la lanterne de diogène

22 septembre 2016

Sarkozix

Cette rubrique où je m’autocongratule n’est pas la plus remplie et pourtant…

 

Cette fois – comme quoi tout peut arriver – c’est l’ancien Président de la République, j’ai cité M. Nicolas Sarkozy, lui-même, qui apporte de l’eau à mon moulin. Je fais même d’une pierre, deux coups puisque je rappelle que j’ai ouvert ce blog pour proposer un angle de vue essentiellement différent de ce qu’on entend partout.

Notre ancêtre Astérix

Astérix a trouvé Alésia

Lorsque je prétendais et tentais de démontrer que notre ancêtre n’est pas un « Gaulois inconnu », sans visage ni sépulture, mais un petit bonhomme, inventé par le génie de René Gossiny et le crayon d’Al Uderzo. La ficelle est classique : on transpose dans un monde imaginaire, notre société contemporaine afin de pouvoir mieux la critiquer. La Fontaine, en son temps, avait choisi de mettre en scène des animaux. Dans notre monde contemporain, les animaux sont connotés enfantins. D’où le mépris pour les fables de La Fontaine et leur éviction progressive des programmes scolaires. Montesquieu a eu recours à des chroniqueurs iraniens imaginaires. Gossiny et Uderzo ont préféré transposer dans une Histoire imaginaire les travers de notre monde. À l’époque, il s’agissait de moquer la France des années d’expansion et la France gaulliste avec ses antagonismes et ses modes délirantes.

Le succès a été tel que la fameuse bande dessinée s’est imposée comme une référence après avoir investi de nombreux domaines, parmi lesquels ceux qui sont familiers du grand public. Outre les journaux, Astérix a fait des incursions à la radio, sous forme de feuilleton, au cinéma d’animation (logique), et surtout dans la publicité. Ceux qui avaient la bonne idée de s’offrir les services d’Astérix étaient assurés du succès. D’autant plus que la publicité se déclinait sur différents supports, y compris les magasines de BD concurrents de Pilote dont le slogan était : « Le journal d’Astérix ». La prise au sérieux de la BD, considérée comme le 9e art, a eu pour première conséquence un déplacement du rapport à la caricature constituée par Astérix. Conjugué avec l’éducation de masse, on a pris l’habitude de croire qu’Astérix évoluait dans le monde tel qu’il était à son époque. D’ailleurs, il y croise des personnages réels comme Cléopâtre et Jules-César, tout comme Alix, autre héros de la bande dessinée historique. Comme au cinéma, on a pris l’habitude de considérer deux genres : les comédies et le cinéma réaliste. Finalement, Astérix et Alix traitent également la même période, sauf qu’un prétend faire rire tandis que l’autre privilégie l’aventure humaine. Finalement, avec les deux, « on apprend des choses ». Cette formule a été très en vogue à une époque où l’on se piquait de vouloir « apprendre des choses » tout en se divertissant. La société des loisirs est passée par là. Elle complète parfaitement l’école laïque et obligatoire prolongée, comme par hasard, à la même époque, jusqu’à 16 ans ainsi que la société de consommation en pleine apogée.

 

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On a tous en tête cette carte de « la Gaule » en tête des albums. C’est le point de départ de la confusion qui n’avait pour but que de caricaturer l’hexagone et montrer ce qu’il en était auparavant. Rappelons aussi que c’était l’époque où l’idée de régionalisation pointait après le livre de Lafont paru en 1958. Donc, notre duo facétieux a calqué cette idée pour rappeler les noms des régions d’autrefois, des « provinces » selon le terme romain. De même que le latiniste Gossiny aimait à rappeler les noms des villes du temps des Romains ; à commencer par Condate (Rennes) qui n’était pas un nom latin. Dès qu’on a survolé cette page de garde, commence le véritable mythe astérixien d’une France qui s’appelait la Gaule avant (avant quoi?), peuplée de Gaulois, nos ancêtres, et possédant déjà cet esprit frondeur au point de résister à l’envahisseur romain. Ne pas oublier que les adultes de l’époque avaient presque tous connu l’occupation allemande et qu’on en voyait encore des traces.

Comme l'a fait remarquer un internaute, Soyons aussi honnête de dire que le débat sur les Gaulois est une façade bien rigolote qui permet de se moquer de notre cher ancien président. 24 heures après sa saillie sur « nos ancêtres les Gaulois », il n’est certainement pas anodin de constater que tout ce qu’on lui a opposé sur le mode humoristique appartient au registre astérixien, à commencer par Sarkozix et en continuant avec la relance de l’industrie du menhir. Justement, le menhir comme les sangliers, sont les marques de fabrique d’Astérix. Aujourd’hui, les deux auteurs devraient probablement les breveter. Seulement, à l’époque, la bande dessinée n’avait pas cette prétention et pour caricaturer les années d’expansion, les auteurs ont eu l’idée géniale d’inventer une industrie du menhir, à côté de la fabrication artisanale des serpes d’or et de la chasse au sanglier.

 

D’un autre côté, la force des médias est telle aujourd’hui qu’à peine un discours commencé, qu’on le commente sans attendre la suite et la fin. De tout le discours de M. Sarkozy, on n’a retenu que « nos ancêtres les Gaulois ». Dès lors, on considère que si lui le dit, c’est forcément pour le revendiquer et le jeter à la figure de ceux qui ne sont pas d’origine gauloise. Peu importe le reste de la phrase. Peu importe qu’il ait rappelé aussitôt ses propres origines étrangères et invité tous ceux qui sont dans son cas à « assimiler » le récit national du pays d’accueil. Des journalistes un peu plus consciencieux ont ressorti un de ses discours datant d’il y a dix ans et dans lequel il rappelait que la France était constituée d’une population d’origines multiples. Dans son esprit, les deux ne sont pas contradictoires puisqu’il appelait simplement à revendiquer l’Histoire d’adoption, à la manière des convertis.

 

On observera aussi que cette paresse intellectuelle consistant à isoler une formule et la commenter à l’envi, a accompagné les sketches des « Guignols de l’info » au point d’être tenus pour la réalité. C’est d’ailleurs ce qui se passe avec Astérix : il suffit de quelques détails empruntés au réel pour faire vrai. Ainsi, le livre écrit par Thierry Rolland « Tout à fait Jean-Michel » est devenu « tout à fait Thierry » après la parodie du célèbre duo par « les Guignols ». Idem pour « le monsieur te demande ». « Mangez des pommes ! », lancé par les mêmes « Guignols » pour se moquer du vide du programme du candidat Chirac à la présidentielle est devenu l’emblème de sa campagne électorale sur les conseils de la propre fille de M. Chirac qui avait bien compris qu’on ne pouvait pas lutter contre la prescription médiatique et qu’il valait mieux s’en servir. Bien lui a pris puisque M. Chirac avec la pomme comme emblème a remporté l’élection.

 

Le plus aberrant dans l’affaire, c’est qu’il est parti, lui aussi, comme ses contradicteurs, du postulat selon lequel on a tous appris à l’école « nos ancêtres les Gaulois ». Pourtant, bien peu sont les personnes encore en vie à avoir appris cette formule. C’est exactement comme ces gens qui prétendent, pour se mettre en valeur, qu’ils étaient très mauvais à l’école et qu’ils étaient toujours assis au fond de la classe, là où il y avait « le » radiateur. Comme si, dans la France de l’après-guerre, il n’y avait pas le chauffage central avec plusieurs radiateurs dans les classes et, pour ceux qui ont connu les « préfa » (modules préfabriqués), il y avait un poêle à mazout unique, certes, mais près du tableau, donc ceux qui choisissaient de délaisser l’école obligatoire, se retrouvaient au contraire dans la zone la moins chauffée, au fond de la classe. Peu importe, tout le monde jure avoir passé sa scolarité, « au fond de la classe près du radiateur », avoir copié cent fois des lignes moralisatrices, avoir appris « nos ancêtres les Gaulois ». Quand Boris Vian, a écrit la fameuse chanson, c’était précisément parce que son copain Henri Salvador lui avait dit avoir appris cette formule à l’école guyanaise où il usait les bancs. Salvador est né en 1917 et Vian en 1920. Or Vian ne connaissait pas cette formule. On peut supposer raisonnablement qu’on se servait dans les département d’outre-mer (colonies à l’époque) de manuels scolaires obsolètes, qu’on y usait les invendus des éditeurs et les rebuts de la métropoles. Donc, le petit Henri a appris l’Histoire de France dans des manuels déjà hors d’usage dans l’hexagone ; d’où l’étonnement puis l’amusement de Boris Vian. Peu importe, cette formule, tout le monde, à commencer par M. Sarkozy, jure l’avoir apprise. C’est que, dans les années 1980, quand on a parlé de « droit à la différence », on l’a ressortie pour signifier qu’on ne voulait plus en entendre parler et qu’il fallait considérer la population avec origines différentes. Depuis, la formule décriée sert à dénoncer le mépris des Français d’origines européenne à l’encontre des autres et, plus couramment, les difficultés à l’embauche pour ceux qui n’ont pas une tête de Gaulois ; pour reprendre la terminologie employée dans ces cas-là. Par extension, nombre de laissés pour compte en raison de la discrimination au faciès (embauche, contrôles policiers) utilisent le mot « Gaulois » pour injurier ceux qui sont d’origines européennes. Un certain discours (celui de l’extrême-droite) choisit de revendiquer ce qui est devenu une insulte et de se l’approprier. En cela, ils reprennent la même phraséologie victimaire que ceux qu’ils entendent dénoncer : nous sommes victimes de racisme anti-français parce que nos ancêtres étaient des Gaulois. Inutile de dire que tout cela est absurde mais, néanmoins, un autre discours visant à culpabiliser le passé colonial de la France, à considérer que les populations issues des anciennes colonies sont par définition victimes, même aujourd’hui, vient renforcer cet antagonisme irrationnel. Ce qu’on appelle le « discours identitaire » (qui ne s’applique qu’aux Français d’Europe) et la « victimisation » (pour ceux qui seraient victimes des précédents) vont dans le même sens qui est celui de monter les gens les uns contre les autres avant toute chose. Ça renvoie chacun à ses origines supposées ou affichées. Il faut qu’on soit tombé bien bas pour en arriver à cette caricature des rapports humains. Pire, il faut qu’on soit tombé bien bas pour que le discours politico-médiatique s’empare de formules oubliées, de parodies de notre monde contemporain, et les impose – et avec quelle facilité – au point de devoir les commenter, les reprendre, les analyser (en 24 heures on ne comptait déjà plus le nombre de réponses argumentées pour prouver que les ancêtres européens des Français n’étaient pas que des Gaulois) et de sommer les gens de choisir leur camp. C’est ce dernier point qui paraît le plus grave ; en même temps qu’il est typique de la manière de (dé)raisonner dans ce pays : tout doit être tout blanc ou tout noir mais certainement d’une des multiples nuances intermédiaires. C’est précisément ce que cherchent ceux qui rêvent d’en découdre par la force. Pourquoi par la force ? Simplement parce que c’est la solution la plus facile à mettre en œuvre par des cerveaux incomplètement formés. En plus, chacun des deux camps est persuadé de remporter une victoire sans appel, surtout avec l’aide de Dieu qu’on ne manque pas d’invoquer quand on ne sait plus quoi dire. Bien pratique, Dieu : personne ne l’a vu, personne ne l’a entendu et l’on peut lui faire dire ce qu’on veut. Ça s’appelle la barbarie.

 

 

http://www.legorafi.fr/2016/09/20/plusieurs-gaulois-genes-dapprendre-quils-sont-les-ancetres-de-nicolas-sarkozy/

http://www.lepoint.fr/politique/sarkozy-des-que-l-on-devient-francais-nos-ancetres-sont-gaulois-19-09-2016-2069668_20.php

http://www.vsd.fr/actualite/polemique-nicolas-sarkozy-enflamme-les-reseaux-sociaux-en-evoquant-nos-ancetres-les-gaulois-16811

http://www.francetvinfo.fr/politique/les-republicains/primaire-de-la-droite/sarkozy-sa-reference-sur-les-gaulois-fait-polemique_1834661.html

http://www.liberation.fr/france/2016/09/20/sarkozix-le-gaulois-attila-de-l-histoire_1503960

http://sarkozix.canalblog.com/

http://www.theatreonline.com/Spectacle/Sarkozix-le-Gaulois/19670

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12 septembre 2016

Claude-Jean Philippe pour le plaisir

Je vous parle d’un temps etc.

