la lanterne de diogène

21 novembre 2019

Recul de l'écoute radio

Exercice particulier puisqu’il relève de l’auto congratulation ou, pour le dire simplement, je vous l’avais bien dit.

Nouvelles pratiques d'écoute de la radio

La radio se cherche une identité et un avenir

Nous avons attiré l’attention sur les nouvelles pratiques d’écoute de la radio qui est notre média préféré, notre média de prédilection, ici. Dernièrement, nous indiquions que, pour les jeunes, c’est à dire les moins de 26 ans d’aujourd’hui, la radio telle que nous la concevons est un média incomplet, un peu comme l’est Word Pad® par rapport à Windows Word® . Il y a du son, des infos, de la musique (surtout ce qui intéresse les jeunes) mais il manque l’image et même la musique n’est pas diffusée de manière satisfaisante puisqu’il y a des annonces et des publicité ; surtout des publicité.

radio postes

En préparant les derniers articles sur la rentrée d’Inter, nous sommes tombés sur des publications déjà anciennes, qui confirment ce que nous pressentions, à savoir le recul de l’écoute du média radiophonique. Nous nous en doutions en appelant à la plus grande prudence concernant les résultats d’audiences. Également, un tour dans les magasins d’appareils électroniques montre bien la disparition quasi totale des postes à transistors et des tuners mais proposent des répliques des anciens postes équipés, bien sûr, de la technologie la plus moderne. La radio est devenue un objet rétro.

Enfin, depuis la rentrée, pas un jour ne passe sans que, sur Inter, on ne vous renvoie au site Internet pour entendre le reportage complet, pour lire des enquêtes inédites, pour se brancher sur un sujet qu’on n’arrive pas à caser dans une grille de programmes où l’on a du mal à faire plaisir à tout le monde, pour obtenir les détails du déplacement de la station à l’extérieur ou simplement pour avoir l’information complète, les détails comme une adresse ou un numéro de téléphone. Aujourd'hui, « Inter Service Jeunes » serait intégralement sur le site Internet. De toute façon, ce service a disparu depuis bien longtemps.

 

Le Parisien titre sur le groupe M6 (en fait RTL) qui va mettre le paquet sur le digital avec toujours plus de podcasts. Rien dans l’article sur le contenu (les programmes) mais tout sur le support numérique et, RTL oblige, sur les vedettes de l’antenne.

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/et-si-les-animateurs-de-rtl-allaient-aussi-sur-m-6-11-09-2019-8150343.php#utm_medium=email&utm_source=external&utm_campaign=welcome_lapar&xtor=EPR-1481423566

Notons au passage que lorsque nous nous interrogions sur la prise de contrôle de RTL (marque européenne archi connue) par la très française et presque confidentielle M6, nous pensions qu’il s’agissait-là d’une simple manœuvre financière. À l’aune des articles mentionnés ici, il apparaît que le groupe BMG, principal actionnaire d’RTL entérine le recul du média radio et lui donne le rôle de simple filiale de M6 qui, après avoir été « la petite chaîne qui monte », avec ses programmes originaux, n’a pas percé en tournant le dos à son identité et en courant après TF 1. Depuis, d’autres se sont positionnées sur le créneau populaire et divertissement avec plus de succès.

Plus intéressant, Le Figaro avait pointé, voici un an et demi, la baisse d’écoute de la radio et notamment dans le jeune public. Sans maîtriser le langage technique et sans connaître toutes les données, nous avions souligné que les adolescents ne savent même pas ce qu’est la radio, ce média d’autrefois à qui il manque tout ce qu’ils trouvent sur leurs smartphones. Quelques mois auparavant, Patrick Sébastien pointait le recul de l’audience de la télévision : « Les mômes ne regardent plus la télévision.(...) Aujourd’hui, même les gens de ma génération regardent Netflix, parce qu’on ne fait plus de la TV pour les gens. ».

https://www.midilibre.fr/2019/07/14/patrick-sebastien-je-nai-plus-peur-de-rien,8311944.php

En effet, les mômes utilisent l’écran plat de leurs parents pour y brancher leur PSP ou tout autre appareil qui leur permet de jouer en ligne et de communiquer avec d’autres joueurs à l’autre bout du monde. C’est sûr que les explosions, les destructions et autres bombardements sont autrement plus spectaculaires sur grand écran que dans la paume de la main. Nous avions aussi rapporté, dans notre série sur les diplômes de demain, que la principale promotrice de la suppression des examens et concours d’entrée dans les Grandes-Écoles entend donner la priorité aux joueurs en ligne qui, selon elle, maîtrisent mieux l’anglais que ceux qui ont effectué des séjours à l’étranger. La télévision, dont on disait, à la fin des années 1970, qu’elle avait remplacé tous les médias et apporté l’ubiquité dans les foyers, n’est plus qu’un outil, un support technique qui apporte un certain confort visuel par rapport au tout petit écran du smartphone. On sait que, en matière de confort, les plus jeunes ne sont pas exigeants et qu’ils privilégient la satisfaction immédiate d’un plaisir.

Néanmoins, il leur faut de l’image mais à condition qu’elle leur apporte un plus. Quel intérêt y a-t-il à regarder un mec penché sur le petit bout de papier qu’il lit, alors qu’on voit à peine ses yeux et qu’on ne capte pas son expression ? Sans cette image, c’est encore pire car, pour un ado, pour un pré-ado, c’est juste un vieux qui parle et qui parle de choses qui ne l’intéressent pas. Néanmoins, il y a un public pour ce genre de vidéo. Il faut croire qu’il a besoin de l’image, pourtant sans intérêt aucune, pour être entièrement concentré sur les propos tenus par le chroniqueur. Sont-ils à ce point si légers qu’un rien suffit à distraire l’attention ?

Concernant la technique, nous reproduisons les arguments d’un internaute (Jérémy) :

La pratique de la radio a à ce point changé que le récepteur a disparu de bien des foyers et que le tuner n'est plus qu'une option sur les combos. La radio telle que ceux de notre génération l'ont connue et pratiquée est appelée à disparaître au profit du podcast et du fond sonore sélectionné sous forme de playlist rattachée à un genre précis ou remisée sur un support numérique. La télé connaîtra le même destin. Avant dix ans d'ici, le déploiement de la fibre et du 5G en sont les prémisses, on sélectionnera ce qu'on veut visionner à partir de portails qui existent d'ailleurs déjà depuis un bout de temps (Pluzz, Arte, TSR, M6 etc... ) et sur les pages dédiées des émissions-phare sur YouTube. Pratique qui existe déjà chez ceux qui n'ont plus la télé ou qui ne veulent pas s'encombrer d'accablants tunnels de pub. Des milliers de webradios et de webtélés existent, apparaissent, sont écoutées, visionnées, partagées au gré des goûts et des attentes de chacun.
Cette idée d'horizontalité, de partage, de choix individuel de ce qu'on souhaite écouter, voir, lire, est intéressante mais va à l'encontre des principes admis depuis l'invention des médias de masse, où ce qui nous est distillé par voie d'image, de haut-parleur ou de presse vient d'en haut ; et c'est bien ce qui est mis en cause et dénoncé aujourd'hui dans les mouvements sociaux.

(lire l’intégralité en commentaire de Rentrée Rétro sur Inter en 2019)

Où l’on voit bien que la désaffection du public et surtout des jeunes (le public appelé à durer) pour la télévision et, a fortiori pour la radio provient essentiellement des contenus et qu’elle rencontre une révolution technologique qui donne les moyens de s’affranchir de ce qu’on n’aime pas. Autrement dit, on peut raisonnablement penser que la désaffection existe depuis longtemps mais que, jusque là, on ne disposait pas des moyens de s’affranchir des médias de masse que sont la télévision et la radio. On était dans la résignation. Malgré tout, force est de constater que cette résignation poussait plutôt vers les programmes les plus navrants et non vers la qualité. Or, il semble que, de nos jours, le jeune public apprécie les images de qualité surtout si elles servent des contenus (jeux et autres divertissements) qui mobilisent davantage leur intelligence. En même temps, quand on pointe le refus de se voir imposé d’en-haut l’information et les divertissements et que ça participe des mouvements sociaux actuels, on comprend qu’il s’agit-là d’une évolution en profondeur et pas seulement du goût changeant du public. Il serait pertinent que, « en-haut », on en prenne conscience.

Dans ce nouveau contexte (mais pas si nouveau), que proposent les stations de radio ?

Les radios dites musicales enchaînent les chansons toute la journée entre deux plages publicitaires. Un DJ, plutôt qu’un animateur, met son talent (quand il en a) à casser cet enchaînement pour éviter l’ennui qui ferait fuir les auditeurs, c’est à dire les prospects des annonceurs. On comprend que, même les magasins, surtout les magasins, choisissent depuis longtemps les sites Internet de diffusion de musique où l’on peut choisir soi-même ce qu’on va écouter et qui, généralement, plaît à leur clientèle. Les radios d’information sont un moyen de savoir sans faire de recherche. Tous les quarts d’heure, on profite d’un bulletin d’information et, entre les deux, on a un reportage, une enquête ou un débat car il y a un public pour les empoignades, surtout si s’en mêlent des auditeurs qui n’ont pas forcément les connaissances mais qui balancent des énormités qui font réagir et captivent l’auditeur.

 

Les radios généralistes sont aujourd'hui peu nombreuses et sont les mêmes qu’il y a 50 ans et plus. Elles ont changé de nom dans les années 1960, gardé un public qui est forcément vieillissant et qui s’est tourné, depuis longtemps, vers la télévision. Autrement dit, déjà dans les années 1970, qui ont vu la télévision s’immiscer dans tous les foyers, qui ont vu les journaux disparaître, les salles de cinéma fermer, la radio était déjà le média incomplet, le média sur lequel on se rabattait quand on ne pouvait pas faire autrement, comme par exemple en vacances ou, surtout, en conduisant. Déjà, l’auto-radio, en proposant un lecteur de cassettes puis un lecteur de disques permettait de s’affranchir de l’obligation des programmes, d’autant plus que, malgré les améliorations comme le RDS, on ne capte plus la station qu’on écoute selon l’endroit où l’on se trouve. Donc, les généralistes sont les radios des grandes agglomérations où elles sont en concurrence avec les radios locales, les radios communautaires, les radios associatives (il suffit de se trouver coincé dans les bouchons lyonnais pour s’en rendre compte). C’est pour cela que nous émettons depuis longtemps les plus grandes réserves sur les résultats d’audiences des radios, dans la mesure où le nom même des généralistes est inconnu d’une grande partie du public.

https://www.offremedia.com/audience-radio-septembre-octobre-2019-en-part-daudience-lundi-vendredi-rtl-et-france-inter-au-coude

Néanmoins, le site

https://laminute.info/2019/11/20/une-rentree-record-en-part-daudience-pour-radio-france/

souligne que « [Inter] est également la radio la plus écoutée sur les supports numériques avec 1 329 000 auditeurs quotidiens. Elle enregistre en octobre 2019 plus de 41 millions d’écoutes à la demande et plus de 37 millions de vidéos vues ». On est de plus en plus loin de la « radio ». Pendant que les animateurs de radio extraient les résultats qui les arrangent, se répandent sur leur position ou sur leur progression, d’autres enfoncent le clou. Ainsi 20 minutes qui demande carrément : « Pourquoi les Français et les Françaises écoutent-ils moins la radio ? » avant d’ajouter :

