05 juillet 2009
transports tropicaux : des profiteurs et des larmes vite séchées
L’accident qui s’est produit au large des Comores n’a rien qui puisse surprendre quiconque connaît un peu les pays dans lesquels une stricte législation concernant les transports n’existe pas ou, du moins, n’est pas respectée.
Il faut dire tout de suite que dans ce qu’on peut appeler
–pour simplifier –les pays du Tiers-monde, les transporteurs sont les
véritables maîtres et les chauffeurs de véritables seigneurs. L’apogée de cette
suprématie a été, au Chili, la grève des camionneurs (soutenue par le trust ITT
et la CIA
Au jour le jour, on est loin de l’appareil répressif de la junte chilienne. Cependant, les transporteurs règnent sur toute l’économie et interviennent au quotidien dans la vie des personnes les plus humbles. Concernant l’économie générale, ce sont eux qui acheminent les marchandises. Pas la peine d’en rajouter puisque c’est leur raison d’être. Au jour le jour, ils permettent les déplacements pour aller au marché dans une autre ville, pour rendre visite à un proche, pour aller passer un examen. C’est dans ces occurrences que l’on mesure leur pouvoir.
D’abord, les transports partent à l’heure où ça les arrange le mieux obligeant parfois les clients à se lever aux aurores et à poireauter en arrivant à destination en attendant que les commerces et les administrations ouvrent. Il est vrai qu’il n’est nul besoin d’aller si loin pour trouver des horaires de trains ou de cars inadaptés.
Ensuite –et c’est le point le plus important –ils pratiquent les tarifs qu’ils veulent. Les chauffeurs ou leurs aides estiment à la tenue vestimentaire quelle somme ils peuvent exiger. Les locaux vont négocier le tarif tandis que les étrangers, peu au fait de ces pratiques vont raquer. Parfois, une personne s’improvise intermédiaire et négocie par avance. Ça peut être plus avantageux dans la mesure où l’on peut expliquer les raisons de son déplacement et les moyens réels dont on dispose.
Jusque là, il n’y a rien de bien méchant. Simplement, ici, nous sommes habitués à l’affichage des prix et à l’égalité de traitement. Les tarifs préférentiels sont bien acceptés même quand on n’en bénéficie pas. Ce marchandage sur le bord des routes passe pour folklorique vu d’ici. Ça l’est un peu moins quand on sait que ces pratiques ont lieu dans les pays industrialisés, dans les ambassades et, surtout, dans les agences de voyages pour le transport maritime et, surtout, le transport aérien.
Ce qui choque, véritablement, c’est que le véhicule ne
partira que lorsqu’il sera plein à ras bord. Tant qu’il arrive des clients, on
les prend, eux, leurs bagages, leurs marchandises, leurs animaux. Si le
véhicule démarre, pas de problème. Tout le monde est entassé mais content. Bien
sûr, on s’arrêtera pour prendre d’autres clients en cours de route. Ces arrêts
permettront d’ailleurs aux passagers en place de se dégourdir les jambes car on
est serré. S’il tombe en panne, pas de problème : on répare sur la route
avec les moyens du bord. Dans ces pays, les mécaniciens font preuve d’une
ingéniosité qui force l’admiration. Les voyageurs s’organisent. Si la panne
survient dans un village ou mieux une ville, c’est encore mieux. On trouvera à
manger, à boire et pour dormir. Si c’est en rase campagne, les plus malins
trouveront un arbre pour s’abriter du soleil et improviseront une sorte de
campement. Bien peu protesteront. On sait que ce sont les aléas. On est déjà
bien content d’avoir pu partir.
Revenons sur les véhicules. La plupart sont des véhicules
d’occasion et la plupart en bon état au moment de l’achat. Cependant, nombre
d’entre eux ne le sont pas. Dans tous les cas, ils sont entretenus au minimum,
réparés avec des pièces d’occasion voire avec un bricolage fait de bois, de
plastique, de ferraille. L’essentiel est de dépenser le moins pour le
véhicule
et de gagner le plus. Nous avons déjà dit qu’on charge tant que le véhicule
peut démarrer. Les amortisseurs sont écrasés, partant inefficaces. Qu’importe
le confort du moment qu’une roue ne reste pas dans un trou sur la route. Encore
une fois, personne ne s’en plaint du moment qu’on est parti et qu’on avance. On
sait qu’on arrivera. Voire. Le long des routes d’Amérique latine, d’Asie et,
surtout, d’Afrique, il n’est pas rare d’apercevoir les restes d’un camion, d’un
car, d’un mini-bus, d’une voiture. Cela fait froid dans le dos (ce qui n’est
pas mal venu quand on souffre de la chaleur) en voyant ces carcasses au fond
d’un ravin, en dessous de la route où l’on se trouve et où l’on croise d’autres
véhicules. Là encore, peu s’en émeuvent. Ça fait partie des risques. On le
sait.
Bien entendu, les routes, déjà soumises à des variations météo extrêmes telles que les fortes chaleurs suivies, parfois sans transition, de pluies diluviennes, d’inondations doivent encore supporter ces poids lourds surchargés ajoutés aux engins spéciaux qui se rendent sur les chantiers.
