la lanterne de diogène

17 novembre 2017

Françoise Héritier et Robert Hirsch

Il n’y a rien de pire que de mourir le même jour qu’une personnalité plus connue.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/06/26/21567563.html

C’est ce qui vient d’arriver à Françoise Héritier. Elle a pourtant eu la bonne idée de disparaître la veille, ce qui a permis de publier des hommage et même d’organiser des plateaux autour de son œuvre que beaucoup ont découvert à cette occasion. Quelle œuvre ! Reconnaissons-lui le mérite d’avoir fait comprendre que les sociétés humaines obéissent à une hiérarchie qui correspondant au fonctionnement du corps humain. Également, elle a montré que, partout dans le monde, les femmes sont infériorisées par la supériorité physique des hommes. Aux dernières nouvelles, on en est toujours là. Pourtant, ce qui était compréhensible dans les premières sociétés organisées est devenu insupportable quelques 5000 ans plus tard. Insupportable ? Pas tant que ça puisque, finalement, tout le monde s’en accommode ou fait semblant de s’y intéresser avec des propositions superficielles.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2017/11/12/35859815.html

 

Robert Hirsch

C’est donc Robert Hirsch qui tire la couverture à lui, au moment où l’on tire le rideau sur sa dernière révérence. Robert Hirsch est un nom que les quinquagénaires et plus âgés connaissent, semble-t-il, depuis toujours. Autrefois, il n’y avait pas tant d’acteurs que ça. On comptait un certain nombre de têtes d’affiches et il n’y avait pas tant de salles de cinéma ni de théâtre qu’aujourd’hui.

Robert Hirsch, quand on n’avait pas la télévision et que le théâtre paraissait inaccessible, c’était un nom qu’on entendait, chaque année, à l’occasion de la saison nouvelle au théâtre, celui qu’on voyait sur les photos en noir et blanc qui égayaient quelque peu les « classiques », ces brochures avec lesquelles on étudiait le théâtre au collège. Il a fallu le tricentenaire de la mort de Molière pour voir l’immensité de Robert Hirsch, excellant en maître de philosophie. Plus tard, la rediffusion de l’émission « La joie de vivre », dans la deuxième moitié des années 1970 a permis pour les plus jeunes, de mesurer l’étendue du talent de ce comédien complet.

 

https://www.youtube.com/watch?v=EhSFAAcLWDo

 

https://www.youtube.com/watch?v=fLUe5bUq0Kk

 

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12 novembre 2017

Langue française et condition féminine

C’est parti pour 6 pages dactylographiées soient un peu moins de 20 feuillets…et sans image.

Bon courage !

 

Depuis quelques semaines, la langue française fait l’objet d’attentions auxquelles elle n’était pas habituée. En fait, il s’agit de faire acter la place féminine dans la langue et mettre fin à la sacro-sainte règle du « masculin qui l’emporte sur le féminin ». Dans cette affaire, on omet surtout de rappeler le principe d’économie en langue et la simplification qui est imposée par l’usage. Il s’agit, en l’occurrence, de tout rassembler au pluriel, chaque fois que c’est possible. Ensuite, il s’agit de trouver une formule simple, voire simpliste, pour mémoriser la règle facilement. Avec la mode du « politiquement correct » qui complexifie tout, la simplification n’est plus de mise. Il convient de n’oublier personne et, sûrement pas la moitié de l’humanité.

Sauf que le genre féminin ne se rapporte pas seulement aux femmes mais à tout ce que l’usage a voulu féminin et d’une manière tout à fait arbitraire, d’ailleurs. Pourquoi une table doit-elle être féminin ? Et que dire de la girafe ? On sait la confusion qui existe chez la plupart des gens avec des animaux de la même espèce tels que la pie et le corbeau ou la grenouille et le crapaud, souvent perçus comme femelle et mâle d’un même animal.

Donc, les émissions se multiplient, les positions se prennent, et l’on est prié d’avoir un avis sur la question. Après tout, tout le monde est passé à l’école et a été confronté au genre et au nombre. Sauf que ça fait bien longtemps que l’analyse grammaticale n’est plus d’actualité ; du moins telle qu’on la pratiquait autrefois. Sauf que l’orthographe fait l’objet d’exercices de plus en plus éloignés de la terrible dictée et que nombre de tolérances se sont greffées sur les exercices. Mais non, on en est resté aux clichés du maître impitoyable avec sa blouse grise et des punitions humiliantes. Avec eux, c’est tout le cortège des règles de grammaire qui emboîte le pas. Or, on a assez dit et répété que la grammaire ne fait plus l’objet, depuis au moins 1996, de cours spécifiques. On a assez glosé sur son remplacement par « l’observation de la langue ».

Parmi les émission, nous avons écouté « Le téléphone sonne » du 2 novembre 2017 https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-02-novembre-2017

Les invités en étaient Mme Éliane Viennot et M. Bernard Pivot présenté comme Président de l’Académie Goncourt mais surtout connu pour avoir animé une émission culte, à savoir « Apostrophes » à partir de 1975 des années. Heureuse époque où l’on pouvoir regarder des émission intéressantes dès 21 h 35 sans avoir à se coucher à minuit. M. Pivot avait pris position, en 1990, contre la réforme de l’orthographe consistant à simplifier quelques mots et quelques mots-composés. Rien de révolutionnaire mais, de Mitterrand, enfant de l’école laïque et obligatoire, pétri de belles lettres, à Frédéric Dard, tous ceux qui ont pris la parole à ce moment-là étaient contre. Frédéric Dard reconnaissait pourtant qu’il était nul en orthographe à l’école. Comprenne qui pourra ou qui voudra.

 

Dans cette affaire, on a glissé sur le champ idéologique en culpabilisant ceux qui seraient contre cette complication de l’orthographe destinée à valoriser l’élément féminin. Comme il fallait des arguments, on est allé en chercher dans l’évolution de la langue en pratiquant, comme il fallait s’y attendre des amalgames. C’est l’habitude chez ceux qui s’accommodent de l’impérialisme de l’invasion des mots anglo-américains en prétendant qu’il y a plus de mots français dans le monde anglo-saxon. En fait, on fait l’amalgame entre les mots d’origine et les mots employés tels quels.

On mélange tout : évolution du vocabulaire (création de mots nouveaux), histoire des mots (changement du sens des mots), thème traité, forme grammaticale du nombre. Mme Viennot prend un exemple. Il s’agit d’un article traitant des agriculteurs. Le pluriel, selon elle nie, les agricultrices. Pour preuve elle cite la fin de l’article : « le problème des jeunes agriculteurs est de trouver une épouse ». Sauf que ça n'est pas la grammaire qui est en cause mais le sujet de l'article qui, à la fin, ne s’intéresse plus qu’aux jeunes hommes. Rien à voir avec la grammaire mais ça marche. Et ne parlons pas d’exemples spécieux tels que : « le ministre est enceinte ». De quelle ministre s’agissait-il ? A-t-on le souvenir, alors même que le nombre de femmes au Gouvernement est plus qu’indigent, d’une femme, justement enceinte pendant son passage au gouvernement ? S’il s’agit de Mme Dati, en son temps, il ne serait venu à l’idée de personne, même parmi les plus réactionnaires, de dire une pareille ineptie.

Ainsi, Mme Viennot a trouvé que des mots anciens étaient féminisés et que l'usage s'est perdu avec la domination patriarcale. Sans doute, mais on peut raisonnablement penser que ces mots ne seront jamais exhumés mais plutôt remplacés par une forme nouvelle et, parfois, moins jolie ou plus compliquée. Les enseignants sont, eux-mêmes, rétifs à défendre leur langue française qui est associée au chauvinisme voire au colonialisme et, d’une manière générale à tout ce qui est ringard. Par exemple, ils ont perdu une bonne occasion d'imposer l'inversion verbe-sujet à la forme interrogative pour économiser les signes en langage texto. Ils préfèrent déplorer une simplification incompréhensible (y compris par les récepteurs du message) avec des « kk » suivi de la forme affirmative au lieu d'une simple inversion. « Décrédibiliser » s'impose en lieu et place de « discréditer ». « Envahissement » plutôt que « invasion » et « écoutable » plutôt que « audible ». C'est en quelque sorte le paradoxe de Gresham appliqué à la linguistique.

 

Mme Viennot nous dit aussi qu'il existait, autrefois, « professeuse » et « autrice », deux métiers qu'elle cumule et revendique. Cependant, la féminisation des professions rencontre des obstacles chez les femmes elles-mêmes et il est plus que mal vu, aujourd'hui, de dire « inspectrice de police », « doctoresse », « directrice » (sauf pour une directrice d'école). Les partisans de l'écriture dite « inclusive », sont les premiers opposés au féminin en -trice au profit de leur abominable -teur-re, -res.

L'auteur de ces lignes a été étudiant au début des années 1980, années où nombre de jeunes femmes avaient été nourries par les combats féministes de leurs aînées. Dans mon université, à Censier, en l'occurrence, la principale responsable de « l'UER (faculté) des Pays Anglophones » était une femme. Sur la porte de son bureau, sous la ligne mentionnant son nom, se trouvait sa fonction : « Directeur de l'UER des ... ». Très souvent au cours de l'année, des mains errantes corrigeaient : « Directrice de... ». Systématiquement, la correction était enlevée et « Directeur » s'imposait. Si, dans ces années qui ont vu l'arrivée des forces progressistes au pouvoir, de Mme Gisèle Halimi, au Gouvernement, du travail énorme réalisé par les Ministres féminines, à savoir Mme Roudy (au Droit des Femmes) et surtout de Mme Questiaux (aux Affaires sociales), si dans ces années où le militantisme féminin s'était débarrassé de ses excès et avait trouvé une allure de croisière avec maintien du cap, on n'arrivait pas à convaincre cette responsable de féminiser son titre, on voit mal comment, à l'heure actuelle, la féminisation des métiers pourrait s'imposer dans les années à venir. Quand on voit que les jeunes filles d’aujourd’hui sont persuadées que tout leur est dû, que tous les acquis dont elles bénéficient sont naturels et ne méritent aucune gratitude envers celles qui les ont conquis, on peut exprimer les plus grandes craintes à ce sujet. Il suffit de rappeler que, Simone Veil était détrônée depuis longtemps au classement des personnalités féminines préférées des Français par Mimie Mathy…

En ces années 1980, où le souvenir des guerres et de l’occupation s’estompait, on a commencé aussi à se payer le luxe d’une certaine légèreté et à pinailler sur des problèmes qui ne changeaient pas fondamentalement le quotidien mais qui pouvaient faire plaisir. Ainsi, avec l’importance prise par le « ressenti », on a commencé à trouver que certains mots, certaines expressions ou tournures « faisaient » plutôt que signifiaient. Est arrivé le règne de la connotation, c'est à dire de l'irrationnel : « ça fait... ». « Telle expression, ça fait... » prononcé avec une moue adéquate. On a renoncé à des termes pour des euphémismes ou des tournures édulcorées, parfois avec la bénédiction des victimes elles-mêmes qui se sentaient moins opprimées quand bien même leur situation ne changeait pas. On rappellera encore que, déjà, Jaurès, remarquait qu’on changeait les mots plutôt que d’améliorer la situation. Il y a donc toujours eu cette tentation, le recours à cette martingale de la part de la classe dominante.

