la lanterne de diogène

24 avril 2019

Dick Rivers

Un cas à part dans la variété française.

Dick Rivers a été apporté par la vague des yéyés mais est toujours resté à l’écart des autres. Il n’était pas parrainé par une marque de textile ni appuyé par une radio naissante qui faisait de l’audience avec les amours des vedettes. Il était provincial, aussi.

Dick Rivers était passionné de musiques américaines et n’avait qu’une idole, Elvis Presley. Au cours de ces dernières années, on comprenait que ce qui avait compté le plus dans sa vie était sa rencontre avec The King, pourtant brève. Quand on aime, on ne compte pas.

Morris - Dick Rivers

Dick Rivers est resté fidèle à cette passion et a été peu à peu oublié quand les musiques qu’il aimait ont passé de mode. Lui persistait et plus personne ne se souvenait de lui. De plus, le temps était aux versions originales, aux interprétations, éventuellement. On peut discuter ses adaptations pas toujours heureuses des grands standards du rock n’roll, du blues, de la country mais il les a fait connaître au grand public français. Il a aussi chanté des chansons plus personnelles comme « Grandis pas ».

 

Né après la vague yéyé, c’est bien plus tard que j’ai connu Dick Rivers, quand il était invité dans les émissions d’Yves Mourousi (toujours lui) à la télévision en 1975 qui le surnommait « Alain-Decaux du rock n’roll ». Il racontait l’histoire des musiques américaines et je lui dois les quelques bases que je possède et l’amour des origines noires de ces musiques. C’est pour ça que je poste ce très beau dessin de Morris qui le situe dans son élément.

 

Dick Rivers ne s’est pas enrichi mais a mené la vie qu’il voulait et c’est déjà pas mal. Quand le succès n’était plus au rendez-vous, il a fait les belles heures de RMC puis de France Bleu afin de rester dans son beau pays niçois. Maintenant, savoir qu’il était frappé par cette sale maladie, cette maladie tellement injuste m’attriste profondément. Savoir qu’il est mort en souffrant me peine beaucoup.

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23 avril 2019

Radios : audiences d'avril 2019

Tout d’abord, il faut signaler la mort de Jean-Pierre Farkas, nommé directeur de France-Inter en 1981. Comme d’habitude, la station dite de service public qu’il a dirigée l’a juste signalée au cours du journal de 13 h mais rien après, aucun rappel, aucun développement pour celui qui proposait de bons programmes et qui avait instauré des relations apaisées avec ses collaborateurs. N’empêche, même si les auditeurs d’aujourd’hui ne s’en rappellent plus ou s’en fichent, il convient de rappeler le souvenir et le travail de quelqu’un qui a marqué l’entreprise. C’est ce qu’on appelle le devoir de mémoire. Quel contraste avec Europe 1 qui a évoqué, quelques jours plus tard, la mort de son animateur vedette Hubert, dit « super Hubert » qui a commencé en reprenant l’emblématique « Salut les copains » quand Daniel Filipacchi a préféré développer un groupe de presse !

https://www.europe1.fr/medias-tele/hubert-wayaffe-animateur-emblematique-de-salut-les-copains-est-mort-3891065

Sur Europe 1, on a entendu des animateurs rappeler qu’ils avaient débuté avec Hubert ou grâce à lui ou qu’ils ne seraient pas là sans lui. Encore une fois, sur Inter, ceux d’aujourd’hui sont persuadés que tout leur est dû, que leurs émissions, leurs interventions ne sont que la juste reconnaissance de leurs immenses talents, qu’avant eux, rien de bon n’existait et que, heureusement ils sont là à présent et ceux d’avant ne méritent que l’oubli ou les quolibets.

 

Maintenant, je ne résiste pas à commenter les audiences des radios publiées ce mois d’avril 2019. Pourtant, je m’étais juré d’attendre la fin de la saison pour tout balancer. Après tout, ça sera moins long et plus facile à lire en juin.

Donc, la grande affaire, c’est qu’Inter dépasse RTL pour la première fois depuis longtemps. Rappelons que nous émettons depuis toujours les plus extrêmes réserves sur ces résultats d’audience. Nous nous fondons sur notre expérience propre et sur les témoignages diffusés sur Inter à l’occasion d’un reportage quelconque ou de l’opération « Inter-classes ». Les jeunes et les un peu moins jeunes (sans euphémisme) ne connaissent même pas les noms d’Inter et des autres radios généralistes. Savent-ils seulement ce qu’est une radio ? Ce n’est pas une critique mais un constat : le monde change et ce sont les générations d’avant qui écoutent encore la radio sur un transistor ou un auto-radio.Nous avons été parmi les tout premiers à constater de nouvelles pratiques d’écoute avec, notamment, des auditeurs qui règlent leurs smartphones pour avoir une alerte lors de leur émission ou même leur chronique favorite.

Il serait plus intéressant de comparer avec les audiences des radios dites musicales (en fait purement commerciales avec qq plages musicales entre les pubs). On constaterait sans doute qu’elles caracolent en tête. Après, c’est affaire de goût. Les jeunes évoluent et préfèrent l’une puis l’autre. Une fois casés, une des premières choses qu’ils achètent, c’est un écran de TV, le plus grand possible. On ne sache pas qu’ils investissent dans une chaîne stéréo comme autrefois ni encore moins dans un poste de radio performant.

 

Ensuite, quand on effectue une revue des articles traitant le sujet, on s’aperçoit que les variations sur trois mois sont infimes. C’est toujours de l’ordre de 0,x %. Y a-t-il matière à s’emballer pour moins de 1 % ? On lit que le patron d’RTL met en doute le sondage dès lors qu’il ne lui est plus favorable. On lit aussi que tous ceux qui baissent sont prêts à lui emboîter le pas et à demander un changement de critères. Comme ce sont de puissants groupes médiatiques (et industriels ou financiers derrière), nul doute qu’ils obtiendront gain de cause. Ainsi, M. Baldelli, patron de l’ex station luxembourgeoise s’étonne (ou fait semblant de s’étonner, on ne sait pas ce qui serait le plus grave) : « Comment une grille qui n'a pas changé et qui enregistre entre septembre et décembre un record absolu peut-elle accuser une baisse aussi importante la vague suivante ? »

 

Historiquement, RTL a toujours su doser habilement de vieilles émissions qui ont fait leur preuve, l’arrivée de la vedette TV du moment (Michel Drucker, Jean-Pierre Foucault, Nagui, Laurent Ruquier) et des émissions qui naviguent sur la mode. Il semblerait que le dosage ne soit plus harmonieux ou que la recette soit éculée. Maintenant, sachons garder raison, il ne s’agit que de variation de 0,4 et 0,9 %, autrement dit, rien du tout. Ça se stabilise. Il est amusant de lire les réactions des lecteurs de Valeurs Actuelles. Pour eux, la baisse d’RTL serait due à une dérive gauchisante (puisque selon eux, LREM est à gauche) et qu’il vaut encore mieux écouter l’original (Inter = radio bolcho) que la copie qu’essaie de produire l’ex première radio de France. En lisant leurs commentaires détaillés, on comprend que, malgré tout, ils continuent d’écouter RTL (parce qu’ailleurs, c’est encore plus à gauche) mais critiquent les nouvelles voix. Les radios généralistes, malgré l’apparente progression, ont des soucis à se faire. La progression légère (+ 0, 3%) de France-Info est à souligner malgré la baisse d’RMC (– 0,2%). À noter aussi la progression de France-Culture. Pas de quoi fouetter un chat, + 0,6 %, mais ça ne baisse pas non plus. On a recruté des animateurs venus d’ailleurs. D’habitude, dans le groupe Radio-France, on dépêchait les talents de France-Culture ou de France-Musique (comme Philippe Caloni autrefois) pour renforcer Inter. Maintenant, ce serait plutôt le contraire.

 

Enfin, tous les articles mentionnent au moins dans leurs chapeaux et parfois en titre, la plongée continue d’Europe 1. Nous avons déjà dit que l’ex station de la rue François 1er occupe une place à part dans l’imaginaire collectif. Europe 1, c’est la station qui a révolutionné la radio à sa création. C’était un ton nouveau, dérangeant le pouvoir et les conservatismes et adapté à l’apogée des Trente Glorieuses. C’est la radio qui a révélé les chanteurs qui ont occupé le devant pendant près d’un demi-siècle. Europe 1, c’était le jazz puis les yéyés. C’était l’invention des flashes horaires pendant la guerre d’Algérie. C’était radio-barricades en Mai 68. C’était surtout « Salut les copains ». Pendant plus de dix ans, c’était la meilleure rédaction audiovisuelle de France. Europe 1 qui a tout inventé (ou presque) n’a jamais pu s’adapter aux changements dans les médias survenus depuis près de 40 ans : radios libres, télévisions privées, câble, satellite, CD, numérisation, et finalement smartphone. Sur chacun de ces segments, on trouve une autre tête d’affiche ou un autre média. Aujourd'hui (depuis 40 ans en fait), il existe des radios rien que pour les jeunes et pas seulement une émission à la sortie des cours. Il existe des radios rien que pour l’info et avec des rédactions solides, sérieuses et parfois des vedettes (comme M. Bourdin). Il existe des radios associatives. Europe 1 est larguée depuis longtemps dans tous ses domaines de prédilection. Nous avons déjà analysé plusieurs fois les raisons de la désaffection des auditeurs pour Europe 1. Bien sûr, nous ne sommes pas payés pour aider cette station autrefois prestigieuse et surtout la direction ne consulte sûrement pas la Lanterne de Diogène. Malgré tout, le fait du petit prince (fils de Jean-Luc Lagardère) consiste à changer les directeurs, à appeler ceux qui, malgré leurs compétences, ne seront jamais directeurs généraux dans leur entreprise d’origine et qui voient là le couronnement de leur carrière. À leur tour, ils changent les vedettes en espérant que, comme autrefois, les auditeurs suivront et se retrouveront autour d’un animateur de talent ou, du moins, hyper connu. Il n’en est rien. L’an passé, dans TV-magazine, M. Cohen analysait fort bien son échec. Les auditeurs des radios généralistes sont fidèles à une station. Ils constatent les changements de programmes, les approuvent ou pas mais, dans leur très grande majorité, restent. C’est ce que font les lecteurs de VA, déjà mentionnés : ils critiquent l’incompétence de certains journalistes mais continuent d’écouter RTL malgré tout. Aujourd'hui, on lit que M. Cohen faisait davantage d’audience que son successeur M. Aliagas qui n’est pas crédible pour une matinale d’information. En France, particulièrement, on vous colle une étiquette dont on ne peut plus se défaire. Quand on se fait connaître à la télévision, dans un certain genre, il est impossible, après, de s’en échapper. En revanche, la confidentialité de la radio permet aux professionnels d’observer les talents et de dénicher les futures vedettes de la télévision. Faut-il rappeler M. Jean-Pierre Foucault d’RMC, M. Laurent Ruquier d’Inter, M. Jean-Jacques Bourdin du service des sports d’RTL ? L’inverse n’est possible que si l’intéressé demeure dans son domaine, comme M. Cavada en son temps, venu du petit écran pour renforcer les rédaction d’Inter puis d’RTL ? Après avoir inventé la radio moderne, Europe1 est devenue la radio en trop, la radio qui n’apporte rien à personne. Il doit quand même bien y avoir, en France ou ailleurs, quelqu’un qui a des idées pour inventer une nouvelle radio, non ?

