la lanterne de diogène

12 avril 2018

ZAD : Forces et faiblesses de l’ordre

On croyait que NDDL, c’était fini après l’abandon du projet qui datait de plus d’un demi-siècle et prévu pour promouvoir Air-Inter à une époque où le TGV n’existait pas. Inutile de redire que, forcément, les cartes ont été rebattues et que les besoins ne sont plus les mêmes.

Eh bien, NDDL, ça continue ! Cette fois, l’affaire concerne l’évacuation de la zone qui aurait dû être bétonnée et qui est occupée par des « zadistes » qui squattent les parcelles pour y poursuivre l’activité agricole et protéger le bocage et ont construit des cabanes quand ils ne pouvaient pas occuper des bâtiments abandonnés.

C’est à croire qu’il n’y a rien de plus urgent. Ainsi, un des quotidiens cités dans les liens ci-dessous nous apprend :

ZAD – NDDL 2

« Cette opération de grande ampleur, prévue sur plusieurs jours, doit mobiliser au total vingt-cinq escadrons de gendarmerie mobile, soit environ 2 500 militaires. Elle prévoit d’expulser toute personne n’ayant pas régularisé sa situation, en déclarant par exemple de nouveaux projets agricoles individuels, et à démanteler certains des 97 squats recensés par les autorités. La quasi-totalité des 250 zadistes estimés sur place ne l’ont pas fait, préférant une gestion collective du territoire et la possibilité de mener des projets non agricoles. »

Tout ça pour virer quelques 250 personnes à qui l’on reproche des activités illicites, dont l’occupation de propriétés privées (abandonnées). On déploie toute une armée (à peu près la moitié des effectifs présents au Mali par exemple) pour de dangereux individus qui fabriquent et commercialisent des fromages, de la bière, du pain et, forcément, du miel. Tout ça pour réhabiliter la fameuse D 281. Quand on voit l’état des petites routes départementales et mêmes des grandes RD, on se dit que cette route étroite à usage essentiellement des engins agricoles n’est pas une priorité budgétaire.

 

À côté de ça, les pouvoir publics laissent se développer, à la périphérie des grandes villes des zones dites de « non-droit » où une économie illégale et immorale se développe. La différence, c’est que, dans ce cas, les coupables sont organisés (guetteurs, milices), armés et ultra-violents. La moindre intervention de secours, tels que les pompiers, le SAMU, un médecin, donne lieu à des jet de projectiles, parfois depuis le sommet des bâtiments sur ceux qui sont appelés pour secourir des personnes en grand danger. Le but est de créer des zones fermées où les lois de la République n’ont plus cours et où règne la terreur et la loi du plus fort, de celui qui est armé. Même le ministre Sarkozy n’a rien pu faire et rien voulu faire devant l’ampleur du problème malgré ses déclarations intempestives. Au contraire, on reconnaît, aujourd’hui, qu’il a réduit les effectifs et supprimé la fameuse « police de proximité » au prétexte spécieux que les policiers jouaient au foot avec les délinquants. Au moins, une relation s’établissait.

 

ZAD – NDDL 9

L’État veut montrer sa force. L’État de droit doit triompher entend-on. On a vu la force de l’État qui se dégage de tous les leviers de l’économie qu’il détenait, au bénéfice d’intérêts privés qui cessent toute activité en France dès qu’ils ont tiré leur profit. Où était l’État dans l’affaire Alstom, qu’il s’agisse de la branche de matériel électrique ou de la branche ferroviaire ? Où est l’État qui, après avoir cédé les autoroutes des Français s’apprête à céder les aéroports stratégiques de Paris et la Française des Jeux qui rapporte des milliards chaque année et soulage quelque peu le contribuable ? Où est l’État qui diminue chaque année un peu plus les dotations aux collectivités locales et aux associations ? Où est l’État qui diminue chaque année ses subventions à ses propres entreprises, établissements, tout en les mettant en concurrence avec des entreprises qui disposent de moyens considérables dans le but avoué d’affaiblir l’État, précisément. L’audiovisuel public est menacé, la Sncf va disparaître à terme, EDF est déjà démantelée, GDF n’existe plus. Partout les services publics s’en vont, abandonnant les populations les plus vulnérables, justement à ces gangsters qui prennent le relais à leur façon.

 

Il y a d’autres zones de non-droit comme ces villes qui refusent l’application de la loi SRU et dont la mauvaise volonté oblige des millions de gens à vivre l'enfer dans celles-là plutôt que de favoriser la mixité sociale. Également, ce sont les injustices produites notamment par les financiers qui légitiment la loi de la jungle qui y règne. Plutôt que de montrer ses muscles face à des zadistes, l’État s’honorerait à le faire face aux fraudeurs en tout genre qui prélèvent un impôt indu et sont directement responsables de ce mal vivre que subit la classe moyenne. Ne parlons même pas de ceux qui vivent dans la rue… Pourtant, les pouvoirs publics se montrent particulièrement intransigeants envers ceux qui tâchent de vivre autrement plutôt que de dormir dans la rue sur un carton. Il faut voir comme on détruit les yourtes ou autres habitations légères posées sur des terrains achetés par des gens avec leurs maigres économies. À ceux-là, on sert de beaux discours sur la légalité et sur l’État de droit et pour les récalcitrants, la matraque et les grenades.

 

ZAD – NDDL _coeur-zad-dame-landes

Quand l’État recule dans tous les domaines où il était présent et qu’il déploie des moyens démesurés contre des activistes de la mouvance écologistes (cela dit pour simplifier), comme pour la COP 21, le barrage de Sivens, le site de déchets radioactifs de Bure etc. on ne peut pas parler des « forces de l’ordre » mais plutôt des « faiblesses de l’ordre ». Ceux qui menacent la République se marrent en regardant les images des engins blindés qui appuient des militaires en marche contre ceux qu’ils traitent de « bouffons » qui pataugent dans la boue quand eux, affichent ostensiblement leur réussite en portant des vêtements de marque et en roulant dans des grosses berlines allemandes. Quel exemple donné à la jeunesse qui vit, dans sa grande majorité, loin de ces deux types de zones ! Tu vis tranquillement sur un lopin de terre, courbé pour faire pousser quelque chose ou tu passes sept jours sur sept à soigner des bêtes et on lance la gendarmerie mobile contre toi. Tu trafiques des produits illicites et on te laisse tranquille puisque tu fais vivre des dizaines de personnes autour de toi. Devine quel modèle les jeunes ont envie de suivre quand les portes des boulots traditionnels leur seront fermées puisque on a déjà pléthore pour les occuper ?

 

L’État est attaqué de toute part depuis que l’ultralibéralisme impose sa loin d’airain en faisant miroiter aux plus vulnérables, aux moins cultivés, que l’avenir est dans la réussite individuelle plutôt que dans la solidarité. Ceux-là même qui devraient voir dans l’État le bras du droit qui protège équitablement (du moins par définition) constatent qu’il abandonne les territoires et ses populations et, pire, qu’il fait le coup de poing contre des personnes qui demandent juste qu’on leur fiche la paix. L’opération lancée contre les zadistes est une diversion qui cache la faiblesse de l’État et sa disparition progressive au profit de potentats locaux, d’un techno-centralisme européen et de bandits financiers ou trafiquants. L’État est nu et ce n’est pas l’équipement anti-émeute de ses militaires qui le masque. Quand on est fort avec les faibles et faible avec les forts, les forts sont toujours plus forts et les faibles sont leurs bouffons.

 

ZAD – NDDL 1

 

 

NB. La scientifique Vandana Shiva qui donne des conférences (sur la biologie, l’agronomie, les ressources naturelles, les écosystèmes) qui remplissent des salles dans le monde entier est venue apporter son soutien aux « récalcitrants » installés sur la zone de Notre-Dame-des-Landes dans le silence des médias de grand public. Dans tout autre pays démocratique, sa venue aurait mobilisé la presse et forcé les pouvoir publics au dialogue. Ici, on n’en a même pas parlé, tout comme les médias avaient ignoré la venu de Noam Chomsky, l’intellectuel le plus réputé du monde, voici quelques années.

 

http://www.letelegramme.fr/bretagne/nddl-la-route-des-chicanes-est-degagee-26-01-2018-11828428.php

https://www.francetvinfo.fr/politique/notre-dame-des-landes/notre-dame-des-landes-les-forces-de-l-ordre-ont-commence-a-evacuer-les-zadistes-suivez-notre-direct_2696998.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180409-[lestitres-colgauche/titre1]

https://reporterre.net/La-Zad-et-la-guerre-civile-mondiale

https://www.la-croix.com/France/A-Notre-Dame-des-Landes-lheure-premieres-expulsions-2018-04-09-1200930301

https://www.20minutes.fr/societe/2251983-20180409-video-dame-landes-faut-retenir-premiere-journee-expulsion-zad#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_societe]--

https://www.francetvinfo.fr/politique/notre-dame-des-landes/notre-dame-des-landes-europe-ecologie-les-verts-dit-craindre-de-nouveaux-debordements-et-appelle-a-l-arret-de-l-evacuation_2697992.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180410-[lestitres-coldroite/titre5]

https://www.geo.fr/reportages/notre-dame-des-landes-evacuation-en-cours-187269#utm_campaign=20180410&utm_medium=email&utm_source=nl-geo-quotidienne

https://www.20minutes.fr/societe/2251251-20180409-direct-dame-landes-evacuation-zad-demarre#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_societe]--

 

https://www.20minutes.fr/societe/2186951-20180117-video-dame-landes-fin-projet-traine-depuis-cinquante-ans#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_societe]--

 

https://www.la-croix.com/France/Notre-Dames-Landes-affrontements-entre-gendarmes-zadistes-2018-04-09-1200930174

http://www.letelegramme.fr/loire-atlantique/nantes/nddl-l-evacuation-s-embourbe-10-04-2018-11921632.php?share_auth=0dd8326940a884ff2e7fa76693eec354

 


10 avril 2018

"TOUS les Français" selon Inter

Ce lundi 9 avril 2018, Mme Devillers s’indigne du passage du Président de la République dans le journal télévisé de 13h, sur TF 1, présenté par le célèbre Jean-Pierre Pernaut qu’il est de bon ton de décrier.

