la lanterne de diogène

26 janvier 2020

Qui regretta Thunberg ?

Oui, c’est vrai, la rime est plus difficile avec Thunberg qu’avec Garbo, cher Henri Tachan. C’est sans doute pour ça que ni vous ni personne ne s’y est encore risqué en français.

On a tout dit de Greta, qu’elle ne fait que répéter ce que d’autres, dans l’ombre écrivent pour elle, qu’elle est manipulée, qu’elle est autiste, que c’est une enfant. Arrêtons-nous un instant sur ce concept. Il est intéressant de noter que, selon les circonstances, selon le but recherché, on classe une adolescente dans la catégorie enfant ou jeune adulte. Donc, on ne veut surtout pas voir Greta comme une jeune fille mais comme une gamine. Les uns mettent en avant la spontanéité de son innocence quand d’autres ne veulent voir que sa minorité. Pour la première fois, sans doute, une enfant, une très jeune peut avoir une influence au niveau mondial. Les jeunes héroïnes ne manquent pas mais leur rôle était limité dans le temps et dans la géographie. Nous vivons l’époque des médias de masse, de l’Internet, outil d’accompagnement de la globalisation. Rien d’étonnant que son impact dépasse celui de Jeanne d’Arc. Passons sur ceux qui la suivent ou l’adulent. On les comprend facilement. Restent les autres, ceux qui la vilipendent et n’ont pas de mots assez forts contre elle.

Que nous dit Greta Thunberg ? En simplifiant, elle demande à quoi bon étudier, si le monde que vont trouver les ados est invivable. Ceux qui gagnent beaucoup d’argent en rendant le monde invivable ou, a minima, sans s’en préoccuper, voient d’un mauvais œil cette contestataire qui, au lieu d’opposer une phraséologie marxisante ou écolo, en appelle à la mauvaise conscience. Les dominants ont appris à contrer les arguments, y compris les plus irréfutables. Quelqu’un comme Trump considère que la vérité n’est qu’une opinion parmi d’autres. Au passage, personne ne reproche à un grand dirigeant planétaire, à un patron milliardaire, de tenir des propos préparés par d’autres. Concernant Greta, d’un côté on lui reproche son jeune age et sa minorité mais de l’autre, on s’insurge contre ses propos visiblement élaborés par d’autres, qui ont une connaissance plus longue (forcément) et plus approfondie des dossiers. En fait, on aimerait que ses propos relèvent de ce qu’une certaine presse spécialisée nomme « les mots d’enfants ». On voudrait que ses propos relèvent de « l’école des fans » ; pour ceux qui se souviennent.

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On en est loin et les adultes détestent ces enfants qui ne restent pas dans leur rôle d’enfant, c’est à dire d’être mineur et soumis. Nombre de parents rabaissent leurs propres enfants quand ils font mine de raisonner. Où irait-on si l’on laissait les enfants penser par eux-mêmes et émettre des réflexions ! On admet la « crise de l’adolescence » tant qu’il s’agit de chevelure improbable ou de velléités d’émancipation mais surtout pas quand il y a remise en cause de l’autorité. Avec Greta Thunberg, on franchit un pas puisqu’elle dérange, non pas tant par ses réflexions que par ses interrogations rhétoriques. Elle demande : « comment osez-vous ? ».

En réalité, elle s’en prend à tous ces dirigeants, tous ces décideurs qui répètent jusqu’à la nausée qu’ils préparent l’avenir alors même que tout ce qu’ils mettent en œuvre contribue à appauvrir les ressources naturelles et l’espace vital. En France, depuis quelques années, nous connaissons une déclinaison particulière qui est « la dette que nous allons laisser à nos enfants ». Cette formule sert à faire avaler toutes les régressions. Comme si, depuis des siècles, les gouvernants, y compris les plus vertueux (ne parlons pas de Philippe le Bel) n’avaient pas contracté de dettes, laissées à ceux qui viendront après, pour assurer l’avenir. Il n’y a pas eu de crise à chaque fois. Au contraire, cette fois, c’est la crise qui a provoqué l’endettement, y compris dans les États les plus vertueux financièrement. En revanche, les mêmes – toujours en France – ne se soucient guère des déchets radioactifs pendant des siècles que nous laissons parce que nous nous obstinons à produire de l’électricité avec des centrales atomiques. Les mêmes se targuent de préparer un avenir sans pollution aux hydrocarbures en fonçant, soudainement, dans les moteurs électriques à batteries. Pour des décennies encore, nous ne saurons pas comment recycler les batteries. En clair, elles seront entreposées sur des surfaces encore prises à l’agriculture, en attendant qu’on trouve le moyen de s’en débarrasser ; au moins partiellement. Ces batteries modernes utilisent du lithium qu’il faut importer de l’autre bout de la planète ; encore pire que le pétrole. Elles utilisent des terres rares qui, comme leur nom l’indique, sont rares et vont être épuisées rapidement. Comment prétendre qu’on va laisser une planète propre dans ces conditions ? Comment prétendre qu’on se préoccupe de l’avenir de nos enfants ?

 

Parmi les autres formules toute faites que prononcent les adultes à l’envi, il y a aussi « je suis majeur et vacciné », « je suis adulte et je fais ce que je veux », « je suis responsable ». Fort bien mais ce ne sont là que des mots vidés de tout sens qui servent surtout à justifier qu’on agit dans son seul intérêt immédiat. Nous n’apprenons rien de l’Histoire qui est un éternel recommencement. Nous n’apprenons rien du présent. Nous regardons, à la télévision, sur l’Internet, les mêmes images de la tempête Gloria après celle de Xinthia, il y a quelques années. La tempête Xinthia est passée

On repasse les mêmes reportages, les mêmes témoignages de victimes éplorées qui oublient tout quand les murs sèchent après avoir constaté que les dégats ne sont pas si importants. On regarde les incendies en Australie peu après ceux de l’Amazonie et avant ceux de Californie.

Penser que se débarrasser de l’emprise intellectuelle et idéologique de Dieu permet de dominer la nature est une faute qui ne pardonne pas. La nature se venge et venge les siens mais sans discernement. Ce sont toujours les mêmes qui paient les fautes des irresponsables qui prennent les décisions fatales.

https://www.francetvinfo.fr/monde/asie/incendies-en-australie/incendies-en-australie-un-avion-bombardier-d-eau-s-ecrase-et-fait-trois-morts_3796629.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20200123-[lestitres-coldroite/titre5]

https://www.francetvinfo.fr/meteo/inondations/en-images-vague-de-huit-metres-chutes-de-neige-inondations-la-tempete-gloria-frappe-le-sud-de-la-france-et-l-espagne_3795185.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20200123-[lestitres-coldroite/titre1]

 

Cependant, ce qui dérange davantage dans l’initiative de Greta Thunberg, c’est qu’elle donne mauvaise conscience à tout le monde ; le monde adulte bien entendu. Elle interpelle ces parents qui, la main sur le cœur tiennent des propos du genre : « les enfants, vous savez, c’est l’avenir », « mes enfants passent avant tout », et autres formules ressassées depuis la nuit des temps pour donner bonne conscience. Elle, elle en appelle à du concret et se désole de voir qu’à moyen terme – donc de son vivant – l’air sera pollué un peu partout, la température aura augmenté, les déserts auront avancé, les glaciers continueront de fondre, le niveau des mers aura englouti nombre de côtes et de grandes villes portuaires, que l’espace encore disponible sera bétonné pour loger l’augmentation de la population et l’afflux de réfugiés climatiques, économiques et politiques, que par conséquent, les surfaces cultivables diminueront fortement, que les richesses produites ne proviendront plus de l’exploitation des ressources, de la culture ou de la manufacture mais des seules transactions financières, ce qui, de toute façon, satisfera largement ceux qui en profitent. Un mot encore sur l’agriculture. On commence à peine à parler « d’artificialisation » des terres. En clair, il s’agit de bétonner les terres mais sans doute, une fois de plus, se sentirait-on inférieur si l’on parlait simplement. On bétonne les terres quand on construit pour loger, quand on crée des « zones d’activités », quand on construit des infrastructures. Ça coûte bien moins cher d’acheter des terres agricoles et de les aménager à sa guise que de réhabiliter des friches industrielles déjà « artificialisées ». Donc, on bétonne, encore et toujours. Le pire, c’est que toutes ces zones d’activités ont peu d’impact sur le chômage car il s’agit, le plus souvent de délocalisation. Donc, entre l’exploitation des ressources et le logement, la part cultivable se réduit comme peau de chagrin et il faut nourrir toujours plus de monde. Les belles âmes, en général des religieux, affirment que la Terre peut nourrir jusqu’à 13 milliards d’individus. Il y a quelques décennies, ils affirmaient qu’on pouvait nourrir 8 milliards. Maintenant que nous y sommes, miraculeusement, le potentiel augmente. Il suffit pour ça de mieux partager, de respecter les équilibres, etc. On sait tout ça depuis la crise du Biafra et tout ce qu’on a trouvé pour y remédier, c’est l’aide humanitaire. Dans le cas qui nous préoccupe, il n’y a, pour l’instant, que l’agriculture intensive au moyen d’intrants chimiques pour y parvenir ; donc davantage de pollution et de risques de maladies.

 

La force mais également la faiblesse de Greta tient dans la culpabilité qu’elle fait porter, non seulement aux décideurs mais à tout un chacun quand on se paie de mots, de belles formules d’apparence généreuse et responsable alors que ce ne sont que des phrases répétées depuis toujours.

Or, personne n’aime éprouver la mauvaise conscience, surtout ceux qui, bardés de certitudes, sont pris en défaut sur un point essentiel de leur existence.

 

 

https://www.latribune.fr/economie/international/greta-et-donald-le-choc-des-mondes-a-davos-837682.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20200122

https://www.franceinter.fr/environnement/voici-la-charge-de-greta-thunberg-a-l-onu-en-francais

 

https://climenews.com/tag/greta-thumberg

 

 

 

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17 janvier 2020

Souverain

Ma modestie proverbiale en prend un coup mais quand je lis ce qui suit, je ne peux m’empêcher de prendre la posture de celui qui va asséner : Je vous l’avais bien dit !

En général, je renonce à ce type d’article qui relève de l’autosatisfaction, incapable de trouver un titre. Je ne suis pas particulièrement content de celui-ci, non plus.

Les habitués de La Lanterne de Diogène seront, j’espère, contents de voir que je ne me livre pas à des élucubrations mais qu’il m’arrive assez souvent de proposer des analyses qui tiennent la route. L’économie n’est pas mon domaine de prédilection. En faisant ce blog, je voulais surtout mettre l’accent sur les médias, les relations internationales et apporter des éclairages culturels. Néanmoins, à travers le travail de mémoire des médias ou en réagissant à l’actualité ferroviaire, il est difficile d’échapper aux réalités économiques.

 

J’extrais de cet article de La Tribune les propos suivants :

"Dans le cas d'Alstom, nous avons vendu aux Américains la fabrication des turbines des sous-marins nucléaires, de sorte que l'on ne peut plus produire en France de tels sous-marins sans une autorisation américaine. C'est une perte de souveraineté absolue".

et encore :

En 1997, "Les services de Bercy, l'Inspection des finances et la direction du Trésor ont pris l'ascendant idéologique sur ceux qui s'occupaient de l'industrie françaiseCela a eu une conséquence majeure : les compétences industrielles ont disparu du ministère de l'Économie".

https://www.latribune.fr/economie/france/la-france-va-enfin-riposter-au-pillage-de-ses-pepites-industrielles-trop-tard-10-11-837068.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20200116

Le premier paragraphe fait écho à Mémoire d'auditeur : la bourse

et aussi : Les boyards

En revanche, nous n’avons aucune connaissance des tractations gouvernementales qui conduisent à privilégier un secteur plutôt qu’un autre.

 

alstom - turbine à gaz

Un mot, quand même, sur Bercy. Bercy est ce qu’on appelle une métonymie, c’est à dire qu’on prend le contenant pour le contenu (ex : boire un verre). Quand on dit « l’Élysée ou le Pentagone a réagi », c’est une métonymie. Idem quand on dit que Bercy a fait savoir que…

Le problème, c’est qu’on ignore tout ça ou, plutôt, on croit que ces termes appris à l’école n’ont plus aucune utilité par la suite ; tout comme la grammaire. On se demande pourquoi on l’apprend, alors. Tout simplement parce que ces règles fastidieuses, ces termes compliqués sont autant d’outils pour comprendre une expression. Je renonce à utiliser le mot « prédicat ».

