la lanterne de diogène

25 mai 2017

Nique Tes Médias

Voici quelques années que ça dure. Désormais, quand on fait la une des médias pendant plusieurs jours, mieux, plusieurs semaines, on est assuré de la célébrité éternelle.

La semaine dernière, la radio Inter, qui diffuse de la musique avec parcimonie (en dehors des quelques émissions qui y sont consacrées), nous a gratifiés de quelques dizaines de secondes à l’occasion de la sortie du nouvel album du groupe NTM reformé. D’habitude, à moins des disques patronnés par la station, les créneaux d’informations ne donnent aucune nouvelle de l’actualité des variétés. Pourtant, cette exception ne saurait nous étonner. NTM, était un groupe de rap parmi tant d’autres qui s’est distingué lorsque les petits bourgeois parisiens ont compris le sens de ce sigle. À partir de là, ils se sont répandus en parlant du groupe, non pas par son nom mais par l’explicitation des lettres. Il ne s’agit plus de choquer le bourgeois puisque c’est le bourgeois lui-même qui affecte de s’encanailler en traduisant le langage des jeunes et leurs expressions les plus crues et les plus transgressives. Déjà, dans les années 1980, la même petite bourgeoisie avait découvert le verlan en écoutant Renaud qui avait parfaitement compris ce qu’attendait le public et en usé le filon tant qu’il a pu. Le verlan est arrivé jusqu’à l’Élysée en passant par la publicité. Passé le choc relatif de cette découverte, le groupe aux trois lettres n’a pas remporté plus de notoriété tant la concurrence était forte avec les I-AM, les Diam’s, Assassins, MC Solaar, Massilia Sound System, Alliance Ethnik, Disiz Lapeste, Oxmo Puccino et tant d’autres. Il a fallu que son chanteur fasse parler de lui dans les faits divers pour qu’il perce. Après avoir tabassé sa meuf, après avoir frappé une hôtesse de l’air, il est devenu une référence. On lui ouvre les plateaux de télévision, on l’interroge sur l’air du temps, le conflit inter-générationnel et autres sujets de société. On lui propose des rôles dans des films d’auteurs. On le qualifie de « bad boy » à égalité avec James Dean. Il y a pourtant une énorme différence. James Dean interprétait les « mauvais garçons » à l’écran tandis que Joey Starr est passé à l’acte pour de vrai. Peu importe, il est connu, il a fait parler de lui, on sait qu’il va attirer le public et faire de l’audience.

En col blanc et en cravate, Balkany marche sur les pas de son mentor Pasqua. Voilà des hommes politiques mêlés à des scandales à répétition. Qu’importe ! L’accent du défunt, le culot du vivant forcent l’admiration. Les faits, les scandales s’effacent devant l’aplomb et le culot. Peu importe que la lune soit belle, on regarde le doigt parce que c’est plus facile. Donc, on a invité et l’on invite encore ces deux malhonnêtes sur les plateaux et dans des émissions de divertissement où l’on espère qu’ils vont lancer quelques bonnes formules, quelques saillies, qu’ils vont insulter leurs accusateurs (comme si c’était une comédie) et salir les personnes intègres qui, moins connues, ne seront pas invitées pour se défendre.

animaux malades de la peste

Le pompon est peut-être décroché par la célèbre Nabila. Pour être vedette de « télé-réalité », il faut être à la limite de tout. C’est comme ça qu’on peut espérer une transgression rapide et, si possible, réitérée. Avec elle, on a un concentré. Son corps, sa vulgarité, sa bêtise ont fait d’elle un prototype. Dès qu’elle apparaît sur l’écran, on peut être sûr qu’on va assister à quelque chose d’exceptionnel. Succès garanti. Et, même s’il ne se passe rien, on pourra toujours se rincer l’œil. Pas de danger que le succès lui monte à la tête comme Diam’s qui a fait une dépression. Elle trouve tout à fait normal qu’on l’admire. Malgré tout, ce n’est pas son « Allô.. » (aussitôt breveté) qui lui ouvre maintenant les plateaux. Elle a fait encore mieux que le rappeur : elle a carrément pris le couteau et l’a planté dans son mec à plusieurs reprises. Arrêtée, elle n’a pas compris qu’on la mette en taule pour ça. D’ailleurs, que peut-elle comprendre ? Toujours est-il qu’on l’invite encore plus depuis et moins dans les émissions qui promeuvent la futilité que comme chef d’entreprise. On admire la réussite d’une femme. Elle vit à Londres, comme il se doit quand on veut réussir sa vie et gagner du pognon. On fait passer le message qu’on peut se faire plein de fric tout en étant très bête. Ça ouvre des perspectives pour plein de gens. En fait, elle marche sur les pas d’une certaine Zahia qui s’est fait connaître pour s’être prostituée avec des footballeurs alors qu’elle n’était pas encore majeure. Même processus : on fait parler de soi pour des fait-divers scandaleux, ultra-violents ou glauques et c’est la voie royale qui mène à la télévision.

Il faut quand même réaliser qu’on invite autour de sa table des mecs qui lèvent la main sur des filles, des filles qui monnaient leurs charmes, des filles qui poignardent leurs mecs. On échange des rires comme avec des bons copains ou copines. Il faut réaliser aussi qu’il se trouve des milliers de gens qui les regardent comme si de rien n’était alors que, la moindre des choses serait de leur tourner le dos et de les renvoyer à l’anonymat. Mieux, on fait passer le message que tous les moyens sont bons pour passer à la télévision, devenue pour la circonstance un énorme « selfie ».

Il ne faut pas croire que la télévision et les médias, en général, n’ont pas de morale. Au contraire, dans le même temps, elle sait recadrer et dénoncer les véritables brebis galeuses. Ainsi, on a mis à l’index un ancien humoriste et animateur de radio reconverti dans le théâtre pour avoir assisté à un meeting du FN. Des maires ont cru bon devoir interdire le spectacle où il ne joue pourtant qu’un petit rôle. Ah mais ! Un animateur de télévision qui fait des canulars aux dépens de membres d’une minorité se voit retirer les publicités qui le rémunèrent. Ah mais ! Les autres qui ont agressé physiquement des personnes, ont détourné de l’argent public à leur profit se voient proposer des ponts en or pour monter leur boite, venir déblatérer sur un plateau, publier leurs mémoires, donner leur avis sur des sujets sérieux et rire… Rire après ce qu’ils ont fait ! Rire en public après ce qu’ils ont commis ! Chacun a droit au pardon mais encore faut-il le demander. Chacun a droit à une autre chance à condition de changer et de se réhabiliter ; pas de suggérer qu’on est prêt à recommencer et qu’on fait litière de ses victimes.