 

Suivent, une série de phrases choc qui caractérisent une démarche excluante, d’autant plus critiquable qu’elle s’exprime sur une radio qui proclame à l’envi sa vocation de service public ; autrement dit au service de tous les publics. Or, ce qui la gêne dans le JT de M. Pernaut, c’est qu’il a du succès et, de son aveu de spécialiste des médias, qu’il caracole « en tête des scores sur toutes les cibles ». Pourtant, le reste de la chronique s’ingénie à prétendre le contraire. « Qui déjeune devant la télévision en semaine ? Sûrement pas ceux qui bossent. ». Personne ne rentre chez soi le midi ? Pas facile quand on travaille en ville et qu’on n’y habite pas mais ce n’est pas le cas de tous : la preuve, « en tête des scores sur toutes les cibles ». Parmi les cibles, Mme Sonia Devillers omet les femmes qui restent à la maison. Il y en a encore beaucoup, par choix et surtout par contrainte. Aller se faire chier à bosser pour un patron pour une paie de misère et être obligé de payer pour faire garder les mômes tout en y pensant toute la journée. Bien sûr, les femmes qui exercent un métier qu’elles ont choisi ou qui n’est pas un complément de revenu pour le ménage ne connaissent pas ces affres. « Sûrement pas ceux qui bossent. » écarte un peu plus des gens qui ont bossé toute leur vie et dont la présence dérange et puis ceux qui ne trouvent pas de travail. Il est vrai que pour ceux qui exercent un métier choisi, les chômeurs sont des fainéants car, c’est bien connu, du travail, il y en a pour ceux qui veulent. C’est ce que nous disent les médias.

 

« Pour s’adresser aux jeunes et aux actifs, on parle le soir. » Cette phrase suffit à résumer le propos de la chroniqueuse. Les autres, on s’en fiche. Nous avons, à plusieurs reprises, émis des doutes sur les audiences de la radio mais que dire de celles de la télévision ? Quand on rend visite aux voisins, aux amis, il est rare qu’ils regardent le journal de 20 h. À une époque, c’était plutôt « Plus belle la vie » qu’on interrompait. Aujourd’hui, il y a encore plus le choix et il n’est pas sûr que la jeunesse dépolitisée se consacre à la contemplation des informations télévisées. Pour s’informer, ils ont leurs tablettes et leurs smartphones. Mais, encore une fois, le but est de dénigrer l’auditoire supposé du JT de Pernaut quand bien même on reconnaît qu’il touche l’ensemble des cibles. Si l’on doute de la véracité de ce genre de statistiques, on peut néanmoins penser qu’il y a plus qu’un fond de vérité quand un journal télévisé tient depuis 30 ans et qu’il est le plus cité à cette heure.

 

Exclus également, ces provinciaux qui n’ont pas l’heur de vivre dans une grande ville pour tenter d’imiter les Parisiens. Les provinciaux, les ruraux en l’occurrence, sont « ancrés dans la terre et dans le concret. ». Ils se voient traités de « super popu ». Quand on est de gauche, on se doit d’aimer le peuple mais il y a des limites. Il ne faut pas qu’il sente la terre. On aime le peuple quand il est cultivé malgré les difficultés mais pas qu’il a trop de soucis pour pouvoir s’évader un peu dans les loisirs de bon goût promus sur Inter.

 

« À Berd’huis, [le PR] se plante, loin des galères de RER et des maires de villes-cités qui démissionnent. » Visiblement, elle ignore qu’en province aussi, les maires démissionnent, et depuis des décennies, faute de moyens pour gérer leurs villages. La situation s’est améliorée mais dans nombre de petites communes, on ne se bouscule pas pour exercer le mandat de maire qui apporte plus d’ennuis que de prestige. On n’y discute pas de confier des terrains ou des locaux abandonnés à des associations culturelles pour animer le bourg. On tente de maintenir la poste, l’épicerie, le passage hebdomadaire du car. Y en a qui aimeraient bien connaître « les galères du RER » parce que ça voudrait dire qu’il y a au moins un transport quotidien. Le dernier médecin est parti en retraite depuis longtemps et n’a pas été remplacé. Nombre de villageois ne se soigne plus ou se soigne mal. Dans les villes-cités mentionnées par Mme Devillers, il y a encore des médecins mais ils se font agresser par leurs patients et leurs voisins et commencent à partir.

La chroniqueuse fait une allusion à la violence des banlieues mais propose un curieux point de vue : « La France rurale plus pauvre que la banlieue, mais on n’y brûle pas de voiture ». Elle enchaîne : « Il est comme ça, Pernaut. Souvent réac ». Est-ce à dire que c’est « réac » de désapprouver qu’on brûle les voitures ? Est-ce à dire que c’est moderne de brûler les voitures et que, donc, c’est dans cette voie qu’il faut progresser ? De qui brûle-t-on les voitures, au fait ? Certainement pas celles des responsables du mal être et du mal vivre des habitants des cités où brûlent les voitures. Certainement pas de grosses berlines allemandes. Pourtant, ça serait un acte politique symbolique. Ce sont simplement les véhicules des voisins. Parfois, c’est même le seul bien que possèdent les ménages qui habitent dans ces cités et qui voient leur possibilité d’aller bosser ou de retrouver un boulot s’envoler. Mais ça, il faut pas le dire parce que c’est « réac ». Elle ajoute encore :  « Le Président va sur le terrain de Jean-Pierre Pernaut. Une France qui s’inquiète et se sent abandonnée, certes, mais une France qui n’aime pas ceux qui foutent le bordel. ». Voilà le journalisme qu’elle défend, le journalisme qui va là où il y a « le bordel » et qui l’encourage parce qu’on sait que ça fait vendre mais qui délaisse les problèmes du quotidien, ceux qu’elle reproche à M. Pernaut de traiter. C’est justement ce journalisme qui fait détester les journalistes, qui les fait traiter de menteurs. C’est ce journalisme sensationnel qui montre un pays dans lequel ses habitants ne se reconnaissent pas.

 

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Ne regardant pas le JT de M. Pernaut, nous ne savons pas s’il est vraiment à l’écoute des problèmes des ruraux de préférence. Quand bien même, ça équilibrerait à peine les autres tranches d’information qui montrent une France urbaine pour ne pas dire parisienne. Une « France d’en-haut » comme disaient certains, il y a quelques années. En lisant les critiques qui ne manquent pas, depuis 30 ans de JT de Jean-Pierre Pernaut, nous avons l’impression que ce qui lui est reproché, habituellement, c’est plutôt de montrer une France d’initiatives individuelles, provinciale, plutôt optimiste mais pas tellement à l’écoute des villages qui meurent en silence. Les agriculteurs appartiennent à la profession la plus touchée par le suicide mais l’on parle peu de ces gens qui exercent une profession du passé dans un monde moderne. On en parle peu parce qu’ils sont toujours absents de la vie culturelle, absents des villes où ils ne vont même plus faire leurs courses puisque les centres commerciaux sont à l’extérieur. Pour tout dire, on ne les voit pas.

 

D’ailleurs, ce n’est pas le sujet. Le Président Macron cherche effectivement à toucher un public systématiquement exclu pour ne pas dire méprisé. Il recherche ceux qui le comprennent en espérant qu’ils l’approuveront mais lui ne cherche pas spécialement à les comprendre. Ce n’est pas de passer deux ou trois heures dans un gros village normand qui va lui donner une idée de la vie dans les départements ruraux.

