n’a pas fallu 36 heures pour que l’exploit de celui qu’on a surnommé spontanément (mais pas longtemps) « l’homme araignée » se trouve au cœur de polémiques.

On a d’abord applaudi le geste aussi spectaculaire que salutaire de ce jeune Malien qui, n’écoutant que son courage et son âme généreuse a entrepris de se hisser, de balcon en balcon, jusqu’au quatrième étage d’un immeuble où un petit garçon imprudent était suspendu. Passées l’émotion et la joie de voir que le sauveur a pu aller jusqu’au bout sans tomber lui-même et que le petit garçon n’a pas sauté dans le vide, on s’est enquis de savoir qui il était. Très vite, on a mis en avant sa situation précaire et illégale pour amplifier – si nécessaire – un geste qui l’a exposé avec les risques administratifs qui en découlaient.

 

D’habitude, quand on apprend que quelqu’un a sauvé une personne de la noyade, d’un incendie ou de n’importe quel sinistre, on admire. L’Internet voit circuler des centaines de vidéos qui montrent ce genre d’exploit. Il faut avoir l’esprit bien tordu, comme beaucoup l’ont dans ce pays, pour couper les cheveux en quatre et adresser des reproches au sauveteur ou au Président de la République. D’habitude encore, le sauveteur reçoit une gratification quelconque : médaille, décoration. Dans le cas de M. Gassama, une médaille lui aurait été de peu d’utilité et l’on devrait se réjouir de voir que nombre de ses ennuis sont finis. Voici quelques années, un jeune-homme d’un pays des Balkans avait obtenu une distinction genre « meilleur ouvrier de France ». Ce jeune était aussi en situation irrégulière bien qu’achevant une brillante scolarité en France. On avait posé la question à un ministre de savoir s’il allait être régularisé. Il avait répondu que son dossier serait ré-examiné alors qu’un tel titre aurait dû lui valoir la nationalité d’office. En effet, il est prévu que l’obtention de la nationalité soit accordée dans l’intérêt du pays. C’est ce qui se passe notamment pour les sportifs de haut niveau. On comprendrait mal que celui qui sauve une vie humaine soit moins bien traité qu’un sportif. Le jeune Mamoudou va obtenir la nationalité française et va aussi intégrer les pompiers de Paris par la petite porte. Quand on sait à quel point il est difficile d’intégrer ce corps d’élite, reconnu au niveau mondial, on aurait mal compris qu’il y rentre d’office, même avec le grade de simple sapeur. Fort bien. On aurait encore plus mal compris qu’il retourne à la précarité.

Pourtant, on a l’impression, deux jours plus tard, que de nombreuses voix le regrettent. Outre des humoristes (dont Daniel Morin sur Inter) qui en ont fait un super héros appelé, désormais, pour sauver les situations les plus improbables, voici qu’on proteste contre l’État français qui récompenserait les immigrés (clandestins ou pas) sous condition. Le site parodique belge Nordpresse annonce que 2 000 sans-papiers ont été renvoyés pour n’avoir sauvé personne d’un péril. Tant que c’est de l’humour, ça passe mais quand ça se veut sérieux, on ressent un immense malaise, d’autant qu’on a entendu des choses comme « il a sauvé un enfant français », « aurait-il été récompensé si l’enfant n’avait pas été français ? », « faut-il sauver un Français pour être régularisé ? ». Encore une fois, chaque fois qu’il y a un sauvetage périlleux, le sauveteur est récompensé sans que ça fasse polémique. Le diplôme reçu par M. Gassama n’a pas été inventé pour lui. Il n’est que le dernier récipiendaire.

mamoudou-gassama 3

Le mercredi suivant, M. Trapenard commence son émission sur Inter par un billet d’humeur consacré au geste de M. Gassama et à la relative récompense qu’il a reçu du plus haut personnage de l’État. Il le conclut par ces termes : «Tu parles d’un idéal républicain, le mérite ! J’ai un doute là, soudain ». La République, dès l’origine, a mis en place des dispositifs d’aides aux plus démunis pour que ce ne soient pas toujours les mêmes qui héritent et dirigent. Faut-il rappeler qu’un Pagnol, qu’un Camus, ont pu étudier après avoir bûché et réussi le concours des bourses ! Las, la notion de mérite républicain est battue en brèche depuis le début de la crise (voici plus de 40 ans maintenant) qui a vu les possédants reprendre leurs prérogatives et une certaine gauche prônant un égalitarisme artificiel. Curieusement, les deux se rejoignent puisque ce sont toujours les mêmes qui parviennent. Les enfants de bonnes familles se co-optent pour conserver les postes de direction, les enfants de la classe moyenne supérieure, parce qu’ils connaissent les codes sociaux, occupent les postes d’encadrement et la direction des administrations et des grandes associations. Les autres ont le choix entre la précarité et l’économie souterraine. Dans un tel environnement, celui qui se détache est mal vu et on lui fera payer, tôt ou tard, d’avoir voulu s’extraire.

D’autres commentaires se veulent « racisés » et reprochent à M. Gassama d’avoir sauvé un petit Blanc, français, autrement dit un membre du peuple qui, autrefois, a colonisé celui de M. Gassama. Or, sur certaines version de la vidéo, il est indiqué que ça se passe dans le 18e arrondissement de Paris qui est connu pour être, depuis très longtemps, cosmopolite et bien avant la vague d’immigration des années qui ont suivi la décolonisation. Avec le temps et le regroupement familial, la population d’origine immigrée a augmenté. Si Barbès et la Goutte d’Or sont connus, si Château-Rouge est désormais le centre des commerces africains, on oublie le proche secteur autour du marché de L’Olive parce qu’il ne fait pas parler de lui. C’est là que s’est produit ce qui aurait pu être un drame. M. Gassama était lui-même attablé à la terrasse d’un établissement où il suivait un match de football. Les gens qu’on entend sont des riverains, des personnes issues de cette France multiculturelle qu’on aime. D’en-bas, ils ne se sont pas demandés si le petit garçon était un petit Blanc, bien Français. Ils n’ont vu qu’un petit garçon en danger. M. Gassama a pensé qu’avec sa force et son agilité, il pouvait, peut-être, faire quelque chose ; et il l’a fait. Ces gens, issus de l’immigration, mènent souvent des existences difficiles (du moins ceux qui habitent ce quartier) et ne se paient pas le luxe de raisonnements compliqués ou « racisés ». Ils voient quelqu’un en danger et tâchent de le sauver sans autre considération.

