la lanterne de diogène

22 août 2019

L'Afrique n'enchante plus

Après les larmes de la fin pour M. Pauchon, c’est le tour de Soro Solo. D’abord, précisons que notre habitude, issue de nos lointaines lectures du Monde au temps où les lycéens étaient censés le lire parce que c’était le journal de référence, consistant à mettre « Monsieur » ou « Madame » devant le patronyme ne peut s’appliquer à Soro Solo dans la mesure où il s’agit d’un nom d’artiste. Idem pour feu Johnny Halliday.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2019/06/27/37461565.html

Donc, Soro Solo est prié de prendre la porte après 10 années de bons et loyaux services rendus sur la radio dite de service public. Déjà, l’an dernier, ça sentait le sapin pour lui puisqu’il était réduit au rôle de simple chroniqueur dans diverses émissions. On lui a accordé un sursis, peut-être parce qu’il n’y avait rien d’autre à mettre le soir, en semaine, peut-être en récompense modeste pour ces années où il nous enchantait avec l’Afrique.

L’Afrique enchantée, c’était une idée complètement folle, au départ, soutenue par l’immense et inoubliable Bernard Chéreze, à l’époque directeur de la musique sur Inter mais en charge, en cett été 2004 des la grille estivale. On connaît la suite, le succès a conduit à poursuivre l’aventure. L’Afrique enchantée, nous donnait à connaître ce continent qu’on s’obstine à voir à travers le prisme de la souffrance, de la famine et surtout de l’extrême pauvreté. Je ne peux m’empêcher de rappeler ce témoignage lu, il y a quelques années, d’un jeune antillais désireux de connaître ses origines africaines et persuadé en débarquant là-bas qu’il ne trouverait personne en bonne santé. Malheureusement, cette idée est très largement répandue. Il m’est arrivé de soutenir face à des personnes qui n’y sont jamais allé que les Africains mangent beaucoup et surtout de la viande. Non, c’était scandaleux d’affirmer ça alors que tout le monde sait bien qu’ils meurent de faim. Je cite cette anecdote car, comme le disait Albert Camus, pour vivre en société, il faut se résigner à s’entendre apprendre des choses qu’on sait déjà par des gens qui les ignorent. Il avait tout compris, celui-là.

Au début, « L’Afrique enchantée » nous donnait à connaître chaque jour (ou chaque semaine) un pays différent. On y évoquait son histoire, sans concession, sans précaution, sa culture, le tout ponctué par les musiques locales, riches et diverses. S’il y a bien une conscience africaine, de préférence aux consciences nationales issues de la colonisation, il existe surtout une diversité que notre façon de voir l’Afrique ignore. Pour dire les choses simplement, c’était passionnant. On ne pouvait pas décrocher. Comme ça se fait parfois, l’émission a été reconduite à la rentrée, puis aux suivantes et ainsi de suite jusqu’à la saison dernière. C’est avec joie que nous avons retrouvé une véritable émission cet été.

Alors, bien sûr, toutes les émissions s’arrêtent un jour, tous les animateurs, même les journalistes quand ils ne sont pas salariés, doivent rendre l’antenne un jour ou l’autre. Quand même, on peut s’étonner (ou faire semblant car on n’est pas dupe) qu’il y ait eu, voici quelques années, une telle mobilisation pour deux chroniqueurs quand, au même moment, on vidait RFI par charrettes entières de dizaines d’employés, quelques six autres producteurs, jamais rappelés, ont pris la porte et que, cette année encore, au moins deux des voix les plus talentueuses de la station nationale sont priées de raccrocher sans que personne ne proteste. On lit par ci, par là, quelques regrets mais rien de bien méchant. Quand même, une émission qui avait survécu au très parisianiste M. Val, qui n’avait pas hésité à supprimer cette fenêtre ouverte sur le monde qu’était « Et pourtant, elle tourne », pour se recentrer sur l’activité culturelle parisienne, aurait pu continuer. Il semble que, à l’heure où ce qui tient lieu de projet politique national tient dans la formule « il faut faire des économies », il y ait une volonté d’effacer ce qui caractérise la radio dite de service public. « Écouter la différence » n’est plus qu’un slogan du passé qui fera bientôt rire comme lorsqu’on évoque les meilleurs moments de l’ORTF ou d’Antenne 2. La culture et la connaissance sont devenues des objets de moqueries et le comble de la ringardise à l’heure où le pognon est roi. L’ouverture à l’autre qui passe par la connaissance et par la culture est, de fait, enterrée. Quand Inter ressemblera à Europe 1, elle subira le même sort malgré les bons résultats de ces dernières années. Justement, s’il n’y a plus de différence avec les autres généralistes, il n’y aura plus non plus de raison de maintenir une radio financées par le contribuable qui trouvera formidable de payer toujours moins d’impôts, de ne plus payer de redevance, sans réaliser qu’il faudra qu’il paie de sa poche (quand il en a une) ce qui est gratuit ou presque, aujourd’hui.

soro solo

Soro Solo, au contraire de ce qui se fait généralement sur Inter a décidé de faire la fête, dans la pure tradition africaine, plutôt que de partir, comme M. Hees autrefois, en se vantant de ne pas faire un feu de joie, ou comme M. Bédouet qui a à peine évoqué son départ après des décennies de « Téléphone sonne ». Soro Solo a invité ceux qu’il aime le plus et qui étaient disponibles, dont le grand Manu Dibango. Il a cité tous ceux qui ont travaillé avec lui dont « la nièce », Mme Hortense Volle qui répondait au courrier. Il me semble qu’il a oublié M. Guillaume Thibault qui l’a accompagné lors de la deuxième saison avant de repartir en Afrique. Il n’a pas non plus évoqué la soirée festive pour porter en terre l’immense animatrice qu’avait été Kriss. Peut-être cela aurait-il gâché la fête. Quoi qu’il en soit, il n’est pas dans les habitudes africaines de montrer ses sentiments et encore moins ses émotions. Qui nous l’apprendra à présent ?

Maintenant, le vieux père va nous demander la route. En Afrique, plus qu’ailleurs sans doute, c’est un grand moment. D’abord, on se réjouit pour l’autre de ce nouveau départ mais c’est pour mieux cacher la crainte qu’on éprouve devant l’incertain.

 

 

Veux tu que je dise
Gémir n'est pas de mise
En Afrique

 


28 juillet 2019

La mission Macron

Ce bilan du macronisme aura pris finalement plus de six mois avant d’être publié. C’est donc très long à lire. Les derniers mois ont été fertiles en événements et, un peu plus de deux ans après l’élection de M. Macron à la Présidence de la République, le moment est venu de poser des faits, de les mettre en perspective, d’évaluer leur efficacité avant l’agitation de la rentrée.

 

D’abord, fidèle à notre travail de mémoire dans tous les domaines, rappelons que l’élection de M. Macron, si elle n’était pas souhaitée, nous avait, au moins, intéressé dans la mesure où elle permettait un renouvellement du personnel politique. S’en était fini des vieux barbons qu’on voyait depuis des décennies. Certains, encore de nos jours, avaient commencé leur carrière sous De Gaulle ; et ne parlons pas des chroniqueurs politiques. Donc, un point positif laissait espérer des lendemains, sinon vraiment meilleurs, du moins empreints de nouveauté et, peut-être, de fraîcheur. Or, dès les premiers mois, dès les premières séances de la nouvelle Assemblée Nationale, on a surtout vu de l’amateurisme, des élus qui découvraient des dossiers même pour des sujets traités abondamment par les médias. Dans l’hémicycle, on a surtout vu les élus aguerris, passés dans la majorité présidentielle, encadrer discrètement les nouveaux, non pas pour les épauler mais de peur qu’ils ne commettent de nouvelles bévues. La mesure phare consistant à dédoubler les classes de primaire dans les ZEP faisait craindre le pire : comment réussir à construire des cloisons pendant ce qui restait des vacances d’été ? Finalement, ça a plutôt bien marché et l’on pouvait espérer qu’il en serait de même pour tout. Las, on a vite compris que l’amateurisme des nouveaux élus a surtout servir à l’exécutif pour imposer une discipline de fer afin de faire passer les lois les plus contestables. Grâce à cette majorité automatique conférée par les institutions, l’exécutif n’a plus besoin de s’exposer à la vindicte en faisant passer des ordonnances puisque le résultat est le même avec la caution démocratique du Parlement. À ce stade, on a déjà envie de dire que M. Sarkozy en rêvait et que M. Macron le fait. À partir de là, on a commencé à y voir plus clair. Outre une Assemblée de simples exécutants, on a vite constaté que le Gouvernement est à la manœuvre et sans scrupule, qu’il n’a aucune espèce d’hésitation quand il s’agit de favoriser les intérêts particuliers du milieu dont ils sont issus. Les prédécesseurs de M. Macron avaient peut-être été tentés, eux aussi, de frapper les plus vulnérables selon le principe qu’ils ne sont certes pas riches mais ils sont plus nombreux. Comme si, « pauvre », « défavorisé », « vulnérable » ou plus exactement « exploité » n’était qu’un vocable, une étiquette dans un cours théorique sur la composition sociale de la population. Exploité correspond à une réalité qui se traduit, notamment, par un faible revenu et un complexe d’infériorité. L’exécutif n’en a cure et frappe, dès la rentrée, un grand coup et un coup symbolique en s’en prenant aux deux bouts de la pyramide des âges : les étudiants et les retraités. Le message est fort : rien ne les arrêtera.

Certes, dans le passé, nous avons vu que les grandes manifestations des années 1970 n’ont plus cours. Les humoristes des années 1980 les ont ringardisées efficacement. Désormais, descendre dans la rue relève du folklore. Il y a bien eu le mouvement de décembre 1995 mais depuis, plus rien. Quand il y a appel à manifester, le patronat et le Gouvernement en prennent acte sur l’air de : manifester est un droit reconnu, donc nous ne nous y opposons pas mais faites vite parce qu’on n’a pas que ça à faire et, au passage, merci de nous faire économiser une journée de salaire à verser. Donc, rien à craindre de ce côté-là. Manifestez mais ça ne changera rien. [ces lignes écrites voici quelques mois étaient prémonitoires si l’on considère la manifestation du 9 mai]

C’est là que les gilets-jaunes interviennent. Nous avons émis les plus grandes réserves sur ce mouvement en remarquant, notamment, que malgré son ampleur, il n’a donné lieu à aucune journée de grève ni au moindre arrêt de travail. Pourtant, au début, les rond-points étaient tenus toute la semaine. De même, les principales récriminations visaient les élus et les hauts-fonctionnaires (accessoirement le coût des anciens Présidents) mais jamais le patronat auquel on ne demande pas la moindre augmentation, ni la grande finance : aucune manifestation dans les quartier parisien de La Défense (pourtant proche des Champs-Élysée) où se trouvent les sièges des plus grandes entreprises du monde. Nous avons également dit que, quoi qu’il en soit, il faut toujours entendre la colère, même exprimée maladroitement, même exprimée violemment. Du reste, dans les débats, les discussions, les échanges, il est une formule qui revient tout le temps : « nous sommes écoutés mais pas entendus ». En termes moins polis, ça veut dire : cause toujours ! Entre le monopole de la parole détenu par les médias dont 80 % appartiennent à des groupes industriels ou financiers et des élus éloignés de leurs électeurs, il y a une population exaspérée, poussée à bout à force de n’être pas entendue. Il y a, dans ce pays, et depuis des années, un besoin de parole que le Grand Débat paraît avoir pris en compte mais on a vite compris qu’il sert surtout à faire valider par la population en colère la politique de désengagement de l’État dans l’économie avec l’abandon de ce qui reste de fleurons industriels aux intérêts étrangers et la fin programmée de la protections sociale ; qualifiée « d’assistanat » par les gilets-jaunes.