 

Enfin, Mme Devillers résume son point de vue sur le JT de M. Pernaut : « libre, incarné et sans prompteur. » Ah, ça, le prompteur, c’est vrai que les journalistes et chroniqueurs d’Inter n’ont d’autre recours que de se moquer de ceux qui s’en passent. Il est de plus en plus audible qu’ils lisent leur papier au point de multiplier les erreurs en se trompant de ligne ou en lisant le mot qu’il ne fallait pas. Et ne parlons pas de ces vidéos en ligne qui montrent des hommes-tronc ou des femmes-tronc penchés sur leur papier. C’est égal, la chroniqueuse spécialiste des médias aime donner des leçons de journalisme à tout le monde, aime se moquer de tous ceux qui ont plus de succès que son émission ou sa chronique. En cela, elle reflète bien l’état d’esprit d’Inter et son mépris pour la France provinciale qui est la marque de fabrique de la station de radio dite « de service public ». Lors de la présidentielle de 2007, Mme Pascale Clark demandait au « petit candidat » trotskiste, M. Schivardi, bien « ancré » dans sa terre occitane : « Vous tenez bien l’alcool ? », ou encore « Si vous êtes élu, le cassoulet devient obligatoire ? ». Plus récemment, les humoristes de la station se sont payé la tête ou plutôt l’accent du candidat béarnais, M. Jean Lassalle, tandis que les journalistes en faisaient peu de cas. En clair, ça signifie que si l’on ne braque pas la caméra sur les expositions et les spectacles parisiens, si l’on ne s’intéresse pas aux « galères du RER francilien » (quand il y a une grève, on ne parle que des transports parisiens sur Inter, radio de service public), si l’on ne se lamente pas sur la vie dans les cités HLM avec tant de problèmes mais un réel potentiel (cliché habituellement repris), on ne parle pas « à TOUS les Français ». On parle « à TOUS les Français » quand on parle à ceux qui sont habituellement cités par les médias basés à Paris. Sinon, les autres ne comptent pas.

 

Il faut souligner dans le script de la chronique publié sur la page de l’émission le « TOUS » qui émerge et qui, paradoxalement, exclut une partie des Français.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-m/l-edito-m-09-avril-2018

 

Belle mentalité et curieuse conception du service public tant revendiqué par Inter.

 

06 avril 2018

Higelin Monté au ciel

Higelin tombé du ciel

Un souvenir perso que j’ai déjà publié. C’était lors de la veillée funèbre de l’Abbé-Pierre à Bercy.

Un sans-abri qui avait des talents de musicien et de chanteur est intervenu sur la scène. Le hasard a fait que le grand Jacques Higelin est passé après lui.

« Il se dit artiste et le prouve avec son harmonica. Il gueule ! il gueule comme savait gueuler l’Abbé. Il nous dit que la nuit où il est mort, deux SDF sont morts de froid. Il  réclame une minute de silence pour eux et pour tous ceux qui sont morts depuis le début de l’hiver. Pourtant l’hiver est particulièrement doux cette année mais le froid est plus dur pour les pauvres. Je pense à ce type tellement emmitouflé dans ses cartons que le camion des poubelles l’a écrasé.

Appelé sur l’estrade, Jacques Higelin va le chercher. Il se met au piano mais lui laisse le micro. Higelin ne chantera pas. Il s’est effacé devant celui qui savait dans sa chair ce que veut dire coucher dehors. »

C’est ça, Higelin, un grand seigneur !

Je l’ai découvert en entendant « Pars », au mitan des années 1970. Impressionné dès la première écoute.

Maintenant, c’est lui qui part et on le lui demande pas.

 

http://www.encyclopedisque.fr/disque/58337.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/01/28/3824401.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/05/19/24293570.html#comments

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/10/24/28279401.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/12/11/28641907.html

 

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04 avril 2018

Martin Luther-King

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La première fois que j’ai lu quelque chose sur Martin Luther-King, le titre était « Coupable d’avoir aimé ».

C’est drôle, non, c’est remarquable, plutôt, de voir que les humains sont à ce point fascinés par le meurtre. C’est le seul animal connu pour être capable (hormis les accidents) de tuer ses semblables .

 

Ceux qui appellent au meurtre, à la guerre sont adulés, suivis en masse tandis que ceux qui appellent à la paix sont assassinés.

Martin Luther-King, donc, mais aussi Gandhi, dont il se réclamait et dont il avait mesuré l’efficacité de la non-violence face à un pouvoir armé. Isaac Rabin, assassiné le soir où il venait de comprendre la voie à suivre et s’apprêtait à le dire publiquement. Jaurès, jusqu’au bout, a lutté pour empêcher la tuerie qui allait suivre. Son assassin a été élargi bien avant d’avoir purgé sa peine et les délais de remise de peine. L’auteur du massacre des musulmans au tombeau des Patriarches d’Hébron reçoit, depuis son arrestation, des demandes en mariages qui s’ajoutent aux félicitations. Des centaines de personnes ont dansé sur le toits après avoir vu l’attaque contre les tours jumelles de New-York. Aujourd’hui, on connaît mieux le nom de l’organisateur de ce massacre de civils que le nom de Martin Luther-King.

 

L’humain est la pire des créatures : toujours fasciné par les grandes gueules, par les salauds, prêt à les suivre et se moquer des pacifistes.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/10/05/19248211.html

 

Dans ce contexte, le cinquantenaire est plutôt discret. C’est vrai que Martin Luther-King n’était pas français, que son histoire est liée à celle des États-Unis mais quand même. Les Églises protestantes, certes minoritaires ici, ne font rien de particulier pour célébrer l’un des meilleurs des leurs et un exemple pour tous. Une recherche montre même qu’on est agacé de la confusion entre Martin Luther-King et Martin Luther, principal artisan de la Réforme. Le premier fait de l’ombre à son lointain prédécesseur. D’une manière générale, pour nous qui suivons tous les phénomènes qui se développent aux États-Unis, qui tentons, souvent avec succès de les importer, le Jour de Martin Luther-King ne dépasse pas le cadre des États-Unis. Et puis, l’heure n’est plus aux prises de tête mais au divertissement. On veut bien Halloween, du pop-corn dans les salles de cinéma, du basket-ball mais pas d’un type qui donne mauvaise conscience.

 

Son nom était Martin Luther-King et c’était un grand bonhomme

 

 

https://unredacted.com/2011/01/14/mlk-document-friday-through-counter-intelligence-it-should-be-possible-to-pinpoint-potential-trouble-makers-and-neutralize-them/

http://www.historynet.com/martin-luther-king-jrs-letter-from-birmingham-city-jail.htm

https://www.huffingtonpost.com/clarence-b-jones/remembering-martin-luther-king-jr_b_6471172.html

 

 

 

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02 avril 2018

Mai 68 fictif

La prestation de Guy Carlier racontant comme s’il y avait été Mai 68 m’a donné l’idée d’en faire autant. http://www.europe1.fr/emissions/shuffle/shuffle-emilie-mazoyer-220318-3606953

Voici donc un récit fictif sur Mai 68, un faux témoignage qui peut paraître vrai à ceux qui n’y étaient pas ou qui ont suivi ça de loin.

 

J’avais 13 ans en 1968 et si j’ai pas vraiment participé aux manifs, j’étais aux premières loges puisque mes parents habitaient rue Claude-Bernard qui est dans le prolongement de la rue Gay-Lussac.

 

À l’époque, il y avait un bistrot qui faisait le coin de la rue Claude-Bernard et de la rue Rataud. Il était tenu par un Algérien qui s’appelait Azouz et sa femme faisait la cuisine le midi pour quelques habitués. S’il restait à manger, il arrivait qu’ils donnent aux clochards qui connaissaient l’adresse. Des fois, y avait des gens qui restaient dîner le soir et qui, eux aussi, finissaient les restes de midi. C’est chez lui que j’ai fumé mes premières cigarettes parce que, bien sûr, il faisait bureau de tabac et quand il entamait un paquet de Gitanes pour lui, il m’en donnait tout le temps une. Pour moi, Mai 68, ça veut surtout dire le temps des premières cigarettes. Le reste, les manifs, les filles, c’est venu plus tard ; surtout les filles.

 

Donc, je passais mes journées chez Azouz parce que mon collège était fermé et mes parents me laissaient chez lui le matin. Il vendait aussi des journaux et je dévorais les Spirou, Tintin, Mickey et surtout Pilote où je lisais le Démon des Caraïbes et les Dingo-dossiers de Gotlib. Bien sûr, il y avait aussi Charlie-Hebdo qui reparaissait après avoir été censuré par De Gaulle. Ça rigolait à l’époque dès qu’on se moquait du grand Charles. En quelque sorte, je me déniaisais chez Azouz. Sinon, quand j’en avais marre de rester chez lui, j’allais faire un tour du côté du Boul’Mich où il y avait toujours des manifs et des tables disposées devant la Sorbonne où les gauchistes discutaient des tracts. C’est là que j’ai vu Krivine et toute la bande de la Ligue. À d’autres tables, y avait Geismar, July et d’autres moins connus. Ils étaient toujours en train de se disputer et puis quand arrivait l’heure d’aller manger, des fois, ils me donnaient des tracts à porter dans une des nombreuses imprimeries qu’il y avait autour des facs. Sinon, je devais aller en chercher chez l’imprimeur sur mon vélo. À 13 ans, je pouvais pas aller sur les manifs ni intégrer un comité lycéen puisque j’étais pas encore au lycée mais je passais inaperçu parce que faut dire aussi qu’il y avait des flics de partout. Je connaissais des imprimeurs parce que mon père écrivait des romans policiers sous un pseudo et les publiait à compte d’auteur.