Seigneurs, les chauffeurs de camion sont conscients de leur force. Ils se conduisent comme tels. Ils prennent les autostoppeurs qu’ils veulent. On leur fait place nette dans les restaurants et les hôtels. On trouve normal qu’un chauffeur fasse chauffer son moteur à 4 heures du matin sous les fenêtres des autres clients. Quelque soit leur comportement, personne ne trouve à redire. Ils sont conscients d’appartenir à une caste dominante puisque liée au progrès du siècle passé. Ce sont les nouveaux chevaliers, l’esprit chevaleresque en moins.
Jusque là, ici, nous affichons une belle indifférence. Peu
de Blancs s’aventurent dans ces contrées, encore un peu moins circulent avec
les indigènes. En France, on s’indignera parce que le TER (train en retard)
parvient avec un quart d’heure de retard et que la SNCF
Dans
bien des pays existent des golfes parsemés d’îles, des lacs navigables voire
des rivières. Les bateaux sont chargés à ras bord, au sens propre cette fois.
Il arrive qu’ils coulent comme au large du Sénégal en 2002 faisant environ 750
morts. Environ car on ne peut savoir le nombre exact vu que beaucoup n’avaient pas
de billet mais s’étaient arrangés avec un des marins du bord pour voyager.
Encore une fois, tant que le véhicule peut démarrer, on charge. D’ailleurs,
jusqu’à présent, n’est-il pas toujours parti ?
A l’occasion de la chute en mer d’un avion, on découvre qu’il en est de même pour le transport aérien. On charge la soute à bagages, on met deux enfants par siège sans compter les « bagages en main », c'est-à-dire tout ce qu’on essaie de garder avec soi pour ne pas payer de supplément. Sur certaines destinations, on en emporte autant qu’on en a mis dans la soute. Dans des conditions de navigation difficiles, ces négligences ne pardonnent pas ; pas plus que sur route d’ailleurs mais c’est plus spectaculaire.
la France. On La Mecque
Dans les deux derniers accidents évoqués, les fortes
communautés sénégalaise et comorienne de France se sont mobilisées. Ces gens
vivent en France depuis longtemps et tolèrent moins que leurs compatriotes ses
coupables errances. Ici, ils ont l’habitude de prendre le train, le car, le
bateau, l’avion et d’arriver sains et saufs à peu près à l’heure. Ils sont
conscients que, lentement et sous leur impulsion, les choses s’améliorent dans
leurs pays d’origine. Ils sont d’autant plus scandalisés quand les pratiques en
vigueur au pays ont cours ici, dans des agences de voyages qui ont pignon sur
rue ou qui exercent dans un pays qui croule sous les réglementations. Ces
agences de voyages dénoncées par les nombreux Comoriens de Marseille apportent,
ici même, ce qu’il y a de pire chez eux. La réaction des proches des victimes
est d’autant plus forte qu’ils se croient à l’abri de ce genre d’accident en
achetant un billet au départ de
Si les choses évoluent lentement –trop lentement –dans ces pays lointains, il est tout à fait intolérable que ces pratiques de margoulins, de maquereaux, de maquignons aient cours dans l’Union Européenne.

Quelques liens en rapport avec de belles photos :
http://wiki.france5.fr/index.php/LES_ROUTES_DE_L%27IMPOSSIBLE_-_CONGO_-_LE_SALAIRE_DE_LA_SUEUR
http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=5115
un blog avec plein de photos de transports en Amérique :
http://www.greg-et-so-en-sac-a-dos.com/
01 juillet 2009
Un TGV sur la Côte d'Azur ou un TER rapide ?
http://www.lgvpaca.fr/scenarios.php
comme on pouvait s’y attendre, les élus ont eu raison de
logique du TGV qui, rappelons-le, signifie Train à Grande Vitesse. A moins
d’une aberration en matière énergétique consistant à installer un moteur qui
monte vite en puissance associé à des freins puissants capables d’arrêter
rapidement des vitesses dépassant les 250 km/h
Or, les élus et les candidats aux élections mettent un point
d’honneur à demander l’arrêt du TGV dans leur circonscription. Ils sont sûrs
de recueillir l’approbation de tous, à
commencer par ceux qui ne prennent jamais le train. De même, ils réclament qui
le passage d’une autoroute, qui la création d’une sortie dans leur fief. Ainsi,
le TGV Rhin-Rhône a-t-il traîné pendant des années, principalement à cause de
l’obstination des élus de Franche-Comté qui exigeaient les arrêts à Belfort,
Besançon, Dole, Lons-le-Saunier. Les autres régions françaises étaient prêtes,
les régions allemandes aussi, jusqu’à la Catalogne
C’est un peu ce qui s’est répété en Provence où les élus veulent
à tout prix que le TGV remplace les trains régionaux et assurent la desserte de
la Côte-d la Blancarde
Un tracé plus au nord aurait permis au TGV de rouler à grande vitesse, ce qui est sa seule raison d’être. L’avantage, outre le temps gagné aurait été de pouvoir échelonner les travaux au fur et à mesure de l’avancée de la construction. Nice aurait été desservie la première puis une branche aurait pu être construite vers Toulon et l’on aurait pu envisager une autre vers Digne afin de désenclaver les Basses-Alpes. En outre, ce tracé aurait longé l’autoroute A8, limitant les nuisances sonores et sur l’environnement. L’inconvénient majeur aurait été de relier Nice à Lyon et Paris en occultant Marseille. La traversée du Luberon aurait également porté préjudice à la tranquillité des lieux mais ce n’est pas cet argument qui a été pris en compte, comme on peut s’en douter.