Comme on pouvait s’y attendre, après les commentaires « racisés » (euphémisme pour ne pas dire que ceux qui le pratiquent sont racistes) reprochant à un Noir d’avoir sauvé un petit Blanc, on entend des thèses complotistes venues de l’autre camp. Pour certains, le geste de M. Gassama est banal et ne mérite pas qu’on s’y attarde. Après tout, un peu de gymnastique ne fait pas de mal, n’est-ce pas. Pire : certains avancent qu’il s’agit là d’une habile mise en scène. Et l’on retrouve les habituels spécialistes de l’image qui décortiquent seconde par seconde et trouvent, qui une ombre, qui une main, qui un personnage qui change etc. On est en plein délire collectif.

Où l’on voit que, désormais, non seulement la vérité n’est qu’une opinion parmi d’autres mais que la vérité importe peu. Elle n’est que le point de départ et ceux qui en parlent la transforment en exploit, en supercherie, en habile montage, en mise en scène.

 

Répondons à ceux qui d’habitude s’opposent mais qui, souvent, se rejoignent quand l’objectif est atteint. Si M. Mamoudou Gassama avait agi uniquement pour en tirer le bénéfice de voir sa situation administrative régularisée, il n’avait pas besoin de prendre de tels risques. Il lui suffisait, comme les autres, d’attendre et d’avoir un peu de chance. Seulement, dans notre beau pays de France, on n’aime pas ceux qui se détachent du peloton. Depuis une trentaine d’années, tout est nivelé, uniformisé. Les études secondaires fabriquent des « moyens » qui, avec plus ou moins la moyenne, décrochent le bac à 80 %. L’ancienne ministre avait supprimé les classes européennes qui attiraient, toutes origines sociales confondues, les élèves les plus motivés et dégageaient une élite républicaine finalement rattrapée par la horde des moyens. Son prédécesseur avait supprimé certaines bourses au mérite. Le blue-jean est porté par toutes les générations. L’industrie agro-alimentaire impose des standards et les médias, encore très récemment, se chargent de ringardiser la cuisine et les produits de terroirs. Le menu de la jeune génération se résume le plus souvent au kébab le midi et à la pizza le soir. La culture, malgré les moyens considérable de notre époque est aussi standardisée. Il suffit de comparer les programmes des MJC d’un département à l’autre, de voir les galeries d’art, les programmes de cinéma. Le Gouvernement agit dans le même sens en diminuant ou supprimant les subventions. Tout concourt à l’uniformisation, le nivellement, la médiocrité (au sens propre). Quand, au moins deux générations sont conditionnées, jusque dans leurs assiettes (assiettes qui ne sont même plus nécessaires d’ailleurs) par l’uniformisation, on est réceptif au nivellement et au rejet de ce qui est lié à l’effort et au mérite

 

Dans ce contexte, apparaît une nouvelle déclinaison du conflit entre l’inné et l’acquis. L’inné, ce sont les habitants de ce quartier du 18e qui sont effrayés à l’idée qu’un enfant risque de tomber du 4e étage et de se tuer sous leurs yeux, sans pouvoir rien faire. L’inné, ce sont les encouragements quand un jeune tente et réussit à escalader en se hissant de balcon en balcon. C’est l’explosion de joie quand il chope le petit et le sauve. L’inné, c’est encore la demande que cet homme ne soit pas seulement félicité mais qu’on lui apporte un peu de ce qui lui manque et qu’on devine immense.

L’acquis, ce sont tous les commentaires qui ont suivi. Selon ce qu’on a acquis, on va minimiser le geste sauveteur, on va le reprocher, on va le suspecter. Le problème, c’est que dans une civilisation, l’acquis l’emporte sur l’inné. D’ici peu, M. Gassama va se trouver au ban de la société, rejeté par tous. Sans doute que, dans quelques mois, on le retrouvera dans un reportage où il expliquera qu’il a dû changer de vie, changer de quartier, peut-être même changer de nom pour avoir la paix et continuer de vivre. À l’heure d’écrire ces lignes, il doit être abasourdi par le tintamarre autour d’un geste spontané, poussé par le cœur. Rappelons que « courage » vient de « cœur » (« Rodrigue, as-tu du cœur ? »). Rappelons ce que nous disions à chaud : en Afrique, on ne se pose pas de question quand il s’agit d’aider quelqu’un en grand danger. On agit et l’on a souvent pour seule récompense que le sentiment d’avoir fait le bien et la mémoire de son exploit entretenu par la puissante tradition orale.

Puisque dans notre beau pays, on aime principalement les victimes, qu’on en fabrique au besoin, remarquons qu’après avoir échappé quelques heures à cette situation de victime, il y retourne. Il est victime du conflit entre deux systèmes de valeurs : le sien, hérité de l’Afrique où le danger est partout et celui de l’Europe qui peut se payer le luxe d’intellectualiser tout et d’oublier les valeurs humanistes qui l’ont fondée. On verra si les « start-up », les « premiers de cordée », les nouvelles technologies, les applications sur smartphones, les terres rares pourront sauver un enfant suspendu dans le vide ou en train de se noyer.

 

 

http://pointdakar.com/actualite/macron-annonce-mamoudou-gassama-va-etre-naturalise-francais-integrer-pompiers/

 

http://icecreamconvos.com/spider-man-of-paris-mamoudou-gassama-climbs-building-saves-child/

 

https://www.lalsace.fr/actualite/2018/05/29/mamoudou-gassama-migrant-et-heros

 

http://nordpresse.be/2000-migrants-reconduits-a-frontiere-quil-navaient-sauve-personne-pendant-week-end/


28 mai 2018

"Vous êtes formidable" Mamoudou Gassama !

On ne parle que de ça depuis hier soir et c’est justice.

Un jeune a escaladé la façade d’un immeuble du 18e arrondissement de Paris, en quelques dizaines de seconde, en se hissant de balcon en balcon, jusqu’au quatrième étage, afin d’attraper un enfant suspendu dans le vide.

Le mec regardait un match de foot à la télé dans le restau où il était attablé avec des amis. Intrigué par les cris des passants, il a vu le petit garçon qui avait dû enjamber la balustrade de son balcon et s’était retrouvé dans le vide, retenu par la force de ses petits bras. L’autre ne s’est pas posé de question et a sauté pour empoigner le bas du premier balcon et ainsi de suite. Visiblement, le mec dispose d’une excellente condition physique et d’une grande souplesse.

En bas, les gens l’encourageaient, criaient leur joie en anticipant sur le succès de l’entreprise. Dans des moments d’exception, il se passe des choses inexplicables. On a l’impression que le gens savaient qu’il allait réussir et qu’ils assistaient à un grand moment.

Bon, pour une fois, on ne blâmera pas les badauds qui filmaient avec leurs smartphones parce que, sinon, l’événement n’aurait pas existé. On en aurait à peine parlé : un jeune homme a sauvé un petit garçon.