Oh, bien sûr, ça a toujours plus ou moins existé. La différence, c’est qu’il y avait des voix pour dénoncer la supercherie. Il se trouvait, ce qu’on appelle aujourd’hui des « intellectuels », pour remettre les choses à leur place. Finalement, on retient davantage les noms de Shakespeare, La Fontaine, Molière, Beaumarchais, Balzac et tant d’autres que ceux qui ont inspiré leurs plus grandes œuvres. Il a fallu du temps. Ils avaient aussi, pour eux, l’avantage de maîtriser l’écriture qui est parvenue jusqu’à nous. Qu’en sera-t-il des noms évoqués plus haut ? En supposant qu’il y ait des tireurs d’alarme, on se garde bien de leur donner la parole pour qu’ils fassent de l’ombre aux joyeux transgressifs qui, eux, au moins, font vendre. Les historiens du futur ne pourront que constater la quantité de papier et le nombre d’heures consacrée à nos sinistres délinquants ; car, jusqu’à preuve du contraire, ce sont des délinquants. Ce qui les a rendus tous célèbres relève du délit et donc de la correctionnelle. Ils ne pourront que penser qu’ils guidaient la pensée dominante.

On savait déjà que la télévision est une redoutable niveleuse. En proposant au même format aussi bien des arts que des services et du divertissement ainsi que les publicités, s’est ancré dans les esprits que tout se vaut et rien n’est plus important. Ainsi, on peut expliquer en partie que poignarder, brûler vif un antagoniste ou le frapper n’est pas plus grave que voir son candidat préféré perdre le jeu qu’on suit régulièrement. L’information est encore un domaine où s’instaure une hiérarchie, un échelle de valeurs. On reproche assez au journal télévisé de M. Pernaut de faire sa une avec les conséquences des aléas climatiques de la France profonde plutôt que de traiter d’abord « les vrais sujets ». Pourtant, que fait-on d’autre quand, même à chaud, l’immolation d’une ado par sa rivale est traitée après les déboires d’un animateur de télévision vulgaire qui a maille à partir avec une minorité ? Le propre du canular, c’est bien de piéger de pauvres bougres et de s’amuser de leurs réactions. On aime bien citer Desproges (hors-contexte toujours) pour défendre l’humour douteux : « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Il y a longtemps qu’on ne peut plus rire de tout. A-t-on pu le faire seulement ? L’humour Charlie-Hebdo avait ses adeptes mais restait minoritaire. Quoi qu’il en soit, la télévision est tellement présente dans chaque instant de la vie quotidienne, qu’elle est devenue une fin en soi, une prescription, le conseiller des grâces, un arbitre de la moralité, l’ordonnatrice de l’inconscient collectif. Elle régit notre mentalité, propose un ordre nouveau où les notions de bien et de mal sont floues et fluctuent en fonction des émotions collectives. Plus besoin de connaître la loi, plus besoin de connaître les us et coutumes, plus besoin de transmettre des valeurs, l’ordre nouveau est impulsé par les succès télévisés.

On s’était offusqué de la formule de l’ancien PDG de TF1 quand il affirmait que son métier consistait à fournir « une part de cerveau disponible » à ses annonceurs publicitaires. Il ne faisait qu’avouer mais on a préféré s’indigner de la forme, du caractère cru de la formule plutôt que de réfléchir au fond qui forçait à s’interroger. Parce que, après tout, rien n’oblige personne à regarder la télévision, rien n’oblige les télé-spectateurs à se ruer sur les programmes les plus vulgaires et les plus abêtissants. Rien n’oblige à suivre les prescriptions de celui qui parle le plus fort ou de celle qui a la plus belle apparence. Il y a toujours des spectateurs qui vont au cirque dans l’espoir de voir dévorer le dompteur ou chuter un trapéziste. L’innovation, c’est que la télévision réunit en permanence les éléments qui permettent d’espérer qu’on va voir dévorer un dompteur ou chuter un trapéziste. Le succès de la famille Le Pen est dû entièrement à la télévision. Depuis la fameuse « Heure de vérité », jusqu’au dernier débat de la présidentielle, on attend la transgression qui fait de l’audience. Le Pen aussi a frappé une femme dans la rue. Remarquons au passage que, dans la plupart des cas, on fait peu de cas des victimes féminines et que le tabou de la protection des femmes et des enfants a sauté depuis longtemps. Or, ce tabou (parmi d’autres) est commun à toutes les sociétés, y compris les plus patriarcales. C’est la raison qui conduit à protéger les plus vulnérables. Dans un système libéraliste qui promeut par dessus tout la concurrence, on ne s’étonnera pas que les médias élèvent ceux qui font parler d’eux par tous les moyens et, de préférence, ceux qui ont été l’apanage des barbares d’autrefois et que les civilisations, croyait-on, avaient disqualifiés.

 

illustration : Les animaux malades de la peste vus par Gustave Doré


14 mai 2017

Jusqu'au bout (il pleut n°2)

Il est de bon ton de moquer le personnel politique. Il est vrai que l’énergie dépensée par les uns et les autres pour se faire élire et se maintenir contre vents et marées a de quo susciter les commentaires. Pas tellement finalement tant la collusion entre le personnel politique et le personnel médiatique est forte dans notre pays. Les deux sont issus des mêmes formations et se sont côtoyés au moment où se finalise le façonnage de la personnalité adulte.

Hollande - pluie

En revanche, peu de commentaires sur les commentateurs. En général, quand on en parle, ça n’est pas pour dénoncer leur incompétence mais pour contester leur analyse quand elle heurte nos convictions. Bien sûr, on ne dit jamais qu’un commentateur, un chroniqueur n’a pas le niveau, ne connaît pas son sujet. Généralement, le public n’a pas non plus la compétence pour évaluer la connaissance de celui qui est censé expliquer des situations complexes. Alors, on préfère dire qu’il est pro-ceci ou pro-cela et qu’on ne supporte pas ses conclusions.

En ce dimanche 14 mai 2017, le nouveau Président Macron va être investi. Ce qui retient l’attention, c’est la pluie qui accompagne, une nouvelle fois, un dernière fois, une cérémonie à laquelle participe son prédécesseur, le Président Hollande. On se souvient qu’il y a 5 ans, le pauvre avait reçue l’averse et était rentré trempé. Depuis, c’était devenu un marronnier. Chaque fois qu’il présidait une cérémonie, il pleuvait. On y voyait un signe du Ciel qui prouvait sa malchance, incompatible avec sa fonction, et donc son illégitimité à l’assurer. Un homme fort, un gagnant ne subit pas les intempéries. Il se doit de commander jusqu’aux éléments. De plus, dans un pays et à une époque où les personnes instruites citent plus volontiers Desproges que Sartre ou Camus, les humoristes tiennent le haut du pavé et façonnent l’opinion. C’était devenu récurrent.