 

 

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En marge de ce sujet sur les audiences, Mme Devilers a fait une nouvelle erreur, le lundi 22 avril en attribuant la création de Radio 7 à la présidence de Mme Cotta, après les élections de 1981 qui ont permis l’éclosion des radios libres et la nécessité pour Radio-France de riposter. Sauf que Radio 7 a été fondée sous la présidence de Jacqueline Baudrier pour répondre à la demande de la jeunesse qui ne se reconnaissait pas dans le ronron (déjà) de France-Inter et ne se reconnaissait plus dans le Hit-Parade d’RTL et autres Mozik d’Europe 1. Depuis des années, Radio-France réfléchissait à la façon de toucher un public qui délaissait les radios généralistes. C’est ainsi que sont nées Radio-Melun, Fréquence-Nord, Radio-Mayenne, confiées à des pointures telles que Jean-Pierre Pinault ou Daniel Hamelin. Pour Paris, il y avait déjà FIP et donc, il fallait trouver autre chose et, en 1980, M. Patrick Meyer a pris la direction de la petite station pour les jeunes. Las, le ton était tellement jeune que l’on n’a pas apprécié en haut-lieu qu’on invite Coluche, alors candidat à la Présidence de la République « pour foutre le merdier ». M. Meyer a fondé, après son licenciement, RFM avec un nouveau concept et un slogan innovant : « la radio couleur ». Coluche s’est proposé d’animer gracieusement une tranche horaire quotidienne pour lancer la radio couleur, avec un « flash couleur » toutes les heures, en partenariat avec l’AFP (de mémoire).

Ça arrive souvent dans les évocations d’émission d’autrefois. On greffe des faits sur d’autres, compatibles mais en réalité sans aucun lien. Ça fait bien de croire qu’une femme de gauche a pris la présidence de Radio-France après 1981 et a offert une radio pour les jeunes, pour l’avenir, sur laquelle Sidney a débuté mais avec Mme Brière comme directrice… L’inoubliable Sidney était l’invité ce jour-là. Rappelons que, malgré des erreurs et des partis-pris, Mme Devilers effectue un travail remarquable sur les médias, tant à 9 heures moins dix qu’à 10 heures moins vingt.

 

 

 

http://www.leradioclub.com/devinez-qui-vient-dimanche-10-juin-reponse-sydney/

 

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16 avril 2019

Notre dame dépérit

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J’écoutais Inter quand j’ai appris la nouvelle. Mme Fabienne Sintes a interrompu son émission pour dire qu’elle voyait sur un écran de télévision l’incendie qui venait de se déclarer à Notre-Dame de Paris. Les invités venus dans la studio pour commenter l’allocution à venir du Président de la République ont poussé une exclamation. Je me suis dit, c’est grave. Je suis allé chez mes voisins pour voir les images. On a interrogé sur France 2 M. Bern pour qui j’ai des sentiments mélangés. Son émotion était palpable et il a tout de suite parlé des arbres qui ont servi pour la charpente et qui avaient poussé voici mille ans. Toute la soirée, j’ai été hanté par cette image : des arbres qui poussaient il y a mille ans et qui brûlent comme une forêt du Midi. Pour avoir découvert, voici quelques années, la charpente et la structure du clocher de la modeste église de mon village, j’imagine facilement comment étaient les poutres de Notre-Dame, leur taille, leur volume, leur masse. Le vieux qui m’avait ouvert les portes et me présentait ce que je n’avais jamais vu, m’a dit alors : « Ce sont des seigneurs qui ont fait ça ! ». Monter de tels masses, les assembler, leur transmettre l’intelligence de l’architecte, du maître d’œuvre, des artisans et des ouvriers et la confier à ces bois pour les siècles. C’est à eux que j’ai pensé en voyant ces flammes magnifiques car, même au moment d’agoniser et de finir une vie d’objet, la charpente a trouvé l’énergie d’offrir une apothéose.

 

La masse des cathédrales et autres églises du Moyen-Âge en impose parce que, inconsciemment, on ressent le travail des bûcherons, des transporteurs, des animaux de trait, des ouvriers, des tailleurs de pierre, des carriers, des sculpteurs. Il faudrait des pages pour énumérer tous les métiers, toutes les intelligences des gestes qui ont permis ce que nous voyons. Le maître d’œuvres s’asseyait au sol où il allait édifier le bâtiment et il priait. Dans cette concentration, il commençait à ébaucher le projet qui n’était pas seulement architectural.

 

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Ce qui me frappe, au lendemain de la catastrophe, c’est l’émotion universelle qu’elle suscite. Quand il arrive quelque chose à Paris, c’est le monde entier qui s’arrête et qui réagit. Des drames, des incendies de monuments, des attentats, il y en a partout mais, hélas, ça ne provoque pas l’émoi partout. Des dizaines de personnes sont mortes noyées en traversant la Méditerranée depuis le début de l’année. On s’habitue alors qu’on ne peut admettre « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé ». L’émotion était incommensurable lors des attentats contre les tours de New-York parce qu’on a vu, en direct, mourir des centaines de personnes et les flammes rappeler les morts. À Paris, pas de victime cette fois-ci mais l’émotion est égale. Au cours d’un de mes voyages, j’ai pu rencontrer plusieurs personnes qui avaient visité Paris et l’une d’elle m’a dit : « Paris est unique ». Des Révolutions, il y en a eu dans le monde entier. Celle de 1789 n’était pas la première. Des rois assassinés, exécutés, il y en a eu des dizaines dans le passé et encore au siècle dernier, le roi Abdallah de Jordanie à proximité des lieux saints de Jérusalem. Pourtant aucun n’a l’importance des événements révolutionnaires parisiens de la fin du 18e siècle.

 

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Je raconte cela à dessein et à l’attention des technocrates qui nous gouvernent et qui pensent qu’une nation se gère comme une entreprise avec des logiques comptables, des dettes, des agents économiques interchangeables, mobiles, variables. La France n’est pas une nation comme les autres ; et cela dit sans aucun mépris pour les autres, leurs Histoires, leurs peuples. J’ai écrit, sur La Lanterne de Diogène que ce n’est pas un hasard si, après leur pavillon national, c’est le pavillon de la France qui a été le plus visité lors de l’Exposition Universelle de Changhaï en 2010et j’ai expliqué pourquoi à ce moment-là. Les tentatives de faire rentrer la France dans le moule de la mondialisation, d’en faire un membre parmi d’autres de l’UE, n’y changeront rien. Les jeunes générations qui apprennent à détester le passé de leur pays voient l’émotion provoquée par l’incendie d’un monument emblématique qui témoigne d’une présence de la France dans l’Histoire universelle comme peu de nations peuvent en dire autant.

 

Je le dis aussi à l’adresse de ceux qui dénigrent en permanence la France, son Histoire, son peuple et recherchent l’affrontement permanent. Leurs polémiques donnent un sens à leur existence misérable mais on ne détruit pas en quelques années un pays qui existe depuis si longtemps et sous le même nom. Ce qui a traversé les époques survivra aux vaines querelles de ceux qui n’ont trouvé que ce moyen pour marquer leur passage. On sait que Notre-Dame de Paris qui a mis 107 ans à être construite, qui a été remise debout au 19e siècle grâce au génie de Viollet Le Duc, qui a inspiré tant d’histoires, de films sera reconstruite. Il faudra du temps mais la vieille nef glorieuse se dressera à nouveau et flottera sur les toits de Paris.

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12 avril 2019

Petit débat (2) : grandes conséquences

Comme je n’arrive toujours pas à trouver le temps de mettre en forme l’analyse sur le macronisme, je propose des bribes inspirées par l’actualité

Ainsi peut-on imaginer ce qui a prévalu à l’organisation du Grand-Débat.

Le Président a dû demander à ses têtes pensantes de l’organiser de telle façon que les revendications, propositions et autres doléances des Français aillent dans le sens de sa politique.

Exercice en apparence impossible ou, du moins, difficile dans la mesure où l’on se doute, en entendant les conversations, en participant à des réunions, en écoutant les reportages sur les gilets-jaunes, que les deux sont diamétralement opposées.

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Impossible n’est pas français, disait-on autrefois. Rien d’impossible pour un technocrate, rompu à la manipulation des concepts, au détournement du sens habituel des mots, à l’invention de néologismes, à l’emballage attrayant d’une marchandise réchauffée voire avariée.

Qu’à cela ne tienne !

On peut résumer l’ensemble dans questions du questionnaire par ce qui suit.

- N’en avez-vous pas assez de payer autant d’impôts et de taxes ?

On se doute de la réponse : on paie toujours trop cher ce qu’on n’a pas choisi de payer. Un smartphone n’est jamais trop cher un grand écran plat non plus, quitte à ne pas payer son loyer.