Bien entendu et, quelque soit le tracé retenu, les futurs
riverains ne manqueront pas de protester et on peut les comprendre. Compte tenu
du relief et des autres contraintes, le résultat devrait ressembler davantage à
un métro souterrain (genre RER) qu’au train de la Riviera.
Au total, l’ineffable Gaudin aura réussi à embobiner les élus locaux et à faire plier les partisans d’autres tracés. Comme très souvent avec lui, le projet retenu demeure un monument de flou même pas artistique puisque l’itinéraire n’est qu’un accord de principe et que la réalité va se heurter aux nombreuses collines, à la mer, à l’urbanisation, aux difficultés d’accéder au chantier en milieu accidenté. Avec lui, on ne sait pas d’où partiront les trains –qui ne seront plus à grande vitesse –ni où ils arriveront, ni par où ils passeront. On ne sait pas plus qui financera et à quelle hauteur. Qu’importe. En fait, son seul projet d’avenir c’est qu’on dira de lui à sa mort : il est à l’origine du TGV PACA mais n’aura pas eu la chance de l’inaugurer vu les retards à répétition. C’est que certains appellent « la politique ».
28 juin 2009
Jackson Fawcett
Il n’y a rien de pire pour un mort que de mourir le même
jour qu’un autre plus célèbre. C’est ce qui est arrivé à la belle Farah Fawcett
emportée peu avant Michael Jackson. C’était déjà arrivé à Yul Brynner, le jour
de la disparition d’Orson Welles. Plus loin mais différemment, Jean Cocteau
n’avait pas survécu en apprenant le décès d’Edith Piaf.
Farah Fawcett incarnait la beauté pour tous les adolescents qui l’ont découverte dans les Drôles de dames. Les garçons voyaient ce que pouvait être la beauté féminine et les filles rêvaient de lui ressembler à une époque où l’on en recyclait pas encore les blagues les plus éculées en histoires de blondes.
Michael Jackson laisse un grand vide. On l’a détesté ces dernières années. Ses frasques –réelles ou supposées –avaient fini par nous dégoûter. C’était lui qui était fini. Et puis, patatras, voilà qu’il meurt à cinquante ans, lui, l’éternel adolescent. On découvre que, en fait, on n’a jamais cessé de l’aimer, un peu comme Elvis pour une génération précédente. Il suffit de réécouter la première version de la chanson de Diane Dufresne : « Tu vieillis mal, Elvis. T’aurait p’t être dû mourir. ». Après sa mort, la chanteuse fan a changé cette ligne : « T’as vieilli mal Elvis mais t’avais pas le droit de mourir ».
http://www.youtube.com/watch?v=E_FzgtLVzbI&feature=featured
Il en est ainsi pour tous ceux qu’on aime. On croit oublier, on croit que le ressentiment est le plus fort mais face à la réalité, c’est l’amour qui se révèle.
Après la tristesse, on doit supporter le voyeurisme médico-légal. Heureusement, les fans du monde entier savent le faire revivre avec leurs touchantes tentatives de lui ressembler et d’imiter son pas de danse.
25 juin 2009
Iran suite
Désormais, l’Iran occupe l’essentiel de l’information en provenance de l’étranger. Ce qui s’y passe mérite qu’on s’y attarde. On a déjà dit le rôle d’exemple joué par ce pays situé au cœur du Moyen Orient, dans le prolongement du Caucase –autrement dit du monde occidental, aux marches du monde arabe, et premier pays avant les Etats musulmans montagnard d’Asie. Faut-il rappeler qu’il contrôle le golfe Persique sur toute sa longueur et le détroit d’Ormuz –porte de l’océan Indien –, qu’il a une façade maritime sur la Caspienne, de l’autre côté de la Russie ? C’est dire l’importance stratégique de l’Iran. Importance qui l’a placé au cœur de conflits depuis l’Antiquité et qui a connu une de ses heures de gloire à l’époque de la Route de la Soie. A ce stade, il faut revenir sur l’histoire. Dans la hiérarchie voulue par Ernest Lavisse, les Perses ont pris le relais des Egyptiens dans la chronologie des grandes civilisations passés. L’Iran, pays des Aryens, a donné au monde le manichéisme, une des premières parmi les grandes religions ou aménagements de religions nées dans ce pays. C’est dire que les yeux sont focalisés sur l’Iran, et pas seulement dans le monde musulman, et pas seulement dans les pays qui craignent la puissance de cet Etat stratégique du Moyen Orient.

Nous avons déjà dit que c’est la réaction intégriste, impulsée par l’ayatollah Khomeini qui a lancé cette vague intégriste et changé de fond en comble tout le monde musulman y compris –et peut-être davantage encore –dans les communautés minoritaires du monde occidental.
Ce qui parait, également, intéressant, c’est que la rue a découvert son pouvoir. En fait, la population iranienne ne fait que réitérer ce qui s’est passé en 1979 lorsqu’elle a réclamé le retour de l’ayatollah exilé en France puis acclamé et plébiscité sa dictature théocratique. Dictature n’est sans doute pas un terme adéquat dans la mesure où tous les instruments de la démocratie sont en place et ne demandent qu’à être utilisées. La pluralité des candidatures aux présidentielles le montre même si, au bout du compte, c’est le Guide de la Révolution et successeur de Khomeini qui appose son imprimatur. Jusqu’à présent, cela fonctionnait peu ou prou. Seulement, comme tous les régimes, il subit l’usure et l’ayatollah Khamenei pensait qu’il pourrait pousser son emprise encore un peu plus puisque, jusqu’à présent, la population n’avait jamais moufté. Pourtant, la nature humaine est ainsi faite que l’injustice révolte au point que l’on dépasse ses limites. En l’occurrence, la tricherie est telle que, même des électeurs du président sortant contestent. Face au mensonge, à l’injustice, on est hors de soi. On a pu entendre des personnes complètement ébranlées en constatant qu’un responsable musulman mente à d’autres musulmans. C’est probablement ce point qui va affaiblir le régime.