Bercy un ensemble de bureaux, monstrueux, construit à l’emplacement des entrepôts de vins situés dans le quartier de Bercy, à Paris. Les journalistes ont estimé, très tôt, « qu’il faut un patron à Bercy », c’est à dire que l’ensemble soit aux ordres d’un seul ministre. Comme si, à l’instar de ce qui se pratique dans de nombreux pays, on ne pouvait pas regrouper dans le même immeuble, plusieurs ministères. D’où, la suppression du Ministère de l’Industrie et sa mise en coupe réglée par les services du Ministère de l’Économie. Bien sûr, ce n’est pas la seule explication mais quand, dans son raisonnement, on considère qu’il doit y avoir un seul ministre par bâtiment, fût-il immense, on prend des décisions puériles.

Outre les deux articles rappelés, on relira, notamment :

Alstom - Siemens : qui se souviendra d'Alstom ?

PATRIOTISME ECONOMIQUE

patriotisme économique qu'ils disaient

 

J’en profite pour opérer une rectification : Alstom n’a pas été absorbé par Siemens, pour le moment.

 

Dans le même numéro de La Tribune, on apprend que PSA ne va pas si bien

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/peugeot-citroen-ds-pourquoi-les-ventes-de-psa-plafonnent-837343.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20200117

On peut raisonnablement avancer que ça servira de prétexte à Fiat-Chrysler (FCA) pour renforcer son emprise sur le groupe, alors même que FCA n’a pas grand-chose à proposer et que, s’il s’agit d’une « fusion entre égaux », certains sont plus égaux que d’autres, comme l’écrivait Orwell en son temps ; et pas Coluche, nouvel auteur de toutes les citations dont on ignore l’origine.

Dans ce même article, on rappelle que c’est pour rationaliser les investissements que M. Tavares a conclu cet accord avec FCA. Pas sûr que, à terme, PSA y gagne. On peut même penser que le boa qui l’avale va en crever avant. L’article rappelle également que c’est après une ultime erreur de stratégie, après des années d’erreurs, que M. Tavares a été appelé à la rescousse, avec l’appui non négligeable de l’État français, à une époque où il avait encore les moyens et les possibilités de le faire. Pas sûr que ce soit possible à l’avenir, vu que les rentrées fiscales vont baisser.

Fiat-Chrysler - Peugeot-Opel un montage financier

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/psa-poursuit-la-saignee-de-ses-effectifs-chez-opel-837138.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20200115

 

Au passage, je propose une réflexion. Sachant que c’est pour maintenir Peugeot à flots que l’État français a favorisé la consommation de gazole par les particuliers, afin d’alimenter les moteurs diesel construits par la firme sochalienne, que, par conséquent, les autres ont dû s’y mettre pour la concurrencer, n’a-t-on pas joué aux apprentis sorciers ? Jusqu’à une date récente, circulaient en France plus de voitures particulières avec des moteurs diesel que des moteurs à essence. Le moteur diesel est une belle invention : fiable, rustique, économe en carburant. Seulement, il est conçu pour un usage professionnel. Sa généralisation est une catastrophe écologique qui va conduire à son interdiction qui, pour le coup, sera une absurdité. Voilà comment une cause occasionnelle, dans un grand pays, pour sauver l’emploi, peut avoir des conséquences planétaires.

 

 

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15 janvier 2020

Audience des radios : comment croire ?

Quand les humoristes font leur boulot d’humoriste, il leur arrive de pointer des anomalies, des bizarreries et que ce soit drôle. C’est le cas d’Alex Wizorek, un des seuls sur l’antenne d’Inter qui ne se pique pas de faire la morale à l’auditeur mais de remplir son contrat : tâcher de faire rire.

Mardi 14 janvier 2020, il commente les résultats d’audience des radios et s’étonne que, pour la période où l’antenne a été perturbée par un mouvement de grève, Inter ait gagné près de 500 000 auditeurs. Il se demande si c’est la « playlist » qui est plébiscitée ou plutôt, selon lui, l’absence d’émissions. Si c’est le cas (toujours selon lui), ça veut dire qu’il faut réduire encore les effectifs, supprimer des émissions ou même, carrément, laisser la PDG seule au travail avec un juke-box. Jusqu’à présent, c’est la seule analyse lucide de la situation. Alors que nous plaidons, depuis des années, pour la diffusion de plus de chansons à l’antenne, pour couper quelque peu la parlotte incessante, nous voulons voir aussi une demande des auditeurs. Rappelons que, à la mort de Johnny Haliday, des auditeurs et même le directeur de la musique de l’époque, M. Dider Varrod, s’étaient plaints qu’on ne l’entende jamais sur Inter.

 

france-inter-supprime-le-1er-janvier-sa-diffusion-en-grandes-ondes-am-et-sa-meteo-marine-une-decision-qui-lui-permet-d-economiser-six-millions-d-euros-mais-fait-grincer-les-dents-de-quelques-nostalgiques_5772463

Pourtant, l’essentiel n’est pas là. Depuis que nous commentons les résultats d’audience de la radio, nous soulignons l’incohérence entre les succès des radios généralistes et le fait que les générations d’adolescents et de leurs parents – ça fait du monde quand même – ignorent jusqu’au nom de ces stations. C’est pas tout à fait logique. De plus, nous avons commenté, il y a peu, des études qui montrent qu’on écoute de moins en moins la radio.

Or, Alex Wizorek fait état de près d’un demi million d’auditeurs en plus. Est-ce à dire que, alors qu’on écoute moins la radio, ceux qui l’écoutent se concentrent sur Inter dont ils ignorent le nom ? Soyons sérieux !

Enfin, les auditeurs qui ont réagi à la grève des antennes de Radio France qui a commencé fin novembre 2019, ne tarissaient pas d’éloge à l’endroit d’une radio qui les rend si intelligents ; dixit. Seulement, l’intelligence, ça se cultive, ça s’entretient, notamment en s’informant, c’est-à-dire en actualisant ses connaissances. On ne fera pas croire que des auditeurs si intelligents observent une sorte de carême radiophonique et ne vont pas s’informer ailleurs, notamment le matin. Donc, ce sont les autres stations qui auraient dû voir leur audience progresser légèrement. Par conséquent, nous réitérons nos réserves sur ces résultats d’audience et cette fois, le doute n’est plus permis.

 

https://www.lexpress.fr/actualite/medias/audiences-radio-nouveau-record-de-france-inter-toujours-en-tete-malgre-la-greve_2114774.html

nous apprend : « France Inter a même battu son record historique avec 12,8% (+0,9 point sur un an) ». Et de poursuivre : « France Inter creuse ainsi l'écart avec RTL (12,1%, +0,1) qui garde cependant une légère avance selon le critère de la part d'audience. La radio publique, dont les programmes sont perturbés depuis la fin du mois de novembre par une grève contre des suppressions de postes, voit cependant sa durée d'écoute baisser de quelques minutes, à 2h15 par auditeur en moyenne. »

Autrement dit, l’auditeur intelligent d’Inter allume son poste (ou son appli), ce qui fait monter l’audience mais il n’écoute pas longtemps puisqu’il n’y a rien. Donc, ce qui compte, c’est de dire qu’on a voulu écouter Inter mais pas qu’on n’y est pas parvenu… Tout ceci est absurde.

Enfin, l’article de L’Express qui, en son temps, avait cité La Lanterne de Diogène, justement sur une critique de la radio dite de service public, précise : « "L'enquête 126 000" de l'institut Médiamétrie se base sur 26 293 interviews pour la période d'écoute du lundi au vendredi, réalisées entre le 4 novembre au 22 décembre 2019 auprès de la population âgée de 13 ans et plus, représentative de la population française. ». Autrement dit, quand on interroge moins de 30 000 personnes, on en déduit que presque 7 millions de personnes écoutent Inter. C’est intéressant.

On relira :

Comment peut-on être montagnard ? (la montagne vue par la "France"-Inter)

 

Inter - bilan 2019 et toujours (pas toujours) la grève

 

Sur fond de grève à Radio France

 

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07 janvier 2020

Comment peut-on être montagnard ? (la montagne vue par la "France"-Inter)

Nouvel avatar du fossé qui se creuse entre les médias, le monde médiatique et son personnel, installés à Paris, s’adressant aux Parisiens et ignorant du reste du pays. À la fin de la matinale d’Inter, on a pu entendre cet échange dans la revue de presse :

« Enfin, je lis dans le Dauphiné qu’en Haute-Savoie, depuis près de 40 ans, des passionnés rassemblent un trésor : des chansons en patois de l’Albanais pour que cette langue ne nous quitte pas. On les entend en cassettes mais aussi sur le site du journal. »

Un extrait enchaîne aussitôt et ponctué tout de suite de rires dans le studio.

« Merci Claude Askolovitch, pour la programmation musicale de la revue de presse » pendant que le reste de l’équipe continue de rire.

https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-06-janvier-2020

Imagine-t-on la même réaction si, au lieu de la Haut-Savoie et du patois albanais, on avait rapporté le travail d’ethnologues sur n’importe quel autre continent ? Évidemment non et l’on aurait, au contraire, souligné ce travail de mémoire engagé par des passionnés pour sauver un patrimoine oral. On n’aurait pas manqué de déplorer, encore une fois, la disparition, chaque année, de dizaines de langues dans le monde. Seulement, vu de Paris, vu des studios parisiens de « France »-Inter ce qui se passe en province, surtout dans les vallées reculées des Alpes où l’on ne peut même pas faire du ski, un tel patrimoine est associé à la ringardise, à l’arriération des campagnes. Peut-être qu’un vernis d’érudition leur rappelle ses vers de Victor Hugo

« Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Échevelé, livide au milieu des tempêtes,[...]
Au bas d’une montagne en une grande plaine »

car telle est la montagne vue de Paris, en dehors des stations de ski et leurs boites de nuit bruyantes.

montagne

Pour les Parisiens, la montagne équivaut à un saut dans le temps. Le froid, la neige qui ont disparu du bassin parisien depuis des décennies imposent encore leur loi et même en dehors des pistes…. Dans les villages, et aussi dans les villes, on trouve encore des fromages tout gris, difformes, pas emballés, des morceaux de viande pas découpés, avec du gras, un os, qui rappellent que ces produits viennent d’animaux vivants qui côtoient les indigènes du cru. Les indigènes ne sont pas bronzés mais hâlés et comme ils n’ont pas le goût de fréquenter les salles de sports qui fleurissent dans les stations de ski, ils sont tout mal fichus et s’expriment avec un accent qui fait sourire et des mots d’un autre âge. Figurez-vous que, par endroits, ils disent « septante » et « nonante ». Le français n’a pas encore percé dans ces contrées. Pour parodier Carlo Levi, « le Christ s’est arrêté à Grenoble », dernière gare avant, au mieux, une correspondance, mais plus généralement un autocar ou bien dernière ville civilisée avant le montage des chaînes et le saut dans l’inconnu. On se demande si le GPS fonctionne dans ces coins-là. Il y a encore du brouillard dans ces pays et des petits chapeaux rouges sur les balises de virages. Effrayant ! Tous ces toits et ces clochers qu’on aperçoit dans la nuit hivernale ont quelque chose de fantomatique. Heureusement, à l’approche de la station de ski, on reconnaît la silhouette anguleuse et rassurante des résidences qui rappellent les HLM qu’on regrette presque d’avoir quittées. Quand, le jour suivant, un nuage d’altitude vient s’accrocher à un sommet, on croit qu’on est arrivé au bout du monde. On se sent aussi démuni qu’un navigateur à l’approche du cap Horn.

Voilà ce que signifiaient les rires à l’écoute d’une chanson en patois de l’Albanais. Au fait, c’est où ? Question inutile car il n’y a aucun intérêt à connaître une contrée où l’on ne chante ni en anglais ni même en français. Ceux qui chantent ça doivent être hirsutes, menaçants, illettrés car on ne peut pas écrire une telle langue. Quand elles se sont développées sous d’autres latitudes, les cultures orales sont tout à fait intéressantes. Elles présentent l’attrait de l’exotisme mais quand par chez nous, elles subsistent, ce ne sont que traces de sous-développement et de déficience. Qu’on se rappelle l’histoire des Chtis !

