A votre écoute, coûte que coûte
Ce matin, j'ai été particulièrement choqué par la chronique humoristique de Ben qui s'est moqué de la nouvelle émission d'Inter : « À votre écoute, coûte que coûte ».
Il est particulièrement choquant d'entendre un collaborateur d'une chaine de radio critiquer le travail des autres et d'en dire du mal, en public ou, pire encore, sur la chaine en question. C'est encore plus grave lorsqu'il s'agit d'un chroniqueur, autrement dit quelqu'un qui intervient pour quelques minutes seulement et qui critique celui qui lui donne la parole.
Pourtant, j'ai voulu me rendre compte par moi-même de cette nouvelle émission interactive.
D'abord, remarquons que la direction d'Inter ne sait plus comment faire une grille de programmes. Depuis le début de la saison, on voit des petites interventions rogner les émissions habituelles. On a rogné de la sorte « Rendez-vous avec X », « Interactive » le vendredi matin pour laisser la place à Caroline Fourest et maintenant la nouvelle émission « Les affranchis » se voit amputée d'un quart d'heure, quatre mois seulement après son lancement. La distraction n'a plus lieu d'être sur Inter.
Alors, j'ai donc tenté l'expérience aujourd'hui, jeudi 26 janvier 2012. J'ai dû rater le tout début puisque, lorsque j'ai branché la radio, un auditeur de Briançon appelle. Fichtre : justement une ville que je connais bien. D'abord ça commence mal. Les animateurs-médecins veulent faire étalage de leur culture et amènent le propos sur Vauban. Jusque là, rien à dire, sauf que pour eux, Vauban est critiquable pour avoir soumis au roi un projet d'impôt qui, heureusement – selon eux – a été refusé. Là, ça ne va plus !
Vauban a soumis le « projet de dîme royale » afin d'établir l'équité entre les sujets du roi. Le roi l'a refusé car les nobles y aurait été astreints. Déjà, il faut faire preuve d'une inculture crasse pour affirmer de telles bêtises. Vauban est un des rares grands hommes de l'Histoire de France digne d'un total respect. Il s'est ingénié à fortifier les villes pour protéger la population. Lorsqu'il devait faire la guerre, il avait toujours pour souci principal d'épargner les vies humaines. Le comble a été atteint lorsque les deux animateurs-médecins ont voulu démontrer que Vauban, en voulant faire payer un impôt au roi, figurait celui qui veut « tuer le père ». On a entendu des raisonnement moins alambiqués.
Bon, je me dis que la nouvelle génération de médecins est moins cultivée mais sans doute plus compétente en matière scientifique. J'essaie de ne pas trop tenir compte de cet exemple de psychanalyse de bazar.
L'auditeur fait état d'un projet de relais pour la téléphonie mobile. Or, dit-il, son fils se montre particulièrement sensible aux ondes. C'était d'ailleurs le sujet d'une émission de Zoé Varier mais, comme on est sur Inter, on ignore totalement ce que font les autres et on s'en fiche pas mal, surtout quand on y travaille occasionnellement. Quand on ne s'en fiche pas, c'est pour dénigrer ce qu'ils font, confer Ben, le matin même.
Là, les animateurs-médecins expriment un doute sur le sérieux des études scientifiques qui établissent la nocivité de ces ondes mais concèdent qu'il peut y avoir des problèmes de santé. D'ailleurs, ils en profitent pour dire, qu'en tant que médecins, il existe beaucoup de problèmes de santé publique et qu'ils en savent quelque chose : ils y sont confrontés en permanence. L'auditeur croit alors intelligent de dénoncer le « Médiator » mais le médecin le reprend en disant que c'était efficace et qu'il le prescrivait.
Les animateurs-médecins comprennent ensuite que l'auditeur vient de se séparer de sa compagne et que le petit connait la garde alternée. Du coup, ils suggèrent que c'est peut-être à cause de cette séparation qu'il a eu des maux de tête plutôt que du fait de la Wifi. L'auditeur les détrompe et fait état d'un bon équilibre, d'une bonne sociabilité (le fiston a des copains) et de bons résultats scolaires. Oui mais, il y des blessures cachées. Ils insistent pour démontrer que les maux de tête de l'enfant ont pour cause la séparation et, probablement qu'il accepte mal la nouvelle compagne de l'auditeur.