La première comédienne parvenue au décanat de la Comédie Française réfutait le terme de « doyenne ». De mémoire elle disait : « Oh non ! Ça fait vraiment la plus vieille de la classe ! ». Un article plus récent rapporte la persistance du terme masculin.

https://www.lexpress.fr/culture/scene/mme-le-doyen-de-la-comedie-francaise-mise-a-la-retraite_835355.html

 

 

Rappel de deux choses qui concourent à la confusion.

La grammaire est une branche de la linguistique et non pas un branche de la sociologie. Elle étudie le fonctionnement de la langue et ne se préoccupe ni des pratiques sociales ni même du vocabulaire qu'elle est chargée de faire fonctionner dans une phrase ou un prédicat, pour reprendre un terme à la mode mais quelque peu détourné de son sens. Par conséquent, lorsqu'on faisait apprendre la règle selon laquelle « le masculin l'emporte sur le féminin », il s'agissait d'une simplification d'une règle complexe avec une formule facile à mémoriser. D'abord, la règle complète dit que « en cas de conflit, le masculin l'emporte sur le féminin ». Elle ne dit certainement pas que dans la vie courante, il faut que l'homme l'emporte sur la femme. D'autre part, il n'y a pas que les animaux qui ont un genre puisque, l'usage et l'arbitraire ont décidé que des choses ont un genre aussi sans pour autant être sexuées.

Dans la phrase suivante, comment écrire le pluriel :

  • Les choux et les laitues sont flétris.

Doit-on écrire :

  • Les choux et les laitues sont flétri -ies -s.

  • Les choux et les laitues sont flétries.

On voit bien l'absurdité de l'une et de l'autre forme. On comprend surtout que l'écriture dite « inclusive » a pour but de faire plaisir ou, plus exactement, de faire croire qu'on se préoccupe du sort de la moitié féminine de l'humanité alors que, par ailleurs, on s'accommode fort bien de l'inégalité de salaires et de ce qu'on appelle, par un bel euphémisme, le retour du « patriarcat » qui montre une vraie domination de l'élément masculin, autrement plus grave que l'application d'une règle de grammaire.

Au cours de l’émission, M. Pivot prend un exemple qui devrait achever de convaincre (mais il n’en sera rien). Doit-on dire « Colette fait partie des plus grands écrivains » ou « Colette fait partie des plus grandes écrivaines » ?

On voit bien que dans le deuxième cas, s’introduit une restriction : Colette ne serait qu’une des meilleures parmi les femmes qui écrivent, tandis que dans le premier cas, il est reconnue parmi les écrivain masculins et féminins.

 

La grammaire, comprend (pour simplifier) la syntaxe, la phonétique et une forme, qu'on appelle « morphologie » en linguistique. Il se trouve que, contrairement à ce qui a été dit au cours de l'émission, il n'existe pas de genre neutre en français. Par conséquent, c'est la forme masculine qui sert pour exprimer le neutre. Ainsi, lorsqu'il y a un conflit de nombre entre un masculin et un féminin, c'est la forme neutre, celle qui sert aussi pour le masculin qui prend le relais. Ceux qui y voient une expression de misogynie ont de sacrés problèmes avec la question et ce sont leurs problèmes qu'ils devraient traiter et pas ceux de la grammaire où ils ne sont pas compétents.

 

Justement, parlant de compétence, on se trouve dans un cas approchant de PIP, c'est à dire le point où l'on accuse l'adversaire d'incompétence, pour le disqualifier, afin de masquer sa propre méconnaissance du sujet. Il est tout de même paradoxal que, chaque fois qu'on traite de l'évolution de la langue française, on fasse appel à des personnalités, connues dans leurs domaines mais dont la compétence en linguistique est des plus légères. Le paradoxe, c'est que tous les linguistes qui tentent de prendre part au débat sont impitoyablement renvoyés. Ne parlons même pas de l'Académie Française qui traîne une réputation de maison de retraite pour écrivains qui vivent aux crochets de la société sans rien faire. Ouvrons une parenthèse : l'accusation s'applique aussi au personnel politique dont on ne voit et ne connaît que les débats (parfois enflammés) et qui, finalement, sont payés à ne rien faire. D'une manière générale, l'accusation s'applique à tous ceux qui, dans notre imaginaire collectif, sont représentés assis.

 

Après s'être longuement attardé sur le vocabulaire pour y demeurer durablement, l'émotion est en train de conquérir un nouveau champ dont la complexité lui échappait jusqu'à présent. Avec le recul de l'enseignement du latin et des langues anciennes, qui forçait à connaître des rudiments de linguistique, avec la difficulté pour des jeunes enseignants, d'enseigner une grammaire absente de leur formation, il y avait là un territoire facilement prenable. Notons qu'il a d'abord été exploré par les milieux militants qui, par définition, mettent en avant une sensibilité à une cause, en dehors de toute raison, qui plus est de grammaire. Le fait que la pratique se soit élargie montre bien la primauté, désormais, de l'émotion sur la raison.

 

Coïncidence, le lendemain de l'émission correspond au jour où les femmes vont commencer à travailler bénévolement, comparé au salaire masculin.

https://lesglorieuses.fr/egalite-salaires/

On pourrait penser que c’est ce scandale qui devrait retenir l’attention des médias et interpeller l’opinion et les dirigeants politiques. Visiblement, on s’en accommode fort bien tandis qu’il n’y a rien de plus urgent que de combattre une règle de grammaire.

 

 

Le début du mois de novembre est marqué par une pétition de professeurs de français. Rappelons qu’ils enseignent le français, qu’ils sont en première ligne mais ne sont nullement compétents en linguistique dans leur majorité.

http://culturebox.francetvinfo.fr/culture/le-masculin-l-emporte-sur-le-feminin-300-professeurs-rejettent-la-regle-264973#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20171108-[actu]

Interrogé, le rédacteur de Slate reprend des propos tenus par des grammairiens du 17e s. qui affirmaient la supériorité de l’homme sur la femme comme étant la preuve que cette règle était objectivement « machiste ». Comme si des opinions personnelles – fussent-elles de grammairiens – avaient force dans le fonctionnement de la langue. Il ne lui est pas venu à l’esprit qu’ils pouvaient prendre prétexte du fonctionnement de la langue pour en tirer une règle de conduite qui les arrangeaient. Mais, ça n’est pas le pire dans sa présentation et dans la démarche qui l’a poussé à publier cette pétition. Selon lui, l’Académie Française, elles-même, se trompe. Il est vrai que la position (ça n’est là aussi que l’opinion d’un académicien ou d’un groupe) prise par l’Académie à cette occasion est pour le moins démesurée. Ça n’est pas avec de tels excès qu’on pourra faire avancer le débat et évoluer la langue. Quant au rédacteur de Slate, on devrait lui demander combien de temps il a passé à étudier la langue française pour pouvoir dire que tous les linguistes qui se sont exprimés (généralement hostiles à la finalité de cette pétition et à « l’écriture inclusive ») sont dans l’erreur. Il faut croire que le dernier à parler ou celui qui parle le plus fort a désormais raison, indépendamment des études, des travaux et des compétences.

 

La tendance qui se dessine, c’est « l’accord de proximité ». Ça sous-tend qu’il y aura une tolérance dans l’orthographe et qu’il faudra admettre la coexistence des deux règles. Espérons qu’on n’en viendra pas à l’exclusion comme ça s’est passé sous la précédente législature quand la Présidence de l’Assemblée Nationale a exclu et mis à l’amende un député qui, croyant bien faire, avait dit « Madame le Ministre » au lieu de « Madame la Ministre », s’appuyant sur l’expérience qui montrait que les ministres féminines préféraient se faire appeler « Madame le Ministre ».

http://www.leparisien.fr/politique/video-madame-le-ministre-le-depute-ump-persiste-et-signe-19-11-2014-4305051.php

 

Le problème de la langue française d’aujourd’hui, c’est qu’elle n’évolue pas et que ce qui tient lieu d’évolution sont des ajouts de mots anglo-américains (ou parfois à simple consonance anglo-américaine comme « siesting », « turn-over » ou « timing ») et de pratiques visant à flatter des minorités ou des métiers par l’emploi d’euphémismes, de formules détournées, d’induction en erreur pour tromper l’opinion, d’ajouts de caractères. Les euphémismes sont de l’ordre des « techniciens de surface » pour ne pas dire « balayeurs » ; comme si c’était un sot métier, surtout en période de chômage de masse. Les formules détournées sont les mots finissant par « -phobie » pour désigner une hostilité envers une communauté, alors que la phobie est une peur exagérée. Les ajouts de caractère, outre les fameux termes « inclusifs », c’est l’abus de guillemets pour masquer des lacunes en vocabulaire et le choix de termes approximatifs que le contexte ou le locuteur rendra explicites.