C’était du temps où se cultiver était facile, fastoche. La télévision, déjà si décriée par ailleurs, était indigente. Trois chaînes seulement. c’était pépère. Pour se cultiver, s’instruire, il suffisait d’attendre que la première série d’émissions soit terminée. Ça se faisait vers 21 h 30. Une speakerine venait alors nous dire ce qu’on allait voir. Après l’éclatement de l’Ortf, à l’été 1974, les nouvelles chaînes, devenues indépendantes les unes des autres n’avaient eu pas trop le temps d’innover. Il fallait l’ouverture d’esprit et l’immense culture des Julian et Chancel, qui débordaient d’idées en permanence, pour proposer, dès le 2 janvier 1975 des émissions originales ou pour améliorer celles existant avant. Ainsi, « Ouvrez les guillemets » de Pivot et Lapouge est devenue « Apostrophe », émission devenue culte, quand ce mot voulait encore dire quelque chose et avant que Pivot ne dérive vers le débat parisien, cultivant un entre-soi qui faisait vendre des livres mais pas aimer la littérature. Or, juste après, vers 22 h 30, commençait le « Ciné-Club » qui existait déjà du temps de l’Ortf. En fait, non. Le Ciné-Club commençait après le dernier journal télévisé mais, Claude-Jean Philippe – car c’était lui – débarquait sur la plateau de l’émission phare de la culture écrite, pour annoncer le film qu’il avait envie de nous montrer. Dernier journal, donc, un dernier « Aaaa ! 2-2-2-2-2 ! » sur fond de pomme et l’on entendait les premières note du limonaire « à vous faire chialer tant et plus » (J-R Caussimon) sur fond de vieilles photos en noir et blanc, comme quand on entrait dans un cinéma avant de prendre son ticket. Les cinéphiles les reconnaissaient tous et les autres, quelques uns seulement. Gabin, bien sûr, dans « La Bête humaine », « Le septième sceau » de Bergman, Fellini, Chaplin, Orson Wells. Aujourd’hui, on a l’impression qu’il nous susurre : « Rosebud » à propos de ce générique qui a marqué des générations de cinéphiles et de simple amateurs de bon films. Oh, c’étaient pas des films « prise de tête », c’étaient pas des « films Inter », ennuyeux comme la pluie. C’étaient de vrais bons films, avec des grands acteurs ou pas, des histoires bien ficelées, des plans inoubliables, des répliques cultes. Le tout, sans prétention aucune que celle de passer un bon moment sans s’abêtir, et de permettre au populo de regarder un vrai bon film sans avoir à se taper les débats pédants des ciné-clubs de quartiers. c’était un temps où l’on ne se payait pas de formules telles que « populaire et de qualité », généralement pour désigner ce qui n’est pas du tout populaire et dont la qualité se réduit souvent à l’ennui que ça procure. C’était populaire ; forcément quand il n’y a que trois chaînes, le populo regarde ce qu’on lui propose et il aime bien, le populo, quand on lui sert la même chose qu’aux élites et qu’il est pas obligé de rester devant son écran jusqu’à 1 h du matin ou de payer un abonnement pour voir des choses bien.

Heureux temps, encore une fois, où il était facile de se cultiver dès 21 h 30 puis 22 h ou 22 h 30. Nous, les lycéens, nous commentions, le lendemain l’émission que nous avions suivie. On apprenait des trucs et ça nous servait à argumenter nos dissertations. C’était facile. Les profs avaient regardé aussi. La culture pour tous, ça avait un sens ! Ça donnait envie d’aller voir d’autres bons films, de comparer, d’affiner son esprit critique. Et si ça nous servait pas, c’était pour le plaisir. Oui, pour le plaisir !

 

Oui, bon, je sais que ça fait « vieux con » de raconter ses vieilles histoires, ses souvenirs, de dire que c’était mieux avant. Chaque époque a ses avantages. Simplement, « avant » donc, il était facile, à la portée de tous, de posséder une bonne culture générale sans trop d’efforts. Simplement, « avant », on ne marchandait pas ses apprentissages. On ne répondait pas, quand on ne savait pas quelque chose, « à quoi ça sert de savoir ça ? ». Oui, à quoi ça sert de connaître le cinéma d’Orson Wells, d’Autant-Lara, de Verneuil, de Carné, de Ford, d’Antonioni, de Visconti, de Truffaut ? Oui, à quoi ça sert d’aller au théâtre voir comment les auteurs d’autrefois critiquaient la société dans laquelle ils évoluaient ? Oui, à quoi ça sert de lire des bouquins qui sont pas au programme du bac ? Et à quoi ça servira après ? À rien ! « C’est encore plus beau quand c’est inutile » (Rostand).

Surtout, ça embellit la vie de connaître des choses belles, même si l’on ne s’en sert pas dans son métier, ni dans sa vie quotidienne. Quand on voit l’inhumanité de notre société, comment ne pas penser aux « Raisins de la colère », vus au Ciné-Club de Claude-Jean Philippe ? Comment ne pas se dire qu’on est revenu (en était-on vraiment sorti?) en ces temps de mépris ? Comment ne pas se dire que des générations incultes (c’est pas leur faute), parce qu’elles n’ont pas exercé leur esprit critique, sont manipulables à merci ? Comment ne pas être triste en constatant que la dissertation de culture générale a disparu de l’épreuve de français du bac au profit de simples questions de cours auxquelles on peut répondre même sans bien connaître le cours ? Comment ne pas être effrayé en observant qu’il vaut mieux ne pas être cultivé pour trouver du boulot – même et surtout dans les filières culturelles – car un salarié cultivé pourrait en savoir plus que ses supérieurs et ça mettrait le bordel dans le service ? Non, mieux vaut choisir parmi la masse de ceux qui ont appris juste ce qui va leur servir pour le poste qu’ils occupent. À quoi sert d’être cultivé, de connaître les grands et beaux films pour poser des câbles électriques ? À rien, bien sûr, sauf que peut-être, la connaissance de la beauté induit le goût du travail bien fait. À rien, bien sûr, sauf qu’on peut se dire toute la journée que, après le boulot, on va se régaler en allant voir un bon film ou en terminant le bouquin qu’on a ouvert la veille. Ça sert à rien, parce que c’est pas mesurable, c’est pas quantifiable, c’est pas évaluable. C’est un peu comme le soleil. Il brille pour tout le monde (à condition de pas travailler enfermé) et donc, si tout le monde y a droit, ça vaut rien. Ça sert à rien. Ça sert à rien de savoir ça.

 

Claude-Jean Philippe

Claude-Jean Philippe, c’était « ça » justement : montrer des films et regarder des films pour le plaisir. Et il n’était pas le seul. Je citerai l’autre, Patrick Brion et son « Cinéma de minuit » qui lui aussi a vulgarisé les grands et beaux films et les a mis à la portée de tous. La culture, la beauté, ça doit être à la portée de tous.

Merci Claude-Jean Philippe, merci Patrick Brion, et un petit coup de limonaire ! Marrant comme on revoit le film de sa vie, comme on se revoit en train d’attendre le film du Ciné-Club en entendant ça ! Clap de fin !

https://www.youtube.com/watch?v=zipM50_XjTM

 

http://php88.free.fr/bdff/act.php?ID=1584

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04 septembre 2016

Les paradoxes de Mère Térésa

Mère Térésa canonisée ! En avait-elle besoin ? De son vivant, on la surnommait déjà « sainte Thérèse de Calcutta ». Tout est paradoxal dans sa vie. Je retiendrai surtout le dilemme que je n'ai toujours pas résolu. Quand quelqu'un est au plus mal, que faire ? L'aider, le soigner ? Certes, il le faut mais ça ne règle pas grand-chose tant que les causes de son mal ne sont pas réglées. Les causes des maux que soignait la petite bonne-sœur en sari blanc, c'était surtout l'injustice sociale, les inégalités, la loi du plus fort qui s'applique d'autant plus facilement dans un pays vaste comme un continent et où les autorités ne peuvent s'imposer partout, y compris dans les très grandes villes plus que surpeuplées. Donc, en assurant le SAV de la société, de l'impuissance relative du gouvernement central et des potentats locaux, Mère Térésa s 'en rendait complice, sans le vouloir. Tant que l'injustice sociale sait pouvoir compter sur des bénévoles pour pallier les insuffisances, il n'y a aucune raison de changer quoi que ce soit.

Mother Teresa

Pourtant, que faire ? Quand on a devant soi une personne au plus mal, ça n'est pas le moment de réfléchir ni même de se révolter ou de pleurer. Il faut agir ! C'est ce qu'elle faisait la pauvresse, avec plus pauvre qu'elle. Elle essayait de soulager les souffrants et de leur montrer que même après une vie de merde, il y avait encore des gens pour s'intéresser quelque peu à vous et vous permettre de dormir et de mourir ailleurs que par terre en attendant que les services de la voirie vienne ramasser les cadavres de la nuit avant que les premiers partants au travail ne sortent.

 

Juste pour finir cette image qui m'avait frappé le jour de ses obsèques. On avait posé son cercueil sur vieil affût de canon qui avait déjà servi pour le Mahatma Gandhi. Quel symbole ! Remplacer le canon létal par le corps desséché d'une grande personne pacifique et non-violente. À côté de ça, l'Inde a développé la bombe atomique. Paradoxe de ce pays, paradoxe de notre époque.

 

Quand même, dans ce pays né il y a un peu plus d'un demi-siècle, on décide d'obsèques nationales pour une petite bonne femme, même pas indienne, même pas de la religion dominante ni même de la deuxième religion du pays. Simplement, parce qu'il y a cette reconnaissance envers le bien, l'hommage du vice à la vertu. Dans notre pays de France, on n'a rien fait pour l'Abbé Pierre et l'hommage de Paris où il a tant œuvré pour les mal logés et autres exclus de l'expansion d'après-guerre, est un square minuscule au pied de vilains gratte-ciel gris et dont le nom est partagé avec les Moulins. Même pas un plaque de rue pour lui tout seul. Dégoût !

 

J'oubliais, on a publié le journal intime de Mère Térésa. Ceux qui l'ont lu ont pu découvrir qu'elle a douté de Dieu, de sa puissance et de son soi-disant amour. Il y avait de quoi quand on passe sa vie au milieu des plus pauvres parmi les plus pauvres. Elle a dû passer par des phases des découragement immenses. Ça la rend plus grande encore. J'aurais voulu être un boulon d'une roue de l'affût de canon qui a emporté sa dépouille mais qu'importent les images, qu'importe la canonisation. Comme disait Malraux : « la tombe des héros est le cœur des vivants »

 

http://communio.stblogs.org/index.php/tag/blessed-teresa-of-calcutta/

 

31 août 2016

Variations sur "L'enfant seul" d'Oxmo Puccino

Cet été, j'ai eu l'occasion de rencontrer un garçon de dix/douze ans. Il était en vacances avec la partie de sa famille qui l'était aussi et à tour de rôle. On fait ce qu'on peut. Un garçon plein de vie, bronzé, espiègle et débordant d'affection pour sa toute petite sœur d'à peine un an. Plus de dix qu'il attendait ce moment où il ne serait plus seul à la maison, seul dans sa chambre après le dernier bisou de ses parents en éteignant la lumière. Cette petite sœur, avec laquelle il ne peut communiquer qu'avec des embrassades et ses gestes de tendresse, il est peu de dire qu'il l'attendait. Pour le moment, elle est le réceptacle de l'amour qu'il porte et qui n'avait pas de destinataire jusqu'alors. Un amour qui déborde comme un vase trop plein qui rejette le surplus par terre sans que l'eau précieuse ne serve. C'est dire s'il était joyeux, enflammé et, parfois, un peu trop sûr de lui ; comme si, désormais, plus rien de désagréable ne pourrait lui arriver. Oui, car, désormais, il ne sera plus tout seul pour affronter la vie et ses déconvenues et il a tant à lui montrer. Il marche avec cette « amie qui lui ressemble », pour reprendre les très beaux mots de Maxime Leforestier. Il sait aussi qu'il doit être plus fort pour défendre sa petite sœur et lui éviter les obstacles qu'il a rencontrés avant elle. L'amour, ça marche dans les deux sens.

https://www.youtube.com/watch?v=d40sUi3oW_o

 

T'es comme une bougie
Qu'on a oublié d'éteindre dans une chambre vide,
Tu brilles entouré de gens sombres voulant te souffler
Celui qui a le moins de jouets
Le moins de chouchous
Celui qu'on fait chier

 Avant de connaître cette effervescence, il a dû en avaler des larmes, tant l'enfance est parfois cruelle, malgré les dénégations des adultes qui regardent dans le rétroviseur, avec la condescendance suffisante de celui qui considère qu'il n'y a d'autre problème qui vaille que ceux des adultes et qui se résument à payer, encore payer, toujours payer et être emmerdé par un chef, un flic, un conjoint, parfois, hélas. Un petit être qui n'a pas beaucoup vécu a les problèmes qui correspondent à sa taille et à son vécu. L'enfant seul subit la double peine. Que dis-je, double, la multiple peine. À la solitude, s'ajoutent toutes les autres. La réciproque est vraie : aux diverses contrariétés, s'ajoute la solitude ; comme si ça n'était pas assez.

 

Mes mots s'emboîtent les gens s'y voient comme
Dans une flaque d'eau, ça leur renvoie un triste reflet
Mais est-ce ma faute ?
T'es l'enfant seul c'est pas facile, on se comprend
Peu l' savent
Que je le sache ça te surprend.
Il mate par la vitre la solitude qui le mine

 

À chaque fois, l'enfant seul, non seulement connaît, éprouve la solitude – tu sais ce que sais, toi, la solitude ? – mais en plus, il se voit reprocher en permanence d'être seul.