En fait, l’histoire ne s’arrête pas là. Le mec est un ressortissant du Mali, présent sur le sol français depuis quelques mois seulement et en situation illégale. La Maire de Paris a tenu à le féliciter et à l’assurer de son soutien dans ses démarches. Mais bon sang, à quoi ça rime ?

 

mamoudou-gassama

Après un tel geste, ce jeune devrait être dispensé de toute démarche et obtenir une visa permanent dans les meilleurs délais. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Et s’il désire la nationalité française pour lui et ses proches, ça devrait être pareil : qu’on la lui donne. Peu de gens mettent leur vie en danger pour en sauver une autre. Ça mérite ce qui manque le plus à celui qui l’a fait. Quiconque connaît un peu l’Afrique sait que les Africains sont étrangers à ce qu’on appelle ici les honneurs et les récompenses. Là-bas, chacun fait ce qu’il a à faire en son âme et conscience. Sauver quelqu’un est naturel. Dans un pays d’oralité et de mémoire, les gestes exceptionnels sont entretenus par les histoires qu’on se raconte et les héros anonymes ne meurent jamais.

 

https://www.bfmtv.com/politique/mamoudou-gassama-qui-a-sauve-un-enfant-sera-recu-lundi-par-macron-1457519.html

 

On apprend que, le lendemain matin le jeune Malien est reçu à l’Élysée par le Président de la République lui-même. Il serait insensé qu’il ait juste droit à une réception et un coup à boire. Comme aurait dit Pierre Bellemare, disparu le même matin :

« Monsieur le Président, il y a sûrement quelque chose à faire ! »

 

 

C’est chose faite !

Au moment d’écrire ces lignes, on apprend que

Il va être "naturalisé français" et intégrera les sapeurs-pompiers. Voilà ce qu'a annoncé, lundi 28 mai, Emmanuel Macron après avoir reçu Mamoudou Gassama, le jeune Malien sans papiers qui a escaladé un immeuble parisien pour sauver un enfant suspendu dans le vide. Le jeune homme est également reparti de l'Elysée avec une médaille d'or pour acte de courage et de dévouement et un certificat signé par le préfet de police de Paris.

Un "acte d'une immense bravoure". Sur Twitter, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avait assuré que "cet acte d'une immense bravoure (...) doit lui ouvrir les portes de notre communauté nationale"

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/direct-mamoudou-gassama-le-jeune-malien-sans-papiers-qui-a-sauve-un-enfant-a-paris-attendu-a-l-elysee-par-emmanuel-macron_2773884.html

 

Saluons ce geste : M. Gassama rejoint le meilleur de la jeunesse.

Il y a tant de gens dans ce pays qui obtiennent la nationalité par opportunisme ou qui crachent sur un pays dont ils profitent de la protection sociale pour ne pas comprendre qu’un tel geste ne soit pas récompensé. Avec cette naturalisation, M. Gassama ajoute les meilleures valeurs de l’Afrique aux meilleures valeurs de la France.

 

 

 

 

http://www.europe1.fr/societe/paris-lhomme-qui-a-sauve-un-enfant-suspendu-dans-le-vide-est-un-malien-sans-papier-3664205

http://www.europe1.fr/societe/video-paris-un-homme-escalade-a-mains-nues-la-facade-dun-immeuble-pour-sauver-un-enfant-3663968

https://www.ouest-france.fr/ile-de-france/paris-75000/video-l-homme-qui-escalade-un-immeuble-et-sauve-un-enfant-est-un-malien-sans-papiers-5786237

http://www.francesoir.fr/societe-faits-divers/paris-un-jeune-homme-escalade-un-immeuble-et-sauve-un-petit-garcon-video

 

https://www.ouest-france.fr/ile-de-france/paris-75000/video-l-homme-qui-escalade-un-immeuble-et-sauve-un-enfant-est-un-malien-sans-papiers-5786237

 

https://www.francetvinfo.fr/societe/mamoudou-gassama-le-jeune-malien-sans-papiers-qui-a-sauve-un-enfant-a-paris-sera-recu-lundi-matin-par-emmanuel-macron_2773788.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180528-[lestitres-colgauche/titre1]

 

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27 mai 2018

Pierre Bellemare, animateur de son époque

Pierre Bellemare occupe une place immense dans le monde de la radio et de la télévision. Ce sont des voix comme la sienne qui ont fait aimer ce formidable média qu’est la radio. S’il occupe toute cette place, c’est aussi parce qu’il a inventé nombre d’émissions originales qu’on cite à l’occasion de sa mort et qu’il a inventé un métier, qu’il a compris quelles ressources offre la radio. La radio, c’est un média à part entière lié au courant électrique et à la télégraphie électrique et filaire, d’abord, puis sans fil : la fameuse TSF. La télévision que certains ont qualifié de « 8e art » a connu tout de suite un engouement sans précédent parce que, finalement, c’est de la radio avec l’image, mais c’est aussi un mass medium qui a remplacé tous les autres et créé une dépendance, au point que, d’aucun n’ont pas hésité à dire que c’est le nouvel opium du peuple. Depuis que la télévision est autorisée dans les prisons, les tentatives d’évasion sont négligeables et les gardiens ont la paix. Nuançons en ajoutant que la population carcérale a changé et que certains détenus posent des problèmes autrement plus graves que les tentatives d’évasion.

 

« La télévision c’est un cinéma / où l’on peut aller en restant chez soi » dit la chanson. C’est un peu le problème. Jusqu’à très récemment, la télévision, au contraire de la radio, ne se déplaçait pas et forçait à rester chez soi. Paradoxe : pour beaucoup, la télévision, c’est l’évasion. Quantité de personnes qui n’ont jamais quitté leur village ou leur quartier ont découvert des paysages, des peuples dont ils ne soupçonnaient même pas l’existence. Pourtant, la télévision n’est qu’un outil, un moyen d’avoir sur un écran, chez soi, son journal, des reportages, des films qu’on a loupés ou qu’on aime revoir, des divertissements en tout genre. Invité d’Apostrophes, le génial Jean-Christophe Averty regrettait cette évolution qui faisait qu’on allait « Au théâtre ce soir, au cinéma ce soir mais jamais à la télévision ce soir ». Lui voulait utiliser ce nouveau moyen pour ce qu’il était et non pas pour en faire un support universel. Aujourd’hui, le smartphone est un nouvel instrument, carrément un auxiliaire de la vie quotidienne tant ceux qui en possèdent ont accès à des services inestimables.