Maintenant, bien malin qui peut dire ce qui va se passer à présent. Ici, pays de la Révolution, on espère que la population va renverser ce régime que l’on ne comprend pas. Ce n’est pas si simple. D’abord, même si les manifestations sont massives, ce n’est pas toute la population qui conteste. Ensuite, le régime a mis en place un appareil répressif qui maintient l’autoritarisme depuis trente ans. Passés la surprise, le pouvoir organise la répression au point de dissuader toute nouvelle descente dans la rue. Déjà, il demande à Mir Hossein Moussavi de rendre des comptes pour les morts de ces derniers jours, comme si le mouvement était déjà éteint et que les règlements de compte avaient commencé. L’opposition n’est pas organisée et probablement moins unie qu’il n’y parait. L’armée a été affaiblie par la guerre du Golfe de 1980 à 1988. Le Guide a probablement impulsé des politiques sensibles, voire secrètes, que le président Khatami peut seul mener. Il y a trop de risque pour lui-même pour qu’il tente la moindre aventure politique. Reste que, contrairement à ce que l’on imagine ici, où l’on aimerait que Mir Hossein Moussavi devienne président, l’élection de celui-ci n’aurait, probablement pas changé grand-chose. Mir Hossein Moussavi a été Premier ministre de Khomeini durant cette première guerre du Golfe. Même en acceptant l’idée que l’on évolue, il y a peu de chances qu’il remette en cause l’essentiel. Certes, il ne donnerait pas dans l’outrance et la caricature dont le président actuel s’est fait une spécialité.
En attendant, les manifestants sont privés de téléphone et de la couverture des médias occidentaux. Quand bien même, la caractéristique des régimes autoritaires est justement qu’ils n’ont que faire du ‘qu’en dira-t-on’. L’Histoire propose des exemple à foison notamment ces dernières décennies. Il est difficile d’imaginer ce qui va se passer et si l’appel au deuil – autre forme de grève en pays chiite –va impulser un nouvel élan à la contestation. Pourtant, la rue a pris conscience de son pouvoir et le pouvoir a pris conscience qu’une forte mobilisation le fait vaciller. Pour le moment, l’appareil tient bon mais il n’en sera pas toujours ainsi.
22 juin 2009
Un moment de pure beauté
http://vimeo.com/moogaloop.swf?clip_id=2539741
17 juin 2009
Nouvelles de l'étranger
De graves troubles suivent les élections présidentielles en Iran. L’importance de ce pays dans le monde musulman est considérable. Il n’est que de se rappeler que c’est à la suite du retour de l’ayatollah Khomeini et de sa prise du pouvoir qu’une réaction islamiste s’est répandue non seulement dans les pays musulmans mais également dans tous ceux où des communautés musulmanes sont établies. Dans ce dernier cas, la dynamique propre aux minorités amplifie la tendance au conservatisme et à la religiosité ainsi qu’en témoigne le nombre grandissant de femmes voilées en Europe contrastant avec la tendance, en Iran justement, à retirer le foulard.
Ces élections méritent donc l’attention qu’on leur porte. Pour savoir s’il y a eu fraude ou non, il suffit de savoir que, pendant ces troubles, le président quasiment auto-proclamé se trouve en Russie pour participer à un somment de chefs d’Etats. S’il n’avait pas été sûr de sa ré-élection dès le premier tour –chose surprenante dans ce pays depuis qu’il y a plusieurs candidats possibles –il aurait fait reporter ce rendez-vous afin de faire campagne en vue du second tour. L’empressement de l’ayatollah Khamenei, à reconnaître la victoire du président sortant constitue le premier indice d’une volonté de mépriser le choix populaire.
Dans ce contexte, la mort du président Bongo du Gabon – souvent cité ici –paraît anecdotique. Bongo est controversé dans son pays. Les uns voient en lui un « père » dans la mesure où ils n’ont connu d’autre chef que lui. Ils le louent pour avoir évité des famines à son pays ainsi que des affrontements. Les autres le voient comme un tyran soutenu par la France
On notera surtout la présence du président de la république française et de son prédécesseur qui ne s’était pas déplacé pour Senghor du Sénégal, homme de lettres, ami de la France
Justement, l’information française à destination du monde est en danger depuis que la nouvelle directrice générale de l’entité qui chapeaute tous les médias audiovisuels destinés à l’étranger a décidé de fermer des services. Christine Ockrent, puisque c’est elle, par ailleurs épouse de son ministre de tutelle n’a aucune connaissance de l’importance de ces émissions pour des millions de personnes dans le monde qui aiment la France la France. Si
France Monde (TV5, France 24, RFI) a décidé de couper dans le budget d’une radio historique et qui jouit d’une excellente réputation au profit de France 24, chaîne tv qui se voudrait une CNN à la française. On est dans le grand « n’importe quoi » et l’on a trouvé la personne apte à encourager ces balivernes. S’il ne s’agissait que d’argent public mal dépensé, on en rirait mais là, ce sont des postes de journalistes et techniciens à l’étranger et l’espoir de millions d’auditeurs qui sont en jeu. Comme en France même, RFI n’est pas connue, Mme Kouchner-Ockrent joue le pourrissement du conflit.