Le mois dernier Inter faisait la promotion de son humour en passant un extrait d’une moquerie de l’accent du député Jacques Lassalle, lui aussi montagnard. Se moquerait-on d’un accent d’outre-Méditerranée ? Ou, même sans se moquer, on ne mentionnerait pas l’existence d’un accent. Penser qu’il existe des gens intéressants à plus d’une heure de Paris est tout à fait impensable sur la radio qui se dit de service-public. Au contraire, on ne manque pas de fustiger les émissions de télévisions où l’on parle de ceux qui n’ont pas le bon goût d’habiter en ville ou en banlieue car ils ne sont pas représentatifs de la diversité. Ça dépend quelle diversité. En tout cas, les accents locaux n’en font pas partie.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2018/04/10/36309172.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2019/12/31/37905144.html

Alors, on ne s’étonnera pas que la radio soit en voie de disparition, bien plus sûrement que les accents des terroirs. Pour les jeunes, la radio est une application parmi d’autres mais un média incomplet, sans image et sans trop d’interaction. Pour les autres, quel intérêt d’écouter quelqu’un qui vous parle depuis Paris, ne parle que de ce qui se passe à Paris (spectacles, politique, embouteillages, météo) et méprise votre environnement et minimise les difficultés de votre vie quotidienne ? Bien sûr, ça ne disparaîtra pas tout de suite mais le processus est irréversible sauf à inventer une nouvelle manière de faire de la radio et sauf à changer la mentalité parisienne.

 

 

 

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05 janvier 2020

La culture entre plaisir et démocratie

Jérémy écrit :

"Je pense que ce rapport forcené au quotidien, aveuglé à ce qui se passe autour du quotidien, ne doit rien à quelque dérive de l'enseignement qui remonterait à un obscur ministre des années 70. J'ai pas mal bourlingué, Diogène, et j'ai toujours, et partout où je suis allé, connu des gens curieux et ouverts et d'autres, la plupart, qui se contentent de vivre sans chercher à exister au-delà du tout-un-chacun.

J'expliquerais cela par l'influence d'un milieu : les préoccupations des classes populaires et moyennes sont par instinct de survie éminemment terre-à-terre et tournent essentiellement autour de l'argent, et comme c'est usant de toujours compter, on va chercher à se distraire sans avoir à trop se creuser la tête. Ceux qui cherchent, qui étendent leur champ de réflexion, ont du temps à consacrer à cela - j'ajouterais, des moyens à consacrer à cela. Car si c'est bien d'écouter du Wagner sur un CD, c'est mieux encore de se rendre à Bayreuth. C'est une passion pour certains que de se plonger dans la littérature de la Beat generation, et à un moment ou à un autre, quand on se passionne pour cette littérature, on a forcément envie d'aller au cœur des choses, et le cœur des choses, c'est à San Francisco qu'il se tient, à la fameuse librairie City Lights que le poète Lawrence Ferlinghetti fonda en 1953. Même si c'est à présent de l'histoire ancienne.

Je prends ces deux exemples mais je pourrais évoquer ceux du féru d'archéologie antique, d'architecture Arts Déco, du bibliophile, du collectionneur, du passionné de vieilles voitures attaché à les restaurer, du mélomane fasciné par l'histoire du jazz et du blues, du cinéphile se consacrant à l'étude du courant néo-réaliste italien, du chasseur de sons, du photographe, du cinéaste amateur, du randonneur au long cours, du chineur de lampes à pétrole, de l'astronome, de l'aéromodélisme... Quelque hobby, quelque passion, quelque loisir impliquant à quoi on s'adonne appelle un rapport au terrain qui exige déplacements et échanges interpersonnels. Nombre de passionnés que j'ai rencontrés et connus étaient célibataires, retraités, inactifs, artistes et n'avaient pas de contraintes familiales immédiates. Tous, sans exception, disposaient de temps à eux et des moyens matériels de vivre ce qui donnait du sens à leur vie et de le développer.

Dans une moindre mesure, la culture étant en accès libre depuis déjà pas mal de temps, rien n'interdit à quiconque de s'éloigner de sa télé pour pousser la porte d'une médiathèque, aller fouiller les étals de livres et de disques aux Puces, se rendre à une soirée portes ouvertes organisée par un observatoire astronomique, s'extraire de ce que les faux intellectuels d'aujourd'hui appellent "sa zone de confort". C'est une question de disposition d'esprit et aussi de feeling imprévisible. Tel gamin des quartiers va ressentir un choc décisif à la vue d'une œuvre de Chagall ou d'une poterie étrusque ou à l'écoute d'un concerto de Bach, quand cela indifférera ses camarades. J'en dirais autant des gosses dits de bonnes familles. La majorité de nos congénères, c'est vrai, vont se contenter d'histoires, de séries, de téléfilms, de films ultra-formatés. Pourrait-on leur en vouloir de ne pas connaître l’œuvre d'Eisenstein, de John Ford, de Fellini, de ne pas pouvoir citer un film de Ken Loach ou des frères Coen ? Peut-on en vouloir à quelqu'un de ne pas avoir lu Camus, Sartre, Henry Miller, Steve Tesich ? On aura fait ces rencontres, d'autres non. Mais tel autre consacrera sa retraite de traminot à retaper des vieux bus avec d'autres traminots retraités. Tel autre encore pratiquera la pêche en torrent et connaîtra parfaitement, à la longue, l'écosystème du torrent où il a ses habitudes, sans employer le terme d'écosystème. Et tel autre qui aura beaucoup lu sans avoir trop fréquenté d'autre que celle de la rue, t'expliquera avec humour qu'on a peu de chances de savoir s'il y a de la vie perdue quelque part dans la galaxie d'Andromède, et que ladite galaxie se situant à environ 2,55 millions d'années-lumière de notre soleil, quand bien même quelque sonde parviendrait un jour à nous apprendre qu'une forme de vie intelligente existe sur une planète intégrée dans un des milliards de systèmes solaires composant cette galaxie, cela ne changerait pas grand chose à notre quotidien.

La culture, c'est une nébuleuse aussi. Qui s'étend jusqu'à la mécanique. Celle des vieux bus et celle des femmes, pour citer Calaferte. "

'The_School_of_Athens'_by_Raffaello_Sanzio_da_Urbino

La lanterne de Diogène répond :

Je maintiens que le système éducatif, autrefois, ouvrait des portes et des fenêtres ; comme aurait dit plutôt Jacques Higelin. On a pris le constat de Bourdieu sur la reproduction d’une élite bourgeoise pour se lancer dans des délires pédagogiques qui sont autant de divertissements (pour rester poli) qui éloignent les élèves des connaissances et qui, pour le coup, ne permettent pas à ceux qui n’évoluent pas dans un milieu cultivé de rattraper les autres ou, du moins, d’espérer. Le résultat, c’est qu’il y a toujours moins d’enfants d’ouvriers dans les grandes écoles qu’autrefois. Cela devrait mobiliser toutes les énergies. Au contraire, plutôt que de donner des possibilités au plus grand nombre, on rejette la méritocratie républicaine et l’on change les conditions d’accès afin d’accueillir ceux qui n’ont pas le niveau. Ça s’appelle le nivellement pas le bas et il n’est pas sûr que c’est ce que Bourdieu appelait de ses vœux.

floch - valeurs

Tous n’ont, bien sûr, pas eu la chance d’avoir comme professeur de lettres, Jean-Marie Floch, génie et savant pluridisciplinaire qui faisait tout pour casser les cloisons entre les disciplines, entre les matières enseignées. Ses collègues paraissaient bien fades après l’avoir connu et avoir acquis ses manières de voir les choses et de vouloir aller toujours plus loin. Certes mais ses collègues étaient tous cultivés et, sans aller aussi loin que Floch, ils piochaient ailleurs, ils s’autorisaient des digressions parce qu’ils avaient le temps et la latitude de le faire. Tout ce qu’ils nous délivraient alimentait les dissertations dans toutes les matières. On savait que ce qu’on apprenait avec l’un pouvait servir ailleurs. Si le professeur d’anglais que j’ai eu au lycée à deux reprises disait quelque chose, on pouvait le citer dans la dissertation d’économie ou de géographie voire d’espagnol. À partir du moment où Haby a décidé de retirer une heure de français par semaine, il a fallu resserrer. Comme ses successeurs ont aussi serré la vis, on arrive à cette journaliste du soi-disant service public de la radio qui avoue sans honte n’avoir pas lu Camus puisqu’il n’était pas au programme quand elle était au lycée et pourquoi le lire après ?

https://www.franceinter.fr/emissions/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-03-janvier-2020

Je le dis d’autant plus facilement que je ne lisais pas beaucoup mais les échanges en classe, la lecture quotidienne du journal, des revues à disposition en salle de documentation (devenue CDI), d’émissions de télévisions qui commençaient à 21 h 30, généralement après des variétés ou un jeu, ouvraient des champs de connaissances sans trop d’effort et, surtout, sans ennui. Nombre de mes camarades, sur les conseils de notre prof de français, lisaient, sans que ce soit au programme, évidemment, « Psychanalyse des contes de fées » de Bettelheim, « Le cas Dominique » de Dolto, « Mœurs et sexualité en Océanie » de Mead (acheté mais toujours pas lu après + 40 ans…), « Le manifeste du surréalisme » de Breton, « Le message politique dans la bande dessinée » de je ne sais plus qui, « Une journée d’Ivan Denissovitch » de Soljenitsyne, « Qu’est-ce que la littérature » de Sartre, qui m’est tombé des mains. Presque tous les bouquins qu’il nous recommandait se trouvaient dans l’austère collection 10x18. Ils nous recommandait d’aller voir des films comme « La dernière tombe à Dimbaza » ou des expos sur les photographes américains. Nous en parlions à la récréation, cigarette au bec. Le prof de l’année d’après (celle de l’épreuve du bac), s’exprimait autrement et plus modestement mais nous incitait à lire plein de bouquins « parce qu’on n’aura pas le temps de le faire cette année ». C’était l’année de la mort de Malraux. On a quand même trouvé du temps pour parler de son œuvre et le soir, tout le monde avait regardé l’émission préparée par Julien Besançon en présence des plus grands intellectuels dont Léopold Senghor. Malraux, on en a encore parlé en espagnol à cause de son engagement. Il était facile, alors, de tendre des passerelles. Heureusement que j’avais lu quelques uns (très peu en fait) de ces listes pléthoriques car, ce n’est pas avec le prof de philo que j’ai eu en terminale que j’aurais eu quelque chose à mettre dans mes dissertations. Dans ma vie d’adulte, ceux de mon âge ou un peu plus vieux étaient tous cultivés quand ils avaient fait des études. J’ai eu l’occasion, sur le plan professionnel, de me trouver avec des collègues et des supérieurs un peu plus jeunes et aucun n’avait un niveau de connaissances un tant soit peu comparable. Eux aussi avaient étudié ce qu’il fallait pour réussir les examens et s’en étaient tenu là. J’ai quand même eu affaire à un directeur, cadre A de la fonction publique d’État, qui avait commencé comme modeste magasinier et possédait une érudition sans comparaison avec les connaissances des cadres B qui avaient été embauchés en « emplois jeunes ».

 

Il y a bien une question de génération et d’environnement intellectuel. Au cours de mes voyages, il m’arrivait de rencontrer d’autres jeunes, qui avaient quitté l’école tôt mais qui avaient envie de connaître le monde, de connaître l’univers de Kerouac (Floch a été le premier à l’évoquer pour moi, avant le prof d’anglais dont je parlais avant), de voir les vestiges des civilisations disparues et de pouvoir tirer des conclusions, du haut d’une tour, en observant le panorama. Des années plus tard, j’ai plutôt rencontré des jeunes qui faisaient la tournée des plages. Ils avaient pris l’avion, pour se tremper dans une mer un peu plus chaude que la mer du Nord ou même la côte aquitaine. J’y vois une certaine influence anglo-saxonne où l’on apprend le minimum en vue d’exercer un métier. Combien de fois ai-je vu des jeunes Allemands débarquer dans une auberge de jeunesse en milieu d’après-midi, rencontrer d’autres Allemands, sortir pour acheter à boire et à manger, passer la nuit à boire et manger bruyamment, dormir jusqu’à midi et recommencer ! Sur le chemin de la gare ou de l’aéroport, ils se prenaient en photo sur quelque place et repartaient. Cette tendance s’est développée ici aussi avec l’évanescence de ce qu’on appelait la culture générale.