La grande habileté du chef de l’État est de se servir des formules hostiles à sa politique pour la mettre en place et l’entériner. Tout le grand questionnaire consistait à faire miroiter les baisses d’impôts (surtout pour les plus hauts revenus en raison de sa croyance superstitieuse dans le ruissellement) et autres suppressions de taxes en échange de la fin programmée des services publics. Ça s’appelle de la démagogie comme quand il prétend mettre en avant la transition écologique mais que les Ministres utilisent leurs véhicules pour quelques centaines de mètres et que leurs chauffeurs font tourner la climatisation pendant des heures en les attendant. Démagogie encore quand on laisse une catastrophe industrielle comme l’EPR se poursuivre alors que, depuis 15 ans, ça a « coûté un pognon de dingue » – plusieurs dizaines de milliards en l’occurrence – sans aucun résultat. Démagogie toujours puisque, malgré les affirmations écologistes du Gouvernement et du chef de l’État, des préfets annulent les arrêtés municipaux interdisant l’usage de certains pesticides. Rappelons que, à l’heure où le mot d’ordre est « il faut faire des économies », le traitement de l’eau pour la purifier des pesticides coûte cher aux intercommunalités.

 

Nous avons pointé, au début, l’amateurisme des nouveaux députés qui sert bien l’inflexibilité du Gouvernement mais il faut aussi traiter de l’amateurisme de celui-ci. L’été 2018 a été fertile en rebondissements qui traduisent cette situation. Deux démissions majeures ont ébranlé l’exécutif puisqu’il s’agissait des numéro 2 et 3 du Gouvernement, autrement dit des vice-Premiers Ministres de fait ; puisque la fonction n’existe pas chez nous sous ce nom. En d’autres termes, a démissionné celui qui aurait présidé le Conseil des Ministre en l’absence du Premier Ministre. Or, M. Hulot, puisqu’il s’agit de lui, a été exposé aux prises de position du Ministre de l’Agriculture sans que personne, ni les commentateurs, ni le Premier Ministre n’y mette bon ordre. Tout s’est passé comme si, comme autrefois et comme de nouveau maintenant, le Ministre de l’Environnement n’était qu’un alibi, un gage donné à une force d’appoint sans grande importance. Souvenons-nous que M. Chevenément, Ministre de l’Intérieur, n’avait pas bougé quand le ministère de l’Environnement avait été saccagé par des manifestants et en avait même paru amusé. Les temps n’ont guère changé. Cause toujours, disions-nous ? Juste après, le doyen du Gouvernement, Ministre de l’Intérieur, démissionne faute d’avoir été entendu suite à des rapports de ses services sur des risques de troubles sociaux. La démission de M. de Rugy, suite au « homard-gate », porte à 15 le nombre de ministres démissionnaires et ce, avant la mi mandat. Il y aurait de quoi constituer un gouvernement restreint avec ceux qui sont partis. En revanche, si l’un a dû démissionner pour quelques homards, d’autres sont cités dans de nombreuses affaires – telle Mme Pénicaud – beaucoup font l’objet de redressements fiscaux et ne parlons pas des conseillers. Ça fait beaucoup. Cause toujours, disions-nous ? De toute évidence, l’exécutif poursuit ce qu’il considère comme une mission, d’où cette manière de gouverner originale, sourde à toute recommandation, à toute considération humaine et strictement comptable : « il faut faire des économies ».

 

macron -démissions

Pour ce qui est des démissions, disons qu’il s’agit de péripéties si l’on considère la nature profonde du Gouvernement et ses objectifs. Maintenant, quand on voit le travail de M. Castaner à l’Intérieur, on peut légitimement se poser des questions. Il a revendiqué la Place Beauvau comme un honneur qui devait lui échoir de droit. Qu’en fait-il ? Dès le début, il a été incapable d’expliquer aux gilets-jaunes qu’on ne manifeste jamais sur les Champs-Élysées et qu’il ne faut pas confondre les rassemblements de liesse populaire spontanés avec une manifestation politique. Ensuite, on assiste depuis des mois à une hésitation entre laxisme et fermeté avec des ordres exécutés maladroitement mais toujours brutalement. Jamais dans l’histoire d’un pays de tradition démocratique, on n’a vu un tel bilan en termes de blessés parmi les manifestants (ou simples badauds) et même les forces de l’ordre, au point que l’ONU a réagi officiellement. Dans le monde entier, on diffuse les images de la brutalité de la répression. La France, toujours prompte à donner des leçon au monde entier est regardée avec consternation et terreur. Est-ce donc ce qu’est devenue la patrie des Droits de l’Homme ? Oui, depuis qu’elle a tourné le dos à sa vocation universelle pour se plier au dogme de l’ultralibéralisme et de sa logique financière. Plus question de maintenir un système qui, par sa protection sociale, atténue la brutalité de la logique libéraliste. En 2008, les observateurs ont souligné que la France avait moins subi le nouvel épisode de crise que ses homologues en raison de son État encore fort et de ses services publics. Visiblement, c’est ce qui a le plus contrarié les tenants de l’ultralibéralisme. À l’avenir, il ne faut plus qu’un État encore fort atténue le jeu normal de la spéculation financière. La population doit subir logiquement les revers de l’économie et il faut en profiter pour imposer une baisse des salaires.

Toujours M. Castaner, Ministre qui lit son journal sur le banc des ministres dans l’hémicycle pendant qu’un député s’adresse à lui à la tribune. Cause toujours, disions-nous ? Après avoir écrit ces lignes, nous avons appris qu’il était en discothèque pendant que se déroulaient des événements relevant de son champ d’application. Et de répondre en appelant à la compréhension : il a le droit de se détendre un peu aussi. Certes mais quelle image donnée par le numéro 2 ou 3 du Gouvernement ! D’abord, il y a d’autres moyens de se détendre. Des Chaban-Delmas, de Villepin ou même le Président Sarkozy s’adonnaient à la petite foulée. Comme l’a fait remarquer un commentateur, imaginons qu’il ait bu un peu trop et qu’il soit rappelé dare dare Place Bauveau… C’est sans doute ce qu’a pensé le Président de la République, lui aussi en détente, forcé de rentrer quelques heures après son arrivée dans une station de ski. Quand le Président doit prendre en charge, lui-même, une simple question de maintien de l’ordre, c’est à se demander à quoi sert le Gouvernement. Connaissent-ils seulement la notion d’astreinte ? L’amateurisme politique des autres ministres ne pose pas de problème puisque ce n’est pas ce qu’on leur demande. Du moment qu’ils travaillent à brader les fleurons industriels de la France, à supprimer les services publics, qu’ils renforcent les intérêts particuliers des grands groupes financiers et de leurs actionnaires, on ne leur en demande pas plus. Les ministères dits régaliens devraient être confiés à des personnalités qui, au minimum, ont entendu parler de la cause de l’État.

Or, rien du tout, M. Castaner considère son maroquin comme une sinécure et limoge un préfet, certes défaillant mais dont il est le donneur d’ordres. Et puis, si c’est pour le remplacer par un autre qui s’est fait connaître en laissant brutaliser un député de l’opposition qui se trouvait parmi les manifestants, on peut craindre de nouvelles exactions, surtout que, dans le même temps, le Gouvernement a fait appel à la troupe pour appuyer les forces de l’ordre. Là encore, c’est du jamais vu. Quasiment tous les pays ont fini par se doter de forces de l’ordre, de police anti-émeutes (quel que soit le nom qu’on leur donne) parce que l’armée n’est pas faite pour ça, n’est pas entraînée pour ça. L’armée sait se positionner et tirer sur des assaillants. Bien sûr, ça fait des morts, ce que la plupart des Gouvernements se refusent à voir. La France, de tradition démocratique, revient en arrière en appelant la troupe. On pouvait penser qu’elle ne serait pas sollicitée pour tirer mais le général Gouverneur de Paris a répondu que ça pourrait se faire. Il est vrai qu’on ne voit pas ce que pourraient faire des soldats armés à part tirer. C’est donc en connaissance de cause qu’on a dégarni le dispositif mis en place après les attentats pour suppléer les forces de l’ordre. Enfin, M. Castaner se permet de décorer des policiers mis en cause dans des procédures relatives à des violences policières. Il n’a même pas attendu les conclusions. C’est à se demander s’il fait seulement le lien entre tous ces éléments.

Certains ont parlé de moyens démesurés. C’est, en effet, ce qui frappe (au propre comme au figuré). Pourtant, ce n’est pas nouveau. Sous la présidence précédente, les manifestations contre la loi travail et le mouvement des Nuits-debout avaient été sévèrement réprimés. Nous avons souligné l’ampleur des effectifs de militaires déployés sur le site de Notre-Dame-des-Landes pour quelques 200 militants. Entre deux samedis de gilets-jaunes réprimés, on apprend que des escadrons de gendarmerie mobile ont été envoyés pour détruire une cabane en bois construite sur une île d’un étang de NDDL. Ça fait suite aux menuiseries, mielleries, herboristeries, boulangeries pulvérisées par les mêmes militaires. Pourquoi ? La France est-elle menacée par ces opposants et par des cabanes construites sans permis ou bien quand elle vend ou brade les barrages hydroélectriques, les brevets de l’industrie nucléaire, les aéroports parisiens ?

