26 novembre 2009
Maladies et médias
Voici un couple qui a du succès depuis quelques années. Il a suffi qu’une nouvelle maladie, née à l’époque du tout médiatique apparaisse et frappe des vedettes pour qu’une concurrence entre les malades s’instaure aussi étonnante qu’odieuse. Parallèlement la « charity business » s’est déplacée des ONG œuvrant dans de lointains pays qu’on connaît seulement pour leurs guerres et leurs conséquences vers des associations de malades avec leurs proches, beaucoup plus près de chez nous. Cela a commencé quand des spectacles, des livres, des disques ont été réalisés pour faire connaître des maladies mal connues et recueillir quelques subsides quand tout le pognon partait pour d’improbables recherches sur le cancer.
A un moment, tout s’est emballé. Le téléthon, inspiré d’un « marathon » télévisuel animé par Jerry Lewis au profit de la recherche sur la dystrophie musculaire a remporté un succès immédiat et considérable au point que d’autres ont voulu en faire autant. L’idée était qu’il valait mieux tout investir sur une maladie, la myopathie, et accélérer la recherche plutôt que de saupoudrer toutes les maladies et permettre à peine des petits progrès. Pourtant, rapidement les critiques pleuvent. D’abord, le principe même est contesté. Ensuite, les autres ont demandé à pouvoir en faire autant. La mucoviscidose a pu tirer, un temps, quelques subsides. Et puis, le Sida s’est à nouveau imposé au point que le sidaction taille des croupières au téléthon. Les médias relaient depuis l’origine, ce syndrome apparu dans les années 1980. Quelques personnalités mortes de façon inexplicable ont contribué à le faire connaître. Les vedettes ont aussitôt montré une solidarité de caste sans faille. Là où ça prend de l’ampleur, c’est quand, parce qu’on s’identifie à ces vedettes qu’on adule, on perd tout discernement et l’on se met à épouser leur cause en oubliant toutes les autres maladies graves, dont le cancer. Pourtant, chacun connaît ou a connu quelqu’un frappé par ce mal.
Le dernier dérapage de Pierre Bergé s’inscrit dans cette concurrence honteuse entre les maladies. D’un côté, on a un événement institutionnalisé au point que son nom est devenu commun, le téléthon, pour une maladie qui sans cela serait oubliée comme avant. De l’autre, on en a une autre qui, curieusement, touche encore beaucoup de vedettes qui font leur possible pour échapper au sort des malades ordinaires. Car, il est bien évident que ce ne sont pas les ravages provoqués par le Sida en Afrique qui posent problème. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que le paludisme tue plus d’un million de personnes dans le monde chaque année, principalement sur le continent noir, dans l’indifférence générale. Non, ce qui inquiète, c’est que cette maladie sanctionne des conduites à risque très à la mode chez nous. Dans une société et à une époque qui tolèrent mal la sanction, cette maladie est intolérable. Donc, pour les Pierre Bergé, les Line Renaud et autres, le moindre centime qui échappe à la recherche sur le Sida est inacceptable. De cette controverse malsaine, pour ne pas dire immorale, on ne peut éprouver que du dégoût face à l’égoïsme monstrueux des défenseurs d’une cause qui veulent tirer toutes les couvertures à eux.
La maladie nous oblige à réfléchir sur ce qui est vraiment important dans la vie. Elle nous oblige à aller vers l’autre et à l’aider. Faut-il, dans le domaine de la santé comme dans d’autres que s’instaure une concurrence libre et non faussée ? C’est bien ce qui se dessine.
24 novembre 2009
L'Europe à la sauvette
Donc, l’Union (hem !) Européenne s’est dotée d’un président et d’une haute représentante. En fait, il ne s’agit que d’un président du Conseil Européen.Ce n’est pas tout à fait pareil. L’Europe, toujours prompte à donner des leçons au monde entier devrait se cacher toute honte bue. Car enfin, ce président est la conséquence du traité modificatif constitutionnel ; l’autre ayant été rejeté par les populations consultées. Ce traité modificatif, dit de Lisbonne a été adopté à la sauvette, c'est-à-dire sans demander l’avis des populations. A peine le dernier chef de l’exécutif a-t-il, du bout des lèvres et sous une pression indécente, apposé sa signature en bas du traité qu’aussitôt on a désigné les personnalités qui représenteront l’UE au plus haut niveau. Aucun candidat, à part M. Tony Blair, ne s’est déclaré. On a donc propulsé des non-candidats. On ne sait presque rien d’eux.