Pourtant, il aurait été intéressant de souligner ce qui ne pouvait plus être une coïncidence. Les apparitions du Président de la République sont archivées. Elles constituent un témoignage ineffaçable de notre époque. On ne manque pas de remarquer la coupe des costumes, le ton des commentateurs, la forme des voitures, le style du Président et de son entourage. La pluie qui tombe sur le Président, les pavés mouillés, les parapluies dans le public devraient nous interroger au-delà de l’anecdote. La pluie ne s’est pas localisée au-dessus du Président Hollande partout où il allait, rien que parce que c’était lui et pour l’embêter. S’il pleuvait lors de ses apparitions, c’est qu’il pleuvait dans la région où il se trouvait, souvent le bassin parisien. Et s’il pleuvait presque toujours, c’est que les précipitations ont augmenté au cours de ces dernières années. Ça devrait nous faire comprendre que le changement climatique est une réalité. Il y a cinq ans, la pluie inondait l’investiture du Président Hollande. C’était la première fois depuis 1974, date à laquelle le Président a été élu au mois de mai pour la première fois. Cette année, c’était aussi la première fois qu’on allait voter sous la pluie au mois de mai. En d’autres termes, le moi de mai est désormais un mois arrosé. Le mois de juin l’a été quelques fois au cours des dernières années également. Plutôt que d’ironiser sur ce Président trop normal au point de ne pas arrêter les éléments, on devrait plutôt s’inquiéter des conséquences de nos activités sur le climat. On a versé des larmes de crocodile, voici quelques jours sur ces pauvres viticulteurs qui ont vu leurs vignes gelées à une époque où l’on ne devrait plus connaître de gel nocturne. On sait que les producteurs d’abricot ont été également touchés et qu’on en trouvera peu cet été, ou au prix fort. Malgré tout, la défense de l’environnement, souvent appelée « écologie », est toujours présentée comme un sujet mineur, un amusement pour des personnes politiques de second plan et pour la partie aisée, ou du moins instruite, de l’opinion publique. Pourtant, le soleil brille pour tout le monde et la pluie tombe sur tout le monde et pas seulement sur un Président de la République mal aimé.

 

Cette absence de prise de conscience, cette simple incapacité à relier des éléments entre eux et tirer des conclusions en dit long sur le niveau intellectuel de notre pays et sur les résultats de l’instruction publique.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/05/26/27244197.html

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30 avril 2017

Vous n'avez pas honte

Depuis les résultats du premier tour acquis définitivement, on entend tous les jours et sur tous les airs des appels à voter Macron. Généralement, on précise que ça n’est pas de gaîté de cœur mais pour faire barrage à MLP. À partir de là, tout est dit. Quiconque n’obtempère pas est aussitôt traité de tous les noms .

À l’injonction s’ajoute la culpabilisation. Toute voix qui manquerait à M. Macron, par abstention, vote blanc ou nul (marquer sur un bulletin les raisons de son non vote), équivaudrait, selon les donneurs de leçons à ouvrir la voie au fascisme. Et de rappeler qu’Hitler est parvenu au pouvoir, voici ans, de façon tout à fait démocratique. Comme disait le fameux Godwin, quand on a plus d’argument, on invoque les mânes d’Hitler. Rien de tel pour couper les pattes des interlocuteurs.

Qu’on se comprenne. Les injonctions ne s’adressent pas aux électeurs orphelins de Fillon. Il ne viendrait à l’idée de personne de demander à des sympathisants de droite de faire barrage à l’extrême-droite et d’adopter un comportement républicain. On ne trouverait rien à redire si un fort contingent parmi eux votait pour MLP. Il est vrai que, de toute façon, ils sont connus pour n’avoir pas beaucoup de scrupules ni de conscience. Donc, on n’en parle pas.

Il en est autrement pour les électeurs de gauche. Ceux-ci sont sommés de prendre fait et cause, même à reculons, pour le candidat Macron. Ceux qui ont été de tous les combats contre le fascisme et surtout contre le racisme, entendent aujourd’hui les insinuations selon lesquelles ils seraient tenus pour responsables s’ils ne se précipitaient pas dans les bras de M. Macron.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/27/francois-ruffin-votera-pour-emmanuel-macron-au-2e-tour-de-la-pre_a_22059111/

Il est vrai que ceux qui n’ont pas de conscience, pas de conviction, ne peuvent imaginer ce que c’est que se poser des questions, ce que c’est qu’hésiter, peser le pour et le contre. Donc, ils ne comprennent pas qu’on réfléchisse avant de voter et que ça n’est pas automatique.

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La Constitution que tous les commentateurs ont pris l’habitude, avant le premier tour, de dire qu’elle est à bout de souffle, a été dévoyée assez tôt. Le principe gaullien selon lequel l’élection présidentielle marque la rencontre d’un individu et du peuple a vite fait place aux ambitions personnelles puis au jeu des partis. Les « primaires » ont consacré le retour à la république des partis combattue par De Gaulle. Dès lors, on n’a cesse de brandir la formule : au premier tour, on choisit et au deuxième, on élimine. Ça revient à dire qu’on se fait plaisir au premier tour mais qu’au deuxième, il faut redevenir sérieux car, étudier les programme, réfléchir, c’est pas sérieux. C’est tout simplement insultant. Autre formule entendue pour discréditer les « petits candidats » : l’élection serait un simple combat d’ego. Tous les mêmes, ils ne pensent qu’à leur gueule. D’ailleurs, il faut un sacré culot pour oser vouloir être Président de la République. Ceux qui disent ça, projettent simplement leur propre fonctionnement en regrettant juste de n’avoir pas ce culot (on ne peut pas dire courage car l’étymologie n’est pas la même, courage vient de coeur) pour en faire autant. Ceux-là pensent que les « petits candidats » et les challengeurs ont une ambition démesurée mais trouvent légitime celle des candidats qui, à longueur d’années occupent les médias. Comme pour les chanteurs ou les artistes. On trouve normal d’admirer ceux qui bénéficient du soutien médiatique mais on trouve ridicule et illégitime de vouloir faire reconnaître son talent. Dès lors, pour éviter d’avoir à choisir, les prétendants sont caricaturés. Malgré tout, il se trouve des électeurs qui étudient les programmes et, après avoir forgé leurs convictions, voici qu’ils sont sommé d’y renoncer et de rentrer dans le rang pour s’aligner sur les deux ou trois noms entendus cent fois dans les médias, à égalité avec les joueurs de tennis professionnels. Ceux qui ont des convictions, qui argumentent, devraient voter au deuxième tour pour le moins pire ou, dans le meilleur des cas, celui qui reprend la plus grande partie du programme qu’on avait préféré au premier. C’est, ni plus ni moins que la fabrique de la pensée unique. Ne nous faites pas rire avec vos idées et vos convictions, il n’y a pas d’autre politique, pas d’alternative !

Ainsi, tout comme le candidat Bayrou en 2012, on somme M. Mélenchon de prendre position en faveur de celui qu’il a combattu – comme il a combattu à peu près les dix autres candidats – à savoir M. Macron. Il y a cinq ans, M. Bayrou avait appelé à refuser le dualisme droite-gauche qui alternait au pouvoir depuis une quarantaine d’années. Il aurait fallu, après ce qu’il avait dit, qu’il prenne position pour le candidat de la droite ou celui de la gauche ? On lui a reproché, jusqu’à ces dernières semaines de ne pas avoir pris clairement position, c’est à dire de ne pas s’être renié pour rentrer dans un rang et suivre un de ceux qu’il avait vilipendé. Cette année, c’est M. Mélenchon qui est la cible des donneurs de leçons. Encore une fois, on ne demande rien aux électeurs de M. Fillon, pourtant arrivé troisième.