« Les dernier chiffres des audiences radio calculés par Médiamétrie montrent une baisse de l’écoute générale de la radio. Elle reste l’un des médias préférés du pays, mais il n’y a plus « que » 76,5 % des Français qui l’écoutent au moins une fois par jour, rapportent Les Echos. Ils étaient 81 % en 2015 » et la télévision semble suivre ce déclin.

https://www.20minutes.fr/arts-stars/medias/2656263-20191120-audiences-radio-ecoutez-encore-radio-laquelle-si-non-pourquoi

 

Il y a un peu plus d’un an, Patrick Sébastien répondait aux questions de Mme Devillers et s’exprimait sur la télévision :

« C’est un milieu qui aime de moins en moins les artistes. Si tu regardes la télé aujourd’hui, y a énormément de chroniqueurs, ce qui n’existait pas tant que ça à l’époque. C’est des gens qui sont payés pour donner leur avis. Souvent, j’emploie l’image de mon village où avant, y avait trois vieux assis sur un banc et 200 mecs qui bossaient. Maintenant, y a 200 mecs assis sur un banc et trois qui bossent et qui disent, ça c’est bien, ça c’est pas bien, ça c’est pas bien. Donc, c’est devenu un tribunal, la télé, même les divertissements, c’est des concours, c’est des jeux : on juge, on juge. Ce qui fait la télé aujourd’hui, c’est l’info. Le meilleur téléfilm, c’est l’info. (…) Ils ont tout. C’est en direct, c’est les jeux du cirque. C’est l’évolution des choses. La télé est devenue ça. Les mômes ne la regardent plus. Ça, il faut le savoir. Je pense même que c’est un instrument qui va, petit à petit, disparaître. »

https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-04-octobre-2018

Mme Mélissa Theuriau ne disait pas autre chose, voici quelques semaines :

« Aujourd’hui, nous sommes dans une nouvelle ère à la télévision. Il y a énormément de chaînes, beaucoup d’émissions, bruyantes, surtout celles avec des chroniqueurs. Je ne me reconnais pas là-dedans. »

http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/melissa-theuriau-la-television-est-devenue-trop-bruyante_c7453dbe-faf2-11e9-8544-5edb304b72b7/

Tout le monde a voulu imiter Canal + des débuts avec son rythme, ses chroniqueurs, ses plateaux variés mais ce qui faisait l’identité d’une chaîne est devenu imbuvable aujourd'hui que tout le monde s’y est mis. Alors, il faut imaginer que, quand la radio veut faire pareil, quand il manque les facéties, les déguisements, les imprévus qui faisaient le sel et le succès de « Nulle part ailleurs », on obtient l’ennui que nous dénoncions il y a une dizaine d’années au point d’être repris, à l’époque, par L’Express. France-Inter nous ennuie tellement

On relira :

RTL déménage

 

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/patrick-sebastien-va-faire-tourner-le-plus-grand-cabaret-du-monde-20-11-2019-8197599.php#utm_medium=email&utm_source=external&utm_campaign=welcome_lapar&xtor=EPR-1481423566

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17 novembre 2019

Moréna et Mella

Encore un qui meurt frappé par cette sale maladie, tellement injuste puisque on ne connaît pas encore les causes réelles du cancer. Tout au plus a-t-on pu lister des facteurs à risques. Cette fois, c’est Éric Moréna qui s’en va et sûrement pas sur un beau bateau -o -o -oh. De lui, on connaît surtout cet incroyable succès d’une chanson parodique en reprenant le style désuet de Dario Moreno. Difficile de penser qu’il meurt à 68 ans comme on l’a dit hier soir car on se souvient d’un jeune-homme grimé latino-américain. À part un ou deux titres comme « Ramon et Pedro », il ne reste rien de lui. Il a disparu de la circulation après avoir indiqué, en passant, lors d’une entrevue, qu’il était homosexuel. Coïncidence ? En tout cas, son producteur a cessé de le soutenir à ce moment-là et il n’est plus jamais revenu sur le devant de la scène.

 

L’autre est mort sans doute plus tranquillement, à 95 ans, après avoir repris des succès de Dario Moreno également, avec son groupe, Les Compagnons de la Chanson. Il en était le soliste, donc celui qu’on entendait de sa très belle voix. Fred Mella était le dernier d’un groupe de huit qui a vu les effectifs évoluer et, finalement, après l’arrêt des tournées, se clairsemer en raison de l’âge des choristes. Fred Mella a continué à se produire tout seul et, les dernières années où il montait encore sur scène, il racontait quelques anecdotes sur la vie du groupe, sur leur rencontre avec Piaf. Il était intéressant de l’entendre évoquer Aznavour car, lui, chaque fois qu’il relatait quelque chose, commençait systématiquement par : « J’étais avec Fred Mella et... ». Fred Mella, de son côté, évoquait les liens qui se sont tissés très rapidement entre eux : « Lui, fils d’immigrés arméniens et moi, fils d’immigré italiens », né à Annonay dans l’Ardèche.

Screenshot_2019-11-17 Encyclopédisque - Image Les comédiens - Les COMPAGNONS DE LA CHANSON

Les Compagnons de la Chanson constituent un cas à part dans les variétés françaises. Ils avaient quelques chansons originales à leur répertoire mais étaient surtout connus pour leurs reprises qui ont donné de l’ampleur à quelques titres intimistes. Bien sûr, en chanson, en interprétation, les goûts sont variés et sujets à discussion mais qu’il me soit permis de préférer la version des Compagnons pour « Les comédiens », « Les couleurs du temps », « L’amour est bleu », « Si tu vas à Rio », débarrassé de l’accent de pacotille et devenant une invitation au voyage. Un mot sur « L’enfant aux cymbales » car il s’agit, sur des paroles d’Eddy Marnay, d’une adaptation de « Jésus que ma joie demeure » de Bach, par Venícius de Moraes, arrangée par Jean Broussole, lui même Compagnon de la Chanson. Ce titre, outre la performance qui montre la modernité de Bach et son universalité, présente la particularité d’avoir été l’un des préférés de François Mitterrand au point d’avoir demandé qu’il soit entendu pour son enterrement dans la version des Compagnons, ce qui n’a pas manqué d’étonner à l’époque.

http://www.encyclopedisque.fr/disque/58843.html

Coïncidence, hier soir, j’entendais quelqu’un évoquer « Que c’est triste Venise » et rappeler qu’Aznavour n’en voulait pas mais que, devant le succès remporté par les Compagnons, il l’avait reprise et assuré la carrière qu’on connaît. Fred Mella, avait perdu son petit frère, lui aussi membre du groupe et demeurait donc le dernier des Compagnons de la Chanson et, de toute façon, celui qu’on connaissait le mieux.

 

Avec Éric Moréna et Fred Mella s’éteignent deux belles voix de deux grands interprètes et se tournent définitivement deux pages d’une certaine idée de la chanson française qui privilégiait les beaux textes ou le divertissement pur sur de beaux arrangements ; tout une époque. Chapeau les artistes !

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14 novembre 2019

Poulidor simplement

Une panne d’ordi ne m’a pas permis de réagir plus rapidement à la mort de Raymond Poulidor mais comme je l’aimais bien, j’ai eu envie d’écrire quelques lignes car, au-delà de l’émotion, le champion cycliste occupe une place à part qui est tout à fait intéressante.

D’abord, « l’éternel second » est une légende. Il a remporté davantage de courses qu’il n’en a perdu, sinon, il ne serait pas sorti du lot. Qui se rappelle Michel Laurent, Jean-René Bernaudeau, Christian Seznec, Laurent Jalabert qui eux, pour le coup, ont un palmarès moins riche que leur aîné, malgré leurs très grandes qualités. Il a quand même été le premier à battre Merckx dans une course par étapes, c’était lors d’un de leurs derniers Paris-Nice, la « course au soleil » organisée par Jean Leulliot (le père de Jean-Michel) de L’Aurore.

« Éternel second » parce qu’il n’arrivait pas à battre Anquetil, qu’il n’arrivait pas à battre Merckx, qu’il a dû laisser gagner Pingeon, dans les Tours de France les plus emblématiques. En fait, il ne s’est classé que 3 fois second du Tour de France sur 14 participations dont 8 sur le podium. De son temps, le cyclisme était un sport très populaire et il y avait plein de courses tout au long de l’année, qui étaient abondamment commentées. Pour renforcer la légende qu’ils avaient eux-mêmes fabriquée, les journalistes signalaient toutes les courses où Poulidor finissait deuxième et à peine celles où il gagnait, se fendant d’une formule du genre : « Poulidor a remporté la course. Eh oui, ça lui arrive ».

On aimait bien Poulidor aussi pour ses origines paysannes qu’il rappelait volontiers. Il était attaché à sa ville du Limousin, à sa famille, à ses amis. Il n’avait pas changé ses habitudes avec la gloire. D’ailleurs, sa place de deuxième s’explique peut-être par la modestie de ses ambitions. Il a débuté le cyclisme, comme beaucoup, dans les courses de villages mais, au contraire des sportifs de haut-niveau, n’a pas fait son service militaire dans le prestigieux Bataillon de Joinville où il aurait pu continuer à s’entraîner, comme d’autre de sa classe d’âge. Ensuite, d’origine modeste, les revenus que lui apportaient le cyclisme professionnel lui suffisaient et il a dû être le premier surpris de voir le pouvoir de l’argent sur la vie quotidienne d’une famille du peuple. Alors, la première place ? On ne le souligne jamais mais Poulidor est resté dans la même équipe, Mercier, tout au long de sa longue carrière professionnelle. Mercier était une usine de vélos de Saint-Étienne car, autrefois, c’étaient les fabricants de cycles qui montaient des équipes et payaient les coureurs. Les cadres Mercier étaient roses mais, à l’époque, aucun coureur n’aurait porté un maillot rose, aussi était-il d’un violet assez austère malgré les manches jaunes. Puis, Mercier a reçu l’appui de la coopérative basque Fagor avant qu’un assureur n’impose ses couleurs sur le maillot d’une des meilleures équipes françaises qui a remporté plusieurs fois le classement par équipe du Tour de France. Son directeur sportif, Louis Caput, habitait un appartement d’un très modeste immeuble du 20e arrondissement de Paris vers la Nation. Quand on pense aux sommes qui circulent dans le sport professionnel de nos jours, on se demande comment c’était possible. Le dernier partenaire de Mercier aura été le glacier Miko avec un maillot blanc et rose. Enfin, concernant le dopage, Poulidor a toujours affirmé n’avoir jamais rien pris mais a tout de même rejoint la grève des coureurs pro qui protestaient contre certains contrôles. Cela dit, sa longévité, tend à prouver qu’il n’a pas dû trop forcer, si toutefois il a pris quelque chose. De toute façon, à l’époque, le dopage aidait pour une performance mais ne transformait pas un coureur moyen en champion.