On ne peut s’empêcher de penser que depuis des années, l’Union Européenne marche sur la tête. Elle refuse de consulter la population sur son avenir européen. Pourtant, nous payons des impôts. Elle met, systématiquement, la charrue avant les bœufs. Encore cette fois, on ne sait même pas quel sera le numéro de téléphone de son président, pour reprendre la boutade bien connue. On ne sait même pas où il se trouvera ni comment il se déplacera. Avant, on a imposé un élargissement sans avoir prévu les structures pour accueillir douze pays politiquement et économiquement très différents. Cette fois, on désigne un « président » sans que même le parlement élu cette année n’ait son mot à dire. De qui se moque-t-on ? De l’avis des observateurs cette désignation parait encore plus obscure que les conclaves du Vatican, c’est dire…
On remarque, aussi, que l’Europe doit toujours passer sous
les fourches caudines de l’Angleterre et lui donner des gages quand ce pays se
trouve en dehors des principaux dispositifs unitaires tels que l’espace
Schengen, la charte européenne et l’euro. Le comble est de nommer une Anglaise totalement étrangère aux
subtilités de la diplomatie au poste de « haute représentante »,
c'est-à-dire ministre des affaires étrangères. De qui se moque-t-on ? On
voit mal la même Grande-Bretagne se soumettre à un président belge. D’ailleurs,
même s’il avait été allemand, des pays comme la Pologne la Grande-Bretagne
Egalement, on se demande quel sera le poids de ce président
flanqué d’un autre président : celui de la Commission
L’Europe a peut-être un numéro de téléphone mais n’a toujours pas la tonalité.
22 novembre 2009
Kriss, une caresse pour les oreilles
Cette fois, c’est bien fini. On n’entendra plus Kriss qu’à l’occasion, dans des archives sonores. Kriss archivée… c’est tellement contradictoire. En écoutant ses interventions dès la fin des années 1960 et jusqu’à ces derniers mois, on se rend compte à quel point Kriss, au-delà de son timbre particulier, avait une façon de parler au micro tout à fait nouvelle, jamais entendue. Elle était bourrée d’idées, elle les mettait en application et c’était tout simplement extraordinaire. Comme si ça ne suffisait pas, elle se remettait en question régulièrement et innovait en permanence.
Bien sûr, son nom demeure inséparable de L’oreille en coin mais aussi de FIP, la première radio entièrement musicale de France. Le ton de Kriss est devenu le ton de FIP et des « fipettes », les autres animatrices. Quelques interventions rappelées au cours de l’émission d’Inter ce dimanche et d’autres que j’avais entendues :
« les bretelles de l’autoroute du sud ne sont pas élastiques »
« ce n’est pas parce que l’oisiveté est mère de tous les vices qu’il faut en profiter boulevard Saint-Germain »
« une information pour les automobilistes qui sont
coincés sur la voie sur berge : la Seine
Elle osait tout, elle avait déjà tout osé. Bien peu ont fait juste un peu plus depuis.
Au cours de cette émission, on apprend que Kriss était née d’un père diplomate, ce qui lui a valu d’être embrassée par le général De Gaulle. Sa mère était égyptienne et elle avait retenu de la culture orientale qu’il fallait garder le sourire sinon, c’est perçu comme un manque de politesse. Ce sourire, on l’entendait à la radio. C’est ce qui a fait son succès et ce petit plus qu’on appelle le talent. On a appris aussi qu’elle a emprunté son pseudonyme à un comédien du cours d’art dramatique d’Alger qu’elle fréquentait ; un pseudo de garçon.
Kriss savait écouter l’autre, n’importe quel autre. Elle ne se mettait jamais en avant au cours des entrevues. Ses Portraits sensibles demeurent un modèle. Elle n’était jamais à cours d’invité en recevant « quelqu’un qui est connu dans son immeuble, dans sa cour, dans sa rue ». Elle en faisait quelqu’un d’important. Elle le magnifiait.
Et puis, il y a eu cette rencontre avec Ousmane Dodo. Le médecin de brousse l’a tellement impressionnée qu’elle a monté une association pour soutenir son action. Cela lui prenait beaucoup de temps et elle semblait avoir pris du recul sur ses autres activités devant l’importance de celle-ci.