Parlant de la privatisation (mot fortement connoté positif) d’ADP, que dire des ministres en pointe sur le dossier, MM. Lemaire et Griveaux, incapables d’argumenter face aux craintes exprimées de plus en plus fortement ? Quand on en est à dire que ce n’est pas le rôle de l’État de passer des baux commerciaux et de vivre d’une rente, alors que les griefs portent sur des aspects autrement plus graves, c’est qu’on n’a pas grand-chose à dire. Au passage, rappelons que la concession est d’une durée de 70 ans ; du jamais vu. Autrement dit, personne parmi les ministres et les élus ne verra la fin de la concession. Élus qui n’étaient pas nombreux, à 6 h du matin, quand la loi est passée en force et en catimini. Quel mépris pour la représentation nationale sur un sujet de sécurité publique ! Où l’on voit bien que cet empressement dissimule à peine une cession à des intérêts particuliers. Dans quel pays sommes-nous, à présent ! Et puisque nous en sommes là, signalons aussi qu’ADP va être cédé après que les contribuables ont financé des travaux d’agrandissement de l’aéroport d’Orly à hauteur de 400 millions d'euros afin d'augmenter sa capacité de 8 millions de passagers à plus de 40 millions de passagers. Tout bénéfice pour le concessionnaire de 70 ans qui n’aura pas déboursé mais profitera de la manne apportée par les clients attendus. Si ce n’est de l’amateurisme, c’est voulu. On ne sait pas lequel des deux est le plus grave. Les ministres concernés en appellent à « l’économie de demain » pour laquelle on sacrifie ce qu’ils appellent une rente. Ça, c’est encore une astuce langagière pour faire passer une mesure qui va contre l’intérêt général. « L’ancien monde », « l’économie de demain » sont des mots, des formules pour ringardiser ce qui a fait ses preuves. S’il y a quelque chose que cette majorité macroniste a bien compris, c’est qu’il est plus efficace de ringardiser pour faire accepter l’inacceptable, que d’expliquer ce qu’on aurait bien du mal à simplement présenter. Qu’on se rappelle le rapport demandé à M. Borloo pour apporter des solutions à un problème qui resurgit épisodiquement et qui est toujours traité par la force brute. À peine publié que le Président de la République qui avait demandé ce rapport l’a jeté en arguant que le temps n’est plus où des « mâles blancs décidaient ». On se demande ce que vient faire cette allusion mais toujours est il que le problème se reposera et avec un degré de gravité supplémentaire.

 

Paradoxalement, l’amateurisme des députés LREM a remis en selle le Sénat, considéré depuis longtemps et à tort comme la maison de retraite de l’Assemblée. Il est vrai que, selon les époques, c’est ce qu’on lui demandait mais voici que, à la faveur du blocage systématique et organisé des débats en commissions ou en séance plénières, les sénateurs prennent le relais et passent de leur rôle habituel de modérateurs plus ou moins écoutés à celui de véritables acteurs de la vie politique. Comme ce n’était pas prévu par l’inculture de la classe politique dirigeante, elle accuse la chambre haute de « faire de la politique » , ce qui est tout de même son rôle. Erreur ? En s’inscrivant dans la lignée du « ni de droite, ni (surtout) de gauche » mais en l’exprimant de façon positive avec des « et de droite et (à la rigueur) de gauche », cette majorité présidentielle prétend ne pas faire de politique mais agir dans la seule perspective du redressement de la France et surtout de ses comptes publics. En somme, on aurait affaire à des spécialistes, des professionnels déterminés à appliquer une politique sans état d’âme mais avec une volonté objective que rien ni personne ne saurait ébranler. De fait, c’est bien ce à quoi nous assistons. Le Président de la République a sans doute compris, dès le début, que l’instauration du quinquennat ajouté aux politiques de récession inspirées depuis l’extérieur fait qu’il ne sera pas réélu et rejoindra les ex, à la retraite alors qu’ils sont encore jeunes. Il trouvera probablement un poste d’expert ici ou plus loin mais aura mis en place des structures irréversibles qui transforment l’indépendance de la France en pays dépourvu de ses atouts financiers, industriels et agricoles pour affronter la concurrence des imprévoyants parvenus à sa hauteur par le jeu du libre-échangisme. Bref, la France devient un membre parmi d’autres dans les instances internationales où sa voix ne comptera pas plus que celle des autres. C’est ce que nous allons voir à présent.

Il apparaît plus clairement que l’amateurisme et la superstition du Président Macron ne sont que l’aspect immergé d’un iceberg. La fable du ruissellement occupe les commentateurs pendant qu’il est de plus en plus évident que M. Macron, repéré par la commission Attali, est en place pour une mission. Son but, à travers des formules comme « le monde nouveau » est d’effacer toute trace de ce qu’il appelle « l’ancien monde » et ses réussites. Plutôt que d’adapter le modèle français aux évolutions démographique et technique, il se consacre entièrement à détruire les remparts qui protègent les Français des excès d’un capitalisme débridé et désormais sans retenue ni complexe. En incitant à supprimer les services publics dans son questionnaire, sous couvert de baisse d’impôts, en voulant supprimer l’ENA, en achevant le démantèlement des fleurons industriels, en privatisant les entreprises d’État, en abandonnant à des boutiquiers des services publics gratuits (comme la Carte-Grise), il ne vise rien moins que réduire le poids de la France et son influence encore forte malgré les changements survenus dans le monde au cours de ces dernières décennies. Cela va plus loin encore. À partir du moment où la France rentre dans le rang, devient un membre ordinaire de l’UE et du FMI, comme le Danemark ou la Pologne, il ne restera plus à la France qu’à s’aligner complètement sur l’OTAN, mettre sa force de dissuasion sous contrôle étatsunien (les É-U possèdent à présent les brevets du nucléaire civil et peuvent contrôler la filière) et céder son siège permanent au Conseil de Sécurité tandis que la Grande-Bretagne le conserverait, quelle que soit sa situation dans l’Europe. Bien sûr, on peut penser qu’il n’y a pas une volonté délibérée de M. Macron d’affaiblir la France mais sa politique va dans ce sens afin de n’offrir aucun modèle alternatif à l’ultralibéralisme. Le soubresaut de 2008, dans cette vaste crise qui dure depuis 1974, a montré comment ce qui reste du modèle français a permis d’atténuer les effets désastreux. Pourtant, c’est ce qui a convaincu qu’il fallait en finir et accepter, désormais, toutes les conséquences d’un revers financier mondial sans y opposer des protections étatiques autrement appelées « État-providence ». Il faut laisser faire le marché et ses conséquences implacables. En fait, on voit bien que le marché ne fonctionne pas dans la mesure où il est dominé par de grands groupes qui ont obtenu que les règles encore en vigueur leur soient favorables et leur assurent une situation de quasi monopole. Dans ces conditions, la résistance d’un pays comme la France, avec ses groupes industriels constitués après guerre par l’État, ses services publics performants, sa recherche, son armée et sa force de dissuasion, sa coopération avec ses anciennes colonies est tout à fait insupportable. On ne va pas le dire comme ça, on va préférer une formule comme « l’ancien monde ». Or, la population y est malgré tout favorable puisqu’elle en bénéficie encore un peu. Il fallait une nouvelle génération de décideurs qui, de l’intérieur, fasse changer les choses et les présentent sous un angle positif, d’où cette référence au « monde nouveau ». Le mouvement engagé par le Président Sarkozy, confirmé par le Président Hollande sera peut-être finalisé par l’actuel locataire de l’Élysée. Il ne se limite pas à réduire les dépenses de l’État sous injonction suprême des instances non élues de l’UE et du FMI mais aussi à priver les collectivités locales de subsides en réduisant leur dotation afin de les empêcher de prendre le relais des services publics d’État défaillants ou absents. Ainsi, il doit être mis fin à tous les garde-fous qui ont protégé les Français pendant des décennies et ont permis, concomitamment à la France de se hisser parmi les grandes puissances. La France, contrairement à la plupart des quelques 200 pays du monde – et notamment ses voisins – est un pays plusieurs fois séculaire, avec un poids démographique, une Histoire riche et cohérente qui lui confèrent une place particulière. Il ne s’agit pas d’entretenir la fierté nationale – on n’en est plus là – ni même d’en appeler, comme certains ont pu le faire dans le passé, au patriotisme économique. Il s’agit tout simplement de ne pas se laisser dicter son mode de vie, ses lois, son alimentation par des intérêts financiers.

Au moment de mettre le point final, nous constatons que nombre de faits mentionnés sont déjà anciens et oubliés. C’est toujours ce qu’escomptent les politiques : l’oubli. On oublie qu’Untel a été condamné (même s’il a purgé sa peine) quand on le nomme à l’équivalent de la Cour Suprême de la République. On oublie qu’une autre a été condamnée mais dispensée de peine quand on la nomme à la tête d’une banque centrale. On oublie – et les vacances vont définitivement plonger dans l’oubli – que des ministres ont failli dans les moments les plus graves et que les économies promises vont se faire sur le dos de ceux qui les réclament le plus mais qui bénéficiaient aussi le plus des services publics et de la protection sociale.

 

 

https://www.sudouest.fr/2018/10/03/les-departs-ou-demissions-de-ministres-sous-macron-5445200-7527.php

 

21 juillet 2019

La France dans le projet européen - par Jérémy

Vous avez reçu un nouveau commentaire sur votre blog : "la lanterne de diogène". Le voici :

Un pays, ce qu'il représente, ce qui le définit, peut-il se résumer à la période de son histoire que l'on traverse, décrit et commente ?

Il y a eu une Hongrie, une Pologne, une Ukraine, une Roumanie avant qu'elles aient appartenu à ce qu'on a appelé "le bloc de l'Est", puis s'en soient libérées.
Il y a eu une France post-révolutionnaire, une France de l'ère industrielle, une France de Vichy puis une France de la Libération, puis une France des Trente glorieuses, une France de 68... Il y a aujourd'hui une France enlisée dans les conséquences d'un projet politique supranational, que les diktats économiques que l'on sait ont précipitée dans l'état de régression que l'on sait, et que décrit Onfray - un peu tardivement, soit dit en passant.

Il y a eu avant ça une crise. Une crise née au début des années 70, dont on n'est jamais sortis. Une crise qui ne se résumait pas aux tressauts d'une économie post-industrielle hésitant entre l'usine et le tertiaire, mais une crise plus profonde, que l'on qualifierait aujourd'hui de sociétale, dont 68 fut un symptôme. Une crise à la fois politique et générationnelle, une crise identitaire et des idéaux en lice, une crise qui se déclinait dans l'ombre portée de la Seconde guerre mondiale, où livraient bataille ceux qui avaient traversé cette guerre, l'avaient endurée, vécue, et ceux pour qui elle était déjà de l'histoire ancienne.

L'Europe était présentée comme la solution à cette crise, le commerce comme la parade aux conflits qui avaient secoué l'Europe. On était alors dans les sourires des débuts de projet, quand le lyrisme le dispute à l'enthousiasme. C'est humain et cela s'est toujours vu. L'Europe allait nous sortir de cette mauvaise passe, ce tunnel dont un Chirac affirmait en 1979 que nous approchions du bout. Certains, et pas des moindres, célébrèrent la Crise en 1984, comme une chance offerte à de nouvelles possibilités. Outre-Manche, une certaine Margaret Thatcher anticipait ce que ses futurs homologues du continent qualifieraient de "réformes indispensables". Jusqu'à sa chute en 1991, après la "réforme" de trop.

L'Europe non seulement ne nous a pas tirés d'un mauvais pas, mais elle nous y a enfoncés jusqu'à la garde. L'Europe a trahi les attentes de ceux, à l'est et à l'ouest, qui voyaient en elle un pas en avant. On avait démantelé le Mur de la honte pour liquider l'oppression et les autocrates communistes, pensant que les marchés élimineraient du même coup la misère. Mais la misère n'a pas disparu. Au contraire l'Europe l'a planifiée, au nom des marchés.