Quant à induire en erreur, c’est tout le discours politique libéraliste qui parle, par exemple, de « réformes » – terme habituellement progressiste – pour désigner toutes les régressions sociales. Le problème des termes anglo-américains est qu’il paraissent désigner quelque chose de nouveau comme le « fake-news » pour une fausse-nouvelle ou un bobard. Flatter une communauté consiste à dire « personne en situation de handicap » pour « handicapé » tout court. Dans ce cas, on remplace le mot par sa définition. C’est aussi ce genre de démarche avancé par les partisans de l’emploi de termes anglo-américains. Ils prétendent qu’à la place du mot français, il faudrait en décliner la longue définition. Dans un cas, on trouve ça très bien mais pas dans l’autre.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/05/17/1972300.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/09/11/2653741.html

 

l’évolution de la langue

Remarquons deux tendances paradoxales : d’une part, l’appauvrissement du vocabulaire et de l’autre l’alourdissement de la langue, particulièrement à l’écrit. À l’occasion des derniers débats, on a parfois cité l’espagnol qui a réformé son orthographe au 16e siècle puis au 18e s. en supprimant, par exemple, le « ph » pour le remplacer par un simple « f ». Certes mais il faudrait aussi rappeler que l’espagnol continue d’évoluer et de s’approprier des termes étrangers (anglo-américains notamment) qu’il serait vain d’essayer de traduire quand l’usage les a imposés. L’exemple que tout le monde connaît est le foot-ball transformé en « fútbol ». Le français pourrait s’en inspirer (foutbol ? Oh mais ça fait pas beau) mais c’est peine perdue, entre ceux qui s’arc-boutent sur une orthographe difficile qui fait, paraît-il, la beauté de la langue (dixit Frédéric Dard qui s’y connaissait en beauté et en orthographe...), et tous les snobs qui se piquent de parler anglais et truffent leur langage de mots empruntés plus ou moins à propos. Il suffit de voir avec quelle condescendance, voire quel mépris, les Français considèrent les mots utilisés au Canada pour traduire, justement, les mots anglo-américains. Il suffit de voir comment les autorités préfèrent mettre en place des commissions ad hoc pour travailler sur des substituts quand le Québec possède déjà tout un lexique. On se demande encore une fois à quoi sert la Francophonie (OIF) si les pays membres n’arrivent pas à s’entendre, ni même seulement à débattre de termes visant à garder l’usage du français chez eux.

 

Remarquons que toutes les femmes interrogées sur ces questions appartiennent aux professions dites intermédiaires ou supérieures. Elles sont, dans leur grande majorité, favorables à tous ces artifices proposés ces derniers temps pour féminiser la langue. Les femmes qui exercent des métiers de simple exécution, qu’on n’interroge que très rarement, sont elles, opposées à ces changements. Elles sont bien placées pour savoir que ça n’améliorerait en rien la condition féminine qui passe par une (re) valorisation des salaires pour atteindre l’équivalent masculin et par le respect, sur le lieu de travail, des clients, des collègues et des supérieurs.

Pendant qu’on pinaille sur une règle de grammaire, on ne s’occupe pas de l’égalité des salaires ni du respect dû aux femmes.

27 octobre 2017

Catalogne indépendante

La Catalogne est indépendante. Le Président de la Généralité l’a proclamé après de longues heures de débat au Parlement autonome. À peu près au même moment, le Gouvernement de Madrid se réunit pour adopter la réplique à apporter. Quelle peut être ?

Generalitat_11-09-06

Le Président du Conseil espagnol, le sieur Rajoy, n’a pas d’autre issue, à présent, après avoir fermé tout dialogue avec la Catalogne, que la force. Après avoir suspendu les principaux dirigeants catalans, tels que le Président de la Catalogne, le commandant de la police autonome, l’ensemble du Parlement et du Gouvernement catalans, les hauts-fonctionnaires de l’administration autonome et d’autres personnalités symbolique, il lancera la police nationale et la garde civile pour mater les manifestations de rues à Barcelone et dans d’autres villes catalanes. Comme ça ne fera qu’attiser les tentions, il faudra mobiliser la troupe. Le propre des militaires est d’obéir aux ordres donnés par les civils et transmis par les officiers supérieurs. Ils auront d’autant moins d’états d’âme qu’il s’agira de taper sur des Catalans. Depuis le temps qu’ils en rêvaient.

Ce qui est stupéfiant, c’est d’entendre le calme des commentateurs français qui considèrent la crise catalane comme une crise d’adolescence et qui reprennent au mot près, toute la phraséologie espagnoliste du gouvernement espagnol. Ils rappellent les décisions de justice qui invalident le référendum catalan et toutes les mesures prises par la Généralité depuis quelques semaines. Pour eux, les catalanistes sont dans l’illégalité et c’est logiquement que le Gouvernement espagnol punit les contrevenants. Imaginons que Louis XVI ait grondé les insurgés du 14 juillet en leur demandant de bien vouloir rentrer chez eux car il était interdit de manifester dans la rue et de vouloir renverser la monarchie, qu’il ait déclaré illégale la Constituante puis ait destitué Robespierre. Il est bien évident qu’aucun gouvernement ne va accepter qu’une partie du territoire proclame son indépendance, quelle que soit la manière. Les dirigeants catalans ont voulu organiser un référendum. Il est piquant de voir que le pays qui a donné au référendum ses lettres de noblesse monte en première ligne pour condamner les initiatives catalanes et se conforme à la ligne de Madrid sans le moindre appel au dialogue. Quoi qu’il en soit, le Gouvernement espagnol n’a même pas voulu que se tienne le référendum alors même que le résultat aurait probablement entériné l’attachement de la Catalogne au Royaume. En se montrant ferme pour rassembler son électorat et faire l’unité autour de lui, M. Rajoy a envenimé les choses et portera la responsabilité de ce qui va arriver à présent.

L’Espagne n’acceptera jamais de céder le moindre carré de ce qu’elle considère comme partie intégrante de son royaume. Il faut se rappeler les procédures intentées par la couronne espagnole pour récupérer des territoires minuscules ici ou là, pour récupérer des trésors coulés en eaux internationales au XVIe siècle, pour récupérer même des cargaisons d’esclaves affranchis... Ça n’est pas le fait des seules élites politiques ou de la famille royale ou de quelques nostalgiques de l’empire de Charles Quint. Le peuple espagnol n’est pas en reste et, par exemple, revendique pour l’Espagne, la totalité du golfe de Gascogne dont la moitié est injustement occupée par la France. Cette mentalité consistant à convoiter les terres et les eaux voisines, a fait des émules dans toute l’Amérique latine où les conflits frontaliers sont nombreux, provisoirement mis sous le boisseau mais surgissent au moindre incident. Donc, l’Espagne ne cédera jamais la Catalogne.

 

Les Catalans n’ont rien à attendre de personne. Ils ont beau montrer, depuis toujours, leur attachement aux valeurs partagées par les grandes démocraties européennes et américaines, ils ont beau afficher leur républicanisme, leur esprit d’ouverture, ils ne seront pas soutenu par les Français qui ont pourtant inventé la république moderne. Ils ne seront donc soutenus par personne. On aime les indépendantistes quand ils sont opprimés, quand ils ont un long passé de répression, des morts, des représentants forts en gueule. On n’aime pas ces Catalans qui vivent bien et qui veulent se séparer d’un pays devenu à la mode.

 

http://www.rfi.fr/europe/20171027-espagne-rajoy-senat-debat-vote-destitution-puigdemont-barcelone?ref=fb_i

 

http://www.rfi.fr/contenu/ticker/espagne-le-parlement-catalan-declare-independance-catalogne?ref=fb_i

 

http://www.rfi.fr/europe/20171027-espagne-parlement-declaration-independance-catalogne-rajoy?ref=fb_i

 

http://www.rfi.fr/contenu/ticker/espagne-le-senat-approuve-mise-sous-tutelle-catalogne?ref=fb_i

 

http://www.rfi.fr/contenu/ticker/declaration-independance-catalogne-edition-speciale-rfi-partir-18h-tu-20h-heure-paris?ref=fb_i

 

http://www.rfi.fr/economie/20171027-catalogne-independance-incertitude-menace-economie

 

http://www.rfi.fr/contenu/ticker/catalogne-le-chef-gouvernement-espagnol-destitue-puigdemont-son-gouvernement?ref=fb_i

 

 

 

 

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CATALUNYA 2 : en attendant la suite des événements

À mesure que les choses s’enveniment en Catalogne, les commentaires partent dans tous les sens : et l’on évoque le franquisme (point Godwin ibérique), le nationalisme ferment de guerre et, en tout cas, d’exclusion de l’autre, l’exploitation des travailleurs par le capitalisme, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Bien sûr, ces thèmes existent et font partie de la question catalane telle qu’elle se pose aujourd’hui mais le point fondamental, rappelons-le, est que tout le monde en Espagne déteste les Catalans pour les raisons déjà évoquées et aussi parce que, dans les premières années de l’Autonomie (mise en place en Catalogne dès le début de la démocratie), la Présidence de Jordi Pujols a été émaillée « d’indélicatesses », d’autant plus dénoncées qu’elles touchaient la Catalogne. La détestation des Catalans s’exprime depuis le début de l’ère démocratique, notamment sur les stades de football où les Espagnols ne supportent pas la suprématie du Barça. Il ne s’agit pas d’une rivalité comme on en connaît ici entre OM et PSG qui, si elle peut être violente, n’en appelle pas aux fondamentaux de l’État lui-même, ni même à la rivalité entre la capitale et la deuxième ville de France. D’ailleurs, cette rivalité n’existe pas. Tout au plus existe-t-il une rivalité entre Lyon et Marseille mais qui ne se décline pas sur les terrains de football.

Une rencontre avec le Barça, c’est d’abord une rencontre entre une équipe espagnole et une équipe catalane, presque étrangère, accusée de ne gagner que parce qu’elle dispose de moyens financiers importants. Que le Real de Madrid en dispose autant est perçu comme légitime pour lutter, précisément contre le Barça et faire briller l’étoile espagnole au niveau continental. Les rencontres entre Madrid et Barcelone donnent lieu, dans la capitale, à un déploient de drapeaux espagnols pour agacer les supporteurs catalans. Ça n’est pas anodin. Le football tient une importance qu’on n’imagine pas de ce côté-ci des Pyrénées, renforcée par les paris sur les matches. Par conséquent, le mépris envers les Catalans s’exprime au quotidien partout dans le reste de l’Espagne. Il n’est jusqu’aux Valenciens qui prétendent parler une langue différente, rien que pour dire qu’ils ne parlent pas le catalan. Pourtant, avec les Baléares, le Pays Valencien fait partie de l’ensemble ethnique et culturel catalan et il partage le même drapeau historique de la Catalogne, repris plus tard par le roi d’Aragon quand il exerçait sa suzeraineté sur la Catalogne.