 

La radio relève de la magie. Ne dit-on pas « la magie des ondes » ? Et le fait d’avoir supprimé l’image – comme disait le grand José Artur – participe de cette magie. Quand, en plus, on entend une voix, comme celle de Pierre Bellemare, qui vous interpelle, qui vous distrait, vous intrigue, on est captivé. De plus, la radio se prête à de nombreuses inventions et Pierre Bellemare, justement, a été un des plus inventifs et nombre de moyens (comme le téléphone en direct) nous paraissent aujourd’hui normales alors que chacune le doit à de géniaux animateurs, oubliés ou pas et que les voix d’aujourd’hui aiment moquer. C’est leur façon d’exister.

 

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Pierre Bellemare est intimement lié à l’histoire d’Europe n°1, station qui a été fondée pour apporter du nouveau dans la radio, à une époque où l’on ne se contentait pas de passer des disques entre deux publicités ou d’accueillir « mon invité aujourd’hui ». On pourrait dire qu’il fait partie de la grande époque mais ce serait inexact. il fait partie de toutes les grandes époques : celle des Filipacchi, Ténot, Bouteiller, Lefèvre mais aussi celle des Lafont, Gildas, R. Nahmias, Mougeotte, Carreyrou, Coluche.

Pourtant, on peut dire que Bellemare, c’était un État dans l’État. Il avait sa propre équipe autour de lui : Jacques Antoine, le producteur et l’inventeur de tant d’émissions et de jeux pour la radio et la télévision, Jean-Paul Rouland, son alter-égo, Jacques Rouland, son frère, Jean-Marc Épinoux, Harold Kay, Robert Wilar et quelques autres au gré des besoins et des disponibilité. Les jeux qu’ils animaient (au sens le plus fort de ce verbe) faisaient appel aux connaissances, à la culture, faisaient remuer les méninges. C’était populaire et c’étaient des succès. En général, le jeu consistait à poser des questions à des quidams mais, sur le modèle du jeu télévisé Le défi, on a eu le Jeu du pourquoi où c’étaient les auditeurs qui posaient une question aux animateurs. Même sans filet, ce n’était jamais vulgaire.

Tous ces gens-là étaient de très grands professionnels mais s’ils connaissaient la réussite (Europe n°1 est une radio commerciale), c’était aussi parce que, à côté d’un immense talent, leur culture le disputait à leur humour. À entendre Pierre Bellemare ou Jean-Paul Rouland, on avait l’impression qu’ils savaient tout sur tout. Ils connaissaient le petit détail, l’anecdote amusante qui va faire aimer et inciter à en savoir plus. On avait envie de répéter ce qu’on avait entendu et, parfois, on se sentait un peu plus intelligent mais sans en mettre plein la vue. Il y a quelques années, une jeune animatrice ou journaliste racontait qu’elle avait dû se rendre au domicile de Pierre Bellemare. Elle avait été amusée, plus que fascinée, parce qu’il racontait l’histoire de chacun des éléments du décor de sa maison, à commencer par l’horloge comtoise. Cette anecdote illustre bien l’étroitesse d’esprit des jeunes générations qui, bien qu’ayant eu accès au lycée, n’a pas été invitée à élargir le cadre du programme du bac et approfondir. Cette personne allait faire son travail chez l’impressionnant Pierre Bellemare mais ne comprenait pas le plaisir qu’avait son aîné à partager ses connaissances avec une jeunesse. Pour tout dire, elle s’en fichait un peu et le trouvait un rien ringard avec sa culture générale*. Il incarnait bien cette génération, souvent autodidacte, avide de connaissances pour le plaisir, cherchant à les partager et consciente de la responsabilité de celui qui en sait un peu plus. Ainsi, Pierre Bellemare qui racontait (un peu trop sans doute) des histoires criminelles ne livrait aucun détail sordide. Aujourd’hui, ce serait le contraire : ne pas ennuyer le public avec des références culturelles mais livrer en pâture les détails les plus glauques pour provoquer l’émotion et retenir l’attention.

L’humour, toujours présent, a connu le sommet avec La caméra invisible. Là encore, nulle vulgarité : on se moquait des farces, de nos travers, tant nous nous reconnaissions dans les malheureux piégés. L’humour, c’est d’abord être capable de se moquer de soi-même plutôt que de tirer sur les ambulances ou taper sur une personnalité pour finir par penser que, décidément, on est mieux.

Nous terminerons par Vous êtes formidables où l’animateur mobilisait les auditeurs pour des élans de solidarité mais aussi pour soutenir des causes dont personne ne parlait ou récompenser des anonymes qui, dans leur association, effectuaient un boulot formidable. Pierre Bellemare est le type de « l’honnête homme » transposé dans l’ère de l’audiovisuel. C’est le personnage rabelaisien par excellence : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Connaissance, humour, fraternité, ce qu’en d’autres temps, on appelait l’humanisme et dont Rabelais était la plume en langue française.

 

 

 

 

* ce comportement n’est pas sans rappeler ‘des’ critiques du Masque & la Plume qui ridiculisent les connaissances générales et la culture dans une émission qui se veut culturelle

 

 

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15 mai 2018

Maurane, Vance : des amis belges qui viennent de nous quitter

Décidément, la Belgique est en deuil.

La semaine dernière, on apprenait la mort de la chanteuse Maurane qu’on a encore du mal à croire malgré l’annonce de ces obsèques. Rien ne laissait prévoir la fin d’une des plus belles voix de langue française. Autant, on pouvait s’attendre au décès de Johnny (autre Belge) et même de France Gall, autant celle de Maurane nous stupéfie.

 

Maurane

Maurane est une des plus grandes interprète de chansons. Sa voix exceptionnelle a mis en valeur de beaux textes et sa personnalité, loin des frasques des vedettes, nous la rendait attachante.

http://www.ina.fr/video/I14036833/maurane-sur-un-prelude-de-bach-video.html

Bien sûr, comme d’habitude, la France et les Français expriment toute leur ingratitude car ils n’aiment qu’eux-mêmes. La proximité de la Belgique, une expression répétée à l’envi, telle que « nos amis Belges » ne font rien au mépris et à la suffisance dont les Français font preuve à l’égard de tous les amis et amoureux de la France et de la culture française quand ils ne sont pas français eux-mêmes. Qu’on se souvienne qu’aux obsèques de l’ancien Président du Sénégal, ancien Académicien, ancien normalien et chantre de la négritude en langue française, Léopold Senghor, la France n’avait envoyé à Dakar qu’un Secrétaire d’État quand Senghor avait fait le voyage pour tous nos anciens Présidents défunts. Senghor a plus fait pour la francophonie que l’OIF dont on se demande à quoi elle sert. Toujours au chapitre du mépris, les Français se moquent des Québécois qui s’ingénient à traduire dans la langue de Molière tous les mots étrangers qui s’imposent dans notre langage quotidien et ont fait le lit de la mondialisation dont on se plaint par ailleurs. La France a créé (est-ce qu’elle existe toujours?) une commission pour proposer des termes français dans les domaines des technologies nouvelles alors qu’au Canada, le travail est déjà fait depuis longtemps et que ce serait une belle preuve de solidarité francophone que de les adpoter.