Je cite de mémoire :
-C'est un compagnon !
-Vous dites ?
-C'est un compagnon ! (blanc à l'antenne)
-Vous êtes de la jaquette, monsieur ?
-Comment ?
-Je vous demande si vous êtes de la jaquette, monsieur ?
-Attendez, je vous appelle pour un problème de santé publique et...
-C'est contre-nature, monsieur. (nouveau blanc à l'antenne – un peu plus long)
-En plus, ça va contre la natalité.
-En effet, les ondes ont des conséquences sur la fertilité.
-Vous savez très bien que ce n'est pas de ça dont je parle.
-Ecoutez, là, je vous appelle parce qu'il y a un projet de relais et je vous demande ce que je dois faire avec...
-Bon, eh bien là, on va arrêter (l'auditeur continue sa phrase avant d'être coupé)
S'en suit un échange pour justifier leur position et du risque qu'ils prennent de passer pour réactionnaires.
C'est quoi, déjà le titre de l'émission ?
Ah oui : « À votre écoute, coûte que coûte ».
En tant que commentateur de la vie d'Inter, je me permets de leur suggérer un slogan :
l'émission qui insulte ses auditeurs.
PS
Avant de poster cette chronique, j'ai voulu voir le site de l'émission. Quelle ne fut pas ma stupeur d'apprendre que la doctoresse est psychothérapeute. On frémit à l'idée que des personnes fragiles mentalement puissent avoir affaire avec elle. On en regrette Ménie Grégoire...
http://www.franceinter.fr/emission-a-votre-ecoute-coute-que-coute
L'Abbé Pierre et moi, et moi et moi
Encore une année sans lui.
Sa voix résonne dans ma tête. J'aimais entendre sa révolte quand il voyait des personnes vivre dans la rue, parfois s'organiser pour exister, parfois tâchant juste de survivre au froid, à la violence, à l'indifférence.
Il y a quelques temps, M. Mélenchon a dit : « Tout à l'heure, je vais rentrer chez moi.
En bas de chez moi, il y a deux personnes qui dorment dans la rue. Je devrais les faire rentrer chez moi. Je ne le fais pas. Ce système nous rend pervers et mauvais. Est-ce que vous comprenez ? Donc, il faut le dire. Il faut dire : c'est pas bien et après, on fait comme on peut. ».
Je me reconnais pleinement. Ça m'arrangeait bien que quelqu'un se lève et donne le signal. J'ai honte de faire si peu en sachant que dans les villes, des personnes vivent sur le trottoir. Je me contiens mal quand j'apprends que ceux qui essaient de se débrouiller en allant au camping, en construisant une cabane ou une yourte se font déloger manu militari. Je fais si peu mais l'Abbé Pierre m'aiguillonnait.
Cette année, sera l'occasion de faire des choix, de voter. Malgré l'évidence, il se trouve encore des candidats qui hésitent devant les priorités. Il n'y a pas d'autre priorité que le chômage et le mal logement qui en découle. C'est ça qu'il faut crier dans les réunions publiques et auprès des militants. Il ne sera pas dit que c'est inutile.
Camus dans l'ordre libertaire
Un an après les publications qui ont marqué les cinquante ans après la mort de Camus, Michel Onfray signe une nouvelle grande biographie qui s'ajoute à celles de Lottman et de Todd et quelques autres moins connues.
Deux grands hebdomadaires, Le Point et Marianne, ont salué la sortie de la somme, en ont fait leur couverture et ont publié analyses, commentaires et bonnes feuilles. Les deux sont revenus, inévitablement, banalement, sur la brouille entre l'auteur de « L'Etranger » et celui des « Mots ». Depuis plus de cinquante ans que dure la controverse, on s'étonne d'apprendre encore des détails qui éclairent les raisons réelles et les causes occasionnelles de la rupture. Le problème, c'est qu'une lecture à l'aune de notre temps donne désormais, systématiquement tort au second tant il est vrai que le premier a su faire montre d'une lucidité tout aussi courageuse qu'exceptionnelle. Il faut se rappeler le contexte chronologique, après l'occupation et l'environnement intellectuel, presque complètement fasciné par le communisme russe et les mouvements de décolonisation. Si, force est de constater que Camus a eu raison contre Sartre, alors que pendant au moins trente ans, on a prétendu le contraire, il ne faudrait pas non plus vouer le pilier du Café de Flore aux gémonies ni, encore moins, faire passer Camus pour un prophète de l'ultra-libéralisme. La tentative de récupération de Camus par la droite est indigne et insultante pour le Résistant et l'homme engagé qu'il était.