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Ce qui est sans doute le plus intéressant dans la légende de Poulidor « éternel second », c’est qu’il en dit long sur la mentalité française. On aime la France qui gagne mais on n’aime pas trop les champions. On se souvient davantage de Saint-Étienne qui perd la finale de la Coupe d’Europe que de Marseille, seul club français à l’avoir gagnée. En fait, à travers la popularité de « l’éternel second », se dessinaient les prémices de la mentalité actuelle qui refuse toute idée de hiérarchie, qui ne reconnaît aucune autorité même intellectuelle ou morale, aucune compétence. Chacun est persuadé être l’égal des plus grands savants ou philosophes.

On répète à l’envi qu’il n’a jamais porté le maillot jaune. Paradoxalement, c’est lui qu’une célèbre banque qui patronne le Maillot Jaune depuis plusieurs années a choisi pour faire sa promotion. Ça lui permet de suivre le Tour de France dans une voiture particulière où il rencontre un succès qui ne faiblit pas. Un année, sous l’ère de Jacqueline Baudrier, France-Inter avait fait un effort considérable lors du Tour de France et, outre le « Jeu des mille francs » et un podium de variétés sur toutes les étapes animé par Lucien Jeunesse qui avait retrouvé la sienne, Jacques Chancel commentait la course et avait invité Raymond Poulidor dans sa « Radioscopie ». À plusieurs reprises, il a répondu qu’il ne regrettait pas de n’avoir jamais porté le maillot jaune et qu’il ne le porterait vraisemblablement jamais. En revanche, il regrettai de n’avoir pas pu continuer ses études. Époque inouïe où les jeunes voulaient étudier, changer de vie plutôt que gagner de l’argent. Il en a gagné, il a pu vivre confortablement mais est demeuré fidèle à ses origines.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Poulidor lors d’un de ces Salons du Livre de province. Il était d’un abord facile, conforme à sa réputation. Je lui ai rappelé que mon père l’avait aidé à charger son vélo après un des innombrables critériums d’après Tour qu’il y avait autrefois. Il faut dire que, à l’époque, les participants étaient invités à titre personnel, arrivaient avec leur voiture et le vélo dans le coffre. S’ils crevaient, ils abandonnaient. Bien sûr, il ne s’en souvenait pas. Et puis, quand enfin, j’ai acheté son livre, parce qu’il l’avait écrit avec Jean-Paul Brouchon, il s’est répandu sur les photos du milieu. Il a attiré mon attention sur celle de la cuisine-salle-à-manger de sa ferme d’autrefois. « Regardez le torchon sur le poste de radio pour qu’il ne prenne pas la poussière ».

 

 

 

L’illustration est la couverture d’un magazine que j’avais acheté en 1974, belle année pour Raymond Poulidor. Miroir du Cyclisme, édité par Vaillant-Miroir-Sprint a disparu comme son concurrent Cyclisme magazine édité par L’Équipe.

 

On écoutera le très belle évocation dans la revue de la presse de M. Claude Askolovitch

https://www.franceinter.fr/emissions/la-revue-de-presse/la-revue-de-presse-14-novembre-2019

 

https://www.francetvinfo.fr/sports/cyclisme/le-cycliste-raymond-poulidor-est-mort_3700711.html

 

Inter-Variétés : du Tour de France à la lune

Jean-Paul Brouchon

DOPAGE

Tour de France : ce qu'il est devenu

Arrogance française et coup de pub

De la pureté en politique

Victoires, pleurnicheries, pensée unique.

 

 

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11 novembre 2019

Cent 11 novembre ?

J’ai déjà appelé à la transformation du 11 novembre en jour de mémoire pour tous les morts pour la France. Le Président Giscard l’avait proposé en son temps et s’était vu opposé une fin de non recevoir par tout le monde. Les anciens combattant de la 1ère guerre mondiale ne voulaient rien entendre et surtout pas se mélanger avec les autres, forcément moins méritants. Les autres non plus n’en voulaient pas car chacun voulait son jour et, si possible, férié. Justement, VGE a supprimé le 8 mais comme jour férié. Bien sûr, politiquement, la gauche et le RPR étaient contre puisque ça venait de l’hôte de l’Élysée. De sorte qu’on n’a pas beaucoup avancé 40 ans plus tard. En fait, depuis 2012, le 11 novembre serait bien cette journée consacrée au souvenir mais ce n’est pas encore entré dans les habitudes et les médias prescripteurs ne parlent que de la première guerre mondiale. Il faudrait déjà que, sur les calendriers, figure l’intitulé « jour du souvenir » mais ça ne serait pas encore suffisant tant les habitudes sont fortes. Après tout, le jour de la Toussaint, les médias évoquent les tombes qu’on va aller fleurir quand le jour des morts est le lendemain. Tout passe par les médias audiovisuels et tant qu’ils ne changeront pas, on continuera à fêter l’armistice de 1918.

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Seulement, après le centenaire du début puis de la fin de la première guerre mondiale, les choses ont changé. Le dernier poilu est mort et il n’y plus guère de monde qui les aient connus. L’hécatombe de la grande-guerre, ses massacres, ses gazés, ses fusillés pour l’exemple sont devenus de simples sujets d’étude. On peut le regretter mais le temps fait son office et si des pays, des familles subissent encore les conséquences, il appartient aux pouvoirs publics de tenter d’y remédier. Sinon, chaque bataille, chaque guerre a eu des conséquences qu’on subit encore. Considérons la bataille de Fontenoy, celle de 841, qui a vu s’affronter les petits-fils de Charlemagne a vu aussi l’empire carolingien voler en éclat et, partant, l’unité de l’Europe. On n’en serait pas là si… Refaire l’histoire de 12 siècles serait absurde.

L’autre changement, outre que les jeunes générations ignorent, depuis longtemps la raison des jours de vacances qui leur permettent de ne pas aller à l’école, c’est que le Président de la République actuelle assène son ambition de construire le nouveau monde ainsi que son mépris pour ce qu’il appelle l’ancien monde. S’il appartient vraiment au premier, il peut imposer ce changement d’autant qu’il a prouvé, depuis le début de son mandat, qu’il ne se préoccupe pas trop de l’opinion publique. Depuis quelques années, et ne serait-ce que depuis le début de son quinquennat, le Président de la République a dû présider nombre de cérémonies d’hommages aux soldats français morts dans l’exercice de leur tâche. Certes, les cérémonies, si dignes soient-elles, les commémorations ne rendent pas la vie à ceux qui sont tombés en opérations extérieures ou autres mais elles apportent quelque réconfort à leurs proches. Penser qu’on va encore défiler, ranimer la flamme sous l’Arc-de-Triomphe, appeler au souvenir des morts de la première guerre mondiale quand des familles pleurent encore leurs jeunes à l’instant même, pose question et paraît même indécent. Pour elles, pour les proches des victimes, il faut envoyer un signal fort et rendre un hommage solennel. Si cet hommage a lieu le 11 novembre, à une période où il y a peu de jours fériés, il serait adopté naturellement par la population et l’on n’oublierait pas non plus la grande-guerre puisque ce serait le jour de son armistice qui serait choisi.

 

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/11/11/11318170.html

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/le-monument-aux-morts-en-operation-exterieure-inaugure-le-11-novembre-832295.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20191105

 

 

 

Dans la série « il faut faire des économies », on réduit le budget du GIGN alors même que la France ne participe plus à des guerres traditionnelles mais que sa sécurité est de plus en plus assurée par les unités d’élite de la police et de la gendarmerie.

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/faute-de-budget-le-gign-va-perdre-la-capacite-de-descente-en-corde-lisse-d-un-helicoptere-832199.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20191105

 

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09 novembre 2019

Chute du mur de Berlin : l'Europe unifiée sous l'emprise des marchés (par Jérémy)

Tout cela nous ramène longtemps en arrière (Rien avant ma naissance !)

Et même si cela nous paraît douloureux/triste/surréaliste/impensable (rayer la mention inutile), et pour en revenir au sujet de l'article, il faut se dire que pour les gens nés après 1989, et même chez ceux nés dans le courant des années 70, la chute du Mur, ça a autant de sens que la tragédie de la baie des Cochons.
Il y avait un mur et au-delà, un système politique oppressif, des tyrans, des milices, le délit d'opinion, des dissidents, et en arrière-plan une idéologie révolutionnaire qui a échoué. Puis il y a eu des révoltes, il y a eu Gdansk, Solidarnosc, la venue d'un pape polonais en terre communiste, il y a eu Gorbatchev et la Perestroïka, et on a abattu le mur.
On ne s'interrogera pas plus avant sur la façon dont se sont orchestrées ces révoltes ni pourquoi elles ont éclaté à ce moment-là plutôt qu'en pleine guerre froide, au plus fort de la dictature communiste, quand les langues ont commencé à se délier sous l'impulsion des dissidents passés à l'ouest ; sur le sens que recouvrait cette binarité est-ouest, dissoute après 1989, et ce qui s'en est ensuivi.

mur-de-berlin-la-chute-20-ans-apres



Nos jeunes quadras et leurs rejetons ont toujours connu l'Europe "unifiée" sous l'emprise des marchés qui a succédé à celle d'une tyrannie parée de généreux atours qui, très vite, sont devenus les uniformes cloutés de médailles en chocolat d'une litanie de sombres apparatchiks. Technocrates et tycoons ont pris le relais. L'oppression est patente mais ne se fait répressive que poussée dans ses retranchements. On va aujourd'hui faire du tourisme à Prague, Budapest, Saint-Pétersbourg, Bucarest. Ce qui subsiste du passé communiste, ce sont ces barres d'habitation gigantesques où l'on entassait les prolétaires.

Pour tenter d'établir un parallèle et essayer de comprendre quelque chose à cette faillite de la mémoire chez ceux pour qui rien n'était, antérieurement à leur entrée dans l'"âge de raison", essayons de nous glisser dans leur peau, nantis du bagage mémoriel de la génération à laquelle nous appartenons.

Nés dans le courant des années 60, devenus ados dans l'effervescence et idéologique et créative et libertaire des années post-soixante-huitardes, puis adultes dans ces années 80 fertiles en reniements où nombre d'entre nous situent l'entrée dans des années de plomb qui connaissent actuellement leur hapax, quel rapport avions-nous à l'Occupation, à la Shoah, aux guerres d'Indochine et d'Algérie ?

Je ne veux pas ici me faire l'avocat de ces journalistes et, au-delà, de ces générations sourds et aveugles à ce qui les a précédés. Je me demande juste si ce phénomène n'a pas toujours été là.

 

https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/mur-de-berlin-la-chute-20-ans-apres-01186

 

Berlin tel que je l'ai vu

Berlin petites histoires et commentaires petits

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Information et bains de sièges

Il y a des périodes comme ça, où les journalistes sont complètement relâchés, ne se contrôlent plus et nous offrent un festival d’informations puis d’analyses erronées. Le summum a sans doute été atteint lors de la guerre du golfe de 1990-1991. Déjà, le titre de « 2e guerre du golfe », plus tard, en référence à celle-ci, est une erreur puisque la première à avoir reçu le titre de « guerre du golfe » était la longue guerre qui a duré de 1980 à 1988 et qui a opposé l’Irak à l’Iran. Comme nous n’étions pas partie prenante, malgré le terrorisme iranien de l’époque, elle ne compte pas.

