la lanterne de diogène

18 février 2019

Les zèbres et leurs rayures

Une récente chronique d’Alex Vizorek reprend une étude scientifique qu’il croit récente sur les rayures des zèbres. Il découvre l’Amérique car ça fait bien 20 ans que l’hypothèse sur la présence des rayures a été émise. Bon, jusque là, rien de bien extraordinaire. Sauf que ces quelques lignes posent déjà plusieurs problème. D’abord, peut-on sérieusement croire que, dans les temps préhistoriques les plus reculés, des ânes primitifs se soient fait la réflexion de savoir comment ils pourraient bien éviter de se faire piquer par les insectes nuisibles ? On peut penser que ces animaux, pas encore accomplis, pas encore présents sous leur forme actuelle ont été agacés voire rendus malades par des piqûres à répétition. De là à élaborer une stratégie visant à modifier leur patrimoine génétique et imposer à leur corps la fabrication de rayures sur le pelage, et par quel processus, il y a un pas qu’il semble raisonnable de ne pas franchir. Il faut croire aussi, selon cette théorie, qu’ils ont été limités par des impondérables. Ils en sont resté au noir et blanc alors qu’on peut penser qu’une alternance de plusieurs couleurs serait encore plus efficace. Ensuite, comment expliquer que les autres branches asines aient perdu ces rayures ? N’y a-t-il pas de moustiques, de taons et autres saloperies de bestioles sur les autres continents ? Les ânons naissent avec des rappels de ces rayures primitives aux pattes qu’ils perdent en grandissant. Il faut croire qu’ils n’en ont plus besoin et décident, en toute liberté, de s’en passer. Va-t-on dire que les ânes des autres continents ont préféré perdre les rayures et se laisser embêter par les insectes, uniquement pour se distinguer de leurs lointains ancêtres africains ? Tout cela est ridicule et supposerait qu’un ou une poignée d’ancêtres des zèbres ont pris cette décision de se parer de rayures et de l’imposer à tous leurs congénères et, finalement, de l’inscrire dans leur génétique afin d’officialiser et de perdurer.

Le deuxième problème qui se pose, est celui de la cause et de la conséquence. Les rayures ont pour effet de tromper les insectes nuisibles lorsque l’animal est en mouvement. La cause de ces rayures est encore inconnue. Comment sont-elles produites, dessinées ? On sait que les chromosomes jouent un rôle mais alors comment s’effectue cette répartition ? Surtout, comment expliquer que toutes les bêtes qui sont incommodées par les insectes qui piquent n’en aient pas fait autant ? On peut penser que les humains, eux-mêmes, qui ont évolué plus que la plupart des autres animaux, auraient pu se doter de rayures et autres protections naturelles contre les nuisibles. En Afrique, sévit encore la terrible mouche tsé-tsé et l’on s’étonne que les humains d’Afrique n’aient pas tenté quelque chose pour s’en protéger alors que les simples zèbres, eux, aient réussi (mais en est-on bien sûr?) à éviter les taons. Le fait que la communauté scientifique accepte depuis longtemps cette théorie pose problème dans la mesure où elle met en évidence la confusion entre cause et conséquence et c’est particulièrement grave dans une démarche scientifique.

 

Parlant de l’Afrique, il y a peu, le Pr Coppens rappelait que l’humanité est née en Afrique de l’est. Sur le continent noir, les manuels scolaires aiment rappeler cette découverte du paléontologue. Le problème, c’est que cette découverte est imposée comme une vérité absolue, ce qui est tout à fait contraire à la démarche scientifique qui est aiguisée par la curiosité et le doute. À partir du moment où la science ne se remet pas en cause, ne doute pas, ne cherche pas, elle devient une religion. Pourquoi pas mais il faut le dire clairement. Ça fait bientôt un demi siècle qu’on nous impose Lucy comme « grand-mère de l’humanité ». Le Pr Coppens a produit une série pour la télévision dans laquelle il développe un scénario pour expliquer pourquoi l’humain se tient debout sur deux pieds seulement (pour y voir plus loin) et pourquoi Lucy a été découverte au bord d’un cours d’eau ; elle se serait noyée pendant que son groupe continuait sa progression.

 

Un humain qui a vécu plus de cinquante ans, a vécu des événements ou, au moins, en a été témoin. Quand on voit comment ils sont racontés (souvent par ceux qui ne les ont pas vécus) et la différence entre le vécu et le récit qu’on en fait, on peut émettre de sérieuses réserves sur les certitudes historiques, à plus forte raison préhistoriques. Pourtant, l’Histoire se définit comme la période qui commence avec la naissance de l’écriture. En d’autres termes, nous avons des textes sur la plupart des événements que nous connaissons. Quand il s’agit de préhistoire et même de l’aube de la pré-humanité, il ne peut s’agir que d’allégations. La démarche scientifique repose aussi sur la preuve. Après des millions d’années, on peut douter qu’il subsiste assez de preuves pour étayer des théories comme celle sur les rayures des seuls zèbres. En Bolivie, on peut voir facilement des empreintes de dinosaure sur une paroi verticale. Autrement dit, le sol sur lequel l’animal a laissé sa trace a bougé au point de se redresser pour former une paroi montagneuse. L’humain, bien plus léger que le monstre préhistorique, n’a pu laisser que des traces légères facilement mobiles. La découverte de Toumaï, à l’ouest de l’Afrique centrale, n’a pas entamé la certitude du Pr Coppens qui, après avoir rappelé sa découverte, a continué de broder sur la répartition de l’humanité à partir de son soi-disant berceau et sur la diversification de l’espèce humaine. Selon lui, après avoir quitté ce qui correspond à l’Éthiopie actuelle, les humains se seraient répartis dans toute l’humanité (sans moyen de transport) et se seraient diversifiés : couleurs de peau, taille, morphologie etc. Qu’ils aient voyagé ne fait aucun doute mais pour le reste. Peut-on dire, à l’instar des petits enfants, que certains ont développé la peau noire pour s’adapter au climat ensoleillé ? Dans ce cas, comment expliquer que toutes les populations qui vivent sous les tropiques n’aient pas, au fil des siècles, assombri leur pigmentation ?

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Là, on rejoint la théorie sur les rayures des zèbres. Des humains auraient donc décidé de devenir Noirs ou Blancs ou Jaunes et de la forme de leurs paupières, de la texture de leurs cheveux. Qui a pris la décision et l’a imposée ? Pourquoi ces couleurs et pas d’autres ? Passons. En quittant la fertile Éthiopie, des groupes d’humains auraient aussi décidé d’aller s’installer dans les contrées polaires, par exemple, sans doute aussi pour lutter contre les insectes. Plutôt que de développer des rayures, des humains ont décidé d’émigrer vers les zones glaciaires, de traverser les accueillantes zones tempérées, de se passer d’alimentation végétale (abondante en Éthiopie) au profit d’animaux et surtout de poissons qu’il faut pêcher sous la glace. Voilà donc un groupe humain qui a décidé de quitter le confort pour aller s’emmerder en milieu glaciaire, attirés par la difficulté et le plaisir de la vaincre.

 

On a donc découvert Toumaï dans ce qui est le Tchad actuel. Plus récemment, des traces d’une vie pré-humaine antérieure ont été trouvées en Kabylie. On comprend mieux dans la mesure où cette pré-humanité aurait bénéficié de la douceur méditerranéenne et de la protection des montagnes. Les recherches sont toujours orientées vers l’Afrique où il est sans doute plus facile de découvrir des traces et peut-être des preuves. Néanmoins, on peut s’interroger sur la présence de foyers pré-humains sur d’autres continents. La forêt amazonienne est inextricable. Depuis des milliers, des millions d’années peut-être que cette végétation pousse en permanence sur les déchet de la végétation précédente, s’il y avait eu une présence pré-humaine, elle serait impossible à trouver. Néanmoins, est-il absurde d’envisager cette présence quand on sait qu’on a découvert, ces dernières décennies, des populations inconnues qui n’avaient jamais eu de contact avec la civilisation ? Les tribus qui habitent ce milieu exceptionnel vivent simplement, sans vêtement, avec un minimum d’outils propres à satisfaire des besoins élémentaires. Ils sont pacifiques et leur humanité s’exprime par des parures, des fêtes, des cérémonies, une langue, une certaine cuisine qui supposent la maîtrise du feu et de certains mélanges. Ils disposent aussi d’une médecine rudimentaire. En l’absence d’échange, on peut penser que ces personnes ont un mode de vie proche de ce qu’elle était avant que leurs semblables inventent l’écriture dans cette partie du monde qui correspond à l’Irak actuel. Par conséquent, on peut bien, sinon mettre en doute, du moins poser des questions de profane.

Récemment aussi, on a remis en cause la certitude selon laquelle des asiatiques ont franchi le détroit de Béring pour coloniser ce qui s’appelle aujourd’hui l’Amérique. Les preuves génétiques sont là. Tous les indigènes d’Amérique ont un patrimoine génétique semblable à celui des mongoloïdes. Le doute provient de la démarche qui aurait prévalu. Des humains, en assez grand nombre quand même pour peupler en quelques milliers d’années tout un continent étendu, ont donc décidé de quitter leurs régions habitables, pour s’enfoncer toujours plus au nord dans l’hostilité de l’environnement, sans savoir s’ils allaient trouver à manger et s’abriter, sur quelques milliers de kilomètres, traverser le détroit – ce qui suppose une connaissance minimum de la construction de bateaux de taille suffisante pour emmener le groupe – atteindre l’autre rive et se répartir. Là encore certains ont décidé de rester dans la glace, au milieu des ours, tandis que d’autres seraient descendus pour peupler les plaines de l’Amérique du nord. D’autres, après un voyage qui a dû s’étaler sur des dizaines d’années, voire quelques siècles, ont décidé soit de s’enfoncer dans l’enfer vert, soit de grimper à 4000 m, là où l’oxygène manque. Que n’ont-ils poussé jusqu’au continent antarctique pendant qu’ils y étaient ?

Tout ceci est absurde et l’absence de découverte de squelettes de pré-humains en Amérique ne prouve pas qu’il n’y en ait pas eu. Idem pour les autres continents. On peut s’attendre à des surprises quand le pergélisol aura fondu de manière significative, en Sibérie notamment. Il est vrai aussi qu’on a plus de chance de tomber à côté d’un os puis du squelette entier d’un mammouth que d’un primate autrement moins imposant.

https://www.geo.fr/environnement/en-arctique-des-paysages-enfouis-depuis-plus-de-40-000-ans-ont-refait-surface-194395#nlref=3c9d74680918cdaf304d17f65777de9a&srAuthUserId=3c9d74680918cdaf304d17f65777de9a&srWebsiteId=58&utm_campaign=20190131&utm_medium=email&utm_source=nl-geo-quotidienne

 

Dans les années 1990, il y avait eu un échange entre le prestidigitateur Gérard Majax et le journaliste Michel Polac sur France-Inter. Polac avait été agacé parce que Majax avait fait échouer, quelques années auparavant, une expérience de télépathie qu’il voulait proposer aux téléspectateurs. Majax a passé sa vie à démontrer que tous les tours de magie étaient scientifiquement explicables. C’est ce qui a fait sa réputation. Michel Polac l’avait invité quelques années plus tard dans une démarche de réconciliation. Majax n’en démordait pas. Il a fini par lâcher : « Vous vous rendez compte que si c’était possible, ça remettrait en cause toutes les lois de la physique ». Réponse de Polac : « Eh alors ? Les théories scientifiques sont faites pour être remises en question ! » En effet, c’est comme ça qu’on progresse. Le problème, c’est que la position de Majax est celle qui prévaut dans le milieu scientifique français qui, une fois admis un résultat, le propose comme réponse scientifique définitive. Polac renchérissait : « En France, on nous dit que la fission à froid est impossible. Or, les Japonais sont en train de s’en rapprocher ! ». Nous pouvons ajouter que cet entêtement français ne touche pas seulement les sciences mais à peu près tous les domaines. Ainsi, pour les trains, on nous assure qu’il est impossible de dépasser le 200 km/h sur voie métrique. Là encore, ce sont les Japonais qui ont prouvé, voici une vingtaine d’année, qu’on pouvait aller au-delà et l’on peut penser que ça continuera, d’autant plus que l’essentiel du réseau ferroviaire japonais utilise des voies métriques. On dénonce parfois le formatage de l’université mais il dépasse largement ce cadre et la population instruite n’admet pas de mettre en cause ce qu’elle a appris une bonne fois pour toutes. La théorie scientifique devient dogme.