Maurane s’ajoute à cette tradition de dédain alors que sa voix puissante, son expression claire portent la langue française et en démontrent sa pertinence dans la chanson dominée par l’anglais. La nouvelle de sa mort n’a été qu’une brève, qu’une info parmi d’autres.

 

 

Le nouveau décès, en Belgique, moins surprenant, c’est celui du dessinateur de bande-dessinée William Vance. En général, on connaît peu les auteurs de BD même si leurs héros sont célèbres. Vance appartient à la grande école belge de la bande-dessinée qui a donnée au monde ses plus belles séries. William Vance a eu la chance de travailler avec les meilleurs et les plus prolifiques scénaristes. Je citerai Duval (injustement oublié), Greg et surtout van Hamme qui a signé une des meilleures séries, réussie sur le plan des histoires et formidablement servie par le dessin d’un des meilleurs, William Vance.

https://www.lecho.be/culture/general/le-dessinateur-william-vance-s-est-eteint/10011743.html

Il a commencé dans le journal de Tintin par dessiner Howard Flynn, sur un scénario d’Yves Duval, un officier de la marine de sa majesté ; comme on dit quand on parle des souverains anglais. Réalisme des navires, précision des uniformes, profusion des éléments déchaînés étaient les caractéristiques principales de la série qu’on retrouvera tout au long de l’œuvre du maître belge et notamment Bruce J. Hawker avec A.-P. Duchateau à la plume. Curieusement, cette série a commencé dans l’hebdomadaire féminin Femmes d’Aujourd’hui, tout comme une série qu’il avait reprise avec succès auparavant : Bob Morane. Le héros d’Henri Vernes a connu les meilleurs dessinateurs du moment : Dino Attanasio, Gérald Forton puis W. Vance qui a laissé la série à son beau-frère Coria. La fiche Wikipédia sur Femmes d’aujourd’hui montre un nombre impressionnant de bandes-dessinées parues dans cet hebdo alors même que son confrère belge Bonne Soirée, pourtant éditée par Dupuis n’en proposait pas autant et se concentrait surtout sur les feuilletons et nouvelles sentimentaux.

 

C’est avec Bruno Brazil, sur un scénario de Greg, que W. Vance a montré l’ampleur de son talent, surtout quand l’ersatz de James Bond qu’ils avaient créé s’est transformé en chef d’un commando chargé d’accomplir partout dans le monde des missions impossibles. Entre temps, il avait créé Ringo, un western avec Acar, Duval ou Duchateau comme partenaire. C’est probablement ce qui lui a valu de rejoindre Giraud pour une série parallèle à Blueberry de Jean-Michel Charlier : Marshall Blueberry. Pourtant, ce qui lui vaudra tous les honneurs, c’est la série XIII, l’histoire d’un amnésique que le grand scénariste Jean van Hamme a adapté à partir d’un roman de Robert Ludlum. Ce pauvre amnésique semble prendre un malin plaisir à se jeter dans la gueule des loups qui veulent le faire disparaître ; et ils sont nombreux. Il détiendrait un terrible secret qui en fait l’ultime témoin d’un événement historique : l’assassinat du Président des États-Unis. Quoi qu’il en soit, la série qui compte environ 18 tomes propose des histoires qui tiennent debout et des rebondissements qui la mettent parmi les toute meilleures œuvres de fiction.

Avec XIII, c’est un festival de personnages hauts en couleurs, de femmes à la beauté exubérante, de paysages grandioses, de scènes sous la pluie qu’il affectionnait particulièrement. La maladie a contraint van Hamme a clore la série ou, plutôt, à confier une suite à d’autres. Depuis, si l’on retrouve les personnages qu’on aime, ils évoluent désormais dans des histoires ultra violentes. Précisément, la tradition de la bande-dessinée belge consistait à proposer des histoires comiques ou réalistes dans lesquelles la violence est peu montrée même si on la devine.

 

Il reste encore des auteurs et des dessinateurs de cette grande école belge de la bande-dessinée mais tous sont maintenant âgés et ont laissé leur œuvres à d’autres ou les ont abandonnées. L’avantage de notre époque, c’est qu’elle nous permet de retrouver les œuvres des auteurs disparus que ce soit sur papier ou avec la numérisation des images fixes ou en mouvement. On dit que les héros ne meurent pas mais maintenant, leurs auteurs non plus.

 

 

https://www.ouest-france.fr/culture/bande-dessinee/bande-dessinee-le-dessinateur-de-xiii-william-vance-est-mort-5759281

https://www.lci.fr/culture/mort-de-william-vance-le-dessinateur-de-la-bande-dessinee-culte-xiii-est-decede-age-82-ans-2087367.html

http://www.bdxiii.com/pages/auteurs/vance.html

http://www.bdparadisio.com/scripts/detail.cfm?Id=5

 

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12 mai 2018

Étudiants -diants -diants !

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On s’était mis à rêver en voyant les étudiants se révolter avec l’arrivée du printemps et surtout du projet de loi qui entérine la sélection à l’université.

La sélection, beaucoup en ont rêvé (tout le monde rêve dans cette histoire) mais finalement, les gouvernements de droite qui avaient lancé l’idée se sont tous ravisés. Tous ont eu peur de voir se reproduire les affrontements de décembre 1986 et la mort d’un jeune.

 

Avec un gouvernement « ni-ni », les choses ne se posent plus de la même façon. Clairement à droite par ses projets, la majorité gouvernementale ne se reconnaît pas dans la lignée de la droite et n’a pas les mêmes peurs. De plus, son maître-mot, sa seule pensée – pour tout dire – se résume à « il faut faire des économies ». Faire des économies, ça veut dire que l’État se retire de tout et abandonne ses prérogatives et ses services aux entreprises privées. Concernant l’université, le problème se pose en d’autres termes. D’abord, il faut rappeler que le baccalauréat est le premier diplôme universitaire et les présidents de jurys sont des professeurs d’université. Les choses sont claires : le baccalauréat donne accès à l’université. Avec l’objectif louable d’avoir 80 % d’une classe d’âge titulaire du baccalauréat, tout a changé parce que, dans ce pays, tous les projets ambitieux, généreux, prestigieux, toutes les ambitions sont pervertis. Avec « La fabrique du crétin », on s’est vite rendu compte qu’on n’avait pas les moyens d’y parvenir. Qu’à cela ne tienne, il suffit d’abaisser la barre et tout le monde peut sauter. L’harmonisation des notes, les barèmes truqués sont quelques uns des moyens mis en œuvre pour obtenir 80 % de bacheliers.