Il faut être juste. Les donneurs de leçon n’ont pas suivi le parcours de M. Mélenchon. Ils ne connaissent de ses engagement que son passage chez les trotskistes (sans plus de précision) et au gouvernement sous l’étiquette du PS. On insinue qu’il a tourné sa veste ou n’a pas de reconnaissance. Donc, méfiance. Avant le premier tour, on lui a reproché, particulièrement, d’avoir trop d’ego. Maintenant, on lui prête l’intention d’avoir préparé son coup pour faire main basse sur le PS et prendre la tête de la gauche. On a tellement craint qu’il ne parvienne au deuxième tour qu’on a multiplié les coups bas à son endroit. Remarquons qu’on ne parle plus du Vénézuéla depuis son élimination.

Résumons. La base du programme de la France insoumise (phi) est la VIe république. c’est trop compliqué. Vient ensuite la transition écologique et l’économie de la mer. À lui tout seul, le programme écologique de M. Mélenchon représente plus du tiers des propositions écologiques de l’ensemble de tous les candidats. Dans ces conditions, comment dire, à présent qu’il faut voter pour un candidat qui a mis des centaines de cars sur les autoroutes et qui contribue à la fermeture des lignes de trains ? Comment appeler à voter pour quelqu’un qui n’envisage pas de mettre un terme au programme nucléaire, à bout de souffle également ? Est-ce à dire que tout cela ne sont que des broutilles, des billevesées ? Est-ce à dire que les combats, menés depuis des dizaines d’années contre le fascisme et le racisme par les électeurs de M. Mélenchon passent pour pertes et profits parce que les bien-pensants ont décidé que seul compte ce qu’ils ont décidé de prendre en compte, à savoir le scrutin du 7 mai ? Il faut supporter de s’entendre donner des leçons par ceux qu’on voit peu dans les combats qui préparent l’avenir. Il ne faut pas, en plus, se sentir culpabilisé parce qu’ils se sont réveillés et exigent que tout le monde doit, désormais leur emboîter le pas.

S’abstenir ou voter blanc n’est pas laisser les autres faire le boulot mais se trouver dans l’impossibilité de faire le sien. On ne s’abstient pas par fainéantise, parce qu’on préfère aller se balader au soleil, parce qu’on ne sait prendre une décision, parce qu’on ne réfléchit pas. Tous ceux qui s’abstiennent, qui vont voter blanc, qui vont griffonner une bafouille sur leur bulletin de vote ont des choses à dire. Il suffit d’écouter les conversations et les émission interactives où les électeurs expliquent et justifient leur choix. C’est tout sauf de l’indifférence. C’est tout sauf de l’indécision. C’est tout sauf de la lâcheté. Ceux qui vont s’abstenir ou voter blanc expliquent qu’ils ont des convictions et qu’ils ne les retrouvent pas dans les deux candidats restés en lice. Aucun ne suggère qu’il serait, quand même, content si M. Macron l’emportait. Les abstentionnistes ne laissent pas les autres faire le boulot à leur place. Ils redoutent que l’élu n’applique qu’une politique traditionnelle et ne veulent pas avoir se le reprocher. Si les résultats du premier tour marquent une certaine volonté des électeurs d’éliminer, enfin, ceux qui alternent au pouvoir depuis des dizaines d’années, ils marquent aussi une lassitude de la part des électeurs de voter pour un candidat qui n’est pas le leur et de passer des années à le regretter. Si M. Macron proclame une volonté de faire de la politique autrement et de rassembler par delà les clivages habituels, il n’en demeure pas moins que son programme manque singulièrement de générosité. Pourrait-il en être autrement avec quelqu’un qui, comme tous ceux qui occupent des responsabilités aujourd’hui, ont appris l’économie dans le manuel de Barre qui prône l’ultralibéralisme ? Quant à MLP, son groupe au Parlement européen a toujours voté dans ce sens, malgré ses déclarations ici.

Au deuxième tour, dimanche prochain, chacun votera ou pas selon sa conscience. Les uns, qui sont rivés sur leurs écrans de TV, voteront pour un candidat médiatisé. D’autres essaieront sincèrement de limiter les dégâts et d’éviter le pire à leurs enfants. D’autres encore, ne voudront pas subir des idées préconçues. Chacun a bien le droit de le faire. C’est le risque de la démocratie. On a vu que, dans les épreuves récentes, la France, avec ses institutions, avec ce qui reste de protection sociale a su limiter les dégâts. Les abstentionnistes, ceux qui vont voter blanc ne resteront pas bras croisés dimanche soir. Il reprendront la lutte, sur le terrain, chacun à sa façon et selon ses moyens. Le combat continue. Résistance !

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23 avril 2017

Si l’on parlait du Vénézuéla ?

Ben oui, tiens, puisqu’on peut pas parler politique en ce jour de scrutin présidentiel.

Venezuela

Apparemment, rien que de très anodin. En plus, c’est bien pour l’ouverture d’esprit dont fait preuve Inter. Sauf qu’on ne parle du Vénézuéla, en France, que depuis que M. Mélenchon a fait connaître son intérêt pour son gouvernement qui a choisi de nationaliser les ressources naturelles, et donc le pétrole, et de redistribuer la rente à la population plutôt que de verser des dividendes à des étrangers qui n’investissent pas au Vénézuéla ; ni ailleurs.

Le Vénézuéla et la caricature de son ancien chef d’État, le Président Chavez, par les journalistes, a servi, au fil des ans, à discréditer le projet politique de M. Mélenchon. Quelle que soit l’émission, quel que soit le sujet, on ne manque jamais de l’interroger sur le Vénézuéla afin de convaincre le public qu’il soutenait un dictateur militaire et une politique démagogique puisque contraire aux nouveaux dogmes de l’ultralibéralisme et de la mondialisation.

Pourquoi cet acharnement contre la démarche politique de M. Mélenchon ? Tout simplement parce qu’elle met en cause le bipartisme qui a la faveur de la corporation journalistique. Le bipartisme est plus simple à commenter et favorise une alternance tranquille qui change les têtes mais pas la politique générale. Que survienne un intrus et il serait alors nécessaire de procéder à des analyses, des comparaisons. Qu’à cela ne tienne ! Il suffit qu’un seul journaliste épluche un programme ou, plus simplement encore, n’écoute un propos en direct pour qu’aussitôt, on en extraie un propos, une petite phrase qui va coller à la peau de l’intrus et qu’on ne manquera pas de rappeler. Le Vénézuéla de Chavez remplit cette fonction. Désormais, M. Mélenchon est lié irrémédiablement au Vénézuéla dont tout le monde se fiche par ailleurs, comme on se fiche de tout pays situé à cette distance. Il suffit de voir l’intérêt pour la Guyane, pourtant département français, pour réaliser que l’intérêt pour le Vénézuéla voisin n’apparaît que pour combattre M. Mélenchon. Comme il a de bonnes chances de figurer au deuxième tour, malgré toutes les attaques dont il fait l’objet de la part des médias, il y avait urgence, ce matin de premier tour d’inviter un spécialiste, peu sûr de lui, multipliant les « euh » pour asséner un coup contre un candidat alors que la campagne est terminée et que les bureaux de vote viennent d’ouvrir.