 

Un autre problème, c’est que l’évolution ne trouve en face d’elle que la création. Pour les tenants de celle-ci, de plus en plus nombreux, il ne fait aucun doute que Dieu a décidé de tout ça. Certes, si Dieu existe, il n’est sûrement pas l’anthropomorphe que nous imaginons mais plus probablement une intelligence supérieure et immatérielle. Néanmoins, il faut l’imaginer décider de la couleur du pelage des animaux, des mélanges possibles, du goût des fruits. Quand on pense aux milliers d’insectes qui existent et aux centaines qu’on ne connaît pas encore, il faudrait se dire qu’il a décidé de tout ça dans son cabinet d’études et qu’il a répandu les espèces au long des millénaires selon son bon plaisir. Inversement, l’évolution a aussi ses limites et elles tiennent essentiellement dans la volonté et la décision. À quel moment un individu, sans langage connu, décide de sortir de l’eau, de transformer ses branchies en poumons puis de se doter de pattes ou d’ailes et d’abandonner ses nageoires ? Pourquoi les autres n’en ont-il pas fait autant ? Une fois transformés de manière à peu près définitive, comment expliquer que les animaux (dont les humains) se soient arrêtés ? Quelle est l’utilité de notre plus petit orteil ? Pourquoi avons-nous encore des dents de sagesse ? Pourquoi les castors n’ont-ils pas inventé la hache qui leur faciliterait pourtant l’existence ? Pourquoi les antilopes n’ont-elles pas développé de défense contre les carnassiers ? Et les zèbres, donc, plutôt que de se limiter aux rayures contre les insectes ? D’une manière générale, pourquoi les herbivores n’ont pas développé des défenses efficaces plutôt que des sabots et des cornes qui leur sont inutiles face aux griffes et aux crocs des carnivores ? Les uns disent que c’est Dieu qui décide ; qui décide donc que ce sont toujours les mêmes qui sont dévorés alors qu’ils ne font de tort à personne et que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Les autres s’émerveillent que la nature soit si bien faite et que les carnivores régulent les populations d’herbivores pourtant moins gênantes. Qui régule les populations de carnivores ? À chaque fois, le raisonnement, la certitude se heurte à la question ultime. Là encore, il convient de ne pas inverser la cause et la conséquence.

 

Néanmoins, il est quasiment certain que la vie a commencé dans l’eau. Les cellules se seraient assemblées au hasard ou selon une volonté établie, et par qui ou quoi ? Devant de telles questions, il ne convient pas de renoncer mais de se faire humble. On ne saurait trop rappeler le mythe de la caverne de Platon où des individus ayant vécu tout le temps au fond d’un grotte, les yeux rivés sur la paroi, sont persuadés que les ombres projetées par la lumière extérieure sont bien la réalité et pas ce qu’ils voient lorsqu’on les fait sortir à la fin. Son maître, Socrate, reconnaissait après une vie de recherches et de questionnements qu’on ne sait finalement pas grand-chose avec certitude.

 

 

 

 

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14 février 2019

Alstom - Siemens et les paradoxes

La fusion ratée d’Alstom avec Siemens suscite un certain nombre de commentaires et de réflexions paradoxaux. Une fois n’est pas coutume, nous rejoignons, alors que l’essentiel de cet article était écrit, ceux de l’économiste Dominique Seux amené à commenter le sujet

https://www.franceinter.fr/emissions/le-mot-de-la-semaine/le-mot-de-la-semaine-09-fevrier-2019

Il se trouve que nous le rejoignons à la fois dans l’analyse de la situation et des paradoxes qu’elle suscite. En effet, d’un côté, nous avons toujours émis les plus grandes réserves sur cette soi-disant fusion que M. Seux, lui-même, présente comme une absorption en rappelant les précédents de Technip, d’Alcatel, de Lafarge où, à chaque fois, selon ses mots, il y en avait un qui était « plus égal que l’autre ». Dans le cas qui nous intéresse, c’est évidemment Siemens qui possède le capital le plus stable et l’on sait qu’il aurait de fait pris le contrôle d’Alstom, quand bien même le siège se serait trouvé à Saint-Ouen. Toutes les balivernes sur la naissance du numéro 2 mondial et de « l’Airbus du rail » sont des formules nées de la méconnaissance des dossiers de transports par les journalistes, même avec la meilleure volonté du monde. Aucune rédaction (sauf spécialisée bien entendu) ne possède un journaliste vraiment compétent sur ces sujets. Tout au plus y a-t-il une personne attitrée qui s’en charge quand ça se présente. La confusion la plus courante concerne le nom du train et le nom de la ligne qu’il dessert. Il suffit de voir comment on parle du projet Lyon-Turin en utilisant le vocable italien de TAV alors que ce sigle n’est que la traduction italienne de TGV (Tren Alta Velocita). Tout ça pour souligner que même les spécialistes n’en sont pas en matière de transports.

Rappelons d’abord que, actuellement, Alstom est le numéro 2 mondial loin devant Siemens mais bien après la filiale ferroviaire de Bombardier, issue de la fusion entre Bombardier et ADtranz, elle même issue de la fusion entre AEG, ABB et Daimler (à partir de MBB). Contrairement à ce qui est habituellement dit (y compris par Dominique Seux), le pôle ferroviaire de Bombardier n’est pas canadien mais bien allemand et son siège se trouve à Berlin. De son côté, Siemens a constitué son pôle ferroviaire (de moindre taille) sur la base de la branche locomotives de Krauss-Maffei. Ne revenons pas sur la constitution d’Alstom qui a, petit à petit, repris tous ses fournisseurs et concurrents français dont le consortium Francorail-MTE. Jusqu’à la reprise d’ADtranz, Bombardier était le partenaire habituel d’Althom qui construisait ses trains et surtout ses métros sur le continent américain, notamment, et adaptait la technologie française aux besoins des clients américains. L’Acela, construit par Bombardier est un dérivé du TGV qui circule rapidement mais pas à grande vitesse entre Boston et Washington.

TGV-chinois-nouvelle-reference-mondiale

Nous avons expliqué longuement sur ce blog que Siemens ne s’est lancé dans la très grande vitesse qu’à partir du moment où la France avait connu le succès sur ce nouveau segment. Aucune entreprise privée ne se serait risquée à investir autant pour une R&D pour un mode de transport qu’on disait amené à disparaître. Néanmoins, après des erreurs sans gravité, Siemens a fini par dépasser la technologie vieillissante du TGV d’Alsthom malgré quelques améliorations. Il suffit d’aller à la Gare de l’Est à Paris pour voir la différence entre le TGV et le Velaro et comprendre que le dernier est en tout point supérieur. N’empêche, Alstom pèse plus lourd et Siemens avait tout intérêt à mettre la main dessus comme ils l’avaient fait en reprenant la branche « transports » de Matra et de sa technologie du VAL, un métro léger qui s’exporte bien. Renforcé par ces apports français, Siemens devenait le numéro 2 mondial, presque aussi lourd que Bombardier et, en tout cas, atteignant cette fameuse taille mondiale sans laquelle, nous dit-on, on ne peut plus exister dans une économie globalisée. Ce bel euphémisme sert surtout à désigner le nouveau marché en passe d’être dominé par la Chine et quelques géants en cours de constitution parmi les autres membres des BRICS. C’est l’argument mis en avant par les deux constructeurs européens qui voient le chinois CRRC rafler les contrats sur les marchés émergents, soucieux de s’équiper rapidement et à moindre coût pour rattraper leur retard. CRRC en est arrivé là grâce aux nombreux transferts de technologie exigés par la Chine pour s’équiper en trains auprès des constructeurs européens et, surtout, japonais. Ayant économisé le temps et les moyens pour se doter de trains modernes, la Chine a beau jeu de se positionner, à son tour, sur le marché ferroviaire mondial.

 

On en était là lorsque les concurrents ont saisi la Commission à la Concurrence (CC) de l’UE. Les concurrents, allemands et espagnols notamment, voient mal ce géant qui risquait de tailler des croupières à Bombardier et de laisser les miettes aux autres. La CC a donc statué et estimé que, en effet, sur deux segments, les deux constructeurs européens auraient été en position dominante. Évidemment, Alstom est en pointe sur la très grande vitesse et prépare le successeur du TGV, déjà vendu en Italie et bientôt aux É-U. En tout cas, sa prévalence lui confère cette position. Quant à Siemens, c’est sur la signalisation qu’elle excelle. Rappelons que, lorsque l’Espagne a souhaité se doter d’un train à grande vitesse pour l’Exposition Universelle de Séville en 1992, plutôt que de choisir entre Alstom et Siemens, elle a décidé de couper la poire en deux en achetant le TGV français mais amélioré par la signalisation de Siemens.

Cet argument de la CC est insensé. On reproche à une entreprise européenne son avance technologique dans un domaine et l’on prétend la brider pour ne pas porter ombrage aux autres. Certains ont fait remarquer que si la CC avait existé autrefois, Airbus n’aurait jamais pu se constituer car tous les petits et moyens avionneurs l’auraient saisie et empêché que les meilleurs se mettent ensemble. Curieuse conception de la concurrence. Nous pouvons l’observer dans d’autres domaines où, depuis qu’elle sévit, la CC tente (en vain pour le moment) d’empêcher l’apposition d’un signe permettant d’identifier l’origine d’un produit alimentaire, sachant pertinemment que, les produits français, notamment, seraient plébiscités par les consommateurs. Il a fallu la crise de la vache folle pour qu’elle laisse se développer des labels tels que « bœuf français » ou « VPF » ou simplement « origine France ». En revanche, la même mentalité permet d’appeler « chocolat » un produit qui contient autre chose que du cacao, au grand dam des Belges et des Suisses. La Commission Européenne est pétrie de contradictions qui aboutissent toutes à défavoriser les entreprises européennes alors même que ce devrait être son honneur que de les défendre. L’UE est le seul espace au monde qui interdit la moindre mesure protectionniste. L’ALENA, la Chine, le Mercosud, l’Inde, le Brésil ont tous adopté des mesures pour protéger, leurs entreprises et, à travers elles, leurs savoir-faire et la vie de leurs populations. Ça paraît tout simplement naturel. En revanche, l’UE est fière de laisser tout le monde remporter les marchés au détriment de ses entreprises. Donc, la CC met en avant que Siemens et Alstom réunis, grâce à leur avance dans de nombreux domaines, renforceraient leurs positions respectives. Comme on n’en est pas à une absurdité près, la CC fait remarquer que CRRC n’est pas bien placée sur le marché européen et que, par conséquent, il n’y a pas lieu de se renforcer pour éviter sa concurrence.

 

La Commission à la Concurrence est un curieux mélange de nivellement à la française et de thatchérisme. Le nivellement à la française veut qu’il n’y ait pas de premier de la classe. On tire les meilleurs par le maillot pour les empêcher de marquer les but et pour que les autres les rattrapent sans posséder leurs qualités. Le thatchérisme c’est, par exemple, quand il a fallu doter l’armée britannique d’avions-radar et qu’il y avait le choix entre le Nimrod national et l’Awacs de Boeing. Les constructeurs locaux avaient mené une campagne en mettant en avant que les deux appareils se valaient mais que le Nimrod serait construit en GB et fournirait du travail localement. Que croyez-vous qu’il arriva ? Thatcher a choisi l’Awacs. Désormais, l’UE a adopté les standards thatchériens et l’on en voit les résultats. C’est d’ailleurs ce qui avait prévalu lorsque la précédente CC s’était émue de la taille d’Alstom et avait exigé qu’un segment de sa production soit cédé à son concurrent le plus direct, à savoir Siemens. Le segment en question n’était ni plus ni moins que le TGV. Au nom de la concurrence libre et non faussée », il fallait que le plus fort (dans un domaine seulement) cède son atout majeur à son concurrent direct pour lui permettre de le battre. En l’occurrence, le but était aussi d’affaiblir le modèle français qui accorde une fonction coordinatrice à l’État. Le TGV n’a pu être réalisé que parce qu’il y avait la supériorité de la technologie ferroviaire française mais aussi le réseau et l’excellence de la SNCF de l’époque. La Grande-Bretagne, par exemple, n’a jamais pu construire un train tant soit peu rapide et confortable alors que le rail est né sur son territoire. En revanche, l’Allemagne a emboîté le pas sitôt assurée que le TGV est un succès commercial. En fait, le dogme de la concurrence libre et non faussée semble avoir pour objectif principal de forcer les entreprises à aligner leurs salaires sur ceux des Chinois et, maintenant, des Éthiopiens et, pour cela, faire sauter toutes les lois de protection sociale quand il y en a. Alors que le monde entier envie les standards européens et français en particulier, l’UE cherche, au contraire, à faire adopter ceux en vigueur dans les pays au moins-disant social.