 

Le problème est repoussé. Que faire de tous ces bacheliers ! Déjà, dans les années 1980, passés les plans qui, entre autres réussites, ont permis la construction d’universités modernes et dignes d’un pays comme la France, il n’y avait déjà plus les moyens de la maintenance. Le gros Barre était passé par là et il n’était plus question que l’État dépense pour ses services publics et notamment les transports et l’Éducation nationale. Par conséquent, l’entretien laissait à désirer et le mobilier cassé n’était pas remplacé. Pour assister aux cours, aux TD, il fallait allait chercher des chaises dans les salles où, grâce au décalage horaire, il n’y avait pas cours. Parfois, il fallait chercher des tables. Parfois, il fallait aller à un autre étage. Des professeurs avouaient que dans certains groupes, ils étaient debout, collés contre le tableau auquel ils avaient difficilement accès et avec des étudiants partout, écrivant sur les genoux, assis par terre. Pour les conférences, c’était pareil, en début d’année, les marches étaient occupées ainsi que l’espace entre le premier rang et l’estrade. Parfois, des étudiant étaient assis au bord de l’estrade. Les choses se tassaient en cours d’année avec les découragements et les erreurs d’orientation. Il est facile d’imaginer, avec toujours moins de moyens, la situation en ce début de siècle avec presque 80 % de bacheliers.

Comme il n’est pas question de construire de nouvelles facultés, ni d’agrandir celles qui peuvent encore l’être, reste la sélection à l’entrée puisque le baccalauréat ne remplit plus ce rôle mais est devenu un simple diplôme de fin d’études secondaires.

 

Bien sûr, les étudiants actuels ignorent l’histoire et pensent qu’ils sont les victimes expiatoires d’un système. Certains professeurs leur ont bien dit que leur bac ne veut plus rien dire, que l’orthographe et l’expression sont lamentables, que la culture a disparu depuis longtemps, que seuls comptent le niveau en maths et la maîtrise de l’outil informatique. Rien n’y fait. Les lycéens sont persuadés avoir bossé comme des malades parce qu’ils ont renoncé à quelques heures d’écrans dans la semaine pour réviser, quand leurs parents et surtout leurs grands-parents ne faisaient que ça dès l’arrivée des beaux jours. Néanmoins, leur révolte est légitime. On ne peut pas promettre sans mettre en place les moyens pour tenir les promesses. Les lycéens qui ont le bac réclament à juste titre l’accès à l’université où, d’ailleurs, encouragée par ce qui s’est passé avec le baccalauréat, on envisage d’amener 60 % d’une classe d’âge à la licence. On s’achemine vers des études interminables, des spécialisations qui n’auront d’autre but que de sélectionner des cadres capables de prendre des décisions et des responsabilités. Quand on voit le niveau des députés de la majorité, on imagine aisément ce que seront leurs enfants et comment nous serons gouvernés.

 

Pendant ce temps, toujours rien pour l’apprentissage mais c’est encore un autre problème, d’autant plus difficile à résoudre que les entrepreneurs qui rechignent à embaucher (« les charges, vous comprenez ! »), rechignent à présent à prendre des apprentis et même des stagiaires. Les professeurs principaux de 3e ont de plus en plus de mal à trouver de simples « stages d’observation ». C’est un mal français et il n’est pas près de guérir.

Les étudiants qui ont l’impression d’avoir été trompés ont donc protesté et occupé plusieurs facultés. Comme très souvent, ils ont recours aux piquets de grève afin de sensibiliser les non grévistes. On se plaint assez que la jeunesse n’est plus politisée pour ne pas se réjouir de cette réaction face au projet d’un gouvernement qui fait preuve d’une froideur comptable et d’une insensibilité technocratique qu’on n’avait encore jamais vu à ce stade. Comme on commémore les 50 ans de Mai 68, on se met à rêver que ça pourrait bien recommencer avec, cette fois, des chances de réussite, instruits que nous sommes par les leçons. En fait, on ne retient jamais les leçons de l’Histoire et si les étudiants d’aujourd’hui ont forcément entendu parler de Mai 68, de ses barricades et de ses slogans, ils n’en savent pas plus. Leurs aînés ne savent pas plus de la plupart des événements de l’Histoire contemporaine ni de ce qui se passe dans le monde en ce moment.

 

Quoi qu’il en soit, les examens approchent et, maintenant, les examens ont commencé. Et là, le malaise s’installe quand on est passé par là et qu’on pose un regard adulte et affectueux sur la jeunesse. Quand on a entendu l’exigence de mettre la moyenne à tout le monde voire de mettre 20/20, on commence à imaginer que le chahut a peut-être été impulsé par ceux qui savaient pertinemment qu’ils seraient recalés et qui ont trouvé ce moyen pour s’en sortir par le haut. Quand on est passé par là, on connaît aussi le formule toute faite opposée aux étudiants inquiets à l’idée de voir leur année annulée : alors, pour toi, le diplôme, c’est qu’un bout de papier que tu vas présenter !. Facile à dire et c’est pour ça qu’on le dit toujours.

Toutes les familles n’ont pas les moyens de payer une année d’études supplémentaire, surtout quand il y a d’autres rejetons qui arrivent eux-aussi et à qui il faudra payer des études. Les étudiants n’ont qu’à travailler pour payer leurs études. Facile à dire aussi quand on connaît le marché du travail depuis des dizaines d’années. Et puis, il arrive que le boulot d’étudiant soit tellement prenant que le jeune renonce aux études ou se trouve très bien à gagner de l’argent qu’il peut consacrer à autre chose qu’à des bouquins austères. Ça aussi, c’est une sélection.