 

- Comme vous êtes bien d’accord avec le fait que vous payez trop d’impôts et taxes et que l’État et les collectivités locales dépensent trop, quel service voulez-vous voir supprimé ou réduit ?

Là, il faut pas se rater. Renoncer à se soigner pas trop loin de chez soi ? Renoncer à la protection ? Transformer un peu plus l’école en vaste garderie proposant des activités pour occuper les enfants pendant que les parents travaillent (ou pas) ? Renoncer à la sécurité extérieure ?

 

Il y a deux solutions en fait. Soit on est éduqué et conscientisé et l’on comprend que le choix est fermé et qu’en d’autres termes on nous somme de choisir entre risquer d’attraper la peste ou le choléra. Soit on ne l’est pas et alors on ne retient qu’une chose : JE paie trop d’impôt et j’en ai marre ! Enfin quelqu’un qui ME comprend !

Certes, je dis souvent sur ce blog que les mots ont un sens et qu’il y en a assez de ce vocabulaire approximatif légitimé par des «  » et même le geste consistant à replier deux doigts à l’oral. Je déplore qu’à la définition d’un mot on préfère le ressenti : « oui mais pour moi, ça veut plutôt dire que... » . On en arrive à un nivellement consensuel mou où tout le monde finit par s’accorder sur le moins disant.

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Seulement, que je le déplore ou pas, c’est comme ça et le ressenti de ce questionnaire conduit bien à la poursuite de la baisse des impôts sans voir que ça signifie la fin des services publics qui restent encore.

Le Président Macron fait partie de ceux qui sont persuadés que l’État doit jouer un rôle le plus effacé possible, ne conservant (et encore) que ce qui coûte cher et ne rapporte à personne : Armée, Justice, Police. Et encore puisque les traités commerciaux imposent une justice privée dont les juges sont des avocats d’affaires chargés de juger leurs propres clients qui attaquent les lois nationales quand elles leur sont défavorables. Et encore puisque sur les terrains de guerre, des groupes armés privés ou agissant hors des États s’affrontent. Et encore puisque à la police nationale et à la gendarmerie s’ajoutent des sociétés de gardiennage, des corps de vigiles, des gardes du corps et, bien sûr, les polices municipales, très inégales. Pour le reste, la santé est déjà aux mains des assurances, l’école peut se voir confier à des groupes privés et pas seulement confessionnels, la poste est en concurrence depuis longtemps pour les messageries et la banque.

 

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La privatisation des autoroutes passe mal, dit-on ? Faux ! Malgré l’augmentation des péages dès la première année, les clients appréciaient la distribution de petites bouteilles d’eau (50 cl voire 25 cl) pour patienter sous la chaleur aux péages : « Ah, c’est quand même mieux qu’avant, hein ? Il suffit qu’un expert vienne sur un plateau de TV expliquer avec des mots simples et de raccourcis que l’État n’est pas là pour prélever des péages et que quand il était en charge des autoroutes, elles étaient mal entretenues (ah bon?) pour que le péage des axes principaux soit approuvé. J’ai pris cet exemple parce que je l’ai déjà entendu mais dans le cadre restreint de la radio.

La privatisation d’ADP passe mal ? Qui prend l’avion ? Ceux qui le prennent jamais s’en fichent. Ceux qui le prennent ailleurs qu’à Orly ou à Roissy s’en fichent déjà. Les barrages sont privatisés ?Comme on savait pas qui les gérait avant, on verra pas la différence, sauf le jour où, faute d’entretien, il y aura des fissures mais si l’on n’est pas impacté, y a pas de souci ; comme on dit aujourd'hui. Et puis, ce jour-là, l’État interviendra pour limiter les dégâts.

 

En fait, M. Macron a très habilement joué. Il a fait castagner des gilets-jaunes pour dissuader la populace de les rejoindre. Il a discrédité durablement les revendications écologistes en renonçant à la hausse des taxes sur les carburants. Le résultat des écolos aux européennes le confirmera ainsi que nous l’annoncions il y a quelque mois. Il a encouragé l’opinion publique à se focaliser sur l’impôt et les taxes afin qu’elle approuve la baisse et la suppression. Ainsi, il peut s’aligner sur les exigences de l’UE sur la fin des services publics.

Juste un mot sur la taxe d’habitation. En la supprimant, on supprime une source de revenus pour les communes et donc des services publics communaux, notamment l’aide sociale et la régie des eaux. C’est que, les dieux de l’ultralibéralisme ont toujours soif et n’en ont jamais assez. Regardons l’Italie qui présente un budget conforme aux critères de convergence avec un déficit prévu inférieur à 3 % du PIB (2,4 % en l’occurrence). Eh bien non, ça ne suffit pas ! Recalé ! Et c’était la première fois que ça arrivait.

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L’État a baissé sa voilure depuis plusieurs années déjà mais, forcément, ce qu’il a abandonné a dû être repris par les collectivités locales. Donc, il faut exiger qu’elles fassent aussi des économies et on les poussera s’il le faut. D’abord, on réduisant la dotation versée aux communes : beaucoup se sont regroupées pour maintenir un niveau supportable mais ce n’est encore pas suffisant. En supprimant la taxe d’habitation, on leur coupe leurs possibilités.

 

Surtout, on se demande pour quoi faire. Ce n’est que pure idéologie.

Je répète souvent que les Français ont des dépenses de l’État l’image du Roi-Soleil donnant des fêtes à Versailles pour son plaisir. Tant que cette vision demeurera ancrée dans l’imaginaire collectif, l’ultralibéralisme aura de beaux jours en France.

02 avril 2019

La réalité par le jaune (réponse à Jérémy)

Et dire que j’ai supprimé un paragraphe pour ne pas être trop long. Au départ, je voulais juste réagir à cette référence aux historiques Cahiers de doléances pour dénoncer les rapprochements tirés par les cheveux. L’Histoire, la mémoire, le « devoir d’Histoire » comme disait un Résistant que j’ai connu, n’ont d’intérêt que pour éviter de recommencer les erreurs. Or, les erreurs sont recommencée sempiternellement. Il n’est pas un historie, pas un humble professeur d’Histoire qui ne dit, quasiment en permanence lorsqu’il évoque un fait historique : « ça vous rappelle pas quelque chose? ». L’humanité est un éternel recommencement et, partout, les humains se comportent à peu près pareil.

 

Ensuite, après 40 ans d’élections au Parlement Européen, force est de constater que ça n’intéresse toujours qu’une minorité, celle qui est conscientisée et politisée tandis que les autres s’en fichent. En fait, plus l’élu est éloigné, moins l’électeur se sent concerné, à l’exception notoire du Président de la République, et encore, puisqu’il y a chaque fois plus d’abstention. On en arrive à une mobilisation à l’Américaine. Les flonflons et la débauche de pognon des campagnes des deux principaux partis nous font croire, de ce côté-ci de l’Atlantique, que c’est un vrai scrutin populaire quand très peu se déplacent. Trump élu avec 25 % du corps éléctoral. C’est justement pour tenter de mobiliser qu’on a recours à ces campagnes dispendieuses. Fermons la parenthèse. Les Français votent donc pour leur Président dans la mesure où c’est une résurgence de la monarchie que les Français adorent finalement. Il suffit de voir l’intérêt pour les frasques de la famille de Monaco pour s’en convaincre ainsi que les fastes de la pompe royale anglaise. Sinon, ils sont attachés au chef du village, appelé « maire » en langage moderne. Le reste leur paraît lointain et, pour tout dire inaccessible ou appartenant à un monde dont ils ne connaissent ni les codes ni, surtout, l’utilité. Dans la vidéo de l’émission « On n'est pas couché » du 30 mars 2019 (avec François Ruffin et Gilles Perret comme invités), on entend une gilets-jaune avouer et même revendiquer son ignorance de la politique. Alors qu’on parle d’eux très souvent, elle ne connaissait les noms ni de M. Ruffin, ni de son mouvement « France Insoumise ». Elle ne peut citer que trois noms : Macron, Le Pen, Mélenchon. Déjà oubliés Hollande, Juppé, Sarkozy. Originaire de l’Ardèche, elle ne connaît ni le nom de son député, ni celui du voisin Wauquiez, pourtant omniprésent dans la presse locale. En revanche, elle est assez habile pour ne pas répondre aux questions posées et amener le débat sur le terrain qui l’arrange, ce qui tranche avec le récit de son enfance malheureuse. Il faut un certain entraînement pour pratiquer l’esquive et ça ne s’apprend pas sur les ronds-points. Ajoutons aussi son embarras quand on lui a demandé pour qui elle avait voté en 2017, ce qui, face à M. Ruffin, en disait long. Quant au gilet-jaune masculin, visiblement moins habile, il ne peut que répéter son seul souhait politique, voir la démission de M. Macron et son remplacement par le peuple. Malgré les tentatives de recadrage de la part de M. Ruquier, il n’en démordait pas. Par conséquent, si après mes réserves sur l’origine de ce mouvement, j’ai toujours affirmé qu’il faut entendre la colère, d’où qu’elle vienne (y compris de policiers en uniformes) et même maladroitement exprimée, je dois bien constater que ce que j’écrivais au début, à savoir que les gilets-jaunes forment un groupe qui ne s’informe pas, qui n’est pas tourné vers les autres, qui n’est pas politisé et qui en appelle à des mesures simplistes se trouve confirmé au fil des semaines. Après le soi-disant Grand-Débat, il n’en ressort que des propos de cour de récréation. L’enfant a du mal à avoir une vision collective mais plutôt égocentrée. C’est normal. Il faut du temps et de l’éducation pour avoir une vision globale et une ouverture d’esprit qui manque dans ce mouvement. Si l’on doit écouter la colère car elle reflète un malaise profond d’une société exploitée, le fait est que l’ensemble des individualismes ne débouche pas sur un altruisme dont manque la dite société. Le refus de se doter de simples porte-paroles, sous couvert de recherche de pureté, traduit plutôt l’incapacité à déboucher sur du concret et peut-être même la peur d’avoir à prendre des décisions.