Justement, les deux hebdomadaires, s'ils rendent un juste hommage à l'écrivain d'origine algérienne, occultent une part essentielle de la personnalité et de son œuvre. On évoque bien la polémique, les relations conflictuelles avec les autres intellectuels de son temps et surtout avec Beauvoir pour des raisons qu'on devine. On aime rappeler sa liaison avec Maria Casares, que Lottman a suggérée avec une pudeur dont feraient bien de s'inspirer les scribouillard d'aujourd'hui. On convoque les philosophes et chroniqueurs actuels pour connaître leurs sentiments sur Camus. On se répand sur l'Algérie car, de toute évidence, la plaie n'est pas refermée et l'on cherche dans l'auteur de « Noces à Tipasa » les conditions pour renouer le dialogue. Parfois, on fait des allusions au théâtre ; plus rarement au football. Tout cela, nous l'avons lu. Nous le savions. Nous avons apporté une briquette à l'édifice en parcourant la presse depuis un an ou en consultant les ouvrages cités. Pourtant, il est un sujet que personne n'a pris la peine de mentionner et le titre de la biographie, pourtant très suggestif, de Michel Onfray n'y a rien fait. Il s'agit, bien sûr, de l'engagement d'Albert Camus au côté des libertaires. Catherine Camus a publié, l'an passé, un grand livre fourni de documents personnels et de photos privées. Elle a évoqué, sans ambages, les relations de son père avec des figures du mouvement anarchiste. Avant elle, Lottman y avait consacré quelques paragraphes à la fin de sa biographie puisque, par définition, c'est vers la fin (mais il ne le savait pas) que Camus s'est rapproché des libertaires et y a trouvé une communion tant par les origines modestes des militants que par leur façon d'aborder les questions de leur temps, sans concession mais en dehors de toute référence à une chapelle. L'esprit franc-tireur qu'a toujours manifesté Camus, déjà en décrivant la misère des Kabyles dans l'Algérie coloniale puis dans son engagement aux côtés des Résistants, trouvait un écho et une fraternité naturelle avec les anarchistes.
Or, de cela, il n'en est jamais question ou si peu. Les commentateurs d'aujourd'hui réalisent l'exploit de parler du livre d'Onfray, sans mentionner le titre, « L'Ordre libertaire » ni, encore moins, en l'explicitant. On préfère utiliser Camus pour achever de discréditer tout le courant de pensée, souvent brillant, qui a accompagné le mouvement communiste. Encore une fois, cette récupération de Camus est abjecte. Michel Onfray ne cache pas, lui-même, son appartenance au courant libertaire. On aurait pu penser qu'il serait inévitable de le nommer. Il faut croire que, décidément, il y a des mots qui font peur, des courant de pensée qui gênent plus encore que les contestataires même les plus sincères. La pensée libertaire refuse l'ordre établi, quel qu'il soit. Elle se définit comme affranchie de toute aliénation politique, économique, philosophique, sociale, parce qu'elle met l'éducation, la formation intellectuelle comme condition sine qua non pour construire une vie humaine à la hauteur de tous les enjeux rencontrés dans une vie humaine. En ce sens, la pensée libertaire dérange au plus haut point tous ceux qui rêvent d'amener les autres à leur mode de vie ou de pensée et tous ceux qui, réalisant qu'ils suivent un autre, au lieu de tracer leur propre voie ne supportent pas de voir leur faiblesse dévoilée aux yeux de tous. Camus et le mouvement libertaire se rencontrent, inévitablement, naturellement, fraternellement, dans leur combat pour que l'individu évolue en dehors de toute contrainte. Ça s'appelle, parfois, l'indépendance d'esprit.