Sans doute faut-il un événement important pour lâcher les vannes et laisser dire n’importe quoi sans aucun contrôle. Nous venons de pointer l’incommensurable prétention de journalistes à affirmer qu’il n’y avait jamais eu de duplex, de JT en extérieur et en direct, depuis l’étranger avant la chute du mur de Berlin. Tout ça, parce qu’avant, la plupart d’entre eux ne faisaient pas beaucoup attention à l’actualité car trop jeunes. D’où notre titre : rien avant ma naissance !

triangle de gonesse 1

Le lendemain de cette funeste émission qui réunissait des journalistes parmi les plus capés, on a droit à une récidive à propos de la décision d’abandon du projet « europa-city » dans le fameux triangle de Gonesse. Désormais, cette zone est présentée comme un espace de « 80 ha coincés entre les aéroports de Roissy et du Bourget » (sic). Là non plus, l’erreur n’est pas grave mais laisse planer un doute sur la fiabilité des autres informations. Si le triangle de Gonesse est bien accolé à l’ancien aéroport parisien du Bourget, il est surtout délimité par des autoroutes. Il suffisait de dire : coincé entre l’aéroport du Bourget et des autoroutes (comme on le faisait quand le projet n’intéressait pas les rédactions généralistes) mais la version officielle sera désormais « 80 ha coincés entre les aéroports de Roissy et du Bourget ». Les limites les plus proches de l’aéroport de Roissy (bientôt privatisé) se trouvent à quelques 6 km et encore plus de l’aérogare.

En outre, on ne parle que de la zone de 80 ha alors qu’il s’agit de la surface prévue pour le seul centre commercial et de loisirs (avec salles de cinéma, théâtre et piste de ski) qui devrait être transformée en terre agricole pour alimenter l’Île-de-France en produits frais au moyen de circuits courts. C’est du moins ce que les mêmes affirment aujourd’hui sans penser que 80 ha, c’est vraiment très peu, c’est ce que possèdent les plus humbles exploitations familiales en voie de disparition. En fait, la ZAC représente 750 ha, voire 1300 ha, selon ce qu’on y inclut . Là, on comprend que ça fasse polémique car on n’aurait pas bougé pour 80 ha. Rappelons que l’aéroport de Roissy, justement, couvre + 3200 ha et celui du Bourget 550 ha. En passant, le site abandonné par Citroën, à Aulnay-sous-Bois, de l’autre côté de l’autoroute, justement, occupe 168 ha et pourrait parfaitement accueillir le centre commercial et de loisirs « europa-city » ainsi que les bureaux et hôtels prévus. Seulement, les décideurs veulent absolument marquer leur passage en bétonnant des terres arables parmi les meilleures et puis, ça coûte moins cher d’acheter de la terre agricole et de bétonner que d’acheter une friche, de démolir, d’assainir et reconstruire.

Bien sûr, on n’en parle pas car aucun des journalistes parisiens ne s’aventure dans le 9-3 sauf quand il y a des échauffourées. Il ne saurait être question de traiter d’autre chose et sûrement pas d’aménagement du territoire et encore moins d’environnement et de développement durable dans un département fortement identifié aux problèmes sociaux et sensationnels propres à mobiliser les journalistes.

triangle de gonesse 3'

Quelques heures après l’annonce de l’abandon, on n’entend plus que ça : « 80 ha coincés entre les aéroports de Roissy et du Bourget ». Il suffit qu’un seul journaliste utilise une formule pour que, aussitôt, tous les autres lui emboîtent le pas. À aucun moment, ne s’est trouvé quelqu’un pour se demander s’il est possible que deux aéroports internationaux se trouvent côte à côte et seulement séparés par 80 ha de terre arable. Personne n’a tiqué ! C’est tout de même insensé. Dans le passe, à la fin des années 1980, un journaliste avait parlé de « vrai-faux passeport » et, depuis, chaque fois qu’une imitation est proposée, on ne dit plus autre chose que « vrai-faux » au lieu de « faux », tout simplement. La palme revient au livre de la chanteuse Rika Zaraï qui, sortant de son registre habituel (faute impardonnable), l’a vu réduit par les soins du seul à l’avoir lu au seul paragraphe sur les bains de sièges.

Il n’y a pas que la radio (Inter) car le site de France Info : TV qui traite – de façon assez surréaliste d’ailleurs – des scènes de violences à Chanteloup-les-Vignes évoque la construction vers 1970 des grands ensembles confiés à l’ineffable architecte Émile Aillaud. Le rédacteur nous dit que c’était pour y loger les ouvrier de Peugeot à Poissy. Or, à cette époque, ce n’était pas Peugeot mais bien Simca. Là non plus, ce n’est pas très grave mais qui nous dit que les statistiques qu’il produit, que les descriptions qu’il propose ne sont aussi erronées ?

 

D’abord, on ne comprend pas comment, des gens qui exercent le métier d’informer paraissent (euphémisme) découvrir un sujet quand le Président de la République en parle. En l’occurrence, il a été traité, donne lieu à des polémiques, des recours devant les tribunaux ; autant de faits qui donnent lieu à information. En termes simples : on en a parlé depuis quelques années. Ensuite, de nos jours, il est facile de vérifier une information. Un coup d’œil sur un moteur de recherche, sur deux ou trois articles pour le grand public, sur deux ou trois images suffisent à palier une lacune toujours admissible (quoi que). Par conséquent, il est d’autant plus inadmissible d’entendre de telles approximations balancées comme vérité. Évidemment, sur des sujets somme toute secondaires, on peut laisser courir sans trop réagir mais pour le reste, comment être sûr que l’angle sous lequel le journaliste traite un sujet est le meilleur ou celui qui va informer le mieux ? Personne n’est spécialiste de tout et l’on sait que les meilleurs sont absents des médias, soit qu’ils ne veulent pas se compromettre dans le cirque médiatique, soit que leurs analyses pointues et argumentée vont à l’encontre des lieux communs répandus.

 

Ici, nous essayons de dire quand il y a maldonne sur les sujets que nous maîtrisons, généralement les relations internationales et les médias. Pour le reste, nous devons nous résoudre à prendre pour argent comptant ce que nous apprenons par les médias. Ainsi avons-nous consacré quatre longs articles à l’Espagne à la suite de réactions à chaud (ou presque) sur la Catalogne. Nous avons pu nous rendre compte récemment que les Français de la rue ont adopté le point de vue de quelques journalistes qui couvrent l’actualité ibérique, à savoir que les Catalans veulent se détacher de l’Espagne pour ne plus partager leurs richesses avec le reste du pays. Pour le reste, aucun sujet, aucun reportage, aucun duplex depuis l’Espagne sans mettre en avant Franco ou le franquisme.

Toujours des raccourcis, toujours des formules choc, toujours des allégations gratuites, toujours des clichés rassurants, toujours l’actualité vue par le petit bout de la lorgnette. Et toujours cette prétention parce que ces messieurs-dames ont obtenu le bac (voir nos récents articles sur les diplômes) et suivi quelques années d’études qui leur ont inculqué des idées reçues en guise de base de culture générale.

 

Avec tout ça, l’analyse consacrée au recul du média radiophonique est reportée.

 

https://www.francetvinfo.fr/politique/banlieues/j-ai-la-haine-contre-ceux-qui-ont-fait-ca-a-chanteloup-les-vignes-autopsie-d-une-banlieue-en-quete-de-normalite_3691419.html#xtor=EPR-749-[NLbestofhebdo]-20191109-[content5]

 

http://www.ville-gonesse.fr/content/le-triangle-de-gonesse

https://www.ensemble-fdg.org/content/europacity-le-triangle-de-gonesse-une-zad-cote-de-roissy

https://nonaeuropacity.com/informer/emploi/carte-du-triangle-de-gonesse

 

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07 novembre 2019

Rien avant ma naissance !

Rien avant ma naissance (ou plutôt avant mon âge de raison), ça pourrait être la devise des journalistes actuels. Rien de ce qui a existé avant eux n’a existé ou alors n’est que sujet de moqueries.

mourousi-denisot

Nous avons déjà pointé comment M. Fabrice Drouelle avait fait répéter au directeur du Festival de Cannes que le journaliste vedette Yves Mourousi avait eu l’idée de la montée des marches du nouveau Palais des Festivals, tellement ça lui paraissait absurde. Nous avons aussi déploré que, à l’occasion du centenaire du Tour de France, personne n’a rappelé que l’arrivé, soi-disant « traditionnelle », sur les Champs-Élysées a aussi été inventée par Yves Mourousi. Nous avons consacré plusieurs articles pour rappeler qu’Yves Mourousi a révolutionné le journalisme audiovisuel. Si son ancien directeur et fondateur de France-Inter, Roland Dhordain a bien été le premier à faire une émission à l’extérieur des studios et en direct, c’est bien Yves Mourousi qui, le premier, a présenté le journal parlé de 13 heures, en direct de l’événement. Au début, il s’agissait d’événements culturels comme la réouverture de l’ABC de Paris (car au début, il ne quittait quand même pas Paris), comme cinéma avec la projection du film « Papa, les petits bateaux ». Par la suite, il a présenté, le plus souvent le samedi où il disposait de 2 heures, « Inter-Actualités magazine » en direct de l’Opéra de Paris, de divers Salons, de Notre-Dame de Paris, même. Auréolé de ces faits d’arme, il a été engagé par TF 1, à sa création en janvier 1975 (ce n’est devenu une chaîne privée qu’en 1987) pour présenter le journal de 13 heures aussi. Il a continué à aller au cœur de l’événement, dans un sous-marin, dans un avion de chasse, partout en France où il se passait quelque chose d’un peu exceptionnel. Il a aussi franchi les frontières et présenté le JT en direct de la Place Rouge de Mosou, à l’occasion de la visite du Président Giscard en Ursss, a imposé contre l’avis de sa direction la relève de la garde du tombeau de Lénine, en direct, juste avant 13 heures (ça empiétait sur l’émission d’avant) et la France qui était disponible devant son petit écran à cette heure a pu voir la garde montante se diriger au pas de l’oie vers le monument, dans le silence glacial de la place où résonnaient les talons des bottes des soldats. Rentré dans le Kremlin, il a interrogé Brejnev avec le style décontracté qui était le sien et qui tranchait avec la rigueur du lieu et du personnage.

Alors, quand j’entends ce matin 7 novembre, Mme Devillers, se répandre sur le double événement qu’a été la chute du mur de Berlin et pour la première fois, un journal télévisé en direct de l’événement et de l’étranger, on tombe de la chaise !

 

 

jeudi 7 novembre 2019

par Sonia Devillers

Mur de Berlin : le jour où le JT a changé

1989, le Mur de Berlin tombe : Christine Ockrent est sur place pour le journal de 20h d'Antenne 2. Au micro de "L'Instant M", elle nous raconte le premier duplex de l'histoire de la télévision.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-07-novembre-2019

« Nous y étions, nous Français, en direct et en images, sans studio, sur place, à même la rue, à même l’événement. C’était la première fois. Les 20 heures n’en seront plus jamais les mêmes après cela. »

« Ce jour-là, comme le raconte Christine Ockrent à vos côtés, le journal télévisé a changé et changé durablement. C’est la naissance d’une nouvelle grammaire de l’information (…). »

Cette expression « nouvelle grammaire de l’information reviendra au cours de l’émission et l’on est abasourdi devant cette prétention qui habite tous ceux qui sont sortis des écoles de journalisme depuis les années 1980, qui croient avoir tout inventé et qui n’ont que mépris pour tout ce qui a été fait avant eux. Oh, bien sûr, ils citent à l’envi Pierre Lazareff, parce que c’est tellement vieux que plus personne n’est là pour dire ce qu’il faisait à la télévision débutante ni pour rappeler que France-Soir qui affichait un tirage impressionnant comparé à ce que sont les meilleurs tirages français d’aujourd’hui, était une feuille qui alternait quelques grandes signatures et l’information la plus abêtissante qui soit.