Alors, ceux qui crient à « radio bolcho » en parlant d’Inter doivent être satisfaits ce matin. La rédaction des journaux du matin des samedi-dimanche a bien jouer en proposant un sujet sur un pays dont « la situation est préoccupante » mais dont personne ne se préoccupe jamais, sauf pour dégommer M. Mélenchon. Les pays latins sont connus pour exceller dans l’art de contourner les règles. Les journalistes viennent de nous montrer comment ils se jouent de la règle d’égalité du temps de parole entre les candidats. Restait à nous montrer comment ils se jouent de la fin de la campagne. C’est chose faite. Comme La Fontaine qui utilisait les animaux pour faire la satire de la société, les journalistes se servent du Vénézuéla pour critiquer le candidat Mélenchon. Bien sûr, ils n’ont pas le talent du fabuliste mais le résultat risque d’être aussi efficace.

19 avril 2017

...à l'image d'Astérix

Quand je dis qu’Astérix est plus sûrement notre ancêtre que les Gaulois !

Je viens de faire un test proposé par GÉO et voici ce qu’ils écrivent : « Vous avez bien l’esprit français ! Et même gaulois, à l’image d’un irréductible petit guerrier gueulard ! C’est un esprit libre et rebelle, volontiers râleur et insatisfait, mais aussi farouche défenseur des droits de l’homme et pétri de bonne volonté. Bon vivant doté d’un sens aigu de la justice (…) »

Autrement dit, plus que le caractère français voire franchouillard, on a la description enjolivée d’Astérix ou, plutôt, de son village tel que présenté dans la page de garde. Le village qui résiste à l’envahisseur romain.

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On sait que la vérité historique est tout autre et même complexe. Pour simplifier, il suffit de rappeler qu’il n’existait pas d’entité appelée « Gaule » qui correspondrait à la France actuelle mais des tribus éparses et se combattant. Encore une fois Gossiny a inventé ce village improbable pour s’affranchir de la réalité historique et dépeindre la France dans laquelle il évoluait en la transposant dans une autre époque. Le succès de la série est tel que, désormais, Astérix est tenu pour la vérité historique : bagarreur, râleur, gros mangeur, tricheur mais aussi sympa et surtout, surtout, RÉSISTANT. Alors que le souvenir de l’occupation était encore prégnant dans la société française du début des années 1960, cet aspect faisait oublier de façon bien commode les jours sombres de la collaboration.

Revenons un instant sur la tricherie. La potion magique, au départ, n’est qu’une facilité dont la BD use et abuse pour sortir son héros d’une situation impossible. Rocambole est le modèle du genre mais il ne pouvait plus être recopié. De même, les auteurs ne pouvaient pas recourir au super-héros à cape, pouvant voler, car trop marqué par la BD étatsunienne. La potion magique est un coup de génie. Certains y ont vu la parodie du « système D » à la française. Nous y voyons plutôt la tricherie caractéristique des pays latins. Il y a quelques années, un ancien international de rugby expliquait que, dès qu’un nouvelle règle apparaissait, aussitôt les Français élaboraient des stratégies pour la contourner ou faire semblant de l’appliquer. D’où, les nombreuses fautes sifflées contre les Français au Tournoi des 5 nations (à l’époque) et en rencontres internationales en général. D’ailleurs, les parties contre les équipes latines telles que l’Argentine ou l’Italie sont redoutées par tous, non pas à cause du niveau de ces équipes mais de l’anti-jeu pratiqué et toujours à la limite de la faute. Comme, au départ, Astérix se voulait avant tout une BD humoristique et parodique, on pouvait allègrement passer outre la faute, d’autant qu’Astérix s’en sert toujours pour la bonne cause. Il doit délivrer quelqu’un ou sauver une vie. La morale est sauve car, en plus de leur arrogance proverbiale, de leur complexe de supériorité, les Français se targuent d’agir toujours dans le sens de la morale.

 

Astérix chez les Bretons

 

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15 avril 2017

Regard sur la campagne 2017

D’abord, il faut rappeler que l’élection présidentielle est la plus populaire avec les élections municipales. Dans les deux cas, il s’agit de choisir un chef. Il faut croire que pour l’humain, rien n’est plus important. On ironise sur notre constitution qui ne fonctionne plus mais, force est de constater que l’humain a besoin d’un chef et qu’il préfère pouvoir le choisir mais s’accommode, finalement, quand on le lui impose. Le rôle du député n’est pas bien connu. Pour beaucoup, il ne sert à rien, il est grassement payé et trouve le moyen de dormir ou de s’absenter lors des débats à l’Assemblée. Pour la plupart, le député, l’élu en général est perçu comme celui qui va faire avancer un dossier et, surtout, réparer les erreurs et les injustices de l’administration. Concrètement, on va surtout le voir pour obtenir un logement et la crise a encore amplifié cette tendance. Ne parlons même pas des autres élus qui sont vus comme des intermédiaires entre le Président de la République, chef suprême, et le maire, chef de la tribu. Il suffit de voir ce qui s’apprête à se passer, un peu plus loin, en Turquie, pour être convaincu de ce besoin d’un chef fort.

Changer la Constitution, comme le réclament quelques candidats, vise, avant tout à réduire le pouvoir du chef suprême et renforcer celui du peuple par l’intermédiaire des législateurs et, directement, par le recours au référendum. Seulement, on voit bien que le peuple français demeure profondément monarchiste. À droite, on essaie de retrouver la figure royale et notamment dans son rôle de défenseur des privilèges de la classe supérieure. À gauche, où l’on se targue d’avoir aboli la royauté et mis Dieu sous le boisseau, on pratique volontiers le culte de la personnalité. Dans les deux cas, on met en avant un individu, un homme jusqu’à maintenant. Ce n’est pas l’affaiblissement du rôle du Président que veulent les partisans des candidats favorables à une nouvelle constitution soutiennent et encore moins le renforcement des partis politiques. C’est seulement l’arrêt de la casse de la protection sociale dont on a vu, à la faveur des derniers épisodes de la crise, qu’elle a permis de limiter les dégâts. Dans un sens, ce n’est peut-être pas aussi bien qu’il paraît. Un choc aurait provoqué des émeutes et hâté les changements et adaptations au monde actuel. Le changement de constitution intéresse peu ceux-là même qui vont voter pour. Les citoyens ont des préoccupations concrètes et veulent un homme fort pour résoudre leurs problèmes quotidiens.