Déjà, il faudrait s’en prendre aux racines du mal et de l’exploitation. L’action des gilets-jaunes a au moins cette vertu qui consiste à mettre en lumière la réalité et pas l’image de la réalité telle que véhiculée par les partis politiques et les médias. Cette réalité quelle est-elle ? Si je prends mon cas particulier, en 2017, j’ai touché un salaire net de moins de 1500 € pendant 6 mois et j’ai payé des impôts là-dessus. Or, on nous dit que près de la moitié des Français ne sont pas assujettis à l’impôt sur le revenu. En clair, ça veut dire que près de la moitié de la population touche des clopinettes. Près de la moitié de la population française touche des minima sociaux, des pensions très basses, des salaires autour du Smic ou moins s’il s’agit de travail partiel. Jérémy pointe le silence sur la spéculation immobilière qui conditionne tout. Le nombre toujours en augmentation de personnes à la rue ne peut plus être dissimulé par des descentes de polices. Le nombre de personnes qui vont s’approvisionner aux Restos du Cœur et dans les autres œuvres charitables, s’il est plus discret, explose. Environ 30 % de la population renonce à se soigner. Le jeu de la spéculation tout court et la financiarisation de l’économie accaparent les médias qui en dépendent mais le dénoncent pas.

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La réalité saute aux yeux désormais mais ne s’attaque pas à la racine du mal qu’est la grande finance et le patronat, totalement absents des revendications des gilets-jaunes qui se focalisent sur le référendum, les indemnités des élus et la démission du Président de la République. Faut-il s’en étonner puisque nombre de petits patrons en font partie ? Les gilets-jaunes parlent peu du chômage des séniors alors même qu’ils sont nombreux aux ronds-points. L’assisté, c’est toujours l’autre et on touche là les limites du mouvement. La soi-disant fraternité autour du café ne doit pas faire oublier les démarches excluantes. De même, la convivialité autour de la machine à café n’empêche pas les rivalités internes.

Je me permets aussi de rappeler que ce mouvement atypique qui dure depuis 20 semaines n’a donné lieu à aucune journée de grève. Quand même, ce mouvement dure depuis 20 semaines et n’est pas près de s’arrêter. C’est tout à fait remarquable même si l’habitude s’est installée et que c’est devenu presque un divertissement, un feuilleton mais que, comme ses prédécesseurs, ce pouvoir ne tient aucun compte des manifestations de rues.

On va nous produire une synthèse qui reprendra ce qu’on sait déjà. Après, la France partira en vacances et à la rentrée, on aura un saupoudrage pour faire croire qu’on a écouté le peuple mais un probable renforcement de la politique favorable aux monopoles et à quelques intérêts particuliers. On nous prépare déjà au recul de l’âge de la retraite et à une journée travaillée pour financer la dépendance alors que ce ne sont pas des revendications exprimées. Tout au plus, après les Européennes, dans le cas où la liste soutenue par le Président de la République (une première car tout à fait contraire à la lettre et à l’esprit de la Constitution encore en vigueur que je sache) se plante, aurons-nous droit à une allocution présidentielle pour dire que le message a été entendu mais pour n’en rien faire, soyons-en sûrs. La gauche était spécialiste de ce genre et notamment M. Jospin : « le message a été entendu ». Après tout, il existe une part non négligeable de la population qui considère que M. Macron est de gauche.

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30 mars 2019

Le petit débat

Décidément, non seulement l’article sur la mondialisation n’avance pas mais le bilan du macronisme que je me proposais de publier ces jours-ci est encore reporté avec cette histoire de débat. D’autant qu’il faudra le présenter en deux parties.

 

 

En ce moment, alors que l’on n’a pas entamé le dépouillement des propositions du Grand Débat et du Vrai Débat, pas plus que des soi-disant Cahiers de Doléances, on entend déjà remonter quelques idées fortes. « idées » et « fortes » sont de bien grands mots pour ce qui apparaît comme un catalogue de lieux communs.

Commençons avec les Cahiers de Doléances. On lit, ici ou là, des parallèles avec les Cahiers de 1789 pour découvrir que cette démarche intellectuelle a servi de matrice à tout le reste, tout ce dont nous allons parler après. Les Français forment un peuple instruit. Bien sûr, plus peut-être que dans d’autres pays, l’adulte se croit obligé de renier son enfance et ce qu’il y a appris pour parvenir à ce statut dont il rêvait. Cependant, de temps en temps, des souvenirs de scolarité remontent à la surface et, de toute façon, on conserve une connaissance dans l’état où on en a pris connaissance. Entre temps, les choses ont pu changer mais c’est la première impression qui demeure. Ainsi la Bastille, faiblesse mais méchanceté du roi, Révolution, guillotine et, pour ceux qui gardent un peu plus de souvenirs, les fameux Cahiers de Doléances. Voici qu’on les ressort dans l’espoir enfantin que la même cause produira le même effet. Un peu partout, on a pu lire des doléances d’il y a 230 ans dans pour y trouver des ressemblances avec la situation actuelle. « Le peuple se plaignait du prix du sel et aujourd’hui, il se plaint du prix du gazole ». Quel rapport ? Le sel était indispensable pour conserver les aliments et donc manger pendant l’hiver. Le gazole sert pour le transport puisqu’on n’a jamais parlé de son équivalent domestique, à savoir le mazout pour se chauffer. On a besoin de se déplacer pour travailler, pour accoucher, pour faire les courses et parfois pour faire des profits comme les cars Macron.

Tout ce qui ressort du fameux « Grand Débat » vient du même tonneau. On reprend un événement historique marquant pour le brandir et le faire coller tant bien que mal à la situation actuelle. On exige que les élus réduisent leurs revenus pour se mettre à la diète ainsi qu’ils le réclament pour le petit peuple. Le coût avancé semble exorbitant pour des petits revenus mais il faudra de toute façon payer les élus et l’économie est négligeable. On réclame le référendum parce qu’en 1969, le non a fait partir le Président mais il n’était pas obligé et la Constitution ne permet pas de plébisciter ou pas le locataire de l’Élysée. On exige le rétablissement de l’ISF. Il est vrai que symboliquement, ce serait intéressant mais on peut, effectivement, attendre une évaluation de sa suppression après deux années. On n’exige pas tellement la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales. On en parle mais, eu égard aux enjeux, il n’y a pas d’insistance. En revanche, la presse ne manque pas de signaler que, à l’occasion d’un débat public, une personne a protesté contre l’assistanat et demandé que les assistés voient leurs minima supprimés dans certains cas. On ressort la tarte à la crème du mille-feuilles administratif. Quand on a dit ça, on a tout dit. Quel échelon supprimer ? Tout le monde se plaint de l’éloignement ou de la suppression des guichets des services publics mais personne ne fait le lien dans ces débats qu’on qualifie de « grands »

En vérité, on n’a jamais entendu aucune proposition innovante ni même de proposition exprimée depuis longtemps mais jamais expérimentée. Nous pensons à la taxe sur les transactions financières dont on sait qu’une fraction infime rapporterait annuellement des milliards. Ben non, puisque ça n’a jamais existé et qu’on n’en a jamais entendu parler. On n’a pas abordé non plus le revenu de base universel. Il semblerait que cette idée ait été pervertie et doive être abandonnée mais on aurait pu, au moins, en débattre. D’ailleurs, chaque fois qu’on en parle, en France, c’est présenté comme de l’argent donné à tout le monde sans travailler et donc destiné à encourager les fainéants et généraliser l’assistanat. Pourtant, il est évident que, déjà, le travail ne fournit plus assez de revenus pour vivre dignement à une population qui augmente rapidement et qui n’est plus nécessaire à la création de richesses. On vient de fermer une usine de boites de vitesses à côté de Bordeaux. On annonce à l’instant, la fermeture des papeteries Arjo, pourtant travaillant à l’échelle mondiale. Ces usines ferment définitivement et, contrairement à la vulgate libéraliste, les employés privés d’emploi ne trouveront pas d’embauche dans les secteurs nouveaux porteurs de produits adaptés au marché puisque, les nouvelles technologies (et même les anciennes) ont besoin de peu d’employés. En supposant que chaque emploi soit équivalent partout ailleurs, sans considération de la qualification et de la compétence. Ajoutons-y le savoir-faire qui ne se transpose pas ou pas facilement. On n’a pas parlé non plus de la réduction du temps de travail parce que, comme toujours, on veut pas avoir l’air d’encourager les fainéants. Quand on est un homme, on doit se tuer à la tâche ! On n’a pas parlé non plus de la monnaie. La fiscalité s’est concentrée sur le rétablissement symbolique de l’ISF. Aucune proposition sur de nouvelles tranches de TVA plus équitables, notamment pour les ménages les plus modestes.

Les gilets-jaunes qui sont à l’origine de ces grands débats, outre qu’ils y ont peu participé (on le comprend puisque leurs revendications sont connues), ont repris tous les clichés véhiculés par les médias qu’ils vilipendent par ailleurs. On revient sur la Révolution mais personne n’a établi que les lois de l’Assemblée Législative étaient directement inspirées par les Cahiers de Doléances. On sait, en revanche, que les idées des grands philosophes du 18e s. ont été reprises par les premiers députés et que ce sont celles qui ont bâti la démocratie moderne qui a mis des dizaines d’années à s’établir de façon à peu près convenable. En revanche, les causes de la Révolution qu’on impute à l’absolutisme de Louis XIV et à ses dépenses somptuaires sont reprises quand on incrimine le train de vie supposé des élus et du personnel politique. On a oublié Danton qui réclamait « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ». Non seulement l’audace est absente mais la simple imagination. Toutes les propositions qui émergent depuis quelques temps ne sont des perfectionnement de ce qui existe (rétablissement de l’ISF) ou l’appel à plus d’équité. On ne demande même plus de « faire payer les riches ».