http://www.courrierinternational.com/article/2009/05/22/sans-rfi-l-afrique-est-en-manque
http://www.rue89.com/2009/05/28/rfi-la-greve-se-poursuit-les-auditeurs-dans-lignorance
http://www.acrimed.org/article3145.html
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-12-02-RFI
Quand on lit que Mme Goetzinger, directrice générale déléguée, déclare sans rire : « Il faut réfléchir à une nouvelle stratégie », elle montre seulement que l’on n’a pas réfléchi avant de lancer le plan de licenciement de 206 personnes. Comme trop souvent, on licencie d’abord, on économise un peu d’argent ensuite et on se demande ce qu’on va en faire. On aura sans doute droit à une très belle campagne de publicité en France où RFI n’a pas grand intérêt mais où l’on pourra mettre en avant quelques personnalités sur le déclin.
Encore une fois, à l’heure où l’on parle de francophonie, où existe une Organisation Internationale pour la Francophonie la France
11 juin 2009
Briançon riche d'amis
Retourner à Briançon n’est pas seulement une promenade de santé. L’air de la montagne est particulièrement bon. C’est une chose entendue. Retourner à Briançon, ce n’est pas seulement raviver de bons souvenirs, retrouver des paysages grandioses, s’animer à l’idée de se dépasser en marchant longuement sur des chemins pierreux et s’arrêter souvent pour reprendre son souffle. Ce n’est pas seulement l’espoir de découvrir un animal inconnu en plaine et de le surprendre. Retourner à Briançon, c’est retrouver des amis fidèles qui m’ont soutenu dans ces longues années de cauchemar. Dans la difficulté, beaucoup de relations se brisent, y compris des relations intimes. Ainsi est l’humaine nature. En revanche, dans les épreuves, on s’estime plus que satisfait quand on sait pouvoir compter sur un ami et encore mieux sur plusieurs.
Etre un ami dans les épreuves ne consiste pas forcément à avancer de l’argent, à recevoir à sa table, à accorder l’hospitalité. Tout cela, bien sûr, est remarquable. Un ami dans les épreuves se révèle surtout celui, celle qui sait écouter, qui ne juge pas ; surtout qui ne prodigue pas de conseils faciles et tout aussi inutiles. Quand on connaît un, et parfois plusieurs, accident de la vie, on ne peut plus mobiliser les forces qui nous ont fait surmonter les épreuves passées. Donc, pas question de se secouer. Si on le pouvait, on ne serait pas dans la mouise.
Alors, une fois les difficultés passées, même
provisoirement, le moins que l’on puisse donner en échange à ses amis, c’est la
reconnaisse éternelle. La reconnaissance consiste, notamment, à honorer de sa
présence les amis des mauvaises années. On paierait cher pour connaître ces
moments où les amis lointains vous adressent leurs plus beaux sourires, vous
serrent la main, vous serrent dans leurs bras. Parfois, un chien se mêle à la
fête. Chaque jour, je retrouve un de ces amis qui ne m’a pas abandonné à mon
sort. Chaque fois, c’est une fête différente, selon la sensibilité de chacun,
selon ce qui s’est passé entre nous. Tous, je les chéris et j’ai le cœur gros
lorsque je repars.
Cette année, après ces départs douloureux, dans la bagnole, j’ai entendu à plusieurs reprises une chanson dont le refrain assène : « On n’est riche que de ses amis »
Alors, oui, je suis riche et même très riche !
10 juin 2009
L'Europe après les élections
Abstention !
Le temps printanier n’a pas incité les électeurs à se déplacer, pas plus que la complexité des institutions européennes, pas plus que le rôle limité du parlement –objet de ces élections –, pas plus que le manque d’entrain des partis de gouvernement, pas plus que les commentaires. Est-ce à dire que l’Union Européenne ne passionne pas les Français ? Surement pas. Il n’est que de se rappeler que lors du précédent scrutin portant sur l’Europe, le référendum sur le TCE, seuls 30% d’électeurs se sont abstenus.
Précisément, que n’a-t-on pas pris en compte le score négatif qui en a découlé ? Le propre de la démocratie, c’est d’accepter un résultat même et surtout quand il n’est pas conforme aux attentes gouvernementales.
Malgré tout, et comme à chaque élection depuis quelques années, on parle de « grand vainqueur » pour désigner, finalement, un grand perdant. On qualifie de « grand vainqueur », le candidat ou la formation qui obtient un score surprenant sans pour profiter des avantages d’une victoire. Pendant des années, cette formule s’est appliquée à l’extrême droite, au point qu’on avait fini par se convaincre que c’était une injustice flagrante si ses représentants ne gouvernaient pas le pays puisqu’ils étaient les « grands vainqueurs ».