 

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Alors, les manifs, je les passais surtout chez Azouz. Dès qu’il y avait du grabuge, il me gardait et sa femme m’interdisait de sortir. On parle beaucoup de la manif du 13 mai, mais le 10, il y a eu, en quelque sorte la répétition générale. On entendait que ça pétait de partout. Des fois, on ouvrait une fenêtre pour voir si on voyait quelque chose. On voyait de la fumée du côté du Boul’Mich et de la gare du Luxembourg. Et puis, à un moment, y a un type qui est rentré dans le bistrot d’Azouz. Il était couvert de poussière, ses cheveux frisés étaient tout emmêlés. Il est rentré en trombe et a demandé s’il y avait un téléphone. Faut se rappeler qu’à l’époque, y avait pas de portable et pas beaucoup de gens qui avaient le téléphone mais dans les cafés, il y en avait toujours un. Des fois, comme chez Azouz, c’était dans une cabine. Azouz était avec sa femme au comptoir. Ils l’ont regardé et ont répondu qu’il y avait une cabine dans le fond, à côté des toilettes. On le voit qui court vers la cabine et alors, on a tous éclaté de rire parce qu’il avait fait dans son falzar. Justement, il appelait sa femme pour qu’elle vienne lui apporter un pantalon. On l’entendait hurler dans la cabine parce que, elle, elle devait lui poser plein de questions tandis que lui, il avait besoin d’un pantalon tout de suite. À un moment, il est ressorti pour demander l’adresse exacte, puis il a refermé la porte et on s’est remis à rigoler. On a vu une femme arriver, un peu affolée, une heure plus tard, avec un pantalon sur le bras. Ce mec, je peux pas vous dire le nom mais c’était [x]. Le mec, il était en tête d’une manif. Les gardes mobiles – pas les CRS, hein – ont chargé, et lui qui gueulait devant, il a eu tellement la trouille en les voyant charger avec leurs matraques et leurs sacoches qu’il a fait dans son froc. Le mec, il était même pas blessé. Ils l’ont même pas tabassé mais il a eu la trouille de sa vie. Il a écrit un bouquin, après, mais il parle pas de ça. Il préfère raconter ses entretiens avec Sartre. En tout cas, je peux dire que j’ai vu la couleur de la merde de [x] et il y a pas grand monde qui peut en dire autant…

 

Alors, Sartre, je l’ai vu aussi parce que ma sœur, qui avait 18 ans, était en classe de philo au lycée Saint-Louis, sur le Boul’Mich. Comme elle avait pas cours non plus, elle allait quand même au lycée pour les AG et quand c’était fini, elle me disait de la rejoindre et on allait ensemble à l’Odéon pour écouter Sartre. C’est là que j’ai vu tous ces mecs que j’ai dû me taper en terminale quelques années plus tard. Y avait Beauvoir, bien sûr, toujours tirée à quatre épingles. Ça faisait drôle de la voir au milieu des filles en pantalon et pull à col roulé. Ma sœur, elle était vachement en avance parce qu’elle portait jamais de soutien-gorge. Y avait aussi Merleau-Ponty. On voyait Barrault et Renaud qui étaient assis au premier rang. Sartre, il essayait de conceptualiser ce qui était en train de se passer dehors. À l’époque, j’étais encore jamais allé au théâtre mais quand j’étais au lycée et qu’on m’y a traîné, je peux dire qu’il y avait plus de bruit dans la salle que quand c’était Sartre qui parlait.

 

Sinon, j’ai vu aussi les journalistes qui couvraient les événements ; comme on disait alors. Y avait Elkabach qui était sur RTL à l’époque. Chez nous, on écoutait RTL parce que c’était encore Radio-Luxembourg et qu’il y avait « La famille Duraton ». La télé, y en avait plus. C’était la mire. Alors y avait que les radios périphériques qui marchaient. France-Inter, Fip, tout ça, c’était en grève et y avait rien. Des fois y avait le JT à 13 heures. On regardait ça chez Azouz. Tout le monde arrêtait de manger pour regarder Mourousi et les rares images qu’il avait pu avoir de ce qui se passait à côté de chez nous, en fait. Une fois, on a même vu la devanture du café d’Azouz. Il était tout content. On nous avait filmé sans qu’on le sache. Elkabach, je l’ai vu aussi. Il avait dû prendre un mauvais coup parce qu’il se tenait le front et sa veste était déchirée. Y avait un technicien qui essayait de le dépoussiérer. Elkabach, il est toujours là. Il a survécu à tout.

 

Après, ça a été le retour à la normale et tout a repris progressivement. On se demandait tous si l’on n’avait pas rêvé. À la radio, ils passaient tout le temps la chanson d’un mec pas très connu qui s’appelait Michel Polnareff et que j’avais vu traîner dans le quartier. Il chantait ses chansons dans le métro et un jour il a été repéré par quelqu’un et il a fait la carrière que l’on sait. Juste après Mai 68, donc, il a enregistré « Le bal des Laze » qui commence par cette phrase terrible « Je serai pendu demain matin ». En fait, si l’on écoute bien, elle annonce le destin des idéaux de la révolution inachevée tout comme l’amoureux transi qui finira sur l’échafaud.

 

Après la grande manif des gaullistes – y avait Malraux, Debré, Pompidou, Chaban – on comprenait que c’était la fin et qu’on venait de vivre un moment historique. Je me souviens que, plus tard, je regardais dans les livres scolaires si l’on parlait de la révolution de Mai 68. À l’époque, y avait des librairies partout au Quartier Latin et c’était facile d’aller feuilleter les bouquins mais à part le livre de [x], personne parlait encore des événements. Par contre, quelques années plus tard, on parlait déjà d’Armstrong, le premier homme sur la Lune. Moi, je croyais qu’Armstrong, c’était le saxophoniste qui passait quelques fois au Caveau de la Huchette et qu’on allait voir avec mes parents. Et là, j’ai compris que les Américains s’étaient lancés dans la conquête de l’espace pour donner du rêve à leur jeunesse et mettre fin à la vague de contestation commencée à Paris, dans mon quartier, et qui s’est répandue comme une traînée de poudre dans le monde entier. Émeutes qui ont eu lieu aussi au printemps 68 en Amérique après l’assassinat de Luther-King, comme tout le monde sait. C’est un hasard – mais est-ce vraiment un hasard – mais le premier pas d’un homme sur la lune a eu lieu exactement un an, jour pour jour, après la manif des gaullistes sur les Champs-Élysées.

Cette fois, Mai 68, c’était bien fini !

 

 

Tu vois l’astuce :

tracts presse

Tu prends des faits réels et tu mélanges avec des inventions. Va démêler le vrai du faux… Ensuite, tu parles à la première personne et tu donnes des détails comme les lieux pour faire témoignage authentique. Tu cites des vrais lieux et tu en inventes un faux qui, comme par hasard, aura disparu quelques années après. Idem avec l’histoire du pseudo de l’écrivain à compte d’auteur : invérifiable. Et puis, personne va chercher des témoins pour te contredire. Quel intérêt d’ailleurs ?

 

Pour les faits, tu mets des dates : ça fait historique, ça fait chercheur. Peu importe que les dates ne correspondent pas. Qui ira vérifier ? Tu donnes des détails archi faux (Armstrong saxophoniste à la Huchette ; « Le bal des Laze » ne passait pas à la radio justement ; Elkabach a été viré à chaque changement au contraire ; Mourousi n’avait pas encore débuté à la radio etc.) mais plausibles.

Enfin, tu balances des raisonnements à deux sous, des interprétations personnelles pour faire croire que tu penses (« j’ai compris que ») et que tu as une opinion différente (forcément puisque tu étais sur le terrain et pas les autres) et tu lâches une formule bien percutante en guise de conclusion. Quand bien même elle est d’une banalité à pleurer.

 

J’ai pas osé mettre un nom à la place de [x] mais on peut mettre n’importe qui. Bien sûr, on pense tout de suite à Jean-Edern Hallier et il y aurait pas trop de risque vu qu’il est mort et qu’il avait plus beaucoup d’amis. Paix à son âme tourmentée. En plus, je l’ai vraiment connu (un tout petit peu) mais bien plus tard.

 

Pourquoi s’être livré à cet exercice d’imposture ?

Simplement parce que, dans les semaines qui viennent – et ça a déjà commencé donc – nous allons entendre des tas de gens qui vont prétendre avoir vu, connu, parlé avec les vrais acteurs de Mai 68. Soyons sûrs que certains n’hésiterons pas à prétendre avoir changé le cours de l’histoire en suggérant quelque chose à Daniel Cohn-Bendit, par exemple. Le pire, c’est que les vrais témoignages, originaux vont être noyés dans la masse et qu’il va être difficile de démêler le vrai du faux ; exactement comme l’émission qui a déclenché cet exercice d’imposture.

 

Illustrations dans http://la-story.over-blog.com/2015/02/mai-68-s-affiche.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


27 mars 2018

Mai 68 par ceux qui n'y étaient pas

Mai-68

Les premières évocations de Mai 68 ont vu aussi le début de ces témoignages inattendus par des gens qui, jusqu’à présent, n’avaient pas fait état de leur qualité, même de simple témoin, lors des rappels précédents à l’occasion des 20 ans, des 25 ans, des 30 ans etc. Bien sûr, tout ceux qui ont quelques cheveux grisonnants ont à cœur de dire : j’y étais ! Dans le passé, le chanteur Renaud, très populaire, jusqu’à ce qu’il chante qu’il a embrassé un flic, était invité pour raconter son Mai 68. À chaque fois, on avait une nouvelle version, depuis son rôle modeste (« J’étais môme en 68 ») de porteur de tracts jusqu’à son premier concert dans le grand amphi de la Sorbonne. Europe 1, qui a fait un boulot formidable à l’occasion du début des « événements », le 22 mars, a fait appel à son comique maison pour clore la soirée avec ses souvenirs. Europe 1 a lancé, le même jour, le début des commémorations et le début de ces témoignages que nous qualifierons de fictifs pour ne pas dire plus.