Il y a un autre absent, et de taille, de tout ce remue-ménage : le patronat. Singulièrement, il ne fait plus parler de lui depuis le début de la crise des gilets-jaunes. On n’entend plus de patron se plaindre, promettre d’embaucher en échange de nouvelles exonérations, approuver une mesure ou se plaindre d’une autre. Surtout ne pas éveiller l’attention des fois que quelqu’un s’aviserait de demander des comptes. On parle de pouvoir d’achat mais concrètement, le pouvoir d’achat, ce sont des salaires convenables. Les salaires sont versés par les employeurs. C’est à eux qu’il faut les réclamer. Le temps n’est plus ou un Pompidou pouvait exiger du CNPF (ancêtre du Medef) qu’il augmente les salaire et assure un SMIC correct et en hausse significative (ce qui tire les autres salaires vers le haut) en 1968 et en 1973 pour éviter une révolution qui chauffait. C’était possible avec un État fort, un État qui orientait la politique industrielle avec le plan mais impensable aujourd’hui avec le patronat mondialisé et des instances comme l’OMC qui se fichent des résultats des élections. Bizarrement, aucune adresse au patronat. Pourtant, il faudrait dénoncer le rendement à deux chiffres des actions, qui est une aberration économique. On en voit le résultat. Le bon sens permet de comprendre que quand on touche dix fois l’équivalent du Smic, on ne mange pas 10 fois plus, on ne porte pas 10 fois plus de vêtements, on ne conduit pas dix voitures en même temps etc. Le rendement à deux chiffres, les dividendes faramineux versés sans trop de risques sont compensés par les licenciements et des salaires anormalement bas en France. Les salaires bas, c’est du pouvoir d’achat en moins et une croissance qui ne vient toujours pas. Il est vrai que tant qu’on croira que la récession (quel que soit le nom qu’on lui donne : austérité barriste, rigueur socialiste) produira de la croissance, on en restera à ces tristes constats.

Récemment, les statistiques ont mis en évidence que l’infime hausse du pouvoir d’achat suite aux premières émeutes des gilets-jaunes a relancé la croissance de manière significative. Où les décideurs, arc-boutés sur leur doxa libéraliste découvrent que quand on a un peu plus d’argent, on le dépense pour satisfaire des besoins auxquels on avait dû renoncer et que ça engendre un cercle vertueux. Pourtant, depuis ces dernières années, on nous dit que rien n’est plus important que la réduction du déficit du budget de l’État qui est apparu, rappelons-le, en 1974, c’est à dire un an après l’entrée en vigueur de la loi qui oblige l’État à emprunter auprès des banques privées au lieu de la banque centrale. Le déficit de l’État est voulu. Seulement, après avoir fait illusion, le constat est là et on ne peut plus le dissimuler. Le nombre de gens dans les rues, les centre-villes qui voient les commerçants fermer, les nouveaux centres commerciaux qui n’attirent pas (comme le Millénium à côté de Paris), le succès des voitures Dacia, des magasins « hard-discount », le renoncement aux soins, sont autant de signes qui auraient dû interpeler. Comme on en a toujours fait abstraction, on a entretenu l’idée que tout allait bien.

Cette austérité qui tourne à l’obsession de l’endettement et de l’équilibre du budget de l’État ne produit rien de bon et ne produit, finalement, rien du tout. Comment innover, comment faire montre d’audace quand on est restreint ? Quand on préfère verser des dividendes plutôt que d’investir (ne parlons même pas de verser des salaires convenables), on n’invente rien. Sans remonter à temps antédiluviens, revenons sur les Trente Glorieuses : investissements, embauches, profits, croissance. Depuis l’austérité, c’est tout le contraire. Chaque fois on nous dit qu’après une période, certes difficile, tout ira mieux. Il y a eu des mieux mais jamais durables, jamais au point d’être le début d’un nouveau cycle optimiste. Chaque fois, il y a eu un choc (appelé « crise ») qui a tout remis en cause et renvoyé à la case départ. Comme si l’on craignait qu’une croissance durable ne réveille les revendication de la classe moyenne. Pourtant, la classe moyenne revendique d’abord (mais pas seulement) pour améliorer ses conditions de vie et ainsi faire marcher l’économie.

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Les Trente Glorieuse ont eu pour moteur la reconstruction après la guerre et la nécessité d’accueillir les générations à venir après le fameux « baby-boom ». On dira que la reconstruction est achevée. De fait, la France (notamment) est conçue pour les 50 millions d’habitants d’alors. Avec 67 millions, ça déborde : pas de logements pour tous, pas d’emploi pour tous, des classes surchargées, des salles de cours en fac qui manquent toujours de mobilier depuis 40 ans… On le voit tous les jours mais on ne fait pas le rapprochement. Alors, parce qu’il faut « faire des économies » et qu’il n’y a plus à reconstruire, on devrait s’arrêter là ? C’est plus ou moins ce qu’on nous dit : nous en avez bien profité mais ceux qui arrivent n’en profiteront pas. Pourtant, il y a un équivalent de la reconstruction d’après-guerre et tout aussi urgent, c’est la transition écologique. Ce n’est pas qu’une formule médiatique parmi d’autres pour amuser ceux qui en ont les moyens. C’est une nécessité. La France d’aujourd’hui (notamment) n’est pas adaptée à la population qui vient. On ne peut pas asséner que « l’ancien monde » est fini et mener une politique qui consiste à le maintenir ou, du moins, à le maintenir assez pour que quelques intérêts particuliers soient préservés. La reconstruction, c’était des logements pour tous y compris pour ceux qui venaient au monde. Aujourd’hui, il y a encore besoin de logements. On sait faire des logements à énergie positive qui produisent plus d’énergie qu’ils en consomment. Il faut une volonté politique. Avec toutes les machines que nous utilisons et qui consomment de l’énergie là où leurs ancêtres étaient mécaniques (montres, pendules, téléphones, voitures même) il y a d’énormes besoins d’énergie et il ne suffit pas de balancer des formules du genre « la meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas ». Tout ça, ce sont des formules qui ne valent pas mieux que celles dénoncées plus haut. Il faut plus d’énergie et la France possède un potentiel d’énergies modernes, naturelles et renouvelables sans doute unique au monde. Va-t-on nous faire croire qu’il y a moins de soleil en France qu’en Allemagne ou au Danemark ? Va-t-on nous faire croire qu’il y a moins de vent ? Ah oui, en France, apparaissent dans les médias ceux qui demandent : « et quand y a plus de soleil ? Et quand y a pas de vent ? » Toujours les formules toute faites qui empêchent de réfléchir et toujours ces propos de cour de récréation. Pendant les Trente Glorieuses, on n’a pas fait que construire des horribles HLM (plutôt que des bidonvilles comme aujourd’hui), des lycées, des hôpitaux etc. On a aussi inventé le TGV (les études se sont étalées sur les 10 dernières Trente Glorieuses à peu près), le Concorde, la fusée qui met en orbite les satellites sans lesquels la vie ne serait pas possible de nos jours. Tout ça était possible avec une volonté politique et des investissements et une foi en un avenir meilleur ; autant de choses qui manquent maintenant.

Les jeunes-pouces montrent qu’il existe toujours de l’imagination, de l’inventivité mais trop souvent confinées parce que les tenants de l’économie financière ne veulent pas lâcher le morceau et perdre leurs privilèges à cause de l’audace de jeunes optimistes. L’ancien monde a de beaux jours devant lui, surtout si la contestation est à ce point incapable d’exprimer des envies originales et se contente de vouloir réchauffer de vieilles tambouilles. Cette affaire de Grand Débat apparaît de plus en plus comme une diversion, une manière de suspendre le temps en attendant de trouver le moyen de faire semblant d’écouter tout en préparant de nouvelles régressions. Déjà, sans que personne ne le demande, le Gouvernement vient d’émettre deux propositions qui, n’en doutons pas, verront le jour d’ici la fin du quinquennat. On nous annonce le recul de l’âge de la retraite (on reviendra à 65 ans dans le même délai) et une nouvelle journée travaillée mais pas payée pour financer la dépendance. Bien sûr, personne n’a émis ces propositions dans les débats et autres Cahiers de Doléances. On aurait pu créer une nouvelle branche de Sécurité Sociale mais comme on espère en finir avec la Sécu pour la refiler aux assurances privées, on ne va pas les mettre dans l’embarras au moment où elles proposent déjà des formules « dépendance ».

Dans une intervention célèbre à l’Odéon, en 1968, Sartre, citant Marcuse, rappelait que le système capitaliste avait le pouvoir de récupérer jusqu’à la contestation qu’il provoque. Le mouvement des gilets-jaunes, de par sa diversité, sa destructuration arrive à point pour renforcer le système. Le Gouvernement pourra dire : c’est ce que vous avez voulu.

19 mars 2019

Rugby : Tournoi 2019 raté et après ?

Le Tournoi des 6 nations s’est achevé avec, comme on s’y attendait, la France qui finit pour la deuxième année consécutive et la deuxième année de l’ère Brunel à la 4e place quand son prédécesseur honni avait réussi à remonter à la 3e et qu’on pouvait espérer un maintien à cette place avant de prétendre rejouer dans la cour des grands que sont le Pays de Galles (auteur d’un Grand Chelem cette année), de l’Angleterre et de l’Irlande. Ça ne serait que la loi du sport s’il n’y avait pas eu ce fait unique et médiatisé qu’a été le limogeage du précédent sélectionneur, M. Novès.