Fais-toi des petits camarades ! Ne reste pas dans ton coin ! Ça c'est pour la bienveillance mais avec des mots maladroits qu'on dit sans en mesurer la portée. Sinon, le plus souvent, ce sont les variantes de : je veux pas que tu restes dans ton coin à glandouiller ! Il aimerait bien sortir de son coin, l'enfant seul, mais il ne connaît que ça et il se sent désarmé pour aller vers l'autre. L'autre, il sait pas ce que c'est, l'enfant seul. Il sait pas comment lui parler. Il ne connaît pas bien ses semblables. Il connaît surtout les adultes et parmi eux, ceux qui passent un peu de leur temps avec lui. La littérature, le cinéma, abondent d'histoires d'enfants seuls qui ont senti un main chaleureuse sur leur épaule. Alors, trouver un semblable, un autre enfant (seul ou pas) qui lui-même n'ose pas affronter le monde, c'est vraiment dur-dur.

 

L'enfant seul ne s'ennuie pas. Très vite, il peuple son univers. Il s'invente des amis, joue avec eux, part à l'aventure, rejoue les histoires qu'il a lues. Selon son humeur, l'enfant seul est le plus fort et il défend ses amis imaginaires ou bien, il s'allie avec ce qui lui manque le plus, en fait, un défenseur, un protecteur, un justicier. L'enfant seul adore les justiciers, encore plus que les autres. D'abord, le justicier est seul. Ça fait un point commun, et non le moindre. Ensuite, il combat tous les avatars de l'injustice. L'injustice, l'enfant seul sait ce que c'est. La première des injustice, c'est « cette solitude si dure et si rude qu'on peut la toucher » (Lavilliers). En combattant les injustices, ou plutôt en prétendant combattre les injustices, c'est une façon de se révolter et de combattre la première des injustices, celle qu'il subit : la solitude. Ses parents sont pas seuls. Ils sont deux. Ils ont des amis (parfois), des voisins, des collègues. Mais lui, l'enfant seul, il est tout seul. Et en plus, on le lui reproche tout le temps. Ah, c'est bien un fils/une fille unique ! Tout qu'il dit, tout ce qu'il fait, qu'il ne fait pas, est ramené à sa condition d'enfant seul. Les adultes ne parlent pas d'enfant seul. Ils ont leurs mots à eux pour éviter d'avoir à se poser des questions ; et lesquelles ? Adulte, on sait pas tout non plus. Quoi qu'il fasse, l'enfant seul est ramené à sa condition de « fils unique/fille unique ».

 

T'es l'enfant seul
Je sais que c'est toi
Viens-tu des bas-fonds
Ou des quartiers neufs ?
Bref, au fond tous la même souffrance

 

Tout le jour, les enfants le passent loin des leurs. Ils vont à l'école. Les parents vont au boulot ou restent à la maison. En tout cas, ils ne se voient pas. Pendant les vacances, on pourrait croire que les choses vont mieux. Ça ne dure jamais longtemps. Très vite, l'un et les autres reprennent leurs habitudes. Quand ils se retrouvent, l'enfant seul déborde de joie. Il est tout content de retrouver ses parents. Il frétille. Il est volubile. Il commence à raconter tout ce qu'il a fait, tout ce qu'il a pensé. Et ça en fait à raconter. Très vite, on ne l'écoute pas. Qui ça peut bien intéresser les exploits imaginaires d'un gosse qui a passé la matinée ou la journée tout seul dans son coin ? Lui, ne connaît d'autres alliés, d'autres récepteurs que ses parents. Il raconte. Il est intarissable. Alors, c'est le début d'une suite de répliques, immuables. Il parle, l'enfant seul. Pour une fois qu'il est pas seul, qu'il a un auditoire, que tous ceux qu'il aime le plus sont réunis, on lui répond : dépêche-toi de finir de manger, tu fais que parler et ça refroidit, on attends que toi, tu permets qu'on s'occupe de ta petite sœur/frère, attends qu'est-ce qu'ils disent à la météo pour demain, tu débarrasseras ton assiette, allez dépêche-toi il faut qu'on parte, qu'on nettoie. Non seulement l'enfant seul est resté tout seul mais, en plus, on ne veut pas écouter ce qu'il a fait. Qu'est-ce qu'il a bien pu faire, d'ailleurs, puisqu'il est resté tout seul ? Lui, l'enfant seul, il a essayé de raconter ce qu'il a fait. Il a essayé de dire qu'il a existé pendant que les autres étaient occupés. Il a existé, il a vécu, l'enfant seul. Il existe, l'enfant seul. Il a voulu raconter sa matinée, sa journée d'enfant seul mais personne n'a envie d'entendre ça. Qu'est-ce qu'il a pu faire ? Ah, il est resté toute la matinée, toute la journée sur sa console, sa tablette ! Alors, faut pas qu'en plus, il vienne nous raconter qu'il a fait quelque chose. Il a glandouillé et c'est tout. Autrefois, c'étaient pas les consoles ou tablettes qui servaient de refuge à l'enfant seul mais les bouquins. Ça valait pas mieux, surtout si c'étaient des bandes-dessinées. On a dit pareil avec la télé : « Il reste toute la journée devant la télé à rien foutre ! ». Tu ferais mieux de ! De quoi, au fait ? Pour faire ce qu'il ferait mieux de, il faut un autre, un partenaire. L'enfant seul, il en a pas. Et quand il a des jouets (et il en a comme les autres, on n'est pas dans Dickens), quelle atroce révélation quand il se rend compte qu'il ne peut pas jouer avec car il est tout seul !

 

Quelle que soit l'époque, l'enfant seul est mal vu. On n'aime pas le solitaire. On aime croire qu'il reste tout seul par détestation des autres alors qu'il n'est tout simplement pas ou mal accepté par les autres. On aime croire (parce que c'est plus arrangeant de le croire) que l'enfant seul veut être seul, aime être seul, ne veut pas aller avec les autres alors qu'il en crève d'envie ou qu'il n'a, tout simplement pas, les codes, les instruments, pour se mêler aux autres. La société veut pas en entendre parler de l'enfant seul, même et surtout si elle l'appelle l'enfant unique. La preuve, on n'accorde pas d'alloc aux parents d'enfant seul. Pourtant, tout le monde sait que c'est le premier enfant qui coûte cher. Et s'il n'en vient pas d'autre, il coûtera toujours cher et ça aussi, on le lui reprochera ou bien il s'apercevra qu'il n'a pas le même potentiel que les autres.

 

Et les filles ? Les filles, elles sont curieuses, elles veulent savoir, elles parlent. Alors, elles vont, peut-être, plus facilement vers l'autre mais beaucoup n'ont que leur poupée. Et elles leur en racontent… Parfois, c'est un animal en peluche et elle imagine qu'il va prendre vie, à force d'invocations et de tendresse et qu'il va la défendre, la protéger car elle se sent encore plus vulnérable que le garçon. Dans un univers féminin tout en paroles, l'enfant seul, la fille seule est encore plus rejetée et elle rêve encore plus du prince, charmant ou pas d'ailleurs, mais le mec qui va briser sa solitude. Et elle est prête à donner encore plus que le garçon seul, « des choses pour oublier / Des choses qu'il y a qu' les filles pour vous y faire goûter / Des choses qui font qu' la peine elle est douce à passer ». L'amour, ça marche dans les deux sens.

 

L'enfant seul c'est l'inconnu muet du fond de classe
Celui de qui l'on se moque, rond comme
Coluche, ou le boss dans le hall, au groupe
Massif l'os dans le steak haché plantant
Chaque postulant à un poste,
Vu que les conneries de gosse des rues couvrent
Souvent un jeune qui souffre d'un gros gouffre affectif
Grandir sans père c'est dur
Même si la mère persévère
Ça sert mais pas à trouver ses repères c'est sûr !

 

Parfois, on est enfant seul parce que le frère ou la sœur est trop différent. Différence d'age importante, différence de sexe, de caractère. On peut être enfant seul dans une fratrie comme on peut être seul au milieu d'une foule ou seul dans un repas entre collègues pour peu qu'on n'ait pas envie de parler boulot à table ou qu'on ne rie pas aux plaisanteries du boute-en-train. Parfois, et c'est le cas de ce garçon, arrive l'être tant attendu. C'est toi que j'attends depuis longtemps ! Oh, bien sûr, c'est pas le langage des enfants mais il le montre dans chaque regard, dans chaque geste. Ses regards, ses gestes, ses sentiments étaient quelque part, enfermés comme les vents d’Éole avant de se répandre avec force un fois libérés. Comme dit le poète, il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. C'est pas comme dans les feuilletons TV où tout le monde dit « je t'aime » à tout le monde. Ça vaut rien, ça. L'enfant seul, il sait pas le dire mais ses mains savent les gestes qui font du bien à l'autre.

 

On pourrait croire que, pour ce garçon, c'est la fin de la solitude. Oui, et en grande partie mais, déjà, il apprend que c'est la petite sœur (en l'occurrence), qui monopolise les adultes. Non seulement, pour lui, on n'a fait que le minimum syndical mais en plus, à présent, on va lui faire payer ses années de tranquillité forcée. Occupe-toi de ta sœur, habille ta sœur, je peux pas tout faire. Tout sera sa faute, désormais. Tout ce qui arrivera à sa sœur sera dû à une négligence du grand frère. Lui qu'on a laissé tout seul, trop souvent tout seul, il ne devra jamais laisser sa petite sœur toute seule. Il l'aurait fait bien volontiers et sans qu'on lui demande, spontanément, instinctivement, affectueusement mais, quand ça devient une contrainte, c'est pas pareil. L'injustice, il connaissait déjà. Il lui faudra beaucoup de force pour continuer d'aimer sa petite sœur qui lui cause, sans le vouloir, ne nouveaux griefs.

 

Nous savons tous que personne ne guérit de son enfance
Même un torse poilu ne peut oublier sa vie de
Gosse du divorce rossé par son beau-père.
L'enfant seul c'est toi, eux, lui, elle
Oxmo Puccino voix de miel

 

L'enfant seul, il est seul toute sa vie et toute sa vie on lui reproche d'être ou d'avoir été seul. La multiple peine : demeurer seul et se l'entendre reprocher. Ah, t'es fils/fille unique, alors t'es égoïste, tu partages pas, t'es pas des nôtres. Ben non, il partage pas. Partager quoi et avec qui ? Il aimerait partager « Les mots d'amour et les pavés / Les filles et les coups de matraque » (Maxime Leforestier. Alors, il garde tout dans le silence de sa solitude. L'enfant seul, il est pas né au bon moment et il s'en rend compte toute sa vie. L'enfant seul, il doit se cacher pour vivre.

 

enfant seul

 

T'es comme une bougie
Qu'on a oublié d'éteindre dans une chambre vide,
Tu brilles entouré de gens sombres voulant te souffler

T'es l'enfant seul
Je sais que c'est toi

Posté par la colere à 11:04 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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17 juillet 2016

L'Euro 2016 : du football et d'autres sujets surtout !

Rajouter une voix au brouhaha ambiant ne me paraît pas utile. Comme d'hab, La Lanterne de Diogène préfère prendre un peu de temps pour réagir, si nécessaire.

 

D'abord, une correction. Dans l'article précédent, ce ne sont pas 21 mais 31 fédérations qui ont fondé l'UEFA en 1954. Il faut juste préciser que le Royaume-Uni comporte 4 fédérations à lui tout seul mais que, au contraire du rugby, il existe une fédération d'Irlande du nord et une pour l'Eire. Ça explique en partie pourquoi le nombre de membres de l'UEFA ne correspond pas aux nombre d’États indépendants du continent. L'éclatement de l'Urss et de la Yougoslavie ainsi que quelques considérations géopolitiques expliquent la pléthore actuelle.

 

Toujours avec le regard de celui qui n'est pas passionné par le football mais qui prend plaisir à regarder des beaux matches, mon attention a été attirée par des faits qui n'ont pas l'heur de retenir l'attention des sites et blogs spécialisés. Ainsi, j'ai pu entendre beaucoup de gens se plaindre que les matches soient retransmis par des chaînes privées voire payantes. Encore aujourd'hui, beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi ce n'étaient pas les grandes chaînes nationales – dites de « service public » - qui retransmettaient les matches ; tous les matches. Ça montre bien que « les gens » sont attachés à un certain nombre de valeurs. En France, la notion de service public demeure ancrée dans l'inconscient collectif. Des générations se sont battues (au sens propre parfois) pour organiser des services et des services de qualité pour tous. On ne comprend pas pourquoi ce à quoi l'on s'était habitué n'existe plus ou n'existe plus sous la même forme. Et puis, les gens procèdent beaucoup par amalgame. Je suis, tu le sais, attentif au langage. On dit « l'administration ». Pour la plupart, l'administration est un tout puisque, finalement, c'est l’État qui chapeaute tout. Les plus au fait ajoutent que tout ça est payé avec « nos impôts ». C'est vrai et ça serait bien que tout le monde y pense en permanence au lieu de dire que ça va dans la poche de l’État pour entretenir Versailles et l’Élysée. On dit aussi beaucoup « la mairie ». Dans une commune, c'est souvent un grand bâtiment qui abrite plusieurs services et pas seulement municipaux. Peu importe. Pour le public, c'est « la mairie ». Le maire fait tout, peut tout. C'est parfois vrai quand il cumule avec un autre mandat plus puissant mais, peu importe, pour le public, on va le voir à « la mairie » et on lui donne du « Monsieur le Maire ». On a du mal à comprendre que les maires répondent de plus en plus : « ça, c'est pas moi, c'est du ressort de l'intercommunalité » ou d'autre chose. Les citoyens ont élu un maire pour qu'il fasse quelque chose pour eux, personnellement. Ils ne comprennent pas que le maire ne puisse plus grand-chose. Ils ne comprennent pas que le chef de l’État ne puisse plus grand-chose non plus. Ils ne comprennent pas que ceux qu'ils élisent ne puissent plus grand-chose et que rien ne change quand les élus changent. Déjà, il faudrait changer les élus et ne pas favoriser une alternance aussi tranquille que néfaste à la confiance en la démocratie.