 

Puisqu’on parlait de Mai 68 dont l’ombre plane au-dessus des occupations d’universités et de « manifestation pot-au-feu », il faut se rappeler que, à l’époque, les communistes voyaient d’un sale œil ce moment qu’ils n’avaient pas vu venir et surtout qu’ils n’avaient pas impulsé. Ils n’avaient pas de mots assez durs à l’endroit de ces étudiants, fils de bourgeois, qui s’encanaillaient dans un mouvement gauchiste et même anarchiste. D’une manière générale, l’ensemble de la population se montre très réticent devant ces révoltes qui sont le fait des grandes villes et qui sont menés par des individus très éduqués.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/07/15/27643754.html

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On peut penser qu’il faut des têtes pensantes et que c’est comme ça que le progrès poursuit sa marche mais, à l’inverse, force est de constater que ces mouvements ne reflètent pas l’ensemble de la population. En ce sens, les critiques des communistes de 1968 étaient fondées et se retrouvent aujourd’hui, même si elles émanent de la mouvance politique diamétralement opposée. Et quand on entend que beaucoup d’étudiants, dans un marché du travail restreint, avaient pris contact avec des employeurs qui conditionnaient l’embauche (même pour un simple stage) à l’obtention d’un diplôme, à une date précise, on ne peut s’empêcher de penser que ce sont les étudiants les plus fragiles socialement qui vont faire les frais de cette révolte estudiantine. Ceux qui peuvent se permettre de redoubler leur année ou qui trouveront plus facilement un stage ou un boulot grâce aux réseaux de leurs parents ne connaîtront pas ces affres ni leurs conséquences. Finalement, ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Les enfants des ménages les plus modestes, d’une façon ou d’une autre sont pénalisés et obtiennent moins de diplômes que ceux de la classe moyenne supérieure, sans parler de la classe supérieure qui fréquente les grandes écoles. Aujourd’hui, il n’y a plus que 6 % d’enfants des milieux les plus modestes à fréquenter ces grandes écoles contre 14 % dans les années 1960. Plus encore qu’en 1968, les étudiants d’aujourd’hui sont issus majoritairement de la classe moyenne supérieure et peuvent se permettre de faire un tour pour rien. Tant pis pour les autres.

 

Mais là, il n’y a rien de nouveau. Ce qui est nouveau, c’est que les responsables des universités vont pouvoir mettre en place des dispositifs qui vont permettre de passer les examens à distance. Techniquement, c’est possible. Ça n’a encore jamais été expérimenté en France mais voilà justement l’occasion rêvée. Si ça marche, gageons que ça se généralisera. Naomi Klein appelle ça la « théorie du choc » : profiter d’un événement exceptionnel pour faire passer l’inacceptable. Donc, on verra si ça se passe bien ou même pas trop mal. Ensuite, ça pourra être généralisé. Plus besoin de mobiliser du personnel pour surveiller, de faire marcher le chauffage, la ventilation, l’électricité. Plus besoin de fournir des feuilles de copies, de mettre en place un système d’anonymat avec découpe de l’en-tête pour garantir l’équité. Plus de risque pour le candidat de rater son train, d’arriver trop tard. Plus besoin de mobiliser un surveillant pour accompagner les candidats aux toilettes. Après tout, on avait nourri les pires craintes quand on a autorisé l’usage des calculettes aux examens et le monde ne s’est pas écroulé. Pas sûr que ça ait beaucoup contribué au score de 80 % de bacheliers. Alors, il faut vivre avec son temps et il est bien normal que les examens ne se passent plus en 2018 comme ils se passaient au début du siècle dernier dans d’immenses salles, surveillées par des professeurs et des appariteurs ; sauf que les néons puis les leds ont remplacé les rares ampoules. Finalement, cette grève avec occupation, malgré les cris d’orfraie (pour la forme), de la Ministre, tombe à pic pour un gouvernement qui ne pense qu’à « faire des économies ».

 

https://www.20minutes.fr/paris/2269087-20180511-video-blocus-universites-examens-prevus-vendredi-samedi-arcueil-annules#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_paris]--

 

12 avril 2018

ZAD : Forces et faiblesses de l’ordre

On croyait que NDDL, c’était fini après l’abandon du projet qui datait de plus d’un demi-siècle et prévu pour promouvoir Air-Inter à une époque où le TGV n’existait pas. Inutile de redire que, forcément, les cartes ont été rebattues et que les besoins ne sont plus les mêmes.

Eh bien, NDDL, ça continue ! Cette fois, l’affaire concerne l’évacuation de la zone qui aurait dû être bétonnée et qui est occupée par des « zadistes » qui squattent les parcelles pour y poursuivre l’activité agricole et protéger le bocage et ont construit des cabanes quand ils ne pouvaient pas occuper des bâtiments abandonnés.

C’est à croire qu’il n’y a rien de plus urgent. Ainsi, un des quotidiens cités dans les liens ci-dessous nous apprend :

ZAD – NDDL 2

« Cette opération de grande ampleur, prévue sur plusieurs jours, doit mobiliser au total vingt-cinq escadrons de gendarmerie mobile, soit environ 2 500 militaires. Elle prévoit d’expulser toute personne n’ayant pas régularisé sa situation, en déclarant par exemple de nouveaux projets agricoles individuels, et à démanteler certains des 97 squats recensés par les autorités. La quasi-totalité des 250 zadistes estimés sur place ne l’ont pas fait, préférant une gestion collective du territoire et la possibilité de mener des projets non agricoles. »

Tout ça pour virer quelques 250 personnes à qui l’on reproche des activités illicites, dont l’occupation de propriétés privées (abandonnées). On déploie toute une armée (à peu près la moitié des effectifs présents au Mali par exemple) pour de dangereux individus qui fabriquent et commercialisent des fromages, de la bière, du pain et, forcément, du miel. Tout ça pour réhabiliter la fameuse D 281. Quand on voit l’état des petites routes départementales et mêmes des grandes RD, on se dit que cette route étroite à usage essentiellement des engins agricoles n’est pas une priorité budgétaire.

 

À côté de ça, les pouvoir publics laissent se développer, à la périphérie des grandes villes des zones dites de « non-droit » où une économie illégale et immorale se développe. La différence, c’est que, dans ce cas, les coupables sont organisés (guetteurs, milices), armés et ultra-violents. La moindre intervention de secours, tels que les pompiers, le SAMU, un médecin, donne lieu à des jet de projectiles, parfois depuis le sommet des bâtiments sur ceux qui sont appelés pour secourir des personnes en grand danger. Le but est de créer des zones fermées où les lois de la République n’ont plus cours et où règne la terreur et la loi du plus fort, de celui qui est armé. Même le ministre Sarkozy n’a rien pu faire et rien voulu faire devant l’ampleur du problème malgré ses déclarations intempestives. Au contraire, on reconnaît, aujourd’hui, qu’il a réduit les effectifs et supprimé la fameuse « police de proximité » au prétexte spécieux que les policiers jouaient au foot avec les délinquants. Au moins, une relation s’établissait.

