la lanterne de diogène

17 août 2018

Europe 1 cherche une troisième voie

L’an dernier, l’arrivée de M. Patrick Cohen pour reprendre la matinale avait fait grand bruit, d’autant qu’il avait été recruté par M. Lagardère lui-même. Arnaud a toujours montré peu d’intérêt pour les avions et les armes qui les accompagnent. Il préfère les autres fleurons du groupe constitué par son père, Jean-Luc. Parmi ceux-ci, l’autrefois innovante station de la rue François-Ier et sa prestigieuse rédaction qui a fourni les cadres des grands médias apparus dans les années 1980. Pillée de ses meilleurs, Europe 1 ne s’en est jamais remise et court toujours à la poursuite du succès. Nous avons déjà dit qu’il n’y avait pas de place pour trois radios généralistes et que, à moins de proposer du nouveau, du jamais vu – ou plutôt jamais entendu – Europe 1 ne pourrait qu’accueillir les déçus d’Inter qui finissent toujours par y retourner. Bien sûr, M. Lagardère ne doit pas consulter la Lanterne de Diogène, au contraire des nombreux internautes qui reconnaissent le travail de mémoire que nous effectuons et la critique constructive au fil de la rubrique « médias » qui est la plus consultée.

 

Au début des programmes d’été, c’est un peu par hasard qu’on a appris que M. Aliagas va animer la matinale en lieu et place de M. Cohen dont l’arrivée sur Europe 1, voici tout juste un an, avec M. Schlesinger, pour prendre la présidence effective, ainsi que M. Vandel, pour une émission consacrée à l’actualité des médias, et Mme Jouhan, devait révolutionner la station de la rue François-1er. Un an plus tard, donc, tout est à refaire. Exit Frédéric Schlesinger, remplacé par M. Laurent Guimier, lui aussi débauché de Radio-France. On débauche les meilleurs cadres de Radio-France, ceux qui n’obtiennent pas les promotions qu’ils espèrent puis, M. Lagardère les renvoie faute d’audience. Comment pourraient-ils faire de l’audience avec des idées aussi peu imaginatives ? Un coup d’œil sur les articles de la presse en ligne suffit à prédire ce qui va se passer l’an prochain ou, peut-être, même avant. Tout est dans le vocabulaire. On annonce « l’arrivée de » Laurence Boccolini et d’Anne Roumanoff qui ont fait, toutes les deux, la gloire de « Rien à cirer », l’émission d’humour vache de M. Ruquier, sur France-Inter, au début des années 1990 (soit près de 30 ans donc). Qui va-t-on attirer avec ça ? Ensuite, comment réussir quand on change la direction et la grille tous les ans ? Autre formule employée dans les articles : « venu de ». Autrement dit, Europe 1 ne fait que débaucher des noms plus ou moins connus chez ses confrères, sauf un « premier de cordée » comme M. Patrick Cohen, l’an dernier. Ça n’a pas suffi.

 

Parlant de M. Schlesinger qui affirmait avoir reçu l’assurance d’obtenir des moyens et du temps (3 ans), rappelons les réserves que nous formulions en nous souvenant que, autrefois, lorsque M. Elkabach avait pris la direction, il avait dit la même chose et n’avait pas été couronné de succès. Quand, depuis 1981/82, on n’arrête pas de changer de direction, de programmes, de format, et qu’on n’obtient aucun succès significatif ou durable, il y a de quoi se poser des questions. Quand on a tout essayé, il ne reste plus qu’à renverser la table et trouver autre chose. Or, Europe 1 ne fait qu’embaucher des vieilles vedettes, des chevaux (ou des juments en l’occurrence) de retour, des noms un peu ternis par les années. Les qualités et les compétences des unes et des autres ne sont pas en cause mais ce qui marchait avant ne marche plus forcément. À l’heure où l’on n’écoute plus la radio à la sortie de l’école, où l’on n’écoute plus sur un transistor ni sur un tuner, il faut des radios compatibles avec les nouveaux supports et surtout avec le smartphone qui tend à tout remplacer. https://culturebox.francetvinfo.fr/livres/policier/sept-podcasts-a-ecouter-cet-ete-276365#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20180711-[actu]&pid=

 

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Nous avons déjà dit que M. Cohen avait parfaitement compris la raison de son insuccès. Les auditeurs ne suivent pas un animateur quand il change de crèmerie. Les auditeurs sont conservateurs. Ils restent sur leur station. Parfois, souvent peut-être, ils écoutent ailleurs, pour voir. Mai ce n’est pas de greffer un professionnel dans un univers qui n’est pas le sien qui va attirer le chaland. En fait, d’où vient le problème de la matinale d’Europe 1 ? La publicité est envahissante mais ça ne gêne pas les auditeurs d’RTL par exemple. Les rubriques et chroniques valent bien celles des autres. Le problème, c’est Nicolas Canteloup. Son talent, son humour ne posent pas de problème et c’est même lui qui attire les auditeurs. Seulement, comment agréger les deux ? Si l’on met de l’huile sur de l’eau, l’huile sera toujours dessus. Europe 1 ne peut pas se passer de Canteloup qui assure l’essentiel de son audience mais ne peut pas se passer non plus d’une matinale d’information. N’étant pas payé pour résoudre les problèmes des radios commerciales, nous nous abstiendrons. En attendant, Europe 1 annonce 1OO mille auditeurs de plus pour la soirée sportive du vendredi. On se console comme on peut. Avec le Mondial, gageons que les records ont été pulvérisés. Au fait, est-ce que « Les grandes voix du sport » ne reflète pas les contradictions de la station. Car enfin, un journaliste anime la session et invite (comme sur Inter n’est-ce pas) des confrères de la presse écrite. Est présent sur le plateau, l’inénarrable Guy Roux qui est un taulier de la station. Mais pourquoi Raymond Doménech ? Simplement parce que, comme pour les autres émissions, Europe 1 s’imagine qu’il suffit d’un nom connu (même détesté) pour attirer. Les grands noms qui ont fait les grandes heures d’Europe 1 n’étaient pas des pièces rapportées mais des jeunes gars (surtout) embauchés sur leurs projets, leur audace, leur bagout. Ils avaient envie de faire de la radio car c’était neuf. Ils avaient envie de faire quelque chose de leurs vies. On entendait qu’ils étaient contents d’être ensemble pour faire quelque chose pour les auditeurs. Ils parlaient aux auditeurs. Ils les interpellaient même. On a rappelé ces derniers mois les opérations lancées par Pierre Bellemare, les rendez-vous donnés pour les concerts de Johnny sur la voie publique. Personne n’avait fait ça avant. Aujourd’hui, on fait venir des noms connus en leur disant qu’ils vont gagner un peu plus qu’en sombrant dans l’oubli ou en restant chez les autres. Les embauchés font leur boulot honnêtement mais sans plus et c’est justement le « plus » que les auditeurs attendent.

 

 

 

http://www.lefigaro.fr/medias/2018/04/19/20004-20180419ARTFIG00107-laurent-guimier-prendrait-la-tete-d-europe-1.php

 

https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/01/nikos-aliagas-remplace-patrick-cohen-a-la-matinale-deurope-1_a_23471973/?xtor=AL-32280680?xtor=AL-32280680

 

https://www.20minutes.fr/arts-stars/medias/2301363-20180704-nikos-aliagas-tete-matinale-europe-1-toujours-pris-risques#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_medias]--

https://www.ouest-france.fr/medias/radio/europe-1-patrick-cohen-c-est-fini-la-matinale-est-donnee-nikos-aliagas-5854474

 

 

 

 

 

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29 juillet 2018

Tour de France : pas moyen de leur échapper le reste du temps

Tous les ans, je me détourne du Tour, après les scandales à répétition depuis les années 1990 et puis, on ne se refait pas. D’abord, pas moyen d’y échapper. Ça fait l’actualité comme Roland-Garros qui, pour le coup, ne m’intéresse aucunement. Néanmoins, je sais que Nadal l’a emporté et, quoi que le tennis ne me dise rien du tout, je sais aussi que Fédérer n’est plus au plus haut niveau et que l’Espagnol a repris, sans doute pour qq années encore, la place de numéro 1 mondial. Qu’on ne me dise pas : « J’y connais rien », « je me fiche », « je sais pas la couleur de la balle », « je sais pas combien de roue a une bicyclette », « combien de joueurs par équipe » et autres billevesées entendues par les anti-sports dont, un contingent qui se la joue « intello » ou, plus prosaïquement, « moi, je m’intéresse qu’aux choses importantes ».

 

Donc, le Tour de France 2018 se déroule dans une relative indifférence. La station de radio Inter a proposé, jeudi 26 juillet, deux émissions consacrées à la Grande Boucle. Les auditeurs appellent pour se plaindre : « on connaît déjà le résultat », « aucun intérêt » etc.

C’est toujours incroyable d’entendre des gens trouver des justifications à leur comportement. On est toujours stupéfait d’entendre des personnes, généralement peu au fait des choses, trouver des bonnes raisons pour ne pas passer pour ignorant ou indifférent mais renverser la charge et passer pour des chroniqueurs au-dessus de le mêlée. On se croit revenu à l’école quand les « élèves difficiles », trouvent plein de bonnes raisons pour justifier leur comportement et avec un vocabulaire qui tranche avec la pauvreté de leurs rédactions. Ne me dis pas que tu n’en as pas connu !

Affirmer que le Tour 2018 est inintéressant du fait qu’on connaît déjà le vainqueur est assez gonflé. D’abord, Geraint Thomas n’était pas favori. Il appartenait au deuxième choix et les courses à étapes ne sont pas sa spécialité. Il a fini avant-dernier lors de sa première participation. Il est donc intéressant de voir que le Tour procure encore des surprises. Je recommande à ces pisse-vinaigre de se rappeler les années 1980 quand Bernard Hinault y participait. Avant même le départ, la seule annonce de sa participation valait victoire. Il était vainqueur, surtout par la résignation de ses concurrents (à de très rares exceptions près) qui, du coup, visaient, soit une place sur le podium, soit un classement annexe (la montagne généralement), soit une victoire d’étape. Seulement, à l’époque, on trouvait ça normal et on suivait pour pouvoir dire : « ah, vous voyez, il est bien le plus fort et c’est normal qu’il l’emporte ». On se déchaînait contre ses adversaires et notamment Jean-René Bernaudeau, qui osaient lui disputer la victoire. Pas facile de courir sous la chaleur quand le public est contre soi.

 

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J’ai écrit, les années précédentes, que le Tour me dégoûte depuis l’affaire Virenque et, surtout, depuis qu’après avoir menti des années, suite à une tricherie monumentale, il jouissait d’une popularité incroyable. En fait, c’est pas le Tour qui me déplaît ni le cyclisme, c’est le comportement du public du Tour de France. Quand on a vu dans la presse, les banderoles pour soutenir Virenque, quand on a entendu soi-même, le public scander son nom à son passage et l’encourager avec force vivats, on ne peut qu’être dégoûté de l’humanité. Quand on voit, à la télévision, ces spectateurs courir à côté des coureurs, former une masse que le malheureux coureur a du mal à fendre, augmentant ainsi la chaleur autour de lui, le touchant, risquant (et pas seulement) de le déséquilibrer à tout moment, on désespère de l’humanité. Quand on assiste à des bagarres, parfois, pour mettre la main sur les gadgets balancés par la caravane publicitaire, on a l’impression d’assister à un combat de chiens au moment de la curée ; ou, plutôt, à la distribution de grains dans un poulailler. Chaque poignée jetée aux quatre coins de l’enclos fait se précipiter l’ensemble des poules à cet endroit alors même qu’elle étaient déjà en train de picorer la première poignée. Dans ces précipitations, il y a toujours des poules qui sont piétinées par les autres et qui, forcément, arriveront après et mangeront moins. C’est le spectacle quotidien donné par le public du Tour de France.