 

Guy Carlier – car c’est de lui qu’il s’agit – a surtout fait passer les disques qu’il aime et tourné en dérision le mouvement : « Une génération voulait baiser et cherchait une excuse politique en criant « paix au Viêt-Nam » ». Il déblatère sur quantité de chanteurs et de chanteuses (surtout), passe des disques sans aucun rapport avec les événements, pour expliquer que c’est par réaction à la ringardise des chansons qu’il a passées que la jeunesse s’est révoltée. En fait, il utilise une technique efficace consistant à multiplier les détails pour donner l’impression qu’il y était ou qu’il a effectué des recherches alors que tout est faux. Ainsi, il prétend avoir trouvé une collection de Télé 7 Jours (quelle idée de collectionner des programmes de télé). Donc, ce qu’il dit est authentique. Il parlera beaucoup de Danielle Gilbert qui, à l’époque, n’était pas productrice mais faire-valoir dans une émission de variétés de Jacques Martin (déjà) qui a débuté en septembre 1968 et dont le titre n’était pas celui qui l’a rendue célèbre bien plus tard. Par conséquent, ni la programmation ringarde d’avant mai, ni la reprise en juin qu’il évoque n’existe ailleurs que dans son imagination : « Comme un symbole, le jour de la fin de la grève à la télé, Danielle Gilbert reçoit, à Midi-Première, Sheila qui chante «  Petite fille de français moyens ». Plus grave : « De Gaulle disparaît mystérieusement en hélicoptère (…) mais quelques jours plus tard, c’est le retour du général ». Un demi-heure avant, on apprenait des détails sur la fuite de De Gaulle et son retour 24 heures après. Ce n’est pas tout. Guy Carlier émaille son récit de Mai 68 d’anecdotes personnelles et donc invérifiables. Ça ne serait rien si elles ne mettaient pas en cause des personnalités qu’il affirme avoir rencontrées dans des circonstances où elle n’étaient pas à leur avantage. Sur un ton très docte : « Dans le monde entier, une génération bascule dans la contestation. Par un hasard étrange, le jour même où Rika Zaraï sortait son disque intitulé « le Casatschok (…) – est-ce un hasard – le même jour, Martin Luther King était abattu. Quand ça veut pas, ça veut pas ! ». Le disque est sorti en 1969. Inutile de rappeler que c’est Robert Kennedy qui a été assassiné cette année-là et que les émeutes à Berkeley ont eu lieu quatre ans auparavant. Idem, pour lui « Jacques Dutronc (...) nous fait un inventaire à la Prévert de cette France-là, la France d’après 1968 ». La chanson « Paris s’éveille » est sortie en mars 1968. Peu importe, on s’arrange avec les dates, les événements, on raconte des histoires glauques pour ridiculiser des personnes avec la fatuité habituelle du personnage qui se pose en «  grand bureau des merveilles, centre du bon goût, du bel esprit et de la galanterie ». De son côté, il se vante de s’être rendu à la Sorbonne avant de recopier le lendemain dans son lycée, ce qu’il avait vu. Bien sûr, il ne payait pas le train d’Argenteuil à Saint-Lazare. Performance d’autant plus remarquable que les trains ne roulaient plus depuis longtemps et que son lycée était probablement fermé.

 

Pourquoi s’attarder là-dessus ? Simplement parce qu’on ne manquera pas de diffuser, plus tard, les moments où il donne sa version des faits et raconte ses anecdotes sur les unes et les autres. Les rieurs expriment leur préférence qui devient la vérité officielle. Peu importe que les références soient erronées, que les dates soient fausses, que les anecdotes soient inventées. Pour ceux qui ont écouté l’émission, c’est lui qui aura raison contre les débatteurs et les chercheurs qui se sont succédé toute la journée à l’antenne. Cette primauté de l’humour et de la caricature montre bien comment une collectivité, un peuple s’arrange avec l’Histoire, plébiscite certaines versions, en écarte d’autres. Quand, autrefois, on mettait en avant la valeur des armées (par exemple), quelques grands écrivains, de nos jours, ce sont les parodies qu’on affecte de retenir comme le reflet de notre époque. Dans tous les cas, le peuple est exclu et, souvent, par lui-même. On suspecte les journalistes, les chercheurs, les intellectuels, les archives, mêmes. On pourrait croire qu’il s’agit là de l’expression d’un peuple mature, d’une grande lucidité. On penchera plutôt pour la solution de facilité qui fait préférer la parodie à la réalité dans une société où les valeurs de travail et de culture ont cédé la place aux loisirs et aux divertissements. En son temps, M. Sarkozy emmène sa nouvelle fiancée au parc Disneyland. Que reste-t-il de « Nulle part ailleurs » ? Les déguisements de De Caunes, les sketches, les parodies, les Guignols de l’info. Les invités de valeurs, interrogés sur le plateau par M. Philippe Gildas, même quand ils ont pu en placer une, n’ont laissé aucun souvenir et ne sont repris par personne. En revanche, on se rappelle de « Le monsieur te demande de... » et de « Mangez des pommes » que la fille Chirac, directrice de la campagne de son père, a eu l’excellente idée de reprendre. De nos jour, on suspecte les journalistes, les chercheurs, les intellectuels, tous ceux que M. Raffarin fustigeait comme « élites » et autre « France d’en-haut », mais on accorde un crédit total à des pitres dont l’unique préoccupation (et c’est normal) est de chercher ce qui va pouvoir faire rire. Tout comme pour Astérix, c’est la caricature qui est gravée dans le marbre et qui tient lieu de vérité dans l’imaginaire collectif.

 

La semaine du 22 mars a vraiment marqué le début des commémorations des événements de Mai 68. Nous aurons certainement d’autres évocations avec d’autres documents ou les mêmes. Nous aurons probablement droit au défilé de tous ceux qui étaient absents au moment des faits mais qui jureront y avoir été et se répandront en détails. Déjà, M. Cohn-Bendit a pu observer plus d’un millier de personnes qui affirment l’avoir côtoyé pendant les événements. C’est un peu comme les adieux de Brel à l’Olympia.

Ceux qui ont connu, souvent de loin, les événements ont pu observer la tension sur le moment, la façon dont on les a racontés dans les mois et les années qui ont suivi. Nous avons pu aussi voir les ravages opérés par les soixante-huitards dès qu’ils ont eu quelque responsabilité (notamment dans l’Éducation Nationale et la Culture) ou qu’ils se sont reconvertis dans la « communication » pour ne pas dire la publicité. Voici que, maintenant, nous devons supporter la ré-écriture de l’Histoire par les absents et par les bouffons. Bien sûr, tout le monde ne pouvait pas en être et c’est compréhensible. De là à se prétendre acteur, il y a un pas que beaucoup vont franchir dans les semaines qui viennent. Ça en dit long sur la manière dont est racontée l’Histoire en général ainsi que les détails rapportés par des témoins.

 

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25 mars 2018

Changement d'heure et obscurantisme

Mare, marre, marre des écologistes !

 

Ce 25 mars 2018, les infos du matin sur Inter nous rappellent que nous sommes passés à l’heure d’été. Chaque année, c’est l’occasion pour les rédactions d’aller interroger un paysan qui trouve que ces vaches sont perturbées ou une de ces spécialistes (pédopsychiatres, puéricultrices, chronobiologistes, pédagogues, institutrices) qui gravitent autour de l’enfance dans les ministères de la Santé et de l’Éducation Nationale. « Des études prouvent que... »

Les enfants seraient gravement affectés dans leur rythme biologique alors même qu’ils se couchent après 9 heures du soir et sûrement pas pour finir leurs devoirs dont on réclame l’abolition à cors et à cris. Ils terminent des parties de jeux vidéos à des heures différentes mais doivent se lever à heure fixe pour partir à l’école : « Dépêche-toi, tu vas encore être en retard ! ».

 

Non, c’est le changement d’heure qui est la cause de tous les maux. Nous retranscrivons presque intégralement le sujet traité par la station dite « de service public » ce matin :

 

Les députés européens demandent une évaluation du système de changement d’heure jugé obsolète pour certains. Il fait économiser 440 GWh/ an, soit la consommation d’une ville comme Marseille. La députée Karima Delli précise :

 

« C’est un système totalement obsolète. Aujourd’hui, les éclairages ne sont pas les m^mes que les éclairages qu’il y a 40 ans. Aujourd’hui, on utilise d’autres technologies pour réellement réduire notre consommation d’énergie ».

C’est elle qui est à l’origine de la résolution qui demande la ré-évaluation adoptée en février dernier :

 

« On a énormément de pays qui le demandent : notamment la Pologne, la Finlande, la Suède. Le débat est sur le devant de la scène deux fois par an, chaque année. Donc, à un moment, le Parlement Européen a pris le courage et a tranché. »

 

Mme Sandy Dauphin, en charge des questions environnementale sur Inter conclut : Ils demandent de nouvelles expertises sur la santé et les économies d’énergie mais aussi sur la sécurité routière car il est avéré qu’au passage à l’heure d’hiver, quand la nuit tombe plus tôt, il y a une sur-mortalité importante, notamment des piétons, moins visibles qu’en plein jour. Fin de citations.