 

Les dernières années ont été marquées par la montée en puissance de la finance internationale qui se joue des traités et des législations nationales. L’argent n’a pas d’odeur et n’a pas plus de patrie. Il est piquant de constater que la plupart des onze candidats à la Présidence déclarent ouvertement leur volonté de combattre les diktats de la finance internationale. Outre les deux candidats d’extrême-gauche, on trouve aussi les fameux « petits candidats » : MM. Chaminade, Lassale, notamment, auxquels s’ajoute M. Mélenchon. Ça fait déjà cinq ! Restent deux candidats ouvertement favorables à la finance, MM. Fillon et Macron, auxquels on peut ajouter ceux qui n’en parlent pas beaucoup mais dont on devine qu’ils ne renverseraient pas la table s’ils parvenaient à la Présidence. Si les candidats qui font campagne contre la finance internationale sont tout juste majoritaires parmi l’ensemble des candidats, on peut, au moins, se réjouir que le sujet apparaisse comme un thème majeur de la campagne. Maintenant, quand on comptabilise le nombre de candidats qui appellent à réformer l’Union Européenne parce que, justement, elle favorise la loi des marchés, des bourses, des banques, des actionnaires et de la finance, on arrive à un total de huit ou neuf candidats. Or, si le rôle de la finance n’apparaît pas clairement pour tout le monde, la gouvernance de l’UE est plus évidente et le rejet qu’elle produit est désormais majoritaire, malgré la caricature qui en est faite par les commentateurs.

Les commentateurs, justement, ont obtenu, après quinze ans de lutte acharnée, « l’équité des temps de parole » des candidats à la présidence. Ils s’arrogent ainsi le pouvoir de décider quels sont les candidats intéressants. Ils mettent en avant leur rôle de journalistes qui leur vaut compétence pour juger du sérieux des programmes et de ceux qui les portent. C’est ainsi qu’ils justifient le battage autour de la candidature de M. Macron (surtout au début) sur la nouveauté que sa démarche représente. Détenteurs de la parole, ils ont réponse à tout et, surtout, ont toujours le dernier mot.

Ils pestent parce que, malgré tout, il reste encore deux semaines (au lieu de cinq jusqu’à présent) où tous les candidats doivent être traités à égalité. Pourtant les journalistes ont déjà trouvé les parades pour contourner la règle. Si l’on prend Inter, on remarque que les « petits candidats » sont relégués dans des formats de dix minutes, à 6 h 20, 7h 50 ou le samedi matin. La règle oblige à ce que tous les candidats bénéficient du même temps de parole pendant la même tranche horaire. Qu’à cela ne tienne ! Les candidats qui sont plébiscités (pour ne pas dire favorisés) par les médias audio-visuels sont accueillis par « l’interviewer » vedette de la chaîne. En général, il s’agit du créneau de 8h 20 à 8h 30, largement dépassé sur Inter. Pour faire bonne mesure, Inter a inventé « l’interview grand format », c’est à dire que l’entrevue commence à 7h 50, s’arrête à 8h pour parler d’autre chose puis reprend à 8h 20 avec une petite pause de 6 mn pour la revue de la presse et l’on passe aux questions des auditeurs et des autres journalistes présents. Au passage, notons que, au milieu des années 1970, France-Inter, alors encore dans l’ORTF, avait inventé « les petits-déjeuners » avec la même formule d’entrevue entrecoupée par les journaux parlés. Rien que du réchauffé, donc. Sur BFM/RMC, l’invité intervient peu après 8h 30 avec M. Bourdin.

On verra après le scrutin que les temps de paroles ne sont pas égaux mais il sera trop tard et, gageons que les directeurs des rédactions ont déjà préparé leurs arguments pour justifier l’inégalité et l’iniquité. Ne parlons même pas de la différence de traitement. Du temps de Mme Pascale Clark, elle ne cachait pas son mépris pour les « petits candidats ». D’une manière générale, on leur pose des questions creuses ou anecdotiques qui ne permettent pas aux candidats de présenter leurs propositions ni, encore moins, de développer leurs arguments.

 

Pourtant, le débat à onze diffusé sur BFM et RMC a montré que le public a apprécié l’égalité de temps de parole entre tous les candidats. Il a découvert, à cette occasion, que les « petits candidats » n’étaient pas des farfelus mais des personnes qui connaissent la vie et qui dénoncent, à l’instar de chacun d’entre nous, les difficultés du quotidien. Le seul moment où le public présent dans le studio a manifesté, a été pour applaudir M. Poutou lorsqu’il envoyé dans les cordes l’arrogant M. Fillon, toujours prompt à défendre l’ordre établi mais qui ne s’applique pas à lui-même les contraintes qu’il promet de renforcer. De la campagne, on retiendra, outre la montée tranquille de M. Mélenchon, la formule de M. Poutou : « nous n’avons pas d’immunité ouvrière ». Cette petite phrase montre de façon éclatante la différence de traitement entre les citoyens. L’homme de la rue se voit soumis à de nombreuses lois et règlements auxquels il ne peut échapper, tandis que les défenseurs de la finance s’en affranchissent et trouvent ça tout à fait normal. Cette différence de traitement (comme la différence de traitement entre les candidats) est devenue insupportable. Le problème, c’est que ceux qui protestent sont partagés entre le dégoût et la recherche de pureté. Les deux conduisent à l’abstention. De l’autre côté, entre ceux qui trouvent l’inégalité de traitement tout à fait justifiée parce qu’ils en profitent ou qu’ils relèvent de la servitude volontaire et ceux qui sont résignés (ça sera pas mieux avec les autres), on a toujours une majorité molle qui entretient le système. Tout ça pour dire que c’est pas gagné mais c’est aussi ce qu’on pensait en 2005.

 

Enfin, dans la logique des critiques contre le succès du débat à onze, les commentateurs répètent à l’envi que les programmes des candidats sont vides. Là encore, c’est contredit par labase. Rarement on a eu autant de propositions. Les uns proposent de combattre et taxer la finance, donc. D’autres de sortir de l’UE quand d’autres encore proposent de renégocier les traités. Des candidats proposent de sortir de l’euro ou encore d’en changer le fonctionnement. Beaucoup de candidats parlent d’écologie et pas seulement le seul candidat écologiste en mesure de l’emporter, à savoir M. Mélenchon. Lui et d’autres proposent d’en finir avec cette constitution, soit-disant à bout de souffle. Chacun s’entend poser la question destinée à le piéger et montrer la maîtrise du sujet par le journaliste : comment allez-vous financer cette mesure ? Chaque fois, le candidat, quel qu’il soit, répond par une solide argumentation qui, bien sûr, n’est jamais reprise. Enfin, il y a le seul véritable candidat sans programme, le sourcilleux M. Fillon qui ne propose que d’abroger les lois qui protègent les citoyens, de ne pas remplacer les fonctionnaires, de ne pas dépenser et de régresser à la situation d’avant-guerre où tout le monde devait se débrouiller par ses propres moyens pour s’en sortir. Il ne propose, cependant pas, de relever l’ intérêt du livret d’épargne à 6 % (par exemple). Donc, avec lui, il faudrait se débrouiller avec les banques, les assurances privées mais avec des bas salaires et sans pouvoir compter sur l’épargne. Pourtant aucun commentateur ne s’avise de le dire ou de le laisser entendre. On ne sait jamais, des fois qu’il gagnerait.