Car, qu’on ne s’y trompe pas, il ne vient pas de la planète Mars et n’est pas issu d’une génération spontanée qui disparaît aussitôt. Ces gens existent le reste de l’année. Ils donnent leur opinion. Ils votent. Plus prosaïquement, ils nous côtoient, nous donnent des ordres ou en exécutent. Ils sont nos voisins. Ils mettent le son de la télévision à fond. En été, ils ouvrent les fenêtres pour rafraîchir leur appartement alors même qu’ils y font entrer la chaleur du dehors. Ils sont de ceux qui rejoignent les voisins contre un(e) locataire solitaire qui ne se mêlent pas à eux. Ils pensent (?) que le maire n’en fait pas assez pour leur rue et trop pour celles où ils ne sont pas. Ils sont contents quand, avant les élections, on change l’éclairage dans leur rue et qu’on met un bac à fleurs juste devant chez eux. Ils trouvent que certaines catégories sociales sont privilégiées alors que ça devrait leur revenir. Ils sont sûrs que les chômeurs sont des fainéants car, du boulot, y en a : « je leur en donne s’ils en veulent, moi, j’en ai trop ! ». Ils pensent que tous les politiques sont corrompus, ne fichent rien (ou dorment à l’Assemblée, on le voit bien) et ne sont font élire que pour s’en mettre plein les poches.

chimulus - voisin

L’été venu, ils oublient tout ça, tous leurs soucis, et vont se détendre sur le parcours du Tour de France. Finis les voisins qui leur font des remarques parce qu’ils font du bruit. Là, ils sont libres d’en faire autant qu’ils veulent ! Finis les ennuis. Une fois passés les motards de la gendarmerie, on peut se lâcher, hurler, huer les sales cyclistes étrangers qui vont encore une fois gagner notre Tour de France. Les tricheurs sont les étrangers, bien sûr.

 

Quand même, ça fait du bien d’entendre MM. Daniel Pautrat et Jean-Paul Ollivier, deux journalistes remarquables qui ont fait leur boulot du mieux qu’ils pouvaient. Au passage, on apprend qu’après avoir dénoncé le dopage dans le Tour, « on » a demandé que Daniel Pautrat ne commente plus le cyclisme. On comprend autrement pourquoi TF 1 (chaîne nationale à l’époque) a perdu le Tour au profit d’Antenne 2 qui l’a conservé jusqu’à nos jours. L’honnête Jean-Paul Ollivier n’a jamais été mis en vedette dans la retransmission des étapes. C’était lui qui proposait les images d’archives mais, finalement, c’est de lui dont on se souvient. Même dans un milieu pourri, il y a quelques taches intactes. Robert Chapatte, son patron, aimait monter les uns contre les autres, proposait systématiquement les images des coureurs s’arrêtant pour pisser le long de la route, prenait partie pour un coureur français et dénigrait les autres : « C’est pas pour minimiser la performance de Stephen Roche et de Pedro Delgado mais, pour Jacques Anquetil et moi-même, Jean-François Bernard est le vainqueur moral de ce Tour » (à plus de 4 mn)

Au cours de ces émissions, il a été question de dopage ; forcément, dans le cyclisme. On relit, à l’occasion, le reportage d’Albert Londres sur « Les forçats de la route ». On comprend, si l’on fait un peu de vélo, qu’avaler des centaines de kilomètres par jour, pendant trois semaines, sous un soleil de plomb, ne peut pas s’effectuer normalement. Il y a toujours eu dopage et c’est inéluctable. Il est pour le moins incroyable que, chaque année, on reparle de ça et qu’à aucun moment, on ne diffuse d’extraits d’un Inter Treize de 2002 consacré au sujet. Les journalistes d’Inter et de Science& Avenir annonçaient qu’on pouvait faire fabriquer par l’organisme lui-même ses propres produits dopants et, ainsi, les rendre indétectables. Depuis 2002, on y est forcément mais on feint de découvrir le sujet tous les ans. Depuis les affaires Armstrong, on a affaire à des coureurs sous traitement médical. À l’époque, les responsables du cyclisme et la plupart des commentateurs s’offusquaient qu’on puisse accuser l’Américain de dopage alors que, courageusement (et c’est vrai) il combattait le cancer. Du jour au lendemain, on a jeté sa réputation aux chiens et les mêmes qui le défendaient pour ne pas égratigner l’image du cyclisme l’ont cloué au pilori pour se donner bonne conscience. Avec Froome, apparaît une génération de coureurs cyclistes asthmatiques. Désormais les cas d’asthme, dans le peloton, sont légion. Rien de tel que quelques étapes de montagne pour leur faire du bien, n’est-ce pas ? Qu’ils prennent un peu de Ventoline® est bien compréhensible. Et qu’on ne s’avise pas de s’attarder sur le dopage dans le cyclisme ! Aussitôt, on oppose les autres sports – le football particulièrement – où l’on passerait sous silence le dopage. C’est pas faux mais le cyclisme a une sérieuse avance et ça n’autorise pas les autres à en faire autant.

 Finalement, le matin même de l’arrivée à Paris, un commentateur extérieur en arrive à la même conclusion que celle que je voulais tirer : les spectateurs sont surtout mécontents parce que ça fait longtemps qu’un Français n’a pas remporté l’épreuve ni même brillé au sommet. Le dopage ne gêne que lorsqu’il est le fait de coureurs étrangers. Bon, d’accord, sur ce point, les Espagnols ne sont pas mal non plus. Quand il y a eu l’affaire Festina, les équipes espagnoles se sont retirées et la presse outre Pyrénées accusait les autorités françaises d’en vouloir aux équipes espagnoles parce qu’elles étaient les meilleures du monde et que ça déplaisait aux Français. L’humanité n’est pas belle et l’on aurait tort de croire que c’est le seul fait de supporteurs chauvins. En dehors de leur terrain favori, ils ont une vie et nous les côtoyons en permanence.

 

L’arrivée sur les Champs-Élysée, c’est pour tantôt. Comme d’habitude, y compris pour le centenaire, personne ne rappelle que l’idée revient à Yves Mourousi ; comme la montée des marches à Cannes et plein d’autres choses comme ça. On dit et répète : « la traditionnelle arrivée sur les Champs-Élysée ». Certes mais il n’en a pas toujours été ainsi.

 

https://www.minutenews.fr/actualite/tour-de-france-un-nouveau-nom-sur-les-champs-397007.html

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/tour-france-geraint-thomas-alpe-huez-restera-moment-plus-incroyable-1519262.html

https://www.lejdd.fr/sport/cyclisme/tour-de-france-en-2007-le-calvaire-de-geraint-thomas-3721592

 

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17 juillet 2018

Deux étoiles (dernières impressions du Mondial 2018) I

On peut dire que nous l’attendions depuis longtemps, cette deuxième étoile. Alors, laissons-nous aller un peu. De temps en temps, ça fait du bien d’oublier les soucis qui demeurent, les injustices qui font la guerre aux meilleurs d’entre nous, les guerres, justement et toutes les plaies qui sont le lot de l’humanité. Il faut le talent des artistes et l’optimisme béat de beaucoup pour parvenir à convaincre les humains que la vie est belle. Disons que, de temps en temps, il y a lieu de se réjouir et, donc, ça fait du bien. Ça fait du bien de partager un grand moment de liesse. Partager est peut-être ce qu’il y a de plus beau au monde. Sans le partage, la vie n’est que survie.

Makhtar Mak Camara‎ - championsDonc, la victoire des Bleus permet de parler à l’autre, l’inconnu dont on devine qu’il partage le même sentiment. On a envie de lui parler. Déjà, on lui sourit, on guette une parole de l’autre qui va permettre d’engager la conversation. Et c’est parti !

Pour ces dernières impressions du mondial, il n’y a pas de plan ni de progression mais quelques observations. D’abord, la suite des drapeaux. Avant la rencontre, les caméras ont filmé des supporteurs de l’équipe de France qui arboraient un drapeau libyen ; et ils n’étaient pas les moins motivés. D’ailleurs, les Français ne sont motivés que lorsque leur équipe gagne. La France n’est pas une nation sportive et encore moins une nation de patriotes. On trouve normal, quand on se promène dans les rues des villes d’Espagne, du Portugal, d’Italie, de Suisse, de Belgique de voir des fenêtres pavoisées. On trouve ça sympa et on a l’impression qu’ils font ça pour les touristes afin qu’ils reconnaissent les clichés qu’ils ont de ces pays. En Grande-Bretagne, idem, les drapeaux flottent sur les places publiques et à l’entrée de nombreuses boutiques, dont les fameux pubs. Rien de tout ça en France. Il faut, depuis moins de vingt ans, les tournois sportifs pour que les particuliers osent arborer des drapeaux qui sont retirés après l’événement. Curieusement, quand on trouve des drapeaux, sur les voitures, les coques de smartphones, les manches de survêtements, les fenêtres, parfois, ce ne sont pas des drapeaux français. Il s’agit des drapeaux des pays d’origine (parfois lointaine) des habitants en question. Justement, le Mondial a vu ces mêmes drapeaux rejoindre les tricolores et ça fait plaisir et ça répond à tous ceux qui voudraient (pour des raisons souvent opposées) voir les communautés dans l’affrontement avec la nation et ses pouvoirs publics. Des commerçants, souvent Maghrébins, n’ont pas hésité à décorer leurs boutiques avec les drapeaux de leur ancien pays et le français.

 

La France n’est pas une nation sportive. Il faut que des célébrités gagnent, dans des sports à grand spectacles ou ancrés dans l’imaginaire pour que la population se mobilise. Et encore ! La boxe et même le cyclisme ne font plus vibrer. Qui peut citer les noms du champion de France de ces deux disciplines ? Ne parlons pas du ski nautique ou du kayak où, pourtant, la France accumule les médailles. Le rugby peine à intéresser en dehors du sud-ouest. Le Tour de France attire plus de touristes du Bénélux, d’Allemagne, d’Espagne (du Pays-Basque notamment) que de Français ; à part les habitants des localités traversées. Ailleurs, la population est derrière son équipe, contre vents et marées. On ne se réveille pas en quart de finale comme ici ou comme avec les Verts autrefois. Et que dire des filles qui brillent au niveau mondial dans les sports collectifs mais qui n’intéressent ni les médias ni encore moins le public plutôt masculin, pourtant.

On ironise un peu sur les Croates qui ont fait la fête malgré la défaite. C’est oublier que la France est spécialiste de la commémoration des défaites (militaires) et qu’en 1976, les Verts de Saint-Étienne ont défilé sur les Champs-Élysées comme s’ils avaient gagné. Il est vrai que, en France, toute manifestation populaire est aussitôt taxée de chauvinisme déplacé et que les médias généralistes ne manquent pas de s’intéresser au sport pour critiquer l’engouement qu’il suscite. Les médias quelque peu prisés par ceux qui ont fait des études supérieures se lamentent que les pièces de théâtre et les expositions ne provoquent pas autant de succès. Plutôt que de se demander pourquoi, ils préfèrent insulter le public. Nous y reviendrons.

Les commentateurs ont souligné la parfaite organisation de la Coupe du Monde en Russie, pays de tous les paradoxes, qui voudrait bien mais qui doit se contenter d’actions sporadiques pour faire croire que sa superficie en fait une superpuissance. Au contraire des JO où les plâtres n’étaient pas encore secs le jour de l’ouverture, tout était fin prêt et les images ont montré que le pays tout entier vivait au rythme du Mondial. Jusque dans le célèbre métro monumental de Moscou où l’on trouvait des écrans de TV dans les rames pour permettre de suivre les matches.

Outre les drapeaux évoqués, restons dans les tribunes. D’abord, on a appris, la semaine dernière, que la super-puissante FIFA avait exigé que les télévisions qui ont obtenu le droit de retransmettre, ne montrent plus de jolies supportrices. Parait-il que ça relève du sexisme. Pourtant, ça change des scandinaves et leurs casques à cornes ou des Belges grimés en diablotins, cornus eux aussi. Rien n’empêche de s’attarder sur des beaux mecs ou sur des sourires d’enfants. En plus, comme très souvent, la FIFA avance un argument spécieux : on montre des hommes bedonnants et vulgaires mais des filles bien roulées. En fait, la FIFA anticipe sur la prochaine édition qui se déroulera au Qatar. L’affaire Wenstein lui permet de se sortir d’un pas délicat.