Marianne risque un intertitre, « Proudhonien et libertaire », mais il faut attendre la fin du propos pour trouver une référence explicite : « Camus puise son inspiration dans le génie libertaire espagnol et dans la Commune de Paris, dans toute cette tradition « qui chemine toujours sous les apparences de la défaite, et portera l'homme plus loin que n'a pu le faire la révolution de 1917 », écrit-il ». Onfray, lui-même, sous-titre sur « la vie philosophique » comme pour atténuer son propos ; à moins que ce ne soit pour ne pas effrayer le lecteur potentiel. Philosophe également, il semble que son ouvrage ait pour but de réhabiliter Camus comme philosophe, compétence qui lui est encore déniée par nombre d'intellectuels. Il est vrai qu'il n'a pas décroché l'agrégation. Pour lui, la philosophie apparaît comme une manière de formaliser la réalité, de l'analyser. Pour ses adversaires, il s'agissait davantage d'une manière de se situer, de rentrer dans un moule même contestataire. Camus n'était pas ce qu'on appelle aujourd'hui un « bobo ». Il a connu la misère et, pour lui, ce n'était pas un sujet de dissertation ni le ferment ou l'avant-garde d'une révolution fût-elle prolétarienne. D'abord, les miséreux ne font même pas partie du prolétariat mais du sous-prolétariat. Ils ont besoin de réponses immédiates à leur situation et la vie de tous les jours est d'abord une lutte pour la survie. N'a-t-il pas déclaré : « Nous sommes quelques uns à ne pas supporter que l'on parle de pauvreté autrement qu'en connaissance de cause ».
C'est sans doute le malaise éprouvé à la lecture des œuvres de Camus, bien plus que sa brouille avec Sartre, qui l'a mis au ban de la bien-pensance depuis plus d'un demi-siècle. La polémique avec Sartre a été saisie au bond par tous ceux que la force de la pensée de Camus trouble. Camus ne parlait qu'en connaissance de cause. Il avait éprouvé dans sa chair les sujets qu'il abordait ou, au moins, en avait été le témoin direct et parfois unique ; unique parmi ceux qui ont le pouvoir de s'exprimer. Il ne fait aucun doute que, pour lui, le rôle de l'intellectuel doit être de prendre la parole, le plus fidèlement possible et seulement à leur demande, de tous ceux qui peinent à s'exprimer. Maurice Joyeux, figure du mouvement anarchiste, rapportait une différence majeure entre un philosophe comme Sartre et Camus. Sartre visitait parfois des usines pour rencontrer les prolétaires. Il prenait la parole et les appelait à se mettre en grève pour réunir les conditions de la révolution. Il croyait, sans doute, qu'on se met en grève facilement quand on a une famille à nourrir et qu'on a déjà un salaire de misère. Camus aussi allait à la rencontre des ouvriers. Il les écoutait. Il apprenait d'eux, lui, le Prix Nobel de littérature, lui, l'élève d'un quartier populaire d'une ville colonisée, parvenu aux études grâce au concours des bourses et l'appui de son vieil instituteur, lui-même de condition humble.
http://www.youtube.com/watch?v=F6xPO75Q44U&feature=related
Puisque bien peu sont enclins à reprendre le titre « L'ordre libertaire », citons simplement le géographe Élisée Reclus : « L'anarchie est la plus haute expression de l'ordre ». Et, s'il faut prendre des pincette pour ne pas effrayer, reprenons un terme que les Espagnols préfèrent à « anarchie ». Il s'agit d'acratie. On peut, sans crainte le revendiquer tant il est vrai que c'est dans ce pays – d'où venait la famille Camus – que l'ordre libertaire a pu se déployer. C'était pendant la guerre civile, alors que le pouvoir républicain devait faire face à l'insurrection des casernes tenues par les nationalistes et ne pouvait plus assurer les services publics. Dans les régions industrielles comme la Catalogne et le Pays-Basque, le syndicat anarchiste CNT a organisé l'instruction publique, les transports, l'hygiène dans les quartiers des villes, malgré les restrictions. Cette volonté de demeurer debout dans l'hostilité est à l'origine de la répression démesurée à l'encontre des Basques.
Camus a toujours regardé vers l'Espagne. Sa pièce, « Révolte dans les Asturies » date de 1936. Roger Grenier, qui a été son camarade parmi la rédaction de Combat a rédigé un essai intitulé « Camus, soleil et ombre » (1987). Camus est indissociable de la fraternité libertaire et de la Méditerranée.