Que Mme Christine Ockrent, avec toute l’équipe de la rédaction d’Antenne 2 de l’époque (MM. Hervé Brusini, Daniel Bilalian, Yves Devillers, l’oncle de l’autre, ceci explique sans doute cela) aient réalisé une prouesse dans la précipitation, qu’ils aient fait preuve d’une belle réactivité, qu’ils aient affronté les difficultés techniques de l’époque et notamment la liaison satellitaire, qu’il y ait eu des doutes, jusqu’au bout sur la réalité de l’événement avec tous les risques inhérents, cela se conçoit et mérite l’admiration. De là, à affirmer, à plusieurs reprises, que ce jour-là, on a « inventé une nouvelle grammaire de l’information » il y a un monde.

Récemment, nous avons été époustouflés quand Mme Devillers a balancé, en direct, que France-Inter s’appelait encore Paris-Inter en 1979 alors même que la station avait célébré ses 50 ans quand elle était déjà dans la Maison ronde. Elle récidive avec un événement survenu 10 ans plus tard, qui a certes changé la face du monde mais sûrement pas le travail des journalistes. Le pire, c’est que tout ça passe parfaitement, sans que personne ne relève. Pourtant, il aurait été facile à M. Demorand, de dire avec humour et légèreté qu’il y avait maldonne. Ce n’est pas non plus gravissime. Seulement, le doute est permis pour ce qui est autrement plus important. Si une professionnelle qui visiblement prépare bien ses sujets et ses interventions, commet de telles erreurs, facilement vérifiables, on peut se poser la question lorsqu’elle aborde des questions graves et que la mémoire personnelle ou les sources font défaut.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2019/11/01/37755596.html#comments

Ce blog accorde une grande place à la critique des médias et nous effectuons ici un travail de mémoire des médias qui est salué par nombre de professionels. Par conséquent, la chronique de Mme Devillers, un peu avant 9 heures sur Inter et son émission qui commence vers 9 h 40 sont suivies avec attention, d’où la déception lorsqu’il y a de tels dérapages. Car enfin, affirmer que la radio sur laquelle elle travaille depuis 2011 s’appelait Paris-Inter lorsqu’elle était gamine et qu’elle n’écoutait probablement pas cette station, revient à dire qu’avant son arrivée, il n’y avait rien de bien et que c’était ringard au possible. Dire, ce jour, qu’avant la chute du mur de Berlin, le journal télévisé n’avait jamais quitté son studio avec un présentateur figé, revient à dire que rien de bien n’existait avant. Cette prétention qui habite les animateurs et chroniqueurs d’Inter à se croire les meilleurs dans tous les domaines, ceux qui informent le mieux et de la façon la plus fiable, ceux qui font les meilleures émissions, ceux qui promeuvent les meilleurs chanteurs (Philippe Katherine aujourd’hui ou Bertrand Belin ou Charlotte Gainsbourg), ceux qui commentent le mieux, ceux qui font le plus rire, parce qu’ils sont à Paris, près du pouvoir et des sites culturels, près des artistes en vue, est de plus en plus insupportable. C’est surtout vrai depuis que les résultats d’audience placent Inter en tête alors que, probablement (difficile à évaluer) la moitié de la population ne connaît même pas le nom. Il est vrai aussi qu’il s’en trouve parmi ses propres salariés comme nous venons de le voir. C’est une manie très courante et donc présente à l’antenne, de penser que les événements les plus importants, les changements les plus significatifs ont eu lieu du vivant des jeunes générations actuelles.

Maintenant, concernant l’admiration d’Yves Mourousi, je voudrais simplement dire que, lorsqu’on l’écoutait présenter son journal parlé à 13 heures, lorsqu’il recevait les acteurs du monde culturel à partir de 13 h 20, une fois l’actualité politique et internationale traitée, qu’il ménageait des pauses musicales entre ses invités et ses sujets, qu’il accordait de la place au cinéma, à la mode, au théâtre et bien sûr à la littérature, on sentait qu’il se passait quelque chose qu’on entendait encore nulle part ailleurs. Il a emmené avec lui ses idées et sa manière de faire à la télévision dont il rêvait depuis longtemps. Là aussi, on voyait qu’il se passait quelque chose, non seulement parce qu’il amenait des caméras dans des endroits où bien peu allaient (comme le Grand Orient de France ou la maison du PCF et ne parlons pas du sous-marin) mais encore par sa façon de travailler. Un journaliste qui l’a côtoyé, aujourd'hui retiré mais toujours actif dans l’édition, m’écrivait un jour qu’aucun des journalistes actuels ne lui arrive à la cheville. De la part d’un confrère, dans ce milieu où la jalousie est répandue, ça vaut encore plus qu’une simple reconnaissance de mérites.

 

 

 

Nous reproduisons la photo parue dans http://thevintagefootballclub.blogspot.com/2011/12/yves-mourousi-avec-les-bleus.html

en précisant que M. Michel Denisot ne débutait pas comme journaliste sportif, qu’il n’a jamais été. Il co-présentait le JT de 13 h et était chargé des informations qui ne nécessitaient pas de développement. Il travaillait en alternance avec M. Claude Pierrard, venu aussi de la 3e chaîne de l’Ortf , avec M. Jean-Pierre Pernaut ou avec Mme Marie-Laure Augry avec qui il présentera en duo le JT pendant quelques années.

Sur la photo, outre Michel Denisot, on devine derrière M. Michel Hidalgo, à l’époque adjoint du sélectionneur Stephan Kovacs et M. Jean-Paul Serini, le soigneur de l’équipe de France. Quoi que Michel Hidalgo était peut-être déjà titulaire du poste en 1977.

Nous avons choisi cette photo qui prouve plus que toutes les autres disponibles sur les moteurs de recherche qu’Yves Mourousi présentait son JT à l’extérieur et sur le lieu de l’événement et que ça ne date pas de la chute du mur de Berlin qui a eu d’autres conséquences.

 

 

On relira :

France Soir dernière

Radio humaine

Rentrée Rétro sur Inter en 2019 où il est rappelé l’émotion de Mme Devillers qu’elle partageait avec son invité, un photographe iranien.

 

yves mourousi

ajouts et commentaires pour janvier

MARRE

commentaires et complément

GAILLARD d'avant

allitération

Jean Graton, Tony Franklin et quelques autres.

 

Et après, faudra pas dire que tout a été inventé en novembre 1989...

 

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03 novembre 2019

Fiat-Chrysler - Peugeot-Opel un montage financier

Cet article était prévu à la parution, le lendemain de l’annonce de la fusion 50-50 de Fiat-Chrysler et de Peugeot-Opel pour tempérer l’optimisme béat des commentateurs et des premiers interrogés, spécialistes et cadres de PSA. Depuis, le soufflet est retombé et les réserves s’expriment qui laissent parfois la place aux craintes. À partir des informations entendues et lues ici ou là, nous pouvons proposer un tableau qui met en lumières les incertitudes et les illusions engendrées par cette annonce tonitruante.

La fusion ou le rapprochement, quel que soit le nom qu’on lui donne, va voir l’arrivée du 4e groupe mondial dans l’automobile. Quand on dit, en France, que PSA va avoir une taille plus grande pour résister à ses concurrents comme VW, Toyota ou Renault-Nissan, on cède, une fois de plus au franco-centrisme en voyant Peugeot-Opel chapeauter l’ensemble. Pour les Français, c’est Peugeot qui va devenir n° 4 mondial. Le problème, c’est que les Italiens et les Étatsuniens font le même raisonnement de leur point de vue mais le PDG sera bel et bien Étatsunien.

Peugeot-fiat-chrysler

La course au gigantisme des années 1990, « pour atteindre une dimension mondiale », s’est quelque peu essoufflée. Il est vrai qu’il n’y a plus grand-chose à regrouper et qu’on a atteint les limites. Dans certains cas, on a soumis le regroupement à une commission qui se prononce sur la concurrence libre et non faussée. Éventuellement, elle exige que le nouveau groupe se sépare d’une entreprise, voire de son fleuron pour obtenir le droit de continuer les activités normales. Pour Fiat-Chrysler et Peugeot-Opel, on se félicite, au contraire, de la position majeure que va prendre le nouveau groupe dans le secteur de l’automobile. Comprenne qui pourra ! Bien sûr, la pérennité des sites de production est assurée. C’est toujours ce qu’on dit dans ces cas-là pour éviter un mouvement social qui refroidirait les actionnaires. On sait ce qu’il en est une fois toutes les signatures apposées. Le dernier exemple en date est bien sûr General-Electric qui avait promis des embauches sur les sites d’Alstom et qui, au contraire, a procédé à des licenciements après avoir mis la main sur les brevets. Comme l’objectif de Peugeot est déjà de regrouper la R&D, on sait ce qui arrivera. Les gouvernements des pays concernés observent avec prudence tant il est évident que les économies d’échelle réalisées se feront au détriment de l’emploi. La seule question qui vaille c’est de savoir qui va trinquer le plus et quand.

 

Quelles sont les forces et les atouts en présence. Chrysler est, depuis longtemps, l’homme malade de la construction automobile étatsunienne qui ne va plus aussi bien. Certes, beaucoup d’industries aimeraient se porter aussi mal mais l’automobile est le symbole de la réussite américaine. Après le mythe fondateur des pionniers puis la conquête de l’ouest avec les cow-boys, la stabilisation de la société a été couronnée par les énormes voitures alimentées par un pétrole abondant extrait sur place. La crise est passée par là. Les voitures japonaises, plus petites, plus maniables, beaucoup moins chères ont mis fin à cette mythologie et déstabilisé la société toute entière. AMC a disparu. GM a réduit la voilure et réorienté sa production. Ford perdure. Chrysler s’est retiré dès la fin des années 1970 de ses filiales européennes rachetées par Peugeot qui s’en est séparé après une mauvaise stratégie de plus dans ce groupe familial d’un autre âge. Puis, Chrysler s’est recentré sur le marché intérieur et a multiplié les appels du pied pour trouver un partenaire. Daimler-Benz s’est présenté et, déjà, on parlait du 3e ou du 4e groupe mondial. Daimler y a laissé des plumes avant de se retirer pour ne pas mettre en péril ses autres activités. Rappelons que Daimler est présent dans l’aéronautique après avoir pris le contrôle de MBB et, par voie de conséquence, dans le ferroviaire en donnant naissance à AD-Tranz ; le D signifiant Daimler. Il est curieux de constater qu’AD-tranz a été cédé à Bombardier au moment des déboires de Daimler avec Chrysler. De sorte qu’il a fallu à ce dernier trouver un autre partenaire. Fiat s’est présenté, une fois redressé et concentré sur son marché. Comme toujours, on a mis en avant la possibilité pour Fiat de pénétrer les É-U dont on sait à quel point ils sont protectionnistes et pas seulement d’un point de vue législatif. On a évoqué aussi la possibilité pour Chrysler de s’implanter en Europe. Le fait est que l’un et l’autre ont connu un succès limité mais compensé par la consolidation de leurs positions sur leurs propres segments.