 

Bleus - coupe 4

Quelle cérémonie les amis ! Jamais vu un tel déluge dans un stade pour une finale de Coupe du Monde. Et quand on voit les éclaboussures à chaque fois qu’un Bleu faisait une glissade devant les photographes, on frémit à l’idée qu’ils auraient pu jouer dans un tel marécage. Dans la tribune d’honneur, on a vu la Présidente de la Croatie revêtue du maillot emblématique de sa sélection. À côté, le Président français se trouvait engoncé dans son costard-cravate. La comparaison ne s’arrête pas là. La Présidente croate a pris un vol charter pour se rendre à Moscou et elle partageait la cabine avec des supporteurs et des sportifs et techniciens. Quand même, lors que la Coupe du Monde de rugby en Afrique du Sud en 1995, le Président Mandéla avait revêtu le maillot du capitaine des Springboks. Est-ce qu’un Président français est supérieur à Mandéla pour ne pas affubler un maillot plutôt qu’une veste ? La Présidente croate a montré aussi sa proximité – et pas seulement pour la galerie – avec les joueurs mais elle était trempée. L’autocrate Poutine, hôte du Mondial, n’a pas pensé à lui faire apporter un parapluie. Sans doute cela aurait-il été sexiste aussi.

 

Juste en passant, on remarquera que, quel qu’ait été le vainqueur, c’est la même marque qui équipe les deux sélection et, donc, aurait engrangé, quel que soit le résultat. On apprend aussi, le lendemain, que la vraie Coupe du Monde n’est sortie que quelques minutes avant d’être remise dans un coffre. On se demande bien à quoi elle sert si les vainqueurs ne sont pas autorisés à la brandir et qu’ils doivent se contenter d’une copie. Est-ce que les joueurs ne méritent pas se trophée pour lequel ils ont travaillé dur, dépassé leurs limites et joué puis vaincu ? C’est le grand n’importe quoi dont la FIFA est coutumière.

 

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Deux étoiles (le match) II

Venons-en au match. L’arbitre était l’Argentin qui avait déjà officié lors du quart de finale contre l’Uruguay. Nous en avons parlé. Ces décisions n’ont pas été probantes. Après avoir sifflé de vraies fautes croates, il s’empressait de siffler contre un Français une faute que la vidéo infirmait. Finalement, est-ce que la justice humaine n’est pas comme ça ? Craindre d’accabler une partie réellement fautive en punissant la partie adverse pour équilibrer. Curieuse vision de l’impartialité mais qui tend à se répandre. Heureusement que les deux équipes ont joué correctement.

Sur le jeu, on peut regretter que les Belges, éliminés en demi-finale soient mauvais perdants. Battre le Brésil ne fait pas un champion du monde. La France en sait quelque chose depuis 1986. Ça ne ressemble pas aux Belges cette attitude, même si l’on comprend que la défaite est toujours amère. Le « réalisme », euphémisme pour dire qu’une équipe bloque le jeu pour empêcher l’autre de développer le sien, n’a pas empêché les Français d’attaquer jusqu’au bout alors qu’ils savaient les Croates incapables de revenir au score à 4-2 ; incapables parce que fatigués. Une fois de plus, l’équipe qui bénéficie d’une journée de récupération en moins est battue en finale et d’autant plus que la Croatie a enchaîné les victoires après prolongations, et d’autant plus que la formation au damier est vieillissante (la plupart ne seront plus là dans quatre ans) tandis que les Bleus sont très jeunes. On a vu la différence.

Les Bleus l’ont emporté et, déjà, nous savions que la presse ne s’emballerait pas pour une France « black-blanc-beur ». L’allitération avait fait florès en 1998. On voulait y voir un pied-de-nez au FN en mettant en avant, de préférence, les « blacks » et les « beurs ». C’est Le Monde, quotidien habituellement mal à l’aise quand il s’agit de football qui avait titré sur « La victoire de la France métisse ». Si la Lanterne de Diogène avait existé alors, nous aurions mis en garde contre cette affirmation simpliste. Est-ce que Le Monde aurait dû titrer, quatre ans plus tard, avec quasiment la même équipe : « La défaite de la France métisse » ? Pourtant, se faire éliminer sans marquer un seul but aurait mérité quelques verges. Espérons que le football montrera l’exemple et qu’on en finisse avec la racialisation des rapports, même avec de bonnes intentions. En 2010, certains prétendaient même imposer d’autres distinctions entre les joueurs. On se souvient de cette équipe détestable menée par des petites frappes prétentieuses, méprisant leurs jeunes admirateurs, qui masquaient leur faiblesse par l’agressivité. On a vu où ça a conduit. Le pire, c’est qu’après les incidents graves qu’on aurait pu oublier, la presse qui se veut culturelle en a remis une couche en feignant de voir dans la grève des joueurs, une juste révolte des minorités opprimées contre le système. Erreur totale ou plutôt manipulation dangereuse dans la mesure où c’est précisément le système qui permet à des médiocres de faire parler d’eux, pourvu qu’ils sachent utiliser les médias et commettre des actes qu’on n’attend pas d’eux. Le tout est de se faire remarquer dans une société où le paraître, l’émotion priment sur la raison. Que ces plumitifs gardent leurs leçons avant de critiquer la joie simple d’un public qui rassemble tout le monde sans distinction car, cette fois, on ne voit dans cette sélection que des garçons talentueux, sans autre préférence. Ce qui fait plaisir, c’est qu’on voit qu’ils aiment jouer et qu’ils aiment jouer ensemble au contraire de ceux de 2010 qui se tiraient dans les pattes. En fait, on en revient aux fondamentaux du football : c’est d’abord un jeu et, quand on a entre 19 et 25 ans, il est encore normal de jouer. Et en plus, ils font plaisir à voir. Et qu’est-ce qu’ils sont jeunes !

Bleus - 2 étoile

Pogba, auteur du 3e but : 25 ans, issu de petits clubs de Seine-et-Marne et joueur pro à Manchester United. Kylian Mbappé, 19 ans ! Élu meilleur jeune de la compétition. Il est le seul, avec Pelé à avoir marqué un but en finale de la Coupe du Monde à 19 ans. Quelle comparaison ! Pelé reste le meilleur joueur de football de tous les temps ; et quel joueur sympathique ! Outre son immense talent, c’était un joueur correct. Il nous a tant fait rêver. Est-ce que Mbappé suivra ses pas ? Difficile à dire. Les temps ont changé, le football aussi. En tout cas, il a le temps de nous montrer un visage agréable de ce sport tellement critiqué et tellement critiquable.

Bien sûr, à ce niveau-là, tous les joueurs sont très bons, y compris ceux qui n’ont pas joué. Quelle tristesse pour eux ! Pourtant, Giroud n’a jamais été dans la compétition, ce qui ne lui enlève rien. Tout le monde attendait la rentrée de Fékir qui tardait. Tout le monde convient que Kanté aura été le meilleur sur le terrain. Partout à la fois, il distribuait les bons ballons sans que son nom ne soit jamais cité par les commentateurs. Et Hernandez ? Lui aussi était sur tous les ballons dans sa ligne. Il a fait les passes décisives. Griezmann qu’on attendait comme butteur aura été sur tous les fronts lors de cette finale : en attaque, en défense, à la passe. Pogba est, parait-il, l’animateur du groupe, l’élément indispensable dans les vestiaire. Il en faut un. Lloris, qui commet une faute monumentale qui a permis aux Croates de revenir au score et de leur donner un dernier espoir, aura été impérial sur la durée du tournoi. Il faudrait tous les citer. En plus, ils sont tous jeunes et ont des chances de disputer encore une ou deux Coupes du Monde. En France, la longévité dans la sélection ne se voit pas tellement tandis que les étrangères (comme la Croatie) alignent des vétérans qui apportent leur expérience. Qu’on songe aux emblématiques gardiens italiens Zoff et Buffon, encore sélectionnés à 40 ans passés. Un clin d’œil à Roger Milla, le butteur camerounais qui a encore marqué dans le Mondial à 42 ans. Donc, pourquoi pas Lloris dans quatre ans ? Et les autres encore plus. On aimerait tant les revoir !

Preuve que ce groupe n’a pas seulement des qualités sportives mais aussi humaines. Après la finale, les joueurs interrogés n’ont pas manqué de remercier toute l’équipe qui les a accompagnés. Beaucoup ont cité le cuisinier.

 

L’artisan de la victoire est bien sûr Didier Deschamps. Quand il a pris sa retraite de joueur international, pour se consacrer à sa famille, c’est lui qui manquait à la sélection car, quand il était là, c’était lui qui distribuait les ballons, qui orientait le jeu. Forcément, on ne retient que les butteurs et, là encore, l’équipementier joue un rôle majeur dans la célébrité. Deschamps a manqué pendant toutes ces années, malgré le brio d’un Thierry Henry qui débutait avec David Trézéguet, à l’âge de vingt ans, il y a vingt ans. Aujourd’hui, comme Aimé Jacquet, il a su constituer un groupe et c’est le plus difficile et le plus important. Laurent Blanc a raté le coche alors qu’il avait tous les éléments en main pour partir de zéro (avec des joueurs suspendus). Il faut du temps. Il faut essuyer les échecs et garder la confiance dans les joueurs. Une sélection ne consiste pas à mettre les meilleurs ensemble. On voit bien ce qui arrive au PSG qui ne parvient toujours pas à gagner une coupe européenne avec les meilleurs joueurs du monde. Il faut un groupe qui aime jouer et qui aime jouer ensemble. Déjà dit… Certains ne croyaient pas qu’il allait réussir et se sont rendus disponibles au cas où il ne serait plus sélectionneur. Ils doivent le regretter car il serait bon qu’il soit maintenu le plus longtemps possible et avec cet effectif. Deschamps rejoint Zagallo et Beckenbauer dans le cercle très restreint des joueurs qui ont gagné la Coupe du Monde comme joueur d’abord puis comme sélectionneur. Un Arsène Wenger est resté 22 ans comme entraîneur d’Arsenal avec un palmarès jamais atteint. Didier Deschamps doit rester même en cas d’échec à l’Euro 2020 ou au Mondial 2022. On ne peut pas gagner tout le temps et il faudrait aussi que les Français l’acceptent. Or, depuis 1998, ils exigent la victoire et parlent systématiquement de fiasco en cas de défaite même honorable comme lors de la Coupe d’Europe de 2004.

 Mbappé 1

 

 

Quand même, encore un mot sur Mbappé qui nous a enchanté avec ses grandes pattes pour remonter le terrain, puis sa technique, ses dribbles pour se défaire de ses adversaires et ses passes décisives et ses tirs qui finissent au font des filets. 19 ans et tellement de belles choses à faire. Pourvu qu’ils restent longtemps ensemble et dans ce même esprit joueur ! Déjà, ils veulent décrocher la Coupe d’Europe et ce serait bien qu’ils aient une étoile de plus dans quatre ou huit ans. Souhaitons-leur !

 

 

 

 

 

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13 juillet 2018

INTER : bilan du 2e semestre 2018

Remarquons que le fossé se creuse entre les médias et l’opinion publique, de plus en plus critique et dubitative devant le traitement de l’information et le choix des sujets traités quand les citoyens vivent, au quotidien, des problèmes peu ou mal évoqués dans les médias.

Les auditeurs, téléspectateurs et internautes sont désormais éduqués et la facilité d’expression que procure l’ordinateur personnel contribue à cette tendance lourde. Nous en sommes un avatar.

 

Le rendez-vous des auditeurs d’Inter avec le médiateur nous offre un petit échantillon de cette critique facilitée. Le temps réduit ne permet de traiter que deux sujets dont on nous assure qu’ils sont en tête des préoccupations. Dont acte.