« Je comprends ici ce qu'on appelle gloire : le droit d'aimer sans mesure »
http://tempsreel.nouvelobs.com/jean-daniel/20120106.OBS8265/notre-camus.html
http://www.c-g-a.org/toulouse/Frame_Camus_ML.html
http://www.avoixautre.be/spip.php?article2195
http://www.youtube.com/watch?v=34b4FqcFZaI
http://www.drapeaunoir.org/fondateurs/reclus/expression.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/01/09/3641456.html
sur Camus
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/01/16/7588433.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/01/05/3602717.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/01/19/7620443.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/11/02/19494700.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/12/13/7219720.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/12/16/7249976.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/01/26/16676050.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/01/05/16390525.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/02/16/16931031.html
Les preuves d'inculture générale
Comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même et, surtout, parce que ce long article posté pendant la trêve des fêtes n'a eu aucun succès, je me permets d'y répondre moi-même.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/12/29/23024247.html
Parlant de l'inculture des journalistes, nous en trouvons la confirmation dans Le Nouvel Observateur de la semaine dernière, cité par le chroniqueur Bruno Duvic sur Inter
http://www.franceinter.fr/emission-revue-de-presse-de-bruno-duvic-la-valeur-du-travail
En voici l'extrait : « Peut-on prétendre former l'élite de demain sans exiger d'elle un bon niveau de culture générale ? Dans Le Nouvel Observateur, on lira le texte d'un vieux journaliste épris de littérature, qui a enseigné peu de temps dans le département journalisme de Sciences Po avant de se faire virer.
C'est Pierre Bénichou. On lui a confié un séminaire sur le récit journalistique à Sciences Po.
Le jour venu, Bénichou propose à ses lecteurs un programme de lectures d'articles particulièrement réussis et signés de grands écrivains ou journalistes - Victor Hugo, Céline, Mona Ozouf, Jean Cau, André Breton. Il évoque Raymond Aron ou Delfeil de Ton. Tous ces noms inspirent à ses étudiants un silence poli, voire des regards stupéfaits.
Dans la foulée, coup de fil de celui qui l'avait nommé professeur :
- vous les avez choqués ! Ils ont l'impression que vous méprisez leur culture.
- quelle culture ? Je veux bien leur parler en verlan !
- fini le verlan, c'est plutôt le SMS
- Et merde !
L'expérience s'est arrêtée là. Suggestion à L'Obs : on aimerait bien avoir la version des étudiants ou un débat, maintenant. Car à lire cette tribune, on sent avant tout de l'incompréhension entre deux générations. »
http://blog.lefigaro.fr/le-fol/2012/01/a-sciences-po-rimbaud-est-un-facho.html
Cette incompréhension que croit déceler M. Duvic tient sans doute en partie au fait que la génération a été formatée pour ne s'intéresser qu'à ce qui est strictement utile ou qui a l'apparence de l'utilité. L'utilité, pour les jeunes, c'est de trouver un boulot, le plus rémunérateur possible afin de satisfaire leurs besoins. Jusque là, il n'y a rien à redire. Il est légitime de vouloir gagner sa vie et que cette vie soit la plus dégagée possible des aléas matériels. Au passage, cette préoccupation sonne comme une claque sur la figure de ceux qui prétendent que les jeunes sont des paresseux.
Nous avons parlé de « formatage ». Ici même, à plusieurs reprises, nous avons attiré l'attention sur l'entreprise engagée dès le milieu des années 1970, notamment par la réforme Haby et qui vise à vider l'enseignement de contenu afin de prévenir toute tentation de réfléchir et, partant, de contester le système. La crise qui a commencé à la même époque a considérablement amplifié cette volonté et l'a faite accepter par le plus grand nombre. Au début du millénaire, au plus haut niveau de l'appareil d'État, on a contesté, moqué, vilipendé la culture générale. À quoi sert donc d'avoir lu « La Princesse de Clèves » pour gagner sa vie comme fonctionnaire ? Le Président de la République peut bien confondre Barthes et Barthez et nommer une ministre qui confond Renault et Renaud malgré le contexte. Ça ne les a pas empêchés d'être élus légitimement. Les futurs cadres, qui essuient les bancs de Science-po n'ont que faire des grands auteurs. Leur ignorance ne les empêche pas d'analyser des rapports, des graphiques et produire de bonnes notes de synthèse. Alors, à quoi bon ? Mieux vaut passer ses loisirs à tapoter sur son téléphone ou son ordinateur ou jouer sur sa console de jeux plutôt que de lire des phrases écrites à l'encre sur du papier.