Cette fois, ce sont les Verts. Leur projet est généreux, argumenté, mais gageons qu’on saura les remettre au pas, par exemple en faisant remarquer que leur groupe au parlement européen est loin d’être majoritaire même s’il pèse. D’aucuns prétendent que c’est parce qu’ils ont parlé d’Europe et non cherché à déstabiliser le président de la république qu’ils ont fait si fort. S’ils ont été justement reconnus pour tels, on ne saurait en tirer de conclusions hâtives. Déjà en 1994, la liste Radical emmenée par M. Bernard Tapie et celle, souverainiste, de M. de Villiers avaient connu ces succès pour avoir avancé leurs compétences en matière européenne. Cela n’a pas été confirmé.
Dans le même ordre d’idées, ce n’est pas non plus la première fois que le premier secrétaire du PS reconnaît sa défaite un dimanche soir après des élections et qu’il (ou elle à présent) promet qu’il en tiendra compte…
Au-delà de l’écran de fumée que représente le succès relatif de M. Cohn-Bendit, on remarquera aussi que la liste conduite par M. Bertrand a véritablement gagné. Or, celui-ci n’a parlé d’Europe que pour détourner l’attention des mécontentements. On ne peut donc pas dire qu’il a centré sa campagne sur l’Europe mais l’a instrumentalisée à son profit. De plus, son discours était l’archétype de la phraséologie du politicien professionnel, prompt à travestir la vérité, à contredire la réalité, à inverser les valeurs. On aurait cru entendre un dirigeant salafiste. Pourtant, c’est ce discours que les électeurs ont approuvé alors même qu’il n’y avait pas d’enjeu national, que le pouvoir n’était pas ébranlé, la propriété privée pas menacée. Ce discours falsificateur a séduit. Il faut en tenir compte. Preuve supplémentaire que la majorité présidentielle s’assoit sur les élections européennes : il n’est question depuis quelques mois que du remaniement ministériel. Ceux dont on veut se débarrasser ont conduit une liste (comme Mme Dati malgré son évidente ignorance de la question). Maintenant, on spécule sur les chances réduites de M. Allègre à prendre un grand ministère anti-écologique au moment où l’Europe vient de marquer son intérêt pour les questions d’environnement en élisant beaucoup d’écologistes au Parlement. La vie politicarde reprend le dessus.
Parmi les nouvelles qui fâchent, on notera que les derniers entrants dans l’Union n’ont pas manifesté d’enthousiasme pour aller voter. Tous les discours qu’on nous a servis pour justifier leur adhésion massive révèlent, aujourd’hui, leur inanité. Après tout, peu importe puisque personne ne s’en souvient. Le fait est que ces peuples n’étaient pas préparés à rejoindre l’Union Européenne et ne l’ont toujours pas comprise. D’ailleurs, on ne saurait leur reprocher. La faute en incombe uniquement à ceux qui ont imposé leur entrée massive sans l’avoir préparée. Toutes les crises que nous connaissons depuis résultent de cette impréparation et de l’obstination des gouvernements de l’époque.
D’une manière générale, les électeurs européens ont montré clairement leur attachement à une société profondément inégalitaire. L’épisode de la crise commencé l’été dernier n’aura pas incité à sanctionner des politiques aberrantes, inefficaces et injustes. L’Union Européenne demeure le bras séculier de la mondialisation libéraliste. On continue de feindre de croire que ce sera un jour la bonne solution. On espère toujours, dans une société intrinsèquement injuste, qu’on se trouvera du bon côté. C’est surtout cela qu’il convient de souligner dans le résultat de cette piteuse élection européenne. La percée écologiste ne saurait faire illusion surtout en France où les intérêts du lobby nucléaire et du lobby pétrolier* sont aussi puissants.
Qu’on se rassure, d’ici très peu, ces élections seront oubliées et l’espoir d’une inclinaison vers les préoccupations environnementales aura fondu comme neige au soleil. Tout redeviendra comme avant, comme d’habitude.
*un exemple : petit à petit, la SNCF
01 juin 2009
Style Europe
Au hasard des émissions radios, on finit par apprendre des
choses sur l’Europe qui se construit presque en catimini. Alors que la campagne
électorale devrait battre son plein, il faut être particulièrement vigilant
pour glaner des informations. Ainsi, depuis le 1er mai, la viande
aux hormones en provenance d’Amérique (Argentine, E.-U., etc.) est autorisée
dans l’U. E.. Nous sommes encore face à une décision prise par la Commission
Au cours d’un court reportage réalisé en Hongrie, pays de gastronomie réputée, une villageoise faisait remarquer qu’il y a peu, chaque maison possédait sa vache et disposait donc de lait frais en permanence. Aujourd’hui, la politique agricole européenne a fait qu’il ne reste plus que quelques têtes dans le village. Les habitants achètent donc du lait conditionné, venu de l’étranger et de moins bonne qualité. Sans compter que ce lait en brique voyage et pollue.
Parlant de lait, à l’initiative de la présidence française, les quotas laitiers ont été supprimés. L’U.E. se trouve envahie par du lait en provenance d’Océanie, conséquence du dogme de « la concurrence libre et non faussée ». Le résultat : les producteurs de lait sont dans la rue.
Remarque entendue à plusieurs reprises : à quoi sert de voter puisque quand le résultat ne va pas dans le sens souhaité par certains, on passe en force et sans qu’on puisse donner son avis ? Ce raisonnement devrait valoir la plus forte abstention jamais enregistrée lors d’une élection européenne déjà peu attirante. Le sentiment prégnant que tout se décide par des technocrates coupés des réalités dans leurs bureaux de Bruxelles fait plus contre l’idée d’unité européenne que tous les discours nationalistes et contradictoires.