Lors du rendez-vous avec le médiateur, le vendredi 25 mai 2018, Mme Angélique Bouin, cadre de la direction, a justifié ce traitement. Pour elle, le fait que 100 000 personnes ont campé à Windsor la veille, que 7 millions de Français et quelques 3 milliards dans le monde ont regardé à la TV, donnent à ce mariage le statut « d’événement planétaire ». Pour elle, « on ne pouvait pas ne pas en parler ». Certes, on ne pouvait pas mais la vie (sauf en France à bien des égards) n’est pas faite de tout ou rien mais des nombreuses nuances entre les deux. Qu’on signale quelques jours avant que la GB se prépare au mariage du sixième dans l’ordre de succession au trône (autrement dit rien) et, le jour-même, rappeler que la GB retient son souffle, ne pose pas de question d’éthique journalistique. De là à monopoliser 1 mn 30 (selon elle) dans chaque bulletin horaire alors que d’autres événements autrement plus importants ou graves se déroulaient, comme le crash de l’avion cubain, est plus que contestable. Quand les journalistes sont pris à parti sur la quantité de traitement consacré à un événement, ils répondent toujours : « on en a parlé » ou « on ne pouvait pas ne pas en parler ». Le problème, encore une fois, porte sur le temps consacré et les moyens mobilisés. Mme Bouin minimise en indiquant qu’un seul journaliste avait été envoyé en plus du correspondant permanent. Justement, on se demande à quoi sert le correspondant permanent puisque, chaque fois qu’il se passe quelque chose chez lui, on envoie un reporteur pour rendre compte. Est-ce qu’il n’aurait pas pu traiter correctement l’actualité légère et princière ? Ce qui l’aurait changé, comme l’a souligné Mme Bouin, du traitement du brexit. Enfin, elle glisse à la fin de ses justification que ce mariage fait rêver les petites filles. À l’heure où, dans les médias, dans les événements culturels, les livres et films, le moindre propos est disséqué, soupçonné d’être sexiste quand on évoque la moindre femme préparant à manger ou exerçant un métier tel qu’infirmière ou hôtesse de l’air, où le baiser du prince à la Belle au bois dormant est présenté comme une agression envers une jeune-fille non consentante, on est abasourdi d’entendre un tel cliché sur le prétendu rêve des petites filles d’aujourd’hui. Surtout, qu’on ne dise pas qu’une rédaction d’un grand média national se préoccupe beaucoup d’apporter du rêve aux enfants lors de son traitement de l’actualité. On a même, depuis plusieurs années, de plus en plus l’impression que les médias qui se veulent sérieux (jusque dans leurs émissions de divertissement où l’on invite entre deux rires forcés, des auteurs graves ou ennuyeux comme pour s’excuser) s’adressent exclusivement à des adultes. Pour preuve, le vocabulaire peu châtié, les descriptions explicites lors du traitement de sujets délicats qui ne peuvent être compris que par des adultes.

Samedi 19 mai : tout pour le énième mariage princier en GB. Pas de chanson dans le 6-9 mais un reportage sur les quatre étudiants chinois qui ont passé plus d’un an dans les conditions d’une station lunaire. Voilà typiquement le genre de sujet qui convient à une tranche d’information diffusée un samedi : sujet peu traité (pas du tout même), vulgarisation scientifique, prise de recul par rapport à l’actualité. S’ensuit un débat sur le mariage. On avait rappelé Alex Taylor pour l’occasion. Débat poursuivi après la revue de la presse. Peu de questions d’auditeurs sur le mariage proprement dit mais des critiques dont celle du premier auditeur qui trouve que « France-Inter en fait trop ». Réponse de M. Eric Delvaux : « ça nous dit quelque chose de politique ».

 

Ça, c’est la réponse systématique à la critique. En son temps, on avait reproché à la rédaction d’Inter de trop s’attarder sur les faits divers. M. Bertrand Vanier, qui était alors directeur de la rédaction, avait répondu que « ça nous dit quelque chose sur notre société ». Certes mais de là à aller décoller les pansements pour voir dessous, il y a une marge.

Nous avons critiqué le bourrage d’information depuis que M. Delvaux (dont nous ne tarissions pas d’éloges quand il opérait en semaine de 5 h à 7h), a pris les rênes de la tranche 6-9 de la fin de semaine. Effectivement, c’est la mission qu’on lui a confiée et qui a suscité, dès la parution, des réactions témoignant que les auditeurs souhaitent faire une pause dans l’information quand ils ne sont pas eux-mêmes dans le rythme du travail.

http://www.ozap.com/actu/france-inter-patricia-martin-et-pierre-weill-quittent-la-matinale-du-week-end/526164

 

M. Delvaux persiste. Les pauses musicales après le journal des sports et avant l’entrevue politique ont quasiment disparu. Est-ce utile, les samedis et dimanches d’avoir une entrevue politique, surtout avec des troisièmes (voire des quatrièmes) couteaux ? Aucun des propos de l’invité politique n’est jamais repris, y compris sur la station. Le créneau du jardinier d’Inter rétrécit à chaque saison malgré les dénégations. Les auditeurs qui protestent ne sont pas idiots. Ils comprennent bien que si le jardinier intervient à 7 h 45 et qu’après lui, on passe encore une rubrique ou deux au chausse-pieds, c’est que son temps de parole a été amputé. Dix minutes, plaisanteries comprises et ça rigole pas avec l’horaire ! Quand on pense à son prédécesseur, Michel Lis, qui prenait son temps pour répondre aux auditrices, qui nous faisait un peu rêver avec ces plantes saisonnières… Autre temps. Maintenant, le standard est ouvert pour poser des questions au sous-fifre politique qui a accepté de venir à la radio le samedi ou le dimanche matin pour se faire un peu connaître plutôt que d’aller à sa permanence rencontrer ses électeurs.

Rien n’y fait. Depuis quelques décennie, Inter se targue d’être « une radio de contenu » et nous abreuve de flot ininterrompu de paroles. À une époque, on avait l’impression d’entendre la version parlée de divers magasines culturels comme Les Inrocks, Le Monde de la Musique, Télérama etc. Quoi qu’il en soit, on a toujours l’impression que, selon le moment de la journée, Inter essaie de faire du France-Culture ou du France-Info. On aimerait tant qu’ils essaient de faire du France-Inter !

Ils n’ont toujours pas compris que France-Info existe et donne des infos tous les quarts-d’heure et qu’on n’a plus besoin de se cogner le flash horaire et encore moins les cours de la bourse. On suppose que les cours de la bourse servent surtout à rapporter quelques sous vu que c’est parrainé. Ils n’ont toujours pas compris qu’on n’a pas besoin d’enchaîner les chroniques et les rubriques sans discontinuer. De son côté, France-Info essaie de proposer un peu de divertissement ; ce qui devrait être l’apanage d’Inter, justement.

 

djubaka 2

Cette parlotte que nous dénonçons depuis des années et qui nous a valu d’être cité par L’Express, a trouvé plusieurs justifications à la fin du printemps dernier.

Ainsi, le vendredi 6 avril 2018, M. Demorand précise que la station n’est pas en grève mais que c’est une pub avec 30 s. de chanson (Bella Ciao). Terrible aveu : sur Inter, quand on entend une chanson, c’est qu’il n’y a pas de programme. Lundi 9 avril : M. Trappenard à propos de « mon invité d’aujourd’hui » (Kev Adams) et commentant un éventuel retard : « sinon, on aurait été obligé de passer des disques. Ce serait malheureux ».

https://www.franceinter.fr/emissions/boomerang/boomerang-09-avril-2018

 

Il faut entendre ça : il serait malheureux de passer un disque et d’écouter de la musique sur une radio généraliste. M. Hervé Pauchon, dont les reportages concluent la session de 6 h à 9h de fin de semaine, a pu persifler auprès de M. Eric Delvaux qui annonçait fièrement les noms de ses collaborateurs. « … programmation musicale : Djubaka. – Ah bon, y avait une programmation musicale ? » . En effet, dans la première heure, on peut entendre une ou deux chansons mais après, c’est fini pour le reste de la matinée.

 

 

Un mot sur M. Bernard Guetta qui a annoncé son départ

https://www.franceinter.fr/emissions/geopolitique/geopolitique-02-juillet-2018

 

Certains s’en réjouiront car ils n’ont pas digéré son apologie de l’Union Européenne et du projet de traité constitutionnel soumis à référendum en 2005. Après tout, c’était son droit comme c’est le droit de tout un chacun de ne pas être d’accord. Le problème, c’est qu’il n’y avait aucune nuance dans ces critiques et aucune argumentation. Il a été définitivement classé parmi les salauds, les suppôts du capitalisme et rien n’y fait quel que soit le sujet abordé. Pourtant, sa grande connaissance des relations internationales nous permet de comprendre les enjeux et ce qui risque d’arriver. Cette connaissance, il avoue n’en être plus très sûr et reconnaissons-lui, au moins, l’honnêteté d’avouer qu’il ne comprend plus le monde tel qu’il est, à l’heure du vulgaire Trump, très populaire chez lui, des autocrates aux marches de l’Europe (Poutine, Erdogan), de l’intolérance des peuples d’Europe de l’est qui, après être entrés dans l’Union veulent que la porte reste fermée à double tour. Par conséquent, il a décidé de retourner sur le terrain, pendant au moins deux ans, histoire d’être à l’écoute et, peut-être, de comprendre ce monde qui change tellement. Faut-il rappeler que, à la suite de la chute du mur de Berlin, la rédaction de France-Inter avait proposé une rubrique croisée, intitulée « Est-Ouest », afin que les correspondants permanents dans ces pays nous informent des attentes et des comportements de leurs populations. À l’époque, on ne chronométrait pas le temps de parole mais ça faisait à peu près deux fois 3 mn tous les matins en semaine, vers 8 h moins le quart. Et puis, on a pensé qu’il fallait aussi confronter le nord et le sud. Ça s’est appelé « Planète Est-Ouest / Nord-Sud » jusqu’à ce qu’arrive M. Paoli qui a décidé que les correspondants parleraient moins mais en direct (sympa le décalage horaire qui obligeait à se lever en plein nuit pour parler 2 mn) et ne seraient pas confrontés à un autre point de vue. Bien sûr, ça n’a pas tenu et mais ça manque terriblement aujourd’hui.

 

Gageons que M. Guetta sera invité à chacun de ses retours en France ou même à l’occasion d’un événement dans le pays où il se trouvera. En attendant, c’est M. Anthony Bellanger qui prend la suite. On aurait pu tout aussi bien entendre M. Frédéric Ancel. L’un et l’autre sont compétents mais pas toujours très objectifs quand il s’agit de l’Amérique latine. Au fait, dans la rédaction, M. Luc Lemonnier, chef du service étranger est aussi discret que compétent. On aimerait bien entendre plus souvent ses commentaires. Ça aussi, c’est un défaut de la radio dite « de service public » : aller chercher à l’extérieur plutôt que de promouvoir les journalistes de la maison. Mme Nayle a pris la direction de la rédaction. Il y a deux ou trois ans, on a appelé M. Marc Fauvel pour diriger le service politique mais il a préféré la présentation du grand journal de 8h et, maintenant, on lui dit de céder la place à une femme. Tout ça pour ça.

 

 

 

Un mot rapide sur la grille d’été soumise à changements. On notera l’arrivée d’une nouvelle voix féminine abîmée par la consommation de tabac. En principe, la voix, c’est important à la radio mais personne n’a l’air de s’en plaindre. Après tout, personne ne se plaint non plusde la publicité de marques et des promotions sur une radio dont on nous répète qu’elle rend un service public. Les masses sont résignées.

 

Dernière minute :

L'acteur, réalisateur, producteur, scénariste et auteur de pièces de théâtre Edouard Baer sera sur Inter les dimanches matin à la rentrée pour assurer le divertissement.

https://culturebox.francetvinfo.fr/cinema/edouard-baer-rejoint-france-inter-en-septembre-276453#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20180712-[actu]&pid=

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08 juillet 2018

Deuxièmes impressions du Mondial 2018

Nous poursuivons nos chroniques du Mondial par le petit bout de la lorgnette.