zéfiro

Toujours aussi visionnaire, la CC ne prévoit pas l’arrivée de CRRC sur le marché européen et justifie donc sa décision. On peut raisonnablement penser que des pays comme la Bulgarie ou la Lituanie n’auront aucun scrupule à traiter avec les Chinois pour s’équiper à peu de frais, sans compter les marchés à la marge qui ont aussi de gros besoins d’équipements ferroviaires comme la Serbie, le Monténégro, la Macédoine du nord, l’Ukraine, la Géorgie, l’Arménie et même la Turquie qui, pour le moment se fournit chez des constructeurs européens de taille moyenne comme le basque CAF. Si un dérivé chinois du Zefiro ou autre permet de traverser l’Anatolie en un temps record, nul doute qu’elle remisera ses autorails flambant neufs de CAF sur des lignes secondaires. Rappelons que la Chine et la Turquie entretiennent les meilleures relations.

https://www.lejdd.fr/International/Asie/le-tgv-chinois-nouvelle-reference-mondiale-3736136

 

Dans Marianne, on écrit :

« la décision témoigne d'un dévoiement selon Bruno Le Maire : "Le rôle de la Commission européenne, le rôle des institutions européennes, c'est de défendre les intérêts économiques et industriels européens. Là, la décision de la Commission va servir les intérêts économiques et industriels de la Chine." En guise de rappel à l'ordre, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a renvoyé mardi au dogme libéral européen. "Nous ne ferons jamais de politique ou de favoritisme quand il s’agit d’assurer des règles du jeu équitables", a déclaré l'ancien Premier ministre du Luxembourg. »

C’est, à peu près, ce que nous écrivions plus haut : au nom du dogme, on préfère sacrifier les entreprises européennes, leur savoir-faire, leurs employés, plutôt que de les protéger. On a vu que la concurrence n’aboutit pas à faire baisser les prix mais à affaiblir les meilleurs et imposer un monopole de fait. Les réactions à l’échec de cette soi-disant fusion vont plutôt dans le sens de la satisfaction. Les salariés des deux entreprises voyaient d’un très mauvais œil leur technologie dissoute dans un ensemble anonyme. Néanmoins, puisque tout est paradoxal dans cette affaire, on peut regretter que l’UE choisisse sciemment de renoncer à constituer une puissance économique après avoir renoncé à peser sur les terrains diplomatique et militaire.

 

Quel avenir pour les deux géants européens, à présent ? Nul ne peut le prédire. On parle d’un rapprochement entre les deux allemands, Bombardier et Siemens. Que dira la CC ? Bombardier est déjà, de loin, le numéro 1 mondial. Son Zefiro est le train le plus rapide du monde (copié mais inégalé par CRRC contrainte de réduire sa vitesse après un accident mortel). Pour le coup, il y aurait une position dominante certaine et les concurrents pourraient s’en émouvoir. Alstom mais aussi Kawasaki et Hitachi seraient condamnés à courir les marchés en sachant, à l’avance, qu’ils seront éliminés. Les conséquences pour l’emploi seraient calamiteuses. Autre possibilité, Alstom se tournerait à nouveau vers Bombardier, son ancien sous-traitant mais en inversant les rôles. C’est peu probable.

Le statu quo serait sans doute la meilleure solution, ce qui n’exclut en rien les alliances de circonstances. De toute façon, la spécificité de la construction ferroviaire est telle que, déjà, les usines des uns construisent parfois le matériel pour leurs concurrents afin de pouvoir produire sur place ou dans une unité qui possède les infrastructures nécessaires. Évidemment, Alstom reste le numéro 2 mondial et a son carnet de commandes bien rempli.

 

 

 

https://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/siemens-alstom-la-fusion-des-activites-ferroviaires-nouveau-numero-2-mondial_1947228.html

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/services/transport-logistique/apres-le-veto-de-bruxelles-alstom-enterre-le-projet-de-fusion-806513.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20190207

https://www.marianne.net/economie/rejet-de-la-fusion-alstom-siemens-bruno-le-maire-impuissant-face-la-commission-europeenne?fbclid=IwAR2L_Rj0vZAAxIcsGpUK1k2HXZlEXaMb8Xqin3pn6zokb1_oupHA-04J6_g

 

 

 

http://michatrain.blogspot.com/2015/12/milano.html

 

11 février 2019

L'Iran et l'Histoire

Je dis souvent que, quand on a vécu plus d’un demi siècle, on a forcément vécu des événements historiques, plus ou moins importants ou, du moins, été témoin.

Je le disais déjà vingt ans auparavant en constatant que nombre de ces événements sont transformés ou, parfois, inversés par les narrateurs du présent qui, souvent documents à l’appui, se répandent en considérations étonnantes. C’est, d’ailleurs, ce qui a principalement motivé l’ouverture de ce blog destiné à des adolescents de ma connaissance, devenus de jeunes adultes aujourd’hui.

 

Ce matin, il y a 40 ans que l’Iran a basculé. Je ne vais pas refaire France-Inter lundi matin

mais, force est de constater que les lundis radiophoniques sont souvent surréalistes : infos qui datent ou début d’une série de reportages dont on se demande pourquoi ils sortent à ce moment-là.

Lundi 11 février 2019, sur Inter, la titulaire du grand journal de 8 heures était en vacances et c’est une autre qui ouvre l’édition matinale par ses mots : « Une révolution que personne n’avait vu venir ». S’en suit un développement sur la situation de l’Iran aujourd’hui.

Comment peut-on dire ça ? Le monde entier a suivi la fin du chah, hésitant entre répression accrue et démagogie et son lâchage par les É-U qui l’avaient mis en place. Surtout, les Français étaient aux premières loges puisque son principal opposant, l’ayatollah Khomeini dirigeait les opérations de déstabilisation depuis son exil en région parisienne. Donc, tout le monde, et surtout les Français, avaient vu venir ce qu’on appelle la « révolution » iranienne. C’est comme ça qu’on écrit l’Histoire. La journaliste n’a sûrement pas inventé ni même interprété des événements qu’elle n’a pas vécus. Elle s’est documentée d’une manière ou d’une autre, a peut-être recopié un dossier publié par un confrère. En d’autres termes, la source elle-même n’est pas bonne mais elle existe et servira encore pour d’autres sujets à venir. Elle servira aussi pour les historiens qui s’appuieront dessus en découvrant les commentaires et analyses autour du 40e anniversaire, alors que l’embargo a été rétabli par le sinistre pitre qui préside la superpuissance mondiale. « Une révolution que personne n’avait vu venir »

 

Ispahan - mosquée du Cheikh Lotfallah, ou Masjid-i Sadr - 1616

Autrefois, au début du siècle dernier notamment, les journaux ne se préoccupaient pas de véracité, de rendre compte des faits. Ils cherchaient surtout à émouvoir le public pour gagner le plus de lecteurs possible. À côté des faits divers glauques, on embellissait l’aventure coloniale ou l’on calomniait des hommes politiques. Peu importait que ce soit vrai ou faux et l’on achetait les journaux où l’on trouvait ce qu’on avait envie de lire. Aujourd’hui, quand les informations sont fausses ou approximatives, ce n’est pas l’effet d’une volonté de tromper pour gagner des lecteurs mais l’ignorance de ceux qui propagent les informations et autres analyses et commentaires.

C’est d’autant plus condamnable qu’on dispose de documents en tout genre comme aucune époque n’en a connu. Pourtant, pour l’Iran comme pour d’autres pays ou d’autres sujets, tout fonctionne comme s’il y avait un seul document que tout le monde reprend et transforme plus ou moins à sa sauce. Ensuite, on entretien des clichés, des préjugés d’autant plus difficiles à combattre (contrairement aux calomnies ou aux allégations) que c’est corroboré par diverses plumes. Le nombre, les moyens mobilisés accréditent les informations erronées : autant de monde qui disent la même chose ne peuvent pas se tromper. Nous avons dénoncé à plusieurs reprises, l’usage des dossiers de presse qui servent normalement à présenter une œuvre, un sujet, en apportant des informations sur la recherche, les sources, l’inspiration, les collaborations. Ces dernières décennies, c’est devenu l’alpha et l’oméga de l’information, surtout en matière culturelle. On y trouve les intentions qui vont introduire la présentation par les commentateurs et, à partir de là, ce qu’il convient d’en penser. Nous avons aussi, plusieurs fois, montré comment, quand il s’agit de dézinguer un auteur, on va extraire quatre lignes sorties de leur contexte, et les monter en épingle. Ça s’appelle aussi, je crois, la pensée unique.

 

Nous avons également écrit souvent que, quand on voit comment sont rapportés les faits actuels, avec les moyens dont on dispose, et qu’on constate un tel fossé entre les faits qu’on a pu voir et la façon dont ils sont relatés, parfois en direct, on peut émettre les plus grandes réserves au sujet de faits d’Histoire qui sont très anciens. Nous y reviendrons bientôt. On peut, même si l’on est respectueux de l’autorité des experts, même si l’on reconnaît avec humilité ses lacunes, se poser des questions quand des historiens, documents à l’appui, décrivent la robe que portait Cléopâtre quand elle a reçu Jules César, le parfum qu’elle portait, le menu du repas. Se pose aussi le problème de l’interprétation anachronique. Nous avons déjà évoqué la relation de la guerre des Gaules, du même Jules César, surtout destinée à se couvrir de gloire devant les sénateurs et certainement pas pour attester avec précision du théâtre des opérations et du déroulement des batailles. On commente souvent le tableau de David représentant le couronnement de Napoléon. La plupart des gens imaginent que la peinture représentait la réalité avant l’invention de la photographie. On oublie juste que c’est avant tout un art majeur et que toute latitude est offerte au peintre pour interpréter. David a, bien entendu, reconstitué la cérémonie. On n’imagine pas qu’il ait demandé à l’empereur (et à ses invités éventuellement) de garder la pose pendant des heures, le temps qu’il exécute le tableau ou même l’esquisse. Ce que David a réalisé, parce qu’il était un artiste, est la règle courante.

 

Cette discrépance entre ce qu’on a vu et la relation effectuée par les reporteurs est un des points les plus importants dénoncés par le mouvement des gilets-jaunes. Ils reprochent violemment aux journalistes de ne pas rendre compte comme il faut de la réalité qu’ils vivent au quotidien et même du déroulement de leurs manifestations. Le problème n’est pas anecdotique et ne se limite pas à l’Iran lointain.

 

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10 février 2019

Considérations autour de la bagnole et autres sujets (2e réponse à Jérémy)

Décidément, il est dit que je ne pourrai pas publier cette réponse à Jérémy.

 Hier, j’avais rédigé une longue réponse à cette nouvelle explication, argumentée comme je les aime et, au moment de fermer le document LibreOffice, j’ai cliqué malencontreusement sur le mauvais choix et tout a été effacé. Des fois, y en a marre, mais vraiment marre des logiciels libres qui sont des copies des autres avec qq fonctionnalités en plus ou en moins et qq contraires qui vont à l’encontre de la logique. Ainsi sur LibreOffice, au moment de fermer un document, si l’on utilise le clavier ça vous « annule » alors que la logique voudrait que ça propose de sauvegarder, quitte à renoncer mais pour la sécurité, ça serait mieux.

 

Donc, j’essaie de reprendre mais voilà qu'au moment de publier un nouveau commentaire à la suite, rien ne se passe. Donc, nouvel article sur les mêmes thème et, comme ça fait vraiment trop d'heures que j'y passe, je ne cherche pas d'illustration.

 

Il est en effet lamentable que les constructeurs français aient renoncé à proposer un véhicule de liaison léger pour remplacer ses increvables Jeep. Increvables car fabriquées sous licence par Hotchkiss, elles changeaient de conducteurs très souvent, évoluaient en milieu hostile (elles sont faites pour ça), et résistaient à l’usure du temps, aux accidents etc. Je garde en mémoire cette possibilité de faire basculer le phare vers le moteur pour l’éclairer et réparer de nuit… Ingénieux ! Et tout était comme ça. Aucun autre véhicule ne peut en dire autant mais, en contre-partie, propose un confort et des options intéressantes.

 

Dommage qu’aucun constructeur français n’ait voulu prendre le risque de fabriquer un 4x4 en craignant qu’il ne serve que pour l’armée. Dès le milieu des années 1980, on pouvait voir des 4x4 Mercedes et Toyota et comprendre que ce serait le début d’une tendance lourde. Les affreux Toyota ont permis à la petite armée tchadienne de battre l’armée libyenne, prouvant l’utilité de ces véhicules. D’ailleurs, si Peugeot a pu utiliser la base du 4x4 Mercedes, c’est bien parce que la firme allemande était sur le point de sortir un successeur.