 

https://www.franceinter.fr/emissions/le-6-9/le-6-9-25-mars-2018

 

Reprenons dans l’ordre.

Depuis longtemps, le changement d’heure correspond moins à un besoin d’économiser l’énergie qu’à une aspiration au confort : le plaisir de s’attarder dehors en été plutôt que de rentrer ou de devoir allumer la lumière(ou la télévision).

 

Ensuite, « énormément » correspond à trois pays cités même en précisant « notamment ». Ça serait anecdotique si ça n’était pas une habitude d’exagération systématique dans le discours de certains personnages politiques en mal de notoriété. D’autant qu’il faut mettre à part la Finlande, en raison de ses régions polaires et qui a besoin d’un régime particulier que la technocratie de l’UE est incapable d’imaginer. Et puis, quel « courage » de réclamer une mesure à ce point démagogique !

 

La journaliste Sandy Dauphin reprend un certain nombre d’articles qui paraissent sur le sujet. Attardons-nous sur le volet « sécurité routière ». Le passage à l’heure d’hiver serait responsable de la mort de piétons moins visibles de nuit qu’en plein jour. Voilà une découverte inattendue !

On y voit moins bien la nuit qu’en plein jour, malgré les phares et l’éclairage urbain. Sans des études rigoureuses et poussées, nous ne l’aurions jamais su.

 

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Par conséquent, il faut rester à l’heure d’avant, appelée « heure d’hiver » depuis 1976. Le problème, c’est que c’est justement cette heure d’hiver qui procure le moins de temps en plein jour. Donc, suggérons à Mme Delli et à ceux de son espèce d’exiger l’abolition de la tombée de la nuit.

 

Si ça n’était que risible, ça ne serait pas trop grave. D’abord, rappelons qu’en 1976 peu de pays passaient à l’heure d’été et que les autres y sont venus en constatant les avantages d’un rallongement du temps en plein jour. Ceux qui ont voyagé quelque peu ont pu constater comment, en plein mois de juillet, il fait déjà nuit à 6 heures du soir, par exemple à Montréal (même latitude que Bordeaux) ou à Mexico sans parler des pays tropicaux pour d’autres raisons. En revanche, dès 4 heures du matin, le soleil brille.

 

Ensuite, les écologistes n’ont cessé de nous dire et de nous répéter que les ampoules basse consommation, c’est bien mais que la meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas. Voilà que maintenant, certains d’entre eux en appellent à vivre davantage dans l’obscurité et d’utiliser « d’autres technologies pour réellement réduire notre consommation d’énergie ». Comprenne qui pourra. Même Repor-Terre, habitullement bien inspiré, emboîte le pas :

https://reporterre.net/Le-Parlement-europeen-favorable-a-l-annulation-du-changement-d-heure

 

 

Le plus grave dans l’affaire, c’est que de tels propos relèvent de l’esprit de contradiction et du plaisir qu’on en retire. Passons sur les études qui prouvent qu’on y voit moins bien la nuit qu’en plein jour. On ne va pas attirer d’avantage le public aux thèmes environnementaux qui sont pourtant fondamentaux. Au cours de la même émission, un débat a tenté d’attirer l’attention sur la réduction de la biodiversité avec la disparition d’un tiers des oiseaux au cours des dernières années. Les invités ont eu raison de préciser que des espèces telles que les corneilles, les pigeons et les rapaces (qui sont protégés) ne sont pas touchés. Il faut toujours donner ce type de précision car sinon, ça fait comme pour le réchauffement climatique. À chaque coup de froid, nuit de gel, il s’en trouve pour railler : Ah ! Et on nous dit que le climat se réchauffe ! Au besoin, on citera le nombre en hausse chaque année de ceux qui meurent de froid dans les rues. Bien sûr, ça n’a pas de rapport mais les esprits limités aiment bien mettre en relation le peu qu’ils savent.

https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-25-mars-2018

 

http://www.humanite-biodiversite.fr/article/ou-sont-passes-les-oiseaux-des-champs

 

http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/03/20/les-oiseaux-disparaissent-des-campagnes-francaises-a-une-vitesse-vertigineuse_5273420_1652692.html

 

Avec des imbécilités comme celles exprimées par cette députée européenne, on détourne les populations des problèmes graves qui se posent et qui ne bénéficient pas d’un tel traitement médiatique. Ils renforcent l’impression que les écologistes sont contre tout. Ce n’est pas faux puisque chaque chantier d’importance les voit monter au créneau. Dans la plupart des cas, c’est justifié mais l’on voit des contradictions. Rappelons la ligne nouvelle Lyon-Turin qui s’inscrit dans un projet de réduire le nombre de camions sur les routes mais qui voient les écologistes s’opposer aux travaux. Idem pour les éoliennes. Il est vrai qu’il y a beaucoup à dire puisque des entreprises obtiennent des aides importantes pour en installer dans des régions peu venteuses. Ça produira pas grand-chose mais, en attendant, elles auront empoché les subventions.

 

Ce ne sont pas les sujets qui manquent, à commencer, selon nous, par le bétonnage des terres agricoles (qui pousse à augmenter les rendements sur ce qui reste) et l’augmentation des déchets radioactifs dont on laisse le traitement aux générations futures. On peut se demander si tout ce raffut autour du changement d’heure n’est pas destiné à masquer les problèmes les plus graves qu’on est impuissant à traiter face aux intérêts particuliers organisés en puissants groupes de pression.

 

Mais bon, les médias ont leur marronnier biannuel et les écolos de salon tentent de rebondir après leurs échecs à répétition à chaque élection présidentielle. Peut-il en être autrement quand une sensibilité politique donne une telle image de contraintes (souvent coûteuses), de punitions et, pour tout dire, d’obscurantisme comme le montre cette nouvelle tentative de rester à l’heure d’hiver.

 

 

https://www.timbres-sur-ordonnance.com/diogegravene-le-cynique-de-sinope.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/10/31/19476848.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/08/24/27885453.html

 

24 mars 2018

Mai 68 sur Europe n°1

Au moment où Europe 1 rame, se cherche une identité, les commémorations de Mai 68 arrivent à point nommé pour rappeler son rôle pendant « les événements », comme on a dit après. L’évocation s’intitule : La révolte sur les ondes.

 

Europe 1 aime se faire appeler « radio-barricades », ce qui lui donne un rôle historique après avoir inventé, en France, les flashes horaires au moment de la guerre d’Algérie. L’histoire de Mai 68 sur Europe n°1, c’est aussi celle de ses jeunes reporteurs qui ont couvert l’actualité en direct pendant que les anciens se trouvaient sur le terrains des grands conflits comme le Viêt-Nam. L’ORTF était en grève et, lorsque France-Inter marchait, la station était tellement contrainte qu’on ne pouvait avoir que des allusions à cette actualité déplaisante pour le pouvoir. Ce sont donc les « périphériques » (comme on disait) qui étaient sur le terrain. Le 22 mars 2018, la station de la rue François 1er a eu la bonne idée d’organiser ses programmes autour du début de la contestation, le « Mouvement du 22 mars », et de sortir ses archives, numérisées pour l’occasion. Bravo !

 

Comme il y a 50 ans, Inter était en grève, laissant les auditeurs profiter de la journée organisée par la station concurrente. Malgré la publicité, nous avons pu écouter presque trois quarts d’heure de documents sonores avant 20 h. Incroyable d’entendre André Arnaud, le grand André Arnaud, maître de l’antenne, maître des débats, des entrevues, conseiller paternellement à Gilles Schneider de ne « pas prendre de risques inutiles ». Les déjà anciens annoncent les jeunots, fougueux, emportés par le mouvements, passionnés au point de vouloir se trouver au plus près de l’action quitte à prendre des coups mais surtout à absorber les gaz lacrymogènes. Nous comprenons, après coup, que nous assistions à un passage de relais. Du bon, du vrai journalisme. Sur Inter, Mme Devillers avait invité quelques jours auparavant, M. Gilles Schneider (qui a fini sa carrière comme directeur d’Inter) et M. Patrick Pesnot, celui-là même de « Rendez-vous avec X » et, auparavant de « Histoire d’un jour » avec M. Philippe Alfonsi sur Europe 1. Les deux confrères expliquaient qu’un Fernand Choiseul, avec sa formation de journaliste sportif, savait décrire l’action pour des auditeurs qui, forcément, n’avaient pas l’image. On entend aussi le jeune correspondant à Marseille, de la station, un certain Eugène Saccomano. Tant de grands noms en quelques dizaines de minutes.

http://www.europe1.fr/dossiers/mai-68

 

Bien sûr, on a entendu l’inévitable Cohn-Bendit ; d’autant plus qu’il est chroniqueur sur Europe 1 depuis quelques années. Cohn-Bendit, c’est le nom qu’on entendait le plus souvent à l’époque. Il est donc logique qu’il soit omniprésent sur tous les plateaux consacrés aux événements. Les autres étaient moins en avant et, contrairement à beaucoup d’acteurs et de témoins de l’époque, il ne s’arrange pas (ou pas trop selon ce que nous savons) avec les faits et demeure crédible, comme, d’ailleurs, ceux qui étaient vraiment en première ligne à l’époque. On n’en dira pas autant de ceux qui étaient en retrait ou pas là du tout mais qui prétendent en avoir été.