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Il existe bien une hostilité permanente dont souffrent les Catalans et qu’on ne comprend pas ici. Elle intervient après plus de 30 ans d’Autonomie qui, visiblement, n’a pas tenue toutes ses promesses malgré l’imposition du bilinguisme officiel. L’antagonisme avec le reste de l’Espagne demeure et apparaît d’autant plus vif que les visiteurs étrangers prisent Barcelone et les environs. La capitale catalane offre tous les avantages d’une très grande ville tout en étant au bord de la mer et la qualité de la vie y est incomparable. Il y a de quoi susciter les rancœurs. De son côté, le Gouvernement Rajoy, en difficulté depuis son installation, sait qu’il peut compter sur l’unanimité des Espagnols contre les Catalans et refaire ainsi l’unité autour de lui dont il a tant besoin.

La presse française et les commentateurs sont désemparés. Vue d’ici, l’Espagne est un pays avant tout latin et touristique. Depuis les années de « movida » madrilène, c’est la destination à la mode. Si, avant, la côte (catalane justement) attirait les touristes à la recherche de soleil pas cher et se gardant bien d’explorer l’intérieur et de témoigner de l’échec du franquisme, les classes moyennes peu fortunées ont laissé la place à la classe moyenne supérieure éduquée et se piquant de loisirs culturels. Elle méprise volontiers le football et l’engouement qu’il suscite là-bas. Elle n’en analyse pas la portée socio-politique. Si ses prédécesseurs ne connaissaient de l’Espagne que les plages, elle ne connaît que les sites culturels et les salles de spectacle. Elle ignore la mosaïque ibérique et ses antagonismes. Chaque fois qu’il y a une crise politique, elle fait semblant de s’y connaître en annonçant la montée en puissance des nostalgiques de Franco. Les catalanistes l’y aident bien en assimilant les Espagnols hostiles à leur cause à des fascistes.

 

On est aussi consterné par l’absence de condamnation de la riposte disproportionnée de Madrid aux velléités catalanes. La mise sous tutelle d’un territoire, de son administration, de ses pouvoirs publics ne se retrouve que dans les cas d’invasion d’un pays par un autre. Idem quand le pouvoir de Madrid prend le contrôle d’une chaîne de télévision qui est le reflet de la culture particulière de la Catalogne. Comparaison n’est pas raison mais c’est ce qu’avait fait Saddam Hussein en envahissant le Koweït : d’abord remplacer les responsables et, tout de suite, mettre la main sur la télévision. Ce précédent est tout de même fâcheux et les commentateurs français, emboîtant le pas des dirigeants européens, paraissent considérer tout ce qui vient des Catalans comme un caprice d’enfant gâté, une crise d’adolescence. Ici, on comprend la différence entre l’Écosse et le reste de la Grande-Bretagne. Même si l’on ignore les alliances du passé entre les couronnes française et écossaise, on perçoit à peu près le particularisme des septentrionaux avec leur kilts, leur whisky. Il est rappelé chaque année avec le Tournoi de rugby des 6 Nations. Il n’y a pas l’équivalent pour l’Espagne et l’on ne comprend pas que des gens qu’on voit pareils ne s’entendent pas.

Ce qui est étrange aussi, c’est que, à gauche où l’on est habituellement intransigeant sur les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, à l’autodétermination, l’indépendance, on prend des airs effarouchés à l’idée qu’une partie de l’Europe pourrait échapper au sort commun. D’une manière générale, on assiste partout et, singulièrement en Europe, à deux mouvements contradictoires. D’une part le souhait des populations de ne pas voir leur culture, leur terroir noyé dans des bassins anonymes et interchangeables, d’autre part, la volonté de s’unir avec ceux qui présentent le plus de points communs. Dans les deux cas, il y a des avantages et des inconvénients. Il y a des risques de tension et d’exclusions. Il y des risque d’uniformisation. Les grands ensembles sont intéressants pour mutualiser les moyens. Les petits ensembles gardent une dimension humaine.

 

L’ultralibéralisme ne s’intéresse pas aux cultures. La mondialisation, c’est d’abord, la négation des faits culturels perçus comme autant de particularités, de contraintes, d’adaptation, de traduction, de contestation. Elle prône l’uniformisation en tout. Quel intérêt de préciser l’origine du camembert, de la feta, du couscous, du goulasch, de la paella etc. et de veiller à maintenir sa typicité ? On peut en faire partout et avec des produits aseptisés venus de n’importe où. La preuve avec la pizza qui n’est plus un plat typiquement italien (encore moins napolitain). Idem pour les kébabs, les sushis, les tacos. L’ultralibéralisme prône le triptyque « Intercommunalité-Région-Europe » parce que les décisions sont prises toujours plus loin de ceux qui sont concernés : éviter de demander son avis au peuple, aux consommateurs, aux citoyens. « Made in Europe » plutôt que « Made in [my country] ». Donc, l’UE ne favorisera pas l’indépendance d’une région.

Les Français se désintéressent des particularités régionales. Ils les voient comme des survivances d’un folklore sympathique mais désuet voire ringard. Les nouveaux cantons qui désorganisent le monde rural, les nouvelles grandes régions ont été instaurés dans une indifférence consternante. Le référendum écossais a été regardé avec amusement. L’opposition de la Wallonie au CETA a été moquée avec le mépris habituel des Français pour les histoires belges. Les votations suisses sur des sujets de société, de vie quotidienne sont évoquées comme des manifestations populistes de repli sur soi. La Catalogne n’y échappe pas. On se réjouit presque que des multinationales aient transféré leurs sièges hors de l’Autonomie, d’un air de dire : vous êtes bien attrapés, à présent qu’allez vous faire ?

La sécession, l’indépendance n’apportent pas forcément la félicité. Il suffit de se rappeler les premières années du Bangladesh. Fallait-il pour autant la refuser et continuer de voir les gens quitter leur pays pour se réfugier en Inde ? Le Soudan du sud n’est pas une réussite. Pouvait-on laisser les Noirs continuer d’être méprisés par ceux du nord ? On sait rappeler que l’Algérie, malgré son pétrole, n’est ni une réussite économique, ni un modèle politique avec une faction armée qui détient le pouvoir sans partage depuis de l’indépendance. L’indépendance va dans le sens de l’Histoire. Quand les peuples la revendiquent, ils ne pensent pas à la paperasserie (passeports, ambassades, impôts, monnaie etc.) que ça va engendrer. Ils ne pensent pas aux richesses qu’ils vont exploiter ou à celles qu’ils vont perdre. Ils ne se disent même pas qu’ils vont vivre mieux. Ils veulent simplement être respectés et vivre à leur façon, même si elle est ringarde ou ridicule vue d’ailleurs.

Dans le cas catalan – mais aussi écossais, vénitien, lombard etc.– , il est tout de même insensé que l’UE toujours prompte à pondre des décrets et inventer des normes et des règlements dont on se demande de quels cerveaux ça peut bien sortir, n’ait jamais songé à travailler sur une formule entre la région autonome (telle qu’il en existe un peu partout) et l’indépendance. En fait, avec le fameux triptyque « Intercommunalité-Région-Europe », l’UE voudrait voir la fin des États souverains et la constitution de grandes régions avec des identités aussi peu affirmées qu’en Champagne ou en León. C’est dire si l’émergence d’un nouvel État lui est intolérable.

 

On sait, à présent, que la gauche au pouvoir en France dans les années 1980 a abandonné ses fondamentaux pour la construction de l’Europe. Il ne faut pas s’étonner que, revenue au pouvoir en 2012, elle ait cherché à maintenir son statut de meilleur élève de la classe. Il faut voir avec quel zèle elle a mis en place les dispositifs qui vont conduire, à terme, à la réduction du nombre des Communes et à la suppression des Départements. Or, ces échelons sont l’expression de la démocratie de proximité et d’une certaine administration territoriale à taille humaine. La gauche, autrefois proche des régionalistes (mais surtout pour s’assurer de leur soutien aux élections) et toujours prompte à défendre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, se montre plus que réticente devant les velléités catalanes. Compte-tenu de l’influence du PS dans l’Internationale Socialise, il ne faut pas compter sur la gauche européenne pour soutenir l’indépendance de la Catalogne. Quant aux libéralistes, ça ne les intéresse même pas.

Il y a pourtant un réel danger à mépriser la volonté des Catalans. D’abord, depuis le début de la crise, cela a renforcé l’unité catalane. Si l’on pouvait prévoir qu’un référendum aurait donné un majorité contre l’indépendance, il en est autrement aujourd’hui. Ensuite, les analyses, les lois ne parlent jamais de dignité. Chaque fois, dans l’Histoire, qu’on l’a oubliée, qu’on a passé outre la volonté des peuples, il y a eu des problèmes. Les Catalans sont déterminés. Toutes ces décennies d’hostilité, de mépris leur ont tanné le cuir. La réaction disproportionnée du Gouvernement de Madrid, l’unité autour du pourtant très impopulaire M. Rajoy ont achevé de les convaincre qu’il n’y a pas de solution à chercher côté espagnol. Pourtant, les Catalans ne commettrons probablement pas l’irrémédiable. Reste à espérer que les pulsions anti catalanes et le besoin de M. Rajoy de se maintenir au pouvoir ne provoqueront pas l’irrémédiable.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/10/23/crise-catalane-madrid-prend-le-controle-de-tv3-la-chaine-publique-pro-independantiste_5204816_3214.html

 

https://www.rtbf.be/info/monde/detail_la-television-locale-catalane-tv3-refuse-la-mise-sous-tutelle-de-madrid?id=9743606

 

http://www.20minutes.fr/monde/2155963-20171023-italie-autonomistes-emportent-largement-referendum-venetie-lombardie#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_monde]--

https://juenbarcelona.wordpress.com/2014/05/30/et-vous-lindependance-vous-en-pensez-quoi/

 

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25 octobre 2017

Paroles de femmes

Le mot d’ordre « balance ton porc » dérange. D’abord, parce qu’en France, les « balances » sont mal vues et plus mal vues encore que les auteurs de méfaits qu’elles dénoncent. Il n’y a pas pire qu’une « balance », dit-on. En France, on pratique volontiers le tout-ou-rien dans un souci dévoyé d’égalité. En général, le résultat est l’aggravation des inégalités qu’un dispositif ciblé entendait corriger. Donc, un premier malaise introduit par le premier terme de ce mot d’ordre. Ensuite, on constate qu’il a donné lieu à une déferlement de dénonciations anonymes. En effet, personne ne veut avouer des détails intimes ou sordides et une victime ne peut pas se payer le luxe d’être condamnée pour diffamation publique.