À quelque chose, malheur et bon puisque ce contretemps dans ma réponse à Jérémy me permet de glisser ce lien : https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/apres-une-annee-2017-traumatisante-arquus-a-su-se-remettre-en-selle-en-2018-806612.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20190208

qui figurait déjà dans la réponse perdue et, pas plus tard que ce matin, je découvre cette explication sur une page Facebook que je suis :

 

« 1981 Peugeot P4 pick-up

En 1977, Peugeot et Mercedes-Benz signent un accord de coopération pour répondre à un appel d'offres de l'Armée française. Face à eux, Citroën propose le C44 (un VW Iltis rebadgé) et Saviem, le TRM500 (un Fiat Campagnola remaquillé).
Peugeot conserve le chassis et de la carrosserie du Classe G, mais le remotorise. La production démarre en 1981 chez le sous-traitant FAM et histoire de rentabiliser la bête, des dérivés civils sont également développés.

Cependant, tout récemment, un reportage réalisé par lesvoiture.com (lien en pied) dans les réserves de Peugeot à Terre-Blanche a permis de mettre en lumière un curieux dérivé pick-up dénommé “Piste” avec des stickers latéraux "USA" et "INTERNE".

Image : © Frédéric Lagadec / Les Voitures
Leur reportage > https://lesvoitures.fr/reserves-peugeot-story/

Car Design Archives - Lien en relation :
• 1979 Mercedes-Benz Classe G - W460 / Steyr-Daimler-Puch Geländewagen > http://bit.ly/CDA614  »

 

Ce qu’il faut retenir de l’histoire, c’est que les constructeurs français ont raté le coche du 4x4 et durablement puisque les modèles qui sortent sous une marque française sont des dérivés de modèles japonais.

Concernant la Clio vue en Argentine, à la charnière des deux siècles, en effet, elle me faisait penser à l’horrible Renault 7 construite par FASA sur une base de R 5 mais avec une malle arrière. Je m’en suis procuré une miniature en souvenir…

 

Toujours en Espagne, dans les années 1980, on pouvait voir une Jeep, une vraie, avec sa calandre caractéristique, fabriquée sous licence par Ebro, petit constructeur racheté par Nissan pour contourner l’embargo européen sur les voitures japonaises. Ces Jeep étaient très populaires car elles permettaient de rouler facilement sur les routes menant aux villages qui n’étaient généralement pas goudronnées. Le réseau national était correct mais dès qu’on en sortait pour accéder aux villages, on retrouvait les clichés de la ruralité espagnole. Or, en Espagne, chacun est lié à un village où il retourne fréquemment ; d’où l’intérêt de posséder un 4x4 rustique. Également, en Espagne, les routes de grande communication évitent les villages et l’on peut effectuer des centaines de kilomètres sans voir une maison autrement que de loin. Les Jeep en question sortaient sous les deux marques du groupe, à savoir Avia et Ebro. Nissan était surtout intéressé par les utilitaires du constructeur ibérique et, encore aujourd’hui, nombre d’utilitaires Nissan sont des dérivés des Ebro d’autrefois.

Nous faisons le même constat sur DS mais tu enfonces le clou en rappelant que les deux lettres ne sont plus connues que des nostalgiques et des collectionneurs. Il ne suffit pas d’exhumer un vieux label et d’allonger un peu les phares pour en faire une gamme premium. Une petite voiture, même avec des options de confort reste une petite bagnole. C’est d’autant plus étonnant que PSA fabrique des modèles haut-de-gamme qui pourraient sortir sous cette marque premium. Les Mustang qui servent de référence sont bien des déclinaisons du modèles emblématique mais aux normes actuelles.

 

Maintenant, la question est de savoir quel est l’intérêt de s’attarder sur ces histoires de bagnole.

Tout simplement parce que notre civilisation est centrée autour de la voiture. L’automobile est un dérivé du pétrole qui a révolutionné l’économie et la plupart des pays en raison de son abondance et de sa facilité d’utilisation. À part l’Argentine, tous les pays qui ont pris le tournant du pétrole ont conservé un niveau de vie enviable. Pour appuyer l’argumentation, il suffit de se rappeler que la crise que nous subissons depuis fin 1973 est partie du choc pétrolier qui a immobilisé partiellement la circulation automobile (et accessoirement fait prendre conscience de son importance démesurée). Sans entrer dans les détails de l’Histoire, on peut juste souligner que le mouvement des gilets-jaunes est parti du refus de l’augmentation de la taxe sur le gazole. À côté, le prix du fioul domestique, du gaz, de l’électricité, du blé, peut bien augmenter, on n’a que des grognements de réflexe. Quand on touche à la bagnole, c’est la levée de boucliers, la jacquerie, l’émeute, l’insurrection. Certains parlent même de prémices de la guerre civile.

De plus, les errements, les erreurs stratégiques, sont typiques des dysfonctionnements de la France. On veut copier quand on n’est jamais aussi bon que lorsqu’on est original. On veut être original quand on ferait mieux de regarder ce qui marche. On méprise les « géniaux ingénieurs » (comme Boris Vian), les stylistes pour tenter de faire ce que les autres font mieux. Pour rester un peu dans l’automobile, le dessinateur de BD, Jean Graton, auteur de la série culte « Michel Vaillant » , en 1963 dans « Le 13 est au départ » montre des modèles dessinés par des lecteurs de l’hebdomadaire Tintin pour prouver qu’on pourrait faire de belles carrosseries en France aussi. Les grands groupes ne donnent pas leur chance aux jeunes et seuls de petits audacieux comme Venturi osent mais sont condamnés à la marge.

 

Cette hésitation entre l’original, l’exception et la norme ne tient plus à l’heure de la mondialisation libéraliste qui veut imposer à tout prix les mêmes standards au monde entier et, surtout, qu’aucune tête ne dépasse. Ça concerne aussi bien la culture que l’automobile ou l’alimentation : des produits aseptisés, issus de culture OGM contrôlée, et la fin des terroirs. Bien sûr, cette injonction provient d’un pays, les É-U, qui n’ont ni histoire ni terroir et qui adaptent tout à leur goût. Faut-il rappeler ce que sont le baseball et le football dit « américain » ? On le retrouve dans la pizza dont personne là-bas ne soupçonne l’origine italienne.

 

Pourtant, la culture étatsunienne est puissante et influence le reste du monde. C’est sans doute ce supplément émotionnel qui est à l’origine du succès économique du géant américain ou, du moins, le renforce efficacement. La France a perdu sa vocation universelle, noyée dans les normes du traité de Maastricht qui prétend tout niveler sans pour autant proposer un statut du citoyen européen puisque le dogme cardinal de « la concurrence libre et non faussée » instaure la concurrence entre les pays et les peuples. En d’autres termes, on n’a plus ni le beurre ni l’argent du beurre mais le même margarine pour tous.

 

 

Cette frilosité française, ce manque d’ambition, cette envie d’être le premier de la classe libéraliste en jetant aux orties ce qui a fait le succès de la France, en prétendant adopter les standards de la globalisation, se retrouve, en effet, dans la culture. Dans les arts plastiques, on adhère au grand n’importe quoi dénoncé par Franck Lepage. Il n’y aurait rien à dénoncer si ce n’était pas l’argent du contribuable. Dans le cinéma, on reste dans les valeurs sures, c’est à dire ceux qui ont eu du succès autrefois. Le propre du grand acteur, c’est de se faire oublier au profit de son personnage. Quand il y a Depardieu quelque part, on ne voit que Depardieu. Qui peut croire qu’il est un prêtre tourmenté et adepte des privations, récitant du Bernanos, avec son physique de garçon boucher ? Idem pour Edmond Dantès dont on peut supposer que son séjour au Château d’If l’a quelque peu amaigri. Surtout, peut-on croire que les gardes chiourme ne vont pas voir la différence entre le poids de Depardieu/Dantès et celui du squelettique abbé Farias dans le sac ? À une époque récente, un film était assuré du succès s’il annonçait « avec la participation exceptionnelle de Jeanne Moreau ». Succès tout relatif d’ailleurs car les jeunes générations ne voyaient qu’une vieille actrice dans un rôle secondaire et déclamant avec une voix nasillarde et caricaturale. Clavier, interprétant Napoléon à plus de 50 ans, soit l’âge où il est mort. On assiste depuis un quart de siècle à une valse des nouveaux talents. Je pense toujours à Élodie Bouchez qu’on voyait partout dans les années 1990 et qui n’a fait qu’une modeste réapparition à l’automne dernier. Et combien d’autres ? Et les acteurs de Rhomer, tombés dans l’oubli. On amplifie le talent des Dewaere ou Pascale Ogier. Les cimetières sont plein de gens irremplaçables.

 

Le cinema français se veut original et de qualité. Le problème, c’est que, à l’instar des Spartiates, on confond l’ennui et l’intelligence. Les films encensés par Télérama sont au mieux ennuyeux. Quand ils veulent faire populaire, c’est l’humour à la Jean-Michel Ribes qui ne fait rire que ceux qui jouent. Ne parlons pas des films Inter qui semblent vouloir écumer le pire de l’humanité : guerres, inceste, torture, mutilations, transformations, manipulations, vengeances, émigration. Pour obtenir le label Inter, il faut aussi que ça ne parle pas français et que ce soit à peine sous-titré. De toute façon, même avec les sous-titres, on ne comprend pas mieux. On se demande où ils vont s’arrêter, quelle sera la prochaine bassesse humaine filmée et d’où elle viendra. Je suggère d’explorer le cinéma kirghize.

En dehors de ce cinéma confidentiel, on espère afficher Depardieu, Deneuve, Lhermite, Clavier, Cassel, Marceau plutôt que leurs successeurs. Ensuite, quand un film français a du succès commercial, il attire forcément les foudres de la critique. « Taxi » qui encourage l’accidentologie. « Intouchables » qui ose montrer un Noir qui s’en sort et qui se lie d’amitié avec son ennemi de classe et de race. « Amélie Poulain » qui se passe dans un quartier en bordure de Barbès et de Château-Rouge et qui ne montre aucun Arabe et aucun Africain. Il se trouve que je connais TRÈS bien ces quartiers parisiens. À côté ne signifie pas qu’on se mélange. Déjà entre Arabes et Africains, il n’y a pas trop de liens, bien que proches, alors à plus forte raison dans le prolongement de la très touristique Butte Montmartre. De toute évidence, les critiques qui ont pointé ces absences ne fréquentent pas beaucoup ces quartiers. Sans doute, malgré leurs affirmations de façade, n’y vont-ils jamais par peur. Ne parlons même pas de « Bienvenue chez les Chtis ». Avec des critiques pareils, on ne peut avoir que ce cinéma-là qui a néanmoins le mérite d’exister.

Je préfère ne pas aborder ce qui tient lieu de littérature et qui est un prétexte à une étalage détaillé d’histoires de frocs en tout genre (relations, anatomie, maladies, tabous etc.) autour desquelles on tâche de trouver une suite d’événements invraisemblables, un style (mais à l’image de Djian, il suffit de proclamer dans le dossier de presse qu’on n’utilise pas le point-virgule), des personnages, encore qu’un seul qui regarde sous sa ceinture suffit à occuper des dizaines de pages. Il n’y pas de limite à l’obscénité quand elle prétend tutoyer l’art.

Finalement, le célèbre « Masque & la Plume » nous donne bien la tendance culturelle d’aujourd’hui en matière de cinéma et de littérature. Des critiques prétentieux, revendiquant haut et fort leur inculture au nom du rejet des modèles d’autrefois à la manière d’un Arnaud Viviant se moquant de son confrère qui évoquait un grand reporter américain mondialement connu, sauf de lui. Plus loin dans le temps, Michel Crépu (directeur de la nrf) provoquant l’hilarité et tourné en ridicule durant plusieurs minutes pour avoir fait référence aux conversations entre Malraux et Nehru. En fait, la culture d’aujourd’hui se résume à cette formule : ce que tu sais et que je ne sais pas n’est pas digne d’intérêt. Rappelons juste qu’il y a longtemps que la dissertation de culture générale n’est plus au baccalauréat et que, de toute façon, elle n’était plus choisie depuis longtemps par les candidats. Il faut avoir ça en tête quand on parle de la culture.

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09 février 2019

Victoires pour rien !