La France s'est inscrite dans ce funeste projet comme naguère la Hongrie, la Pologne, l'Ukraine, la Roumanie s'étaient laissées asservir par l'emprise communiste et ses promesses de lendemains chantants. Les autocrates sont de retour, et l'oppression et les milices, revues selon une modalité "démocratique", qui sont les forces d'une certaine vision de l'ordre que d'aucuns ont l'outrecuidance de qualifier de républicain.

C'est une période de son histoire que traverse notre pays, qui en rien ne saurait le définir comme étant une après-France. Macron n'est pas plus la France de 2019 que Trump n'est les États-Unis de 2019. Ce qu'est un pays est ce qui l'a forgé au long des siècles, c'est sa langue, c'est sa geste, c'est sa littérature, ce sont ses architectes, ses artistes, ses personnages historiques de premier et de second plan, ses héros méconnus, ses métissages, ses reniements aussi. Le traité de Maastricht fait partie de cette histoire, mais il n'est pas l'histoire, il n'est pas non plus l'enterrement d'un pays, il en est un soubresaut comme il en eut avant, comme il en eut ensuite, comme il en aura d'autres...

Auteur : Jeremy Berenger •

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18 juillet 2019

Michel ONFRAY parle de la France et des médias

Nous publions des extraits de l’entrevue que le philosophe normand a accordé à L’Express.

Il s’agit bien sûr des paragraphes qui vont dans les sens des idées défendues ici depuis des années et singulièrement depuis deux ou trois ans. Il semblerait que l’élection de M. Macron à la Présidence suprême ait accéléré un processus de désintégration de la France et de l’idée qu’on se fait d’elle partout dans le monde. Nous avions pointé l’attrait pour le modèle français, de plus en plus dénigré ici, à l’occasion de l’Exposition Universelle de Changaï où le pavillon de la France avait été le plus visité parmi les délégations étrangères. La France est un vieux pays qui existe à près sous sa forme actuelle depuis des siècles ; au contraire de la plupart de ses voisins du Vieux Continent, constitués au 19e siècle ou, parfois, réduits au siècle dernier. Toujours est-il qu’on aime la France quand elle affiche un art de vie de qualité, qu’elle propose des valeurs qui aident à mieux supporter la vie en société, qu’elle est assez forte pour ne pas se plier aux exigences des grandes puissances.

Or, cette singularité est tout à fait incompatible avec le triomphe d’un capitalisme désormais sans complexe et qui se vante même de favoriser les plus forts et de traiter les plus faibles comme variables d’ajustement quand ce ne sont pas carrément des gêneurs.

(Les références sont à chercher dans la barre de recherche en haut de l’écran)

Nous retrouvons dans les propos de Michel Onfray un certain nombre de nos préoccupations, en sachant qu’il a autrement plus d’impact que notre modeste blog.

 

https://www.lexpress.fr/culture/michel-onfray-la-france-est-morte-en-1992_2010240.html

 

Extraits :

 La France est morte en 1992, date du traité de Maastricht par lequel nous avons renoncé à notre souveraineté au profit d'une supranationalité libérale gérée par un dispositif très autocratique qui dispose de l'argent, donc des médias, donc de l'opinion - ce que je nomme l'Etat maastrichtien. Paradoxalement, ce dernier impose le libéralisme (que je définis comme le régime dans lequel le marché fait la loi) par l'idéologie, la force, la contrainte, l'intimidation, le flétrissement des pensées résistantes. 

Depuis Epicure, puis Hobbes, puis Rousseau, le principe du contrat social est simple : le renoncement consubstantiel au contrat génère un bénéfice supérieur à ce à quoi on renonce. Pour Hobbes, on renonce à la liberté individuelle de nuire à son prochain au profit d'une sécurité collective de tous, assurée par l'Etat qui se trouve constituée par ledit Etat. A défaut, quand on n'obtient pas ce qui avait été promis (souvenez-vous : augmentation du niveau de vie, plein-emploi, fin du chômage, amitié entre les peuples, fin des guerres...), on a droit de reprendre ses billes...  

On voit bien à quoi la France a renoncé : la monnaie, qui est pouvoir d'agir ; la souveraineté, qui est pouvoir de contrôler les allées et venues des personnes et des biens dans son espace ; la liberté, qui est pouvoir de créer des lois qui protègent la Nation et en font le premier horizon. Au profit de quoi ? Des pleins pouvoirs donnés aux marchés, donc à l'argent ; d'une déréglementation généralisée, d'un nivellement social par le bas, d'une guerre de tous contre tous, d'une guerre sociale, dont le terrorisme islamiste associé à nos guerres néocoloniales ; d'une paupérisation monstrueuse, d'une inculture massive, d'une société du divertissement abrutissante (télévision, séries, cinéma, jeux télévisés, sport, presse people...).  

Macron est l'homme de ce projet politique. (…) Macron est l'homme lige de cet Etat maastrichtien (…)

Toute la perfidie du système maastrichien [est] de laisser croire que quiconque n'est pas avec eux est contre eux. (…)

La social-démocratie parle à gauche et gouverne à droite, c'est sa signature. Son exercice sophistique paralyse l'électorat de gauche comme le serpent qui charme l'oiseau sur sa branche : le capitalisme peut se montrer plus brutal encore quand la social-démocratie est au pouvoir. Libération titre "Vive la crise !" en 1984. Jamais Le Figaro n'aurait pu titrer la même chose. (…)

Une Europe avec des nations respectables et respectées est la seule solution. C'est la solution libertaire des contrats synallagmatiques, donc républicaine, contre la solution libérale d'un contrat léonin, donc autocratique. (…)

Les mécontentements s'ajoutent et tout cela fonctionne comme une accumulation de poudre. La moindre étincelle fait ensuite l'affaire pour embraser le tout. (…)

Seuls les syndicats croient encore que le service public y fait encore la loi ! C'est une fiction... Idem avec La Poste, les hôpitaux, l’Éducation nationale où le pouvoir est détenu par les comptables. L'usager est le dernier souci de tous : des syndicalistes qui défendent leurs statuts aux patrons qui défendent la boutique qui laisse une grande place à la sous-traitance avec l'argent du contribuable, on se moque du citoyen.(…)

michel onfray

 

Et enfin, cette référence à Orwell qu’on retrouve souvent dans ce blog :

C'est une jeunesse fabriquée par le politiquement correct des médias, tous supports confondus, amplifié par l'école au service de la promotion de cette idéologie. J'apprécie le travail du ministre de l’Éducation nationale, mais qu'il ait fait savoir que la promotion de l'Europe maastrichtienne soit un objectif affiché de l'école me navre. Cette génération est un produit marketing obtenu avec le département "fabrication du consentement" de l’État maastrichtien... Le summum de la perversion étant que cet Etat demande désormais aux médias qui intoxiquent d'aller dans les écoles afin d'apprendre ce que serait désinformer en ciblant, bien sûr, toute pensée alternative à la leur... Désinformer en prétendant apprendre les ficelles de la désinformation chez autrui : nous sommes chez Orwell.

 

 

 

Paradoxe de la critique des radios

Là, je suis embêté parce que Jérémy pointe surtout les contradictions et les paradoxes de la critique des médias qui occupe une grande part de La Lanterne de Diogène.

D’un côté, la défense d’une radio généraliste de qualité et de l’autre une radio qui se doit, pour survivre, d’attirer le plus grand nombre quitte à y perdre son âme. La publicité de marque s’est introduite sans coup férir. Il n’y a même pas eu beaucoup de protestations dans les premiers temps. Je rappelle juste que le premier message publicitaire de marque (Citroën) diffusé sur Inter a été suivi d’un silence des personnes sur le plateau qui, visiblement, n’en croyaient pas leurs oreilles. Depuis, comme je l’ai fait remarquer, même Mme Devilers a cru bon rappeler que cela ne faisait pas si longtemps qu’il y avait de la publicité de marque sur la radio publique ; sous entendu qu’on était enfin débarrassé des pesanteurs étatiques d’autrefois.

 

Tout part de la formule lancée par Pierre Bouteiller, à sa nomination comme directeur : « Vous pouvez tout vous permettre ». Indépendante des intérêts particuliers, la radio financée par le contribuable n’est pas tenue de ménager les annonceurs et, pour prouver son indépendance, il a fait venir des chroniqueurs pour dézinguer le personnel politique, à commencer par ceux qui étaient au pouvoir. Ce type de chroniqueurs avait aussi en horreur tout ce qui avait du succès. Indépendante pour les uns, de gauche pour les autres, Inter en a fait sa vitrine, sa marque de fabrique plutôt que de proposer des émissions originales que seule l’absence d’interruption publicitaire permet. Jérémy cite « Les Tréteaux de la nuit » qui supposent une demi-heure sans pub.

Bien sûr, il serait injuste de prétendre qu’il n’y en a pas eu. « Et pourtant, elle tourne » en a été l’emblème. Quatre saisons à observer le monde, sans contrainte, mais le nouveau directeur, M. Val décide d’y mettre fin pour se recentrer sur l’actualité culturelle (au sens large) parisienne. Le fait est que l’audience a progressé sous sa direction et, malgré les réserves qu’on peut y apporter, les auditeurs étaient au rendez-vous et approuvaient ; comme ils acceptent la publicité de marque aujourd'hui. Parlant de publicité, observons que les critiques des auditeurs portaient, autrefois, non sur le volume ni même les marques mais sur la qualité des spots. Ils détestaient notamment, les poulets et le duo d’humoristes qui vantait une assurance mutuelle. Depuis, ils ne trouvent rien à redire à la pub pour des marques automobiles étrangères matraquées avant et après le flash d’information.

 

« Vous pouvez tout vous permettre » est devenu la raison d’être et le but de la plupart des producteurs d’Inter. C’est devenu une fin en soi. Au lieu de s’en servir comme d’une garantie d’indépendance, d’un moyen de travailler correctement, on a assisté, pendant des années, à une compétition visant à repousser toujours plus loin les limites. Le sommet a été atteint par les fameux chroniqueurs qui, voyant l’un des leurs parvenir à la direction d’Inter après avoir été chanteur contestataire puis chroniqueur féroce, ont pensé qu’ils tenaient là la chance de leur vie. L’un a pensé qu’en disant et répétant « enc...é », il prendrait du galon plus sûrement encore qu’en critiquant ses semblables. L’autre a commencé sa saison en disant « bite. Ah, j’ai dit "bite" à 7 h 54 sur France-Inter. Que va-t-il se passer ? » Comme il ne s’est rien passé, il a poussé le bouchon plus loin à chaque fois. Même en s’en prenant au plus haut, il ne lui arrivait rien, il a décidé de s’en prendre à son propre directeur (et ancien homologue) et là, consécration suprême, tous ceux qui n’écoutaient jamais Inter se sont saisi de l’affaire pour hurler à la censure sur la radio de l’État, forcément sous contrôle du pouvoir politique sarkoziste à l’époque.