 

Idem pour la télévision. Ils paient une redevance et ne comprennent pas que les chaînes financées par la redevance ne transmettent pas les grands événements. Ils entendent parler de « droits télévisés », de « droits de retransmission » mais sans vraiment savoir de quoi il retourne. Pour eux, Canal+, ça a été créé par Mitterrand. Mitterrand, c'est l’État. L’État a créé une chaîne privée pour ne pas augmenter la redevance. Donc, on paie pour voir plus de sport, plus de films. Normal. Ils ne comprennent pas qu'on ne voie plus les grands matches de football sur Canal+ et qu'il faille payer à côté pour les voir ailleurs. Pour dire ça simplement, ils ne comprennent pas ce qu'est « la concurrence libre et non-faussée ». Pour le téléphone, ils sont contents. Au début, c'était moins cher avec les opérateurs privés qui n'avaient pas dépensé d'argent pour construire le réseau. C'était tout bénéf. Le téléphone cellulaire est arrivé peu après. Déjà, ça a commencé à grincer mais le téléphone mobile répond à un tel besoin que rien n'est trop cher. De plus, les opérateurs ont su proposer des offres incomparables afin qu'on ne puisse pas faire jouer la concurrence. Donc, la concurrence c'est bien puisque pour le plus indispensable, le téléphone mobile, il y a plein d'offres et chacun y trouve son compte ; du moins le croit-on.

 

Pour la télévision, on comprend mal que, le football, par exemple, passe des chaînes nationales à Canal+, que tout le monde n'a pas, puis de Canal+ à une autre et en fait à plusieurs autres et maintenant à des opérateurs de téléphonie mobile. Le championnat national sur une chaîne, le championnat anglais ou italien sur une autre, les Coupes du Monde ou d'Europe sur encore une autre ou sur un smartphone, à condition d'avoir l'application ou l'abonnement. Au bout du compte, on ne voit plus, ou plus difficilement, les matches français. Au moins, quand c'est sur France Télévision, si c'est pas sur la 2, c'est sur la 3 ; mais les autres ? Les gens ne comprennent pas pourquoi c'est si compliqué, pourquoi ils paient et qu'ils ne voient pas les matches de l'équipe de France (payée par « nos impôts »), et pourquoi il y a autant de pub alors même qu'on nous annonce que la seconde coûte plus que ce qu'ils gagnent en un mois. Ils comprennent encore moins qu'une société gagne le droit de mettre ses caméras dans tous les stades d'une compétition et qu'ils revendent ensuite les images à toutes les chaînes qui sont intéressées. Intéressée, non pas pour faire plaisir aux gens mais pour vendre cher les secondes de publicité. Ça, les gens ont beau faire des efforts, ils ne comprennent pas cette logique. Dans le cas de l'Euro, pour eux, on est en France, les stades sont payés par « nos impôts », tout ce business, « c'est nous qui payons », et donc, comme on en paie assez (surtout à l’État, bah!), les chaînes de télévision de l’État devraient, selon cette logique, retransmettre les matches de l'Euro et si possible sans trop de pub. Ce malentendu, même si l'on n'arrive pas à l'exprimer avec des mots, tout le monde comprend bien qu'il est à l'origine du malaise que nous vivons. On s'étonne toujours que les Français soient, collectivement, plus pessimistes que les Afghans. Plutôt que de s'en gausser, plutôt que de faire parler les chroniqueurs (tiens oui les chroniqueurs qui occupent du temps sur Canal+ et sur la radio de l’État), on devrait plutôt s'interroger sur ce malentendu permanent et entretenu par les tenants de ce système qui repose en partie sur le mensonge et en partie sur l'appât du gain.

 

Il n'est pas vrai que « les gens » (les gens, c'est les autres), plébiscitent le capitalisme même renommé « ultralibéralisme » ou, plus simplement encore, « libéralisme » pour entretenir la confusion. Ce qu'il veulent, c'est ne pas payer trop d'impôts mais profiter quand même de services gratuits ou presque. Ce qu'ils veulent, c'est ne pas dépenser trop mais acheter quand même de bons produits. Alors, cette télévision qui ne sert qu'à vendre de la publicité pour que les téléspectateurs achètent encore plus avec le peu qu'ils ont, ils ne la comprennent pas et ils comprennent encore moins que les chaînes privées (quasiment toutes donc) ne transmettent des matches de l'équipe de France que pour vendre des secondes de publicité très chères, avant, après et pendant la mi-temps alors qu'eux, veulent juste voir un match pour le plaisir. Ils pensent pas à tout ça. Justement, ils ont assez de soucis, ils veulent pouvoir ne pas y penser de temps en temps et sans qu'on les culpabilise et sans qu'on les manipule.

 

En parlant de télévision, c'est elle qui régit tout. Sur les images, rien ne doit apparaître qui n'ait (verbe avoir comme il se doit) pas payé. Gros plan sur un joueur au sol. Il se tient la cheville. On voit ses souliers et ses bas. L'équipementier de son équipe a payé pour être « officiel », c'est à dire que dans le contrat est inclus la possibilité que sa marque soit vue à la télévision. Forcément, elle l'est puisque les joueurs sont vêtus. Pour les chaussures, chaque joueur, à ce niveau, est sous contrat avec un fabriquant de chaussures et dans le contrat, il est prévu que la marque est susceptible d’apparaître à la télévision. Ça répond à l'étonnement « des gens » qui se demandent pourquoi les footballeurs font autant de cinéma quand ils tombent. Dans les tribunes, hors de question qu'on voie une marque qui n'a pas payé. Les chaînes floutent les vêtements des spectateurs, sauf s'ils ont la bonne idée de s'habiller comme les joueurs. Tout ce qui passe à la télévision est estampillé d'une marque qui a payé.

 

euro-2016-logo

C'est la télévision qui règle tout et notamment le moment où les matches sont joués. Avant, on pouvait avoir facilement deux ou trois matches à la suite. On passait d'une chaîne à l'autre. Désormais, il y a un match par soirée, puisque c'est en soirée qu'il y a le plus de téléspectateurs pour voir les publicités, bien sûr. Ce qui fait que, lors des phases finales, il y a toujours une des deux équipes qui a eu une journée de plus pour récupérer. À moins d'une grosse différence de niveau, c'est toujours la plus reposée qui l'emporte la fois d'après. En d'autres termes, les Portugais qui se sont pas trop fatigués pendant le tournoi et qui ont eu une journée de récup en plus, étaient plus frais et ont tout fait pour imposer les prolongations aux Français qui venaient de jouer contre les champions du monde allemands deux jours plus tôt. Ils n'ont eu qu'à attendre qu'ils soient bien fatigués pour leur coller un but, impossible à remonter dans leur état. La glorieuse incertitude du sport est devenue la juteuse certitude de la télévision.

 

Il ne t'aura pas échappé non plus que les publicités sur les stades sont, désormais, en anglais, même pour les marques présentes en France. Télévision oblige. Visiblement, ça ne défrise personne. L'anglais est la langue du commerce, donc du capitalisme. Le capitalisme règne ne maître absolu sous toutes les latitudes. C'est un fait acquis. Donc, l'anglais s'impose à tous. Comme pour le reste, on n'entend pas ceux qui ne maîtrisent pas l'anglais protester contre leur exclusion de fait. On est résigné et depuis longtemps. Quand je dis que le sport-spectacle reflète bien la mentalité d'un pays.

La télévision est plus que jamais prescriptrice. On savait déjà qu'elle imposait la prononciation. Ainsi, le défenseur portugais Pepe s'entend appelé [paipe] alors que dans les langues latines, toutes les lettres se prononcent. C'est pas plus difficile de prononcer pépé mais, le snobisme journalistique impose paipe comme il imposait [courir] autrefois au lieu de Courier. Elle impose le vocabulaire et toujours dans un sens qui rappelle l'anglais, langue du commerce, ainsi que rappelé. Les supporteurs islandais ont innové avec leur battements de mains. Comme ça n'existe pas encore en France, on appelle ça « claping » plutôt que « claque » qui existe déjà. Idem pour « standing ovation » plutôt qu'ovation debout. Nous avons déjà remarqué, il y a quelques années, que « timing » remplace quantité de mots. Réduction du vocabulaire, réduction des outils et du matériau de la pensée, adoption d'un sabir à prétention mondiale, tout ça nous est imposé par la télévision. Elle nous impose aussi la pensée unique et ce qu'il convient de penser. Qu'on se souvienne de l'équipe des Verts de Saint-Étienne, vaincus lors de la finale par la faute de poteaux carrés sur lesquels les tirs stéphanois ont échoué. Il faudrait demander à Gignac, auteur d'un tir magnifique que la barre ronde a renvoyé, ce qu'il en pense.


12 juillet 2016

Euro 2016 de mon point de vue

Il faut bien en parler. Qu'on me permette de suite, un souvenir personnel. En 1984, je passais les épreuves de la licence qui coïncidaient avec la finale de la Coupe d'Europe de football. Parmi les exercices, il y en avait un qui consistait à comprendre et à restituer un bulletin d'une radio espagnole, enregistrée le matin même. Bien sûr, le titre et le sujet le plus développé était la finale qui opposait l'Espagne à son ennemie de toujours, la France. Or, de tous les candidats, pas un n'a évoqué ce sujet, se consacrant tous, complètement, à ceux qui traitaient de l'économie et des relations avec la CE ; notamment parce qu'ils permettaient de restituer les cours de ces trois années passées. Notamment, parce qu'il y a aussi ce mépris pour le sport médiatisé accompagné du snobisme consistant à dire : je n'y connais rien, ça m'intéresse pas, je sais même pas comment on y joue. Qu'on ne soit pas intéressé, d'accord, mais pour le reste, et d'une, il est impossible d'y échapper quand on en parle beaucoup et plus que de raison, et de deux, parce qu'à l'école, pendant les heures de sport hebdomadaires, tous les élèves pratiquent le football (entre autres), au moins une fois par an, au titre des sports collectifs. Donc, assez avec ce cran consistant à se faire passer pour ignorant et à le revendiquer pour exprimer sa singularité et, finalement, sa supériorité en se faisant passer pour un intellectuel que le divertissement populaire répugne. Personnellement, je n'y connais rien en tennis, ça ne m'intéresse plus (j'ai essayé) mais je sais comment ça se pratique, que Djokovic a gagné les Internationaux de France, que Nadal est le numéro 1 mondial chez les hommes et S. Williams chez les femmes. Et je peux le faire dans les autres disciplines dont on parle à la radio.

 

Le football ne m'intéresse pas beaucoup mais il est difficile de l'ignorer. Le reste du temps, je suis ça de loin et ça me donne ce recul que l'on n'a pas quand on est mordu. Un peu comme la connaissance de soi-même. Facile de comprendre ce qui se passe dans la tête des autres alors que dans la sienne, on n'y arrive pas. On dit toujours quand on veut appliquer une règle universelle : oui mais moi, ça marche pas parce que. Et d'avancer tous les détails qu'on connaît de soi et qu'on ne sait pas chez les autres et qui infirmeraient la règle universelle. Le football ne m'intéresse pas plus que ça, donc, mais, tous les deux ans, quand il y a un grand tournoi, je m'y remets et suis avec intérêt ce que j'espère être des grands matches. Par conséquent, j'ai bien suivi cet Euro 2016 et avec plaisir. Il m'a fallu apprendre les noms des joueurs, les reconnaître sur le terrain etc. Je parle des Bleus, naturellement, ceux que je serai appelé à retrouver dans deux ans pour le Mondial. J'avoue avoir eu plaisir à les voir jouer. À aucun moment je ne me suis dit : il manque un bon joueur dans cette partie du terrain. En d'autres termes, le véritable succès de cette équipe est de constituer un groupe, un groupe homogène et, pourquoi ne pas le dire, un groupe de copains qui se font plaisir à jouer entre eux ; et ça se voit. Ça, c'est le boulot du sélectionneur et il a réussi. Il manque – très certainement – deux ou trois excellents joueurs de clubs mais on a vu que le groupe fait mieux que s'en passer. Là encore, les mêmes causes produisent les mêmes effets. En 1998, référence absolue en France, M. Jacquet avait écarté du groupe les Cantonna, Ginola et Papin, pourtant excellents et vedettes absolues dans les pays où ils évoluaient. Cette fois, M. Deschamps en a écarté d'autres et l'on voit que ça n'a manqué à personne. Les commentateurs n'en ont même pas parlé et le grand public non plus. Comme en 2010, ce sont ceux qui, habituellement, ne suivent pas le foot, avouent détester le foot professionnel et ce qui tourne autour, qui sautent sur ces polémiques. Tout est bon, pour eux, pour faire détester le football spectacle. À plusieurs reprises, j'ai cité Les Inrockuptibles qui ont fait leur une sur Anelka afin de déblatérer sur les Bleus et le foot professionnel. Cette fois, les mêmes qui aimaient se moquer de Papin dans les années 1990 et qui se fichaient comme d'une guigne qu'il ne soit pas sélectionné, se sont passionnés pour les affaires Benzéma ; des fois qu'il y aurait eu un peu de racisme là-dedans afin de les entendre exulter : on vous l'avait bien dit que c'était pourri !