Extraordinaire pays ! La cérémonie censée honorer la chanson française, Les Victoires de la musique, vient de récompenser la seule chanteuse en lice qui ne chante pas en français. Son tube du moment est en anglais…

Aucun autre pays ne fait ça. Ailleurs, quand on organise une festivité de dimension nationale (et pas internationale donc), on promeut les artistes locaux. Imagine-t-on, dans le même ordre d’idée, une fest-noz, proposant du cor des Alpes ou des polyphonies corses ?

 

EDITH-PIAF

Il y a une trentaine d’années, des amis espagnols me disaient leur déception après s’être rendus au Centre culturel français de leur région pour assister à un spectacle de chanson française. Cette année-là, on avait programmé des groupes de raï. Bien sûr, les amis étaient impatients de découvrir le nouveau Brel ou Brassens ou Piaf ou même Hardy et ils avaient devant eux des jeunes qui chantaient en arabe. Bien sûr, ils n’étaient pas contre et trouvaient que le groupe n’était pas mal mais ce n’est pas ce qu’ils recherchaient sous le vocable de « chanson française ». Il n’y a qu’en France que la politique culturelle promeut des expressions étrangères. Ailleurs, on est bien conscient que, sans un coup de pouce, les artistes locaux ont peu de chance de se faire connaître face à la surpuissance et à la domination du monde anglo-américain. On ne s’étonnera pas que les représentations françaises à l’étranger ne soient plus aussi fréquentées quand les autorités découragent les meilleures volontés francophiles. On ne s’étonnera pas non plus que les jeunes qui ont la possibilité d’étudier se détournent de la France, surtout quand elle multiplie les obstacles pour les jeunes francophiles, impatients de découvrir ce pays qui les fait rêver avant de s’en retourner essayer d’adapter le modèle français chez eux. Restons dans le domaine économique pour y trouver une des explications aux difficultés qu’ont les Français à exporter. Il est bien évident que si, à l’étranger, il n’y a pas d’interlocuteur francophone ou francophile, la partie est perdue d’avance face à l’agressivité des commerciaux anglophones.

 

La France vient encore de tirer contre son camp en favorisant l’élection, à la tête de l’OIF (la Francophonie), de l’ancienne ministre rwandaise, connue pour son hostilité à la France et dont le Président vient d’adhérer au Commonwealth et de décréter l’anglais comme langue officielle de son pays. Tout est lié. L’erreur des économistes français formatés est de penser que la culture, la langue, sont des accessoires secondaires et que seules les lois du commerce comptent. À part les besoins indispensables (et encore), l’achat est avant tout émotionnel et, dans l’émotion, la langue et la culture occupent la plus grande place.

Francophonie et conscience

Revenons à la chanson puisque Victoires il y a. Peu avant, je suis allé voir le film « Mélancolie ouvrière » de Gérard Mordillat, en sa présence. Des questions dans le public tournaient autour de la place des chansons dans ce film et, personnellement, j’y ai trouvé une ressemblance – qui a eu l’heur de lui plaire – avec le film « Riz amer ». Dans ce film de Giuseppe De Santis de 1949, les ouvrières des rizières italiennes chantent leur travail en train de s’effectuer ainsi que leurs revendications.

Tout chose comparable, on se souvient que, dans les années 1960 et 1970, il y avait en France et un partout dans le monde, des chanteurs qu’on disait « engagés », qui chantaient des chansons dites « à texte » dans lesquels on dénonçait une situation d’injustice et où l’on proposait, parfois, une voie à suivre pour y remédier. Pascale Clark préférait le terme anglais de « protest songs ». Ces chansons prônaient, au moins, l’indignation pour reprendre l’expression devenue célèbre de Stéphane Hessel. Or, depuis plus de trente ans, ce créneau est vide. Les chanteurs engagés de ces années-là sont soit morts soit âgés. Surtout, ils ne sont plus invités sur les plateaux de télévision. Avec deux ou trois chaînes, il y avait quand même deux ou trois émissions de variétés par semaine et une tous les jours à midi et demi. Il n’était pas rare que ces chanteurs s’y produisent. Leur public fustigeait volontiers les variétoches d’un système qu’ils abhorraient mais force est de constater que les producteurs de l’époque invitaient également (pas aussi souvent qu’on l’aurait voulu bien sûr), ces chanteurs pas commerciaux du tout mais qui drainaient un public fidèle. De nos jours, il n’y a rien. « Il n’y plus rien ! Il n’y a plus, plus rien ! » comme chantait le grand Léo.

 

Pire, on qualifie de « chanteurs engagés » quelques chanteurs sans voix, qui s’égosillent parfois, qui évoluent dans la mièvrerie mais qu’on retrouve, de temps en temps dans les fêtes d’associations régionales ou en soutien à une cause quelconque, souvent parce qu’ils sont les fils d’un couple de militants locaux. Rien de bien méchant : que des portes ouvertes enfoncées mais surtout rien qui ne fasse réfléchir et encore moins menacer le système. On n’est même plus au niveau du sketch des Inconnus des années 1990 où ils se moquaient d’un chanteur prétendument engagé, qui osait dénoncer, prendre le risque de dire quelque chose de très fort : « Ce qui me révolte le plus, c’est l’injustice dans le monde ! ».

https://www.youtube.com/watch?v=0HXLPY6hwSc

Dans les manifestations d’aujourd’hui, on ne chante plus pour accompagner les luttes. On serait bien en peine, d’ailleurs, de trouver une chanson. La sono passe les vieux succès d’autrefois comme les « Foulards rouges » de Michel Fugain (ki cé çuilà?) avec, quand même « On lâche rien » d’HK. Pas de quoi faire trembler le système.

https://www.youtube.com/watch?v=stpu0ilP0hg

 

Alors, dans ces Victoires où l’on attend, comme les amis espagnols, la Piaf ou le Brel d’aujourd’hui, on récompense une chanteuse (dont le talent n’est pas en cause) qui s’exprime en anglais et on lui déroule le tapis rouge. Quant aux autres, il y a peu de chance qu’un ou plusieurs réalisateurs leur consacrent un film, un jour, ni même un livre ou simplement un recueil de leurs textes.

 

 

 

L’an dernier, c’était un autre pastis mais c’était déjà une chanteuse qui chante en anglais quand on entend ce qu’elle dit.

Victoires, pleurnicheries, pensée unique.

 

On relira : Serge Utgé-Royo la voix de la conscience

 

extraits de la chanson de Léo Ferré « À une chanteuse morte » :

« T’avais un nom d’oiseau et tu chantais comme cent
Comme cent dix mille oiseaux qu’auraient la gorge en sang (…)

Les auteurs de la merde, il faut que ça mange aussi
Toi, tu t’es débrouillée pour passer au travers (…)

On t’a pas remplacée, bien qu’on ait mis l’ paquet
Le pognon et ton ombre, ils peuvent pas s’expliquer (…) »

https://www.youtube.com/watch?v=0HVwIgEPYXQ

 

 photo :

https://www.welt.de/kultur/literarischewelt/article114955179/Sie-sang-sich-aus-dem-Puff-in-Frankreichs-Herz.html

 


08 février 2019

Considérations autour de la bagnole (réponse à Jérémy)

Toujours impressionné par ton expertise sur le marché automobile mondial. Qq remarques :

D’abord, qu’aucun constructeur français ne réponde au cahier des charges de l’armée françaises est tout simplement insensé mais tout à fait symbolique de la manière dont la France considère l’ultralibéralisme. L’État est marginalisé et le privé fait ce qu’il veut pour obtenir le max de profits. Sauf que, ton analyse montre bien que ça ne marche pas ou pas autant que ça devrait

En Chine (ou en France au temps du plan), on lancerait un appel d’offre avec un cahier des charges précis et un constructeur se mettrait au travail. Sans doute même l’État obligerait un constructeur (Renault + facilement) à faire le véhicule dont on a besoin. Tandis que là, l’armée doit s’adapter à ce qu’il y a sur le marché et faire avec et les constructeurs fabriquent qq chose dont personne ne veut. Mais surtout pas d’intervention ou de directive de l’État !

Lors de mes séjours en Amérique latine, je n’ai pas trop vu de voitures françaises sauf des Renault en Argentine et même une Clio en 3 volumes plébiscitée par les taxis alors que ça n’existait pas ici. En revanche, Chevrolet (Opel en fait), Fiat et les japonaises pullulent. Les camions sont Volvo et Scania ainsi que VW (eh oui), Man et les énormes machines étatsuniennes. Cela dit dans l’hémisphère sud, les clients préfèrent les standards européens.

En Afrique et au Proche-Orient, Peugeot régnait en maître à tel point que leur pub était : « Peugeot, la voiture de l’Afrique ». Et puis, une année, qn de très intelligent chez Peugeot s’est avisé que la robustesse proverbiale des Peugeot ne favorisait pas le renouvellement. Par conséquent, ils ont construit des modèles moins robustes pour obliger les clients à en changer. C’est ce qu’ils ont fait mais pour du japonais, moins solide mais + agréable et surtout bien moins cher.

Peugeot n’a pas arrêté de faire des erreurs de stratégie depuis des décennies. L’État ne pouvait évidemment pas intervenir (puisque détenant Renault) mais a multiplié les aides indirectes dont le prix du gazole minoré pour favoriser l’invendable moteur diesel, normalement réservé aux professionnels. On en voit les conséquences jusqu’à ces jours-ci… Alors oui, des voitures anguleuses, des caisses à savon, des refus d’alliance, l’obstination à garder le caractère familial et à se moquer de tout ce qui se faisait ailleurs. Finalement, il a fallu que le partenaire chinois censé écouler les moches Peugeot là-bas ne prenne le dessus, que l’État procède à une nationalisation déguisée avec Louis Gallois à la manœuvre et Carlos Tavarès en maître d’œuvre pour sauver le soldat Peugeot. Surtout, il a fallu convaincre la famille de se retirer et d’aller profiter de ses rentes.

 

Je veux faire, depuis longtemps, un article sur la marque DS pour m’étonner de ces modèles dérivés avec qq options onéreuses en série et des phares un peu plus en amande mais loin d’une vraie gamme Premium. À côté, des modèles haut de gamme signés Peugeot alors même qu’ils devraient sortir avec le logo DS puisque c’est sa raison d’être… Je ne sache pas que DS soit un succès.

À ces remarques, il faut qq nuances. Parmi celles-ci, les marques proposent toujours des modèles à l’export mieux finis et plus fiables. L’exemple typique est Fiat, détestée par les Italiens qui, pourtant la plébiscitent par patriotisme et parce que bon marché à l’intérieur mais ils manquent de mots pour exprimer leur colère contre ces cochonneries de Fiat. Idem avec les utilitaires Renault, pas très bons ici mais très appréciés en Amérique du sud, par exemple, qu’ils sortent avec le losange ou avec GM.

 

Maintenant, la clientèle est très marquée culturellement. Aux É-U (et donc au Canada), on va plébisciter de l’anglo-saxon dans le cas très rare où l’on n’achète pas du local. Les voitures japonaises se vendent bien en raison de leur prix et sans doute parce qu’on considère, là-bas, le Japon comme une extension des É-U avec, peut-être, une vague culpabilité pour l’usage de la bombe. Pareil pour Alcatel, Péchiney et autres qui ont soi-disant fusionné ou pris le contrôle d’un fabricant étatsunien : à partir du moment où ce n’est plus à eux, ils n’en veulent plus. Qu’on se rappelle le rachat d’American Motors par Renault. Même rebaptisé American Renault, puisque ce n’était plus étatsunien, ils n’en voulait pas. Sans doute l’habitude fait que les camions Mack se vendent bien (même quand ce ne sont que des dérivés des camions français) mais pour les voitures, soumises à l’émotionnel, pas question d’acheter français. Sans doute aussi, le fait que Mack soit tombé dans l’escarcelle de Volvo y contribue.

Ils font une exception pour l’alimentation mais encore, ça ne touche que les gens cultivés. Les autres regardent avec méfiance ces produits français (ou italiens) qui ne sont pas aseptisés. Pour les biens d’équipement, ça ne leur vient même pas à l’idée d’acheter ailleurs quand bien même ils trouveraient des produits étrangers sur le marché.

 

simca brasil

Enfin, tu évoques Simca. J’avoue éprouver qq nostalgie pour ce petit constructeur qui a produit des modèles dont on parle encore : Aronde, Ariane (Chambord, Versailles, Beaulieu etc.) et, + tard, la formidable 1100 produite aux normes de Chrysler. Là encore, erreur monumentale de Peugeot qui rachète Simca et investit dans une campagne publicitaire ruineuse à l’échelle européenne pour relancer Talbot, que plus personne ne connaissait, sans proposer de nouvelle gamme, de nouveau modèle et en changeant juste le logo (et quel affreux logo !)… On connaît la suite. Il a fallu l’acharnement des ouvriers en lutte pour garder leur usine de Poissy qui fait figure, aujourd’hui, de fleuron du groupe, au point qu’ils viennent d’ouvrir un musée attenant.