http://www.ina.fr/video/I10238024/daniel-cohn-bendit-definit-le-mouvement-du-22-mars-video.html

 

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Sur le fond, on entend André Arnaud donner la parole à un patron séquestré depuis quatre jours dans son entreprise. Dans le studio, Georges Séguy, secrétaire général de la CGT l’assure qu’il s’efforce de mettre fin à ce genre d’actions mais Eugène Descamps, fondateur de la CFDT, lui rétorque que les salariés licenciés et, au quotidien, les salariés harcelés, brimés et notamment les syndiqués, vivent des violences encore plus grandes. On ne nous enlèvera pas de l’idée que la CGT a commis une erreur stratégique en élisant Georges Séguy à l’époque. Ses talents de négociateurs auraient été autrement plus utiles dans les années 1980 – il était encore assez jeune – pour défendre les salariés, quand l’intransigeance d’un Krasucki était caricaturée et discréditée par les humoristes et les médias en général. Après, on s’étonnera de l’obsession de La lanterne de Diogène du rôle néfaste des humoristes. Grâce aux témoins réunis par M. Taddeï, on apprend que, en marge des accords de Grenelle, Henri Krasucki négociait en secret avec le jeune Chirac. Daniel Cohn-Bendit tempère l’enthousiasme sur les résultats de Grenelle. La hausse du Smig de 35 % ne saurait masquer la hausse des salaires de seulement 10 % pour tous mais aussitôt absorbés par l’inflation. De plus, dans la plupart des entreprises, si quelques journées de grève ont été en partie payées, on a demandé aux salariés de mettre les bouchées doubles et de récupérer. Quel contraste que cet échange dirigé par André Arnaud avec le traitement de la grève du jour par RMC qui prend surtout au téléphone les auditeurs qui protestent contre la grève alors même qu’ils restent à la maison et ne sont pas touchés ! Autre temps…

 

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20 mars 2018

Bravo Sophia Aram !

sophia aram

Tout arrive puisque nous saluons la chronique de Sophia Aram du lundi 19 mars 2018. L’humoriste fait de moins en moins dans l’humour et de plus en plus dans la leçon de morale (nous en avons parlé). C’est aussi dans ce genre qu’elle s’est exprimée, en se faisant passer pour sa tante Fatiha avec l’accent ensoleillé de son personnage. Fatiha part du constat que la guerre civile dure en Syrie depuis sept ans et que rien n’y fait. Elle suggère donc de faire pression sur le principal soutien du bourreau de Damas, à savoir l’autocrate Poutine qui vient d’être réélu dans des conditions qu’il est inutile de mentionner puisque tout le monde les connaît. Il se trouve que, dans la foulée de la réélection, la Russie de Poutine va organiser l’événement le plus populaire et, donc, le plus médiatisé du monde, la Coupe du monde de football. Au cours de sa chronique, Sophia Aram a été interrompue (et pas pour une de ces fausses relances) par le journaliste Ali Badou qui anime la matinale en ce moment. M. Badou, à l’évocation du Mondial s’est écrié « Allez les Lions de l’Atlas ! », du surnom de la sélection marocaine. Anecdotique ? Rien n’est moins anecdotique ni plus significatif. « Pour une fois que le Maroc est qualifié... » et il n’est pas le seul à se faire cette réflexion. Tous les supporteurs du monde pensent la même chose : notre équipe s’est qualifiée péniblement, pour une fois que nous sommes qualifiés, pour une fois que nous avons une chance etc. C’est à dire que même en supposant qu’un Gouvernement ait le courage d’annoncer son retrait de la compétition (et il y a de nombreuses raisons pour boycotter la Russie de Poutine), sa population ne le soutiendrait pas. Dès le lendemain, les journaux spécialisés y consacrerait non seulement leur une mais toute la première page et de nombreuses pages d’indignations : il ne faut pas mélanger sport et politique, le sport peut être l’occasion de réconcilier les belligérants (pas sûr que tout le monde comprenne le mot), pourquoi la Russie et pas d’autres pays ?etc. Les mouvements politiques les plus conservateurs monteraient au créneau pour s’opposer à une telle mesure de rétorsion. Ils seraient suivis par tous ceux qui, à gauche, voient dans la Russie, le pays qui ose proposer des alternatives à la toute puissance des États-Unis et des bras armés que sont l’OMC et autres organisations internationales au service de leurs intérêts. Dans les populations, on ne déteste pas ce chef d’État qui a une grande gueule. Le peuple aime les grandes gueules : avec lui, ça irait mieux !

https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-sophia-aram/le-billet-de-sophia-aram-19-mars-2018

 

Les plus intellectuels, quoique généralement peu intéressés par le football spectacle, rappelleraient que, dans le passé, aucun appel au boycott n’a fonctionné. Les JO de Montréal se sont déroulés sans problèmes sans les nations africaine, la Coupe du Monde en Allemagne s’est passée du retrait de l’Urss, celle d’Argentine s’est déroulée malgré les prisonniers torturés à quelques kilomètres des stades. Les JO de Moscou ont donné lieu à des initiatives ridicules telles que le refus de monter sur le podium avec les drapeaux et les hymnes nationaux. Les adeptes du boycott font remarquer le succès des actions contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. Certes mais la Russie n’est pas l’Afrique du Sud. Rien de plus facile que de se priver des oranges Outspan et de faire la nique à la minorité raciste de ce pays lointain. La Russie, c’est autre chose. On sait, aujourd’hui, que le malaise visible du Président Sarkozy lors de sa visite à Moscou était dû aux propos sans ambiguïté que venait de lui tenir son homologue Poutine qui lui a fait remarquer la différence de taille entre leurs deux pays ainsi que sa détermination à faire usage de ses armes. La Russie a hérité du siège permanent de l’URSS au Conseil de Sécurité de l’ONU, possède l’arme atomique, envoie des satellites dans l’espace. Rien de comparable avec l’Afrique du Sud. Nous voyons, en ce moment, que la Russie possède un réseau d’agents secrets capables d’agir n’importe où dans le monde. La Grande-Bretagne mesure à quel point ses protestations, ses représailles, si elles sont louables (car la plupart des pays, à sa place, se contenteraient de vagues allusions et de molles protestations), sont aussitôt suivies d’une réplique et, à ce jeu-là, la GB (même soutenue du bout des lèvres par ses alliés) n’est pas en position de force.

 

La Syrie est trop importante pour Moscou pour lâcher Assad et même un boycott du Mondial n’entamerait pas la détermination de Poutine. Il essaie de redorer les étoiles pâlies par les aléas de l’Histoire. Au XIXe siècle, la Russie règne encore sur trois continents avant de perdre, peu à peu, toutes ses possessions et son influence. La Crimée n’a jamais été digérée. Ce n’est pas un hasard si Poutine a marqué son retour à la Présidence par l’annexion de l’île qui a été le champ de bataille d’une guerre qui a vu la Russie quitter le Moyen-Orient durablement. Poutine sait qu’un gouvernement démocratique n’accorderait pas les mêmes avantages qu’une dictature. Par conséquent, il est vital pour Poutine et pour l’idée qu’il se fait de la Russie et de sa vocation universelle de rester le maître du jeu en Syrie. Donc, on peut appeler à boycotter le Mondial du mois de juin prochain mais sans espoir. En revanche, ce serait l’honneur des délégations qualifiées de ne pas participer aux cérémonies d’ouverture et de clôture en présence de l’autocrate de Moscou, puisque c’est la seule chose qui l’intéresse et qui le toucherait vraiment.

 

On relira :

La Syrie et le retour de la question d'Orient

Les printemps arabes et le point sur la situation au Moyen-Orient

Questions sur la Libye et sur la Syrie

Syrie

Jérusalem, encore

Facéties de la démocratie

Abkhazie, Géorgie, Ossétie et les autres

 

 

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18 mars 2018

Le XV de France remporte le Grand Chelem 2018

Le XV de France remporte donc le Grand Chelem 2018.

Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas de l’équipe première, de la vitrine du rugby français mais de l’équipe féminine. Les garçons de moins de vingt ans ont aussi remporté le Tournoi et le Grand Chelem mais le XV masculin finit dans la deuxième moitié du classement.

 

Dans les articles précédents, nous avons emboîté le pas de ceux qui critiquent un championnat trop long qui réunit des équipes composées de vieilles gloires de l’hémisphère sud où les sélections nationales sont stables et offrent peu de possibilités de s’y épanouir tant les places sont chères. Nous avons surtout dénoncé ce rugby fait de collisions et de cafouillages. Qu’on songe que le pack français pèse 873 kg et le gallois 901 kg… On n’est pas loin de la tonne et soyons persuadés que les équipes des îles du Pacifique s’en rapprochent. Y a-t-il des possibilités de mouvements, d’adresse, de renversements de côtés, de jeu au pied quand on est bloqué par de tels colosses ?