 

Eh bien non ! Il suffit de voir la compo de l'équipe de France pour voir que ça tient pas. Dès le début des années 1970, il y avait des Noirs chez les Bleus. On parlait même de « la garde noire » avec Marius Trésor et le malheureux Jean-Pierre Adams. Marius Trésor a porté longtemps le brassard de capitaine et c'est le joueur qui a été le plus sélectionné. L'argument du racisme ne tient pas dans un pays comme la France. Combien de temps a-t-il fallu aux autres pays européens d'immigration pour avoir des enfants d'immigrés dans leurs sélections ? On voit bien que ça n'est pas réalisé partout. L'équipe de France (ou d'ailleurs) ne peut fonctionner que si elle forme une équipe de copains, de gars qui s'entendent bien sur le terrain. On sait que l'Espagne a presque toujours échoué en tournoi à cause de ça, de la rivalité entre les clubs qui conduit à une guerre intestine en sélection rouge. L'échec de M. Doménech puis de M. Blanc aura été celui-là. Leurs qualités d’entraîneur ne sont pas en cause. Ils ont fait leurs preuves à un très haut niveau. M. Doménech n'a pas su choisir entre garder des anciens, des champions du monde et propulser ses « Bleuets » à lui, plus quelques autres, capables de mener l'équipe. Il n'a pas su se passer des grandes gueules. Résultat, quand les anciens sont enfin partis, il ne restait que des petites gueules, des petites frappes. Quant à M. Blanc, il a raté l'occasion qui s'offrait à lui de constituer « son » groupe et de l'emmener vers les sommets. Il a pris une équipe avec des joueurs suspendus et d'autres discrédités par le public. C'était le moment de faire le ménage et l'on n'en parlait plus. Au lieu de ça, il a tenu à démontrer qu'il ne subirait aucune pression. L'échec a été plus fort. Son successeur et ancien co-équipier chez les Bleus, champions du monde, a profité des circonstances extérieures pour trancher le nœud gordien : je le prends, je le prends pas. L'affaire est réglée et l'on n'en parle plus !

 

Euro-2016

Ma position de recul me permet aussi de voir les changements qui s'opèrent tous les deux ans, voire davantage, puisque j'avais appelé à boycotter l'équipe de France tant qu'il y aurait certaines têtes de cons que je préfère ne plus citer. D'abord, à l'extérieur. Ce qui m'a frappé, c'est le comportement des supporteurs. Il en est venu de 23 pays d'Europe. Ça n'est pas rien. Ils ont évolué dans l'hexagone sans problème (autre que les problèmes habituels des touristes). Ils se croisaient parfois en villes, avec leurs déguisements (parfois ridicules) et sans se bourrer la gueule entre eux ni se bagarrer avec leurs antagonistes. Même dans les tribunes, les supporteurs étaient parfois mélangés sans dommage. Ça me paraît être le principal succès de cet Euro en France, surtout dans un contexte pesant. Autre succès, une compétition à 24 permet de voir d'autres équipes et tout le monde a salué la fraîcheur apportée par l'Islande (forcément) ou Galles. À ceux qui reprochent ce choix à M. Platini, rappelons juste qu'à sa fondation, il y avait 21 membres de l'UEFA et qu'il y en a 54, aujourd'hui.

Les stades ont été à la hauteur. Désormais, on a des grands stades de dimensions internationales dans ce pays. Il était temps ! Ni l'Euro de 1984, ni le Mondial de 1998, n'avait permis de construire des stades de plus de 45 000 spectateurs. On me dira, il faut les remplir et c'est pas gagné quand on voit l'indigence des compétitions nationales. Certes mais pour les grands événements, on ne peut pas laisser le public étranger dehors en lui disant qu'il n'y a pas de place. On me dira aussi que c'est bien ce qu'on fait avec l'afflux des réfugiés. Comme quoi, le sport-spectacle reflète bien la mentalité d'un pays. Visiblement, on a résolu le problème des spectateurs étrangers. Reste celui des réfugiés…

 

Donc, on peut compter sur trois ou quatre grands stades, dans les trois plus grandes villes de France. On annonce un nouveau stade à Paris pour le Racing-Métro, nouveau champion de France de rugby et un autre, de 80 000 places, dans la banlieue sud, parce que la Fédération de rugby n'est pas contente du Stade de France. Ça va faire un peu comme les autoroutes. On a eu longtemps, vingt ans de retard et du jour où chaque élu a voulu son tronçon dans sa circonscription, on a bétonné les terres fertiles sans se préoccuper de savoir qui va rouler dessus en dehors des grands déplacements de vacances ni où l'on va cultiver nos futurs aliments. Idem pour les stades. Heureusement qu'il y a les anniversaires de Johnny Halliday pour remplir ces enceintes… Quand je dis que le sport-spectacle reflète bien la mentalité d'un pays.

 

Parlant des stades, tout le monde a apprécié le comportement des supporteurs, tant dedans que dehors. C'étaient des fêtards, plutôt propres, contents de se mêler à leurs antagonistes. Surtout, on a découverts les chants gallois et la claque islandaise. Beaucoup ont déploré qu'il n'y a pas le commencement d'un équivalent français. On a dit que, à part l'hymne national et « allez les Bleus », il n'y a rien. Dont acte. Déjà, on pourrait reprendre l'air des lampions. Ensuite, remarquons que la plupart des chants des supporteurs sont des chansons à succès dont on a changé les paroles. Est-il difficile d'en faire autant ? Après le Mondial de 1998, on a découvert que les joueurs chantaient dans le car la partie instrumentale du fameux tube disco « I will survive ». Voilà une piste. Les Britanniques puisent plutôt dans le patrimoine traditionnal en anglais et pas seulement britannique puisqu'ils ont repris « Swing low, sweet chariot ». Et puis, il est plus que temps de modifier quelque peu « la Marseillaise ». Finalement, il n'y a qu'un seul vers à changer, celui du fameux « sang impur » puisque, pour le reste, il suffirait d'officialiser le dernier couplet (« Amour sacré de la patrie ») en lieu et place du premier. On me dira qu'il y a plus urgent. Certes mais ça n'empêcherait nullement de traiter des problèmes urgents vu que ce ne sont pas les mêmes qui seraient sollicités. Personnellement, j'ai remarqué que dans les pays où l'on chante spontanément l'hymne national, il y a presque toujours un chant populaire alternatif. On pourrait retenir la leçon au moment où la question surgit parce que, de toute façon, on ne décrète pas ce qu'il faut aimer.

http://paroles.marseillaise.over-blog.fr/

 

Sur le plan sportif, j'ai été frappé par une évolution : la taille des gardiens de but. Désormais, ils mesurent tous plus d'1,90 m. Ils touchent la barre transversale en se hissant sur la pointe des pieds. De plus, au contraire de ce qui se passait autrefois, le gardien n'est plus la cinquième roue du chariot. Depuis les années 1980, ce sont des athlètes à part entière, qui s’entraînent dur et à part pour être au meilleur niveau. En France, il a fallu le fort caractère du Yougoslave Ivan Curkovic pour imposer le gabarit et l’entraînement intensif ; comme pour les joueurs du champ. Il a été imité et l'on ne voit plus ces gardiens avec leur casquette qui essayaient de ne pas prendre froid pendant que les autres s'amusaient. Désormais, la concurrence est rude pour ce poste moins médiatisé mais qu'aucune équipe ne néglige plus. Le Portugal doit plus à l'excellence de son gardien, Rui Patricio, de n'avoir pas été battu en finale, qu'aux joueurs du champ, plutôt ternes. En France, on a, depuis longtemps, des grands gardiens. Il devient fastidieux de les citer tous. Maintenant, en plus d'être très bons, de bien savoir placer les défenseurs, il faut qu'ils remplissent bien la cage.

 

Sur le terrain, il y a, à présent, 6 arbitres… Ceux qui sont près des cages ne servent vraiment pas à grand-chose. Il est vrai qu'on leur demande surtout de vérifier que le ballon est entré ou pas dans la cage. Pour le reste, hors-jeu, fautes, sortie de but ou corner, ils préfèrent rester en dehors. Tout ça pour ça ? Et l'autre, qui reste debout en bout de ligne médiane ? De temps à autre il soulève un panneau électronique pour appeler les joueurs à remplacer mais il ne dit rien à l’entraîneur portugais qui demeurait systématiquement en dehors de son périmètre. Je me demande même s'il n'a pas été sur le terrain de temps en temps. Avec un arbitre comme M. Collina, il aurait été expulsé rapidement. En revanche, la commission arbitrale se montre tatillonne sur la tenue. Maintenant, aucune équipe ne doit porter la moindre couleur qui se trouve sur le maillot de l'autre. Ainsi, le maillot « extérieur » de l'équipe de France est blanc avec une manche bleue et une rouge. Pas question de porter ça si l'adversaire a du rouge (ou du bleu) sur le sien. Or, ça arrive souvent. Idem pour les culottes. Ordinairement, elles sont blanches ou noires. Oui mais si l'autre porte du blanc sur lui, c'est pas possible. On remarquera que la culotte est maintenant de la couleur du maillot. Pareil pour les bas. Ils sont unis et d'une couleur qui n'est pas portée en face. En rugby, on comprend mais en football, il y a rarement des mêlées. D'ici qu'on s'en prenne aux chaussures...En plus, c'est sympa de voir ces chaussures colorées. Dans les années 1970, Puma avait lancé une gamme de couleurs sans succès. Les temps changent. Bon, ça n'a pas empêché l'arbitre de la finale de commettre sa seule erreur d'appréciation en attribuant une faute de main à un Français alors qu'elle a été commise par un Portugais. Pourtant, outre les maillots, les couleurs des bras des joueurs étaient différentes. Le but de la victoire portugaise a été marqué à la suite du coup franc qui a sanctionné cette faute commise par l'adversaire. Comme quoi…

 

Sur le plan du jeu, je remarque, de plus en plus, qu'en finale, ça n'est pas forcément le meilleur qui gagne mais celui qui défend le plus, qui sait bloquer le jeu et donc épuiser et dégoûter son adversaire. Ça c'est vérifié lors de cette finale de la Coupe d'Europe. Les Portugais n'ont jamais bien joué ; aucun match. Chaque fois, ils ont gagné à l'arrache ou contre un adversaire d'un niveau moindre. Leur vedette, Ronaldo (que je voyais jouer pour la première fois) est visiblement très bon en club mais juste passable en sélection. Il n'a montré aucune action remarquable ou décisive. En finale, son équipe a bloqué le jeu tout le temps. Pour ainsi dire, les onze Portugais sont resté en permanence dans leur camp. Contre eux, dix joueurs français ne pouvaient pas faire grand-chose. On a bien vu, dès la fin de la deuxième mi-temps qu'ils étaient épuisés. C'est ce qu'attendaient les Portugais. But magnifique de l'excellent Eder, rentré en deuxième mi-temps et autrement plus remarquable que le fameux Ronaldo

http://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Le-portugal-n-a-mene-au-score-que-73-minutes-dans-cet-euro-2016/705669

http://www.slate.fr/story/120871/portugal-euro-2016

 

bacary sagna

On se consolera en convenant qu'on a, à présent, une belle équipe de France. On sent qu'ils ont plaisir à se retrouver et à jouer ensemble. J'ai aimé voir jouer les Pogba, Gignac, Giroud, Koscielny, Payet, Coman, Umtiti et mon préféré Bacary Sagna qui a fait une excellente finale, notamment. Beaucoup de Noirs ? Et alors ?

Plus objectivement, le nombre de joueurs français qui figurent dans les classements de meilleurs joueurs nous aidera à boire le calice.

http://www.huffingtonpost.fr/2016/07/10/classement-buteurs-euro-2016-antoine-griezmann_n_10918654.html?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001

http://www.francefootball.fr/news/Euro-2016-le-top-10-des-meilleurs-buteurs-de-l-histoire-de-l-equipe-de-france/692188

Ça devient lassant de trouver chaque fois des qualités à Antoine Griezmann. Ça fait un bien fou aussi et il n'y a pas de mal à se faire du bien avant de retrouver la somme des problèmes à la rentrée.