 

Cette longue tirade entend mettre en évidence le pouvoir de prescription des commentateurs. On savait déjà que, beaucoup d’électeurs sont influencés par le quantitatif. Il suffit de voir, dans des réunions où il faut voter (associations, assemblées de copropriétaires, partis politiques etc.) comment des gens qui sont indécis ou qui ne savent pas quoi faire votent avec le groupe le plus nombreux. Au niveau d’un pays, c’est pareil. Et puis, personne n’aime être dans la minorité sans pouvoir être entendu ; sauf à disposer de la force. Donc, forcément, on a tendance à voter pour celui qui est en tête ou celui dont on annonce la montée. Inversement, on baissera les bras si son champion baisse dans les sondages, quand bien même il reste en tête. Concernant MLP, la réponse donnée aux sondeurs a toujours fait l’objet de tripatouillages. Autrefois, on surestimait les intentions de vote en avançant que les sondés n’osaient pas avouer leur préférence. À force, devant le succès sondagier, on n’hésitait plus à rejoindre un groupe porté par les sondages. Or, maintenant, c’est tout le contraire. On n’a plus peur d’afficher son intention de voter pour MLP qui a, par ailleurs, recentré son discours et argumenté ses propositions. Nombre d’entre elles figurent dans d’autres programmes (on nous dit que les candidats n’ont pas de programme). On en arrive à considérer comme acquis qu’elle sera au second tour, quoi qu’il arrive mais qu’elle y sera battue. Rien n’est moins sûr. Nombre de sondés répondent, à présent, qu’ils voteront MLP/FN pour adresser un avertissement à la classe politique en général. Rien ne dit qu’on reverra le coup de 2002 où nombre d’électeurs avaient voté LP persuadés qu’il ne parviendrait pas au second tour. Reste que nombre de personnes se situent dans la prophétie auto-réalisatrice. Par conséquent, rien n’est joué. Il faut simplement être attentif à ce qui ressort de l’humeur de la population : le rejet de l’inégalité de traitement devant la Justice, devant la police, devant l’administration ; le dégoût des partis politiques organisés pour alterner au pouvoir sans souci d’améliorer le quotidien des citoyens, au contraire ; le besoin d’être protégés contre les violences physiques, l’arbitraire des conseils d’administration des grandes sociétés et son corollaire, les licenciements, contre la détérioration de l’environnement, contre les maladies et les conséquences de la vieillesse. Pour la première fois, sans doute, le scrutin est ouvert et c’est ce qui dérange les journalistes qui font tout pour encourager la bipolarisation et l’alternance tranquille. Cette fois, il y a de réels possibilités de changements.

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09 avril 2017

MÉLENCHON à Marseille pour la PAIX et l'HARMONIE AVEC LA NATURE

Mélenchon 3

Mélenchon 6

à Marseille

la fierté retrouvée d'être Français

 

Mélenchon 8 - mélenchon président !

Mélenchon Président !

 

Mélenchon 11

L'olivier

nouvel emblème de la campagne des insoumis

à côté de la lettre grecque FI (France insoumise) symbole de l'harmonie

 

Poème de Yannis Ritsos lu par Jean-Luc Mélenchon

Le rêve de l’enfant, c’est la paix.
Le rêve de la mère, c’est la paix.
Les paroles de l’amour sous les arbres
c’est la paix.

Quand les cicatrices des blessures se ferment sur le visage
         du monde
et que nos morts peuvent se tourner sur le flanc et trouver
         un sommeil sans grief
en sachant que leur sang n’a pas été répandu en vain,
c’est la paix.

La paix est l’odeur du repas, le soir,
lorsqu’on n’entend plus avec crainte la voiture faire halte
         dans la rue,
lorsque le coup à la porte désigne l’ami
et qu’en l’ouvrant la fenêtre désigne à chaque heure le ciel
en fêtant nos yeux aux cloches lointaines des couleurs,
c’est la paix.

La paix est un verre de lait chaud et un livre posés devant
         l’enfant qui s’éveille.

Lorsque les prisons sont réaménagées en bibliothèques,
lorsqu’un chant s’élève de seuil en seuil, la nuit,
à l’heure où la lune printanière sort du nuage
comme l’ouvrier rasé de frais sort de chez le coiffeur du quartier,
         le samedi soir
c’est la paix.

Lorsque le jour qui est passé
n’est pas un jour qui est perdu
mais une racine qui hisse les feuilles de la joie dans le soir,
et qu’il s’agit d’un jour de gagné et d’un sommeil légitime,
c’est la paix.

Lorsque la mort tient peu de place dans le cœur
et que le poète et le prolétaire peuvent pareillement humer
le grand œillet du soir,
c’est la paix.

Sur les rails de mes vers,
le train qui s’en va vers l’avenir
chargé de blé et de roses,
c’est la paix.

Mes Frères,
au sein de la paix, le monde entier
avec tous ses rêves respire à pleins poumons.
Joignez vos mains, mes frères.
C’est cela, la paix.

Yannis Ritsos (1909 - 1990)
Texte traduit du grec par l'auteur,
Revue Europe, août-septembre 1983
in Guerre à la guerre - Éditions Bruno Doucey - octobre 2014

http://litterauteurs.canalblog.com/archives/2014/11/11/30919286.html

 

01 avril 2017

11ans !

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas. L’an dernier, pour les dix ans, j’avais prévu de faire le point ; d’autant que le blog battait tous ses records de fréquentation. Tu penses : sans pub, sans notoriété, sans réseau, plus de 300 visiteurs nouveaux chaque semaine et pour lire les sujets les plus variés et les plus improbables.

11-ans-packshot

Je suis toujours navré de voir que les articles qui m’ont demandé le plus de recherche, le plus de réflexion, le plus d’originalité ; les articles qui dont je suis le plus fier, sont justement ceux qui ne sont lus. D’un autre côté, la critique des médias et, notamment d’Inter cartonnent sans que ça soit lié à l’actualité ou à une publication récente. Les cinquante ans de France-Inter sont toujours aussi lus. Pour avoir récemment assisté à l’enregistrement du « Jeu des milles € », j’ai pu constater que le public vient uniquement parce qu’il se passe quelque chose dans le village mais ne connaît rien, ni du jeu, ni de la station. En attendant que commence la sélection des candidats, les gens consultent leurs smartphones : « Dis-donc, ça fait plus de 50 ans que ça existe France-Inter ! » ou bien « Ils mettent que c’est le jeu radiophonique le plus anciens. Avant ça s’appelait le Jeu des mille francs... » etc. La population en âge de travailler et venant avec des enfants adolescents a toujours connu les radios locales et les radios commerciales. Ils ne savent rien des radios généralistes qui se partageaient l’audience, il y a plus de trente ans...Dommage que les patrons de ces vieilles radios ne l’aient pas compris et s’abritent derrière les résultats trompeurs de l’audience qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne reflètent en rien la réalité sur le terrain.