L’Europe unie s’est construite sur une idée, sur des principes : la paix et un style de vie libéral, après la dernière guerre et par opposition aux économies dirigées en vigueur en URSS et dans ses dépendances. Une fois oubliée la menace soviétique, la notion de mode de vie a été gommée au profit de la seule promotion de l’économie libéraliste. Depuis 1993, l’Union Européenne n’est plus qu’un « marché unique ». Exit le modèle européen fondé sur une qualité de vie pour laquelle des systèmes sociaux fonctionnaient au bénéfice de tous. Selon les théories libéralistes de l’Ecole de Chicago, seul importe « la concurrence libre et non faussée ». L’U.E. est, en Europe, l’instrument de cette politique qui met en concurrence les peuples et qui favorise les produits venant de pays où les citoyens sont les plus mal payés, les moins protégés, les plus mal soignés, les moins instruits, où les femmes sont mal traitées, où les enfants mendient ou travaillent. Ici, les Européens sont réduits à l’état de consommateurs de ces produits. Or, la masse qui consomme se réduit au gré des choix qui poussent les financiers à transférer la production de richesse dans les pays où tout coûte moins cher. Vision à court terme à l’origine de la crise que nous traversons.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/04/24/13501129.html
Comment aimer cette Europe qui réduit ses citoyens à la pauvreté, qui décourage les progrès dans les pays qui produisent ce qui était fabriqué dans nos villes il y a peu ? Comment aimer une entité qui agit hors de tout contrôle citoyen et impose des normes et des produits que l’on n’a pas demandés ? Comment aimer une Europe qui envoie en son parlement les femmes et hommes politiques dont on veut se débarrasser localement ? Comment aimer une Europe qui gomme les identités nationales et même ce qui fonde l’identité européenne qui a fait tant envie aux peuples européens et plus lointains.
Comment voter pour des candidats que les partis présentent pour s’en débarrasser ? Comment voter pour des députés qui n’ont presque pas de pouvoir face à la toute puissante Commission dont le but unique est de favoriser la concurrence au détriment des intérêts économiques de l’Europe (ne parlons même pas de social ou d’écologie) ? Comment voter pour une Europe que ses pères ne reconnaitraient pas ? Comment voter encore quand les résultats précédents ont été superbement méprisés ?
Il y a gros à parier qu’au soir du scrutin, peu de partis reconnaîtront l’abstention pour ce qu’elle signifiera, qu’ils s’accuseront les uns les autres mais que, au bout du compte, on n’en parlera pas longtemps. Avant la fin de la semaine tout le monde aura oublié. L’Europe peut bien attendre et les Européens sont las d’attendre.
26 mai 2009
YACHVILI family
La première fois que j’ai vu Dimitri Yachvili,
c’était lors de la rencontre pour la troisième place de la Coupe
Yachvili, c’est un nom qui fait –comment dire ? –pas français. En effet, ça vient de Géorgie, une de ces nombreuses républiques caucasiennes que l’histoire (Atatruk et Staline notamment) a découpées pour diviser encore plus la mosaïque de peuples vivant dans ces montagnes austères.
Yachvili, c’est le nom d’un bonhomme qui s’est retrouvé en
France pendant l’occupation et qui s’est intégré, tout de suite dans un réseau
de Résistance, alors qu’il ne parlait même pas français. Surnommé
« Chaliko », il s’est fait remarquer par sa taille impressionnante,
son drôle d’accent. A la
Libération
Le fils, Michel, fait du rugby depuis tout petit. Avec les valeurs inculquées par ces parents hors du commun, il a tôt fait de se faire remarquer au C.A. Brive puis en équipe de France. Il fait partie de la sélection qui, en 1968, remporte le premier grand Chelem pour le pays. Dans le même temps, avec son épouse d’origine arménienne, ils auront trois garçons qui, en guise de nounours serreront dans leurs petits bras ce curieux ballon ovale que les professeurs de l’Education nationale nomment : « paramètre rebondissant à trajectoire aléatoire »sic.

Au hasard de l’évocation du talonneur Michel Yachvili,
l’auteur révèle quelques décisions contestables de l’ancien président de la Fédération 1968. A
En 2006, on pensait avoir trouvé mieux qu’un remplaçant à Fabien Galthié en fin de carrière comme demi de mêlée. La technique, la conscience professionnelle (eh oui, entre temps le rugby est devenu professionnel) et surtout le jeu de pied de Dimitri, fils de Michel, le désignaient et pour longtemps à ce poste stratégique s’il en est. Son arrivée en « petite finale » de la coupe du monde de 2007 contre les terribles All Black a, tout de suite, impressionné les amateurs. De toute évidence, il y avait une présence sur le terrain que personne ne pouvait ignorer parmi les quinze bleus ainsi qu’une voix grave propre à mener le pack. Grand seigneur, le demi d’ouverture et butteur de la sélection, Gérald Merceron, lui a tout de suite apporté le ballon pour que tous, y compris l’intéressé lui même, comprennent que, désormais, le butteur de l’équipe de France sera le jeune Dimitri Yachvili. Le rugby, ce sont aussi de grands gestes, dignes des chevaliers.