De mon expérience auprès de cadres, de professeurs de haut-niveau, je retiens surtout que ce sont des spécialistes et que, sortis de leur spécialité, ils ne connaissent pas grand-chose à côté. De sorte que le dialogue s’en trouve réduit. Dans leur domaine, ils écrasent tout et méprisent volontiers les questions qui ne leur permettent pas de se mettre en valeur. Hors de leur domaine, ils ne s’aventurent pas afin de ne pas se trouver dans la position de leurs interlocuteurs habituels. De sorte qu’on se retrouve entre quinquagénaires finissants et sexagénaires, aigris, fréquentant nos successeurs qui savent à peine plus que ce qui était requis pour passer les examens. De sorte qu’on ne trouve plus grand monde avec qui échanger et compléter les connaissances. Les plus jeunes n’ont pas grand-chose à nous dire, sauf concernant les nouvelles technologies, et ils ne sont pas intéressés par ce qu’on pourrait leur transmettre : à quoi ça sert de savoir ça ? à quoi ça sert d’en savoir plus ?

Bien sûr, quand on appartient à la partie inférieure de la classe moyenne, on passe son temps à compter et l’on s’adonne plus facilement à des loisirs peu chers comme ce que propose la télévision. C’est également dans cette catégorie qu’on trouvait le plus d’abonnés aux vidéo-clubs avec des catalogues proposant une pléthore de titres du genre « le flic de New-York ». Toujours cette préférence pour les histoires plutôt que de subir les programmes de télévision avec les actualités, parfois des reportages, même plus de varités. Aujourd’hui, les mêmes sont abonnés à Netflix. Ceux qui avaient Canal + rouspétaient quand on leur proposait un chef-d’œuvre en noir et blanc : « Je paie pas pour voir du noir et blanc ! ». En revanche, ils ne protestaient pas quand ils regardaient un certain film, flouté, tous les mois. Les histoires ont du succès dans tous les milieux. À une époque, on prétendait que le public était surtout sensible au style vu que toutes les histoires ont déjà été racontées. Rien n’est plus faux. Dans les échanges entendus au sujet d’un livre, d’un auteur, on n’entend jamais de remarques sur sa façon de raconter mais plutôt sur les histoires et les détails qu’il fournit. Le public recherche davantage les révélations intimes que la manière de tourner les phrases. Les querelles sur « le nouveau roman » sont oubliées.

 

Il y a bien eu volonté de réduire le champ de ce qui permet de réfléchir et de remettre en cause ce qu’on vient d’apprendre. On délivre un enseignement plus ou moins moralisateur selon les époques, qui consiste en l’apprentissage de la servitude et de la résignation quand la culture aidait, même une minorité, à s’affranchir des conventions, des carcans et de la pensée dominante. Dernièrement, Le Figaro s’en est ému mais, depuis les années Hersant, il a approuvé la déculturation que certains déplorent aujourd’hui. Le Figaro voyait dans la culture la promotion de valeurs qui ne sont pas les siennes. Il est un peu tard pour s’apercevoir qu’entre les délires de la pédagogie, plutôt du fait de leurs antagonistes, et la pensée unique, on a fabriqué des générations qui approuvent le système ou, plutôt, qui ne se posent pas la question. Parfois, elles se livrent à des émeutes pour réclamer plus d’inclusion dans ce système. Elles n’ont connu que la démocratie et de plus en plus de voies lui font porter la responsabilité de leurs échecs et de leur exclusion. Il y a une demande grandissante d’ordre public et de morale traditionnelle. Ce n’est pas un hasard si, ailleurs, des gouvernements autoritaires sont plébiscités par la population et si, ici, nous avons un gouvernement ni de droite ni surtout de gauche qui se moque des pensées et des débats pour viser un objectif qui ne souffre d’aucune discussion. C’est sans doute aussi parce que les quelques valeurs de la droite sont ébranlées que Le Figaro tire le signal d’alarme après avoir fait le lit du discours qui domine désormais. La créature qu’il a enfantée a dépassé leurs attentes et, à force de réduire le champ des connaissances et les possibilités de réflexion, on ne se préoccupe plus que de quantités et de résultats.

 

 

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/rehabiliter-la-culture-generale-est-essentiel-pour-la-democratie-20191120?fbclid=IwAR1Tz8QVMwFJYGLoVVfuhv_tvyohVq0q7ejgjdI_--WaoS-FrD86E9Qlm3c


http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2003.jeon_hy&part=78554

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/11/16/3180894.html

 

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31 décembre 2019

Inter - bilan 2019 et toujours (pas toujours) la grève

Nous arrivons au tiers de la saison radiophonique et, ce qui aurait dû être publié voici un mois a été retardé pour traiter l’actualité, à savoir la grève à Radio France. Justement, contrairement aux cheminots qui ne veulent pas marquer de pause dans leur mouvement, les personnels de la Maison Ronde ont décidé de surseoir. Ce n’est quand même pas tout à fait comme d’habitude puisque nous avons droit à des rediffusions et aux prestations des équipes de remplacement qui, forcément, comme tous les remplaçants, ont à cœur de faire de leur mieux pour prouver qu’ils sont, au moins, aussi bons que les titulaires. Malgré tout, on a du mal à les écouter en sachant les menaces qui pèsent sur l’audiovisuel public.

Beaucoup de critiques ont été instillées dans les articles de cet automne mais il reste encore à dire. Commençons par les bonnes surprises, passées totalement inaperçues. Il n’y a plus de reportage à la bourse de Paris. C’était une incongruité depuis une bonne vingtaine d’années et surtout depuis que l’Internet s’est répandu. De plus – on le disait déjà du temps de M. Val – les auditeurs d’Inter ne sont pas ceux qui suivent les cours de la bourse. On pouvait penser que, puisque les rendez-vous étaient parrainés, c’était un moyen de faire rentrer de l’argent dans la caisse. Avec la publicité de marques, ce n’est sans doute plus utile. Avant son introduction, c’était le seul moyen pour une marque (autre que les assurances et les banques) d’être présente sur la radio nationale et de se faire remarquer quelque peu. Nous avions prévu d’évoquer la publicité à propos de l’augmentation de l’audience d’Inter qui se fait avec des auditeurs indifférents à l’introduction de la pub de marque qui n’a suscité aucune réaction ni piratage de l’antenne, ni courriers dans la presse et ne parlons pas de courriers à la médiatrice. Tout va donc très bien. Les auditeurs sont contents d’entendre les promotions pour un magasin de meubles suédois, pour les derniers modèles de voitures étrangères et le crédit qui va avec. Rappelons aussi qu’ils n’avaient pas bronché lorsque, précédent l’autorisation, quelques publicités pour des marques (dont la vente de chaussures en ligne) avaient fait leur apparition. Maintenant, précédent l’heure pleine, on peut entendre les mêmes publicités sur Inter et sur les périphériques. À quand le célèbre jingle pour une chaîne de supermarchés ? On peut penser raisonnablement que, ce public que M. Demorand remercie chaleureusement à chaque record d’audience ne sera d’aucune aide lorsque le budget sera encore diminué, que des licenciements seront décidés. Il suffi de voir l’indifférence du grand public à la privatisation de la FdJ et des AdP pour s’en convaincre. Nous avions écrit ces dernières lignes avant le conflit à Radio France. Malheureusement, elles étaient prophétiques. Les auditeurs font comme les usagers des transports en commun, ils attendent que ça finissent, trouvent des solutions de substitution mais ne manifestent pas beaucoup de solidarité. Il est vrai qu’ils n’en ont pas beaucoup l’occasion non plus mais on a connu un temps pas si lointain où ceux qui intervenaient à l’antenne glissaient un petit mot sur l’actualité. Là, tout va bien : « Merci et bravo pour vos émissions ». Personne n’a prononcé la moindre parole de soutien aux grévistes. Comme disait un homme d’État célèbre au Moyen-Orient :  « Avec les amis que nous avons, nous n’avons pas besoin d’ennemis ». Pourtant, nous avons rapporté récemment que les auditeurs d’Inter se font une haute idée d’eux-mêmes.

Autre chose et à croire que nous avons été lus. En tout cas, maintenant, ceux qui parlent au micro d’Inter précisent que les lieux dont ils parlent se trouvent à Paris. Jusqu’alors, la précision paraissait inutile. Ainsi, on nous indique que le tribunal de Bobigny se trouve près de Paris. Auparavant, on précisait que l’hôpital de la Timone se trouve à Marseille mais pas où se trouve l’hôpital Cochin.

 

Ce qui fâche, à présent. L’humour (ou du moins l’idée qu’on s’en fait sur Inter, radio intelligente), est devenu obligatoire. En ce moment, on nous incite à découvrir les coulisses des émissions et chroniques humoristiques ; preuve qu’il y a matière. Jamais on ne nous a proposé de découvrir les coulisses des grands reportages, des conditions dans lesquelles travaillent les correspondants permanents à l’étranger ou les envoyés spéciaux, par exemple. Il faut croire que nous sommes vivons des temps d’humour obligatoire. Le 21 novembre, le Premier Ministre était invité du 7-9. Toutes les rubriques ont été supprimées sauf la chronique de Tanguy Pastoureau ; et heureusement que c’était lui car un autre aurait mis un point d’honneur à le dézinguer sur l’air de moi j’ai le courage de. Un peu avant, M. Demorand invitait les auditeurs à retrouver la revue de la presse sur l’Internet. On peut penser que ceux qui lisent encore la presse sur papier ne sont pas les plus à l’aise avec l’outil informatique mais tant pis pour eux.

Radio_France,_Paris,_par_AS

L’humour (ou l’idée que certains s’en font) est devenu la vitrine et la finalité de la station. Pour preuve, cette promotion interne qui reprend des extraits de chroniques et d’émissions. Pour illustrer l’irrespect, la station a choisi l’humoriste qui se moque du député et ancien candidat à la présidence de la République, M. Jean Lassale et son accent. La très parisianiste Inter montre une fois de plus son mépris pour les provinciaux, surtout s’ils n’habitent pas en ville, surtout s’ils ont un accent différent de celui de Paris ; pour tout dire, les ploucs. Rappelons que l’an dernier, Mme Devillers déniait aux habitants de la province le statut de Français ("TOUS les Français" selon Inter ). Comme toujours, le zèle déployé par les médias pour utiliser une terminologie moderne afin de masquer les exclusions ne suffit pas à contenter les personnes concernées. Dire « les Régions » plutôt que « la province » paraît un effort considérable pour essayer d’équilibrer le dédain envers ce qui n’est pas parisien. Les provinciaux que sont la grande majorité des Français se fichent de telles précautions oratoires mais aimeraient bien entendre autre chose que l’actualité parisienne. Surtout, ils aimeraient bien que cesse ce ton condescendant employé chaque fois qu’on parle d’un événement original en province et qu’on arrête de se moquer des accents régionaux (ou québécois, ou belge) ou qu’on les sous-titre.

 

Un mot encore sur l’humour féminin sur Inter. La quasi-totalité des interventions des humoristes féminines traitent de ce que certains appellent encore « les parties intimes ». La quasi-totalité de leurs chroniques parlent de « quéquette » et surtout de « nichons », « vagin », « foufoune », « anus », « ragnagnas ». On y a droit, quelle que soit l’heure (l’heure du goûter des enfants ou la fin du petit-déjeuner des inactifs), quel que soit le propos. Il y a toujours un prétexte pour en parler.

Ça rappelle un peu cette chanson pas très connue des Frères-Jacques

« j'aimerai vous entretenir d'un sujet qui me tient particulièrement à cœur...
Chœur: Les fesses!
R: Qu'est ce que vous racontez là?
C: les fesses, les fesses, les fesses, les fesses!!!!
R: Êtes-vous don
c tombés si bas que ça?
C: oui!
R: Où çà?
C: Sur les fesses!
R: J'sais pas si vous avez remarqué, on dirait que
depuis quelques années, tout ce dont on entend parler,
c'est...
C: les fesses, les fesses, les fesses, ...!!! »

Le pire, c’est que ça prétend être un humour de dénonciation et de revendication féministe.