Fiat parait éprouver avec Chrysler les mêmes difficultés que Daimler, au point d’en oublier de renouveler sa gamme. Il semble que ce soit ce point qui a fait achopper le rapprochement entre Fiat-Chrysler et Renault-Nissan, voici quelques mois. Fiat a dû céder des filiales (dont CNH) et l’activité ferroviaire à Alstom voici une vingtaine d’années déjà sans parvenir à sortir un modèle innovant ou marquant. Or, si Peugeot-Opel est moins gros que Renault-Nissan, maintenant qu’il est renfloué, avance sur la voie du progrès et notamment dans les véhicules électriques et fait donc le pari de profiter de la force de frappe et de l’implantation américaine de Fiat-Chrysler pour conquérir le marché américain très fermé. Il n’est pas le premier et rappelons que c’était déjà l’intention de Fiat avec des résultats anecdotiques. Dans l’état actuel des choses, c’est Fiat et Chrysler qui ont besoin d’un partenaire pour s’y adosser et se maintenir. PSA paraît profiter de sa dynamique actuelle, deux ans après son redressement qui lui a même permis de racheter les filiales européennes de GM mais le pari est plus que risqué avec un allié aussi mal en point qui multiplie les appels du pied depuis des années.

 

En France, c’était Peugeot qui faisait figure d’homme malade. Depuis les années 1970, l’État multiplie les mesures pour soutenir indirectement l’entreprise qui veut rester familiale. C’est ainsi qu’on a un gazole très bon marché parce que Peugeot s’est lancé dans la production de masse des voitures diesel, normalement réservées aux seuls professionnels. On voit les conséquences funestes quarante ans plus tard. Au début de la décennie, il a fallu procéder à une nationalisation déguisée pour renflouer l’entreprise sochalienne, ce qui ne manquait pas de piquant quand on se souvient des accusations récurrentes des dirigeants de Peugeot à l’endroit de Renault et des vociférations d’un ancien PDG contre le rôle de l’État dans le secteur automobile au sens large. Toujours est-il que, sous l’impulsion de MM. Louis Gallois et Carlos Tavarès, Peugeot a repris du poil de la bête. Sauf que, Peugeot-Citroën et Opel (Vauxhall en GB) réunis présentent des doublons, notamment dans la Recherche & Développement, ce qui coûte le plus et qui est le plus risqué. On a commencé à rationaliser. Il faut croire que ce n’est pas assez. Le rêve serait de garder quelque part un seul bureau d’études mais de sortir des modèles pour tout le groupe, rebadgés selon les goûts du public.

Dès la communication de la nouvelle du rapprochement, les journalistes français se sont précipités pour annoncer que Peugeot allait se positionner sur le segment des véhicules de luxe en prenant le contrôle des marques Alfa-Romeo, Maseratti et Jeep. Comme si, les propriétaires actuels allaient céder ce qui leur rapporte le plus. Cette vision franco-française outre qu’elle est ridicule, omet juste d’envisager que Peugeot et Opel vont tomber dans le giron de Fiat et de Chrysler qui vont mettre la main sur deux entreprises à présent florissantes et disposant d’usines performantes avec du personnel hautement qualifié. Comme aux États-Unis, Trump ne laissera pas fermer de nouvelles usines automobiles, il faudra bien que ça se fasse ailleurs et ailleurs, c’est en Europe.

 

Cependant, là n’est pas le plus important. Peugeot a dores et déjà fait savoir qu’il visait la suppression des doublons. Or, s’il y en a déjà avec Opel, il y en a encore plus avec Fiat et Chrysler. Par conséquent, ce sont des unités de production (mais pas tant que ça), des bureaux d’études (surtout) et de sous-traitants qui vont faire les frais de cette rationalisation. Dès l’annonce, le titre de FCA a pris 9 % tandis que celui de PSA a pris 2 %. Autrement dit, les actionnaires ne s’y trompent pas et font le pari d’une optimisation de leurs avoirs. Peu importe par quel moyen. On parle d’une fusion entre égaux mais de quel égalité s’agit-il ? En l’état actuel, Fiat-Chrysler est l’homme malade de la construction automobile avec ses gammes vieillissantes dues à un manque criant d’investissement et ne tient que par ses modèles Dodge et surtout Jeep à forte valeur ajoutée. De son côté, renfloué par l’État français, Peugeot a redressé ses comptes et monte en puissance. Par conséquent, mettre à égalité PSA et FCA revient à rabaisser le premier et entretenir l’idée que le deuxième le vaut. C’est bien M. Elkann qui restera président du groupe tandis que M. Tavarès sera directeur-général. La presse française s’empresse d’affirmer que ce sera lui le véritable pilote. N’empêche qu’il ne sera que n°2 mais dans le tour de table, PSA disposera de 6 membres contre 5 pour FCA. De son côté, la famille Agnelli deviendra le premier actionnaire de la nouvelle entité à hauteur de 15%, la famille Peugeot, la BPI (pour ne pas citer l’État et donc les contribuables français) et Dongfeng possèderont environ 6% chacun. Le schéma proposé prévoit un dividende spécial de 5,5 milliards d'euros pour les actionnaires de FCA. Où l’on voit qu’il n’est pas beaucoup question d’automobile dans cette affaire. Le siège se trouvera aux Pays-Bas alors même qu’aucune des quatre têtes du nouveau groupe n’y a des intérêts. Par conséquent, on assiste, non pas à un regroupement de constructeurs automobiles mais à une concentration des activités financières.

Pour les actionnaires, que le nouveau groupe fabrique des automobiles, des avions, de la chimie, de l’informatique, n’a aucune espèce d’importance. Ce qui leur importe, c’est le rendement de leurs actions. Ce regroupement qui va rassembler la production sur quelques sites, la plupart hors d’Europe où la main d’œuvre est la plus chère, est d’abord une opération pour les actionnaires et les financiers. C’est aux Pays-Bas que se trouvera la présidence qui sera confiée à M. Elkann de chez Fiat-Chrysler tandis que M. Tavarès de PSA, se verra confier la Direction générale. Ceci aurait dû faire réfléchir les commentateurs français qui présentent la fusion comme une prise de contrôle de Fiat-Chrysler par Peugeot. Quel crédit accorder à de tels journalistes !

 

L’important, dans le capitalisme moderne, ce ne sont pas les unités de production ni les produits mais le capital financier et les dividendes. C’est le jeu des marchés financiers qui détermine la valeur d’un titre. Ainsi, jusqu’à présent, FCA n’a pas investi en R&D pour pouvoir dégager le maximum de profits donc la fusion ou l’acquisition de PSA va lui permettre de mettre la main sur

une technologie innovante et de respecter les futures normes d'émission de CO2 notamment. En clair, la synergie dont on nous rebat les oreilles va profiter à Fiat-Chrysler jusque là peu préoccupée d’investir (pertes comptables et risques) afin d’offrir le maximum de rendement à ses actionnaires.

Tout le monde a souligné que le siège social se trouvera en Hollande où FCA se trouve déjà malgré sa base financière en Grande-Bretagne et pas aux É-U ou en Italie comme il serait logique. Par conséquent, on voit bien que la construction automobile est anecdotique dans ce montage financier que représente le rapprochement entre Fiat-Chrysler et Peugeot-Opel. Peugeot n’est plus qu’un nom de marque, tout comme Opel ou, avant elles, Renault et encore plus loin, Citroën. Fiat-Chrysler appartient majoritairement à la société d’investissement Exor dirigée par John Elkann que les journalistes français présentent comme héritier de la famille Agnelli en oubliant juste qu’il n’est pas italien mais est surtout héritier de la famille de banquiers Elkann. Le reste de FCA est détenu par divers fonds de pension disposés à aller investir ailleurs au moindre signe de faiblesse.

Les mêmes journalistes insistent sur l’aspect familial de Peugeot en oubliant que pour pouvoir redresser l’entreprise qui a accumulé les erreurs stratégiques depuis un demi-siècle au moins, il a fallu limiter la participation de la famille Peugeot au capital à 12,5 %, c’est à dire autant que Dongfeng (au départ un partenaire pour l’implantation de Peugeot en Chine) et l’État français, vilipendé pendant des décennies par Peugeot mais qu’ ils ont été contents de trouver pour maintenir l’entreprise et l’emploi, préoccupation première du Gouvernement. Notons que les commentateurs ne parlent jamais de l’État (et donc des contribuables français) mais de la BPI car, chaque fois que l’État joue un rôle déterminant, il est nommé par un euphémisme quelconque, « fonds souverain » ou par celui d’une de ses structures ad hoc, comme la CDC ou, ici, la BPI.

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Pour comprendre les forces en présence, il suffit de jeter un coup d’œil sur les catalogues des deux groupes. Quand Peugeot présente au Salon de l’Automobile de Paris en 2018, son prototype « e-Legend », coupé de sport électrique, qui rappelle la mythique Ford Mustang, Fiat décline une nouvelle version de sa « 500 », elle-même une adaptationpremiumde la mythique petite « 500 » des années d’après-guerre qui symbolisait le « miracle italien ». Peugeot et Citroën règnent sur les rallies depuis des décennies et a même tenté une incursion dans la Formule 1 tandis que Fiat et Chrysler ne disposent d’aucune vitrine et avancent en roue libre avec le prestige passé des marques qu’ils ont acquises au fil du temps, Alfa-Romeo, Jeep, Lancia, Maserati. Ferrari a beau arborer le logo de Fiat sur ses modèles de compétition, tout le monde parle de Ferrari et il ne viendrait à l’idée de personne de dire que Fiat remporte la coupe des constructeurs. Peugeot-Citroën, même avec Opel, a plus à perdre qu’à gagner dans cette affaire. Certes, le groupe français n’est pas de taille pour la mondialisation et s’est fait tailler des croupières, depuis longtemps, sur son marché extérieur traditionnel, l’Afrique et le Moyen-Orient où les Japonaises et maintenant les Indiennes, moins solides mais beaucoup moins chères (donc renouvelables plus souvent) lui ont pris la première place. Il conserve néanmoins une bonne réputation sur son marché intérieur. Croire qu’adossé à Chrysler, Peugeot pourra conquérir l’Amérique est une illusion. D’autres ont essayé et s’y sont cassé les dents. Le succès de VW sur le nouveau continent ne s’explique que par la germanophilie des États-Unis. Et ce n’est sûrement pas avec une marque premium comme DS que Peugeot va s’imposer face à Pontiac ou même à Lexus. En revanche, FCA aura tout loisir d’utiliser la technologie Peugeot pour les modèles de leurs marques et, pour faire de nouvelles économies d’échelle, ils prendront peu a peu la place des Peugeot et des Citroën sur le marché européen puis français.