Ces deux dernières années, elle avait passé le relais à des copines mais recevait un flot continu de messages. Elle trouvait que ça donnait du sens au métier qu’elle faisait quand quelqu’un lui rappelait que, vingt ans auparavant, elle avait dit quelque chose qui avait l’aidé quand ça n’allait pas à ce moment-là. Toujours humble, Kriss n’avait pas idée de la joie qu’elle offrait aux auditeurs. Et en plus, elle répondait. J’en sais quelque chose. Un peu avant que la maladie ne la touche, Kriss n’était pas sure que son émission soit reconduite dans la nouvelle grille. Et puis, finalement, j’imagine qu’elle a été assez persuasive mais ça n’allait pas de soi pour tout le monde. Il faut le dire.
Alors pour finir, je retiens de l’émission ces mots de Paula Jacques : « Je suis révoltée par cette injustice absolue ! »
Et puis, Marie-Pierre Planchon qui a pris le relais avec brio a cru pouvoir demander à toutes les copines de Kriss présentes sur le plateau de terminer comme elle, par cette formule qu’elle avait inventée. En fait, elles n’ont pas réussi à se coordonner. Voilà ce que ça a donné :
« c’est dimanche, je/on vous embrasse (et) c’est légal »
« On n’y arrive pas : elle avait plus de talent que nous. »

Kriss, on te kiffe grave !
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/11/19/15861535.html
21 novembre 2009
La belle vie des médias
La lecture de la page 7 du numéro 188 du 12 novembre 09 de Challenges, consacrée aux médias est proprement édifiante. On apprend qu’un nouveau magazine dit « people » va sortir en janvier. Le but du groupe Marie-Claire qui va l’éditer, est de capter une part non négligeable du marché publicitaire. D’ailleurs, le succès des titres parus ces dix dernières années et qui s’ajoutent à ceux existant déjà, est affolant. C’est le seul segment de la presse écrite qui se porte bien. Que penser de ce lectorat, toujours plus nombreux, qui achète plusieurs titres par semaine, qui s’abreuve de photos choc, montrant un soutien-gorge qui se défait malencontreusement, une vedette en train de rouler un patin, une autre vomissant après une soirée bien arrosée, une femme empoignant le sexe de son amant vedette également ? Ce voyeurisme malsain fait recette quand, dans les années 1970, le quotidien Le Monde était le plus lu et battait de records de vente lorsque un Barthes, un Viansson-Ponté, un Morin écrivait un papier sur un fait de société. Autres temps…
Autre info, le groupe E. Leclerc a décidé de supprimer sa publicité dans les titres qui ont pris position contre la grande distribution et pour les agriculteurs. Le Télégramme est la première victime de ces représailles.
Dans le numéro 189, on apprend que NRJ réclame que les sondages sur l’audience de la radio prennent en compte les auditeurs dès l’âge de 11 ans. En 2002, lorsqu’un institut avait interrogé les enfants de 13 ans, la station commerciale était devenue la première en France. Il est vrai qu’on peut se demander quels sont ces gens interrogés qui écoutent en 1er RTL et en 2ième France-Inter quand ces stations sont totalement absentes des espaces commerciaux et sont même inconnues des plus jeunes.
Elle est pas belle la vie dans le monde merveilleux de l’ultra libéralisme ?
19 novembre 2009
KRISS
Kriss est morte. On ne l’entendra plus en vrai. Kriss a inventé un métier. Il y avait des animatrices avant elle mais elle a introduit tellement de neuf. Personne avant elle n’a été aussi effrontée, aussi drôle, aussi sensible. Ces traits de son caractère transparaissaient à l’antenne, naturellement. C’est ce qui a fait son succès. C’est sans doute ce que Jean Garetto et Pierre Codou avaient pressenti lorsqu’elle s’est présentée à eux et qu’elle a participé au lancement de FIP, première radio musicale de France. Le style FIP, les voix de FIP demeurent une nouveauté en matière de radio. Kriss se détachait assez des autres pour se voir confier des émissions, avec les deux compères producteurs, sur France-Inter et à des heures de grande écoute. 40 ans que Kriss est moderne. 40 ans qu’elle incarne la création sur Inter, radio qui ronronne et radote assez souvent. Ce soir, Jean-Marc Four lui a dédié son émission et Alain Passerelle, dans son journal, lui a consacré un sujet en rappelant d’autres grandes voix. Celle de Kriss s’est tue.