Et puis, il y a toujours l’article qui a le plus de succès depuis sa publication : « Il pleut ». Comprenne qui pourra.

Par conséquent, l’auteur se lasse. Désormais les réactions à chaud se font davantage sur les « réseaux sociaux » que sur les blogs qui pallient l’impossibilité de publier, sous forme de livre, les écrits souvent talentueux des blogueurs. Donc, le rythme de publication va encore baisser et ce, d’autant plus que ceux qui étaient les destinataires de ce blog, au départ, ne le fréquentent plus depuis longtemps et que j’ai établi d’autres relations avec les visiteurs les plus anciens et les plus fidèles. Certains (il se reconnaîtra) m’ont tendu une main secourable et amicale quand j’en avais besoin. Je me dois de faire encore quelque chose pour récompenser la fidélité. De nos jours, les choses évoluent très vite. Il y a 11 ans, les ordinateurs personnels (parfois portables) équipaient la plupart des foyers. C’était déjà une révolution quand on pense qu’il y a un peu plus de quinze ans, c’était encore rare et, ceux qui étaient « branchés » allaient au cyber-café ou dans des grands centres qui proposaient des dizaines de postes, très bien connectés. Ça, c’était dans les grandes villes. Pour communiquer, toucher un public plus large, se faire des amis, on créait un blog. Aujourd’hui, les PC se vendent encore pour les particuliers mais mal. Les PC portables tendent à disparaître des grandes enseignes de distribution. Tout le monde possède un smartphone et joue avec ses pouces pour voir les informations qu’on obtenait sur un écran de 40 cm de long. D’autres préfèrent la tablette. Les services publics et même certaines entreprises proposent des applications pour communiquer avec leurs clients via les smartphones. En très peu d’années, ce qui semblait une tendance lourde s’avère à bout de souffle. Les choses vont très vite. Il n’y a que la classe politique qui ne le comprend pas et surtout la partie qui est au service de la finance internationale qui, elle, l’a très bien compris mais fait durer le système pour en tirer les bénéfices jusqu’à la dernière goutte.

Cette année, la fréquentation a baissé de moitié mais je communique autrement et de façon plus interactive. C’est toujours ce que je regrette avec ce blog, le peu de commentaires. Donc, je m’adapte.

 

 

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Des services publics : l'excellence (3)

Si la France est le pays le plus visité au monde, ça n’est pas seulement parce que c’est un beau pays. Des beaux pays, il y en a d’autres et où l’on est autrement mieux accueilli qu’en France. Les étrangers viennent massivement en France parce qu’ils savent trouver une qualité de vie qui n’existe nulle part ailleurs. Ils savent compter sur des divertissements de qualité qui ne sont possibles que parce que la culture est subventionnée : musées, spectacles, cinéma, monuments historiques, festivals d’été. Partout des fonctionnaires assurent le bon accueil ou le bon fonctionnement. Autre particularité française, le nombre de bénévoles qui s’affairent pour rendre possible tout cela. Les visiteurs savent aussi pouvoir compter sur un réseau de santé publique performant en cas de problème. Ils savent que la sécurité est assurée : en ville, sur route, à la plage, à la montagne. Ils savent qu’ils peuvent se déplacer partout dans de bonnes conditions. Et il y a peu de pays dans le monde où l’on trouve tout ça en même temps. Si, comme telle est la tendance, on devait employer de plus en plus l’imparfait, ça serait catastrophique pour ceux qui vivent en France mais aussi pour tout le secteur du tourisme. Ça n’est pas en placardant des affiches publicitaires à l’étranger ni en diffusant des vidéos pour vanter la France que les touristes vont venir. Tout le monde connaît la France. Si la France continue de perdre ce qui fait son charme, sa qualité de vie, parce que, pour des raison dogmatiques, on affaiblit ses moyens et ses leviers, on affaiblit un État fort et performant (en le rendant impuissant), les étrangers ne viendront plus aussi nombreux.

france-rendez-vous-en-france

Nous avons vu que certains services publics font tout pour diffuser l’idée qu’ils ne sont plus là pour rendre service mais pour commercialiser des produits dans leur « boutique ». Les employés ne doivent plus paraître comme des fonctionnaires mais comme des « commerciaux », et pas seulement pour faire sauter le verrou du CDI. Ces services publics ont honte de leur héritage, de leurs valeurs et veulent contribuer à diffuser cet égoïsme mondialisé qui veut mettre les pays en concurrence, les populations en concurrence et les individus en concurrence avec leurs semblables. Chacun est appelé à se débrouiller pour se soigner, pour se déplacer, pour sa retraite, pour l’aide aux anciens et au petits. Chacun est incité à écouter les conseils de ces « commerciaux » rémunérés à l’acte et qui cherchent à placer leur produit phare. La notion de solidarité, de nation, même, est mise en cause par cette évolution lente qui s’appuie sur les instruments de propagande que sont les médias aux mains des groupes financiers ou industriels (dont Bouygues) en reconversion. D’abord, on recourt à l’argument spécieux : la situation est grave, l’État coûte cher. Ensuite, vient la solution : quittez le navire tout seul, vous occupez pas des autres et confiez nous vos sous. Tous les jours des chroniqueurs viennent nous convaincre qu’il faut abandonner toute idée de collectivité. Ils sont relayés par les humoristes chargés de ringardiser les valeurs qui ont fondé les nations et particulièrement la France issue des Lumières.

À l’occasion du choc que représente l’actuelle mutation du monde et de chacun de ces composants – nations, individus, entreprises, collectivités – les puissances financières tentent d’imposer leurs intérêts à des individus désemparés, des collectivités affolées, un personnel politique dépassé. Pourtant, chaque soubresaut de la crise, chaque nouveau choc (crise de l’énergie, crise de l’immobilier, crises financières) met en évidence que ce sont les valeurs de solidarité, coordonnées par des pouvoirs publics forts (l’État) qui ont permis de limiter les dégâts et éviter aux plus vulnérables de rejoindre la cohorte de ceux qui sont à la rue et, qui plus est, aux responsables de ces crises de se renforcer grâce aux aides de l’État. Normalement, les services publics ne sont pas là pour renflouer les erreurs de gestion et les prises de risques des entreprises privées. Ils ne sont pas là non plus pour assurer le SAV de l’inconséquence de la recherche du profit à tout prix. Les services publics contribuent à une réelle qualité de vie et à faire que chacun voie dans l’autre, non pas un adversaire à éliminer mais un semblable qui partage le même sort sur bien des points de vue.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/11/05/19521460.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2016/11/24/34604174.html

france tourisme

25 mars 2017

Il y a 10 ans...

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c'était le bonheur

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