 

Alors, un ambassadeur pour exporter les produits français en général et les automobiles en particulier ? Encore une fois, partout ailleurs, on cultive le patriotisme et l’on achète de préférence les produits locaux. Alors que les Français sont connus pour leur arrogance envers les étrangers, ils passent leur temps à dénigrer tout ce qu’il y a chez eux. On a l’impression, en suivant l’actualité, de vivre dans le pays le plus corrompu, le plus raciste, le plus pollué, le plus mal gouverné, quasiment fasciste. Les grosses fortunes n’achètent pas français pour ne pas aider le gouvernement en place, toujours trop socialiste à leur goût. La classe moyenne supérieure non plus et met en avant ses connaissances pour vanter tout ce qui se produit ailleurs. Même pour la culture, les Français ne sont pas patriotes. Les classes populaires adorent le cinéma et les séries étatsuniennes. D’ailleurs, pour elles, ce n’est ni du cinéma, ni de la télévision, ce sont des histoires animées qu’on regarde sur un écran, qq soit la taille de l’écran. Les classes cultivées se piquent de films en VO, des É-U, du Japon et d’ailleurs ; surtout d’ailleurs. Il est vrai que le cinéma français que se complaît dans les drames intimistes « avec la participation exceptionnelle de... », fait plutôt office de repoussoir. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait une production culturelle susceptible d’intéresser les Asiatiques. À partir du moment où l’élite sociale se détourne des produits français, on voit mal comment le reste et comment l’étranger pourrait adhérer à ce qui est rejeté par la population de son propre pays. Dans « L’Arabe du futur » (tome 4), Riad Sattouf rapporte ce propos de son père syrien : « Quand on n’aime pas son pays, les autres arrivent et te le prennent ».

07 février 2019

Les boyards et après ? réponse de Jérémy

Ce constat opéré, la question qui se pose est : on fait quoi de ce qui nous reste ?

Le schéma gaullien collait à une époque de reconstruction, il s'accordait à ce que l'on dénommait alors la société industrielle, née vers le milieu du XIXème siècle, qui était loin d'être idyllique pour le mineur, le cheminot, l'ouvrier en usine, en chaîne de montage, en atelier, sur les chantiers, pour l'ouvrier et le saisonnier agricole, pour le lignard EDF, l'employé de maintenance de la SNCF. C'est après-guerre que sont nés les grands ensembles dans les périphéries des villes, et c'est au plus fort des Trente glorieuses que ces cités se sont multipliées, surnommées ici "silos à main d’œuvre", là "ghettos de pauvres". Il fallait loger les ouvriers, loin des quartiers bourgeois de préférence. On parlait lutte des classes quand aujourd'hui on parle d'exclusions.

Aujourd'hui, on voit les retombées. Les boulots manuels, peu qualifiés, les métiers de bouche à quoi l'on consacre plus que les huit heures réglementaires, les métiers du bâtiment, alors assurés par les immigrés italiens puis maghrébins, le travail agricole, le ramassage des ordures, la voirie, personne parmi nos jeunes ne veut plus s'y frotter. Ce sont des jobs pis-aller que l'on accepte faute de mieux. Les cueillettes de pommes, de poires, de raisin sont assurés par des ouvriers espagnols et portugais et des routards. Le reste est assuré par des employés de boîtes de sous-traitance sous contrat jetable, parfois venus des confins de l'Europe. Les artisans peinent à recruter. Les cités périphériques sont à l'image des ghettos américains. Coupe-gorge, zones de non-droit, trappes à précarité, nids d'exclusions.
L'apprentissage est devenu la voie de garage des cancres, le travail n'a jamais autant collé à l'étymologie de ce mot, on en a fait une valeur défendue par des gens qui ne travaillent pas, n'ont jamais travaillé. La notion d'emploi a supplanté celle de travail. On ne gagne plus sa vie en travaillant, en-dessous d'un certain seuil de salaire qui permet de se jouer d'une inflation devenue ordinaire depuis la mise en place de l'euro. Le chômage et les exclusions qui en découlent sont désormais un levier de chantage. On est dans le monde binaire que dénonçait Bourdieu en son temps. Les riches, les pauvres, l'apparition dans les années 90 d'un lumpenproletariat, un ascenseur social inexistant, la seule possibilité d'évoluer étant d'hériter d'un quelconque patrimoine ou de devenir possédant par le sortilège du crédit à la conso. Brillant projet de société.

L'Europe et ses laquais nous ont enfoncés, c'est clair. L'ultralibéralisme nous a conduits à une régression sans précédent, c'est évident. Un choix de société avait été fait en 1981 que ses bons apôtres ont trahi deux ans plus tard. Depuis, c'est la débâcle. Depuis, les laquais de l'Europe et de son économie mafieuse, face aux menaces subversives qu'un syndicalisme décrédibilisé par sa compliance aux "réformes" passées ne saurait plus encadrer, ces laquais jouent les autocrates et tout leur est utile à mettre en place des politiques liberticides aux alibis sécuritaires.

Notre industrie, nos demeures, nos terres, nos appartements même sont vendus à la découpe aux multinationales et détenteurs de stock-options. Pour "renforcer l'attractivité de la France" ? Celle-ci ne tient plus que par le tourisme.

Il faut voir aussi quel degré d'incompétence de nos industriels et technocrates ont précipité notre économie dans la régression.

Hier, les voitures de police étaient des Ford (ça n'a pas duré, parallèlement il y avait des bonnes vieilles Renault, Citroën, Peugeot). Aujourd'hui ce sont des Dacia que l'on voit déguisées en voitures de patrouille. L'armée s'équipe de matériels autres que ce que nos industriels n'ont jamais été capables de leur proposer (on se souvient des Jeep Willys motorisées par Renault qui longtemps ont équipé la Gendarmerie en milieu rural, auxquelles ont succédé des Land Rover, type de 4X4 mis sur le marché en... 1948 !). Au command-car Peugeot P4, dérivé du Mercedes type G, en service depuis 1983, succéderont manifestement des Ford Ranger américains - aucun véhicule français existant n'étant en mesure de répondre au cahier des charges des armées.

Tandis que dès les années 60 nous exportions en masse, vers les Etats-Unis, des Dauphines, Peugeot 404 et 504 (certaines de celles-ci ont même été déclinées en taxis) et des DS, nous avons laissé les constructeurs asiatiques inonder un marché américain laissé quasi amorphe par une industrie automobile locale en baisse de qualité, aux productions qui n'étaient plus adaptées aux demandes des nouvelles générations d'automobilistes. Aux Allemands et aux Scandinaves nous avons abandonné le marché des voitures statutaires, aux Japonais et aux Coréens, celui des voitures du citoyen lambda. On chercherait en vain une Renault Mégane, une Peugeot 508, une Citroën DS5 sur les routes américaines. Seuls quelques utilitaires rebadgés Chrysler et motorisés par Fiat (qui s'est gentiment offert la Mopar, à savoir Chrysler, Dodge et Jeep) rappelleent lointainement leur parenté avec nos Renault Master. Quant aux cars, ce sont les Belges de la marque Van Hool qui ont décroché le marché du renouvellement des Greyhound.

Dans les années 80, Renault détenait 40% du capital du constructeur américain de camions et bus Mack. Renault avait tenté de proposer son nouveau fleuron, le FR1, lancé en 1984, motorisé par Mack, au marché américain. Un exemplaire en version américanisée à trois essieux fut testé notamment par la compagnie Pan Am. L'erreur de Renault consista à croire que le passager américain adhèrerait aux code de confort européens en matière de cars longue distance. Le manque de place, d'équipements, le luxe ressenti comme spartiate par ledit passager condamna définitivement le projet de Renault. La firme pensait écouler 250 cars par an sur le marché américain, elle n'en vendit que... 25, qui ne tardèrent pas à traverser l'Atlantique dans l'autre sens. Il aurait suffi d'adapter les équipements existants à une demande qui par ailleurs était satisfaite en termes de motorisation et de fiabilité. On s'en est tenu à ce que l'on proposait, sans plus se poser de questions. A la même époque, Renault tenta de convaincre le client américain avec des R9, R11, R19 renommées Alliance, Encore, Medallion, et une R25 trois-corps nommée Eagle Premier, adaptées aux normes de sécurité locales. On trouvait même une R9 décapotable jamais produite chez nous. En vain. Même constat d'échec pour la Renault 5 proposée sous le nom "Le Car" dix ans auparavant, avec une version "Van" assez fun.

Ce que Renault a raté aux Etats-Unis, Citroën semble l'avoir réussi en Chine. Sans que cela impacte la situation de l'emploi sur notre territoire. Des modèles sont créés à la seule intention du marché chinois, correspondant à leurs codes esthétiques et à un marché haut-de-gamme où Citroën n'a plus réussi à percer en France depuis les années CX (on se souvient du flop de la C6, magnifique voiture arrivée dix ans trop tard). On n'exporte pas plus nos projets technologiques (dont le moteur de recherche sécurisé QWant et le navigateur UR Browser, dérivé de Chromium), sauf lorsqu'ils sont mis en échec par la bureaucratie française (Le Flyboard de Franky Zapata, souvent cité ici).

En gros, on ne sait pas se vendre à l'extérieur quand les Italiens, les Allemands, les Belges, les Anglais y parviennent sans efforts. Pire, avec l'affaire Ghosn et une collection de chefs d’État fantoches traqués par les juges et flanqués d'équipes hétéroclites que l'on voit défiler depuis une génération, nous passons à l'étranger pour une république bananière dont les populations, inaptes à l'accueil du touriste comme du client et incapables de manier d'autre langue que la leur, sont réputées infréquentables.

Auteur : Jeremy Berenger •

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03 février 2019

Les boyards

Depuis quelques années, nous déplorons, sur ce blog, la disparition des grands groupes industriels qui ont permis à la France de garder son statut de puissance moyenne dont la voix compte dans le monde. Ça n’est pas anodin car, aucun autre pays de cette envergure ne prend la parole, dans les instances internationales, pour défendre ce qu’on n’appelle plus le Tiers-monde. Certes, les cartes ont été rebattues et les BRICS mènent des actions concrètes pour soutenir les pays qu’on n’appelle plus « non-alignés » mais qui le sont, de fait, en refusant la tutelle de la superpuissance ou les règles de l’OMC.

 

Or, Marianne nous apprend, dans son n° 1140 du 18 janvier 2019, qu’un livre qui traite du même sujet vient de paraître : « La France vendue à la découpe » de Laurent Izard.

https://www.marianne.net/economie/comment-ils-ont-brade-la-france

 

https://www.marianne.net/economie/la-france-vend-aussi-ses-frontieres

 

https://www.marianne.net/economie/patriotisme-economique-si-suivait-l-autre-modele-allemand

 

On parle de « vente à la découpe » pour dénoncer, non seulement la braderie des fleurons de l’industrie mais aussi la vente de châteaux, d’hôtels particuliers dans Paris et de centaines d’hectares de terre agricole… Quand on sait que l’agriculture et, avant elle, la paysannerie, a joué un rôle fondamental dans la constitution de la puissance de notre vieux pays, on comprend que ce dernier point occupe une place symbolique forte dans cette dénonciation. La France s’apprête à céder, en deçà de leur valeur pour être bien sûr de trouver preneur, ses barrages, ses aéroports internationaux (surveillance des frontières), et pourquoi ses centrales nucléaires, ses musées, ses bases militaires. Il se trouve toujours un commentateur pour affirmer que l’État ne sait pas entretenir les routes ou n’a pas vocation à produire de l’électricité.