Depuis quelques années, j’entretenais avec elle une correspondance. Malgré ses occupations elle me répondait toujours et rapidement preuve, s’il en était, de sa gentillesse. Depuis l’apparition de sa maladie, je n’osais plus lui envoyer de messages sachant qu’elle en recevait plus de 200 par jour. Elle avait abandonné son blog craignant, notamment, de le transformer en fan-club. Je comptais, une fois passée la rentrée de son Crumble, lui envoyer un message ces jours-ci. La camarde a été plus rapide. Ce soir, je suis révolté contre cette maladie. Je suis révolté contre l’humanité qui fait passer la santé, la lutte contre la souffrance après tant d’autres choses qu’on nous fait croire plus sérieuses. Qu’y a-t-il de plus sérieux que la paix du corps ? Je suis révolté quand je pense que cette maladie sert d’enjeu pour des ambitions personnelles, pour des laboratoires pharmaceutiques, pour des subventions. Je suis révolté quand je pense que le cancer a été relégué après d’autres maladies plus médiatiques. Pourtant, nous connaissons tous, dans notre entourage, au moins une personne qui a souffert de cette maladie.
Ce soir, je repense à cette amie de Robert Sabatier qui lui disait :
« Je ne connais pas de plus beau visage que ta voix »
Ce soir, la voix de Kriss s’est tue. Silence ! Silence, dis-je !
17 novembre 2009
Toni Musulin : la solitude et la faim
Il a préféré se rendre. Cela faisait une petite dizaine de jours qu’il était recherché par les polices du monde entier. Sans appui, sans logistique, sans ami sûr pour le planquer, il ne pouvait pas résister bien longtemps. Toni Musulin las de transporter chaque jour largement plus que ce que lui et ses équipiers toucheront ensemble en plusieurs vies était parti avec sa cargaison de billets de banque. Comme il n’avait commis aucune infraction, aucune violence, on se doutait que ce n’était pas un méchant. Raison de plus pour faire un exemple et mettre tous les moyens pour récupérer l’argent et faire passer aux amateurs le goût de se faire justice soi-même. On aimerait que la police mette autant de zèle et de moyens pour retrouver les enfants disparus dont on voit les photos dans les bureaux de poste, là où il en reste encore.
En plus, Musulin s’est rendu. S’il s’était fait arrêter, avait opposé un peu de résistance pour le faire passer pour un dangereux malfaiteur… mais non. Il prive les policiers d’un succès facile. Gageons que la justice saura s’en souvenir et lui fera payer le maximum. Il ne bénéficiera pas des services d’un grand avocat comme le milieu sait en trouver. Il se trouvera encore des braves gens pour dire : « ah, voler une banque, c’est plus facile que d’aller travailler ». 20% de la population de l’Union Européenne est au chômage et c’est pas fini.
Le sommet de la
FAO
Samedi, des gens se sont précipités au Champ de Mars de Paris pour ramasser des billets de banque qui auraient dû pleuvoir. Furieux que l’opération publicitaire ait été annulée par la préfecture, ils ont tout cassé. Il y a des gens pour croire au Père Noël et pour tout casser quand on leur dit qu’il n’existe pas.
En attendant, au moment où Toni Musulin se rendait, je
pouvais voir sur le boulevard la queue devant le local de la Société
14 novembre 2009
Souffleuse de feuilles
Quelques ennemis du progrès vitupèrent contre cette géniale invention
http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/les-feuilles-mortes-se-ramassent-a-2797
12 novembre 2009
Berlin tel que je l'ai vu
« Vous vous rappelerez toute votre vie ce que vous faisiez à ce moment-là »
C’est par ces mots que le commentateur d’une chaîne de TV étatsunienne avait conclu son reportage en direct après l’assassinat de Kennedy. Cet adage peut être repris pour tous les grands événements. L’ouverture du mur de Berlin, le 9 novembre 1989 en est un.
Pour ma part, je lisais dans ma cuisine en écoutant la radio, comme d’habitude et, au cours du bulletin de 21h, on nous annonça que l’on était en train de pratiquer une brèche dans le « mur de la honte ». Je n’en croyais pas mes oreilles même si, depuis quelques semaines, on sentait que les choses bougeaient à l’Est. Le grand Léo Ferré avait parlé d’un « soleil qui se levait du côté de l’est avec M. Gorbatchev ». C’est vrai, rien n’aurait été possible sans lui. Peu après, ma décision était prise. Il fallait que j’y aille et que je voie. Nous étions à l’automne et c’est au printemps suivant que nous y sommes allés avec ma copine. Entre temps, j’avais préparé mon déplacement avec Robert Loffroy, le fondateur de l’association France-RDA qu’il avait créée, lui le Résistant, afin de se réconcilier au plus vite avec l’ennemi d’hier et échanger avec ces Allemands reclus derrière le « rideau de fer ». Il m’avait décrit un pays austère. Les outils qui sortaient des usines n’étaient pas peints, les jeunes ne pouvaient pas porter de blue-jeans, la musique moderne parvenait peu à leurs oreilles, on ne pouvait pas circuler dans le pays. Il évoquait aussi les efforts déployés à l’Ouest pour faire détester leur régime aux Est-Allemands. Par exemple, de l’autre côté du mur, on exhibait des photos de femmes nues légendées : « ça vous ne le voyez pas chez vous ». Tout était bon pour susciter le mécontentement et la révolte. J’imaginais le tiraillement de ces gens et leur immense frustration savamment entretenue.