Depuis, les choses se sont calmées. On n’entend plus les deux chroniqueurs nulle part et les producteurs sont revenus à des considérations radiophoniques mais on est loin des émissions citées par Jérémy : l'époque lointaine de "la différence", d'André Francis, des "Tréteaux de la Nuit", du "Grand Parler" d'Henri Gougaud, etc

On peut ajouter « Marche ou rêve », « Question pour un samedi », « Le Téléphone sonne » (qui existe toujours depuis 1977), L’oreille en coin etc. plus près de nous « L’Afrique enchantée » lancée par le regretté directeur Bernard Chereze, devenu l’Afrique en Solo, Bref, toutes les émissions qui ne sont possibles que sur une radio qui peut tout se permettre car elle ne dépend pas de son audience pour subsister. On peut se permettre d’y créer des émissions qu’on n’entend nulle part ailleurs.

Après, bien sûr, c’est question de goût. Le travail de mémoire de la radio que j’effectue depuis des années mentionne assez les émissions qui ont marqué.

Seulement, au lieu de création ou même de « différence », le modèle quasiment unique et uniforme de la station c’est « Aujourd’hui, mon invité est... ». Pas une émission sans « mon invité » ! et, comme le fait remarquer Jérémy, c’est « mon invité » qui essaie de vendre son dernier bouquin ou son dernier disque. C’est « mon invité » vous parle de l’expo que vous ne verrez pas en province ; pardon, « dans les Régions » (ça change tout, n’est-ce pas ?).C’est « mon invité » sait tout et va vous expliquer. C’est « mon invité » n’a rien à dire mais ça me met en valeur. C’est « mon invité » n’est pas intéressant mais moi, j’ai envie de le rencontrer.

C’est « mon invité » vous dit que les autres vous trompent et comment il faut penser. C’est « mon invité » est drôle parce qu’il dit du mal de tout le monde. C’est « mon invité » connaît les restaus où vous n’irez jamais car ils sont trop chers, il connaît les vins les plus chers. C’est « mon invité » ne sait rien mais il parle bien et vous en met plein la vue. C’est « mon invité » a tout échoué mais on n’aime pas les gagnants. C’est « mon invité » est une invitée !C’est « mon invité » revient.

Et c’est comme ça tous les jours, toute la journée et depuis des années. Et comme si ça ne suffisait pas, il y a en plus un ou plusieurs chroniqueurs qui viennent apporter leur grain de sel. Bien entendu, il ne serait point séant que « mon invité » n’approuve pas le chroniqueur. La pensée unique, tu connais.

Alors oui, je suis pour le maintien d’une radio d’État, financée par les citoyens et avec le moins de publicité possible parce que j’aimerais entendre plus d’émissions de création et continuer à « écouter la différence », de la bonne information avec des reportages sans concession et des investigations. Et ça, ce n’est possible que sur une radio publique. D’un autre côté, je râle tout le temps contre ce que j’entends parce que, justement, ça ne correspond pas à ce que j’attends.

 

radiofrance-maison

Je n’ai plus la télévision depuis près de 30 ans et je ne connais pas bien M. Ardisson, pas plus que M. Sébastien, tous deux remerciés après avoir assuré les beaux soirs des chaînes de télévision. À vrai dire, le peu que j’en connais ne me plaît pas plus que ça mais ce sont des professionnels qui mouillent leur chemise, qui ont du monde autour d’eux et qui ont du succès, chacun dans son domaine et sans abêtir. Bien sûr, j’ai entendu que quelques propos douteux, quelques séquences douteuses ont ponctué leurs émissions mais on ne peut pas être bon tout le temps et leur durée plaide pour eux. Pareil pour Jacques Martin que je détestais. On ne peut pas avoir raison contre tout le monde surtout quand il n’y a pas recours à la vulgarité et aux grossièretés. Après, c’est question de goût et il ne faut pas confondre son goût avec la qualité.

 

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/audiences-radios-france-inter-garde-la-tete-18-07-2019-8119314.php

Comme je ne disposais pas d’article au moment de la publication du bilan de la saison sur les généralistes, j’y reviens un instant. Le plus important me paraît que « RTL l'emporte en durée d'écoute et en part d'audience, selon les audiences publiées ce jeudi matin par Médiamétrie pour la période avril – juin 2019 ». Ça confirme ce que j’écrivais voici des années sur les nouvelles pratiques d’écoute de la radio. RTL touche un public conservateur. Ses auditeurs écoutent à l’ancienne. Ils allument leur poste pour écouter Untel ; souvent « Les grosses têtes ». Sur Inter, de toute évidence, le public maîtrise les nouveaux outils de communication et, la part la plus jeune, ne possède sûrement pas de poste de radio mais écoute à la demande grâce à son application. Sur Inter, on active une alerte pour ne pas manquer l’intervention d’Untel. C’est ce qui avait expliqué, autrefois, le raffut autour des deux fameux chroniqueurs à scandale, sombrés dans l’oubli depuis. Enfin, l’article met en évidence la primauté de la matinale sur toutes les radios citées. Sur RTL, on écoute M. Calvi, sur Europe 1, on n’écoutait pas assez M. Cohen puis M. Aliagas, sur Inter, on écouteM. Demorand et sur France-Info, il semble que la matinale de M. Fauvelle fasse un tabac. Quand on pense qu’il avait été recruté à grand bruit (et sans doute à grand frais) pour diriger le service politique d’Inter où il n’est resté qu’une saison avant de diriger le journal de 8 heures qui est devenu la référence. En d’autres termes, si l’on ajoute au succès de la matinale de M. Demorand sur Inter, celle de M. Fauvelle sur France-Info, celle de M. Erner sur France-Culture, on comprend qu’une majorité d’auditeurs plébiscitent l’information sur les radios financées par l’État. Il y a donc un attachement réel des citoyens aux services publics et la radio n’en est que la preuve visible.

 

 http://technic2radio.fr/visites-guidees-de-la-maison-de-radio-france/ 

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Tour de France(-Inter) : la course contre la montre permanente

Tour de France (- Inter) : la course contre la montre

 

Donc voici le bilan de la saison achevée et quelques remarques sur les émissions de l’été.

Il paraît juste le jour où les résultats de l’audience viennent de tomber et confirment la première place d’Inter.Chaque fois, nous émettons des doutes sur ces résultats dans la mesure où, de l’aveu même des reporteurs de la Maison ronde, de l’expérience personnelle, le grand public ignore jusqu’au nom des radios généralistes, pourtant les plus anciennes. De plus, nous avons été les premiers à mettre en évidence les nouvelles pratiques d’écoute de la radio et l’écoute à la demande (que nous n’avions pas prévue) vient compléter ces nouvelles pratiques. Des radios qui servent de fond sonore (dans les magasins notamment) et quelques autres pompeusement appelées « radios de contenu » dont Inter s’honore d’être la figure de proue. Pour quel public réellement ?

Nous y reviendrons dans un prochain volet car il est temps d’aborder notre sujet.

Peu de grands changements pour le moment. Peut-être la grille de l’été va-t-elle révéler de nouveaux talents à qui l’on confierait une émission à la rentrée. Ça se faisait avant. Et puis, ça ne s’est plus fait pendant longtemps quand la grille d’été était composée de recalés et faisait office de grille B reconduite chaque été. Les saisons sont apaisées depuis que les commentateurs n’attendent plus la direction au tournant. C’ est bien leur droit mais regrettons que la plupart n’écoutent pas la radio et guettent l’incident pour l’imputer à une personnalité plus élevée dont on soupçonne l’influence. Donc, pas de vague, pas d’irritation excessive, pas de déception.

 

Le gros de la critique de la saison passée concerne encore les matinales.

Redisons que la course contre la montre permanente est, selon l’humeur, pénible ou ridicule : « Il est 9 heures passées de 40 secondes. Pardon pour ce retard ». Où 40 s de retard passent pour une faute inexpugnable. Continuons à exiger un peu de relâchement plutôt que cet enchaînement de rubriques et de chroniques. Celui qui a lancé cette accumulation effrénée, M. Paoli, l’a payé de sa santé et de la santé de nombre de ses collaborateurs. À l’époque, nous nous demandions s’il n’allait pas parvenir à mettre deux interventions en même temps. Il a fini par réussir avec son émission « Baobab ». Visiblement, la tentation existe toujours. Las, celle qui animait une matinale à taille humaine, où l’on pouvait respirer, est devenue une « mère l’heure* » et sa matinale de fin de semaine, les jours où l’auditeur se laisse aller à la paresse, relève d’une séquence des « Temps modernes » de Chaplin. Rythme soutenu, coupure de parole pour rattraper les deux mots d’humour imprévus et toujours un invité politique de 3e ou de 4e catégorie. Sans le reportage de M. Pauchon, avec un jardinier tenu par un piquet rigide, on aurait eu l’impression d’un travail à la chaîne.

pendule radioDéjà, lorsqu’elle animait « Alter ego », Mme Martin avait tancé en direct un jeune stagiaire qui ne s’était pas rendu compte que son flash était plus long que le temps imparti. De nos jours, existent nombre de stations d’info en continu, on écoute les généralistes pour le divertissement et l’on choisit Inter parce qu’il y a moins de pubs (et avant parce qu’il n’y en avait pas) et que les programmes ne sont pas bêtifiants. Pourtant, c’est Mme Amélie Périer qui, pour son « 6-9 de l’été » remporte la palme en trouvant le moyen de caser une nouvelle rubrique à la place de la 2e pause musicale (en 3 heures), juste avant « le grand entretien » ; parce que, même l’été, il y a un petit puis un grand entretien. Tout ça pour dire : « Mon invité d’aujourd’hui est... ». C’est à croire qu’ils ne seraient rien sans « mon invité ». Gageons que ce ballon d’essai va trouver confirmation à la rentrée et qu’il n’y aura plus du tout de pause musicale et à terme, la musique sera confinée dans des émissions à part.

Il faudrait que les animateurs de « la radio de service public », comprennent qu’ils ne sont pas payés pour se faire plaisir mais pour des auditeurs qui entendent parler et encore parler du matin au soir quasiment sans interruption ; même la nuit depuis que ce sont des rediffusions. Et ça parle et ça parle. Ça ne s’arrête jamais : et un petit reportage, et une astuce pour améliorer quelque chose, et un festival, et un « zoom » (en fait un autre reportage), et la chronique de machin, et le livre de l’été, et « mon invité », celui au téléphone, et celui qu’on a fait venir pour parler 6 mn, et un sujet féministe (il y en a toujours un), et un conseil, et une nouvelle chronique, et un portrait, et le jardinier (pensez à arroser vos plantes en été), et l’annonce d’un programme, un journal toutes les demi-heures, et le journal des sports au pas de charge parce qu’il faut en passer par là mais c’est pas le public d’Inter, et mon invité (le vrai cette fois, le député qui reste à Paris pour les vacances mais qui voudrait tant qu’on parle un peu de lui, en vain), la revue de presse, et encore une rubrique pour finir, et merci à toute l’équipe etc. et le dernier journal et pardon pour ces 20 secondes de retard et ça recommence avec l’émission d’après. Le reste de l’année, il y a au moins un humoriste par heure qu’il faut encore surajouter.