 

ivan-le-terrible-boyard

Pour notre part, nous évoquerons plutôt les boyards. Le film d’Eisenstein consacré à Ivan-le-Terrible nous montre comment les nobles russes du 16e siècle traitaient avec les puissances étrangères contre l’unité et l’intérêt de la Russie afin de conserver leurs richesses. Est-ce si différent lorsqu’on voit comment les actionnaires des très grandes entreprises votent leur dépeçage tant que le nouveau propriétaire maintient le cours de l’action et que, pour s’assurer le succès, il le conforte ? N’avons-nous pas, certains Présidents de la République récents qui gouvernent la France comme un conseil d’administration, qui se vantent de vendre le pays sous couvert de « renforcer l’attractivité de la France » ? Le Président Macron a tenu à s’exprimer en anglais pour bien montrer sa soumission et sa prosternation devant le modèle anglo-saxon

https://www.capital.fr/economie-politique/macron-reunit-150-patrons-a-versailles-pour-promouvoir-lattractivite-francaise-1324237

https://www.huffingtonpost.fr/2019/01/20/a-versailles-macron-veut-rassurer-les-grands-patrons-du-monde_a_23646389/

https://www.bastamag.net/Une-campagne-europeenne-pour-mettre-fin-a-l-impunite-des-multinationales?fbclid=IwAR3GI8SqoqrEE_31zvMyCTH-Oy2kiOxLDJmAr1XNfcR8t-dc9sa9uKczp6M

 

Faut-il encore rappeler que, après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, le patronat n’embauchait plus, n’investissait plus, n’achetait plus français ? Quand la droite revancharde (la droite a toujours considéré le pays comme sa chose) est revenue en 1986, sous prétexte de privatiser ou de faire marcher la concurrence (on ne précisait pas encore « libre et non faussée), elle a systématiquement remplacé les équipements des administrations par du matériel étranger. L’armée a acheté des camions Unic-Fiat, la police des Ford. Idem en 1993 avec l’achat de véhicules Ford pour La Poste. Le Gouvernement Chirac voulait privatiser en gardant des « noyaux durs », certes avant tout pour réserver un minimum d’actions pour ses amis politiques. Sans doute gardait-il aussi un vieux fond de gaullisme pour maintenir des entreprises dans le giron français tandis que l’ultralibéral Barre critiquait vigoureusement cette atteinte aux dogmes. Battu en 1988, il gardera néanmoins une forte influence et ce sont bien ses idées (diffusées dans son manuel d’économie) qui ont fini par l’emporter et qui ont facilité l’éparpillement de l’actionnariat et la fin des grandes entreprises françaises. On a parlé, voici près de 20 ans, d’entreprises de taille mondiale pour justifier que, ce qui restait d’entreprises françaises fusionne avec des géants mondiaux. Or, ces entreprises de taille mondiale existaient et ce sont les coups assénés par les politiques libéralistes qui ont réduit ses entreprises et les ont livrées à leurs concurrents. En fait de fusion, on a vu que, à chaque fois, l’entreprise française disparaissait.

 

boyards

Les boyards d’aujourd’hui cèdent des pans du patrimoine commun, payé en grande partie par l’impôt, pour le seul profit d’une puissance étrangère soucieuse avant tout (et c’est bien normal) de ses intérêts. Si nous reprenons la liste de tous les poids lourds de l’économie dont il était question dans les reportages à la Bourse de Paris au début des années 1970,

Mémoire d'auditeur : la bourse

le constat saute aux yeux. Les étrangères citées (auxquelles il faut rajouter Sanofi) existent encore. Bayer vient même de se renforcer en rachetant Monsanto, sans que personne, ni à l’OMC, ni à l’UE, ne trouve à redire sur cette concentration dans le domaine de la chimie et particulièrement de l’agrochimie. En revanche, la Commission Européenne s’insurge contre l’atteinte grave au dogme de « la concurrence libre et non-faussée » que constitue la fusion Alstom-Siemens sur un segment de marché. Les Françaises, donc, ont quasiment toutes disparu ou ne sont plus que des filiales ou des marques tombées dans l’escarcelle d’une entreprise transnationale quelconque, trop heureuse de proposer un nom français sur certains marchés. Jusqu’aux services publics qui ont été démantelés car considérés comme un monopole d’État intolérable. Dernièrement, les « Pages Jaunes » ont été revendues à des capitaux étrangers. L’annuaire n’était autrefois qu’un service offert aux abonnés au téléphone mais comme il avait une activité commerciale, il a fallu le détacher de France-Télécom, elle même séparée des PTT. TDF, une des sociétés issues de l’ORTF née en 1975 est détenue depuis longtemps par des capitaux étrangers au gré de ventes d’actions, de rachats et autres jeux boursiers qui amusent certains. Il ne reste, pour ainsi dire, plus rien de ce qui a assuré la prospérité de la France et des Français. En clair, ce qui est commercial et qui rapporte doit passer au privé tandis que ce qui coûte cher, la diffusion et l’entretien des lignes, doit rester à charge du contribuable. On ne s’étonnera donc pas si, à force, la population rejette tout ce qui vient de « l’Europe » et manifeste son mécontentement face aux coups portés au standard de vie à la Française.

 

Nous rappellerons les autres articles consacrés

Alstom - Siemens : qui se souviendra d'Alstom ?

Alsthom, sans h et sans rien

Des nouvelles du TGV

Regards sur la France en 30 ans de TGV

TGV et démocratie

Notre intérêt pour le transport ferroviaire nous amène à évoquer, souvent, le cas d’Alstom qui fait figure aujourd’hui de cas d’école. Sans savoir que cette entreprise phare de l’ancienne CGE allait être démembrée à ce point, les divers rebondissements depuis une quinzaine d’années nous avertissaient de ce qui s’est finalement passé. Curieusement, en acquérant Alston, General-Electric ne subit pas les foudres des autorités soucieuses de la concurrence. Dans cette affaire, les boyards ont tout fait pour que cette entreprise majeure disparaisse, jusqu’à son nom. Pourtant, son excellence dans le nucléaire devrait pousser les autorités à tout faire pour conserver Alstom dans l’hexagone. D’autant plus que le nucléaire est un domaine sensible et stratégique. Désormais, les centrales nucléaires françaises, qui assurent encore près de 80 % des besoins en électricité, dépendent du bon vouloir des autorité étatsuniennes pour la maintenance et l’amélioration. À tout moment, ces mêmes autorités pourront décider d’interdire l’exportation de matériel et de technologie, devenues GE, à destination de la France, par exemple. La vente d’Alstom fait peser de lourdes menaces sur la force de dissuasion nucléaire. Si c’était la Russie qui convoitait Alstom, qu’est-ce qu’on entendrait ! Aujourd’hui, même si Alstom revenait sur le territoire, ce serait vidé de son contenu essentiel. Il y a un précédent avec Unilever qui a décidé de fermer son unité de production de moutarde à Dijon tout en emportant la recette pour la faire fabriquer ailleurs. Ce qui n’empêche pas Unilever d’avoir ouvert une superbe boutique dans le centre de Dijon pour y vendre la moutarde de Dijon fabriquée ailleurs. Passe pour la moutarde (et encore) mais pour le nucléaire… Le pire, c’est que ce dépeçage du patrimoine industriel, ou du patrimoine gastronomique, par exemple, se fait avec les encouragements des autorités françaises et l’extraordinaire bienveillance des médias qui répètent à l’envi que la fusion (aujourd’hui douteuse) de Siemens et d’Alstom donnera naissance au numéro 2 mondial de matériel ferroviaire alors que, Alstom tout seul est déjà le numéro 2 mondial. Leurs petits concurrents ont saisi la commissaire de l’UE à la concurrence pour dénoncer cet accord qui prévoit tout de même que chacune des deux entreprise cède une partie de sa production et là, ça renâcle du côté allemand. Chez Siemens, on n’a pas du tout envie d’abandonner des savoir-faire exclusifs, qui représentent des études et de l’investissement pour que d’autres s’en servent contre elle. Ces scrupules ne semblent pas avoir effleuré les Français qui ont laissé partir leur technologie en matière nucléaire et qui s’apprêtaient à en faire autant pour le TGV qui, nous l’avons rappelé à maintes reprises n’a été possible que parce que l’État français a pris le risque d’investir dans des études à une époque où l’on annonçait la fin du train. On ne peut donc s’empêcher de penser qu’il y a une volonté claire et déterminée d’en finir avec les grandes entreprises françaises. Le mal est fait et la France n’a plus les moyens de son indépendance. Tout ce qui a été mis en place par le CNR puis par De Gaulle est piétiné. Tout ce qui avait donné à la France les moyens de son indépendance et de son mode de vie original est anéanti. Lorsque nous avons évoqué, sous prétexte de souvenir d’auditeur de France-Inter, le reportage quotidien à la bourse de Paris au début des années 1970, nous avons voulu mettre en évidence la disparition de grands groupes industriels de taille mondiale et, avec eux, ces bastions de salariés qu’ils constituaient. Ceci explique sans doute cela.

 

https://www.marianne.net/economie/alstom-general-electric-les-preuves-du-grand-racket-americain

 

La vie nous apprend qu’il ne faut pas compter sur les autres. De Gaulle était bien placé, après son séjour à Londres, pour savoir qu’il est vain d’attendre de l’aide, surtout de concurrents potentiels. Aussi, avec les structures mises en place dès 1945 par le CNR, revenu au pouvoir en 1958, il n’a eu de cesse de doter le pays des structures nécessaires à assurer pour ne dépendre de personne, pour ne pas subir les sautes d’humeur des superpuissances ou les aléas des relations internationales, surtout dans un contexte de guerre froide, tout en tendant la mains aux voisins immédiats. Évidemment, la vie nous apprend aussi qu’on peut rarement s’en sortir tout seul. C’est toute la différence entre la coopération, la solidarité et la concurrence. Remarquons juste que la coopération a fonctionné et apporté le progrès aux peuples et aux entreprises tandis que la « mondialisation heureuse » voit surtout quelques profiteurs qui grappillent, par-ci, par-là ce qui les intéresse, sans autre considération

 

 

on relira :

PATRIOTISME ECONOMIQUE

patriotisme économique qu'ils disaient

31 janvier 2019

De la presse et de l'engagement (et autres sujets) - réponse aux habitués

Je m’attendais à ces réponses et ça fait longtemps que je me dis qu’il y aurait à écrire sur l’adaptation des journalistes à la rédaction à laquelle ils travaillent. Philippe Tesson, venu de Combat, dernier journal parisien issu de la Résistance, passé au très anti giscardien Quotidien de Paris, devenu le chantre de la droite agressive et réactionnaire dans la deuxième version de son journal. Il y embauche Dominique Jamet, éditorialiste anticommuniste dans L’Aurore (presque tous ses éditoriaux étaient consacrés au PCF et à Marchais) qu’il quitte officiellement parce qu’Hersant ne le laisse pas travailler comme il l’entend. Il rejoint donc le QdP qui est sur la même ligne à ce moment-là. Néanmoins, comme ce sont tous deux de grands professionnels et de belles plumes, on leur passe tout maintenant qu’on a oublié leurs écrits. Jamet finit par quitter le QdP en difficulté financière mais pas que. Il avait annoncé la mort de Marcel Dassault qui avait renoncé à l’attaquer en justice connaissant ses problèmes. Marcel Dassault, dont j’entends, ce matin même, que c’est lui qui est à l’origine de l’expression « café du commerce » du nom d’une rubrique qu’il tenait dans son Jour de France, « le magazine de l’actualité heureuse ». Dassault tenait bien cette rubrique mais avait repris le nom le plus courant des bistrots français. Il faut vraiment être déconnecté de la réalité comme le sont nombre d’intellectuels (parisiens ou montés à Paris) pour ne pas le savoir.

Dominique Jamet venait tous les mois défendre ce qu’on n’appelait pas encore l’ultralibéralisme dans la revue de presse de Michel Polac dans son « Droit de réponse – l’esprit de contradiction ». En effet, Tesson le pousse vers la sortie, suite à un appel à Mitterrand pour qu’il se représente. Il rejoint alors L’Événement du Jeudi qui accueille toutes les grandes plumes sans encrier, puis Marianne, où il tient la rubrique dramatique plus quelques participations en fonctions de ses compétences multiples. Passe pour Dominique Jamet mais quand on se souvient de la facilité avec laquelle Franz-Olivier Giesberg est passé du Nouvel Obs (qui était vraiment de gauche à l’époque) au Figaro dont la ligne éditoriale était très à droite de la droite au pouvoir (ou en alternance donc), on peut se poser des questions. Louis Pauwels était encore le coordinateur des rédactions du groupe et dirigeait le très réactionnaire, Figaro Magazine de l’époque, celui-là même où a été engagée la fille de Wolinski, qq années plus tard. Certes, Hersant avait compris qu’il était anti commercial d’exprimer de façon aussi caricaturale ses opinions et qu’il fallait un peu modérer tout ça mais quand même. Depuis, il n’a jamais réintégré un titre un tant soit peu teinté de gauche. Yves de Chaisemartin, bras droit financier du groupe Hersant, passe au très anti conformiste Marianne pour, précisément, lui assurer son indépendance jusqu’à sa reprise par le magnat tchèque Kretinsky qui vient de reprendre les activités de Lagardère-active en Europe centrale. Et puis, il y a toutes les autres plumes qui se conforment avec une rapidité et une facilité à la ligne de la rédaction qu’ils intègrent.

http://www.lefigaro.fr/medias/2018/10/17/20004-20181017ARTFIG00333-apres-elle-et-marianne-le-tcheque-daniel-kretinsky-s-implante-dans-le-monde.php

http://www.lefigaro.fr/medias/2018/04/18/20004-20180418ARTFIG00197-qui-est-czech-media-invest-le-repreneur-tcheque-des-magazines-de-lagardere.php

J’ai indiqué, précédemment, comment, avec le recul, j’aurais dû remarquer ce moment charnière de la fin des années 1970 où les classes d’âges politisées (Vietnam, Chili, décolonisation, Tiersmondisme, Mai 68) ont peu à peu cédé la place à ceux qui pensaient d’abord au divertissement. La vague disco a tout emporté. Je ne citerai personne mais j’ai connu quelqu’un qui présidait une association d’étudiants, fan de Chirac et même plus, qui diffusait dans le local du Brel (qui venait de mourir qq jours avant), du Ferré qu’il adorait mais laissait les autres passer « Grease » hou-hou-hou ! Toute la journée. Ça illustre parfaitement cette transition. Donc, je comprends qu’il y ait eu à la fois des fréquentations de groupes politisés et de groupes qui ne voulaient surtout pas entendre parler de ça.