Le mouvement, depuis qu’il a été lancé, a donné lieu à des torrents de commentaires et d’analyses. Pourtant, on dirait que l’essentiel ou, du moins, un autre aspect, n’a pas été assez pris en compte. Il s’agit de l’aspect défouloir. Il est tout de même incroyable de voir la rapidité avec laquelle les premiers témoignages, les premières dénonciations sont tombés. Ça veut dire que beaucoup de femmes vivent avec un secret lourd à porter et ont saisi l’occasion pour témoigner. En d’autres termes, ces femmes n’ont, jusqu’à présent, pas trouvé d’écoute à leur souffrance. Autrement dit, la moitié de l’humanité tait ses souffrances, sachant que l’autre moitié n’y prêtera pas la qualité d’attention qu’elle est en droit d’attendre et, peut-être même une bonne partie de sa propre moitié d’humanité. Il y a donc un besoin de prise parole avec son corollaire, une demande d’écoute ; au moins d’écoute bienveillante. Il n’est pas encore question de compréhension. D’ailleurs, comment comprendre ce qui arrive à l’autre, d’une manière générale. « Moi aussi, j’ai vécu ça mais moi je... ». Oui, bien sûr mais que sais-tu de l’autre, de son vécu, de son entourage, des forces qu’il ou elle a épuisées à simplement lutter pour vivre à peu près comme tout le monde ?

 

Dans le cas qui nous intéresse, il y a des points communs entre tous ces incidents et les souffrances qu’ils ont provoquées. Ça devrait être plus facile. C’est peut-être ce qui a facilité ce flot de témoignages : je sais que je ne suis plus la seule. Dans une planète surpeuplée, où des problèmes de tout ordre se posent, la parole « des peu, des gueux, des riens » (selon le poème de Damas) est encore moins écoutée que par le passé. Dans le meilleur des cas, il y a des représentants mais ce sont des truchements et rien ne vaut le témoignage direct. Encore faut-il savoir s’exprimer. Les obstacles sont nombreux et l’on saisi à quel point, la moitié féminine de l’humanité, qui est sans doute la plus occupée, se résigne à taire une souffrance, un événement où elle n’est pas à son avantage qui plus est. Difficile d’avouer qu’on a été importuné, agressé, insulté, atteint dans son intimité et qu’on n’a pas été capable de se défendre. Se défendre comment, d’ailleurs ? Face à un individu masculin qui a déjà franchi les règles minimum de la bienséance, capable d’agresser un individu féminin, réputé plus faible physiquement, une femme hésite à résister et provoquer une réplique plus forte encore. Bien sûr, face à un homme qui transgresse occasionnellement les règles tacites qui régissent les relations habituelles entre homme et femme, il sera plus facile de répondre, de remettre en boite, voire de gifler. Face à quelqu’un qui ignore ces règles ou qui s’en affranchit délibérément, il n’y a pas de parade. On sent l’agresseur capable de tout et, c’est aussi ce qui explique, peut-être, la passivité de ceux qui, parfois, assistent à la scène.

 

Le besoin de parole est frappant à tous les niveaux et le principal mérite de ce mouvement est de permettre à celles qui ne pouvaient pas de parler, de témoigner et, éventuellement, de dénoncer mais on sent que ça n’est pas l’essentiel pour celles qui ont pu franchir le pas et parler. Encore faut-il nuancer. Les témoignages qui sont relatés émanent de personnalités habituées à prendre la parole, en général pour se mettre en valeur. On peut se dire que ce sont encore les mêmes qui parlent ou bien qu’elles ouvrent la voie à toutes les autres. Les critiques de la part des femmes ne manquent pas devant ces vedettes qui se plaignent de situations que l’immense majorité des femmes de vivra jamais et ne pourra même pas transposer dans sa vie quotidienne. Dans les sociétés dites traditionnelles, il y a des moments où les femmes se retrouvent et échangent leurs expériences. Les femmes, les filles parlent très tôt, sont curieuses, posent des questions mais aucune ne peut avouer devant ses semblables avoir été victime d’une agression. Il faut avoir particulièrement confiance en l’autre pour confier un terrible secret. Est-ce à dire qu’il n’y a pas de solution ? En tout cas, ça n’est pas facile et ce mot d’ordre « balance ton porc » doit être considéré comme une tentative d’offrir la parole aux femmes. Malgré les défauts de ce mouvement, malgré inconvénients et les insuffisances, il faut en tenir compte et ouvrir une réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour écouter celles qui n’osent pas parler.

Parler de quoi, d’ailleurs ? Toutes les femmes n’ont pas été dans ces situations ; et dans ces situations, il y a des degrés et rien n’est pire que l’amalgame, dire que tout se vaut. Ce nivellement aboutit forcément à un discrédit sur l’ensemble. Parler de quoi ? Mais, parler de ces femmes qui partent au boulot, le matin, le ventre noué, en pensant aux réflexions qu’elles vont devoir subir toute la journée sur leur physique, sur leur sexualité supposée, de la part de collègues masculins qui ne sont pas seulement lourds et de leurs supérieurs immédiats. Parler de ces médocs qu’elle avalent pour tenir le coup car, il faut qu’elles tiennent le coup. Ça rapporte pas beaucoup mais ce salaire d’appoint est nécessaire au ménage. Alors, on tient. On avale les médocs, on essaie de répliquer avec humour, sachant que ça ne servira à rien. Et il ne faut pas compter sur la solidarité féminine. Ce sera plutôt : elle l’a bien cherché. Alors, on tient. Tiens, au fait, la soi-disant sur-consommation de médicaments en France et notamment les psychotropes…

 

Pourtant, à notre époque, il existe des moyens de s’exprimer et même anonymement. L’Internet a développé ces moyens et notamment les fameux « réseaux sociaux ». Il suffit de voir ce qui se dit, s’écrit pour constater que toute sorte de propos peut être tenu, des plus anodins aux appels au meurtre. L’Internaute se cache derrière un pseudonyme mais on constate que, de plus en plus, on ose tenir des propos abjects ou criminels à visage découvert et s’en vanter. Nous avons déjà dit que l’Internet est devenu un vaste bistrot où les propos les plus imbéciles, les plus dangereux s’échangent et avec quelle audience ! Justement, le bistrot, était un univers principalement masculin où les hommes pouvaient se défouler, tenir des propos stupides sur les femmes. Ça ne sortait pas du bistrot. Chacun avait dit ce qu’il avait à dire, avait plaisanté sur ses échecs, ses frustrations, ses succès réels ou inventés mais la parole avait été échangée. Les bistrots sont fermés. À leur place, on a ouvert des brasseries, des endroits branchés où l’important est moins de parler que de s’y montrer. On y parle mais entre soi. L’échange se fait avec des homologues. En revanche, l’Internet permet de dire ce qu’on pense de l’air du temps et, pour les hommes, ce qu’ils pensent des femmes d’aujourd’hui, plus difficiles à cerner, d’après eux, que celles d’autrefois qu’ils n’ont pourtant pas connues. Ce défouloir qu’est l’Internet a un aspect pervers. Nous avons dit que, à force de dépasser les bornes, de transgresser les codes et les règles, certains en arrivent à se convaincre qu’ils ont tellement raison qu’ils revendiquent et ne passent plus par le filtre de l’anonymat. Maintenant, il faut aussi observer que, à force de transgresser, seul devant son écran, on en a pris l’habitude et d’aucuns n’hésitent pas à transgresser les règles, à tenir des propos abjects. Si l’on se plaint, entre autres, de ses frustrations vis à vis des femmes, devant son écran, si l’on rencontre des interlocuteurs qui vont dans le même sens, on prend confiance et l’on aura plus de facilité à passer à l’acte dans la vraie vie. Un homme frustré se sentira renforcé après s’être exercé à l’insulte, à l’agression devant son ordinateur. C’est la différence majeure avec le bistrot où l’on savait que, une fois dehors, il fallait se soumettre aux règles de la vie en société. L’Internet amplifie la contestation de la société et, renforce, notamment, la transgression de ces règles qui permettent de se supporter en société.

 

Une des pistes à suivre pour, sinon mettre fin, du moins limiter autant que faire se peut, les agressions de toute sorte dont sont victimes les femmes est de remettre en avant ces règles de vie en société et, notamment la politesse, la courtoisie en ce qu’elles induisent une distance avant de s’adresser à l’autre, surtout si c’est une femme. L’Internet a facilité les pulsion, les réactions, le ressenti, l’immédiateté avec son cortège de maladresses, d’approximations et finalement, d’incompréhensions et d’invectives et d’insultes. On en a pris l’habitude et, une fois de plus, les femmes en sont victimes et doivent ajouter ces agressions à celles dont elles sont, malheureusement, instruites depuis toujours.

Et puis, comme avec beaucoup d’individus masculins il sera vain de raisonner, qu’on s’en tienne à quelques principes simples et incontestables : on ne lève pas la main sur une femme et on ne parle à une femme avec un minimum de respect.

 

 

Pour ceux qui n’auraient pas lu notre position, voici un texte publié il y a quelques années ici :

 

Jour de femmes - Le nom de femme

 


22 octobre 2017

Louis VIANNET

Dur de trouver une image pour illustrer la mort de Louis VIANNET. Sur le moteur de recherches Qwant, recommandé quand on est de gauche, on trouve Vianney, le chanteur, quand on tape Viannet. Il faut préciser « Louis ». Ça en dit long sur l’état du syndicalisme en France et la perception qu’on en a.