 

Mme Sonia Devillers va occuper une grande partie de ce commentaire car, il faut bien dire que, depuis son traitement de la chute du mur de Berlin où elle affirmait – et avec quelle insistance – que jamais auparavant, on n’avait fait de journal télévisé en direct du lieu de l’événement, quelque chose s’est brisé dans la confiance accordée. Mme Devillers, chaque matin, sur Inter, fait un boulot remarquable sur le traitement de l’actualité des médias. Nous venons de rappeler son rejet des Français qui ne correspondent pas à l’idée qu’elle s’en fait et qui n’ont pas le bon goût d’habiter Paris ou même une grande ville. Alors qu’elle prétend rechercher les sources de ses interventions, elle ignore superbement que c’est un certain Roland Dhordain qui, le premier, a fait des émissions à l’extérieur et que, dès le tout début des années 1970, Yves Mourousi présentait son « Inter-Actualités magazine » en direct et en public du lieu de l’événement comme la réouverture de l’ABC à Paris, ou occupait la scène de l’Opéra ou même Notre-Dame de Paris. Avant 1975, date à laquelle il est passé à la télévision où il en a fait autant et même plus, au point de suggérer la montée des marches du Palais du Festival de Cannes, devant les caméras de télévision, par exemple. C’est même ce qui l’a fait connaître du grand public. On ne dira pas que c’est grave car il y a d’autres sujets autrement plus importants et avec d’autres conséquences mais c’est un peu léger de travailler dans une radio et d’ignorer à ce point ce qu’ont fait les prédécesseurs, dont le propre fondateur de la station où l’on travaille.

Comment, dès lors, ne pas s’interroger en entendant, chaque jour, ses affirmations. On fait confiance aux journalistes et particulièrement à la radio, surtout si elle se targue de remplir une mission de service public. Seulement, à partir du moment où l’on connaît un sujet et qu’on entend des inexactitudes, la suspicion ronge tout le crédit accordé, quand bien même la suspicion n’est pas fondée. Quelques jours plus tard, le 22 novembre, Mme Devillers reçoit (« mon invité ») le journaliste Hugo Clément qu’elle présente comme la référence absolue en matière de journalisme écologiste qui tente de nuancer son propos tranchant, comme d’habitude. Il est envoyé dans les cordes pour avoir interrompu sa démonstration :

« En fait, le crédo de Nicolas Hulot avec Ushuaïa sur TF1, c’était de dire : on va vous montrer la nature dans ce qu’elle a de plus splendide et ça va forcer naturellement le respect. Bon, ça a été un échec cuisant, ça n’a pas

- pas totalement, pas totalement, il a quand même permis de sensibiliser

- quasi, quasi

- …

- vous, vous n’y échappez pas à la carte postale (…) »

Aucune admission de l’erreur d’appréciation. Déjà, un peu avant, Mme Devillers avait passé outre la rectification apportée par M. Hugo Clément à propos du lieu du reportage, Mexique au lieu de Nouveau-Mexique. Par conséquent, on ne peut plus considérer cette émission comme une référence en matière d’actualité des médias et c’est regrettable car, de toute évidence, il y a du boulot derrière mais la volonté de faire passer un point de vue l’emporte et conduit à des raccourcis ou des affirmations gratuites. Le doute se substitue à la confiance.

Enfin, lundi 30 décembre 2019 : un reportage est diffusé à plusieurs reprises. Il s’agit du recyclage des sapins de noël avec justification du choix du sujet, explication détaillée de la nécessité de recycler, témoignages, entrevues. Tout ça alors que la plupart des villes proposent depuis longtemps des emplacements pour jeter son vieux sapin. Quand Inter ressemble à ce qu’il y a de plus consternant dans la PQR où il n’est pas rare de trouver un sujet qui occupe presque un quart de page (format tabloïd) sur l’élagage des tilleuls de la place du village. Et le lendemain, même sujet mais dans une autre zone etc. Au moment où un plan prévoit le licenciement de 299 personnes, la fermeture d’antennes et de stations régionales, Inter apporte la preuve de leur inutilité. Même critique que pour la presse quotidienne régionale : n’y a-t-il pas de problème à traiter dans les zones rurales, dans les villes moyennes ? Et sans parler de problèmes, n’y a-t-il pas des sujets originaux ? Le lendemain, Mme Dorothée Barba, qui a, parait-il, été à la pointe de la contestation, se moque de la télévision espagnole qui traite un « marronnier » (et d’en donner la définition), à savoir le gros lot de la loterie nationale. Le problème des journalistes, c’est qu’ils n’ont pas encore trouvé la balayette pour balayer devant leur porte.

 

 

Soirée passionnante animée par André Manoukian le 31 décembre 2019 !

Chapeau !

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21 décembre 2019

Sur fond de grève à Radio France

Cet article n’est pas celui habituellement proposé dans le cadre de notre critique des médias et particulièrement d’Inter. Seulement, il paraît difficile de s’exprimer sur les programmes maintenant installés depuis fin août alors que l’antenne diffuse de la musique ininterrompue depuis le 25 novembre. Cela fait donc un mois que l’auditeur est à la diète. Dans un sens, pour une fois qu’il y a de la musique… Elle n’est plus autant absente que par le passé et un certain équilibre semble avoir été trouvé.

 

La grève, donc, est la réponse des professionnels au plan de licenciements engagé par la présidence dans une logique tout à fait comptable qui caractérise bien la politique actuelle. On ne s’occupe ni de la production, ni du produit, ni des clients. C’est pour cela qu’on peut nommer PDG quelqu’un qui ne connaît rien à son entreprise, comme Mme Veil qui n’a jamais travaillé dans les médias. On constate froidement que produire coûte cher, surtout en ressources humaines, et que moins l’on produit, moins l’on dépense. Évidemment, mais produire rapporte aussi. C’est même ce qui est à la base de la création d’entreprise et, si l’on remonte plus loin dans le temps, du travail, tout simplement. Aujourd’hui, on est rivé sur la colonne des dépenses et rien d’autre ne compte. Il se trouve qu’au moment de publier ces lignes, « Le Téléphone sonne » d’Inter est consacré à la lutte contre le harcèlement dans l’entreprise, à propos du jugement rendu dans l’affaire des suicides chez France-Télécom. Un des invités, M. Jean-Claude Delgènes, expert en organisation du travail, a rappelé que cette logique obéit aux théories fumeuses de l’École de Chicago, plusieurs fois fustigées ici, pour qui "l’entreprise est un pur actif financier qui doit produire le maximum de rentabilité à court terme. Les employés doivent adopter une stratégie quasiment sacrificielle pour tenir leur emploi. Les vicissitudes liées aux travail ne sont pas capitalisées mais prises en charge par la collectivité". Le « court-termisme » exige un maximum de profits tout de suite et des « résultats » immédiats, aux dépens de la recherche, de l’investissement et, bien sûr, du personnel. Il faut que ça rapporte et qu’importe ce qu’on fait. Ce n’est qu’un paramètre à valeur de détail. Le même, souligne "la perte du sens du travail" et en appelle "à retrouver une forme de temps long". Il est bien évident que la logique comptable ne s’embarrasse pas de la Recherche & Développement mais profite des investissements réalisés par les autres qui n’obéissent pas ou pas encore au diktat du profit immédiat. L’autre invitée, Mme Sylvaine Perragin, psychologue et consultante en ressources humaines, affine l’analyse, d’autant que le premier auditeur qui a téléphoné n’a pas mâché ses mots sur les pressions exercées sur le personnel avec les menaces permanentes de licenciements. " Le maître mot est la pression. Il y a un sentiment d’écrasement du système de l’entreprise. On est passé d’une entreprise où on avait une culture du métier et où l’objectif était de travailler, à une entreprise où l’objectif, ce sont des résultats. Ça change tout, parce que la priorité n’est absolument plus du tout la même. L’objectif du « résultat » met l’être humain en dessous de cet objectif. Il est complètement écrasé par cet objectif et tout est à l’aune de cet objectif. Ça crée une pression extrêmement importante (…) On veut toujours plus mais avec toujours moins de moyens puisque la masse salariale est toujours le premier poste à être réduit. Donc le « toujours plus avec toujours moins », n’est plus vivable ". Il est bien évident que ces propos résonnent curieusement dans un contexte de grève de l’antenne où ils ont été tenus ; grève pour protester, justement, contre le « toujours plus avec toujours moins »

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-20-decembre-2019

Bien sûr, la finalité, c’est de diminuer le budget de l’audiovisuel de l’État dans une logique de baisse des dépenses publiques et de suppression des services publics. Quelqu’un comme le Président de la République ou son Premier Ministre n’arrive tout simplement pas comprendre comment on peut demander à la collectivité de payer pour des services dont tous ne bénéficient pas ou très occasionnellement. Il considère que si l’on a besoin de quelque chose, on paie et c’est tout. D’ailleurs, il est persuadé que sa politique va permettre à tous de pouvoir payer le maximum de choses pour satisfaire ses besoins. Du boulot, y en a, il suffit de traverser la rue. Les entreprises voient leurs contributions à l’effort collectif diminuer et retrouve de la marge. Les riches en profitent d’abord et puis ça ruisselle et bénéficie à tout le monde. Par conséquent, il n’y a aucune raison pour que ça ne marche pas. Nec plus ultra, la suppression progressive des services publics permet de diminuer la charge de l’impôt et donc, ça donne des perspectives au entreprises et du pouvoir d’achat aux ménages. La redevance sur l’audiovisuel public va baisser. Tout va donc aller mieux dans le meilleur des mondes possible. Longue formule voltairienne résumée en quatre lettres par Thatcher : TINA (il n’y a pas d’alternative) : il faut être efficace. 4 lettres suffisent et il n’y a pas à discuter !

 

radio-france - intérieur

Nous avons attiré l’attention, ces derniers mois, sur la baisse du média radio. Nous avons indiqué qu’il est perçu par les plus jeunes, nés avec un smartphone, comme un média incomplet puisqu’il ne propose pas d’image ou, du moins, pas d’image qui apporte un plus. Cependant, « l’ancien monde » fait de la résistance et nombreux sont encore les adultes qui écoutent la radio et même une radio généraliste comme Inter. Nous répétons que nous émettons les plus grands doutes quant aux mesures d’audience quand on sait que la plupart des gens, y compris les parents des ados actuels, ne connaissent même pas les noms des radios généralistes, qui se comptent sur les doigts d’une seule main. Et pourtant, elles existent et leur influence est sans commune mesure avec leur audience réelle. On se bat pour être invité dans une matinale en semaine ou dans l’émission politique hebdomadaire. Et si l’on ne se bat pas au sens propre, il n’y a pas pénurie d’invités et chacun est ravi de pouvoir exposer son point de vue. La radio, même généraliste, aurait peut-être un avenir s’il y avait de la création, de l’inventivité, quelque chose qui distingue la radio des autres applications. Or, elles proposent toutes le même format d’émission sempiternellement décliné tout au long de la journée : « Mon invité, aujourd'hui, est ... ». D’autant que « mon invité » passe d’une radio à l’autre et même d’une émission à l’autre. Pas étonnant que les jeunes se détournent de ce média sans image où l’on ne fait que parler, sans répondre à la curiosité des jeunes, sans ouvrir l’horizon et en cultivant un entre-soi parisien.

 

En plein dans la grève, la PDG de Radio France accorde une entrevue au Journal du Dimanche 15 décembre. Elle réitère qu’elle ne renoncera pas au plan pour lequel elle a été nommée alors qu’elle est étrangère au milieu de l’audiovisuel. "Ce chiffre, c'est le plus bas possible si nous voulons pouvoir recruter les nouveaux profils dont nous avons besoin pour l'avenir". Toujours la même rhétorique depuis 1986 : c’est en licenciant plus facilement qu’on pourra embaucher. 299 emplois doivent être supprimés pour permettre 76 recrutements. Est-ce à dire que les 76 heureux embauchés se partageront la masse salariale octroyée au 299 licenciés ? Tout ceci ne tient pas debout, même en considérant que les emplois de demain ne seront pas les mêmes que ceux qui ont participé aux heures de gloire de la radio.