Les derniers mois vécus par Dimitri Yachvili sont également
exemplaires d’un autre point de vue. Après ce que l’auteur n’hésite pas à
qualifier de piège, le demi de mêlée biarrot a vu toute son expérience, son
travail déconsidérés suite à un match contre l’Angleterre que notre numéro 9
craignait de jouer en raison d’une longue absence sur les terrains. Le Quinze
de la rose, lui, était galvanisé et voulait sa revanche. Le sélectionneur a
fait payer au seul Yach la responsabilité de la défaite. Or, si la concurrence
avec Jean-Ba Elissalde est saine et motivante, l’incompréhension du
sélectionneur demeure profondément blessante.
Dès lors, tout s’enchaîne. Incapable de marquer des buts,
critiqué par la DTN
Il était arrivé la même chose en 2000 à Titou Lamaison qui a vu son travail lors de la demi-finale historique contre les All Blacks méprisé. Eloigné de la sélection, il n’a plus jamais retrouvé son niveau et a sombré en deuxième division. Ce ne sont pas là les valeurs du rugby, même professionnel. On ne juge pas un joueur sur un match.
A ce stade, il convient de revenir sur le passage de M.
Bernard Laporte comme sélectionneur. En 1999, il trouve un Quinze de France au
sommet après avoir battu les terribles All Blacks –avec une différence de
points jamais atteinte –et titulaire du titre honorifique de vice champion du
monde. On aurait pu penser que les joueurs qui avaient fait leurs preuves à
l’occasion de cette compétition difficile seraient reconduits sous réserve de
quelques ajustements. Nenni, la première tâche du nouveau sélectionneur a
consisté à renvoyer celui qui marquait les buts, Titou Lamaison, celui qui
marquait les essais, Philippe Bernat-Salle, et le capitaine, Raphaël Ibanez.
Rappelons qu’à ce jour Lamaison détient toujours –et sans doute pour longtemps
–le record de points marqués sous le maillot bleu avec 380 pts la France la
Coupe
Disons tout de suite que la grande réussite de Laporte aura
été de discipliner ces Français, volontiers tricheurs et offrant des buts de
pénalités à leurs adversaires. Ce n’était pas une mince affaire. Pour le reste,
comme sélectionneur, c’est une catastrophe dont on mettra longtemps à se
remettre. Un exemple ? Une quarantaine de charnières en huit ans. Un
autre ? le rappel de Delaigue, en fin de carrière, comme demi d’ouverture
alors qu’il n’était même plus titulaire dans son club et qu’il n’était pas non
plus un élément exceptionnel. Cette parenthèse Delaigue reste incompréhensible quand
on pense que le jeune Michalak, révélé au cours du Mondial 2003 et encensé par
la presse internationale avait besoin de s’aguerrir au plus haut niveau. Il
part alors jouer dans l’hémisphère sud –chose rare pour un Français – mais sa
carrière ne s’en remettra pas. Après avoir brisé celle de Lamaison, reconnu
aujourd’hui comme l’artisan de la qualification pour la finale de 1999, Bernard
Laporte semble s’être fait une spécialité de lutter contre les individualités
qui font le renom des meilleurs équipes et qui leur assurent la victoire et le
respect. De toute évidence, Michalak ne connaitra pas la gloire de ses
homologues britanniques Wilkinson, Patterson ou O’Gara. Laporte a encore cru
bon de rappeler pour un match amical Thomas Castagnaide (pour qui je n’ai pas
une grande admiration). Il est resté sur le banc de touche, concentré et
crevant d’envie de jouer. Pourquoi ne pas le faire rentrer alors que c’était là
sa dernière sélection ? Pourquoi priver un grand joueur du plaisir de jouer
une dernière fois avec le maillot bleu ? Encore des interrogations. Quant
à la dernière Coupe du Monde à domicile, tout ou presque a été dit. Il suffit
juste de rappeler que c’était l’objectif principal du sélectionneur dès sa
nomination (alors qu’il a pris une équipe en finale de la Coupe
La qualité principale du livre de Denis Lalanne, c’est qu’il a su dépasser l’anecdote pour évoquer brièvement trois générations de Français issus de l’immigration.
La loi du genre ‘livre sportif’ consiste à encenser une personnalité en vue sur le moment, de louer les parents et la famille et de livrer nombre de petites histoires. Ici, l’ancien rédacteur de L’Equipe est parti d’une page douloureuse de l’Histoire contemporaine à travers Chalva, le Résistant. Il montre comment un terroir façonne les hommes à son image, enrichis de leurs origines et de ce qu’il y a de meilleur dans l’environnement. Dans le cas présent, c’est le rugby qui a joué ce rôle.
Lalanne établit un parallèle entre les valeurs de la Résistance 9, a
La seconde moitié du livre est consacrée à Dimitri Yachvili, beau gosse et figure imposante du rugby des années 2000. Les déboires avec Bernard Laporte semblent faits pour rappeler que c’est dans l’adversité qu’un homme se révèle. La carrière de Dimitri est avant tout une vie d’homme servie par une force de caractère exceptionnelle. C’est en cela que réside l’intérêt de ce livre. On notera un style correct illustré de belles expressions imagées qui en font un régal pour le lecteur. C’est un livre à recommander pour tous ceux qui voudraient connaître l’univers si particulier du rugby. De toute évidence, quand le nom de Laporte restera associé à deux Coupe du Monde calamiteuses (pour rester dans le sport), on retiendra longtemps celui des Yachvili. Juste retour des choses.

En attendant, Dimitri Yachvili n’a toujours pas été retenu dans la sélection qui part en Océanie. Dur de constater que le talent et le travail ne sont pas reconnus par un ancien co-équipier.