Cette semaine, nous apprenons que l'épreuve de culture générale a été retirée du concours d'entrée à Science-po, au nom de la non-discrimination à l'entrée.
http://www.letudiant.fr/etudes/iep/reussir-les-epreuves-dentree-a-sciences-po-11137/culture-generale-a-sciences-po-apprenez-les-principales-doctrines-philosophiques-19180.html
C'est drôle, parce qu'on croyait que, précisément, c'est le but d'un concours que de discriminer ; sinon, autant faire entrer tout le monde ou – ne caricaturons pas - à tous les bacheliers dont on sait que le nombre tourne autour de 80% de réussite parmi les candidats. On pourrait penser, d'ailleurs, que ceux qui ambitionnent de rentrer dans une grande école, auraient à cœur de bien se préparer les années d'avant. De plus, la culture générale présente cet avantage qu'on peut la développer en allant au cinéma, en lisant un quotidien ou l'actualité sur l'Internet, en écoutant de la musique, en poussant la porte d'un musée. Si l'on hésite à dépenser son maigre pécule de lycéen (toujours trop maigre quand on est jeune et qu'on a plein d'envies), on peut emprunter à la médiathèque ou faire des recherches sur l'Internet. Ainsi, on forme son goût et l'on se construit, sans trop d'effort, une culture personnelle, qui affirmera sa personnalité et, éventuellement, permettra de réussir quelques concours. Seulement, on n'en est plus là et il est beaucoup plus simple de supprimer l'épreuve de culture générale en attendant que la culture générale disparaisse à son tour ou soit enfermée dans hangars poussiéreux. Gageons que les journalistes qui seront formés à partir de 2013 nous gratifieront de leurs inventions, leurs approximations, leurs prononciations déplacées.
http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/É%3Bditorial/Pays-de-culture/Default-41-3416.xhtml
Au-delà des apparences, remarquons juste le glissement de la notion d'intelligence. Désormais, la connaissance est méprisée ou plus simplement ignorée. En revanche, on admire et l'on reconnaît l'intelligence quand elle est dirigée vers les sciences et surtout leurs applications concrètes, notamment dans la recherche médicale. On plébiscite des découvertes et des inventions qui serviront directement notre bien-être individuel. On aime se fasciner pour l'intelligence qui développe des techniques et des technologies directement utilisables sous forme de machines qui vont agrémenter le temps qu'on ne consacre pas au travail et au sommeil. D'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement puisque, en éliminant progressivement tout ce qui porte du sens dans l'enseignement, on a formé – et non plus éduqué ni même instruit – des générations de consommateurs, à peine avertis mais avides de tout ce qui produit du son, de l'image, du mouvement, des effets spéciaux ? Au passage, signalons que la plupart des nouvelles inventions nécessitent des matières premières rares et de l'énergie là où, il y a peu, le simple mouvement des mains suffisait. Qu'on songe aux matières qui entrent dans la composition et la fabrication d'une tablette numérique là où il suffisait de tourner les pages d'un livre de papier fabriqué à partir d'arbres qui repoussent. Justement, le contenu de l'enseignement (ou ce qui en tient lieu) depuis quelques décennies ne favorise pas la réflexion ni encore moins la critique mais plutôt l'admiration devant les nouveaux produits de l'intelligence humaine.
En ces temps de campagne électorale, on remarque un peu plus que d'habitude que, là où autrefois on mobilisait les travaux d'un Sartre ou d'un Marcuse, où l'on citait ces grands noms et quelques autres, suscitant des réactions enflammées, on cite Desproges ou, présidentielle oblige, Coluche. Des commentateurs faisaient remarquer qu'autrefois, on se référait à Malraux, Mauriac, Aragon quand, aujourd'hui, on va chercher Mireille Mathieu, Cali, Christian Clavier. On s'étrangle quand on songe que les nouveaux maitres à penser sont les fameux chroniqueurs médiatiques qui manient l'insulte et l'outrage tout en enfonçant les portes ouvertes car, bien sûr, il ne s'agit pas de remettre en cause un système qui leur apporte la célébrité sans effort.