M. Frédéric Métézeau donne l’impression de plus de décontraction mais il n’a pas beaucoup de latitude. Il doit faire avec les rubriques et chroniques habituelles en attendant les vacances des intervenants. Il n’y a que les humoristes qui sont déjà partis.

 

Depuis longtemps, Inter confond sérieux et ennui ; comme les films qu’ils estampillent. Toujours le matin mais en semaine et un peu plus tard, la saison a été marquée par le commentaire de plus en plus négatif en introduisant l’actualité culturelle. On peut penser que M. Trappenard a l’obligation d’y consacrer une rubrique mais, comme beaucoup de producteurs de la maison, il se fait une haute idée de ce qu’il fait lui et ne supporte pas cette contrainte qui l’interrompt. Dommage parce qu’il finit la saison par un bon moment passé avec Muriel Robin qui n’a pas caché son émotion en entendant la voix d’Annie Girardot et en lisant un poème de Léo Ferré. Surprise aussi, une chanson écrite pour son émission : ça pourrait faire un nouveau générique. Allons, souhaitons lui de se réconcilier avec l’actualité culturelle. Pour le reste, remarquons que M. Haski arrive maintenant à lire son propre papier sans se tromper et une mention à Mme Dorothée Barba qui, au contraire de la plupart de ses confrères sait où elle met les pieds. Elle cite des émissions que son jeune âge ne lui a pourtant pas permis de connaître mais elle exprime sa reconnaissance. C’est assez rare pour être souligné ; tout le contraire de M. Drouelle, qui ne manque jamais une occasion de dénigrer ses prédécesseurs. Pourtant, son émission de midi en été est à la limite du racolage. Bon, on a le droit de ne pas être parfait partout.

 

Quand même, dans la distribution des mauvais points, il faut noter que tous les jours, on entend au moins une faute de français. Jusqu’à, il y a peu, on en entendait de temps en temps, juste assez pour faire bondir les puristes et tout simplement ceux qui ont envie d’entendre, au moins sur la radio qui prétend remplir une mission de service public, qui prétend être « populaire et de qualité », pour reprendre la célèbre formule de M. Hervé Bourges, une langue compréhensible sans faire l’effort de se demander ce qu’on a voulu dire. Ensuite, dans le même temps, on remarque que les locuteurs ont de plus en plus de mal à simplement lire leur papier. C’est particulièrement remarquable lorsqu’il s’agit de lire des propos qui n’ont pas pu être enregistrés. On a eu, voici quelques semaines, une remplaçante à la revue de presse qui a parlé de « ferrivophiles et ferrivopathes » (sic), sans doute par paronymie avec « ferry-boat ». Voici qu’une autre, parlant d’un célèbre chanteur qui a de gros problèmes d’alcool lit un article qui précise qu’il ne boit plus que du « San bitter Pelegrino »(re sic). Alors, certes, la petite bouteille rouge ne fait plus de publicité depuis longtemps en France et a disparu des rayons des magasins mais la maison-mère commercialise avec succès une eau minérale sous cette marque. Quand même, à ce niveau, ce n’est pas de l’inculture (on n’en est plus là depuis longtemps) mais un manque de curiosité. Or, la curiosité est la base du journalisme. Bien sûr, il ne s’agit pas de se mettre en colère contre des lapsus, toujours possibles mais contre des erreurs qui trahissent l’ignorance du sujet traité.

Et puis, il faut signaler cette incongruité : des séances de méditations… Sur le site (car on ne ferait plus rien sans le site), on trouve que ça fait suite au succès de conférences sur le bien-vivre ensemble. Quel rapport ? Et puis, surtout, quelle idée de proposer de la méditation à l’heure de l’apéro (entre 19 h 20 et 20 h) : c’est à croire qu’ils ont décidé de nous endormir ! La parlote permanente ne suffit plus. Même en été, il faut soûler l’auditeur. Et puis, maintenant, toute critique est inutile : voyez, nous sommes la première radio de France, donc les auditeurs apprécient ce que nous faisons. Vos critiques, on s’en bat les flancs.

 

Cela posé, et quel que soit l’audience, il faut féliciter le boulot formidable de la cellule d’investigation de Radio-France et son émission du samedi à la mi-journée. Curieusement, on n’entend pas trop de commentaires sur ce qu’ils font. M. Fabrice Drouelle, qu’on a connu hautain et plutôt inculte assure avec une parfaite maîtrise depuis quelques années déjà ses « Affaires sensibles ». Sans doute a-t-il trouvé le travail qui lui convient le mieux. De plus, il est un des rares à faire de l’audience dans le plus mauvais créneau de la journée entre 15 h et 16 h. Même M. Mermet, avant lui, n’en faisait pas autant mais se rattrapait avec le podchargement. Autrement, il semble que ce soit l’information qui paie les restrictions budgétaires annoncées. Ainsi, on apprend par hasard – puisque c’est un invité sur le plateau qui l’a annoncé – que « le Téléphone sonne - Europe », qui se déroule, une fois par mois en direct du Parlement de Strasbourg est supprimé. Il semble qu’il y aura toujours une émission sur l’Europe mais forcément plus avec des députés européens. On entend aussi que M. Didier Varrod ne sera plus à l’antenne à la rentrée. Il a fait des adieux poignants sur la scène des Francofolies. On va vachement économiser ! L’info sacrifié, le peu de musique aussi mais pas le racolage effectué par les humoristes qui ont tous pris rendez-vous à la rentrée

 

 

Encore un mot sur le feuilleton Europe 1. D’abord, au mois de juin et début juillet, les articles que nous avons consacrés à la petite station ont fait l’objet de nombreuses visites quotidiennes pendant des semaines de suite. Ensuite, comme on pouvait s’y attendre, Europe 1 change encore une fois de direction et de programmes. Tous avaient pourtant reçu l’assurance de la durée mais nous avions pointé que, dans le passé aussi, des directeurs et non des moindres avaient reçu la même assurance. Cette fois, après avoir bourse délié au cours de deux dernières saisons, M. Lagardère mise sur les talents maison. Encore faut-il qu’il y en ait. M. Belliard est loin d’être convainquant dans sa tranche d’information du soir. Peut-être fera-t-il mieux le matin. En tout cas, les auditeurs partis parce qu’ils ne comprenaient pas la présence de M. Aliagas aux manettes vont sûrement tarder à revenir ; s’ils reviennent. Quoi qu’il en soit, on en est à la quatrième matinale en quatre ans. Avec le passé qu’elle a, Europe 1 ne pourra remonter la pente qu’en montrant qu’elle est encore et toujours Europe1, c’est à dire une station qui fait ce qu’on ne fait nulle part ailleurs, alliant le divertissement à la rigueur de la rédaction. Pour l’instant, elles fait appel aux « vieilles voix » (plutôt que les Grandes Voix) et court après les deux autres généralistes en cédant du terrain à chaque fois. Les auditeurs qui aiment les débats vont écouter « On refait le monde » sur RTL, ceux qui aiment participer vont sur Inter (Inter-venez!)ou, mieux encore sur RMC où ils ont plus de chance de passer à l’antenne sans trop de filtres.

 

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/europe-1-laurent-guimier-ecarte-matthieu-belliard-remplace-nikos-aliagas-a-la-matinale-02-07-2019-8107809.php

http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/de-france-inter-a-europe-1-patrick-cohen-une-annee-en-enfer-20-04-2018-7674183.php

 

 

* au début de la SNCF, le « père-l’heure » était un contrôleur chargé de vérifier que toutes les pendules d’un secteur marquaient la même heure partout.

 

 

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16 juillet 2019

Johnny CLEGG

Tous ceux qui ont vécu les années de lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud sont tristes d’avoir perdu leur héraut ce soir.

Tous les amis de l’Afrique et tous les Africains sont tristes d’apprendre la mort de Johnny Clegg, surnommé le « Zoulou blanc ».

En écrivant ces lignes, j’écoute l’animateur de radio ivoirien, Soro Solo qui va sans doute lui consacrer son émission.

Il y a un peu plus de 30 ans, après avoir regardé un reportage – un de plus – sur la ségrégation raciale en Afrique du Sud, je disais autour de moi qu’il y avait un espoir, malgré tout, car les deux communauté, antagonistes et même hostiles pratiquent le chant. On m’avait ri au nez et qualifié, comme aujourd’hui sur les réseaux sociaux (pour un tout autre sujet), de « doux rêveur ». Heureusement pour tous les Sudafricains, c’est bien ce qui s’est passé et la musique y a plus que contribué, en interne, d’abord et surtout et puis, à l’extérieur, il y a eu le Concert du Siècle à Wembley en 1988 et, un peu avant, ce tube planétaire qu’a été « Asimbonanga ». L’apport de Johnny Clegg dans la lutte contre l’apartheid et dans la compréhension entre les peuples d’Afrique australe a été décisif. Le combat avait commencé bien avant et il ne faut pas oublier Steve Biko et tant d’autres mais cette chanson a donné un sérieux coup de pouce à la lutte. La jeunesse sudafricaine entendait d’abord un excellent morceau de musique et le reste est venu naturellement.

johnny-clegg-main

Johnny Clegg a été vaincu par cette sale maladie qui touche sans raison. La liste s’allonge, sur ce blog, des personnalités fauchées prématurément par cette saleté de cancer.

Johnny Clegg, au moment de votre dernier voyage, recevez la gloire et le respect pour le bien que vous avez fait, pour l’enchaînement d’événements positifs auquel vous avez contribué et pour la paix, qui n’est pas un vain mot après les années de sang et de larmes !

 

 

 https://www.randexpr.com/clients.php?id=86

 

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15 juillet 2019

L' Espagne pour touristes

L’exposé ne serait pas complet sans revenir un peu sur le regard que portent les Français sur l’Espagne. Nous avons déjà souligné que toute la vie politique est vue sous le prisme du franquisme. Pour le reste, outre l’arrogance proverbiale des Français envers leurs voisins (et ne parlons pas des contrées lointaines), on remarque que, passée la fascination pour la « movida » parce que le sexe y était prépondérant, ce qui vient de l’Espagne est toujours teinté d’attardement. On moque volontiers la pop espagnole ou de langue espagnole. On préfère la version anglaise des succès de Shakira. Alors que les Français se piquent de regarder les films en version originale, y compris pour des langues inconnues ici, on hésite quand il s’agit de films en espagnol ou en portugais. À l’occasion du Grand Prix de l’Eurovision (voir le lien), quand on veut dénoncer la ringardise de ce concours, on diffuse de préférence les chansons en espagnol ou en italien. Lorsqu’un animateur de radio fait écouter différentes versions d’une même chanson, celle en espagnol est toujours présentée comme le comble de la nullité et de l’incapacité des hispanophones à faire quelque chose de bien ; sous-entendu quelque chose qui ne fasse pas espagnol. Les Espagnols et les hispanophones en général sont toujours soupçonnés de vouloir imiter le bon goût anglo-américain mais de ne jamais pouvoir y parvenir et d’avoir une langue, somme toute d’un autre âge ou qui n’aurait pas terminé son évolution.