Lors de la dernière journée du Tournoi, le XV de France affrontait le Pays de Galles dans un stade fermé. C’est pas mal, ça, pour un sport qui se joue surtout en hiver et dans ces îles sujettes aux intempéries en tout genre. Le Millenium date de l’an 2000 quand le Stade de France est de deux ans seulement son aîné. On se souvient des conflits d’intérêt qui avaient prévalu lors du choix de projet. Un des éliminés prévoyait, justement, un toit amovible. Le nouveau stade du Racing, en banlieue ouest de Paris, offre cette possibilité mais, entre autre à cause de ça, il est la cible de dénigrements. À croire qu’on met un point d’honneur à pratiquer les sports dehors et dans la boue et de rentrer trempé aux vestiaires. On voit bien que ces critiques sont exprimées par des hommes. Remarquons aussi qu’avant la rencontre, les joueurs français n’ont pas vraiment entonné la Marseillaise. On voyait pas beaucoup leurs lèvres remuer. Quel contraste avec les gorges déployées des Gallois ! Or, pendant longtemps, on a loué le XV tricolore qui, au contraire des petits merdeux et autres enfants gâtés du onze, chantaient l’hymne national. C’est un détail mais qui montre le délitement des valeurs du rugby à l’heure du professionnalisme.

 

Sur le jeu proprement dit, on a eu, en fait, une seule demi-heure, la première. Le reste du temps, les Gallois ont laissé les Français se fatiguer, s’épuiser à chercher des ouvertures, des combinaisons tandis qu’ils contenaient les assauts. Ce qui fait dire aux commentateurs français que les Bleus ont dominé. Formidable pays que la France qui a le génie de transformer les défaites en victoires et qui préfère toujours les Poulidor, parés de toutes les vertus, aux Anquetil. Nous avons dit, précédemment, qu’il manquait un patron sur le terrain. Avec Bastareaud, il y en a enfin un. Voilà un chef, expérimenté, qui a le souci d’encourager ses coéquipiers à la manière du petit, du « grand », Fouroux d’autrefois. Ça devrait être évident dans un sport collectif qui n’est pas un agglomérat d’individualités mais un groupe homogène. Pourtant, sa tâche n’était pas facile avec les changements opérés au cours des derniers mois. Il y a d’abord eu les blessures des jeunots Dupont et Jalibert puis, la sanction contre les fêtards dont Teddy Thomas. Autant de joueurs prometteurs effacés des effectifs. Surtout, on a changé de cheval au milieu du gué. M. Jacques Brunel a été chargé de reprendre le XV de France. On a dit que c’est la première fois qu’un sélectionneur est congédié. Comment le XV tricolore pourrait-il œuvrer dans de bonnes condition avec un président de la Fédération qui fait passer ses rancunes personnelles avant l’intérêt et le prestige de la France ?

 

À l’heure de tirer le bilan, constatons que la France termine 4e, soit une place de moins que l’an dernier et une victoire de moins : 2 matches gagnés sur 5 au lieu de 3 sous l’ère de M. Novès dont on se rend compte qu’il n’a pas démérité puisque son successeur qui devait enfin renouer avec la victoire fait encore moins bien. Pas de quoi pavoiser, donc, mais c’est pourtant le ton des commentateurs. On parle de « défaite honorable ». C’est déjà ce qu’on disait l’an dernier quand les Bleus échouaient de peu. Car, c’est la caractéristique principale des résultats de ces dernières années : perdre de peu mais gagner de peu aussi. Finalement, la France ne fait plus partie de l’élite mondiale. Pour son premier Tournoi comme sélectionneur à part entière, on ne peut pas dire que le bilan de M. Brunel soit positif ; surtout si l’on considère qu’il a été pendant huit ans l’adjoint du sélectionneur (M. Laporte) et qu’il a l’expérience du haut niveau. En rugby, il y a autant de sélectionneurs potentiels que de passionnés et ne tombons pas dans ce travers sympathique. Constatons qu’on ne peut pas gagner en changeant tout le temps de charnière, en « rappelant » des anciens une fois puis en les renvoyant pour former un groupe sur la durée avant de les rappeler encore et de recommencer. Le cas Trinh-Duc est assez lamentable. Ses qualités ne sont pas en cause mais comment se sentir à l’aise quand on n’est que le second choix ? En plus, on apprend, à l’occasion de sa sortie de terrain, que son remplaçant est capable de tirer des coups de pieds de 50 m et que, jusqu’à son arrivée, il n’y avait pas de butteur de ce type sur le terrain. On a loué la régularité d’un Machenaud (demi-de-mêlée) aux tirs mais sa taille ne lui permet pas de tirer à plus de 40 m. C’était déjà le problème d’un Jean-Baptiste Élissalde, son entraîneur d’aujourd’hui. Beauxis aurait dû se trouver dans l’effectif de départ ou encore Scott Speding qui, en plus, est un excellent arrière qui manque aussi au XV. Le problème, c’est qu’aucun de ces trois joueurs ne peut prétendre former la relève. En revanche, leur expérience peut aider de jeunes sélectionnés. Quoi qu’il en soit, il faut un vrai butteur ainsi qu’un butteur pour les longues distances. Le butteur, c’est aussi celui qui, par son jeu au pied, permet de passer par dessus le mur de piliers qui pèsent 120 ou 130 kg afin de marquer des essais. Saluons aussi le bel essai de Fickou et ce drop de Trinh-Duc qui ouvre le score à la 3e minute et qui laissait espérer, sinon une belle victoire, au moins un beau match.

 

rugby féminin

 

À part ça, les filles du XV de France ont donc remporté leur 5e Grand Chelem.

Un mot pour regretter la différence de traitement des compétitions masculine et féminine. Bien sûr, l’engouement n’est pas comparable et le niveau de jeu non plus mais de là à faire jouer les filles sur des terrains qui ressemblent plus à des champs de labour que des pelouses, il y a une marge. Il faut souligner l’exception française puisque la rencontre avec l’Angleterre s’est déroulée dans le beau Stade des Alpes de Grenoble devant un public nombreux. Et c’est pas tout : les retransmissions et les moyens techniques ne sont pas les mêmes non plus. On se croirait quarante ans en arrière. C’est tout juste s’il y a le ralenti. Donc les incrustations sur l’écran, les aides, tout ça, c’est encore pas pour les filles et ça va jusqu’au commentaires. Contre le Pays de Galles (bizarrement appelé « la principauté »), on fait la fine bouche : il n’y aurait pas eu la manière. Avec 6 essais et un score de 38 à 3, on ose dire qu’il manque quelque chose. Qu’on songe à ce qui a pu être dit quand les garçons ont battu péniblement les Italiens et un peu mieux les Anglais. Il n’y avait pourtant pas de quoi sauter aux rideaux. Et de quelle manière parle-t-on quand on assiste à une succession de collisions ! Le comble, redisons-le, c’est qu’après une énième débandade, on parle de « défaite honorable » du XV masculin… De qui se moque-t-on ? Il y a vraiment une différence de traitement. Déjà que les filles sont encore largement réticentes dans la pratique d’un sport et comme spectatrice (sinon pour accompagner leurs fils ou leurs conjoints), ce n’est certainement pas ainsi qu’on va les attirer et les encourager. Peu après le match, sur un moteur de recherche traditionnel, il n’y avait que le quotidien Ouest-France, pourtant pas en terre d’ovalie, qui donne la nouvelle et le surlendemain, on ne trouvait toujours d’images des deux dernières victoires du XV féminin.

https://www.ouest-france.fr/sport/rugby/6-nations/direct-6-nations-pays-de-galles-france-les-bleues-pour-un-grand-chelem-5625974

Notons qu’Ouest-France depuis le début du Tournoi, propose probablement les meilleures analyses.

Visiblement, le rugby féminin commence à peine à être pris au sérieux. Les fédérations britanniques se moquent carrément du monde en faisant jouer des rencontres internationales sur des petits terrains de clubs amateurs. Ça ne serait rien si les terrains étaient en bon état. Ensuite, remarquons que les officiel de la Fédération internationale, très britanniques, ont eu du mal devant toutes les expressions de la joie des Françaises. Il y aura toujours un monde entre Britannia et le continent ; et ça, même le sport, même le rugby confraternel n’y pourront jamais rien.

Retenons de la saison d’hiver du rugby que le XV féminin a remporté brillamment le Grand Chelem !

 

http://www.lepoint.fr/sport/tournoi-le-xv-de-france-reussit-le-grand-chelem-feminin-des-six-nations-16-03-2018-2203201_26.php

 

https://www.francetvinfo.fr/sports/rugby/tournoi-des-six-nations/rugby-apres-leur-victoire-au-pays-de-galles-38-3-les-francaises-remportent-le-tournoi-des-six-nations-et-realisent-le-grand-chelem_2660448.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20180317-[lestitres-coldroite/titre1]

 

https://www.minutenews.fr/sport/tournoi-le-xv-de-france-feminin-reussit-le-grand-chelem-des-six-nations-304155.html

 

 

* https://www.francetvinfo.fr/sports/rugby/xv-de-france/xv-de-france-le-recit-de-la-nuit-alcoolisee-en-ecosse_2648690.html

 Sur l’affaire de la sortie nocturne d’Édimbourg, on n’en sait pas beaucoup plus. En revanche, les commentaires des cadres de la FFR et des journalistes ont changé. Sur le coup, on reprochait à des gamins d’être sortis le soir alors qu’ils venaient de perdre un match. À présent, on leur reproche d’avoir terni le maillot tricolore par leur comportement. Reste l’impression désagréable qu’on a surtout cherché à écarter des joueurs.

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