Ce qui est intéressant, à part, bien entendu, les conséquences humaines de ce plan de licenciements, c’est cette phrase prononcée par Mme Sibyle Veil :

"L'immobilisme (...) n'est pas à l'ordre du jour et retirer ce plan serait irresponsable". Comme si le progrès passait obligatoirement par la réduction d’effectifs. Comme si, pour paraître crédible, il fallait commencer par mettre des professionnels au chômage. Comme s’il était évident que moins une entreprise a d’employés, mieux elle se porte. On retrouve la logique de l’École de Chicago

 

Il y a sans doute une restructuration à opérer à Radio France, un redéploiement des effectifs mais, le fait est que, dans la situation actuelle, c’est une groupe de média qui se porte bien. Malgré les critiques que nous adressons ici, force est de constater qu’il y un public pour écouter les différentes chaînes de Radio France alors même que le média radiophonique est en perte de vitesse et que la concurrence est rude. Nous ne pouvons que constater que, une fois de plus, sous le mandat du Président Macron, on s’attaque à une entreprise publique ou un service public qui fonctionne plutôt bien (tout est perfectible) pour le remplacer soit par une entreprise privée et marchande, soit par un service privé de ses moyens d’assurer ses missions essentielles et, par conséquent, pour pouvoir dire : vous voyez bien que ça marche pas quand l’État fait autre chose que remplir ses fonctions régaliennes. Notons au passage que cette expression est apparue depuis un quart de siècle et qu’elle sert à convaincre que l’État doit rester dans un rôle onéreux de défense nationale. La peur de voir sa maison détruite ou son entreprise confisquée par un ennemi convainc de mettre la main au portefeuille et de payer un minimum d’impôts.

 

Jeudi 19 décembre, contrairement aux jours précédents, il n’y a pas eu la moindre émission, le moindre bulletin d’information. « En raison d’un appel à la grève émanant des organisations syndicales représentatives de Radio France, nous ne sommes pas en mesure de diffuser l’intégralité de nos programmes habituels. Nous vous prions de nous en excuser ». Autrement dit, 6 syndicats s’étaient entendus pour marquer le coup. Les autres jours, le communiqué varie. Souvent, il est question « «d’une organisation syndicale représentative ». Le message est clair : un seul syndicat suffit à faire chier le monde. Autre variante, on nous explique que c’est pour protester contre la réforme des retraites. On appelle ça la convergence des luttes. Le lendemain, en revanche, programmes habituels. On apprend en lisant https://www.la-croix.com/Economie/Medias/En-25e-jour-greve-lode-auditeurs-Radio-France-2019-12-19-1201067567

que les grévistes en ont profité pour débattre de l’avenir de la radio et interroger les auditeurs pour savoir pourquoi ils écoutent les chaînes de Radio France. Les réponses sélectionnées montrent que les auditeurs se font une haute idée d’eux-mêmes. C’est parce qu’ils sont intelligents qu’ils écoutent France Culture ou France Inter. Bien sûr, ils ne le disent pas comme ça mais on comprend : « Parce que vous vous adressez à nos cerveaux, et pas à nos peurs », « Chaque jour, je sens que ses ondes positives agitent le meilleur en moi : l’intelligence, le cœur, l’ouverture d’esprit, la connaissance, la soif d’apprendre et de découvrir », « Parce que vous contribuez à l’émancipation, à l’éducation des citoyens, vous ouvrez nos oreilles au monde ».Un peu comme ce petit manufacturier de vélos qui se rappelle qu’il montait les rayons lui-même alors que, maintenant, il ne peut qu’acheter la roue toute faite. Est-ce que ce débat avec les auditeurs n’aurait pas pu avoir lieu sur l’antenne ? Après tout, la grève consiste à priver le public des « ses programmes habituels » mais pas à le priver de radio. Sur une autre station, autrefois condamnée par le CSA parce qu’un animateur avait tenu des propos inadmissibles (« Bon, y a un flic qui est mort : ça c’est plutôt une bonne nouvelle »), la production avait contourné la condamnation à fermer l’antenne 24 heures en proposant aux auditeurs d’appeler pour commenter la décision. Si ça avait été une radio associative ou militante, elle aurait été carrément interdite et l’on aurait saisi le matériel. Pour une « radio pognon » (pour reprendre l’expression de Michel Jobert) on a transigé et même passé l’éponge sur la non exécution de la peine prononcée. Pour en revenir à Radio France, le dialogue avec les auditeurs aurait été fructueux ; surtout avec des auditeurs aussi intelligents. On peut penser également que la direction et même des syndicats s’y seraient opposés. Il y a, dans les services publics, des archaïsmes et des lourdeurs qui détournent ceux qui devraient les soutenir. Le manque de souplesse et de réactivité condamne les services publics.

 

Sur le traitement de la grève, on constate un certain équilibre entre la position du Gouvernement (sur les retraites) et celles des grévistes mais sur le conflit à Radio France, l’heure est à la discrétion. Comme il faut bien s’informer, la solution de facilité consiste à écouter une autre radio généraliste. Europe 1 n’invite que des commentateurs qui sont pour la « réforme » du régime des retraites et s’en prennent à ces privilégiés qui bénéficient des « régimes spéciaux ». Ils approuvent les « syndicats réformistes », nom qu’il convient de donner, aujourd’hui, à ceux qui, d’habitude, acceptent les régressions appelées désormais « réformes » par les gouvernements et par les médias ; et de les citer. On parlait autrefois de « syndicats modérés » pour dire qu’ils n’appelaient pas à renverser la table. On dit aussi : « la CGT, FO et les autres » qui sont les autres ? On ne cite jamais SUD (Solidaires), la FSU et encore moins la CNT, qui n’apparaît jamais sauf, parfois, pour s’en moquer. Un commentateur a même cru bon de préciser que le « réformisme » de la CFDT coûtait cher et de rappeler qu’on lui doit les 35 heures qui ont désorganisé les hôpitaux. Comme si c’était la même CFDT. Visiblement pour certains, dès qu’on s’éloigne de la stricte austérité, du travail forcé, dès qu’on cesse de presser le citron, on tombe dans le « mélenchonisme » voire le « chavisme » qui ne sont que des formes de barbarie. Ça ne s’invente pas. Les journalistes se montrent tout étonnés quand un sondagier indique qu’il y a toujours une majorité de Français qui soutiennent la grève alors que tous leurs reportages montrent des Français en colère contre les grévistes.

On frémit en pensant au traitement des grèves sur RTL où, voici quelques années, l’imitateur de talent, Laurent Gerra, qui intervient en fin de matinale, avait détourné une chanson pour proposer les paroles suivantes : « Avec cette grève, la CGT nous emmerde » ponctuées des rires dans le studio. Les radios périphériques sont la voix de la France qui râle contre le Gouvernement, forcément puisqu’il agit et déplaît nécessairement, mais surtout contre les syndicats, les grévistes qui bloquent tout le monde. En général, elles disent qu’ils « prennent en otage » les Français.

 

Puisque c’est rappé pour la critique des programmes, passons à la critique de « la playlist », en bon français dans le texte. C’est quelque chose ! Elle rappelle la musique qu’on entend en France dans les boites de nuit : des morceaux parfaitement inconnus, en anglais mais avec une batterie qui donne l’impression qu’un train passe sur un aiguillage. Sans doute pour des raisons de droit d’auteur. De temps en temps, on passe un morceau connu, ancien si possible ; sans doute toujours parce que ça coûte moins cher en droits à reverser. Alors, on a droit, le plus souvent à : Dominique A, Polnareff (la mouche), France-Gall (Ella), Bronski Beat, Tiken Jah Fakoli, Bouga (Belzunce Breakdown) et les inévitables chanteurs maison, ceux qu’on n’entend nulle part ailleurs comme Philippe Katherine, et même « Déshabillez-moi » de Juliette Gréco, une chanson vieille de plus d’un demi-siècle et oubliée ; presque aussi vieille que « Le Masque & la Plume ».

Le surréalisme ne se limite pas qu’à la liste des chanteurs et de leurs chansons. La grève semble fonctionner selon le principe de la roulette russe. Un coup ça marche, un coup ça marche pas. On a une émission mais pas l’autre. Le lendemain, c’est le contraire. Ou bien, on a une émission mais pas toutes les rubriques. L’animateur tout enfariné annonce que son émission reprendra un peu plus tard. Alors, on prend une chanson en cours et on coupe la suivante parfois quelques secondes après le début. Où l’on comprend que le pilote est chronométré à la seconde près. Voilà qui, bien sûr, ne facilite pas la création. En temps ordinaire, avec le flot de parlotte, on arrive encore à passer d’une chronique à une autre mais en temps de grève, ça s’arrête strictement à l’heure dite pour ne reprendre que 2 minutes plus tard ou 8 mn. Même les aiguillages ferroviaires ne sont pas aussi précis et heureusement, car on imagine les accidents si d’aventure un train passe avec 40 secondes d’avance… Et chaque demi-heure, on a droit au communiqué qui explique les raisons de la musique ininterrompue et qui interrompt la chanson en cours. Ne pourrait-on pas programmer le lancement du communiqué à la fin de la chanson ? Informatiquement, ça doit être possible, non ?

 

 

 

À noter aussi, en marge du sujet sur la grève à Radio France, ce propos tenu le mardi 17 décembre 2019 par Mme Sonia Devillers qui a pu faire son émission : « Les mots n’ont pas le même sens en fonction de qui les emploie ».

Le problème, c’est qu’elle a parfaitement raison. Normalement, le sens d’un mot est donné par le dictionnaire mais l’émotion l’a tellement emporté sur toute forme de raison que les mots varient selon celui qui les prononce, selon le contexte, l’effet recherché, l’auditoire. D’où cette impression de « deux poids deux mesures » dans les récentes affaires où des personnalités ont été condamnées par le tribunal médiatique et/ou par les réseaux sociaux. Normalement, ça devrait faire froid dans le dos car ça signifie que nul n’est à l’abri de rien, quoi qu’on fasse ou ne fasse pas. Pourtant, c’est tout le contraire et le discours dominant approuve le lynchage, pour le moment, médiatique.

 

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Paris, je ne t'aime plus

Paris ne détient pas le monopole de la bêtise consistant à rendre difficile la circulation dans l’espoir naïf (pour rester poli) de dissuader de prendre la voiture. Le moindre village, surtout s’il a quelque importance (chef-lieu de canton, bourg touristique ou bien équipé), va multiplier les sens interdits, les portions de petites rues interdites à la circulation, les stationnements supprimés, les concentrations sur un petit nombre de rues. Le maire met en avant la sécurité. Personne n’est contre la sécurité et le moindre doute exprimé est aussitôt rejeté par tous les braves gens qui craignent que, si l’on tergiverse sur un point de circulation, c’est l’insécurité redoutée qui sera favorisée. De plus en plus, on parlera de « requalification de l’espace ». La grande place (ou la petite) où l’on pouvait mettre sa voiture le temps d’aller à la poste ou faire quelques course dans le centre va être plantée d’arbustes. Personne ne peut protester contre une plantation d’arbres. Où met-on les voitures ? Nulle part ou presque ne sont prévus de parkings relais où l’on pourrait laisser son véhicule, marcher un peu ou prendre un bus, faire ce qu’on a à faire et retrouver son véhicule en bon état, après une promenade de santé. À Paris, le nouvel aménagement de la place de la Nation est caractéristique. Jusqu’à présent, il y avait un grand cercle, au milieu, permettant de circuler, de changer d’axe. Autour de la circonférence, était aménagé une sorte de périmètre aménagé en jardins publics séparés par le départ des différentes artères. Venait ensuite un dernier cercle qui desservait les riverains et proposait des places de stationnement. Dans ce quartier haussmannien, les immeubles ne sont évidemment pas pourvus de garages. Désormais, il n’y a plus aucune place de stationnement autour la Nation. Où les habitants peuvent-ils mettre leurs voitures ? Le problème, c’est que c’est partout pareil. Or, l’offre de transports publics n’a pas augmenté ou pas suffisamment.