 

Tant pis ! Louis Viannet a été un des derniers grands dirigeants syndicaux. Ce soir, on retient la poignée de mains avec un autre, Marc Blondel de FO. Il nous manque des dirigeants de cette trempe en ce moment. Justement, l’un comme l’autre ne manquait jamais une occasion de démontrer, preuves et arguments à l’appui, que la Sécurité Sociale n’est pas en déficit mais que nombre de cotisations et participations ne rentrent plus : exonérations, faillites, État défaillant etc.

 

Louis Viannet restera aussi celui qui a coupé les liens avec le PCF et même si, ici ou là, ça n’est pas totalement réalisé, même si les « gauchistes » et autres « trotskistes » sont encore écartés aujourd’hui, quitte à priver le syndicat de personnalités efficaces, ça n’a plus rien à voir avec la situation d’avant le 40e congrès.

Un grand syndicaliste s’en va. Sale temps pour le syndicalisme après la disparition d’Edmond Maire

https://www.humanite.fr/disparition-de-louis-viannet-644161

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2017/10/03/35735351.html

 

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21 octobre 2017

Radios généralistes : saison 2017 / 2018 – PUBLICITÉ

C’est le moment du traditionnel point sur les nouveaux programmes des radios généralistes et notamment d’Inter. Il faut laisser du temps pour que des émissions s’installent et il n’est pas bon de monter au créneau dès l’annonce de la nouvelle grille.

 

Pour ceux qui ne liront pas jusqu’au bout, traitons d’abord de la question la plus importante, à nos yeux (ou plutôt à nos oreilles), à savoir la publicité sur Inter. Rappel des faits, le nouveau PDG, M. Mathieu Gallet, a décidé, peu après sa prise de fonction d’ouvrir les tranches publicitaires aux marques commerciales. Jusqu’à présent, sur France-Inter, seule la publicité pour un type de produit (la chicorée par exemple), pour les assurances, les entreprises d’État (EDF, GDF, SNCF etc.), les ONG et associations et quelques rares autres cas passaient à l’antenne. La présidence de Radio-France a fait savoir, dès le début, que ça n’impacterait pas le temps dévolu à la publicité. Par conséquent, on se demande bien pourquoi on ouvre aux marques commerciales puisque le volume publicitaire ainsi que les rentrées financières ne bougent pas. On comprend facilement que le but n’étant pas de faire rentrer davantage d’argent dans les caisses de Radio-France, il s’agit d’habituer les auditeurs au matraquage des marques pour le jour où il faudra augmenter le temps d’antenne dévolu à la publicité. Ce jour approche puisque, chaque année ou presque, l’État annonce qu’il se désengage un peu plus de l’audiovisuel. Le plus fort, c’est que, présenté de cette façon, on est sûr que tout le monde va gober. Rien de pire que l’emprise de l’État quelque part, n’est-ce pas ? La publicité, au contraire, garantit l’indépendance. Voir ! Quand on entend le nombre de publicités pour les voitures et, particulièrement, les grosses berlines allemandes, on se demande si, à présent, un journaliste pourra faire une critique objective d’une voiture quelconque, sachant qu’il priverait, potentiellement, son employeur de recettes publicitaires. D’ailleurs, ça tombe très bien puisque le journaliste préposé à l’automobile en général et qui essayait les nouveaux modèles, M. Astagneau, vient justement de partir en retraite. Donc, plus de chronique automobile. Gageons que sa chronique aurait disparu, de toute façon. Les deux dernières années, il devait partager son temps d’antenne avec son confrère, M. Martin, chargé des motos. On commence par diminuer le temps d’antenne avant de supprimer carrément. Rappelons aussi que, la première marque apparue sur Inter était, justement, Citroën et que le passage de cette pub avait fait place à un silence interloqué : eh oui, maintenant, il y a de la publicité sur Inter comme ailleurs. C’est sans doute ce qu’on appelle le progrès.

 

On n’y avait pas prêté attention à l’époque mais, quelques mois avant, des ballons d’essais avaient été lancés ; histoire de voir. On pouvait entendre des pubs pour une marque de chaussures vendues par correspondance. Comme personne n’a réagi, on pouvait donc passer à la vitesse supérieure. On nous a promis aussi qu’il n’y aurait pas de publicité pour les magasins et pour des promotions. Ah bon ? Que vient faire, par exemple et depuis le début, cette enseigne de meubles à monter soi-même ? N’est-ce pas une promotion quand on annonce que « en ce moment, le modèle tout équipé ne coûte que... » ? On commence à entendre une marque de shampoing. Une enseigne de la grande distribution multiplie les astuces pour contourner l’impossibilité, pour le moment, de faire directement de la pub ou de parrainer la météo. Sous prétexte d’une démarche écologique incontestable, on indique qu’il faut passer au magasin pour la finaliser. Ainsi, viendra le jour où la direction d’Inter nous annoncera qu’il est temps de mettre fin à l’hypocrisie et d’ouvrir carrément l’antenne à la grande distribution. Dès lors, est-ce que les rédactions de Radio-France pourront encore dénoncer les pratiques abusives de la grande distribution ?

Le seul point positif de cette ouverture à la pub, c’est l’annonce des parutions de livres ou la sortie des films.

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Radios généralistes : saison 2017 / 2018 - PROGRAMMES

Côté programmes. Rien de révolutionnaire : c’est le triomphe du macronisme dans tous les secteurs de la société. Question : est-ce que le macronisme est une conséquence de la résignation et de la servitude volontaire ou bien, est-ce qu’il en est la cause en ce sens qu’il induit une acceptation de tout ce qui est imposé par les décideurs ?

Sur Inter, la grande affaire aura été le départ de M. Patrick Cohen pour Europe 1, station qui a autrefois révolutionné la radio mais qui cherche sa place entre la populaire RTL et l’élitiste Inter. Europe 1 qui, comme les autres généralistes, voit son auditoire vieillir et qui n’attire que les déçus (provisoires) des deux autres. Les animateurs et journalistes vedettes ne s’y précipitent plus. M. Chritophe Hondelatte vient de la rejoindre mais on entend qu’il n’a plus la pèche d’il y a quelques années quand il avait plein d’idées pour bousculer un peu le ronron des antennes. Il laisse la place à M. Frédéric Taddeï qui anime d’abord un débat puis « la partie magazine ». Ça fait drôle d’entendre à nouveau cette expression pour un tranche d’information. C’était le grand Yves Mourousi qui avait repris « Inter-Actualités » mais avec « la partie magazine ». C’est comme ça qu’il s’est fait connaître. Rien à voir avec l’éclectisme de son prestigieux prédécesseur mais avec plusieurs invités, il impulse un rythme qui fait qu’on ne voit pas le temps passer. Le vendredi, Mme Sophie Larmoyer voit ses « Carnets du monde » passer à 2 heures et l’on ne s’en plaindra pas. Il en est autrement de celle d’Inter. Mme Laure Adler anime (il faut le dire vite) une émission typique de sa station, une de ces émissions qui commencent invariablement, par : « Aujourd’hui, mon invité est... » prononcé vers les 5 minutes de chaque heure. Le problème de Mme Adler est qu’elle n’a aucune énergie, que son débit est lent, hésitant, que ses questions sont plus longues que les réponses de « mon invité » et qu’elle parle, parfois, par dessus son invité. De plus, pas moyen d’y échapper : c’est du lundi au vendredi et, le vendredi, chez les autres, c’est le foot… Qu’on nous remette d’urgence Mme Zoé Varier et ses portraits sensibles relégués à 14h le dimanche !

Heureusement pour l’auditeur, la tranche du 18-20 est un succès. Le remplacement de M. Demorand par Mme Fabienne Sintès est une réussite. Quant à l’arrivée de M. Nicolas Demorand, c’est, sans surprise, un succès tant l’animateur-journaliste s’est amélioré ces deux dernières années. On nous annonçait qu’il serait en duo avec Mme Salamé. En fait, elle est dans le studio tout le temps mais n’intervient que pour son entrevue et un petit peu à la fin. De toute façon, l’enchaînement des chroniques est tel qu’il n’y a pas de place pour blaguer entre. Il faut attendre le soir pour écouter une émission musicale, celle de M. Michka Assayas qui allie, au contraire de son mentor Bernard Lenoir, les nouveautés, les morceaux qu’on aime ré-entendre, et les musiques d’un peu partout, et pas seulement d’Angleterre. Si on lui en laisse la possibilité, ça pourra devenir un rendez-vous indispensable comme celui de M. Georges Lang, sur RTL, deux heures plus tard. C’est la seule émission musicale quotidienne qui demeure puisque « La récré » de M. Vincent Josse est passée à la trappe. Pourtant, là aussi, le programme était varié. Mais non, il préfère renouer avec son « Atelier » où il bavarde pendant deux heures avec « mon invité » sans trop bien savoir de quoi tandis que, en lieu et heure, on nous a annoncé avec tambours et trompettes l’arrivée d’un ancien (à présent) de la télévision qui innovait, à savoir M. Antoine Decaunes. Comme dit l’adage, on ne peut pas être et avoir été. C’est une nouvelle émission de parlotte qui remplace une émission musicale. M. Decaunes a tout de suite pris le pli Inter : il commence par donner son avis sur un sujet d’actualité avant la formule magique : « Aujourd’hui, mon invité est... ». Et il invite ses copains qui pensent que leur opinion mérite d’être imprimée, ils se racontent leurs anecdotes, leurs rencontres avec des amis communs. Et ça dure une heure.

 

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Un mot sur RTL qui continue à ne pas bousculer ses vieux auditeurs qui restent parce que Bouvard et « les Grosses têtes », parce que « l’empereur », parce que le « hit-parade d’André Torrent », parce que « Les routiers sont sympas de Max » et que, si ces voix se sont tues, le ton reste le même. La tranche 18-20, avec sa pub omniprésente, ne peut pas rivaliser en qualité avec celle d’Inter (pour le moment). « On refait le monde » était une idée intéressante de M. Hondelatte (on y revient) qui a été reprise en fonction du mercato de l’audiovisuel. Force est de constater que c’est, à présent, une réunion de personnalités qui ont perdu leur place ailleurs, de chevaux de retour devenus réactionnaires en vieillissant, intolérants, coupant la parole à la seule femme invitée ou au seul invité un tant soit peu de gauche. Jusqu’à la saison dernière, on pouvait passer une soirée formidable en écoutant « La curiosité... » mais cette émission a été scindée. Une partie passe en début d’après-midi tandis que l’autre commence à 21 heures. C’est le grand n’importe quoi. En lieu et place, quelqu’un qui a été un grand animateur de radio, M. Jacques Pradel, raconte un crime. Pas sûr que ce soit le meilleur créneau pour ce genre.