En ce moment, pour vanter les mérites d’un passe autoroutier, l’annonceur croit intelligent d’évoquer l’expression « de France et de Navarre » qui, faut-il le rappeler, se réfère à Henri IV, béarnais qui cumulait les couronnes des deux royaumes. Sans doute Vinci et son cabinet de publicité ne le sait-il pas, pas plus qu’il ne sait la suite. À la fin du message, la pointe d’humour obligatoire et forcée à notre époque repose sur le cri du coq : « Cocorico ; ou plutôt quiriquiqui, comme font les coqs au-delà des Pyrénées ». C’est là qu’il faut rire.

Sauf que, bien entendu, c’est tout faux. Certes les cris des animaux sont transcrits selon les règles phonétiques de chaque langue mais, en l’occurrence, l’agence de publicité (ou la comédienne) a mélangé le connu, « riquiqui » et la dernière connaissance acquise : les coqs chantent différemment en espagnol. En effet, au-delà des Pyrénées (pour reprendre leur formule), ils font: ¡ Quiquiriqui !

Quoi qu’il en soit, cette publicité renforce la condescendance des Français envers le monde hispano-lusitanien. Vu d’ici, la norme doit être française ou, mieux encore, anglo-américaine mais sûrement pas espagnole. Un peu comme lorsque les français se moquent des Belges qui prononcent parfois différemment, ainsi « wagon » prononcé là-bas [ouagon] ; ce qui semble le comble de la bêtise. Alors, que les coqs espagnols fassent quiquiriqui est tout simplement absurde et bête. Tous les animaux poussent les mêmes cris et les coqs ne font sûrement pas quiquiriqui mais bien cocorico puisque c’est comme ça ici.

tapas tipicas

Les Français aiment que l’Espagne ressemble aux clichés habituels : les castagnettes, les taureaux, le flamenco, la paella. Le tableau ne serait pas complet sans le soleil et la sensualité car, même si la musique est insupportables aux Français, ils chercheront à pécho en boite et seront intarissables sur le petit ami ou la petite amie avec qui on a passé un séjour inoubliable. Pour le reste, il ne faut pas trop en demander. Il faut encore parler des « tapas ». Ah, les tapas ! Au départ, il s’agit d’un petit canapé qu’on déguste sur le coup de 11 h en attendant le déjeuner qui ne se prend pas avant 14 h et plutôt vers 15h. Cette pause matinale est une institution. On va au bar le plus proche, on commande un vin cuit ou autre dans un petit verre accompagné d’olives et l’on grignote les tapas. Idem le soir, après le boulot qui finit tard, forcément, et en attendant de passer à table, pas avant 22 h ou plus sûrement 23 h ou minuit. Normalement, c’est pas cher mais la demande a augmenté quand les touristes, et surtout les Français, se sont rués sur l’Espagne. Aujourd’hui, les tapas sont hors de prix. Comme pour la bouillabaisse, par exemple, normalement à base de poissons inconsommables en friture ou dans une assiette en général, on vous explique comment on prépare les tapas et pourquoi elles sont si chères. Le prix est d’autant plus élevé à présent que, pour les touristes qui ne s’habituent pas aux horaires décalés, les tapas constituent un véritable repas au point qu’elles sont servies dans de petites assiettes qui ressemblent fort à un véritable plat mais en à peine plus petit. D’autant plus qu’avec les tapas bien en vue, on sait ce qu’on va manger ; ce qui n’est pas la cas avec un menu plus ou moins bien compris. Bien sûr, ça n’a plus rien à voir avec les tapas qui sont des canapés ou des mini brochettes servies avec un pique-olives. Nous présentons ici des exemples de tapas.

 

pintxo vasco

tapas-2

Le tourisme qui a tant contribué à relever l’Espagne des ruines de sa guerre, de la dictature et de son obstination à refuser le progrès est devenu un fléau comme dans de nombreux pays. Barcelone doit prendre des mesures contre les touristes. Comment en est-on arrivé là ? Les formules pour passer la fin de la semaine dans la capitale catalane sont nombreuses et faciles. Quand on habite le sud-ouest de la France, ça n’est pas si loin avec de très bonnes autoroutes. Sinon, les vols à bas-coût se sont développés et attirent ceux qui viennent de plus loin. Une fois là-bas, on peut s’adonner à tous les plaisirs pour pas cher. On peut également se passer de prendre une chambre à l’hôtel et choisir, pour une fois, de rester dehors toute la nuit qui sera courte de toute façon. À peu près toute l’année, on peut se le permettre. Seulement, ça pose d’énormes problèmes que les Barcelonais supportent de moins en moins. Toute la nuit, les rues du centre voient déambuler des fêtards en fin de parcours. Ils parlent fort, crient, pissent, vomissent, font du grabuge, cassent des bouteilles, renversent des poubelles. C’est que la démocratie a répandu l’idée que tout est permis. C’est l’image qu’on a d’Amsterdam mais renforcée par la vision des films d’Almodovar qui sont avant tout des œuvres artistiques dont on peut critiquer le bon goût mais c’est une autre histoire. De plus, contrairement à son homologue batave, la cité catalane bénéficie d’une bonne température, ce qui ne gâte rien.

 

banderas-espana-ventanas

Pourtant, il est une chose qui ne choque pas les Français quand ça ferait scandale si ça se développait ici : les fenêtres des particuliers sont pavoisées. Or, là-bas, à cause des Autonomies, pavoiser n’est pas chose simple. À côté du drapeau espagnol, figurent surtout les couleurs de l’Autonomie et de la ville sans compter celui du club de futbol. C’est vrai que le rouge et le jaune donnent un aspect festif aux rues des villes et villages mais qu’entendrait-on si les Français ou les Allemands en faisaient autant! Mais quand il s’agit de pays chauds, on trouve ça joli. Un rien les amuse, pas vrai ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 juillet 2019

Belgitude et service public

Avant de procéder au bilan de la saison radiophonique, il nous faut revenir sur cet incident qui a eu lieu le 25 juin dernier dans la matinale d’Inter. Ce devait être une partie de ce bilan mais pour faciliter la lecture (toujours) trop longue, il paraît plus présentable de l’extraire.

Mme Charline Vanhoenacker a fait quelques sorties ces derniers temps. Elle est devenue une institution et une référence. C’est l’arbitre des grâces.

« Je suis toujours hallucinée qu’on déroule le tapis rouge à l’extrême droite. En Wallonie, elle n’est jamais sur les plateaux et, aux européennes, elle a fait moins de 5 %. En France, Marine Le Pen est partout et a gagné le scrutin… Les médias sont responsables de la banalisation de ses idées. »

Ce n’est pas nous qui avons dénoncé à plusieurs reprises la responsabilité de Virieux dans l’ascension de Le Pen qui allons dire le contraire. Nous avons même constaté que lui et sa famille forment un programme de télévision complet (réf. dans la barre en haut de page).

Seulement, elle dit bien ce qu’elle veut. L’extrême-droite est à 5 % en Wallonie mais est majoritaire en Flandres (ou à peu près). La RTBF n’invite pas l’extrême-droite mais VRT et RTL, oui. Donc le public belge est aussi abreuvé par les propagandes de l’extrême-droite et il est commode de s’en tenir à la seule Wallonie pour s’auréoler. La Wallonie n’est pas la Belgique, tout comme Paris, où elle vit désormais, ne représente pas toute la diversité française ; sans parler de l’outre-mer.

Dans son domaine, elle attribue les bons points et surtout les mauvais notamment à son prédécesseur comme humoriste maison à Inter, M. Laurent Ruquier : « On se fiche de l’avis de Yann Moix sur l’album de Kendji Girac, non ? » À qui le dit-elle puisque son émission n’est qu’une suite de chroniqueurs qui donnent leur avis sur l’air du temps ! Nous avons suffisamment pointé l’invasion de l’antenne d’Inter depuis l’ère Bouteiller, par des chroniqueurs qui enfoncent des portes ouvertes, vitupèrent, moralisent et nous disent ce qu’ils ont compris d’un événement et ce qu’il est convenable d’en penser pour ne pas acquiescer. Seulement, elle n’est vraiment pas la mieux placée pour cela et elle ferait mieux de balayer devant sa porte.

Le gros morceau, parce qu’il reflète bien l’époque et l’état d’esprit d’une partie de « la radio de service public » , c’est son échange aigre-doux avec le producteur de télévision, M. Thierry Ardisson. On affiche, sans complexe et sans prendre aucune précaution son mépris envers tout ceux qui n'ont pas les même goûts qu'eux, qui n'ont pas l'intelligence de manger bio, d'utiliser des logiciels libres compliqués, d'aller voir des expos plutôt que de suivre des matches de foot, d'aller voir des films sous-titrés plutôt que la dernière comédie franchouillarde etc.

Il n’était pas prévu de passer autant de temps à critiquer Mme Vanhoenacker mais en regardant son expression face à M. Ardisson, on ne peut que constater que son masque souriant pour instiller de la bonne humeur et de l’humour véritable n’est qu’une façade comme la fausse conférence de rédaction qui introduit l’émission où l’on entend les différents intervenants énoncer des propositions absurdes pour mettre dans l’embarras la productrice qui met tout le monde d’accord avec une bonne vanne. Écoutez comme nous nous entendons tous bien parce que nous sommes ultra sympas !

charline vanhoenacker

Face à un professionnel qui se défend, elle perd toute tenue et tout sens de l’humour : « Allez, allez ! C’est le jeu. » quand M. Ardisson lui fait remarquer qu’elle n’a tenu que 15 jours à la télévision quand lui y travaille depuis 34 ans avec succès. Le jeu consiste à entendre sans réagir : « Je suis ravie que ça s'arrête car c'était très putassier. Il n'y a pas une semaine où on ne s'est pas moqué de lui » ; humour à sens unique, très en vogue dans les milieux parisien et bien branchés. Finalement, l’arrivée des Belges avait drôlement renouvelé l’humour sur Inter mais ils ont fini par prendre le pli de la maison : taper sur les mêmes cibles, tirer sur les ambulances, se moquer de ceux qui ont plus de succès, recourir à l’argument spécieux, manipuler les informations, flatter un public bien-pensant. Également, comme on pouvait s’y attendre, l’intervention de Mme Vanhoenacker dans la matinale est tombée dans le travers de ses prédécesseurs, malgré le rythme imposé par une courte chronique. Désormais, plutôt que de chercher à faire rire pendant 2 minutes, elle dézingue l’invité qui précède et qu’on prie, désormais de rester pour le plaisir de s’en prendre plein la figure sans pouvoir répliquer vu qu’on est presque toujours en retard. Pour le reste, son émission se répète et même M. Meurice n’est plus que son propre imitateur. On sent qu’il veut faire ce qui l’a rendu célèbre mais qu’à la spontanéité qui était le principal ressort comique, il préfère la mise en boite bien préparée.