 

 

 

 

 

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04 juillet 2016

Michel ROCARD

rocardpresidentielle

Rocard, c'est le personnage complexe, c'est l’ambiguïté, c'est l'image de la contradiction en politique. Rocard, c'est l'idéal qui se heurte à la réalité : la réalité des faits et, surtout, la réalité des masses qui poussent à rectifier ce qui marche mal mais qui freinent quand ça change. On veut bien combattre les injustices mais la servitude volontaire est telle qu'on ne veut pas trop non plus.

Pour un ado, Rocard c'était le phare qui éclairait la politique et lui donnait un éclat nouveau. C'était l'espoir. Rocard faisait aimer la politique comme moyen de parvenir à un mieux auquel on aspire quand on est tout jeune. Du moins, était-ce le cas de la jeunesse de cette époque, sensible à la beauté et aux idéaux qui animaient les débats. Rocard, c'était cette intelligence qu'on a appelé « mendésisme » en ce qu'elle allie la rigueur des convictions, la volonté qui ouvre les voies et la prise en compte des forces d'inertie. Pour résumer d'une autre manière, c'est l'exigence de vérité. On ne raconte pas n'importe quoi au peuple pour se faire bien voir en sachant qu'on ne pourra pas aller jusqu'au bout. Ce langage de vérité aura été admiré et fait encore la réputation de ceux qui l'ont tenu mais il contient sa propre limite. Ni Mendès-France, ni Rocard n'auront pu exercer véritablement le pouvoir. Ils sont, l'un comme l'autre, resté sur le seuil. C'est que le peuple a besoin de rêver, quitte à rouspéter quand le rêve prend fin. En tout cas, il faut, au moins, commencer à rêver. La politique, c'est aussi l'irrationnel. Ce ne sont pas forcément les meilleurs qui gagnent, bien au contraire. D'où la perversion qui s'est introduite lorsqu'on a commencé à organiser les campagnes et à faire de la « communication ».

Depuis un peu plus d'un jour, on entend beaucoup parler de « deuxième gauche » dont Rocard aurait été la figure de proue. Pourtant, à l'époque de son ascension, le terme n'était pas employé. En revanche, on parlait beaucoup de « nouvelle gauche », celle qui réunissait principalement des intellectuels (ça n'était alors pas péjoratif), réunis un temps par le nouvel hebdomadaire Maintenant, qui fournissaient la matière, les arguments, d'un changement auquel la société aspirait et que Mai 68 avait échoué à réaliser mais qui en avait jeté les bases. La CFDT de l'époque constituait le socle de cette nouvelle gauche avec son assise populaire sans laquelle aucun changement n'est possible. Quand on voit ce qu'est devenue ce syndicat qui a lancé, à l'époque, justement, l'idée pérenne de la réduction du temps de travail ; autrement dit de la semaine de 35 heures, reprise par tout le monde depuis... La nouvelle gauche se définissait surtout comme une gauche lucide qui rejetait le communisme tel qu'il avait été perverti par Staline et ses successeurs et dont l'URSS, à nos portes, agissait comme un repoussoir. C'était la gauche qui prenait au gauchisme ce qu'il avait de meilleur (Rocard venait du PSU) mais en refusait le sectarisme. C'était la gauche qui pouvait s'appuyer sur un parti fort, en plein dynamisme et qui était relayé par ces fameux intellectuels et leurs revues, leurs chanteurs, leurs artistes engagés ou compatibles. Tout semblait réussir à cette gauche écartée du pouvoir pendant ces longues années 1970 qui ont suivi le mouvement de Mai 68 et connu le point culminant de ce qu'on a appelé – mais on ne le savait pas encore – les Trente Glorieuses. La crise commence fin 1973 mais l'on ne comprend pas encore son caractère durable, entretenu par la finance internationale afin de récupérer ce qu'elle a dû concéder aux classes moyennes.

Comme tout est dit et sera dit sur Michel Rocard, je me permets un souvenir personnel. Je me souviens m'être trouvé rue de Varennes, à Paris, avec un copain. Lorsque nous sommes passés devant le ministère qu'il occupait alors, nous nous sommes arrêtés comme pour tâcher de capter un peu de cette aura bénéfique qui, croyions-nous, entourait les bâtiments austères. Devenu, quelques années plus tard, Premier Ministre, il a impulsé ce qu'on a appelé, pour le coup, « la méthode Rocard », faite d'écoute, de dialogue, de vérité. Edgar Pisani, mort peu avant lui, en aura été le principal instigateur. La paix est revenue sur cette terre lointaine de Nouvelle-Calédonie alors que des politicards français, de la pire espèce, attisaient les braises en permanence, rien que pour embarrasser la gauche au pouvoir et reprendre sa place. On connaît la suite avec son lot de morts, encore plus inutiles que d'autres.

La véritable réussite de Michel Rocard apparaît dans cette émission qu'avait impulsée le journaliste Eric Valmir sur Inter, peu avant la présidentielle de 2012. L'idée consistait à réunir des jeunes pour leur faire préparer des questions à poser à des personnalités politiques. Ces jeunes devaient représenter les grands courants de pensée mais, à la fin, alors qu'il restait une émission, ils sont tous convenus de rediffuser leur entretien avec Michel Rocard, juste reconnaissance de cette intelligence en politique.

Pour le reste, je retiendrai que Rocard incarne parfaitement les limites de l'action politique dans les institutions de la 5e République. Pour changer, il faut gagner mais pas n'importe quelle élection. C'est la présidentielle qui imprime la marque de la politique et peu importe qu'on ait fait de sa ville, de son département, de sa région un laboratoire avec des réussites formidables. C'est la victoire à la présidentielle qui change tout. La majorité suit mais il faut cette intelligence de la volonté. Seulement, il faut être élu et pour y parvenir, il faut l'appui d'une grande formation politique. Michel Rocard incarnait mieux que quiconque le PSU mais sa lucidité l'avait amené à adhérer au PS nouvellement créé où il pensait pouvoir apporter les idées de la jeunesse. Nous connaissons la suite puisque le PS était verrouillé et qu'il fallait l'habileté d'un Mitterrand pour y entrer et fermer la porte porte après lui. Aux dernières nouvelles, on en est toujours là et il n'est pas étonnant que son successeur actuel soit, précisément, un proche du Mitterrand à l’Élysée.

Personnellement, je ne suis pas persuadé que la priorité soit de changer les institutions. C'est ma principale divergence avec le candidat pour lequel je voterai, à savoir M. Mélenchon. Force est de constater que si l'on ne change pas tout, on ne pourra jamais entreprendre de véritables réformes, au sens que tout le monde comprend et pas ce détournement de sens que l'ultralibéralisme a imposé depuis le début du siècle. Après ses échecs répétés, Rocard pouvait dire ce qu'il voulait, tout comme lorsqu'il était au PSU et c'était ça qui nous le rendait admirable. N'empêche, il faudrait bien que les idées d'avenir parviennent au pouvoir. On n'a que trop tardé avec ces décennies de gouvernants qui n'ont fait que gérer les affaires courantes quand la société change avec une rapidité qu'elle n'a jamais connue dans le passé. Rocard est mort et ça fait longtemps qu'il ne représentait plus l'espoir ni l'avenir. À la fin de sa vie, il voulait encore se rendre utile en épousant la cause des pôles. Quelle drôle d'idée ! On comprend que les pôles ne valent que parce qu'ils sont plus sensibles que n'importe quel autre point du globe aux changements climatiques et à l'équilibre des ressources naturelles. Aujourd'hui, la nouvelle gauche – semble nous murmurer Rocard – c'est celle qui porte la transition écologique.

 

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/07/22/5701579.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/11/08/3176217.html

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26 juin 2016

BREXIT : les illusions perdues (2)

BREXIT 1

On ironise, depuis quelques heures sur les normes européennes, sur la courbure de la banane, le calibre des tomates, la capacité des chasses d'eau. On prétend faire rire avec des sujets aussi triviaux mais si la CE puis l'UE ne s'en préoccupait pas, ça ne serait pas satisfaisant non plus. Ce que veulent dire ceux qui ironisent, c'est que ça n'était pas ce qu'on attendait d'un union européenne. Or les élites veulent nous obliger à choisir entre plus d'Europe et moins d'Europe. Le choix n'est pas là. Ce dont veulent les Européens, c'est une autre Europe, une Europe plus unie, plus solidaire, une Europe où l'on puisse voyager et s'installer ailleurs plus facilement. Or, ça a mis beaucoup de temps ; surtout dans les faits. On aurait voulu une Europe où les règles seraient les mêmes pour tous. Or, à chaque fois qu'on a établi des règles, on a établi autant d'exemptions. Concrètement, on aurait voulu que les salaires soient comparables et surtout que la fiscalité soit unifiée. C'est tout le contraire. L'Acte unique de 1992 instaure une véritable concurrence entre les membres qui se traduit par un moins disant social généralisé. Dans les faits, on ne va pas dire, bien sûr, que c'est le moins disant social qui est la règle mais on va parler de « réformes ». c'est à dire, autant de démolitions de ce qui faisait la vie en Europe, et notamment en France, meilleure que partout ailleurs. Au lieu d'une coopération qui était dans l'esprit des fondateurs de l'Europe, les Adenauer, de Gasperi, Monnet, Schuman, Spaak, on a, présentement, une guerre commerciale entre les États qui s'efforcent de devenir des paradis fiscaux pour les entreprises étrangères afin qu'elles viennent concurrencer les entreprises locales. On appelle ça « la concurrence libre et non-faussée ». Certains pays jouent sur tous les tableaux en n'exonérant les entreprises d'impôts et de taxes et en réclament des aides au développement à l'UE. L'affaire des « travailleurs détachés » incite à embaucher à l'extérieur et à priver les États membres de rentrées fiscales tout en augmentant le chômage localement.

On aurait voulu une harmonisation de la fiscalité et des lois or la Cour européenne des Droits humains donne systématiquement tort aux législations votées par les parlements nationaux élus démocratiquement. On pensait que l'euro allait faciliter les déplacements or, partout les prix ont augmenté et lorsqu'on retire de l'argent dans les pays de la zone euro, notre banque prélève une commission majorée. Les banques n'allaient pas perdre ce moyen de nous prélever du pognon. Concrètement, on croyait que… on croyait que tout irait mieux, que tout serait simplifié et, au jour le jour, face à n'importe quel cas concret, on s'aperçoit qu'il n'en est rien et que c'est parfois pire qu'avant. C'est cette Europe de la déception, des fausses joies qui a été rejetée chaque fois qu'un référendum a pu être organisé. Pour le dire autrement, c'est l'Europe du pipeau, du bobard, du mensonge qui est dénoncée et rejetée. C'est l'Europe qui nous impose une chose en prétendant le contraire. C'est l'Europe de la tromperie permanente. C'est l'Europe qui complique tout quand on attend la simplification.

Le vote britannique montre bien que la tromperie dure depuis des décennies puisque ce sont les plus vieux qui ont massivement voté pour le retrait pour l'avoir éprouvée depuis plus longtemps. Autrement dit, ils ont passé leur vie à maugréer et ronger leur frein. Autrement dit, ils n'ont jamais été entendu de toute leur vie. On peut penser qu'ils avaient tort de refuser l'ouverture à l'Europe mais c'était bien leur droit. Ils ont toujours été réticents envers le continent. C'est ancré dans l'inconscient et même le conscient collectif et individuel anglais. On comprend, dès lors, que les gouvernements qui se sont succédé ont toujours freiné leur intégration aux systèmes européens ; pour ne pas dire continentaux. Leur électorat était majoritairement contre tout ce qui était européen. Déjà qu'on ne les écoutait pas, si en plus on mettait du zèle à intégrer les instances européennes, on aurait eu des tensions autrement plus graves. Donc, on s'habituait à ce que la GB ne soit pas un membre tout à fait comme les autres.

La tromperie majeure aura porté sur le projet. Au départ, même si le Traité de Rome portait en lui les germes de ce qui se passe, les intentions étaient clairement d'organiser la coopération de nations européennes pour pérenniser la paix sur le vieux continent. Ça passait par l'harmonisation des législation, l'unification des standards, des normes etc. ça a plutôt bien fonctionné et c'était perfectible. Pouvoir vendre des tomates italiennes aux Pays-Bas et acheter des tomates hollandaises en Italie était une stupidité induite et facilitée par la CEE mais corrigible avec un peu de bon sens. Pourtant, c'est le contraire qui s'est imposé et à partir de 1993, c'est devenu la règle absolue : concurrence libre et non faussée mais forcée ! Quand on espérait, à la fin des années 1990, dans une Europe à 15, que la présence de 14 gouvernements sociaux-démocrates permettrait, enfin, d'harmoniser la fiscalité (tant pour les citoyens que pour les entreprises) et qu'on a vu, au contraire, le renforcement de la concurrence entre États, on a compris que l'UE ne servirait à rien de bon. On a eu encore un espoir avec l'euro mais quand on a vu que les prix augmentaient mais pas les revenus, on a compris que l'UE, appelée souvent « l'Europe », c'était mauvais et seulement mauvais. La règle d'or, autrement dit le déficit du budget d'un État limité à 3 % n'est que la marque de la défaite du politique devant la finance ; autrement dit la défaite de la souveraineté populaire (donc de la démocratie) devant les puissances de l'argent. Mépris de la souveraineté populaire quand, en 2005, les Français ont rejet le TCE. On n'en finit pas d'en observer les conséquences. Elles sont rappelées à tout bout de champ. Comment croire en la politique quand elle sert, à ce point, à tromper le peuple soi-disant souverain ! Et sur le fond, tout dans le projet de Traité Constitutionnel était en trompe-l’œil. Les articles, le plus souvent, attrayants et dignes d'approbation – comme tout ce qui provient de l'UE – étaient infirmés dans les annexes. Parfois, dans le même article, on pouvait lire une chose et son contraire. Dès lors, on pouvait, au moins, espérer que le rejet par le peuple souverain obligerait à revoir la copie. Nenni ! Un tour de passe-passe et le TCE est devenu « Traité de Lisbonne » sur lequel aucun des peuples souverains, membres de l'UE n'a eu à se prononcer. Comment croire encore en la politique quand tout n'est que fourberies ! Et quand on dit que « l’Europe, c'est la paix », on a l’exemple même d’une vessie qu’on nous fait prendre pour une lanterne. L’UE n’a pas amené la paix mais c'est la paix qui a permis la reconstruction. Tout est comme ça : tromperie et dévoiement. Dans ces conditions l'Europe ne peut pas faire rêver. à partir du moment où une nation essentiellement marchande, comme la Grande-Bretagne, l'intégrait, le rêve s'estompait. On ne fait pas rêver avec des taux de croissance, la circulation des marchandises et le chômage de masse qui n'était pas prévu mais qui empoisonne tout.