Le coup de cœur de la rentrée est pour Mme Giulia Foïs et son émission « Babel sur Seine », le samedi à 20 heures. On l’avait entendue cet été et on la retrouve avec plaisir. Une de ces émissions de création qui manquent tant, une de ces émissions où les rubriques sont variées, distrayantes, instructives. Elle appelle un correspondant dans un coin du monde inattendu et original. Il y a toujours un plat qui mijote et le talent de l’animatrice fait qu’on a l’impression de sentir l’odeur. En attendant que ça cuise, les artistes se produisent en direct et sans chichi, parlent de leur travail sans nous ennuyer avec leurs intentions, leurs concepts (« j’ai voulu faire… », « j’ai beaucoup travaillé sur cet album », « pour ça, j’ai rencontré les meilleurs artistes newyorkais... ») mais en rigolant. Pourvu que ça dure !

 

 

 

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Radios généralistes : saison 2017 / 2018 - OBSERVATIONS

Ça devient une obsession mais force est de constater que l’influence de M. Bouteiller quand il était directeur de France-Inter a profondément marqué la Maison ronde. Lors d’un échange entre Kathleen Évin et son prédécesseur au micro, Gérard Lefort, on apprenait qu’ils avaient eu « tous les deux le même maître » et qu’il leur avait appris à « écrire tout ce qu’ils disent à l’antenne ». Autrefois, cette pratique était plutôt mal vue et attribuée à des confrères sinon hésitants du moins pas encore assez surs d’eux. Sous entendu : ils avaient encore des progrès à faire. Visiblement, aujourd’hui, tout est écrit depuis « Aujourd’hui, mon invité est ... » jusqu’à « Demain, je reçois... ».

On en est arrivé, ces derniers jours à une telle lecture qu’on a pu entendre : « … compte (silence) rendu de... ». Et il ne s’agissait pas d’une énième chronique dont l’exercice implique la lecture de son petit bout de papier. Si encore ça donnait lieu à une langue artificielle, correcte, bien tournée mais non, ça n’empêche aucune faute de français et la langue entendue sur Inter est plus relâchée que jamais. Et en plus, l’animateur lit son papier…

Parlons des chroniques, justement et notamment de « l’humour ». On sait notre méfiance envers ces humoristes auto-proclamés qui ont l’art de ringardiser quelque chose et de tourner en ridicule les souffrances véritables et quotidiennes de nombre de personnes dont la vie n’est pas aussi agréable que la leur. Quoi de plus efficace pour faire avaler la suppression de la démocratie de proximité que de se moquer du soi-disant « mille-feuilles territorial » ? Quoi de plus efficace pour faire accepter le non remboursement de toujours plus de médicaments qu’un humoriste qui va dénoncer les hypocondriaques, se moquer de ces Français qui consomment vraiment trop de médicaments. Ça évite de demander pourquoi cette consommation. Ce qu’un ministre n’arrive pas à obtenir, un humoriste y parvient en quelques rigolades forcées. Nous avons déjà dénoncé ces chroniqueurs et autres humoristes qui tirent sur les ambulances, attirent l’attention sur une personne et, plus grave, nous disent comment ils comprennent un événement et ce qu’il est convenable d’en penser. Également, nous avons dénoncé la facilité consistant à dézinguer l’invité de la matinale, devant lui, sachant qu’il serait maladroit répliquer : c’est de l’humour, n’est-ce pas ? En ce début de saison, la tendance lourde, dans la matinale d’Inter est à la morale. Foin de l’humour destiné à faire le contre-point de deux heures d’actualité grave ou dramatique. Maintenant, il faut faire la morale à l’auditeur. Le problème de la morale, disait Léo Ferré, c’est que c’est toujours la morale des autres et qu’on n’écoute pas la radio pour s’entendre donner des leçons et, en tout cas, pas par eux.

 

La matinale demeure la vitrine d’une station de radio. Il n’en a pas toujours été ainsi mais c’est ancré. Quand on a passé toutes ces années avec M. Cohen, on est curieux d’entendre ce qu’il fait ailleurs. En fait, il ne pourra faire guère mieux que ces prédécesseurs. La matinale d’une radio commerciale est hachée par les pages de publicité. La place dévolue à l’animateur-journaliste se limite à quelques échanges avec la speakerine et à l’annonce de la chronique ou du journal parlé. Ce n’est pas de changer d’animateur qui fera augmenter l’audience. De plus, M. Cohen doit faire avec Canteloup qui arrive pour dézinguer tout ce qui a été dit sérieusement auparavant. C’est ce qu’on lui demande de faire et c’est ça qui assure l’audience de la matinale du groupe Lagardère. Inversement, sur Inter, l’audience augmente ou se maintient au plus haut quelque soit l’animateur-journaliste puisque l’auditeur vient surtout pour ne pas entendre de publicité. M. Patrick Cohen avait fait exploser l’audience. Son départ a été salué par un ouf de soulagement un peu contradictoire. Gageons que M. Demorand ne fera pas chuter les résultats. Saluons le retour de la revue de presse à l’heure et pas quand M. Cohen avait fin d’interroger son invité. Encore une fois, ceux qui écoutent la radio le matin, s’en servent surtout comme d’une horloge. On sait l’heure qu’il est en entendant la chronique de machin et qu’il est temps d’habiller les enfants ou de faire griller ses toasts ou de finir de se raser/se maquiller. Si la revue de presse commence tantôt à 8h 31, tantôt à 34, il y a des risques.

 

Un mot sur les grèves avant de poursuivre. On est toujours étonné que certaines émissions passent et pas d’autres. Ensuite, puisque les infos et les bulletins de services (Ah, les « Inter-Service » d’autrefois!) ne passent pas, on se demande pourquoi les émissions qui demeurent ne commencent pas plus tôt. Surtout quand on sait que les animateurs font des histoires insensées quand on leur donne l’antenne avec une minute ou deux de retard. Comprenne qui pourra.

 

La revue de la presse, donc. Qu’est-ce qui justifie l’arrivée d’une voix extérieure et, particulièrement, celle d’un journaliste impliqué autrefois dans des polémiques ? N’y a-t-il pas assez de talents dans la rédaction pour s’atteler à la tâche ? D’autant que, si M. Askolovitch l’accomplit correctement, il n’excelle pas non plus dans l’exercice. Constatons aussi que, la revue de la presse quotidienne ressemble, de plus en plus, à une sélection d’articles traitant de sujets différents et, quelques fois, originaux. Autrefois, celui qui faisait la revue de la presse – y compris celle très courte des journaux du soir à 15 h – montrait comment un même sujet était traité par les différents titres. On comprend mal l’arrivée de personnalités extérieures sur Inter, station qu’on qualifie de « service public ». Déjà, on avait vu M. Marc Fauvel prendre la direction du service politique pour, finalement, un an après, la céder à un journaliste maison et prendre les rênes du journal de 8 heures. Tout ça pour ça ? On pourrait penser qu’une « radio de service public » se comporte autrement, forme ses propres journalistes et montre que des quasi inconnus font aussi bien que les vedettes des radios commerciales et attirent autant d’audience sinon plus. Inter participe désormais au « mercato », diffuse de la publicité de marque. Où est la différence ? Quand Inter fera tout comme les autres, les auditeurs iront écouter ailleurs.

 

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12 octobre 2017

CATALUNYA et puis après

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Avant tout,il faut rappeler que les Catalans sont détestés voire méprisés par le reste de l’Espagne. Les Catalans sont des marchands et donc, ils sont vus comme des gens qui aiment l’argent parce qu’ils ont de l’argent. En Espagne, les blagues sur la radinerie (car on assimile possession et radinerie) des Écossais, des Auvergnats ou des Juifs sont transposées avec des personnages catalans. La Catalogne est née des comptoirs phéniciens et a gardé cette tradition maritime et marchande. Elle regarde vers le large et de l’autre côté des montagnes quand le reste de l’Espagne – Pays-Basque excepté – se replie vers l’intérieur des terres et vit comme dans une forteresse assiégée. Ça n’est pas pour rien si la principale constituante du royaume est la Castille dont le nom signifie « terre de châteaux ». Le Castillan, l’Espagnol par extension, méprise l’argent et le travail. Il ne rêve que de batailles et de se mesurer à la force de l’ennemi où il espère vaincre ou, à défaut, périr. Tout le contraire du Catalan qui n’aspire qu’à vivre et à profiter de l’argent que lui procure son travail. La Catalogne est riche. Ça ne poserait pas de problème si la Catalogne n’avait pas été riche quand le reste de l’Espagne – Pays-Basque excepté – était pauvre après avoir épuisé tout l’or du Pérou. On est toujours jaloux du succès du voisin, surtout si c’est son mode de vie différent qui en est responsable. La Catalogne et le Pays-Basque s’industrialisaient dès la fin du 19e siècle quand le reste de l’Espagne – région de Madrid exceptée – était rural. La division a été soulignée lors de la guerre civile qui opposait l’Espagne traditionnelle, exacerbée dans le nationalisme et l’Espagne moderne et républicaine. L’adhésion de 1986, couronnée en 1992, par le double succès des Jeux Olympiques de Barcelone et de l’Exposition Universelle de Séville, a marqué la réunification de l’Espagne et son entrée dans l’ère moderne. Pourtant, tout le monde savait que l’unité n’était qu’une façade. Il suffit de voir la haine entre les clubs de football pour s’en faire une idée, au point que, en sélection nationale, les joueurs issus de clubs (donc de villes et de régions) différents ne se font pas de passes. Les Catalans n’ont jamais renoncé à l’indépendance. Mieux, le catalanisme s’est développé une fois l’obstacle du franquisme tombé et la société apaisée. Pas de violence ni de séparatisme comme au Pays-Basque mais une constante dans la détermination et la mise en place progressive des conditions nécessaires à l’indépendance.