En revanche, j’ai eu l’occasion de remarquer que la loi était de moins en moins appliquée au fur et à mesure qu’on s’éloigne de Paris. Le pays niçois et la Corse en sont de parfaites représentations mais les Alpes du sud, en général, ne sont pas mal non plus. Il suffit de voir les véhicules qui circulent et leur comportement.

 

La PQR (presse quotidienne régionale) est un vrai grand problème en France. Elle est d’une qualité médiocre et traite surtout les faits-divers, soit disant parce que c’est ce que veut le public. Bizarrement, je n’ai jamais pu obtenir de courrier de lecteurs demandant ce type d’information mais j’observe la baisse du lectorat depuis une trentaine d’années. La seule réponse apportée c’est davantage de faits-divers, de sport et moins d’espace rédactionnel présenté sous la pompeuse ambition de privilégier l’image et l’image en couleurs. On lit de + en + vite la presse régionale dans ces conditions. Qui va s’attarder sur l’élagage des arbres sur la place d’un village même si on le connaît ? Le sport, évidemment, attire les lecteurs car il n’y a aucun autre moyen de connaître les événements et les résultats locaux mais avec les applications sur smartphone, il est possible d’avoir accès aux télévision locales sur Internet. Donc, encore des soucis à se faire.

Les autres médias sont tous à Paris, y compris RMC, y compris Sud-Radio, et la facilité avec laquelle les journalistes adoptent la ligne de leur rédaction n’a d’égale que celle avec laquelle ils oublient leur province d’origine pour devenir de bons petits parisiens, qui ne précisent pas que la ligne 76 correspond à un bus parisien, que la ligne 2 au métro (dont on n’a même pas besoin de dire qu’il est parisien) et qu’il y a un problème sur ces lignes. Idem pour la place de la République ou l’avenue Jean-Jaurès. Si l’on ne précise pas, c’est que c’est à Paris. C’est aussi pour ça que je ne dis plus « France »-Inter mais simplement « Inter »

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/09/29/22187176.html

dans la mesure où l’on n’y traite que de l’actualité culturelle (foisonnante il est vrai) de Paris : films qui sortent, pièces de théâtre, expos.

Les Parisiens n’ont certes pas le monopole du nombrilisme. Ils sont juste plus arrogants quand ils se déplacent, se demandant (sincèrement) s’il y a une cabine téléphonique (autrefois) voire même s’il y a le téléphone là où ils sont, s’il y a du réseau aujourd’hui, si le cinéma local propose autre chose que « Le corniaud » ou « Le grand blond avec une chaussure noire ». En zone rurale, on sort peu et faire 10 km pour une démarche administrative ou une IRM est une expédition dont on se passerait bien. Je précise qu’aujourd’hui, on fait plus volontiers 30 km pour les même choses mais c’est un autre débat. Pire, ce qui se passe à qq kilomètres seulement ne présente aucun intérêt voire juste des récriminations : toujours pour eux !

 

Quel contraste avec nos voisins latin ! Je ne parle que de ce que je connais. En Espagne et en Italie, chaque grande ville a son quotidien qui propose, sur une quarantaine de pages, toute l’actualité et sur un mode plus ou moins sérieux selon la qualité de la rédaction mais en général, c’est du sérieux. La une est occupée soit par l’actualité locale, soit par l’actualité nationale ou internationale. À l’intérieur, des analyses politiques, des reportages sur les pays qui font parler d’eux, l’économie, le sport, la culture. Les pages locales traitent des problèmes locaux, de l’aménagement du territoire, de la politique locale. Bref, tout ce qu’on a besoin de savoir se trouve dans ces quotidiens. Il faut imaginer un journal parisien auquel on ajouterait autant de pages pour traiter de la région (mais sans les pages consacrées à Mme Hidalgo, au chanteur à l’affiche de l’Olympia, à l’expo au musée Cognacq-Jay, aux transports en IdF). D’où l’épaisseur des journaux chez nos voisins. La PQR n’a pas compris et ne comprendra jamais que ce qui les maintien, malgré la médiocrité de leur offre, ce sont les sports du lundi et les avis mortuaires. Cela dit sans rire car, en milieu rural, on est souvent éloigné d’amis d’enfance voire de membres de la famille et c’est comme ça qu’on est informé de leur décès. Et que dire d’un pays comme Israël, équivalent de 2 départements français, où il y a plus de titres de quotidiens qu’à Paris pour une population équivalente, et sans parler de la presse en arabe ! Vraiment, la honte pour les Français !

 

Avec tout ça, il y a deux articles en attente depuis plus d’une semaine et ça va pas s’améliorer.

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 janvier 2019

Le Quotidien de Paris et les années lycée (réponse à Jérémy)

Et j’en dirai et j’en dirai sur le Quotidien de Paris qui m’a fait aimer la presse avec sa belle présentation, son joli bandeau, ses articles sérieux et surtout ses pages culturelles où je retrouvais ce que j’aimais déjà et notamment la bande dessinée. J’y retrouvais aussi tout ce dont nous parlait mon professeur et mon maître Jean-Marie Floch qui était un touche-à-tout culturel, aussi à l’aise dans les grands auteurs classiques que dans toutes les formes d’expression et d’art. Également, il faut se rappeler que, à l’époque, Le Monde (qu’il était fortement recommandé de lire quand on entrait au lycée) était encore austère. Il venait à peine d’ouvrir ses colonnes à quatre dessinateurs dont un seul est resté encore aujourd'hui, Plantu. Les pages du Quotidien de Paris venaient à point nommé pour illustrer les propos de Floch et, parfois, anticiper. Sachant qu’il était adepte du Monde, je pouvais essayer (essayer seulement) de l’impressionner en lui parlant d’un article ou d’un dossier que, forcément, il n’avait pas lu mais qui correspondait à son exigence de qualité.

 

Ce sentiment de sérieux me venait de ce que Philippe Tesson appelle dans cet article « l’indéfinition politique ». Sans doute, déjà, en avais-je marre de « cette majorité (on ne disait pas la droite à cette époque) qui trouvait que tout allait bien et de cette gauche qui trouvait que tout était mal » comme l’avait déploré Edgar Faure. Politiquement, donc, Le Quotidien de Paris me convenait bien. Seulement, son lectorat provenait en partie de Combat, forcément, mais aussi de cette gauche non communiste qui montait et qui n’avait pas encore de quotidien. Certes, il y avait Le Nouvel Observateur qui avait changé sa formule quelques mois plus tôt mais rien le matin, pour lire dans les transports. Il faut l’avoir vécu pour comprendre ce qu’a pu être cette montée de la gauche non communiste au cours de ces années 1970. C’est un fait historiquement exceptionnel et, depuis, rien d’autre n’a connu une telle ascension. On a plutôt assisté, à partir des années 1980, à une baisse générale et alternative des grands et des moins grands courants politiques, à part, peut-être, l’extrême-droite mais, le moins qu’on puisse dire, c’est que ça n’est pas un idéal.

À cette gauche non communiste, il fallait un journal et c’est Claude Perdriel, fort du succès de son Nouvel Observateur qui lancera Le Matin de Paris, cette fois clairement orienté à gauche et proposant aussi des pages culturelles pour son lectorat issu de la classe moyenne des professions intermédiaires. Dès lors, « l’indéfinition politique » du Quotidien de Paris lui vaudra de compter ses jours. Quatre ans, quatre petites années enchantées dans une presse écrite qui connaissait déjà des difficultés. Paris Jour, de Cino del Ducca, Combat, autrefois de Camus et Piat, ont coulé après la plupart des titres issus de la Résistance. Si Le Matin de Paris avait été une feuille de chou, comme l’a été l’éphémère Combat Socialiste fondé par les socialos pour accompagner la campagne de Mitterrand en 1980, il ne se serait pas imposé. Seulement, c’était un excellent journal, peut-être un peu moins bon que Le Quotidien mais où les gens de gauche trouvaient ce dont ils avaient besoin : se convaincre qu’ils étaient dans le vrai.

Sous l’impulsion d’un Jean-François Khan, Le Quotidien de Paris s’est amusé aussi à faire des coups, des numéros originaux comme celui paru un 14 juillet, titrant : « Giscard, prenez garde ! » suivi de son édito. Quand on retournait le journal, on découvrait un exercice anachronique consistant à publier ce qui serait paru en 1789 si Le Quotidien avait existé. En titre : « Sire, prenez garde ! ». Des années plus tard, c’est la deuxième version (toujours actuelle) de Libération qui sera familière de ces coups avec, notamment, celui, inoubliable de l’édition entièrement illustrée par Hergé à l’occasion de sa mort. Il aurait été intéressant de voir ce que Le Quotidien de Paris aurait publié s’il avait encore existé. À côté d’Henry Chapier, rédacteur en chef des pages culturelles mais pas que, il y avait donc Jean-François Khan, chargé, plus tard, de reprendre Les Nouvelles Littéraires, propriété du même Philippe Tesson, qui en fera le prototype de ce que seraient L’Événement du Jeudi puis Marianne. Dispute entre les deux hommes car, chacun sait qu’il ne peut y avoir deux coqs dans le même poulailler.

 

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Philippe Tesson arrête les frais, donc, et reprendra quelques mois plus tard, en pleine campagne électorale. Fort de la réputation de son titre et du besoin d’information à cette période, l’affaire marche. Contrairement à ce qu’il prétend dans L’Opinion,

https://www.lopinion.fr/edition/politique/pepinieres-quotidien-paris-ecole-l-ethique-l-esthetique-129744

il n’a pas poussé de cri d’horreur à la victoire de Mitterrand. Son journal, première version surtout, était violemment contre Giscard et surtout Barre dont la fatuité et l’incompétence étaient régulièrement dénoncées dans les éditoriaux de Richard Liscia et du propre Philippe Tesson. Il a aussi titré avec joie sur l’arrivée de Mitterrand. De mémoire, la photo en une était un drapeau rouge brandi par une militante en haut de la colonne de Juillet, place de la Bastille à Paris. Ce n’est qu’au bout d’un bon mois qu’il a fait le pari de devenir un journal d’opposition, prévoyant que les difficultés ne tarderaient pas à faire des déçus. En engageant Dominique Jamet, débarqué du très conservateur L’Aurore, qui venait d’être repris par Hersant, il savait ce qu’il faisait. Tant que la droite revancharde n’était pas rassasiée, son journal a bien vécu puis vivoté à partir du moment où il est apparu qu’on assisterait, désormais, à une alternance entre la droite et la gauche et que, plus jamais, l’une de deux n’accaparerait le pouvoir comme avait pu le faire la droite pendant 23 ans. Pouvoir s’entend comme gouvernement et appareil politique puisque des domaines entiers sont noyautés par l’une ou par l’autre, sans même parler de l’économie. La deuxième version de son journal a cessé à son tour après des années d’éditoriaux qui ressemblaient plus à des tracts qu’à un véritable travail de journalisme. Dommage de terminer sur cette note mais les faits sont là.

 

Les années du Quotidien de Paris correspondent exactement à mes années de lycée. Je me souviens, à la rentrée, de ces grandes affiches qui annonçaient : « Il n’est pas nécessaire d’attendre le soir pour lire un bon journal ». Et c’était vrai !

 

Posté par la colere à 12:37 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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