 

Nous vivons le temps des désillusions. L’ultra-libéralisme a réussi ce prodige de nous faire détester ce que nous avons construit et adoré parce qu’il l’a détourné au seul profit d’une poignée d’intérêts particuliers. La construction européenne, la Communauté Européenne, était un projet magnifique et généreux. Il a été dévoyé avec cette foutaise qu’a été « l’Acte unique » débouchant sur l’Union Européenne et plus sur la Communauté. Le changement n’était pas anodin mais nous y croyions encore. L’UE, telle qu’elle est devenue nous fait détester nos voisins européens, nous fait détester la social-démocratie et craindre la solidarité.

J'ai la nostalgie de l’Europe qui se reconstruisait sur de bonnes bases avec 6 pays désormais liés, avec le Conseil de l’Europe qui veillait sur la démocratie et les droits de la personne, le Marché Commun qui limait les frontières pour les marchandises, l’Eurovision qui permettait à tous les Européens de regarder la même chose en même temps, des trains qui arrivaient à l’heure et qui ne cherchaient pas à concurrencer les autres sur leurs propres réseaux. Aujourd’hui, la « concurrence libre et non-faussée » impose des droits de retransmission qui privent nombre d'Européens d'images, notamment, de matches tandis que l’Eurovision est devenue le spectacle le plus ringard de la planète, belle métaphore de l’état de l’UE.

Le temps de l'Eurovision

 

24 heures après la proclamation officielle du rejet par le peuple britannique souverain, on apprend qu'une pétition a réuni 1, 2 voire 3 millions de signatures pour réclamer un nouveau référendum. Quand j'écrivais, hier, que d'ici à la démission effective du Gouvernement Cameron, on aura trouvé la martingale qui permettra de passer outre le résultat du référendum. Ça n'a pas tardé. Comme aurait dit Robert Lamoureux : « le lendemain matin, le canard était toujours vivant ».

Et tu vas voir : on invoquera la souveraineté du peuple exprimée par cette pétition pour infirmer le résultat du référendum qui exprime la volonté du peuple…d'ailleurs, tous les plateaux organisés pour commenter le Brexit ont réuni les partisans du maintien venus pleurnicher afin de bien nous y préparer. Les vainqueurs sont priés d'avoir le triomphe discret en attendant qu'on nous dise qu'en réalité, ils ont perdu. C'est ça « l'Europe ».

http://www.metronews.fr/info/video-brexit-pres-de-trois-millions-de-britanniques-reclament-un-nouveau-referendum-dans-une-petition/mpfy!t9DTAkmeeEbds/

http://www.setal.net/Brexit-La-petition-pour-un-nouveau-referendum-atteint-2-millions-de-signatures_a47821.html

http://www.boursier.com/actualites/reuters/brexit-fort-soutien-a-une-petition-en-faveur-d-un-nouveau-vote-191583.html

http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/brexit-plus-d-un-million-de-britanniques-signent-une-ia0b0n3593622

 

 

Brexit - The-Sun-FR-494x630

http://www.ouest-france.fr/europe/brexit/brexit-les-premieres-reactions-dans-les-medias-europeens-4322551

http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/24/victoire-brexit-presse-britannique-unes-ue-royaume-uni_n_10652422.html

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/en-images-we-re-out-see-eu-later-les-unes-historiques-sur-le-brexit_1805668.html

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/le-brexit-une-defaite-de-l-ue-telle-qu-elle-est-581866.html

 

juste un addenda destiné aux Français, aux cuistres qui se piquent de faire des jeux de mots en anglais. Généralement, seuls des Français peuvent les comprendre d'ailleurs, puisqu'ils ne marchent qu'en raison de leur mauvaise prononciation. La une du Sun (exemple parfait du torchon) propose un vrai jeu de mots : « See E U [U E en anglais] later » fait allusion à la formule « See you later » simplifiée en « C U later ». Bof, je sais bien que les cuistres ne visitent pas La Lanterne de Diogène...

25 juin 2016

BREXIT : les hypothèses (1)

BREXIT 5

Donc, c'est le Brexit, c'est la fin de l'Europe (du moins de l'UE), c'est la fin des haricots ; comme le suggéraient les fameux messages de la France libre sur radio Londres. Eh bien, mes amis, pour une première fois, l'essai est concluant. Mâtin ! On nous a bassiné pendant des décennies en affirmant qu'il n'y avait jamais eu de référendum en GB et que ça n'était pas possible. Finalement, il y en a eu et le peuple a dit non. Belle réussite, n'est-il pas ?

D'abord, notons que nous nous sommes trompés en annonçant la victoire probable du maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE. Chronique d'une victoire annoncée

À force de voir ce pays rester en dehors de tout ce qui fait sens et d'obtenir, à chaque fois, une exception, un privilège, une faveur, nous avions pronostiqué qu'il n'y avait aucune raison que ça ne continue pas. Qu'est-ce qui a changé, alors ? Sans doute que trop, c'est trop et qu'à force de jouer sur tous les tableaux pour être bien sûr de gagner, on s'épuise.

Concrètement, que va-t-il advenir ? Bof, pas grand-chose ne changera. Comme l'a parfaitement résumé un parlementaire LR : « Avant, le RU avait un pied dedans et un pied dehors. En cas de Brexit, ce sera le contraire ». La GB avait l'habitude de picorer ce qui l'intéressait et de laisser le reste aux autres tout en imposant ses diktats à l'ensemble. Ça a conduit, notamment, à l'intégration de dix nouveaux membres d'un seul coup afin de faire rentrer la Pologne dans le premier convoi alors qu'elle ne remplissait pas les conditions. L'UE est en crise depuis ce moment. En fait, les crises politiques se multipliaient dans tous les États membres mais l'on faisait semblant. Et puis, tout comme une religion, il y avait une réponse européenne à tout. Arrive un moment où ça ne marche plus. Alors, on fait du zèle et ça s'appelle l'intégrisme : on sait que ça ne marchera pas mais on force tout le monde à le faire et plus vite que ça !

 

BREXIT stock exchange 2

Les journalistes dépêchés à Londres ont pu dire, dès le vendredi matin, que toute la nuit, des étages de bureaux de la City sont restés allumés. Ça n'était pas pour regarder la Coupe d'Europe puisqu'il n'y avait pas de match. En effet, au petit matin (et les nuits sont courtes en ce moment), la bourse avait déjà dégringolé. Pas de panique ! Les boursiers et autres spéculateurs s'amusent. C'est dans leur nature profonde de baisser ou de monter à la moindre rumeur, au moindre frémissement de ceci ou de cela. Laissons-les faire mumuse avec notre argent. Un rien les amuse.

Donc, la livre baisse, la livre est au plus bas. Et alors ? Nous savons tous qu'elle remontera. De toute façon, nous ne payons rien en livre-sterling. Dans l'immédiat, gageons que la zone euro va tout faire pour soutenir le cours de la livre. À qui cela va-t-il profiter ? Certainement pas au contribuable de base qu'on n'aide jamais quand lui ne peut plus payer. La livre s'en sortira et sûrement mieux que l'euro.

Pour le reste, la GB ouvre une crise politique majeure. Les deux partis qui font marcher le bipartisme étaient officiellement pour le maintien dans l'UE. Ensemble, ils n'ont donc plus la majorité...Le UKIP a l'air de prendre davantage que les autres formations qui ont tenté d'en finir avec le bipartisme. Jusque là, les Libéraux ou autres ont surtout pris des voix aux Travaillistes. UKIP en prendrait plutôt aux Conservateurs mais ça ne changera pas grand-chose. Au moment d'écrire ces lignes, nous apprenions, sans surprise, la démission du Premier Ministre tory Cameron. Fort bien mais qui pour le remplacer ? Son vis-à-vis fantôme n'a pas plus de majorité que lui. C'est sans doute pour ça qu'il annonce qu'il expédiera les affaires courantes jusqu'en octobre ; des fois qu'une guerre soit déclarée…Comme ça, ça laisse le temps de se retourner et de trouver une astuce pour partir tout en restant mais sans en avoir l'air, tout en affirmant le contraire haut et fort. Oh, les précédents référendums dans les pays membres de l'UE se sont tous terminés en eau de boudin. On a négocié, les pays qui avaient voté non ont obtenu des concessions, des avantages, des exemptions. On a revoté et le oui l'a emporté. Ailleurs, on s'est assis sur le résultat.

La logique voudrait que le processus de détachement de l'UE s’enclenche. Il n'en sera rien. On aura droit à un sommet extraordinaire auquel sera conviée la GB et, auparavant, une « rencontre » franco-allemande. Déclaration commune de bonnes intentions, renouvellement de confiance, promesse de se revoir au plus vite. On se reverra. On négociera et l'on fera tout pour éviter de rebattre les cartes comme les commentateurs le réclament depuis quelques heures. Ficher en l'air tout l'édifice qui n'est, justement, qu'un château de cartes, n'est pas prévu par les eurocrates et par les élus et autres membres des exécutifs. Donc, ce coup de pied salutaire ne sera même pas esquissé. Pas question de bouger pendant les sacro-saintes vacances qui tombent à pic pour ne rien faire. Il continuera donc comme si de rien n'était. Et d'ailleurs, rien n'est. La politique sur laquelle il s'est fait élire sera appliquée et, notamment, dans ses aspects les plus contestables. Un ancien Premier Ministre français avait appelé ça « le sale boulot » ou, pour le dire autrement, ce qui est le plus impopulaire et qu'on appelle pudiquement « les réformes ». En fait, ce qui ne favorise que la grande finance. Ça tombe bien, comme ça, les travaillistes n'auront pas à le faire et, de toute façon, ils ne sont pas prêts à gouverner. Il est urgent d'attendre !

Plus que jamais, pas de panique ! L'Angleterre n'a pas encore quitté l'UE et M.Cameron est toujours Premier Ministre.« Much ado for nothing », comme aurait dit mon camarade Shakespeare. Lorsque le Premier Ministre aura engagé le fameux article 50, il faudra attendre encore deux ans pour voir la GB sortir définitivement. Autrement dit, il peut se passer bien des choses d'ici deux ans ; entre autres, c'est plus qu'il n'en faut pour trouver la martingale qui permettra de contourner le vote des Britanniques.

Supposons – car ça n'est qu'une hypothèse – que la GB quitte vraiment l'UE. On annonce déjà que l’Écosse va revoter pour pouvoir rester dans l'UE et probablement l'Ulster. Rien que ça, incite à penser que la GB ne va pas sortir de si tôt. Ensuite, si vraiment ça se passe, l’Écosse n'est pas près de rentrer dans l'UE. D'abord, les autres ne voudront toujours pas froisser l'Angleterre. Ensuite, on redouterait une contagion. La Catalogne ne manquerait pas d’emboîter le pas et, sans doute, nombre de régions prospères ou fortement identitaires suivraient. On assisterait à un morcellement de l'Europe ; ce qui serait un comble pour un projet qui se voulait unitaire. Pas de panique ! Pour le moment, il ne se passe rien et le moment va durer un certain temps ; comme le refroidissement du canon. Wait and see !

 

http://www.monde-diplomatique.fr/2016/02/CASSEN/54706

 

http://www.rtl.fr/actu/international/en-direct-brexit-referendum-resultats-royaume-uni-vote-cameron-7783826619

http://www.capital.fr/a-la-une/politique-economique/le-brexit-loin-d-etre-une-catastrophe-une-chance-pour-la-france-1141134

http://www.observatoiredeleurope.com/De-grands-economistes-pour-une-sortie-urgente-du-piege-mortel-de-l-euro_a1655.html

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24 juin 2016

Inter et la nouveauté

Inter a donc un nouveau site Internet. Je trouvais rien à redire à celui d'avant qui, comparé aux sites des autres radios était plutôt bien fait. Le nouveau n'est pas mal. C'est bien de changer l'interface de temps en temps. Le problème, c'est qu'on y trouve tout ce qui ne fait pas la radio mais, à l'image des autres, tout ce qui est à côté. Sans doute, le site se veut-il un prolongement plutôt qu'un complément. Ainsi, en cette mi juin, la première chose qu'on voit sur la page d'Inter, c'est : Veillée d'armes pour le bac général. Autrement dit, la page Internet se veut aussi généraliste mais pas forcément en rapport avec le ton de la station ni ce qu'elle fait.