Suite des drapeaux. Après celui des Assyriens, on a pu en voir quantité d’autres, incongrus dans la mesure où il s’agissait de nations qui ne sont pas qualifiées.

Curieusement, les supporteurs français, peu nombreux, semblent être ceux qui bénéficient le plus du renforts de ces nations lointaines. Ainsi, contre l’Uruguay, drapeaux libanais, algérien, pakistanais, ouzbek… Insistons sur le drapeau algérien qui montre bien que les anciens colonisés, qu’ils vivent en Algérie indépendante ou en France, soutiennent les Bleus. Pan sur le bec de ceux qui voudraient poursuivre la guerre d’Algérie par d’autres moyens. Que ce soient ceux qui veulent que des Algériens soient forcément hostiles à la France et aux Français ou ceux, dans l’autre camp, qui ne veulent voir en eux que des profiteurs. Les deux existent mais, heureusement, ceux que nous connaissons n’appartiennent ni à l’un ni à l’autre camp et vivent paisiblement au point de partager l’enthousiasme des supporteurs français.

Toujours côté supporteurs, le quart de finale slave était plaisant à regarder tant le jeu était correct alors même que les deux nations sont hostiles. Seulement, le public russe, forcément en masse et entièrement acquis à son équipe arrivée à ce stade pour la première fois, ne se contentait pas de supporter sa sélection. Il leur fallait encore huer et siffler chaque fois qu’un joueur croate était en possession du ballon. Ce sont des choses comme ça qui font qu’on aime mieux regarder le football à la télévision. Au moins, n’est-on pas contraint de subir la mauvaise foi (et encore est-ce moindre mal) de la plupart des voisins de gradins.

 

socrates et tigana - 1986

Revenons sur la taille de la culotte pour observer que les tireurs de coups de pieds arrêtés ont presque tous dû la retrousser. En clair, ça gêne. Les différentes télévisions nous montrent des images d’anciennes Coupes du Monde ; généralement pour faire un clin d’œil au spécialiste présent sur le plateau. Donc, ça ne remonte pas aux temps antédiluviens quand les shorts méritaient bien leur nom. Ensuite, aux mauvais gestes habituels s’ajoute le tirage du short.

 

Parlons de mauvais gestes. On a tendance à penser qu’avec l’arbitrage vidéo, ils vont disparaître puisque tout se voit. Rien n’est plus faux. L’arbitrage vidéo ne fait rien à l’affaire puisque ce n’est pas la vidéo qui est nouvelle mais son usage pour assister l’arbitre à la demande. S’il n’y a pas demande, les pires mauvais gestes continuent à révolter le public sans qu’on n’y puisse rien. On sait que certains joueurs sont habitués à casser les tibias de l’adversaire. On sait que d’autres sont habitués à profiter du moindre frôlement pour s’écrouler dans des torsions indescriptibles. Malgré tout, rien n’y fait et ça continue. L’Uruguay qui avait montré un visage intéressant lors des dernières éditions est retombé dans ses travers : casser les tibias d’entrée de jeu. Pourtant, à part quelques protestations des commentateurs, il n’y a jamais de suite. Et encore, protestations il y a lorsque l’adversaire est français. Le reste du temps, on parle de gestes « un peu virils ». Le problème, c’est que, au cours de certaines rencontres, des fautes légères ont été sanctionnées à l’étonnement du fautif, tandis que la veille, la même faute n’avait même pas donné lieu à un coup franc. Un minimum de coordination est souhaitable.

Quant à l’Uruguay, il serait temps de mettre cette équipe au ban. Depuis 1930 (et même avant sans doute puisque « la celeste » affiche sans vergogne 4 étoiles sur son maillot), c’est l’équipe des coups de satons, des bousculades y compris contre le joueur qui n’a plus le ballon. Ça mérite au moins d’être dénoncé plutôt que de voir, à chaque fois, les commentateurs s’extasier, avant la rencontre, sur ce petit pays (donc forcément sympathique), toujours présent dans la compétition, sur ces joueurs qui enchantent les championnats européens, avant de s’étonner, horrifiés devant le sinistre spectacle offert. 90 ans qu’on entend les mêmes conneries sur l’Uruguay et 90 ans qu’ils cassent du bois à chaque rencontre, même amicale.

 

Un mot encore sur l’arbitrage. Comment se fait-il qu’un arbitre argentin officie dans un match où joue une équipe qui est pratiquement la sosie de l’Argentine ? Idem, un Hollandais pour arbitrer les Anglais et les Suédois. Il serait bon que, au moins pendant le Mondial, on choisisse un arbitre d’une autre confédération que celles des deux équipe confrontées. Il y a quand même six confédérations. Ça devrait être possible.

Justement, parlons de ces confédérations. Au niveau des quarts de finale, il n’y avait déjà plus que l’Amérique du sud (CONMEBOL) et l’Europe (UEFA). L’Amérique du nord et centrale (CONCACAF) ne peut compter, comme d’habitude, que sur le Mexique, surprenant vainqueur de l’Allemagne, tenante du titre. Aucune équipe africaine (CAF) n’a passé la phase de poule, qu’il s’agisse de l’Afrique du nord ou de l’Afrique noire. On se consolera en se disant que quelques équipes européennes, surtout la France, alignent des joueurs dont les parents ou eux-mêmes sont originaires de ces régions. L’Asie (AFC) a étonné avec la Corée et le Japon mais l’Iran, habitué de la compétition, ne parvient toujours pas à se hisser en huitièmes de finales. L’Océanie (OFC) est encore absente puisque l’Australie fait partie de la confédération asiatique. Pire, à l’issue des quarts de finale, ce sont encore quatre équipes européennes qui vont s’affronter ; dont le pays organisateur, la Russie. C’était déjà le cas en 2006 et il faut remonter à 2002 pour voir trois confédérations présentes en demi-finales : Brésil (*****), Allemagne (***), Turquie, Corée. Il y a presque toujours une équipe sud-américaine dans le dernier carré. Force est de constater que le football sud-américain n’existe plus. Le Brésil court après sa splendeur passée. Le maillot jaune surmontant la culotte bleue fait toujours rêver mais déçoit. L’Argentine et même l’Uruguay sont à bout de souffle, incapables de tenir plus d’une heure de jeu face à de très jeunes Français inexpérimentés. Ils vont rencontrer l’étonnante Belgique, troisième au classement de la FIFA et toujours très forte quoi que fort discrète ; à l’image de son peuple.

griezmann-et-varane-juillet-20187-nijni-novgorod

 

Finalement, quel que soit le résultat final, ça fait plaisir de voir d’aussi jeunes joueurs arborant le maillot frappé du coq gaulois. Leur enthousiasme, leur technique, leur plaisir à jouer et à jouer ensemble sont une leçon qui dépasse largement le cadre du football français.

 

 

Sélection de liens :

https://www.francetvinfo.fr/sports/foot/coupe-du-monde/marius-tresor-a-joue-le-france-argentine-de-1978-et-quarante-ans-apres-il-se-souvient-tout-etait-fait-pour-qu-ils-soient-champions-du-monde_2826397.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180630-[lestitres-coldroite/titre1]

 

https://www.francetvinfo.fr/sports/foot/coupe-du-monde/coupe-du-monde-2018-on-a-compte-tous-les-recours-a-l-assistance-video-et-on-a-regarde-les-resultats_2819299.html

https://www.francetvinfo.fr/sports/foot/coupe-du-monde/coupe-du-monde-2018-une-ministre-suedoise-porte-a-l-assemblee-le-maillot-d-un-joueur-victime-de-racisme_2822503.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180627-[lestitres-colgauche/titre2]

 

https://www.francetvinfo.fr/sports/foot/coupe-du-monde/coupe-du-monde-2018-les-reponses-a-14questions-que-vous-vous-etes-forcement-posees-durant-les-matchs_2834203.html

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27 juin 2018

Art contemporain, langue de bois et victimes

Il ne peut pas y avoir de critique de gauche de l’art contemporain. Ce constat a été dressé lors d’un échange fameux entre le journaliste Daniel Mermet et le conférencier Franck Lepage lors d’une visite à la FIAC effectuée la veille (ou peu avant) la fermeture. Les deux compères ont ainsi confondu le matériel d’exposition prêt à être remballé avec des œuvres exposées. Vrai ou provocation, l’échange est intéressant.

M. Franck Lepage est connu pour ses conférences qui ambitionnent de décrypter le langage dominant. Pour dire les choses autrement, il nous montre comment on nous prend pour des cons et pourquoi ça marche. Une vidéo nous invite à suivre un atelier qui recense les éléments de langages (terme relevant aussi de la langue de bois) qui nous font prendre des vessies pour lanternes. L’idée, est de détourner le mot de son sens habituel, en général pour en remplacer un autre fortement connoté négativement. Nous avons commencé ce blog en montrant (sans connaître le travail de Franck Lepage à l’époque) nous sommes en danger de mots. À l’époque, le Premier Ministre, M. Raffarin usait et abusait du terme « réformes » pour faire passer toutes les régressions, tous les retours à une situation que de véritables réformes avaient améliorées pour les plus vulnérables. M. Raffarin n’a pas impulsé le mouvement. Il n’a fait que s’y agréger et avec une belle réussite.

EXPRESSION ET EXCLUSION

Toujours en danger de mots

Nous avons également affirmé, à plusieurs reprises, comment l’ultralibéralisme est un totalitarisme, notamment parce qu’il en reprend tous les instruments de diffusion. La propagande grossière est remplacée par la publicité mais le contrôle de médias est bien réel. Le langage est détourné pour présenter l’oppression et la soumission sous des angles positifs et valorisants pour leurs victimes.

 

Si nous suivons la longue mais captivante vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=8oSIq5mxhv8

nous pouvons recenser toutes les fadaises, les inepties, les abus de langage qui parsèment le discours dominant. Nous y reviendrons à la fin. Signalons juste comment l’expression édulcorée, caractéristique principale de « la langue de bois » et du politiquement correct n’est pas imposée par la force mais trouve un écho favorable chez ceux qui sont concernés. À un moment, une dame qui participe à l’atelier, reconnaît que si on lui dit qu’elle est « grosse », elle répondra à l’interlocuteur par une insulte tandis que si l’on parle « d’excès de poids », de « surcharge pondérale », elle ne mettra pas fin au dialogue. Nous avons également évoqué la « servitude volontaire » décrite en son temps par l’écrivain humaniste La Boétie.

La Boétie malgré tout

 

Il y a un domaine où, ce que Lepage et consort appellent « langue de bois » est la règle absolue, ce sont les dossiers de presse. Rappelons qu’il s’agit de dossiers destinés aux journalistes et envoyés aux rédactions à l’occasion d’un projet d’urbanisme, de la sortie d’un livre, d’un film, d’une exposition, d’un disque, du lancement d’un projet politique quelconque etc. En fait, presque tout ce qui concerne l’information non immédiate passe par le filtre des dossiers de presse.

Dans un dossier de presse, on trouve tout. On nous dit tout sur l’auteur et sur le travail effectué. On nous dit comment il convient de le comprendre. Comment et avec qui l’auteur a travaillé. Lorsqu’on entend un critique nous dire que pour son dernier film, le cinéaste a travaillé avec tel technicien qui, habituellement assiste tel grand maître, il ne faut pas croire qu’il a repéré son nom au générique qui défile à la fin et que ses connaissances lui ont permis de faire le lien. Tout est marqué, souligné, explicité, prémaché. Ça explique aussi pourquoi tous les journalistes disent la même chose, citent les mêmes références lorsqu’ils présentent une nouveauté. Un bel exemple de langue de bois, apparaît pour présenter un projet architectural : l’auteur a voulu (très important le « a voulu » ou « veut nous montrer ») faire dialoguer le béton et l’acier. Tout ça pour nous dire qu’il ne s’est pas embêté à cacher les superstructures et qu’on nous impose la laideur du béton qui supporte les structures d’acier. Pour le mobilier, deux planches assemblées pour faire un banc deviendront « une banquette aux lignes épurées ». Tout ça figure dans le dossier de presse. D’un autre côté, on comprend la nécessité de tels dossiers tant les réalisations sont incompréhensibles. Dans le genre, il suffit d’écouter les interventions de Mme Isabelle Pasquier sur Inter, pour se rendre compte comment le vide et l’indigence deviennent des œuvres d’art. Surtout, le dossier de presse insiste sur les intentions. En fait, la réalisation finale importe très peu. La seule chose qui compte, ce sont les intentions.