 

On relira :

les DS ont soif

Les boyards

Les boyards et après ? réponse de Jérémy

Considérations autour de la bagnole (réponse à Jérémy)

 

et aussi :

https://www.francetvinfo.fr/economie/industrie/mariage-psa-avec-fiat-chrysler-le-conseil-d-administration-de-psa-donne-son-feu-vert-les-syndicats-optimistes-mais-vigilants_3681995.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20191031-[lestitres-coldroite/titre3]

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/psa-et-fiat-chrysler-discutent-d-une-fusion-831947.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20191031

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/pourquoi-fiat-est-condamne-a-fusionner-826249.html

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/psa-et-fiat-chrysler-discutent-d-une-fusion-831947.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20191101

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-mot-de-l-eco/le-mot-de-l-eco-automobile-les-grandes-manoeuvres-avec-le-projet-de-fusion-psa-fiat-chrysler_3665495.html

https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/psa-et-fiatchrysler-discuteraient-fusion-1796235.html

https://www.20minutes.fr/economie/2639599-20191029-peugeot-fiat-chrysler-discutent-fusion-entre-egaux
 

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01 novembre 2019

Rentrée Rétro sur Inter en 2019

Pour commencer, un vrai moment d’émotion dans « L’instant M » du jeudi 24 octobre 2019. Mme Devilers qui venait d’affirmer qu’en 1979, notre radio s’appelait « Paris Inter », n’arrive pas à se maîtriser à la fin lorsqu’elle évoque avec le photographe iranien Réza, l’enterrement à Paris d’un journaliste iranien. C’est pour ça qu’on aime la radio. On ne triche pas. Tout s’entend.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-24-octobre-2019

Nous épinglons assez souvent cette émission, pour ses liaisons différées et quelques points de vue parisianistes pour ne pas saluer une nouvelle fois, le très bon boulot effectué sur les médias et ce moment rare où l’animatrice et l’invité sont saisis par le sujet traité. Respect !

 

Ce préambule annonce d’autres félicitations. Inter nous a régalé tout l’été avec des concerts et paraît recommencer dès la rentrée. Pourvu que ça dure, d’autant que, le vendredi, à 21 h, il y a une des rares émissions en direct et public. Dommage que cet ancien dépôt ferroviaire, connu sous le nom de « Charolais » (car construit le long de la rue du même nom) , s’appelle désormais « Ground Control ». Qu’est-ce que ça veut dire ?

Au mois de septembre, M. Demorand nous a aussi régalé avec le choix de ses invités : Edgar Morin, Thomas Piketty, Pascal Bruckner, Régis Debray, Boris Cyrulnik, Edward Snowden, Alain Finkielkraut, François Sureau, Christiane Taubira. À noter que, le vendredi, Mme Salamé, habituellement absente pour préparer son émission de télévision, a tenu à être présente face à ses invités. Le reste n’est pas à l’avenant. On ne peut pas tutoyer l’excellence en permanence et il faut apprécier ces grands moments avec des invités prestigieux. Le problème principal reste le peu de temps laissé aux auditeurs qui appellent et la curieuse sélection des questions, parfois. Ainsi, mercredi 25 septembre 2019, une seule auditrice à l’antenne et pour une question sur la disparition annoncée de la librairie de Tourcoing à M. Darmanin, Ministre des Comptes-publics. Il répond longuement bien entendu. Ensuite, les deux animateurs voulaient se garder du temps pour interroger le ministre sur la réforme de l’audiovisuel public et la création de France-Média annoncée le matin. Nous y reviendrons. La veille, aucun auditeur à l’antenne et juste une courte lecture des questions posées sur l’application.

 

Un autre coup chapeau pour M. Goumarre et son « NRV ». Cette émission a changé plusieurs fois de formule depuis sa création voici six ans. Au début, on avait l’impression de renouer avec le « Pop Club » mais dans une version actuelle. L’an passé, les deux parties distinctes ont semblé consacrer un format intéressant : magazine (avec le sempiternel « mon invité aujourd'hui est ») et chanson en direct (ou non) en première partie et la deuxième partie, tournée vers l’actualité mais avec le recul pour la réflexion, confiée à M. Christophe Bourseiller. Il arrive dès la première heure à présent tandis que 5 minutes de chanson en direct concluent avant le journal de 23 heures. Regrettons juste cette bizarrerie qui consiste à pouvoir écouter l’émission dès 18 heures pendant que d’autres émissions passent à l’antenne en direct. Curieuse concurrence interne. Déjà qu’Inter entend concurrencer les autres stations du groupe Radio-France. Ensuite, on retrouve les grandes archives de France-inter, autrement dit, on peut ré-écouter une série ou un thème traité à partir des archives. Parait-il que ça ne plaît pas à tout le monde mais nous pestons suffisamment contre les animateurs qui méprisent ouvertement leurs prédécesseurs et contre le fait qu’on ne rende pas hommage aux disparus pour ne pas féliciter cette initiative qui permet de ré-écouter de bons moments. Toujours intéressant d’entendre ce qu’on savait faire avant. Avant, c’était avant la réforme annoncée de l’audiovisuel public.

On s’achemine donc vers un projet de holding qui vise surtout à faire diminuer le budget de l’ensemble des chaînes, stations et sociétés concernées. Officiellement, on s’en tient à la ligne directrice : « il faut faire des économies ». Tout le monde approuve car ça veut dire moins d’impôt et moins de redevance.

Dans la réalité, on veut que l’audiovisuel de l’État fasse mieux avec moins de moyens (car on limitera son recours à la publicité). On sait pertinemment que ce n’est pas possible. Par conséquent, on veut la fin de l’audiovisuel public comme on veut la fin de tous les services publics et du modèle français. La France doit devenir un membre lambda des institutions auxquelles elle appartient et ne plus proposer la moindre esquisse de modèle alternatif, surtout s’il est performant. On s’ingénie à le rendre moins performant pour justifier sa suppression.

 

Sinon, la couleur de l’antenne est tout à fait rétro en cette nouvelle saison. Explications. Inter ressemble à s’y méprendre à Fréquence Gay, une de ces stations nées de la vague des radios libres au début des années 1980 et qui ont permis à la communauté gay de se faire connaître, loin des clichés méprisant qui avaient cours jusqu’alors. Comme la grille n’est pas extensible (d’autant qu’il n’y a plus que des rediffusions la nuit), Inter propose aussi des émissions gays uniquement sur l’Internet et M. Demorand se propose d’expliciter ce que signifie le sigle LGBTQ+ (car chaque pratique veut avoir sa lettre et, pour le moment, on s’est arrêté au Q) et notamment « queer » avant de nous renvoyer au site Internet. Observons qu’il y a de plus en plus de renvois au site Internet ou au podcast. On a l’impression que le support radiophonique tend à devenir anecdotique et que les vrais reportages, les grandes enquêtes se trouvent désormais sur le site, les entrevues complètes aussi. La radio perd du terrain y compris sur la principale station de radio française. Toujours dans le rétro mais encore plus ancien avec la nouvelle émission « Modern Love » (pourquoi encore un titre anglais?) le dimanche en début de nuit. Certes, il a fallu trouver quelque chose dans la précipitation après le retrait de M. Baer qui n’avait pas vraiment convaincu l’an dernier mais qui était prévu dans la grille. « Modern Love », c’est le retour de Ménie Grégoire. On objectera que plus personne ne se souvient de Ménie Grégoire et que ce rappel ne peut venir que d’un vieux, donc hors-jeu. Tout de même, il est effarant que, dans le style comme dans les sujets abordés et même l’intonation des auditeurs qui passent à l’antenne, on retrouve, à l’aube de la troisième décennie du 21e siècle, un décalque d’une émission qui a connu le succès trois décennies avant la fin du siècle dernier. Pour le reste, nous avons pointé des émissions qui tournent plus au moins autour de la même thématique. Pour enfoncer le clou, « Modern Love » du 27 octobre 2019 demande comment définir et incarner correctement la transidenté et la transition avec notamment les « films transgenre ». Les émissions interactives se consacrent, successivement aux thèmes liés à la PMA et à la version française de « me too » en sachant qu’il y a des passerelles établies entre les deux.

 

Un mot sur M. Trappenard qui ne se retient désormais plus. On devine que son émission comporte dans son cahier des charges l’obligation de rendre compte de l’actualité culturelle et cette contrainte lui pèse de plus en plus. Il ne cache plus qu’il est excédé à l’idée de perdre 2 minutes pour informer sur les événements parisien ; car l’émission s’adresse d’abord aux Parisiens et à quelques provinciaux qui ont le bon goût de vouloir se cultiver comme de vrais Parisiens. Voici comme M. Trappenard annonce l’actualité culturelle le 24 septembre 2019 : « Celle qui se noie dans un verre d’eau, avec son actualité sordide et putassière : c’est la culture, évidemment. ». S’ensuit un sujet sur Degas à l’opéra. Le 1er octobre 2019, il récidive : « C’est la culture et son actualité bonne pour le vide-ordure. ». S’ensuit la voix de Jessye Norman morte la veille ; bonne pour le vide-ordure, donc… Or, c’est tous les jours qu’il y a une introduction intentionnellement péjorative.

 

Le gros de l’actualité médiatique de cet automne aura été l’arrestation de Dupont de Ligonès. Déjà, plus personne ne souvient exactement de l’affaire. Or, les radios (RTL y a consacré l’essentiel de sa matinale) ont consacré un temps illimité à ce sujet. Pourtant, quels que soient les crimes de cet individu, il n’est ni l’ennemi public n°1, ni un tueur en série. S’il est nécessaire de l’arrêter et de le châtier pour avoir fait couler le sang, il ne représente pas un danger pour la société qui justifie qu’on interrompe le cours normal des émissions pour statuer sur les conséquences de l’arrestation. En plus, on apprendra rapidement qu’il s’agissait d’une erreur judiciaire due à une dénonciation anonyme et que le prévenu n’était pas le meurtrier en cavale mais un quidam qui rejoignait son épouse en Grande-Bretagne. Comme dans les dérapages précédents*, les médias n’ont pas jugé utile d’adopter un profil bas. Pis, ils ont retourné la situation à leur avantage en prétendant qu’ils ont rapidement émis des réserves sur le suspect arrêté. On se souvient qu’il n’en a rien été.

Le rendez-vous d’Inter avec la médiatrice l’a évoqué mais il est pipé comme d’habitude. Ainsi le traitement de l’affaire Dupont de Ligonès : la directrice de l’info se focalise sur les doutes que la rédaction a, soit-disant, commencé à avoir très tôt. En fait, on voit comment les questions sont contournées et que le fond du problème est éludé. Les journalistes ne sont pas en cause pour s’être trompés (l’erreur est humaine) mais pour avoir consacré autant de temps à un fait divers dont plus personne ne se souvient. La médiatrice oppose le même type de réponse à côté au sujet de Le Pen. À partir du moment où le RN fait partie du paysage politique, on ne peut leur interdire l’antenne. Certes mais ce qui pose problème, c’est d’inviter JMLP qui n’a plus de responsabilité dans son parti et qui est retiré de la vie politique. Seulement, les journalistes espèrent toujours qu’il va sortir une monstruosité qui va occuper les rédactions pendant des jours et des semaines et se dispenser de traiter d’autres sujets d’actualité qui demandent davantage de moyens.

annette ardisson

Pour terminer, on a annoncé le vendredi 11 octobre, la mort d’Annette Ardisson. On ne l’imaginait pas retraitée car elle a gardé jusqu’au bout une voix de jeune femme. Pour une fois, on en a parlé un peu puisque, dès le vendredi soir, Mme Alexandra Ackoun y a consacré un sujet pendant le dernier journal parlé puis, le lendemain, M. Serge Martin a terminé son journal de 8 heures avec l’évocation de sa consœur avant que Mme Patricia Martin ne se souvienne que, lorsqu’elle animait la matinale, c’était elle qui se chargeait de l’entrevue politique. Heureuse époque où la matinale était décontractée, où l’entrevue politique ne débordait pas, où l’on passait des chansons qu’on fredonnait en partant au boulot. Le bémol, c’est que l’hommage à Annette Ardisson a empiété sur l’entrevue avec Mme Clémentine Autain (les entrevues du week-end sont déjà plus courtes qu’en semaine) et non pas sur celle avec l’invité qui s’est répandu sur l’arrestation de Dupont de Ligonès.