 

La présidence de M. Laporte, c’est l’esbroufe : beaucoup de déclarations, un jeu d’influence et, finalement, pas de résultats tangibles. On se rassure avec des victoires sur des équipes comme les Tonga, l’Écosse et l’Italie mais l’on voit bien que le reste ne fonctionne pas. Le problème, c’est que la direction de la Fédération est sourde à toutes les critiques et mène sa barque envers et contre tout parce qu’elle a, visiblement, d’autres préoccupations et d’autres objectifs. On apprend, en marge, que la Fédération ne répond pas non plus aux membres du corps médical et aux familles qui tentent d’interpeler sur les accidents graves qui se sont multipliés ces derniers mois. Visiblement, elle a la tête ailleurs. Peut-être faudrait-il le leur appliquer également le protocole commotion…

https://www.franceinter.fr/emissions/interception/interception-17-mars-2019  (Commotions, le casse-tête du rugby français)

 

Pourquoi parlons-nous autant de rugby ici ? D’abord par plaisir. Ensuite, parce que le sport est un bon reflet de la société et de l’état du monde. On sait qu’il y a une diplomatie de la FIFA et du CIO comme il y a une diplomatie vaticane. Leurs succès ne sont pas risibles. Il n’est que de voir que dans les compétitions, les deux Corées forment une équipe commune. Rien de tel en rugby mais l’on peut voir l’influence des cultures dominantes. Le rugby est un sport essentiellement anglais né dans une université huppée ; d’où son nom de football-rugby en souvenir de l’université de Rugby. Il a essaimé dans tous les pays de l’ère anglophone. En fait non puisque, de tous les pays du Commonwealth, seules l’Australie et la Nouvelle-Zélande le pratiquent à un haut-niveau. L’Afrique du Sud ne fait pas partie du Commonwealth et la Namibie était une colonie allemande. En revanche, le Canada et, surtout, l’Inde et le Pakistan ne sont pas intéressés. Ils préfèrent, et de loin, le cricket. Malgré tout, ce jeu a pris dans des pays inattendus. D’abord, le Japon a eu une fédération bien avant la France et accueillera la prochaine Coupe du Monde. Peut-être à cause de ça, les îles du Pacifique le pratiquent. Ensuite, il a pris dans des pays latins et notamment en Argentine. On a coutume de dire que les Argentins sont des Italiens qui parlent espagnol et se prennent pour des Anglais. Ils ont adopté le polo et le rugby mais il faut bien reconnaître que la mentalité latine prévaut. Astérix nous propose une explication à la popularité du rugby en France quand Obélix voit une occasion de se bagarrer joyeusement (malgré la force donnée par la potion magique il n’y a jamais de mort dans Astérix) : « Il faut introduire ce joli jeu en Gaule ! ». Les Français aiment penser que le rugby vient de la soule et qu’il est juste qu’il soit populaire, notamment dans le sud-ouest. Pourtant, le jeu des nations latines n’est pas beau. Autrefois, à l’automne, il y avait un France-Roumanie où l’équipe valaque se faisait étriller tous les ans dans des affrontements qui ressemblaient plus à des pugilats. L’Argentine et l’Italie jouent toujours à la limite de la faute. Ce ne sont que tricheries pour compenser le moindre niveau ; ce que les commentateurs (et les joueurs) appellent pudiquement de l’indiscipline. Rappelons que la France a été exclue pendant des années du Tournoi pour les mêmes raisons et que, en 1995, à 3 mn de la fin, alors que le score était ric-rac, un joueur commet une faute sous ses poteaux, ce qui a donné à l’Afrique du sud, les 3 points qui lui assuraient la victoire.

 

L’entêtement de la direction actuelle de la FFR est d’autant plus grave qu’elle doit faire face à deux problèmes majeurs. D’une part, le championnat attire trop de joueurs étrangers, ce qui ne permet pas aux joueurs issus des centres de formations, des écoles de rugby, d’émerger et de former une équipe de France à la hauteur des grandes nations de l’ovalie. Ensuite, les accidents graves et parfois mortels ont provoqué une baisse de 10 % du nombre de licencié, essentiellement chez les tout jeunes. On comprend que les parents n’aient pas envie de voir leurs fils handicapés à vie ou dans un cercueil. Ni l’un ni l’autre ne semble préoccuper la présidence. Sans doute vont-ils lancer une campagne de communication pour convaincre que tout va bien et qu’il faut pratiquer le rugby porteur de valeurs. Tu parles ! Avec la professionnalisation depuis 1996, rien d’autre ne compte que le rendement. À partir du moment où une grosse trentaine de clubs tournent et assurent le spectacle, il n’y a pas de raison de s’en faire et peu importe que de clubs historiques tels que Lourdes, Narbonne, La Voulte, Bagnères, Tarbes, Auch etc. doivent se contenter de former des joueurs qui iront, dans le meilleur des cas, faire des passes aux vedettes étrangères des clubs professionnels. Les commentateurs ont beau rappeler que tel nouveau sélectionné a été formé à l’école de… ça ne fait pas leurs affaires.

 

Un autre rugby ?

Pourtant, d’un autre côté, le rugby à 7 est entré aux Jeux Olympiques alors qu’il n’a pas – et loin de là – le succès du XV et du XIII. Localement, les tournois de rugby à 7 ou à 9 ont de plus en plus de succès même si ça reste limité comme l’est le succès du rugby en général dans la plupart des régions françaises. Le XIII est un cas à part dans le sport collectif de compétition en France. Au départ, le XIII est un sport professionnel où des jeunes de la classe ouvrière trouvaient un moyen d’ascension sociale ; comme au football. Or, en France où il est peu répandu, beaucoup de clubs n’ont pas les moyens de payer des joueurs et le championnat voit cohabiter des amateurs et des professionnels. De plus, le club le plus professionnel évolue dans le championnat anglais…

Faut-il lorgner vers le XIII pour trouver des solutions à la crise que traverse le rugby à XV en France ? Dans les autres grandes nations de l’ovalie, le XIII est souvent plus populaire que le XV même si l’on n’en parle pas en France et qu’on l’ignore. Ça tend à s’équilibrer depuis que le XV est professionnel mais, à l’heure du professionnalisme, cette rivalité est stimulante. Elle n’existe pas en France où la FFR est sure d’elle et dominatrice et fait pression, parfois, sur les communes pour qu’elles ne favorisent pas un club ou une compétition de rugby à XIII.

En quoi consiste le XIII ? D’abord, comme il y a moins de monde sur le terrain, il y a davantage d’espaces et le jeu est plus fluide, avec beaucoup de passes et, surtout, un rythme impressionnant. Ça n’arrête pas. Aujourd’hui, au XV, la moindre attaque est contrée par un mur qui barre toute la largeur du terrain. Rien à faire si l’on ne dispose pas d’un ou plusieurs butteurs. En France, on n’en a plus. Les mêlées ne sont pas disputées. Le demi d’ouverture lance la balle au talonneur et récupère la balle pour relancer la partie. Donc pas de mauvais geste dans la mêlée, pas d’oreilles tirées, pas de « fourchette » (doigts dans l’œil de l’adversaire), pas d’écroulement, volontaire ou pas. Le « tenu » impose de « lâcher » le porteur du ballon plaqué sur ordre de l’arbitre au lieu de tenter de le lui arracher. Donc, pas de « regroupement », pas de mêlée ouverte c’est à dire pas de cet entassement de joueurs sur le ballon qui finit, inévitablement par la sanction d’un joueur coupable de ne pas avoir relâché le ballon ou d’un autre coupable de « plonger » sur le côté pour essayer de gratter la balle.

Est-ce pour autant que tout va bien ? Sûrement pas car, même si, sur le papier, les règles limitent les collisions et les contacts, chaque fois qu’il y en a, ils sont rudes et les sorties de terrain sont fréquentes, les blessures plus graves et depuis toujours. Force est de constater que le professionnalisme est responsable. À partir du moment où l’on ne fait que ça, on ne se ménage pas et l’on ne ménage pas l’adversaire non plus et c’est bien ce qui est arrivé progressivement dans le XV.

 

Un mot sur les commentaires. Quel crédit apporter quand on lit ou entend « défaite cuisante » ou « large victoire » quand les scores sont comparables ? La France bat l’Italie 25-14 et l’on est désespéré. Certes au rugby, ce n’est pas insurmontable mais comparons avec l’Irlande qui bat la France 26-14 ou l’Irlande qui bat l’Italie 26-16 ou le Pays de Galles qui bat la même Italie 26-15. Le même Pays de Galles n’a battu la France que de 24 à 19. À chaque fois, les scores ne sont pas impressionnants mais presque à chaque fois en défaveur du XV au coq et chaque victoire est peu importante. Reste le 44 à 8 contre l’Angleterre, à Twickenham où les Bleus n’ont même pas obtenu un résultat à 2 chiffres. Seule l’Irlande a fait plus mal 7 à 25 contre le vainqueur du Tournoi, le XV au poireau mais l’a davantage contenu. À noter le résultat d’Angleterre-Écosse, 38 partout, ça veut dire que 76 points ont été marqué au cours de la rencontre. Chapeau messieurs !

Malgré le mauvais résultat après deux saisons ratées, il s’en trouve encore pour dire que la France termine sur une victoire et qu’il y a un potentiel dans cette équipe, et qu’il y a une envie, et qu’il y a des jeunes et autres billevesées. La France finit 4e avec 10 points, soit la moitié de ceux du vainqueur. Quoi qu’il en soit, ça s’annonce mal pour la Coupe du Monde à l’automne prochain, chez les Japonais.

 

 

À méditer comme il faut méditer cette histoire incroyable que nous reproduisons intégralement :

Par Sylvain Labbe

Publié le 5 février 2019

http://www.sports.fr/rugby/xv-de-france/articles/xv-de-france-vahaamahina-capitaine-sans-le-savoir-2385788/

 

Illustration d’un XV de France qui navigue à vue, Sébastien Vahaamhina ignorait qu’il avait endossé la charge de capitaine des Bleus en fin de match face aux Gallois. Jusqu'à ce que l'arbitre Wayne Barnes le lui apprenne...

On fête les 20 ans du rugby pro en France, paraît-il. Un professionnalisme qui connaît visiblement des ratés dans le saint des saints, un XV de France censé être la vitrine du rugby hexagonal, mais qui renvoie aujourd’hui une image très éloignée de sa riche histoire… Jusque dans sa gestion et son encadrement avec cette révélation à peine croyable de nos confrères du Midi-Olympique.

Ou comment Sébastien Vahaamahina (27 ans, 37 sélections) s’est retrouvé vendredi soir non seulement le héros bien malheureux d’une nouvelle fin de match fatale aux Bleus de Brunel avec cette fameuse passe sautée dans les bras de… George North, l’ailier du XV du Poireau à l’affût pour un essai qui scellera la défaite française (19-24) dès l’entrée dans ce Tournoi des Nations 2019. Mais le deuxième ligne clermontois, s’il s’est pris pour le maître à jouer de son équipe, ignorait surtout à cet instant qu’il était devenu le capitaine tricolore, après la sortie du taulier Guilhem Guirado, remplacé par Julien Marchand, depuis… la 58e minute de jeu !