A Berlin, nous logions dans un appartement dans le quartier de Spandau ; encore un symbole. Avant de franchir le mur, il fallait échanger nos bons DM contre des Marks tout-courts de l’Est. Déjà toute une faune avait pris le contrôle du change. Ça n’incitait pas trop mais il fallait en passer par là. J’avais exigé de prendre le S-bahn car je savais qu’une ligne traversait Berlin de part en part. En fait, l’idée était géniale. Rien ne pouvait mieux nous permettre d’appréhender la réalité berlinoise. Embarqué sur un banal quai à l’ouest, la ligne a commencé à serpenter au milieu de parcs puis d’immeubles hideux de facture toute stalinienne. A la vitesse du train, nous étions à l’Est !
la Nordbahnhof
La rame n’a marqué aucune des stations prévues. Je me
souviens que nous avons traversé les faisceaux abandonnés d’une immense friche
ferroviaire. Quelques rares trains ne faisaient que passer à travers cette
emprise foncière et, au loin les abris et les quais de
Ost-Berlin était peuplé de cheveux longs et de belles
blondes, comme à l’ouest mais de façon plus homogène. Promenade dans le no
man’s land miné encore peu avant mais désormais peuplé de lapins la TV.
Promenade la République
avec une
pensée pour ceux qui avaient perdu la vie en voulant franchir cet espace
boueux. Tentative d’imaginer le temps qu’il faudrait, en courant, pour passer
entre les deux murs car « le mur » était en fait une longue bande de
terre minée, arpentée par des patrouilles impassibles, bordée de deux murs
surmontés d’un arrondi empêchant la main d’avoir prise. Berlin-Est, c’étaient
aussi ces vitrines pour les touristes étrangers sur l’Alexander platz où trône
la tour de
Nous avons terminé la soirée au théâtre. On y donnait L’Avare de Molière. Ça présentait l’avantage pour moi de comprendre car je n’entends point l’allemand. « Nathalie traduisait ». En fait, c’était Véronique et, à un moment, Harpagon s’est adressé au public : « j’ai mis tout mon argent à l’Ouest ». Rires dans la salle. Preuve qu’on ne se faisait pas trop d’illusions. Aujourd’hui, un quart de la population de l’ancienne RDA est pleinement satisfaite. On apprécie de pouvoir se déplacer et surtout de ne plus être espionné en permanence. En revanche, on regrette le plein emploi, les jardins d’enfants pour accueillir les tout petits, la solidarité. On déplore l’attitude hautaine des Allemands de l’ouest, les magasins fournis où l’on ne peut rien s’acheter car on n’en a pas les moyens.
Retour à l’Ouest à travers les stations de métro fermées. Tout Berlin-Est pouvait se résumer dans cette ligne qui passait d’un secteur à un autre mais sans permettre d’échanger. Deux mondes liés mais profondément séparés. Sur sa partie aérienne, on distinguait, au loin, le logo lumineux de Mercedes sur un centre commercial qui convenait mieux à ma copine. Le lendemain, nous avons visité le musée du Bauhaus. J’ai pu mesurer le fossé qu’il y avait entre nous. Elle, agrégée de lettres classiques n’avait que vaguement entendu parler de Gropius et de son environnement culturel. De mon côté, grâce à Jean-Marie Floch, passionné –entre autres –d’architecture, j’avais été initié en seconde au lycée. J’ai beaucoup pensé à lui à ce moment et, d’une manière générale à chaque fois que j’ai été face à ce dont il nous avait parlé ; et il nous parlait de beaucoup de choses. Paradoxalement, alors que, grâce à lui, j’ai plus de connaissances que mes relations qui ont étudié davantage que moi, je n’ai jamais pu les valoriser ni les utiliser. Chaque fois qu’il se passe quelque chose d’important, je me demande toujours : qu’en penserait-il ?