Autre réduction de stationnement, les multiples points de recharge des voitures électriques. Même au temps du tout automobile, on ne trouvait pas de station-service tous les 500 m comme on trouve ces prises aujourd’hui. Ne parlons même pas de cet engouement soudain et douteux pour les véhicules électriques quand on sait que l’électricité vient du nucléaire. D’ailleurs, Orano (ex Areva) a lancé une campagne pour vanter le nucléaire dans une démarche de protection de l’environnement. C’est normal puisque nous vivons l’ère de l’inversion des valeurs. Les chasseurs sont les premiers protecteurs de l’environnement, ceux qui aiment les corridas débordent d’amour pour les taureaux et la filière (le lobby en fait) nucléaire avec ses déchets radioactifs pour des siècles qu’on ne sait déjà pas où stocker, protège la nature. Les plans de licenciements sont des « plans de sauvegarde de l’emploi ». Les maires qui surfent sur la vague écologiste prétendent lutter contre la pollution en concentrant les véhicules sur certains axes et en les contraignant au sur-place.

 

Les incivilités sont désormais la norme à Paris. Nous venons de voir comment elles s’expriment dans la circulation et la simple progression pédestre. Dans tous les lieux publics, l’impolitesse, le mépris, la bousculade s’affichent sans vergogne et sans limite. Ainsi, entré avec un ami dans un café, le barman nous explique à nous, pauvres provinciaux, que de plus en plus de clients entrent, poussent la porte, se dirigent vers le zinc et clament : « café ! ». Ni bonjour, ni svp, ni quoi que ce soit. S’il fallait encore perdre de la salive pour échanger avec des gens qui sont payés pour ça… faut encore pas qu’ils se plaignent puisqu’ils ont du boulot. Barman et patron sont impuissants face à de tels comportements. Qu’ils fassent la moindre remarque et le client ira voir ailleurs ou rejoindra un des ces restaurants rapides où l’on commande via le smartphone.

Tout comme je l’avais relevé pour les trains et les services autour, on décide en haut-lieu sans qu’il y ait eu une demande de la part des personnes concernées ni de plaintes que les trottoirs sont trop étroits dans les zones résidentielles, par exemple. En fait, si. J’ai appris que dans les quartiers, les nouveaux venus investissent le tissu associatif et imposent leur point de vue. En deux ans, ils ont noyauté les associations et, en lien avec les mairies d’arrondissement, obtiennent des aménagements complètement délirants et qui ne font l’objet d’aucune demande de la population installée. Inutile de dire qu’il s’agit d’habitants, puisqu’ils sont nouveaux sur Paris, qui ont les moyens sans toutefois rouler sur l’or. Ils vivent bien – et c’est tant mieux pour eux – ont à peu près tout ce dont ils ont besoin. Par conséquent, leurs demandent ne concernent que le superflu. On peut penser que ce sont principalement eux qui se font livrer à domicile. Pas question de se mélanger avec la populace, prendre le risque de ne pas trouver son produit, attendre aux caisses, rentrer chargé. Là encore, il y en a qui sont payés pour ça. En plus, ils font une bonne action en leur permettant de gagner leur vie. Ces gens sont formidables. Les autres, ceux qui appartiennent aux classes moyennes se voient écartés, non seulement des décisions mais de leur propre quartier. Partout on entend : ça a changé ici, avant c’était bien mais maintenant, y a plus de boutiques pour faire les courses, tout est cher, les gens ne se connaissent plus. Ne parlons même pas des quartiers où vivent des immigrés, peu impliqués dans les associations. On parle parfois de gentrification mais ça va au-delà. En tout cas, les quartiers populaires où j’ai vécu, à l’est et au nord de Paris ne ressemblent plus à rien. Les rez-de-chaussée, autrefois occupés par des boutiques sont devenus des appartements ou, dans les meilleurs des cas, des supermarchés. Parfois, les anciens rideaux de fer demeurent fermés alors qu’il y a une activité permanente derrière. Que font-ils ? Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de vie.

 

De sorte que, pour la première fois de ma vie, je me sens étranger quelque part et, qui plus est, là où je suis né et ai grandi. Mon goût pour découvrir les autres et les aléas de la vie m’ont fait vivre, en France et ailleurs, dans différentes villes. J’ai peut-être une facilité pour connaître une ville en deux ou trois jours, connaître les raccourcis, les boutiques intéressantes, des coins pittoresques. De sorte que, quel que soit le continent, la latitude, je me suis toujours senti comme un poisson dans l’eau où je me trouvais. J’ai l’habitude de dire que je ne me suis jamais perdu dans Florence, y compris le premier soir où, lycéens, nous avions quartier libre. Maintenant, à Paris, je ne suis même plus sûr des itinéraires alors que je connais la ville comme ma poche. Les gens me paraissent d’une autre planète. Autrement dit, c’est moi qui suis extra-terrestre car on ne peut pas avoir raison contre tout le monde. Les quartiers sont tous bien proprets aujourd’hui mais sans vie. Les commerces ont fermé, les placettes sont bien dallées, bien blanches, avec des corbeilles pour recycler les déchets. On a mis des bacs à fleurs à la place des autos en stationnement. Pourtant, on a l’impression qu’il n’y a personne. On ne traîne pas dans les rues. Quand il faut en passer par là, on s’en échappe au moyen du smartphone toujours branché. Personne ne fait attention à tous ces gens qui parlent tout seuls, à voix haute. On assiste à des ruptures de couples violentes, à des rivalités féminines, des embrouilles en tout genre dans la plus parfaite indifférence. Ça ne fait rire personne, ça n’agace personne. On voudrait croire que c’est de la tolérance. Ça paraît plutôt de l’indifférence. Indifférence entraînée par la vue des sans-abris qui jonchent les trottoirs et qu’on évite de son mieux. Ils ne mendient même pas.

 

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Enfin, retour au Parc des Buttes-Chaumont. En haut, vers la bouche du métro éponyme, un rangée de bancs, orientée au midi étaient occupés, autrefois, par des petits vieux volubiles, s’exprimant dans une langue bizarre pour le latin que je suis. Des fois, ils s’animaient, semblaient se raconter des souvenirs, souriaient un peu. Aux beaux jours, ces vieux messieurs étaient en bras de chemises et l’on pouvait voir, sur les avant-bras de certains, une série de chiffres en bleu, tatoués. Maintenant, je ne les vois plus. Ces gens qui ont survécu aux pires épreuves ont été rattrapés par les lois biologiques et ont trouvé une fin plus digne et sans doute plus apaisée que celle, cruelle, à laquelle ils ont échappé. C’est encore une page de l’histoire parisienne qui se referme, sans bruit, comme leur vie qui aurait dû être tranquille et sans histoire mais qui a été perturbée par la volonté criminelle de quelques esprits malades. Ils étaient tailleurs, cordonniers, merciers, parfois brasseurs ou médecins dans ces quartiers populaires où ils vivaient. Rien ne les prédisposait à entrer dans l’Histoire, et pourtant… Maintenant, les bancs sont vides et « Ce n'est pas qu'il fasse froid, Le fond de l'air est doux » en ce mois de décembre. Ils ne sont plus là et personne ne les remplace pour tenir des conversations interminables sur ces bancs de square. De plus en plus de trotteurs dans les Buttes-Chaumont – j’en étais autrefois – mais aucun ne s’arrête pour discuter. Mieux, autrefois, on pouvait croiser des duos ou des groupes qui, ayant trouvé le bon souffle, tenaient des conversations. Aujourd’hui, les trotteurs parlent dans un petit micro sur un fil relié à un appareil accroché à la ceinture. De sorte qu’on a l’impression que désormais, tout un chacun utilise un espace mais tâche de s’affranchir des contraintes et garder le contact avec son univers personnel qu’on emporte avec soi. L’individu n’occupe l’espace collectif que sous conditions strictement limitées et refuse la promiscuité. L’autre ne l’intéresse pas et il faut simplement chercher à l’éviter. On emporte sa petite bouteille pour n’avoir pas à attendre à la fontaine publique.

 

« J'arrive où je suis étranger » disait Aragon.

En fait, ce sont plutôt les vers de Léo Ferré qui me viennent :

« Paris, je ne t'aime plus ! »

 

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20 décembre 2019

J'arrive (à Paris) où je suis étranger

À chaque retour à Paris, je me sens obligé d’écrire tellement ce que j’y vois me trouble et me déstabilise. Je ne raconte pas ici chacun de mes déplacements mais, dans cette ville où je suis né et y ai grandi, je me sens à présent étranger au point de ne même pas reconnaître nombre d’endroits pourtant immeubles (au sens juridique) mais qui paraissent avoir été transformés. Il se trouve que j’ai dû passer un après-midi au volant de ma voiture. Désormais, on ne peut rouler en confiance nulle part. Il y a de plus en plus de professionnels qui occupent l’espace de circulation. L’espace de circulation lui-même n’est plus homogène. Le trottoir est souvent réduit pour laisser la place à une piste cyclable. Les trottinettes et autres engins qui donnent des ailes aux piétons roulent aussi bien sur les trottoirs que sur la chaussée. Partout, on observe des travaux pour élargir les trottoirs et réduire le nombre de places de stationnement.

Pour l’automobiliste, il faut maintenant gérer une multitude de dangers. Ainsi, au feu vert, on peut voir débouler de la droite comme de la gauche (en cas de croisement d’un sens unique) un cycliste, sûr qu’on donnera un coup de frein ou un coup de volant pour l’éviter. La stupeur est à son comble quand le cycliste transporte un enfant sur son porte-bagage. Gare si l’on n’a pas vu à temps l’usager d’un « transport doux ». Insultes et gestes hostiles suivront puis coups de klaxon de ceux de derrière qui, ne sachant pas ce qui s’est passé, s’impatientent. Autre cas de figure quand on arrive à un croisement et qu’on veuille tourner à gauche : on attend, bien sûr, que la file en sens inverse se tarisse. Vue la circulation sur les grands axes, on va se trouver coincé par les derniers véhicules qui ne peuvent plus avancer. Les feux se bloquent et la file avance un peu. Trop tard !!! les 2-roues d’en-face ont anticipé sur le passage au vert et sont déjà engagés. Donc, il faut attendre encore et la file derrière s’allonge. Encore bien s’il y a deux voies ou une possibilité de contourner, par exemple en mordant dans le couloir des bus. Les bus, justement. Autrefois, en ville, les arrêts étaient aménagés pour que le bus puisse se positionner à droite, prendre les passagers et les faire descendre. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Le trottoir à l’endroit de l’arrêt avance sur la chaussée et le bus s’immobilise au milieu de sa voie. En clair, il bloque la file derrière lui. Ainsi, deux ou trois voies peuvent être impactées par l’arrêt d’un bus s’il se situe après un croisement.

De retour dans mon ancien quartier, au pied de Montmartre, je prends une rue qui part en diagonale et permet d’éviter un carrefour embêtant avec plusieurs voies dans chaque sens et des bus articulés qui tournent à angle droit. Las, au premier croisement, je dois prendre obligatoirement à droite et faire un détour (et quel détour!) et seule ma connaissance parfaite du quartier me permet de retrouver mon chemin. Depuis plusieurs années, à l’exception des grands axes, tous les carrefours dans les quartiers interdisent la ligne droite prolongée. Il faut obligatoirement tourner à droite ou à gauche. Parfois, on peut se dire, bof, je vais laisser la bagnole car je suis pas très loin. Nenni ! Tous les emplacement résidentiels ont été supprimés. Selon les cas, soit le trottoir a été élargi, soit il y a des emplacements pour les 2 roues et, maintenant, pour les trottinettes, soit il y a de très longs bacs à fleurs. Quand on vient de loin et qu’on rend visite ou qu’on rejoint une réunion familiale (noce, enterrement) ou de travail, comment faire ? Évidemment, il n’y a pas de parkings relais en périphérie ni de ces grands garages en centre-ville comme à Barcelone ou Florence. Ne parlons pas de Strasbourg car il semble que le niveau d’intelligence des Alsaciens soit inatteignable par les autres Français ; du moins leurs élus. À Paris, donc, la Mairie a trouvé la parade. Elle loue les emplacements de parkings au pied des immeubles qu’elle gère. Normalement, on propose aux locataires une place. On peut penser que tous ne l’utilisent pas et donc la VP a trouvé cette solution. Un numéro de tél mobile est placardé sur toutes les grilles de leurs ensembles d’habitations. Autrement dit, ils font du fric sur le dos de ceux qui habitent un immeuble ancien dépourvu de garage et qui ne trouvent plus, même en payant, de place pour garer la bagnole.