 

Ces dernières années, l’art contemporain revient en force et avec lui toute la propagande qui fournit au public son lot de jeux (circenses) sans lesquels un totalitarisme ne peut fonctionner. Nous avons eu des tas de ferraille exposés dans les jardins de Versailles qui attirent le monde entier pour leur esthétique propre. Nous avons eu un plug anal géant sur une grande place parisienne, un crucifix dans un verre d’urine sans compter tout ce qui ne fait pas scandale et qu’on nous impose. Après tout, ça ne serait pas grand-chose si tout ça n’était pas payé avec l’impôt et ne faisait pas l’objet de mesures de sécurité impressionnantes.

 

La dernière (pas sûr en fait) occurrence, c’est une « œuvre » de Jeff Koons pour rendre hommage aux victimes du carnage du Bataclan. On apprend que la sculpture fait 12 m de haut et représente un bouquet de tulipes (pourquoi des tulipes ? Lire le dossier de presse) pour un coût de 3,5 millions. Rien de scandaleux puisqu’il s’agit de dons de particuliers. Sauf qu’ils bénéficient d’un crédit d’impôt de 60 % de leurs dons. Autrement dit, ce sont les contribuables qui vont payer le plus. Rappelons que le plus grand musée privé de Paris a été malgré tout financé de la même manière. Il s’agit de la fondation de M. Bernard Arnault qui, contrairement à l’habitude des mécènes (même à 40 % seulement) ne porte pas son nom mais une des marques commerciales de son groupe. Comme ça, il bénéficie d’une publicité gratuite à chaque fois qu’on mentionne une des très belles expositions qui s’y tient.

Une recherche montre que le bouquet de Koons est un recyclage d’une de ses œuvres exposée au musée Guggenheim de Bilbao où il ne s’agit pas de rendre hommage aux victimes de quoi que ce soit. D’où les tulipes… En clair, l’artiste fait payer au contribuable une vague copie (plutôt qu’une œuvre originale inspirée par l’horreur du carnage) tout en affichant une intention louable et généreuse. Or, nous venons de dire que ce sont les « intentions » qui comptent. Il serait malveillant d’affirmer qu’il veut exposer, dans la cour du Palais de Tokyo (monument parisien dédié à l’art contemporain) une de ses œuvres en récupérant la douleur collective pour obtenir un financement.

 

Mais laissons-là ces basses considérations pécuniaires et revenons à la « langue de bois ». Dans cet article : https://www.contrepoints.org/2018/04/02/313087-tulipes-jeff-koons-cadeau-embarrassant

nous en avons quelques exemples : l’art se doit de refléter « l’ego de la masse » ; son œuvre se doit d’échapper à toute fonction « décorative » et esthétique et remplir sa mission « critique » qui, étant visuelle, ne fait pas appel à des arguments rationnels mais utilise la dérision.

 

« se doit de » (ou ce doigt d’?) est un élément de langage habituel des dossiers de presse et de la manière dont ils façonnent la pensée et, finalement annihilent l’esprit critique. Car, comme le montre la conférence mentionnée, le but est de structurer la pensée de telle façon que l’on ait une vision positive de tout, y compris de l’oppression dont on est victime (« plan de sauvegarde de l’emploi plutôt que licenciement collectif). Dans ce domaine, tout ce qui relève du divertissement fait l’objet d’une attention particulière. De plus, l’imagination des artistes (ou présentés comme tels) ajoute des formes originales aux instruments de propagande aux mains des dominateurs.

 

Ce qui reste des totalitarismes, outre les études et le souvenir de leurs victimes qui s’estompe avec le temps, ce sont les œuvres monumentales qu’ils ont laissées. Ces statues (en général) ou ces édifices gigantesques avaient pour but d’impressionner la population et montrer la force du pouvoir. Aujourd’hui, on ne peut plus recourir à de tels instruments. La ruse est éventée mais on peut reprendre la démarche qui consiste à copier les grands d’autrefois qui voulaient faire du beau pour qu’on se souvienne d’eux mais, bien sûr, sans s’encombrer de considérations esthétiques. Autant brûler les étapes et détourner des objets ou des reliefs d’objets (des déchets en fait) de leur usage pour en faire des monuments onéreux (puisque nous sommes dans le monde marchand, c’est la seule valeur prise en compte) destinés à faire oublier tout sens du beau et disqualifier tout esprit critique. Le totalitarisme aura triomphé quand la critique aura disparu. Pour ce faire, il faut agir dans tous les domaines et ne négliger aucun moyen. Le divertissement – et donc l’art contemporain – est l’espace où l’on peut toucher le plus de monde parce qu’il fait appel à l’émotion et non pas à la raison et encore moins à la connaissance. D’où l’importance démesurée donnée à des réalisations qui ne sont que de la matière exposée.

 

Banksy - bataclan

 

On apprend que l’artiste de rue Banksy aurait rendu un hommage aux victimes du carnage du Bataclan, discrètement.

https://www.20minutes.fr/paris/2296259-20180626-paris-oeuvre-attribuee-banksy-arriere-bataclan#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_paris]--

Observons que les murs de nos villes sont souvent décorés (illégalement en général) de véritables œuvres d’art qui sont systématiquement effacées car elles détournent de la propagande officielle et de son avatar majeur qu’est l’art contemporain

 

 

 

sur l’art contemporain :

Bravo Frédéric Pommier ou de l'art contemporain

Aucu, aucune hésitation !

Boulez produit des médias

Si Versailles était saccagé ou la Qlture à la française

Pour que Le Monde critique « les intentions » d’un artiste, il faut que la mesure soit comble...

https://www.lemonde.fr/arts/article/2018/01/31/pourquoi-la-polemique-du-bouquet-of-tulips-de-jeff-koons-ne-degonfle-pas_5249632_1655012.html

https://www.lemonde.fr/arts/article/2018/01/24/jeff-koons-c-est-le-bouquet_5246222_1655012.html

Chose promise, chose due. Voici un florilège de l’enfumage que nous subissons :

 

du lien social

le vivre ensemble

la mixité

Croissance verte

Croissance négative (Lagarde – FMI)

Frappes chirurgicales

Commerce équitable

Développement durable (développement = accumulation)

flexibilité

Flexisécurité

Discrimination positive

Démocratie participative

Tri sélectif

territoires

synergies

Plan social

Plan sauvegarde de l’emploi

Transversalité

Restructuration Redéploiement

Dialogue social

Think tank

Management

Débriefing

Co-working

Acteurs

Démarche qualité

Auto évaluation

Développement local

Relais

Partenariat

Transversalité

Expression citoyenne

déconstruction

timing

démarche participative

 

18 juin 2018

Premières impressions du Mondial

Quelques impressions en vrac à l’issue des premières rencontres :

 

Les habitués de la lanterne de Diogène ont, sans doute, remarqué cet étrange drapeau brandi par un spectateur vers la fin de la rencontre Espagne-Portugal.

Nous aurons reconnu sur fond blanc, les lignes brisées bleues et rouges convergeant vers une sorte d’étoile à quatre branche au centre. Il s’agit du drapeau des Assyriens. Or, aucune équipe correspondant au territoire revendiqué par les chrétiens d’Orient de langue arabe ou persane mais dont la liturgie s’exprime dans un dialecte araméen ; la langue parlée par Jésus lui-même.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2015/03/03/31638857.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/05/04/24114310.html

Bien sûr, rien n’empêche quelqu’un de brandir le drapeau de son choix mais on peut y voir aussi la preuve que le retour de la Russie au Moyen-Orient est bien perçu par les minorités chrétiennes comme un espoir, sinon d’obtenir une certaine autonomie, au moins un statut leur permettant de vivre en paix.

 

Les commentateurs français n’accordent que très peu d’intérêt aux déclaration du Président Poutine concernant la religion. Les Français ont consacré plus d’un siècle à écarter les curés du pouvoir tout en s’apprêtant à accorder un statut de faveur à l’islam, deuxième religion de France mais très minoritaire malgré la place qu’elle occupe dans les médias et dans les commentaires. Dès la chute du communisme, la Sainte Russie est revenue et avec elle la primauté à la religion dans l’affirmation de l’identité russe. Pourtant, les Français préfèrent gloser sur les frasques de l’autocrate russe plutôt que d’analyser sa diplomatie offensive au Moyen-Orient par le prisme de la religion. Il faut bien dire que, d’une part, l’orthodoxie russe est largement méconnue par ici et, d’autre part, les interventions militaires russes en Syrie compliquent notre vision des choses. En apparence, la Russie soutient la dictature d’Assad mais dans quel but et jusqu’à quel point ? Toujours est-il que la Russis n’a jamais cessé de vouloir être reconnue comme la puissance de référence au Moyen-Orient et est en passe de le redevenir.

drapeau assyrien (diogène)

Un mot sur le drapeau assyrien, à la base de ce commentaire. Nous avons déjà fait remarquer que beaucoup de nations sans État ni même autonomie ont opté pour un étendard compliqué et difficile à reproduire. Reproduire, signifie pouvoir le confectionner soi-même, à partir de chutes de tissu, de bombes de peintures sur un mur. Force est de constater que tant le Tibet que l’Assyrie brillent par leur invisibilité. On ne peut pas dire que ça aide à faire connaître leur cause ; déjà que quasiment personne ne sait où situer leurs territoires et encore moins ce que les aléas de l’Histoire leur ont fait subir.

Les Assyriens ont soi-disant voulu représenter avec ces lignes ondulées bleue, blanche et rouge, les trois fleuves qui baignent leur territoire. On croyait pourtant qu’il n’y en avait que deux : le Tigre et l’Euphrate entre lesquels s’étend la fertile Mésopotamie, où commence l’Histoire du monde occidental ; bien que située au Moyen-Orient. En haut, se trouve un soleil et autres symboles liés au dieu Assur qui a donné son nom à l’Assyrie. Au centre, on trouve deux losanges bleus qui se croisent. On cherche, en vain, un symbole chrétien sur ce pavillon alors même que les Assyriens n’existent en tant que tels que par leurs langues (dérivées de l’araméen donc) et leurs religions issues de la toute première communauté chrétienne de l’Histoire. Il y a là quelques aberrations qui ne vont certainement pas aider à connaître leur cause et encore moins à la défendre. Une autre explication à la présence de ce drapeau dans un stade russe, il y a une communauté assyrienne reconnue en Russie.

 

Retour au football

Lors du choc, Espagne-Portugal, on apprend incidemment que Ronaldo a marqué après avoir remonté la jambe de son flottant. On a rappelé qu’il y a vingt ans, Zidane avait aussi marqué après relevé la jambe de son flottant. Dès lors, on peut se demander s’il n’est pas temps d’en finir avec ses culottes ridicules qui descendent jusqu’aux genoux, seule partie de la jambe découverte puisque les mollets sont aussi recouverts par de longs bas qui cachent les protège-tibias. On sait que c’est Daniel Hechter, président du PSG, qui a relancé la mode des « shorts » longs. Évidemment, en tant que couturier, il a tendance à rajouter du tissu, ce qui nous vaut ces culottes courtes à rallonge du plus mauvais effet.