Je suis rentré en France plein de sentiments mitigés. Difficile de se faire une idée en moins d’une journée passée à l’Est. Une chose est certaine, le mur, l’omniprésence policière et militaire étaient intolérables. Maintenant, le système capitaliste est surtout une vitrine que beaucoup contemplent sans pouvoir entrer dans la boutique. Aujourd’hui, les sentiments demeurent mitigés. Une certitude cependant : quand on connaît la francophilie des Allemands, palpable durant ces commémorations, on ne peut qu’éprouver une immense douleur en pensant à ces millions de morts parmi nos peuples. Quel conditionnement a permis ces crimes commis ? Il n’est pas sûr que ça ne puisse pas recommencer ; ailleurs.

Berlin petites histoires et commentaires petits
En marge des commémorations, un commentaire sur la journée « Radio France fait le mur ». Toutes les chaînes ont fusionné le temps de la journée anniversaire. C’est ce qu’on appelle une fausse bonne idée. Pratiquement, les « tops » de France-Inter ont disparu. En l’absence de rendez-vous fixes, on perdait le sens du temps. Surtout, on a entendu beaucoup de banalités, beaucoup de choses qu’on savait déjà, ne serait-ce que depuis ces derniers jours où l’on nous a répété ce qui s’est passé ainsi que l’environnement. Chaque fois que quelque propos original était prononcé, il était interrompu in petto. La palme revient à Catherine Pottier qui a coupé à deux reprises la parole à Gérard Scheer, ancien correspondant à Bonn à la suite de Michel Meyer. Gérard Scheer racontait quelques anecdotes inédites notamment sur une certaine conférence de presse où la présence d’un diplomate ouest-allemand prouvait que l’événement avait été préparé en coulisse et que tout était prêt pour le 9 novembre 1989. Ça bat en brèche la version officielle selon laquelle le colonel est-allemand a laissé passer ses compatriotes à l’Ouest sans leur tirer dessus. En fait tout était prêt à Berlin-Ouest pour les accueillir. Dommage qu’on ne l’ait pas laissé poursuivre. Fallait-il confier à France-Info la charge des journaux et des plateaux ?
Et puis, au lendemain des commémorations, on apprend que Lech Walesa a prononcé, à Berlin, un discours dans lequel il réécrit l’histoire à sa sauce et d’ajouter que prétendre le contraire de ce qu’il dit serait « édifier l’Europe sur un mensonge terrifiant ». Selon lui, Gorbatchev n’y est pour rien, bien au contraire. En revanche, Jean-Paul 2 est responsable pour moitié dans la chute du mur et pour l’autre moitié, Solidarnosc a pris la plus grande part. Sans commentaire…
En revanche, on s’en fout de savoir si M. Sarkozy était là-bas le 9 ou le 10 novembre ou même plus tard.
08 novembre 2009
Anne Consigny émerge des herbes folles
Les herbes folles, le dernier film d’Alain Resnais nous permet de revoir une actrice rare, trop rare, Anne Consigny. Cantonnée dans un second rôle, elle rayonne et occupe tout l’écran de sa fraicheur tandis que les deux protagonistes évoluent avec talent dans un registre qu’on leur connaît déjà. Celle en qui l’on voyait la nouvelle Isabelle Adjani a connu une carrière démarrée sur les chapeaux de roues avant de retomber dans un oubli relatif car l’époque n’était plus aux Isabelle Adjani mais à des beautés moins discrètes et moins cultivées.
la Cerisaie
Pour moi, Anne Consigny, c’est l’inoubliable Ania de
Anne Consigny, telle que je l’ai rencontrée en 2001 était
une comédienne d’une grande gentillesse doublée de simplicité. Elle était toute
surprise que je veuille l’interroger elle, et non pas le premier rôle (Rufus)
de la pièce dans laquelle elle jouait. Elle m’a surtout parlé de son
personnage, incapable de se mettre en avant. Même l’habilleuse semblait passer
avant elle dans son esprit. Une fois dit l’essentiel de la pièce de Schmitt,
nous avons évoqué la Cerisaie
Ces dernières années, Anne Consigny enchaîne les rôles au cinéma et ce n’est que justice. Mieux vaut tard que jamais. Alors, dans Les herbes sauvages, on retiendra Suzanne, seul personnage équilibré qui tempère les excès de Georges (André Dussolier), son mari, et accueille sa passion pour une aviatrice inconnue (Sabine Azéma). On attend maintenant un grand premier rôle. J’aimerais que ce soit au théâtre.