Personnellement, je cherche sur un site, ce qui m'a échappé, les références, les noms des invités (si nombreux sur Inter) et surtout les noms de ceux qui font la radio. J'aimerais bien avoir les titres des chansons (je sais qu'ils y sont) pour les ré-écouter. Y en a pas tant que ça alors on pourrait les trouver facilement. Le nouveau site présente – je cite – l'image que la station veut donner : Info – Culture – Humour – Musique. Les Programmes sont de l'autre côté de la page.

Remarquons de suite que la musique est reléguée en dernier. Surtout, remarquons que pour chacun de ces quatre onglets, il existe, au moins, une radio spécialisée dont trois appartiennent au « groupe Radio France » (terme officiel). Il existe France-Info, France-Culture et France-Musique. Quel besoin de faire le métier de ces trois stations sur celle, généraliste, d'Inter ? Pour l'humour, il existe Rire & Chansons mais ça n'est pas le même rire. Humour et France-Inter, ça relève un peu de l'oxymore. Qu'importe, cette saison, ils ont mis le paquet. Dans la matinale, il y a une chronique cinq minutes avant toutes les heures pleines. Trois en tout, donc. Pas mal pour une tranche d'information.

Pourquoi en parler ?

Simplement parce que ça confirme ce que j'annonçais il y a plusieurs années sur le changement des pratiques d'écoute de la radio. Le PDG actuel, M. Gallet, pour décrié qu'il est (notamment pour sa gestion calamiteuse des conflits sociaux), a été nommé en son temps pour que la station payée par la redevance ne se laisse pas distancer. Quoi qu'il en soit, la radio ressemble de moins en moins à une télévision qui serait parvenu à se passer de l'image ; comme disait le grand José Artur. Désormais, l'image accompagne chacune des émissions (ou presque) et arrivera le jour où l'on ne tiendra plus compte de ceux qui s'obstinent à ne pas avoir l'image. Je veux dire par là que des émissions pourront être articulées autour d'une image (reportage ou autre). Sans doute aussi faudra-t-il s'habituer à avoir des blancs à la radio pendant qu'une image passe.

Maintenant, il faut revenir sur ces fameux quatre onglets qui se veulent l'identité de la station de service public (terme officieux). On se demande toujours pourquoi Inter s'ingénie à faire concurrence aux autres stations du même groupe. Il ne s'agit pas de confiner les auditeurs dans des spécialités car, en effet, la station ne serait plus généraliste. Il ne faut pas non plus qu'on ait l'impression, selon l'heure, d'écouter les programmes des autres. Dans l'idéal, selon moi, Inter devrait être un gigantesque « Grand Echiquier » où se succéderaient Raymond Devos, Georges Brassens, Lorin Maazel, François Jacob etc. D'accord, ils sont tous morts mais ils ont tous des successeurs. Lorsque j'écris cela, je ne veux pas dire une heure pour chacun mais quelques minutes pour chacun et ce, tout au long de la journée afin de varier les genres et les plaisirs et non pas : voici maintenant l'émission pour les amateurs de …

 

En tout cas, je milite toujours pour la suppression des flashes d'information horaires. À notre époque, ça n'a plus aucun sens. France Info nous apporte l'actualité en direct et fait un point plusieurs fois par heure. Qui veut savoir ce qu'il s'est passé, peut trouver facilement la position de France-Info, y compris dans les grandes agglomérations. À l'époque où la toute nouvelle station d'Europe n°1 a inventé les flashes, c'était une innovation pour répondre aux inquiétudes liées à la guerre d'Algérie. Quand bien même l'actualité nous plonge dans l'horreur ou dans le sport, il existe des radios pour l'information. L'Internet aussi nous apporte des informations. On a l'embarras du choix. Surtout, les samedis et dimanches soirs, on sent que le journaliste d'astreinte se force à trouver quelque chose à dire en dehors des matches de foot. Justement, ça pourrait être la différence d'Inter avec les autres radios généralistes : plus de bulletin d'info en dehors des grandes sessions puisque les auditeurs peuvent zapper. Quand on pense que les animateurs font un caca nerveux à chaque fois que l'actualité déborde un peu sur leur tranche, ils seraient ainsi satisfaits.

Parlant de coupure, la nouveauté aura été cette année l'ingérence de la publicité de marque sur la chaîne. On nous avait promis que le temps alloué à la pub ne dépasserait pas le temps d'avant. Dans ce cas, pourquoi ouvrir aux marques puisque les habituelles occupaient les 17 minutes quotidiennes ? Est-ce que les marques paient plus que le dépistage du cancer colo-rectal ? Sans doute mais maintenant, à l'heure de la pub, il est difficile de distinguer Inter des autres. Or, justement, les auditeurs d'Inter veulent écouter la différence ! M. Gallet pratique la politique du fait accompli. Il a provoqué en ouvrant l'antenne à un lunettier et un autre (j'ai oublié). Il a obtenu gain de cause malgré les protestations des concurrents. Maintenant, alors que la grande distribution est exclue, il ouvre l'antenne à un célèbre fabriquant suédois de meubles et une chaîne de magasins de parfums. D'ici peu, nul doute que nous aurons « les nouveaux commerçants », « les mousquetaires », et autres « as des économies ». Tout ça, c'est un peu le problème avec ces professionnels qui bossent chez Radio-France mais qui n'écoutaient aucune de ses stations quand ils étaient enfants ou ados. Il travaillent à Radio-France aujourd'hui et ailleurs demain, même ailleurs que dans l'audiovisuel et ça ne chiffonnera personne.

Puisque les programmes d'été vont bientôt prendre le relais, il est temps de faire le point sur la saison qui a été tranquille, sans grand bouleversement ni nouveauté remarquable. Le « Nouveau Rendez Vous (NRV) » est plutôt agréable à écouter. Les thèmes sont bien choisis, les artistes aussi. Le matin, M. Bruno Duvic a réussi à faire oublier l'universitaire Erner qui s'était reconverti dans une émission de service. Nous avons déjà dit tout le bien que nous pensons de la tranche animée par M. Demorand malgré les réticences de la première saison.

http://www.ozap.com/actu/audiences-radio-nicolas-demorand-leader-inconteste-du-18-20h-sur-inter/495986

 

Ensuite, réjouissons-nous (ainsi que m'y invite une internaute) de la disparition de « L'humeur vagabonde » de Mme Evin. Il était plus que temps ! Non seulement cette émission ne pouvait prétendre devenir une vitrine – à l'instar du Jeu des 1000 € ou du Masque & la Plume – mais sa longévité surprenante faisait qu'on avait l'impression d'entendre toujours la même. Je suis certain qu'en faisant entendre une dizaine d'enregistrement à quelqu'un qui ne comprend pas le français (ni d'autres langues latines), il aurait l'impression d'entendre dix fois la même chose tant les intonations, sont identiques en toute circonstance et quel que soit l'invité. Ne revenons pas là-dessus et félicitons-nous que ce verrou saute enfin. On pouvait raisonnablement espérer qu'à la rentrée, il y aurait ine grande émission de 20 heures à 22 heures. Si c'est pour remplacer Mme Evin par Mme Adler, autant ne rien changer. Notons que c'est encore une fois la décision de Mme Evin qui détermine tout, puisque c'est elle qui a demandé à laisser la fréquence quotidienne pour l'hebdomadaire. Si elle s'était sentie encore en forme, elle aurait rempilé pour une 17e et pourquoi une 20e saison.

La bonne chanson disparaît aussi puisque « La prochaine fois je vous le chanterai » se termine. Là encore, il était temps. L'idéal serait qu'émerge cet été un nouvel animateur avec un nouveau concept, de nouvelles idées. C'est à nouveau possible avec la direction actuelle qui n'a pas une grille pour l'année et une grille qui revient tous les étés immuablement. Les auditeurs d'Inter sont nombreux mais plus très jeunes. Si l'on veut avoir une nouvelle génération d'auditeurs et les attirer par des émissions de qualité, il faut aussi que les animateurs se renouvellent ainsi que leurs émissions. « Mon invité est », c'est pas mal mais il ne faudrait pas qu'il n'y ait que ça. Or, ça commence dès 6 h 20 et ça dure jusqu'à 23 h … Même la matinale de Mme Patricia Martin, les samedis et dimanches est devenue un empilement de chroniques et de rubriques ininterrompu... Pas sûr que de remplacer un animateur par un autre sans changer le style habituel des émissions soit de nature à rajeunir l'antenne. Il est vrai que les auditeurs des stations généralistes sont très conservateurs, très attachés à leurs petites habitudes et qu'il faut y aller par petites touches.

http://www.lefigaro.fr/medias/2016/06/07/20004-20160607ARTFIG00194-philippe-meyer-pousse-hors-de-france-inter.php

http://www.telerama.fr/radio/mercato-radio-vincent-josse-et-vincent-theval-absents-de-france-musique-en-septembre,141943.php

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/06/11/sur-inter-une-generation-laisse-la-placea-une-autre_4948288_3236.html

 

 

Un mot sur « l'Euro » puisqu'Euro il y a. Inter a précipité Mme Evin vers la sortie quinze jours plus tôt que prévu. Pas écouté sa dernière mais elle a dû se fendre d'un laïus bourré d'insinuations. Le soir, on a droit à l'ODT, soit L’œil du Tigre, l'émission pour les intellos sportifs, plus intellos que sportifs d'ailleurs puisqu'il n'est question que de sujets en rapport plus ou moins lointains avec le Championnat d'Europe des Nations. On n'a même pas l'intervention du reporteur sur place pendant le match qui se joue pour annoncer les buts ou faire le point sur la rencontre. Il me semblait que Radio-France avait décroché la timbale de « radio officielle » pour la dernière année de M. Jacques Vendroux. Si fait : on a droit à un débat interminable sur la condition des Noirs, par exemple. Le rapport avec le foot ? Beaucoup de Noirs sont des vedettes de ce sport. Une pause musicale : « Boys don't cry » des Cure, titre de 1979...Quel rapport ? Justement, il faut pas qu'il y ait de rapport parce que ça serait trop facile. Quant à l'humoriste belge Alex Vizorek, il vient pour débiner le foot en général et ce tournoi en particulier. Radio France est la radio officielle de l'Euro 2016… Pour se démarquer de ses concurrents qui ont tous fait pareil, Inter aurait pu, je sais pas moi, s'allouer les service de M. Jean-Marc Guillou, un des meilleurs milieux de terrains de tous les temps en France mais très critique sur le milieu du football (et sur Jacques Vendroux aussi). Ça aurait pu être intéressant. D'autres personnalités que les habitués auraient pu apporter une touche intellectuelle aussi mais il n'en sera rien. « Mon invité est », le prisme de l'anti-racisme (on y revient) et tous les clichés sur les supporteurs de foot et le football professionnel se donnent rendez-vous tous les soirs. Encore une occasion ratée de faire du populaire de qualité.

 

Enfin, cette tempête dans un gobelet de machine à café : les animateurs d'Inter se moquent de Nagui et de sa plainte quant à son salaire. Curieux qu'on lui reproche de l'avoir dit alors que tant d'autres en font autant et notamment les chroniqueurs. Un certain Didier Porte le disait chaque fois qu'il ne trouvait rien de pire à dire. On disait alors que c'était une « private joke ». Pourquoi ce déferlement aussi prompt contre Nagui ? Serait-ce parce qu'il est le plus connu des animateurs de la station et que les autres en prennent ombrage ?

http://www.20minutes.fr/medias/1863799-20160612-video-france-inter-nagui-apprecie-moqueries-animateurs-radio-salaire

Cependant, si j'approuve des départs, c'est bien entendu au nom du renouvellement. Il en est tout autrement de l'argument qui prétend qu'il est incompatible de partager son temps entre deux stations de radio qui appartiennent au même groupe alors que les vedettes de l'antenne sont justement des vedettes parce qu'elles effectuent des prestations à la télévision. Les Cohen, Nagui, Demorand travaillent tous ailleurs, et pas qu'un peu. M. Demorand, rien que lui, à la rentrée prochaine animera l'émission politique qui précédera la présidentielle et les législative. Excusez du peu. Comme si ça n'était pas suffisant, il est annoncé aussi sur France 3. Au contraire, les deux animateurs présentés comme des cumulards ont le même comptable, le même payeur, le même employeur pour tout dire.

Vendredi 17 juin, Mme Hélène Jouhan a commencé sa revue de presse par l'évocation en une de La Croix, des morts dans la rue ; tous ces sans-abris morts dans la quasi indifférence et sous nos yeux. Merci pour eux, Madame.

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