 

ZAD – NDDL 9

L’État veut montrer sa force. L’État de droit doit triompher entend-on. On a vu la force de l’État qui se dégage de tous les leviers de l’économie qu’il détenait, au bénéfice d’intérêts privés qui cessent toute activité en France dès qu’ils ont tiré leur profit. Où était l’État dans l’affaire Alstom, qu’il s’agisse de la branche de matériel électrique ou de la branche ferroviaire ? Où est l’État qui, après avoir cédé les autoroutes des Français s’apprête à céder les aéroports stratégiques de Paris et la Française des Jeux qui rapporte des milliards chaque année et soulage quelque peu le contribuable ? Où est l’État qui diminue chaque année un peu plus les dotations aux collectivités locales et aux associations ? Où est l’État qui diminue chaque année ses subventions à ses propres entreprises, établissements, tout en les mettant en concurrence avec des entreprises qui disposent de moyens considérables dans le but avoué d’affaiblir l’État, précisément. L’audiovisuel public est menacé, la Sncf va disparaître à terme, EDF est déjà démantelée, GDF n’existe plus. Partout les services publics s’en vont, abandonnant les populations les plus vulnérables, justement à ces gangsters qui prennent le relais à leur façon.

 

Il y a d’autres zones de non-droit comme ces villes qui refusent l’application de la loi SRU et dont la mauvaise volonté oblige des millions de gens à vivre l'enfer dans celles-là plutôt que de favoriser la mixité sociale. Également, ce sont les injustices produites notamment par les financiers qui légitiment la loi de la jungle qui y règne. Plutôt que de montrer ses muscles face à des zadistes, l’État s’honorerait à le faire face aux fraudeurs en tout genre qui prélèvent un impôt indu et sont directement responsables de ce mal vivre que subit la classe moyenne. Ne parlons même pas de ceux qui vivent dans la rue… Pourtant, les pouvoirs publics se montrent particulièrement intransigeants envers ceux qui tâchent de vivre autrement plutôt que de dormir dans la rue sur un carton. Il faut voir comme on détruit les yourtes ou autres habitations légères posées sur des terrains achetés par des gens avec leurs maigres économies. À ceux-là, on sert de beaux discours sur la légalité et sur l’État de droit et pour les récalcitrants, la matraque et les grenades.

 

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Quand l’État recule dans tous les domaines où il était présent et qu’il déploie des moyens démesurés contre des activistes de la mouvance écologistes (cela dit pour simplifier), comme pour la COP 21, le barrage de Sivens, le site de déchets radioactifs de Bure etc. on ne peut pas parler des « forces de l’ordre » mais plutôt des « faiblesses de l’ordre ». Ceux qui menacent la République se marrent en regardant les images des engins blindés qui appuient des militaires en marche contre ceux qu’ils traitent de « bouffons » qui pataugent dans la boue quand eux, affichent ostensiblement leur réussite en portant des vêtements de marque et en roulant dans des grosses berlines allemandes. Quel exemple donné à la jeunesse qui vit, dans sa grande majorité, loin de ces deux types de zones ! Tu vis tranquillement sur un lopin de terre, courbé pour faire pousser quelque chose ou tu passes sept jours sur sept à soigner des bêtes et on lance la gendarmerie mobile contre toi. Tu trafiques des produits illicites et on te laisse tranquille puisque tu fais vivre des dizaines de personnes autour de toi. Devine quel modèle les jeunes ont envie de suivre quand les portes des boulots traditionnels leur seront fermées puisque on a déjà pléthore pour les occuper ?

 

L’État est attaqué de toute part depuis que l’ultralibéralisme impose sa loin d’airain en faisant miroiter aux plus vulnérables, aux moins cultivés, que l’avenir est dans la réussite individuelle plutôt que dans la solidarité. Ceux-là même qui devraient voir dans l’État le bras du droit qui protège équitablement (du moins par définition) constatent qu’il abandonne les territoires et ses populations et, pire, qu’il fait le coup de poing contre des personnes qui demandent juste qu’on leur fiche la paix. L’opération lancée contre les zadistes est une diversion qui cache la faiblesse de l’État et sa disparition progressive au profit de potentats locaux, d’un techno-centralisme européen et de bandits financiers ou trafiquants. L’État est nu et ce n’est pas l’équipement anti-émeute de ses militaires qui le masque. Quand on est fort avec les faibles et faible avec les forts, les forts sont toujours plus forts et les faibles sont leurs bouffons.

 

ZAD – NDDL 1

 

 

NB. La scientifique Vandana Shiva qui donne des conférences (sur la biologie, l’agronomie, les ressources naturelles, les écosystèmes) qui remplissent des salles dans le monde entier est venue apporter son soutien aux « récalcitrants » installés sur la zone de Notre-Dame-des-Landes dans le silence des médias de grand public. Dans tout autre pays démocratique, sa venue aurait mobilisé la presse et forcé les pouvoir publics au dialogue. Ici, on n’en a même pas parlé, tout comme les médias avaient ignoré la venu de Noam Chomsky, l’intellectuel le plus réputé du monde, voici quelques années.

 

http://www.letelegramme.fr/bretagne/nddl-la-route-des-chicanes-est-degagee-26-01-2018-11828428.php

https://www.francetvinfo.fr/politique/notre-dame-des-landes/notre-dame-des-landes-les-forces-de-l-ordre-ont-commence-a-evacuer-les-zadistes-suivez-notre-direct_2696998.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180409-[lestitres-colgauche/titre1]

https://reporterre.net/La-Zad-et-la-guerre-civile-mondiale

https://www.la-croix.com/France/A-Notre-Dame-des-Landes-lheure-premieres-expulsions-2018-04-09-1200930301

https://www.20minutes.fr/societe/2251983-20180409-video-dame-landes-faut-retenir-premiere-journee-expulsion-zad#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_societe]--

https://www.francetvinfo.fr/politique/notre-dame-des-landes/notre-dame-des-landes-europe-ecologie-les-verts-dit-craindre-de-nouveaux-debordements-et-appelle-a-l-arret-de-l-evacuation_2697992.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180410-[lestitres-coldroite/titre5]

https://www.geo.fr/reportages/notre-dame-des-landes-evacuation-en-cours-187269#utm_campaign=20180410&utm_medium=email&utm_source=nl-geo-quotidienne

https://www.20minutes.fr/societe/2251251-20180409-direct-dame-landes-evacuation-zad-demarre#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_societe]--

 

https://www.20minutes.fr/societe/2186951-20180117-video-dame-landes-fin-projet-traine-depuis-cinquante-ans#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_societe]--

 

https://www.la-croix.com/France/Notre-Dames-Landes-affrontements-entre-gendarmes-zadistes-2018-04-09-1200930174

http://www.letelegramme.fr/loire-atlantique/nantes/nddl-l-evacuation-s-embourbe-10-04-2018-11921632.php?share_auth=0dd8326940a884ff2e7fa76693eec354