 

Sur le plan technique, remarquons que le 4-3-3 est de retour après près de 30 ans d’absence. Pendant ce temps, on avait surtout vu des 5-4-1 car le plus important était de ne pas prendre de but. On s’interrogeait sur la manière de favoriser le marquage. On avait même proposé d’allonger la cage. Finalement, on revient à la raison avec 3 attaquants.

 

Et puis, une curieuse façon de parler : on dit que Messi a raté un pénalty. En fait, c’est le gardien adverse – islandais en l’occurrence – qui a arrêté le tir de l’Argentin. Il faudrait en finir avec ce point de vue qui minimise systématiquement le gardien des cages alors que, depuis la fin des années 1970, on a enfin compris que le gardien n’est pas le mec sympa mais incapable de courir et de marquer, tout juste bon à attendre, casquette vissée pour ne pas prendre froid, que les attaquants adverses visent sa cage.

 

iran bat maroc

Regrettons parmi les parraineurs officiels de la Coupe du Monde, la présence de cet hideux marchands de poulets aux hormones produits dans un des États-Unis. Le bonhomme qui est l’emblème de la marque illustre parfaitement ce dialogue emprunté au film « Un éléphant, ça trompe énormément » : il a le type antisémite !

 

Après la première journée, les grandes équipes se sont neutralisées : le Portugal et l’Espagne et le Brésil et la Suisse. De sont côté, l’Allemagne, tenante du titre a été battue par le Mexique. L’Iran est en tête de son groupe. C’est à cause de choses comme ça qu’on aime la Coupe du Monde.

 

 

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10 juin 2018

RTL déménage

On apprend presque par hasard que RTL déménage et quitte son fameux « 22, rue Bayard » pour aller un peu plus loin, sur l’avenue de Neuilly. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça se fait discrètement. Entre l’annonce à la fin de l’année 2017, l’annonce en mars du déménagement effectif, le démontage de la façade de Vasarély, on ne sait pas vraiment où l’on en est. Cette discrétion tranche avec l’habitude de RTL de monter en épingle tout ce qu’ils font ; y compris quand il s’agit de simplement changer l’habillage ou le nom. Peut-être que, finalement, le profil bas affiché prépare une suite.

 

RTL Vasarély2

Pour ceux qui ne sont pas familiers des lieux, le 22, rue Bayard se trouve à deux pas des Champs-Élysées. C’est dans ce vieil immeuble que l’Abbé Pierre a lancé son appel de 1954. Neuilly, commune connue pour abriter les plus grosses fortunes de France et ceux qui les servent, se trouve exactement entre les Champs-Élysées et le quartier d’affaire de La Défense. L’avenue qui prolonge les Champs-Élysées, donc, et la perspective qui va du Louvre à l’Arche de la Fraternité en passant par l’obélisque de la Concorde et l’Étoile, porte, depuis la mort du grand homme, tout comme la place précédemment citée, le nom de Charles De Gaulle. C’est sur cette avenue que se trouvait, il y a peu encore, la rédaction du prestigieux International Herald Tribune, devenu l’International New-York Times.

 

Ça n’est que de l’anecdote mais c’est cet angle qui a été choisi par la presse pour traiter l’événement. Pour prolonger, on a annoncé le démontage du panneau réalisé par Vasarély apposé sur la façade du vieil immeuble et qui représente, dans le style de l’artiste, le logo de la station la plus populaire de France. Les lames vont donc rejoindre la fondation éponyme, à Aix avec les autre œuvres du maître. Rappelons qu’il avait aussi réalisé le logo de Renault abandonné, il y a plus longtemps. On perçoit là une certaine évolution de la société. Les plus grandes entreprises avaient à cœur d’appeler des artistes pour réaliser leur « visuel » comme on dit aujourd’hui. Désormais, c’est un ordinateur ou un cabinet, grassement payé, qui va produire le logotype et nous expliquer, dossier de presse à l’appui, les « intentions ». Telle couleur symbolise ceci, telle forme cela. Bien sûr, personne ne savait que la couleur en question symbolisait ce qu’on nous dit mais, justement, puisqu’on nous le dit ! Les concepteurs n’ont pas lu les ouvrages de Pastoureau sur les couleurs et ne doivent même pas savoir que des études ont été menées avant eux. Ce sont eux qui décrètent la symbolique et comment il faut comprendre le logo. Ils doivent passer autant de temps à le créer qu’à rédiger le mode d’emploi. D’habitude ça passe mais quand il s’agit de l’ANPE puis quelques mois plus tard de Pôle Emploi, ça fait grincer des dents : payer si cher pour un (e) dans un rond…

Le logo d’RTL se devait d’être dans un cercle, justement, puisqu’il faisait suite à une campagne publicitaire lancée au moment du changement qui a vu Radio Luxembourg devenir RTL. Le rond rouge de RTL et d’elf apposé sur la lunette arrière de la voiture, au moment du boum du tout automobile assurait la popularité des deux nouveaux sigles apparus au même moment. Vasarély a donc repris la forme géométrique et l’a déclinée selon son goût. Aujourd’hui, l’heure n’est plus de faire de beaux logos mais des « visuels » efficaces. Plus personne ne se rappelle le rond rouge derrière la voiture. D’ailleurs, la mode des autocollants est terminée depuis bien longtemps. On en est au « tunning » mais plus aux « stickers » publicitaires sur les voitures. En revanche, les trois lettres parlent à tout le monde. Qu’on se souvienne que Bouygues, après avoir racheté TF1, a changé le logotype créé par Catherine Chaillet pour celui que nous connaissons tous, qui est d’une mocheté proverbiale mais très efficace. Exit Vasarély donc.

 

Pourtant, l’essentiel n’est pas là. Certes, l’immeuble de la rue Bayard était devenu trop exigu mais, jusqu’à présent, on avait fait avec. Logique qu’on cherche plus grand. Neuilly est le prolongement du quartier des Champs-Élysées. C’est aussi plus facile d’accès pour les voitures de reportages et les camions de régie. Pourtant, ce n’est pas la raison du déménagement. RTL, radio commerciale populaire, vient d’être rachetée par une autre branche de RTL-group, à savoir M6. Et c’est là que ça devient compliqué et intéressant. RTL a été pendant longtemps une « radio périphérique ». Son capital était détenu par la CLT (Cie Lux. de Télévision) et la Sofirad, holding de l’État français pour contrôler le capital et, éventuellement, les programmes des médias audiovisuels diffusant sur le territoire. Avec l’émergence des radios libres, l’État (sous la gauche) s’est peu à peu désengagé de l’audiovisuel privé (RTL, Europe 1, RMC, Sud Radio). La vague des privatisations a complété le dispositif. La gauche socialiste a toujours eu à cœur de prouver au capital sa bonne volonté afin de le rassurer et de montrer qu’elle est le meilleur élève de la classe et son défenseur le plus zélé. Donc, sous Mitterrand, on a lancé Canal+ puis privatisé Europe 1 et créé deux chaînes de télévision. Il s’agissait de la fameuse « 5 » avec Berlusconi, présenté à l’époque, par la droite, comme un « ami des socialistes » (c’est dire s’ils connaissaient le dossier), et « TV6 », pour les jeunes, appartenant à un groupe emmené par Publicis. La droite revancharde de 1986, furieuse de s’être fait battre sur son terrain de la « libération des ondes » a donné la « 5 » à Hersant (grand serviteur de la droite et de sa propagande) et la nouvelle « M6 » a été confiée, plus sobrement à la Lyonnaise des Eaux (aujourd’hui Suez) appuyée par les professionnels de la CLT. Jusque là, c’est simple. Depuis la fin des années 1990, l’État français a revendu les parts qu’il détenait encore dans la CLT, ainsi que le gouvernement luxembourgeois et c’est le groupe allemand Bertelsmann* qui a raflé la mise. Depuis, le capital d’RTL n’en finit pas de passer d’une main à l’autre. Ce sont toujours plus de filiales, de participations croisées, de prises de contrôle de l’une par l’autre, de fusions. Le jeu se déroule à l’échelle européenne voire mondiale. Tant est si bien que la filiale « M6 » (M6, W9, Paris-Première, Teva etc.) vient de prendre le contrôle d’RTL-France (RTL, RTL2, Fun radio). Tant est si bien que le nouveau groupe concentre toutes ses activités dans le même immeuble de l’avenue de Neuilly.

Ce n’est pas la première fois qu’on voit une filiale racheter sa maison-mère. En général, ça arrive lorsque la filiale est plus dynamique et finit par être plus connue. Dans un passé lointain, qui se souvient que Thorn, géant de l’électronique en Grande-Bretagne avait fusionné avec EMI (électroménager et édition musicale avec « La Voix de son MaîtrePathé-Marconi ») alors en mauvaise posture ? Il y a longtemps que Thorn a disparu de la circulation et que les trois lettres (encore!) ont pris le dessus et sont connues du monde entier. Plus récemment, SFR, filiale de Cégétel, elle même filiale de la Générale des Eaux (devenue Vivendi) a racheté la Cégétel que personne ne connaissait finalement. Il faut croire qu’un sigle de trois lettres est particulièrement percutant et d’une redoutable efficacité commerciale. Le groupe Bertelsmann lui-même, toujours présent dans RTL-group quelles que soient les péripéties de détention et d’échange du capital, est inconnu du grand public. Il utilise des marques comme BMG (Bertelsmann Music aG) ou RTL, autrement plus connues. Il est donc tout à fait surprenant que RTL qui est connu sur pratiquement tout le continent s’efface devant une chaîne de télévision dont l’audience ne justifie pas cette domination apparente. Tout n’est qu’apparence dans cette histoire. Tout n’est que trompe-l’œil, comme les œuvres de Vasarély.

RTL - autocollant

En fait, ces histoires sont parfaitement ignorées du grand public et surtout des auditeurs d’RTL qui retrouvent leur radio préférée, leurs disques, leurs vidéos estampillées et qui n’en demandent pas plus. RTL ne va pas changer de nom. Déjà, elle ne change pas beaucoup ses programmes. Ça rassure. C’est très important de rassurer les clients. RTL déménage ? On commente avec l’attendrissent des mères de familles, RTL qui a trouvé plus grand et plus neuf. On est rassuré quand un prestataire de service affiche sa bonne santé financière. Bonne santé assurée, en partie, par toutes ses opérations sur le capital qui permettent, à chaque fois, de réaliser des bénéfices et de compliquer les recherches sur la fiscalité. RTL-group reste basé au Luxembourg malgré la participation de Bruxelles-Lambert autrefois, de Bertelsmann, de Pearson et de tous ceux qui ont investi. On est sidéré d’observer le contraste entre le traitement anecdotique ou culturel de cet événement et ce qui est sous-jacent, à savoir les sommes énormes qui sont en jeu. RTL et toutes les sociétés citées sont emblématiques de la financiarisation de l’économie. La production ou la prestation de service comptent pour peu comparée aux opérations financières qui jalonnent la vie des grands groupes. Bien entendu, le grand public n’en sait rien et, pour tout dire, s’en fiche complètement. Les commentateurs les rassurent. Ils parlent de « la station de la rue Bayard », le chevalier sans peur et sans reproche. Vasarély avait caché la façade vieillotte de l’immeuble haussmannien de la petite radio qui, au contraire de ses consœurs d’avant guerre (comme le Poste Parisien ou Radio Cité, Paris PTT, Radio-Paris) n’avait même pas son siège sur les Champs-Élysées mais un peu en retrait. Vasarély avait donné un aspect moderniste à la station populaire et conservatrice, afin d’attirer les plus jeunes. On faisait du neuf sur du vieux. De nos jours, on n’en est plus à ravaler les façades. C’est RTL, elle-même, qui sert de paravent à des opérations financières qui assurent l’essentiel des revenus du groupe. Parions que, d’ici quelques années, c’est RTL-France qui reprendra M6.