 

En revanche, nous la rejoignons lorsqu’elle dénonce l’exigence d’économies à l’encontre de la désormais 1ère radio de France : « Je suis en colère car je ne comprends pas pourquoi, alors qu’on a d’excellents résultats, on coupe les budgets ? A quoi ça sert d’être premier, si on veut te saborder ? (...) On a élargi la publicité sur nos antennes. On a ouvert un restaurant et loué les locaux pour des défilés de mode. On va devoir faire quoi de plus ? Ouvrir un centre commercial ? »

Ça pose la seule question qui vaille et qui est valable pour toute la politique de ce Gouvernement : des économies, pour quoi faire ? Voilà une bien mauvaise récompense. Le « service public » vient de prouver qu’il sait utiliser les deniers publics (la redevance et le budget alloué par le Gouvernement) et le fait bien. Seulement, la nouvelle idéologie entend flatter l’aversion des Français pour l’impôt et en finir avec les services publics. Pour plus d’efficacité, on lui rogne les ailes pour pouvoir dire : voyez comme il vole mal ! À partir de là, on devine ce qui va se passer. Si les émissions phares perdent des moyens, elles perdront aussi des auditeurs. RTL va repasser en tête et ceux qui veulent la peau du service public auront beau jeu de dire que l’État n’est pas capable de faire de la bonne radio (et télévision) et qu’il faut laisser le privé reprendre l’affaire. C’est sûr que si l’on passe son temps à tirer les services publics par le maillot, lui faire des croche-pieds, le dévêtir, il ne pourra plus remplir son rôle et prêtera encore plus le flanc à la critique. C’est bien le but rechercher pour en finir. Quand les gens se rendront compte qu’il faut tout payer de sa poche, il sera trop tard. La carte-grise devrait faire réfléchir mais il n’est pas sûr que tout le monde fasse le rapprochement.

Ceci dit, si vraiment il faut faire des économies à Radio France, suggérons que ce soient les nombreux chroniqueurs qui en fassent les frais et qu’ils aillent chercher ailleurs un employeur sur une autre antenne, un magazine écrit ou dans une grande salle parisienne.

 

 

https://www.nouvelobs.com/teleobs/20190625.OBS14873/thierry-ardisson-regles-ses-comptes-avec-charline-vanhoenacker-en-direct-sur-france-inter.html

https://soirmag.lesoir.be/232514/article/2019-06-24/en-grande-forme-charline-vanhoenacker-dezingue-laurent-ruquier-nest-pas-couche

https://www.nouvelobs.com/teleobs/20190623.OBS14812/putassier-charline-vanhoenacker-flingue-ruquier-ardisson-et-sibyle-veil.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/11/03/30883671.html

 

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12 juillet 2019

Bleue, bleues, l'amour est bleu *

Avec retard, un bilan du Mondial féminin. Dans ces cas-là, il faut dire qu’on a pris le temps du recul et c’est un peu vrai. C’est donc une première pour nous et sans doute aussi pour beaucoup.

https://sport-news.20minutes.fr/sport/2550287-20190626-coupe-monde-feminine-comprend-fifa-voit-o-probleme-var#xtor=EREC-182-[sport]

C’est plutôt agréable à regarder malgré les critiques des puristes qui trouvent que ça manque de rythme. En tout cas, il y a plutôt moins de vilains gestes et moins de cinéma mais l’enjeu fait que, de ce côté, on assiste à une hausse. Il semble qu’il faille en passer par là pour exiger réparation de la part de l’arbitre.

bleues - VAR (angl

L’arbitrage occupe la plupart des discussions et notamment à cause du recours au VAR qui fait perdre du temps. M. Platini, encore inquiété ces temps-ci, était résolument contre mais force est de constater qu’il évite les plus grandes erreurs. Cependant, il n’est pas non plus infaillible. On a vu des ralentis, en même temps que l’arbitre vidéo, qui conduisent à une conclusion contraire. Cependant, il vaut mieux ça que les disputes, voire les agressions contre l’arbitre dans la zone de but. Dans le passé, ça nous aurait évité l’incident provoqué par l’émir du Koweït en 1982 qui est descendu sur le terrain pour exiger que l’arbitre soviétique revienne sur sa décision contre la France. Également en 1998, ça aurait empêché l’expulsion par l’arbitre espagnol de Laurent Blanc suite à un geste d’un Croate suggérant qu’il avait été frappé au visage. Par la suite, malgré les images vidéo, l’arbitre a maintenu sa version et Blanc n’a pas pu disputer la finale.

Dans les deux cas, il y a de forts soupçons d’intérêts extra sportifs, curieusement, l’équipe des É-U a bénéficié de buts refusés à l’adversaire, de fautes graves non sifflées tandis que des gestes improbables étaient sifflés contre l’adversaire. C’est allé assez loin avec les Camerounaises qui ont menacé de quitter le terrain. Parfois, on se demande pourquoi des équipes objectivement lésées n’en font pas autant. De toute évidence, aucun arbitre, sur le champ ou devant l’écran n’a voulu prendre le risque d’éliminer l’équipe d’une riche fédération qui fait tant pour promouvoir le football féminin et le nouveau marché qu’il draine.

https://www.francetvinfo.fr/sports/foot/coupe-du-monde-de-foot-feminin/mondial-2019-l-arbitre-a-t-elle-oublie-de-siffler-une-main-pour-la-france-contre-les-etats-unis_3512721.html

 

Néanmoins, tout le monde sait que la psychologie féminine est plus portée sur le tatillonnage et l’application à la lettre du règlement. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les gestes réglementaires et raides de l’arbitrage : on dirait des robots. Néanmoins, on ne peut pas entendre des commentateurs protester quand un gardien n’est pas sur sa ligne de but au moment du pénalty et entendre le contraire quand il s’agit des filles. De toute façon, il y aura toujours des contestations de décisions d’arbitres, ne serait-ce que lorsqu’elles défavorisent l’équipe qu’on supporte. Rappelons à ce sujet que, malgré critiques de la part de ceux qui n’aiment pas le foot (et c’est leur droit), il y a peu de pays comme la France où le commentateur de la télévision ne prend pas systématiquement parti pour l’équipe nationale et justifie les mauvaises décisions de l’arbitre dès lors qu’elles lui sont favorables et l’insulte même quand c’est justifié mais défavorable. Partout ailleurs, le commentateur prend parti pour une équipe et la défend y compris quand elle est en faute. Ceux qui hurlaient au chauvinisme d’un Thierry Rolland ignoraient qu’ailleurs, il serait passé pour un modéré des plus suspects. C’est bien le problème de ceux qui dénigrent la France et tout ce qui est français : ils ignorent ce qui se passe dans les autres pays et pensent qu’il n’est de pire pays que le nôtre.

 

bleues_equipe-france-reunie-rond-central-apres-defaite-contre-etats-unis

On remarque aussi que les nouvelles règles sur la tenue des joueurs sont assez difficiles à comprendre. Autrefois, la courtoisie imposait que l’équipe qui recevait change de maillot. Maintenant, c’est le contraire et ça se comprend. On va au stade pour voir son équipe dans ses atours et pas avec un maillot improbable. Passons. On comprend aussi que l’arbitre exige qu’aucun élément de la tenue ne puisse être confondu avec celle de l’adversaire. D’où les gardiens en tenue unicolore. Cependant, autrefois, on s’arrangeait pour que les couleurs des maillots soient distinctes sur les écrans de télévision en noir et blanc. Or, contre le Brésil qui joue en jaune, la France a dû jouer en blanc alors que ce n’est pas sa couleur. Il y avait pourtant moins de risques de confusion. En revanche, la Suède a dû jouer en bleu contre les Pays-Bas, en orange, au lieu de leur traditionnel maillot jaune. Pour ainsi dire à chaque rencontre, une des deux équipe a dû enfiler le maillot d’extérieur même quand il n’y avait pas de risque de confusion.

Toujours sur la tenue, on remarque que les culottes qui tombent sur les genoux gênent les joueuses. Nombre d’entre elles remontent les jambes de leurs shorts et tâchent de les coincer dans le sous-vêtement. Déjà, lors du Mondial des garçons, l’an dernier, on avait pu voir les tireurs de coups de pieds arrêtés remonter les pans de leurs culottes. Apparemment, ça n’a pas fait évoluer Nike qui persiste tandis que les culottes Adidas ont une longueur qui ne gêne pas.

Enfin, on a appris l’expulsion de deux supporteurs qui portaient des maillots réclamant l’ouverture des tribunes aux supportrices iraniennes privées de stade par les lois religieuses de leur pays. On remarque aussi que cette information n’est que très peu relayée par l’Internet.

https://csdhi.org/index.php/actualites/repression/12813-la-fifa-expulse-des-fans-mais-pactise-avec-l-iran-sur-l-interdiction-de-la-presence-des-femmes-dans-les-stades

Pourtant, l’essentiel nous paraît se passer ailleurs. Dans les tribunes, ce qui frappe, c’est que les supporteurs sont mélangés et il y a longtemps qu’on n’avait pas vu ça dans le football à un haut niveau. Il faut le dire ici car dans certains pays d’Amérique du sud, la presse publie les itinéraires pour se rendre au stade par des chemins différents afin que les supporteurs ne se rencontrent pas, même en dehors de l’enceinte sportive. On n’en est pas encore là en France mais les propos anti-sportifs, la tribune réservée aux supporteurs des visiteurs sont autant de mesures qui donnent raison à tous ceux que le football insupporte. Peut-on espérer que l’exemple féminin fera tache d’huile ? Il y a peu de chances et même, cela prendrait de nombreuses années avant d’observer un simple infléchissement et ce ne sont pas les décision du VAR tirées par les cheveux qui font ramener la paix dans les tribunes. Et puis, la nature humaine est ainsi faite qu’il est rare que le comportement vertueux l’emporte. En tout cas, lors de la sortie d’une Suédoise atteinte aux cervicales après 5 mn d’arrêt de jeu pour la poser délicatement sur la civière et l’embarquer, le stade entier a applaudi la blessée. Décidément, le public a adopté un comportement très « sport » tout au long du tournoi. https://rmcsport.bfmtv.com/football/pays-bas-suede-nouvelles-rassurantes-pour-la-suedoise-asllani-1725256.htm

En revanche, les commentateurs en ont très peu parlé malgré les craintes au moment de la sortie de la jeune joueuse.

https://www.francetvinfo.fr/sports/foot/coupe-du-monde-de-foot-feminin/mondial-2019-les-americaines-de-nouveau-sacrees-championnes-du-monde-en-battant-les-pays-bas-2-0-en-finale_3525579.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20190708-[lestitres-coldroite/titre6]

Nous attendons avec impatience le prochain tournoi féminin de football et nous formulons de vœux pour que le Tournoi féminin des 6 Nations de rugby se déroule, dans les autres pays, ailleurs que sur de petits stades boueux. L’an passé, la France avait offert le beau Stade des Alpes de Grenoble pour la compétition. Il a aussi servi pour le Mondial qui vient de s’achever.

equipe-france-apres-but-amandine-henry

 

 

 

 

 

* rappelons que « L’amour est bleu », sur une musique de Paul Mauriat, complètement oubliée ici est mondialement connue pour symboliser l’art de vivre à la française.

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