De sorte que, en obligeant les automobilistes à tourner en rond dans un quartier pendant des dizaines de minutes, en les obligeant tous à emprunter les mêmes itinéraires, on sature les grands axes, on oblige à rester dans le trafic quand on pourrait s’arrêter ou prendre une tangente plus tranquille. C’est tout à fait contre-productif. Il n’y a plus de fluidité du trafic dans Paris et l’on a même l’impression que c’est fait exprès. Autre conséquence, de plus en plus de véhicules empruntent les sens interdits et pas seulement les cyclistes. En général, celui qui le fait connaît les lieux, roule prudemment mais pas toujours. Ce n’est pas un délinquant de la route mais quelqu’un qui veut éviter un détour de 600 ou 700 m alors qu’il se trouve à 50 m de sa destination et qu’il ne peut pas stationner. De sorte que, à pieds ou en voiture, on ne peut être sûr de ne pas rencontrer un véhicule circulant à contrer-sens. Pas étonnant que, malgré la qualité des carburants actuels, on arrive à des niveaux de pollution dans Paris qu’on ne connaissait pas autrefois. Pour être honnête, il faut ajouter qu’il y a un nombre inouï d’usagers. Maintenant, les rues sont envahies de livreurs en tout genre. Aux coursiers et livreurs de pizzas traditionnels s’ajoutent tout un tas de gens pressés et peu enclins à respecter un minimum de règles de conduite. On se demande pourquoi, depuis quelques années, il y a autant besoin de se faire livrer quelque chose : une enveloppe, une boite de médicament, une pièce auto, un repas, du sang... Les livraisons se font au moyen de divers engins : voitures (souvent louées), camionnettes, fourgonnettes, camions, scooters, cycles, tricycles. Parfois, il s’agit d’un long coffre posé sur deux roues et actionné par un pédaleur sur une roue lui-même. Ça peut être aussi un cycliste muni d’un sac à dos cubique ou un petit coffre sur un porte-bagage. J’ai vu marqué « just eat ». À Paris, à vue d’œil, il y a autant, sinon plus, de véhicules de professionnels (hors autobus) que de voitures individuelles, en comptant tous les taxis (reconnaissables à leur lumière rouge), les VTC noirs, les livreurs, les voitures de location : « Louez-moi ».

C’est sans doute le monde moderne vanté par notre cher Président. Quelle que soit la taille de la rue, si tu roules 4 minutes, tu vas forcément être arrêté par un livreur qui vient de freiner, a mis ou non son clignotant puis ses feux de détresse, ouvre sa portière sans regarder, descend avec quelque chose en main et parle à un interlocuteur invisible tout en traversant sans regarder et se dirige vers le digicode, insensible aux klaxons et gestes d’énervement des autres. Il faut ajouter les déposes.

 

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Un machiniste de bus, sans doute bon quinquagénaire, m’a expliqué comment, depuis quelques années, il est exaspéré par le comportement des voyageurs et des automobilistes. Bien peu saluent en montant et s’énervent de ne pas pouvoir payer un ticket avec un billet de 20 ou 50 €. Les incidents en cabine se multiplient. Dans certains quartiers, il n’est pas rare de voir 3 ou 4 poussettes à l’emplacement prévu pour 2. Ça se dispute car, étant au téléphone, on s’avise qu’il faut descendre au tout dernier moment, juste avant que le bus ne reparte. S’ajoutent les chariots à provision. On va faire les courses à l’autre bout de la ligne parce que c’est moins cher. Parfois, la même personne monte avec chariot et poussette. Si par malheur monte un fauteuil-roulant, le malheureux s’en prend plein la gueule d’autant qu’il faut d’abord fermer les portières avant d’actionner la passerelle et d’ouvrir à nouveau. Les gens ne comprennent pas et hurlent de peur de ne pas pouvoir sortir ou monter. À un croisement, mon bus tourne à droite. Sur le passage piétons stationne une grosse cylindrée noire allemande. « Ça, c’est un VTC, faut attendre… » Au bout d’un moment, le machiniste klaxonne. C’est qu’il a des horaires à respecter impérativement et aimerait bien pouvoir faire une pause pipi au terminus. Du coup, je m’explique comment, détourné par les travaux et les sens interdits dans mon ancien quartier, je me suis trouvé face à face avec un véhicule à l’arrêt. Un jeune conducteur a saisi des bagages dans son coffre pendant que sa passagère descendait tout en téléphonant et multipliant les gestes des bras sur la chaussée, prise par sa conversation et sans plus d’intérêt pour son chauffeur. Le conducteur remonte, entame une marche arrière (mal négociée d’ailleurs) et repart à la première occasion. Aucun geste de courtoisie. C’était normal que je sois arrêté, alors qu’il était en sens interdit et que je le laisse reculer péniblement. Je suppose que c’était un VTC. VTC sans gêne, taxis qui changent de file continuellement (alors qu’ils ont la voie des bus pour eux), livreurs en scooters, en vélo, en tricycle, en voiture de toute taille, bus de proximité, voitures pour personnes à mobilité réduite : autant de véhicules qui rendent la circulation impossible dans Paris. Pas question de faire un petit tour tranquille pour donner un aperçu à quelqu’un qui ne connaît pas, même en taxi, même en transports en commun.

Quelles que soient les caractéristiques de la voie où tu circules, tu ne peux être sûr de rien. Un véhicule peut se trouver juste en face de toi ou débouler de n’importe où (espace entre 2 voitures arrêtées ou pas, derrière puis à droite puis à gauche) peut engager une manœuvre de demi-tour juste devant toi sans que rien ne le laisse présager. Il ne faut pas oublier les piétons montés sur des roues uniques ou des trottinettes qui délaissent le trottoir et déboulent pour ne pas ralentir leur progression. Autrefois, on fustigeait les chauffards qui prenaient des risques pour conserver « leur moyenne ». Maintenant, ce sont ces piétons montés qui ne veulent souffrir aucune forme d’arrêt non désiré.

 

Entre chien et loup, s’ajoutent ceux que tu vois à la dernière seconde, cyclistes (même avec un bon éclairage, tu ne les vois pas et presque aucun n’en possède), trottinettes qui arrivent à tout berzingue à la faveur d’un ralentissement, par exemple pour laisser passer un piéton qui téléphone, et qui, eux, ne ralentissent jamais. Tu peux voir un véhicule, souvent de petite taille genre Smart ou Twingo, qui roule carrément sur la voie opposée, double toute la file et engage l’épreuve de force avec celui qui est le mieux placé. Aujourd’hui, le cycliste se croit tout permis car il utilise un « transport doux » vanté par les médias. Il circule n’importe où, ne porte pas de vêtement clair pour être visible, n’a généralement pas d’éclairage. Il est certain qu’en cas de conflit ou d’accident, il aura la légitimité pour lui et ne se privera pas de culpabiliser ou de ringardiser l’automobiliste. Même le piéton se verra renvoyé dans les cordes pour son imprudence, pour n’avoir pas signalé son changement de direction. Paradoxalement, nombre de sites sont encore interdits d’accès aux cyclistes, notamment à l’approche de monuments publics ou de lieux de visites.

Également, quand tu te trouves embringué dans un lourd trafic qui avance au pas, inutile de chercher à fuir. Tu avises une contre-allée, elle est interdite et termine en cul-de-sac. Tu veux prendre la 1ère à droite ou à gauche (celle qui n’est pas en sens interdit quand il y en a), mauvaise pioche ! Par le jeu subtil ou, plutôt, insensé des sens interdits, tu te retrouveras à ton point de départ ou presque (avant dans le meilleur des cas ou plus sûrement après). Et bien sûr, pas question de t’arrêter. Si tu vois un espace libre, ce sera une place pour recharger une voiture électrique ou une place pour handicapé – pardon : personne en situation de handicap – ou une place pour livraison ou pour les convoyeurs de fonds ou un sol inaccessible à une voiture. Même les samedis et dimanches, les patrouilles circulent, les fourrières privées qui ont un intéressement ne laissent pas le temps au moteur de refroidir. J’ai vu embarquer une voiture avec ses clignotants allumés.

 

Manquent les piétons à ce tableau. Ils sont, à présent, conscients qu’ils peuvent tout se permettre. D’abord, une bonne moitié ne regarde pas devant, collés qu’ils sont à leur smartphone. Ils évoluent dans un autre monde, celui de leur conversation. Autrefois, c’était le contraire, celui qui appelait forçait l’autre à s’extraire de sa situation. Désormais, la situation des usagers des téléphones s’impose à tous puisqu’on en subit les conséquences latérales. Latérale est un euphémisme puisqu’il s’agit souvent de collisions frontales ou dorsale. Compte-tenu du monde qui marche sur les trottoirs, on peut se trouver derrière quelqu’un à distance raisonnable. Celui-ci peut s’arrêter brusquement pour ajuster son téléphone (appel reçu ou besoin pressant d’appeler) et l’on bute contre le dos du téléphoniste.

En d’autres termes, au lieu de faciliter la circulation pour que les véhicules débarrassent les voies le plus vite possible, tout est fait pour les ralentir, pour créer des embouteillages avec des carrefours mal aménagés. Tout est fait pour énerver, pour provoquer des accidents ou, plus souvent, des incidents, des insultes, des agressions en tout genre. Telle est, aujourd’hui, la vie parisienne.

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19 décembre 2019

Extrait sur la beauté de François CHENG

L'ami Gérard nous propose des extraits d'un livre de poésie qu'il vient de terminer

PETITES CHRONIQUES LITTÉRAIRES

 

Dans un petit livre de 88 pages, facile à lire, écrit par François CHENG, poète et académicien franco-chinois, publié aux éditions Desclée de Brouwer et portant le titre : 

« Œil ouvert et cœur battant - comment envisager et dévisager la beauté»,

j’ai lu avec beaucoup de bonheur les passages suivants, que je vous livre et que je vous invite à méditer :

 

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« Notre présence au monde peut nous paraître banale ou miraculeuse, selon la sensibilité de chacun. Mais, tous, nous admettons qu’il y a là un mystère. Nous n’étions pas là, et un beau jour, nous nous découvrons là, pour un laps de temps. Une fois plongés dans ce monde tel qu’il s’offre à nous, deux phénomènes, entre autres, nous frappent particulièrement, deux phénomènes extrêmes qui constituent pour ainsi dire des mystères dans le mystère, celui du mal et celui de la beauté. »

 

« Le mal, nous savons ce qu’il est, tant la vie humaine en est rongée. Il y a le mal causé par les maladies ou les calamités naturelles. Il y a celui que les hommes infligent aux autres hommes. Ce dernier est bien plus terrifiant. »

 

(…) « La beauté, nous savons aussi ce qu’elle est. Chacun en a l’expérience et nous partageons des impressions communes, depuis le ciel étoilé, les grandioses paysages, jusqu’au moindre vol d’oiseau entre les nuages, à la moindre herbe caressée par la brise. »

 

(…) « En effet, la beauté a le don de provoquer en nous les ressentis les plus forts et les plus immédiats, des ressentis aussi bien charnels qu’émotionnels. »

 

(…) « La beauté se révèle donc un élément primordial dans notre quête d’une lumière qui éclairerait notre destin. »

 

(…) « Nous ne sommes pas tous artistes ; mais tous, nous avons part à la beauté. En réalité nous sommes tous plus ou moins artistes. Le simple fait de vivre suppose un certain art de vivre. Nous savons par exemple disposer des fleurs pour égayer notre demeure, dresser l’oreille pour écouter un chant d’oiseau, jouir d’un jardin au printemps ou du coucher du soleil sur la mer. »

 

(…) « Nous devons apprendre à habiter poétiquement la terre (…) Il faut sauver les beautés offertes et nous serons sauvés avec elles. Pour cela, il nous faut, à l’instar des artistes, nous mettre dans une posture d’accueil, ou alors, à l’instar des saints, dans une posture de prière, ménager constamment en nous un espace vide fait d’attente attentive, une ouverture faite d’empathie d’où nous serons en état de ne plus négliger, de ne plus gaspiller, mais de repérer ce qui advient d’inattendu et d’inespéré. »

 

(…) « Dans cette optique, notre regard qui perçoit la beauté et notre cœur qui s’émeut de la beauté donnent un sens à ce que l’univers offre comme beauté, et, du même coup, l’univers prend sens et nous prenons sens avec lui. »

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