 

C’est dans ce contexte, où il faut ajouter l’hostilité du gouvernement de droite espagnol et l’émergence de forces politiques nouvelles, que la Généralité de Catalogne a appelé le peuple à se prononcer. Au lieu d’attendre et de voir, le Gouvernement espagnol a choisi l’épreuve de force tout comme les pays en voie de développement affolés à l’idée qu’une partie de ce qu’ils considèrent comme « leur territoire » ne leur échappe et se débrouille mieux sans eux. Pourtant, quel était le risque ? Au Québec, où la situation est autrement plus dramatique, où les Canadiens francophones ont dû signer des capitulations humiliantes, les différents référendums sur l’indépendance se sont toujours traduit par la volonté du peuple de demeurer dans l’ensemble. Néanmoins, à chaque fois, le pouvoir central a dû concéder de nouveaux droits à la Province sécessionniste. À chaque nouveau scrutin, la proportion favorable à l’indépendance est plus grande mais toujours minoritaire. Tout comme la Catalogne avec le reste de l’Espagne – Pays-Basque excepté – le Québec est la Province la plus riche du Canada avec l’Ontario voisin où se trouve la capitale fédérale. En Écosse, plus récemment, le référendum a clairement montré l’attachement du peuple au Royaume-Uni. L’Écosse pourrait compter sur le pétrole de la mer du Nord. Pour autant, ni Ottawa ni Londres n’a lancé les forces de l’ordre avec l’équipement lourd pour empêcher la tenue d’un référendum.

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La manifestation des Catalans opposés à l’indépendance a montré clairement que si le Gouvernement espagnol avait laissé le référendum se tenir, il y aurait probablement eu une légère majorité défavorable à l’indépendance. Observons, au passage, que le nombre de manifestants n’a pas fait l’objet de l’habituelle querelle entre le nombre exagéré par les organisateurs et le nombre minimisé par la police. Observons surtout que les médias français ont pris le nombre fourni par la presse espagnole, hostile à l’indépendance, comme vrai sans même poser la question de la fiabilité. Comme quoi, la servilité est bien répandue de chaque côté des Pyrénées. Déplorons, encore une fois, l’ignorance crasse des commentateurs qui ont insisté sur les drapeaux rouge et jaune qui ont flotté sur la manifestation de Madrid. Quelle idiotie ! Le drapeau catalan est aussi rouge et jaune, donc les manifestations des catalanistes donnent aussi lieu à une débauche de rouge et de jaune ou, pour employer l’expression locale : « sang et or ». Ça n’est pas anodin puisque ce sont eux qui nous expliquent la situation et nous disent ce qu’il convient d’en penser.

 

L’Espagne vient de prouver qu’il s’en faut de peu pour qu’elle retrouve les vieux réflexes d’autrefois. Le conflit se règle par les armes. Le Président du Conseil, M. Rajoy ne sait répondre autrement que par des fins de non recevoir à toute idée de discussion puisque, selon lui, le seul fait de s’entretenir avec un représentant de la Généralité catalane vaut reconnaissance. Tout comme Franco qui avait l’art de se faire passer pour l’agressé, le menacé, pour justifier ses exactions, M. Rajoy se dit victime de chantage, de tentative de coup d’État. Lui aussi lance la police et la garde-civile, de sinistre mémoire. Même si l’uniforme a quelque peu changé, si le bicorne a été abandonné depuis des lustres, sa mobilisation en Catalogne ravive des souvenirs. Il n’est pas dans nos habitudes de crier au fascisme quand un Gouvernement use de la méthode forte. Malheureusement, dans la cas présent, on a vu des Espagnols se revendiquer de Franco, donnant ainsi raison aux catalanistes qui assimilent les adversaires de l’indépendance aux fascistes.

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/independance-de-la-catalogne-le-president-n-a-pas-precise-un-delai-parce-que-cela-aurait-ete-du-chantage_2413655.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171011-[lestitres-colgauche/titre2]

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/foot-l-espanyol-barcelone-ce-club-bouc-emissaire-des-independantistes-catalans-qui-vit-dans-l-ombre-du-barca_2414183.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171012-[lestitres-coldroite/titre1]

 

Dans cette crise catalane, il est également ahurissant que l’Europe soit à ce point absente. Les silence est étourdissant. Quand il est quelque peu rompu, c’est pour emboîter le pas du Président Macron et recommander de se tenir à l’écart. Les Catalans sont infantilisés et donc, pas question de leur donner une quelconque importance en écoutant quelque peu ce qu’ils ont à dire. S’il fallait écouter le peuple… Le plus ahurissant, c’est que personne, ni parmi les dirigeants (européens ou ibériques), ni parmi les commentateurs et les spécialistes, n’a seulement songé à saisir le Conseil de l’Europe dont c’est pourtant une des fonctions. Il est vrai que le Conseil de l’Europe a été dépossédé de tout par l’UE qui lui a pris son drapeau, son hymne, son siège du Parlement à Strasbourg. Pis, depuis 1993, l’UE ambitionne d’avoir aussi un rôle politique. Dès lors, il ne reste plus rien au Conseil de l’Europe. La crise catalane pourrait lui redonner quelque importance.

Au sein des institution européennes, que fait le Parlement ? Est-ce qu’un débat a été demandé ? L’UE et ses États membres parient sur le pourrissement de la situation. Si le conflit s’envenime, il sera temps de déplorer les victimes tout en approuvant la fermeté d’un membre important. Les victimes rejoindront les autres dans « les poubelles de l’Histoire ».

Bravant le soutien aveugle au Gouvernement de Madrid, le Président du Conseil européen, M. Tusk, en appelle au dialogue, refusé par tous pour ne pas donner l’impression que le Président de la Généralité catalane est l’égal du Président du Gouvernement espagnol. C’est dire si c’est tordu !

http://www.lesoir.be/118600/article/2017-10-10/catalogne-tusk-demande-puigdemont-deviter-une-decision-qui-rendrait-le-dialogue#

Observons que les liens relatifs à l’intervention du Président Tusk auprès du Président catalan proviennent de sites d’information étrangers. Ça en dit long sur la perception des velléités d’autodétermination par les médias français.

 

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Sur le fond, le catalanisme n’est pas forcément le projet le plus généreux qui soit. Jusqu’à présent, il a surtout contribué à imposer le catalan comme seule langue acceptable à l’instar des provinces néerlandophones de Belgique qui ont exclu le français de toute information officielle. Si, autrefois, les Catalans avaient la délicatesse de s’exprimer en espagnol avec les étrangers, il y a longtemps que ça n’est plus le cas et qu’ils forcent tout le monde à comprendre le catalan. (Ne parlons pas des Valenciens qui prétendent même avoir une langue à part et vouloir l’imposer à tous ceux qui séjournent chez eux mais le Pays Valencien ne fait pas partie de la Catalogne autonome). Heureusement, le catalan est proche du castillan et du français, ce qui le rend compréhensible mais il reste toujours des morceaux de phrases incompréhensibles. Le but est, bien sûr, de faire comprendre à tout le monde que la Catalogne n’est pas l’Espagne et, sans doute, que les Espagnols ne sont pas les bienvenus. Le nationalisme est toujours ambigu selon qu’il s’agit du nationalisme d’un État-nation installé ou celui d’une région revendiquant son indépendance. Dans le premier cas, il est systématiquement (ou presque si l’on excepte l’Urss d’autrefois et ses alliées) assimilé au fascisme qui était lui-même nationaliste. Dans le deuxième cas, au contraire, il est perçu comme progressiste ; ne serait-ce que parce qu’il combat un État central capitaliste. Seulement, à y regarder de plus près, le nationalisme des régions tient un discours d’exclusion de l’autre qui parait quand même assez dangereux quand bien même on reconnaît légitimes un certain nombre de revendications.

 

Depuis la manifestation de Madrid, depuis la manifestation des anti-indépendantistes de Barcelone, depuis, surtout, les violences policières insensées à l’endroit des électeurs se rendant aux urnes pour le fameux référendum, le Président de la Généralité, M. Carles Puigdemont, est en mauvaise posture. Lui qui avait cru malin de provoquer en organisant ce référendum, il se montre hésitant au moment où il faudrait, au contraire être déterminé. Peut-on lui en vouloir ? Il ne s’attendait sûrement pas à un tel déploiement de forces de l’ordre pour empêcher la tenue du référendum. Il ne s’attendait pas à ce que le Gouvernement de Madrid saisisse le matériel pour l’élection et ferme les bâtiments où il devait se dérouler. Il s’attendait à ce que ça ne plaise pas au Président du Conseil espagnol et à la plupart des Espagnols. Il prévoyait un bras de fer mais certainement pas une telle disproportion entre une pratique démocratique élémentaire et la répression qui a suivi. Devait-il proclamer l’indépendance avec effet immédiat ? Ça n’aurait pas manqué de provoquer de nouvelles violences et le sang aurait probablement coulé. Vu le traitement par les médias des récents événements en Catalogne, il aurait été tenu pour responsable et l’on aurait fait peu de cas des victimes catalanes.

http://www.20minutes.fr/monde/2148707-20171011-independance-catalogne-jouant-montre-puigdemont-satisfait-personne#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_monde]--

Il faut rappeler le contexte du Gouvernement de M. Rajoy mal élu et enchaînant les crises politiques. Il agit depuis le début dans l’instabilité, dans l’incertitude de pouvoir mettre en place sa politique. Il multiplie les maladresses et c’est ce qui a exaspéré la Généralité de Catalogne qui a besoin de stabilité. La montée de forces politiques nouvelles comme « Podemos », les division dans son propre parti, achèvent de fragiliser un gouvernement mal installé. Comme tous les pouvoir aux abois, M. Rajoy se voit offrir une planche de salut inespérée en hurlant à la partition du pays et à la menace pour l’intégrité nationale. Rien de tel qu’une menace extérieure ou un désordre intérieur pour renforcer le sentiment d’unité nationale autour de son chef. Il ne l’a peut-être pas encore dit en ces termes mais il rappelle que l’Espagne est « une, grande et libre » ; ce qui ne laisse rien présager de bon.

 

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