"Le staff ne m’a pas prévenu. Je ne savais même pas que j’étais passé capitaine. C’est l’arbitre, Wayne Barnes, qui est venu me voir sur une pénalité pour me demander mon choix. Je lui ai dit de s’adresser au capitaine. Il m’a répondu que c’était moi…" Aveu à peine incroyable de la part de celui qui n’aurait même pas été mis au courant dans la semaine qui a précédé la rencontre qu’il était susceptible d’endosser une telle charge. On savait cette équipe de France en panne de leaders sur le terrain, mais s’ils ignorent même leur statut au sein du groupe… On reste perplexe surtout devant l’absence de communication entre joueurs et staff que relève un tel épisode. Sans même parler de l’importance de tous ces petits détails qui font la différence au plus haut niveau.  

 

rugby 6 nations féminin - Italie 2019'

 

Pour finir, une troisième place à laquelle la France n’était plus habituée dans le Tournoi féminin après sa défaite contre les Italiennes.

 

https://www.rugbyrama.fr/rugby/6-nations-feminin/2019/6-nations-feminin-les-notes-des-bleues-jason-et-berthoumieu-surnagent-dans-le-naufrage-collectif_sto7192145/story.shtml

 

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11 mars 2019

Rugby : rien contre l'Irlande (2019)

On a appris, quelques jours avant, le décès de Raoul Barrière, l’entraîneur mythique de Béziers qui a été une des meilleures équipes du championnat de France amateur tel qu’il existait avant. Avec lui, le Boucliers de Brennus a été soulevé six fois. Il a dominé le rugby et donné parmi les meilleurs internationaux, Estève, Cantoni, Cabrol, Palmié, Pesteil, Saïsset, Sénal, Vaquerin et surtout Astre, surnommé le « Mozart du rugby » qui avait contre lui d’être en concurrence avec le grand (petit par la taille) Fouroux, meneur d’hommes hors pair.

Raoul Barrière, outre qu’il a révolutionné le rugby français a également innové en offrant des petites bouteilles d’eau à boire à la mi-temps au lieu du traditionnel demi citron. À l’époque, la pause après la mi-temps prenait juste le temps de souffler et de changer de côté. Les joueurs, par tradition, consommaient donc un demi citron qui rajoutait de l’acide dans un organisme déjà malmené et acidifié par l’effort. Résultat, les joueurs biterrois terminaient en forme et pouvaient écraser leur adversaire.

C’est des gars comme Raoul Barrière ou Jacques Fouroux dans un autre genre, tous deux décédés, qui manquent au rugby français. Ils savaient faire beaucoup avec peu de moyens mais un enthousiasme contagieux qui faisait plier l’adversaire. Chapeau bas, messieurs !

http://www.lerugbynistere.fr/news/le-monde-du-rugby-rend-hommage-au-legendaire-raoul-barriere-0903191034.php

irlande-france 2019

 

 

Dressons quelques constats après la nouvelle défaite du XV de France et en premier lieu, l’absence de collectif. C’était ce qu’essayait de bâtir, avec encore peu de résultats, M. Novès. Si l’on regarde ce qui s’est passé en football, les deux fois où la France a gagné la Coupe du Monde, c’est justement quand le sélectionneur a pu bâtir un groupe avec pas forcément les meilleurs du moment mais des jeunes, encadrés par des expérimentés qui aimaient jouer ensemble. Là, on peut dire qu’ils s’entraînent ensemble mais il manque cette complicité qui fait une équipe. Et quand on provoque une crise en limogeant, pour la première fois de l’histoire de l’ovalie française, le sélectionneur juste avant le Tournoi des Six Nations, on ne met pas les joueurs dans les meilleures conditions, surtout quand on n’est déjà pas en situation de force.

Sur le terrain, pas d’animation du jeu, lenteur dans les placements, pas de collectif, beaucoup d’espaces laissés à l’adversaire qui impose son jeu dans tous les domaines et donne l’impression de s’entraîner pour la finale de la semaine prochaine face au Pays de Galles qui vise le Grand Chelem.

Une équipe de France qui passe près de 40 minutes à défendre et qui s’en sort plutôt bien d’ailleurs mais épuisée et incapable de relancer. Relancer qui et pour quoi d’ailleurs ? 89 % d’occupation en faveur des Irlandais. Score final 26-14 à rapprocher de la victoire de l’Irlande sur l’Italie, 26-16 (à l’extérieur) et de la France sur l’Écosse 27-10. autrement plus inquiétante était la défaite face à l’Angleterre sans obtenir de résultat à 2 chiffres… (44-8). En d’autres termes, la France fait désormais jeu égal avec l’Italie et intègre les nations qui ont une différence de points marqués négative.

 

Il manque un butteur (bis repetita). Le jeu au pied est inexistant ou imprécis. Au XIII, le jeu au pied fait partie intégrale du jeu et lorsqu’on botte le ballon, on sait où il va tomber et qui est censé le récupérer. Là, on tire en l’air en espérant qu’un partenaire sera le premier dessus. Résultat, on rend beaucoup de ballons à l’adversaire en plus de perdre les duels. On note beaucoup de fautes techniques qui deviennent des fautes tout-court qui font perdre le match. Pour être juste, il faut signaler aussi qu’après l’expulsion temporaire d’un pilier, on a eu une mêlée à 7 contre 8 qui a résisté et trouvé le moyen de gagner le ballon sur introduction irlandaise ; fait rare en match international. Donc, il y a un potentiel dans cet effectif.

Sans la maîtrise au pied et sans un jeu à la main efficace, on n’avance pas. Une des rares fois où les Français ont bénéficié d’une pénalité, elle était à plus de la moitié du terrain mais presque en face des perches. Un joueur comme Spedding aurait pu la tenter et ouvrir le score pour les Bleus, ce qui aurait redonné un peu de moral à l’effectif. Même en cas d’échec, les adversaires auraient eu à remonter tout le terrain. Ntamack est prometteur mais il est encore loin du niveau international et être le fils de ne lui donnera pas plus l’avantage que Skrela, il y a quelques années seulement ; mais dans le système Laporte, tout est possible. Pour ceux qui me lisent mais ne connaissent rien au rugby, rappelons que « l’ouvreur » est celui qui oriente le jeu et qui tape les remises en jeu au pied. Ntamack fait le boulot mais sans l’envergure d’un patron sur le terrain. En fait, il manque de repères et ça, c’est un problème d’entraînement. On entend, au hasard des commentaires, que la charnière irlandaise a joué 50 fois ensemble. En France, ça n’est jamais arrivé et ce n’est pas près d’arriver tant la paire Dupont-Ntamack laisse à désirer. Il ne suffit pas d’être très bon dans son club. Il faut aussi une présence, surtout à l’international. On ne risque pas de mettre en place ces automatismes qui font la différence. Rappelons que la paire Yachvili-Michalak a joué 20 fois ensemble, gagné 18 fois et concédé 2 nuls. Record qui n’est pas près d’être battu. À l’époque, M. Laporte n’avait pas cru bon de maintenir cette charnière.

 

Une deuxième mi-temps plus équilibrée avec un score de 14 à 7 pour la France mais, bien évidemment, le jeu se joue en deux mi-temps et les Irlandais menaient 19 à 0 à la pause. Ce n’est pas cet effectif qui pouvait remonter au score et encore moins renverser le match. Moins mauvaise deuxième mi-temps, donc, avec les joueurs remplaçants français. Il faudrait peut-être en tirer quelques conclusions. Remarquons aussi que, d’une manière générale, ce sont les joueurs qui étaient sélectionnés avant l’ère Brunel qui se sont distingués, comme d’habitude, Bastaraud en tête, toujours là, sur tous les ballons, efficace et lucide et jamais résigné. Thomas Ramos n’a pas confirmé à l’arrière mais que pouvait-il faire ? En fait, dès qu’il y a en face une équipe un peu forte, plus rien ne fonctionne.

Parlant de mi-temps, un commentateur a cru bon citer une expression attribuée par lui à Pierre Albaladejo : « Le chat est maigre ». Rappelons que c’était une invention de Pierre Salviac (avec « le bonheur est dans le pré », « Le cochon est dans le maïs », « la cabane est tombée sur le chien » et autre joyeuseté qui avaient fait son style) pour qualifier un score étriqué mais à l’avantage des Français à la mi-temps. Finalement, n’était le match décevant et le jeu pitoyable, le résultat n’est pas si mauvais : seulement 8 points d’écart à la fin. Pas si mal quand on prend un essai au bout de 2 minutes. Cependant, les Irlandais se permettent de faire sortir leurs meilleurs joueurs qui laissent leur place à des jeunes qui ont à cœur de donner leur meilleur pour être sélectionnés pour la finale contre le Pays de Galles. C’est le moment où, le résultat étant acquis, les Français ont pu marquer. Encore une fois, la France doit faire le contraire en appelant des joueurs expérimentés pour la deuxième mi-temps afin d’espérer renverser la partie à l’image de la rentrée décisive d’un Serin

 

Il est rare que nous commentions les décisions de l’arbitre mais on ne peut pas dire que M. O’Keeffe (NZ) laissera une bonne impression : recours systématique à la vidéo, y compris pour le cafouillage à l’origine du deuxième essai français. Comment penser qu’une caméra soit mieux placé que lui quand il y 4 ou 5 joueurs, français en l’occurrence (ils avaient tellement peur qu’un Irlandais leur chipe la balle), sur un pauvre ballon ? Il n’y avait que lui qui pouvait voir si le ballon était effectivement aplati sur la pelouse et pas sur un joueur. Disons qu’il accorde l’essai pour compenser celui accordé aux Irlandais quand le ballon a été aplati sur la ligne de but. Pour l’amour du jeu, disons qu’il y était mais d’autres arbitres l’auraient refusé.