 

https://www.franceinter.fr/info/annette-ardisson-une-grande-voix-de-france-inter-s-est-eteinte

https://www.francetvinfo.fr/economie/medias/annette-ardisson-l-une-des-premieres-femmes-redactrice-en-chef-de-france-inter-est-morte-vendredi-a-l-age-de-69-ans_3654833.html

https://www.ouest-france.fr/normandie/calvados/trouville-annette-ardisson-voix-de-france-inter-est-decedee-6560822

 

 

* Timisoara, la guerre du golfe de 1991 notamment

 

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29 octobre 2019

Plusieurs formes de ruralités (par Jérémy)

"Pour avoir vécu longtemps à la campagne, et vivre actuellement en moyenne-montagne, je te dirais qu'à l'échelle de la région que je connais un peu, à savoir la Haute-Provence, il y a plusieurs formes de ruralités, et celles-ci ne jouent pas sur le même registre.

Par ici, région enclavée, les circuits courts existent à l'échelle de toutes petites exploitations qui vont proposer leurs produits maraîchers aux marchés des villes et villages. C'est donc du direct producteur/consommateur, bio ou pas bio.

Brève parenthèse sur le bio : à cet égard, le scepticisme prévaut dans nos campagnes où s'ancrent, de par la connaissance du terrain, des notions basiques de géologie et d'hydrologie qui échappent au citadin prêt à payer une blinde de quoi se composer une salade bio. En clair, on peut certes cultiver des salades dans une terre engraissée au fumier de cheval, mais ça n'empêchera pas le paysan en amont d'utiliser des engrais chimiques et d'épandre généreusement des pesticides sur ses cultures. Le mouvement naturel des eaux, du drainage alluvial et du vent viendra contrer la bonne volonté du paysan adepte du fumier de cheval. A moins de transplanter des serres sur la lune, le bio de chez bio restera malgré ce qu'en affirment ses défenseurs, une légende... urbaine !

On revient aux circuits courts. Petites exploitations donc, cantonnées sur une poignée d'hectares, où les produits maraîchers sont écoulés sur les marchés et via les AMAP (http://amap-aura.org/une-amap-cest-quoi/). Cela reste quand même assez marginal. Côté viandes et charcuterie, il existe des initiatives analogues, localisées sur une petite région, qui vont faire vivre les petits éleveurs du coin et diffuser les produits locaux par l'établissement de partenariats avec la grande distribution et par le biais des supérettes. Même chose pour les fromages. Ces circuits courts existent donc, parallèlement à la diffusion en grande distribution de fruits et légumes dûment calibrés aux normes UE tels qu'on les trouve en ville et dans les hypers de grande banlieue. Fruits et légumes dont on dira qu'ils auront subi les derniers outrages, mais ils sont à la portée des bourses les plus plates et par ailleurs, lorsque la grande distribution propose à vil prix des produits hors-saison, elle ne fait que répondre à la demande d'une clientèle adepte de ce qu'un personnage de Paul Auster, journaliste cynique d'une gazette de l'Amérique profonde, qualifiait de "Californication" (rien à voir avec la série TV éponyme), à savoir l'imprégnation dans les esprits citadins d'un présumé mode de vie californien, où l'on consommera n'importe quels produits naturels quelle que soit la saison, endives en plein été, tomates en hiver, etc. A noter que cela s'explique par le climat subtropical de la Californie, sa configuration et son étendue géographique du nord au sud, qui permet justement d'obtenir à peu près tout ce qui peut être produit en termes de végétaux comestibles à n'importe quelle période de l'année. Comme nous ne sommes pas en Californie et qu'à une demande il convient de proposer une offre lorsqu'il est question de faire du profit, on va recourir à cette agriculture détestable telle qu'elle est pratiquée sur les plateaux andalous et dans ces vastes hangars où l'on cultive hors-sol toutes sortes de légumes disponibles toute l'année et parfaitement insipides. Et comme on veut avoir de la viande dans son assiette sans passer par le boucher, quand il en reste, qui en proposera de qualité mais un peu plus chère, car le boucher a des charges à payer, on va l'acheter dans les grandes surfaces où le rôti hâtivement ficelé sera vendu entre 4 et 6 €, où le steak sous blister sera disponible à partir de 4 €, où le poulet gorgé d'eau qui n'a jamais connu la glèbe sera proposé entre 3 et 6 €. Plus cher, il s'adornera d'un label qui ne prouve rien, on l'a vu récemment.

De récents accords visent à importer massivement de la viande venue d'outre-Atlantique, comme sont massivement importés des antipodes des avocats saturés de pesticides, comme on importe massivement des crevettes du Honduras et des filets de pangas du Vietnam. L'ennui, c'est que le consommateur n'est ni aveugle ni sourd, et même accablé par des fins de mois qui commencent autour du 15 du mois, il y regardera à deux fois avant d'acheter n'importe quoi. L'avocat disponible en grande distribution est soit dur comme la pierre soit en voie de putréfaction, et il reste sur les étals. De même que les fruits d'été passés par le congélateur. De même que la tomate si parfaite qu'elle a l'air en plastique, dont il sait qu'il ne percevra pas la saveur. De même que le poisson exotique dont une recherche sur le web lui expliquera dans quelles conditions il est pêché. De même que la viande nord-américaine conçue pour le hamburger proposé dans les fast-food, et provenant d'exploitations gigantesques où le bétail est alimenté par hélico. Il y a une réaction saine du public à l'égard des abominations que l'on doit à la mondialisation, et même si elle est encore au stade embryonnaire et ne touche qu'une partie de la population soucieuse de s'informer et disposant des moyens de consommer différemment, elle existe et ne demande qu'à s'étendre.

Plusieurs formes de ruralités ne boxant pas dans la même catégorie. L'agriculteur venu réveiller le préfet, l'autre jour, au volant de son gigantesque tracteur décoré de banderoles décrivant son chemin de croix, n'est pas l'agriculteur décrit plus haut, qui a un tout petit tracteur, dont l'exploitation est familiale, qui vend sur les marchés, outre ses fruits et légumes de saison, le lait de ses quelques vaches et va écouler ses moutons auprès de l'abattoir voisin où se fournira le producteur local de viandes et de charcuterie, tout en faisant travailler une cinquantaine de personnes à l'année, plus le personnel de l'abattoir local précité. Petit paysan qui va arrondir le mois en proposant des séjours à la ferme, des locations en gîte, en créant sur son terrain une activité ludique de pêche à la truite. Ou qui va intégrer le réseau AMAP. Lequel petit paysan ne laissera pas son troupeau d'ovins paître sans garde dans la montagne, pour se plaindre ensuite qu'un grand méchant loup est venu le décimer. On s'est souvent demandé, dans le coin, pourquoi la question du loup se pose en France et pas chez nos voisins italiens. Pourquoi elle se pose dans les Alpes et moins dans les Pyrénées. Il suffit de se promener en montagne et de constater l'absence d'un berger. Pas toujours et pas partout. Dans les alpages du Queyras subsistent des bergers. Dans l'Ariège perdure une vieille tradition de bergers qui à maints égard rappelle celle du compagnonnage. Ici le loup, là-bas l'ours, créent des antagonismes entre paysans et ceux, favorables au respect de la vie sauvage, que les premiers qualifient de bobos-écolos. lesquels objectent que les Italiens s'accommodent de la présence du loup et les Espagnols de celle l'ours. Débat sans fin, là encore, où se profilent, en arrière-plan, l'appel constant à des subventions toujours insuffisantes, l'emprise des assureurs, le poids des charges.

Une bergère me disait un jour que l'on trouvait difficilement quelqu'un pour sacrifier ses week-ends et ses fériés à une vie solitaire dans la montagne contre un maigre salaire qui obligeait à avoir des à-côtés, que les lycées agricoles forment des bergers disposant des moyens de posséder leur propre cheptel et d'en assurer eux-mêmes la garde, qu'un seul salaire pour quelques mois d'estive suffit à grever par les charges qu'il implique le budget d'une exploitation, sans compter les frais que suppose l'achat d'au moins deux patous, l'éducation à leur apporter, les soins à leur prodiguer, les frais annexes de ravitaillement, de transport sur place de pains de sel, par hélico lorsque l'alpage est retiré, et toute la paperasserie décourageante que cela implique. Problème qui se pose différemment en Italie où il n'y a pas de Sécu, ou d'une façon comme d'une autre, la combinazione vient à bout des barrières bureaucratiques les plus tenaces, où le berger s'y retrouve sans avoir l'impression d'avoir à joindre les deux bouts à la fin de la saison.

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Paysans mal-aimés aussi parce que chasseurs invétérés des terroirs gagnés par des néo-ruraux pour qui la chasse est une tuerie, pour qui randonner, ramasser des champignons, suppose de composer avec "les bouseux en kaki", lesquels entretiennent par leurs pratiques et leurs traditions petites villes et villages dans des arriérismes de mauvais aloi. Paysans mal-aimés pour être vus par les citadins comme des pompes à subventions, et dans certaines régions, comme des profiteurs qui engrangent des fortunes contre la vente de quelques arpents de terre bien placés à un promoteur de lotissements, et dans certains terroirs, comme des héritiers de carrière implantés dans les mairies et les conseils départementaux où leur statut de propriétaires terriens leur donnera toute latitude de faire la pluie et le beau temps, d'empêcher l'implantation d'une zone d'activités pourvoyeuse d'emplois, d'un bras autoroutier favorisant la desserte d'une petite ville, la création d'une base de loisirs. Paysans mal-aimés pour quelques faits rapportés de maltraitance animale, de pollution des terres par l'épandage de pesticides, d'herbicides et l'abandon de lisier voué à s'écouler dans les nappes phréatiques, paysans réputés à l'affût des petites magouilles couvertes par le cousin gendarme, le beauf maire à vie du petit bled, dont le 4X4 va carburer au mazout détaxé, qui va poser ses pièges ici et là et braconner sans souci des sanctions du garde-chasse, tenu en respect surtout s'il n'est pas du coin, surtout si c'est une femme, qui va trouver ses pneux régulièrement crevés.
Rien n'est tout rose au pays des antagonismes et la campagne en est. Si le bonheur est dans le pré, c'est plus souvent au bord de la piscine d'une bergerie rénovée qu'au fin fond des terroirs où les uns et les autres ne parlent pas la même langue, et ce n'est pas là affaire de patois."