 

http://www.inaglobal.fr/television/article/rtl-group-un-conglomerat-de-medias-paneuropeen

 

http://culturebox.francetvinfo.fr/patrimoine/la-fresque-vasarely-de-rtl-quitte-paris-pour-aix-en-provence-264319#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20171025-[actu]

https://www.scoopnest.com/fr/user/GrossesTetesRTL/771000710938984448

 

http://www.paristoric.com/index.php/art-et-culture/bibliotheques-et-information/4071-le-siege-de-rtl

 

https://www.la-croix.com/Economie/Medias/RTL-part-Neuilly-Aix-accueille-facade-Vasarely-2017-10-23-1200886360

 

http://www.rtl.fr/culture/medias-people/rtl-va-demenager-a-neuilly-sur-seine-d-ici-fin-2017-7781937275

 

 

http://www.rtl.fr/culture/medias-people/rtl-va-demenager-a-neuilly-sur-seine-d-ici-fin-2017-7781937275

 

En collant ce lien, nous découvrons que bizarrement RTL met en avant la culture juste après son sigle et finit pas « people » qui est plutôt la marque de la station. En revanche, Inter mentionne « musique ». On a l’impression qu’il s’agit d’un formulaire où il faut rayer les mentions inutiles…

 

 

* Bertelsmann détient aussi Prisma Presse avec les titres français GÉO, VSD, Femme Actuelle etc.

 

 

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07 juin 2018

Canal moins

Ici, nous n’avons pas la télévision et, donc, nous n’en parlons pas mais il est difficile d’ignorer ce qui s’y passe tant la télévision, depuis quasiment sa création, est présente dans les foyers et dans les vies de chacun (ou presque).

La dernière affaire en date est la disparition des Guignols de Canal+ dont on peut dire que c’est la vitrine de la première chaîne privée française et de la première chaîne cryptée et payante également. C’est dire si cet avantage historique en fait un objet à part dans le paysage audiovisuel de France. Au départ, il a fallu innover pour attirer les abonnés. Sans émission originale, on n’aurait pas délié sa bourse. On aurait bien trouvé son bonheur sur les trois autres chaînes ; d’autant que l’on se doutait que le monopole vivait ses dernières années et que les chaînes privées étaient dans les tuyaux et n’attendaient que la chute de la gauche au pouvoir pour exister et ruiner les chaînes nationales. Tel était le vœu de beaucoup. La droite qui venait de perdre le pouvoir en 1981 ne supportait pas que sa chose, ses choses, soient entre les mains de ses adversaires. Pourtant, obéissant au souhait de voir « libérer » les ondes, c’est la gauche qui a imposé la télévision privée ; d’abord avec Canal+, puis avec la 5 et TV6. C’est la gauche qui a cédé Europe 1 à son actionnaire emblématique, le groupe Lagardère. Quoi qu’il en soit, la droit a mis à profit les cinq ans d’opposition pour comprendre deux choses fondamentales. D’abord, que les élections peuvent lui faire perdre le pouvoir politique. Qu’à cela ne tienne, il suffit de détenir le pouvoir financier. C’est ainsi que les fleurons de l’industrie française ont été privatisés et, par le biais des fameux « noyaux durs », ont été remis aux pontes de la droite. Au passage, remarquons que la plupart de ces groupes industriels, redressés par le contribuable au moment des nationalisations (qui ont mis un terme aux subventions de l’État), n’existent plus aujourd’hui. Les actionnaires ont jugé plus rentables de vendre au plus offrant sans souci de l’intérêt de la nation. Ensuite, la droite s’est saisie et a amplifié le mécontentement des téléspectateurs devant les nouveaux programmes (mis en place dès la rentrée de 1981) quand les nouveaux patrons de la télévision ont décidé de faire passer à 20 h 30 les programmes qui commençaient, jusqu’alors, à 21 h 30. La formule qu’on entendait à l’époque était : « ils nous prennent pour des imbéciles qu’il faut éduquer » et « on veut pas retourner à l’école ». Le patronat s’en est mêlé en menaçant de ne plus acheter de publicité, privant ainsi l’audiovisuel d’État (on ne disait pas encore « de service public ») de revenus. On aurait comprendre alors que le vrai pouvoir est détenu par la finance qui peut assécher les services de l’État et susciter le mécontentement. Un Michel d’Ornano s’est emparé de ce mécontentement et a travaillé les téléspectateurs afin qu’ils basculent dans l’opposition politique et renversent la majorité aux élections législatives de 1986.

Ces rappels ne sont pas hors-sujet puisqu’ils mettent en lumière la part d’ombre de l’économie et de l’audiovisuel. C’est aussi l’intérêt de la lanterne de Diogène que de pouvoir évoquer ce qu’un article spécialisé ne peut pas. Voilà quel était le contexte dans lequel Canal+ est né et a prospéré.

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Canal+ proposait dans son catalogue du cinéma, du sport, la rediffusion des grands films et de certaines émissions et le fameux porno du mois, à peine crypté. L’idée de génie consistait à proposer quelques programmes « en clair » afin de faire connaître et de donner envie de payer l’abonnement pour ne pas rater le meilleur. Autour de 20 h, on avait droit à un plateau, animé brillamment par un ancien directeur de radio et e télévision, M. Philippe Gildas, avec un ton nouveau, des pratiques imitées par tous depuis, et cette impression qu’on pouvait tout dire et tout se permettre. Ça changeait de l’autocensure permanente qui régnait partout ailleurs. Bref, c’était le ton, c’était l’identité de Canal, car on ne disait plus que « canal ». Et puis, tout de suite, les marionnettes se sont imposées. Au départ, il s’agissait de transposer une émission satirique et impertinente d’une chaîne britannique qui n’hésitait pas à caricaturer la famille royale et la Thatcher et qui, par conséquent, remportait un énorme succès tous les soirs. Comme il arrive très souvent, l’élève dépasse le maître et « les Guignols » sont nés sur Canal au point d’éclipser tout le reste. Après tout, assez rapidement, il y avait un nombre d’abonnés suffisant et la chaîne cryptée pouvait se payer le luxe de laisser voir « Les Guignols de l’info » qui sont devenus la vitrine de Canal+, son identité. Le succès est tel que la caricature a pris le dessus sur la réalité parodiée. Dans l’opinion publique, on citait davantage les propos prêtés par les marionnettes que par leurs modèles. Au point que le livre de Thierry Roland intitulé « Tout à fait Jean-Michel » est devenu « Tout à fait Thierry » et qu’on jure que c’était une formule répétée par J-M. Larqué. Au point que « Mangez des pommes » pour moquer le vide du programme de M. Chirac à la Présidence de la République est devenu l’emblème de sa campagne. C’est dire l’influence des « Guignols » de Canal+, devenus prescripteur !

 

Guignols

Seulement, le succès des médias est fragile : que ce soit la presse écrite, la radio, la télévision. Nul n’est à l’abri d’une formule, d’une émission, d’un article qui ne marche pas. Nul n’est à l’abri d’une chute après un succès exceptionnel. Avec la mainmise de la finance sur les médias, les choses sont devenues plus brutales. Canal+ est passé entre les mains de Vivendi qui a connu aussi des crises. À partir du moment où une certaine logique financière s’impose, l’originalité, la création ne sont plus de mise. M. Bolloré (car c’est lui) devient propriétaire de Vivendi et donc de Canal+. Il a pour souci de ne pas fâcher ses amis et ses actionnaires. Par conséquent, on s’interdira de les critiquer sur les plateaux. On favorisera les produits maison. Bien sûr, hors de question de les caricaturer dans une émission parodique. La nouvelle formule des « Guignols » avait été saluée même si l’on regrettait l’ancienne. On ne pouvait pas toujours montrer la marionnette PPD alors que son modèle a disparu des écrans depuis longtemps et que les jeunes ne savent même pas qui c’est. I savent même pas c’est qui (comme ils disent plutôt). Le résultat ne s’est pas fait attendre. La logique financière impose de mettre un terme à un produit qui n’a plus assez de vente. « Il faut faire des économies » est le maître-mot du Gouvernement qui reprend en tout point la logique financière. Le Gouvernement entend mener la nation comme on gère une entreprise. Eh bien, nous voyons comment une entreprise est gérée avec une telle logique. Le problème, quand on ferme la vitrine, c’est que l’entreprise n’est plus visible et, partant, que les clients ne savent pas qu’elle existe. Canal+ a supprimé nombre d’émissions en clair. Donc, les curieux, les prospects (employons les termes du commerce) ne savent pas ce qu’il y a. Ils ne voient pas (ou pas assez) les annonces pour les programmes cryptés et pour les films. Si en plus, même en payant, on les prive de la vitrine, des « Guignols », même édulcorés, c’est plus la peine. Pour le cinéma, il y a des chaînes payantes autrement plus intéressantes. Pour le sport, nous venons de voir que le plus populaire est mis aux enchères et que Canal+ n’est qu’un intéressé parmi d’autres. De plus, des financiers peuvent avoir intérêt à affaiblir Vivendi et donc Bolloré en ruinant Canal+. Les téléspectateurs pèsent de peu de poids dans ces considérations. Quand Canal+ aura perdu encore plus de clients avec ses programmes tièdes qu’on peut voir gratuitement partout ailleurs, aura perdu le football, que restera-t-il ? On a déjà compris que le financement du cinéma français est menacé. Est-ce que ce n’est pas le but ? Le cinéma français est le seul à proposer des films d’auteurs qui marchent. Une fois ramené au rang du cinéma italien (par exemple) qui a enchanté le monde entier avec des chefs-d’œuvre, il sera facile à l’industrie du cinéma, à ceux qu’on appelle les « majors », de proposer des produits uniformisés, aseptisés, insipides, dont il faudra bien se contenter. Ils seront fabriqués de façon à être compréhensibles partout et n’auront d’autres concurrents que les films sentimentaux indiens. Le cinéma deviendra ce que la pizza est devenue pour la cuisine : une vague ressemblance avec le produit d’origine et des déclinaisons insensées pour attirer une clientèle formée, jusque dans les assiettes, à l’uniformisation. Alors, Vivendi (propriétaire de Canal+) qui a racheté autrefois les studios Universal pourra appliquer à ses films la recette imposée aux nouveaux « Guignols » mais avec le risque que plus personne ne paie pour voir ça. Peu importe : on aura fait des économies (et viré une partie du personnel), les actionnaires seront contents.

 

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Sur Inter, Mme Devillers nous dit que le public n’est pas fidèle à une chaîne mais à un présentateur. Elle cite MM. Barthès, Nagui etc. pour appuyer son propos. Ce serait une erreur de penser ça. Certes, les téléspectateurs ne sont pas les auditeurs qui restent fidèles à leur station généraliste préférée mais le nombre de radios a modifié les comportements. On recherche un certain type de programmes. En général, c’est le type de musique ou l’appartenance à une communauté qui va déterminer le choix. Les auditeurs sont aussi des téléspectateurs et il serait étonnant qu’ils se transforment au point de ne pas fonctionner de la même façon pour la télévision. Il n’empêche qu’on a pris l’habitude de zapper. Il se peut qu’on suive, par exemple, M. Barthès depuis Canal+ jusqu’à TMC mais il en aurait été tout autrement si la chaîne cryptée avait proposé un équivalent de qualité après le départ de son animateur emblématique. En fait, c’est le vide qui incite à retrouver son animateur préféré. Tant que les financiers n’auront pas compris qu’on ne dirige pas un média comme une entreprise (ou qu’on ne dirige pas un pays comme une entreprise), il y aura des problèmes de ce genre-là.

Si l’on parle autant de la disparition des « Guignols », si l’on a toujours beaucoup commenté les heurs et malheurs de Canal+, c’est que la chaîne cryptée occupe une place particulière, non pas dans l’audiovisuel de France mais dans l’imaginaire collectif. Lui appliquer une stricte logique financière va à l’encontre de la notion de commerce qui consiste à attirer la clientèle avec des bons produits et à savoir les mettre en valeur. Si l’on décide que le plus important c’est de « faire des économies », il est bien évident qu’on ne fait plus rien. C’est ce que nous allons voir avec Canal+ et en politique.

 

 

http://virepardescons.over-blog.com/article-4-novembre-1984-naissance-de-canal-112912824.html

 

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