 

Bien sûr, répétons que tous ceux qui suivent le rugby sont autant de sélectionneurs mais que dire quand M. Brunel n’arrive même pas à répondre aux questions des journalistes ? On a l’impression qu’il n’est pas dans le coup, qu’il est dépassé. Il ne sait même pas de quoi il parle. Il a été un bon entraîneur de club avec de bons résultats mais c’était avant. Le lendemain, le journal en ligne « 20 mn » titre : « Allo la terre: Jacques Brunel est «déçu» mais pas inquiet »

https://sport-news.20minutes.fr/sport/2469379-20190310-allo-terre-jacques-brunel-decu-inquiet-apres-defaite-xv-france-irlande#xtor=EREC-182-[sport]

et encore : « Après le match, le discours de Jacques Brunel semble difficile à cerner. Totalement écrasée, que ce soit dans la dimension physique ou tactique, l’équipe de France n’a pas existé »

http://www.rugby365.fr/tournoi-de-6-nations-xv-de-france-toutes-reactions-apres-irlande-france-9000637.html

 

Que faire ?

Il faudra qu’on se pose les vraies questions sur le championnat. On ne peut pas continuer à entretenir une compétition de haut niveau avec des armées de vieux mercenaires qui attirent le public et assurent des recettes aux clubs. Recettes pour quoi faire ? Pour recruter d’autres anciennes vedettes de l’hémisphère sud pendant que le XV tricolore doit se contenter du deuxième choix ? Où est la formation ? Où sont les valeurs du rugby ? Dans ces conditions, il sera difficile de sélectionner des joueurs capables de faire jeu égal avec les grandes nations de l’ovalie. On l’a dit : l’équipe de France joue en deuxième division et n’est pas près de remonter. Bien sûr, dans le sport, tout peut arriver, sinon, il n’y aurait pas d’intérêt à suivre les performances. On a dit aussi qu’il se passe en France la même chose que dans le foot anglais : une ligue d’excellence, qui aligne les meilleurs joueurs du monde (à l’exception des Allemands) mais une sélection aux Lions éliminée au premier tour du Mondial.

 

De son côté, le XV féminin a écrasé l’Irlande avec une bande de copines qui s’entendent super-bien et qui aiment jouer ensemble. Leur performance est d’autant plus méritoire qu’on ne se presse pas dans les stades pour les regarder. On leur laisse des terrains d’amateurs, avec des pelouses boueuses. On imagine les vestiaires… Et le summum, c’est qu’elles s’entraînent sur l’asphalte du parking de leur hôtel. Chapeau, mesdemoiselles !

 

 

 

https://www.rugbyrama.fr/rugby/6-nations/2019/6-nations-2019-les-bleus-humilies-en-irlande_sto7179754/story.shtml

 

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09 mars 2019

Féminisation 2 - réponse à Jérémy : pourquoi je fais ce blog

Je fais ce blog pour apporter un regard différent et pour aborder un sujet sur un angle original.

Je sais bien que mes écrits n’ont aucune influence sur quoi que ce soit. Je partage mes observations. Ici, je remarque juste que la plupart des réticences à la féminisation des noms provient de femmes ; pas toutes les femmes mais celles qui ont le pouvoir de se faire entendre et qui prétendent, généralement, s’exprimer aux nom de toutes les autres. Les autres ont souvent d’autres préoccupations plus concrètes et plus terre à terre. Par conséquent, lorsqu’une femme s’exprime, elles ont tendance à approuver, pensant qu’elle ne peut pas aller contre les intérêts de la gent féminine. C’est ainsi, à mon avis que les métiers importants n’ont pas et n’auront pas de féminin, sauf avis contraire de l’une d’entre elles. On s’est focalisé, à la publication du rapport sur le mot « écrivaine » et ,pour ainsi dire, seulement sur ce mot. Ça me semble très révélateur.

Au lycée, une prof, nous faisait remarquer que même s’il existait des doctoresses, on ne leur disait pas « Bonjour doctoresse » ou « oui doctoresse ». Idem pour les avocates et les notaires qui ne se font pas appeler « maîtresse ». De « maître » qui impose le respect et une distance on passerait à l’appellation d’une simple institutrice, profession qui correspond à un complément de revenus pour un couple, à un premier effort de promotion sociale voire à un manque d’ambition ou de compétence. Ça explique aussi pourquoi notre directrice de la faculté d’anglais avait une plaque à la porte de son bureau qui mentionnait « Directeur de l’UER » et que c’était régulièrement barré par des doigts errants qui préféraient « Directrice de l’UER » et ainsi de suite. Il faut rappeler que les facultés de langues sont très majoritairement féminines. On oppose toujours le « ça fait », chaque fois qu’il y a une proposition de simple bon sens. « Directrice », ça fait directrice d’école, pouah ! « Entraîneuse », ça fait… Il y a toujours quelque chose qui ne va pas pour féminiser les noms et les noms de métier notamment et l’Académie Française n’y est pour rien.

Ce qui correspond à l’Académie Française au Québec (mais en moins guindé) propose, à chaque fois et rapidement des équivalents aux termes nouveaux qui sont en général d’abord en anglais. Les Français se sentiraient humiliés s’ils adoptaient les vocables trouvés par « nos cousins ». Toujours ce complexe de supériorité des Français vis à vis des anciennes colonies ou des petits voisins francophones. « Nos cousins », « nos amis » mais jamais « nos frères » ; toujours un intervalle. Je doute cependant que, même avec un autre point de vue, la population française, la plus intelligente du monde, se précipite sur des mots à consonance anglaise. Il suffit que quelqu’un découvre un mot (qui existe depuis toujours évidemment) pour qu’aussitôt il soit repris. En ce moment, deux mots ont été découverts par des Christophe Colomb à la petite semaine : « gap » et « spread » auquel il faut ajout le curieux « spoiler ». Tout ça pour dire un fossé et un écart. Oui mais « gap » ça fait mieux et c’est plus court. Même « challenge » pourtant autrement plus long que « défi » l’emporte. Il y a toujours un prétexte pour employer le vocable anglais ou prétendument. Je rappelle toujours que « consumérisme » désigne en anglais le mouvement de défense des consommateurs tandis qu’en français, il désigne le contraire, le système qui pousse à la consommation. Tout ça pour ne pas dire « capitalisme » parce que « ça fait » lutte des classes. J’ai rappelé récemment qu’à une époque, quelqu’un avait découvert que la livre irlandaise était appelée « pounte » et que ce découvreur état persuadé que c’était un vocable familier alors que « pound » veut dire « livre », tout simplement. N’empêche que pendant des mois, on a parlé de la « pounte ».

Je disais que ces débats n’ont pas vraiment d’importance parce qu’il n’y a pas assez d’internautes, de « fureteurs » qui lisent mes articles et encore moins qui adhèrent à mes observations. Au départ, j’ai fait ce blog pour des amis et pour quelques membres de ma famille que la vie a éloignés à qui je veux laisser une trace. D’autres sont venus parce qu’ils y trouvent ce qu’ils n’ont pas forcément le temps d’exprimer par écrit. Je propose donc un autre point de vue, une montée sur la table à la manière du professeur mythique du « Cercle des poètes disparus ».

Ici, j’ai voulu pointer ce recours, de plus en plus fréquent à l’argument spécieux. C’est drôle parce que, moi aussi, j’ai pensé au Vatican dans cette affaire. Je n’ai pas voulu en parler parce que, chaque fois qu’on parle de religion, on marche sur des œufs. Il y en toujours qui, parce qu’on ne dit pas les choses tels qu’elles sont dans les livres sacrés sont persuadés qu’on critique voire qu’on attaque quand bien même on dit la même chose mais autrement. J’évite même les allusions aux religions mais puisqu’on en est là, trop tard pour reculer. On reproche au pape de prêcher l’abstinence avant le mariage et les relations sexuelles dans un seul objectif de procréation. C’est prêter un pouvoir démesuré à l’évêque de Rome. C’est sur le continent le plus catholique, où la population est sans doute la plus fervente, à savoir l’Amérique du sud, qu’il est le plus facile de s’envoyer en l’air. Les jeunes portent volontiers une petite croix autour du cou qui ne les empêchent pas de flirter et même plus si affinités. En fait, l’argument spécieux, outre qu’il donne à celui qui en use la légitimité pour attaquer, insulter, calomnier, selon les cas, lui permet de s’exonérer de ses propres responsabilités. En l’occurrence, pendant qu’on accuse l’Académie Française d’être responsable du patriarcat (vocable qui a remplacé celui de « phallocratie »), on évite de remettre en cause les bases de la société. Tant qu’il y aura l’Académie Française, on dira que c’est à cause d’elle que la cause des femmes n’avance pas. Et comme elle ne sera jamais supprimée, les inégalités les plus flagrantes perdureront parce que la plupart des hommes ne sont pas prêts à lâcher le morceau et que le patronat n’a pas envie d’augmenter les salaires féminins. L’Académie Française a bon dos et permet de maintenir les inégalités. Je cite souvent Mme Michèle Dessenne, cofondatrice du mouvement des Pénélopes (féministe), qui affirme qu’à partir du moment où l’on accepte que les femmes ne gagnent pas autant que les hommes pour un même travail, on accepte toutes les autres inégalités et injustices.

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08 mars 2019

Femmes algériennes

Un texte de Catherine Ribeiro pour cette journée mondiale des droits des femmes

 

Femmes algériennes  
 

fejria

Femmes algériennes, mes sœurs de race,
Dorées comme des grappes de raisin
Aux rayons du soleil levant -
 
Femmes algériennes, mes
sœurs de race,
De vos masques enfin dévoilés
Aux regards fléchés sur le monde -
 
Femmes algériennes, poitrines au vent
Faisant de vos corps un rempart
Contre toutes formes d'intégrismes -
 
Femmes algériennes, croisons nos luttes
Chers trésors de nos différences
Et dans l'indifférence des hommes -
 
Femmes algériennes, osez, marchez,
Parsemez vos chemins d'étoiles,
Corps célestes d'enfants poussières d'anges -
 
Femmes algériennes, en notre nom
Femmes couleurs et de tout
es nations
Nouons l'écharpe de la PAIX.

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