Il y a peu, je m'étonnais de trouver assez souvent au cinéma, des critiques féroces de l'art contemporain. Je citerai « Intouchables » sans parler de « Mammuth », qui est plutôt une suite de sketches où le sujet est récurrent. Il semble que la surenchère autour de toiles sur lesquelles des couleurs semblent avoir été jetées au hasard passe mal auprès de gens qui vivent dans la précarité ou, au mieux, de bas revenus. En effet, comment des personnes qui n'ont pas été initiées à l'art sur les bancs du lycée mais qui ont obtenu leur bac quand même, pourraient exprimer un goût pour la peinture ? Comme le montre bien « Intouchables », la seule valeur de ces toiles est purement spéculative. On se dépêche d'acheter quelque chose de crainte de voir le prix augmenter peu après et d'avoir raté une affaire qu'on pourra revendre beaucoup plus cher. Ainsi, on fait monter la valeur de quelque chose qui n'en a aucune. Triste société où le seul espoir que nourrissent ses élites réside dans un gain multiplié et, par voie de conséquence, l'élimination des autres. Finalement, notre société est à l'image de ces toiles. Ceux qui ont du pognon, imposent leurs choix et ne sont plus contesté par les autres qui ne possèdent aucun moyen pour argumenter faute de culture générale. Les choix ne concernent pas seulement l'art ou ce qui en tient lieu. On retrouve la même démarche dans les produits de consommation courante mais également dans la politique où la médiocrité affronte une autre médiocrité et l'emporte au plus haut niveau.
Reste que ce supplément de beauté apporté par les livres, les tableaux, la musique, la danse, ce supplément d'interrogations suggéré par des livres (encore), des conférences, des débats d'idées, embellissent la vie y compris des plus humbles et leur donnent les instruments pour construire leur propre vie et non subir la volonté des autres. Finalement, le choix démocratique d'aujourd'hui consiste à subir ou à marcher debout. Ayons également une pensée pour ceux qui n'ont pas le choix. C'est un privilège que de le faire, ne l'abandonnons pas.
À noter que depuis peu, Canalblog ne permet plus la création de liens actifs. Désolé pour cette manipulation supplémentaire et fastidieuse.
Formatage
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/10/31/22536355.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/01/29/16710948.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/10/23/19406576.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/07/31/2385449.html
Journalistes
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/04/10/17529034.html
Inculture et enseignement
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/04/18/20921245.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/11/02/19494700.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/08/31/2654107.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/10/17/22382953.html
http://www.actuchomage.org/Les-dossiers/les-dix-strategies-de-la-manipulation-de-masse.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/05/10/21099004.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/03/30/20765889.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/01/10/16463468.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/10/25/19422743.html
Humoristes
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/06/24/18408754.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/02/10/20350978.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/03/28/13172760.html
Deux pandas
On apprend que la Chine vient de prêter deux pandas à la France et qu'on a aménagé un espace spécial pour eux dans un zoo du centre de la France. On s'en fout !
On nous explique, doctement, que les pandas font partie de la diplomatie chinoise et que c'est un honneur rare accordé à un pays. Tu parles ! Il n'y a pas si longtemps, la diplomatie chinoise menaçait la France pour avoir accueilli le Dalaï Lama* et maintenant, elle nous gratifie d'un prêt de deux pandas. Les commentateurs diplomatiques se fichent de nous.
Quant aux pandas, voilà des décennies qu'on verse sur eux des larmes de crocodiles. Ces pauvres bêtes sont menacées de disparition. Et alors ? Il y en a d'autres qui ont disparu et personne n'en parle. De plus, pour une fois, ce n'est pas la faute de l'Homme et de ses activités nuisibles. Le panda est un animal délicat. Il ne mange qu'un certain type de bambou mais il lui en faut 40 kg par jour. Alors, quand on sait que le bambou n'est pas vraiment une plante indigène, on songe à la quantité qu'il faudra acheter ou acclimater pour ces deux bestiaux. On nous dit qu'on a reproduit au zoo de Beauval un environnement pour qu'il ne se sente pas dépaysé. Le pauvre, ça pourrait le stresser, sans doute. Les bâtiments ont été construits avec des matériaux qui viennent de Chine. C'est le communautarisme appliqué aux pandas. On a affrété un avion spécial pour eux deux. Quand on pense que certains fustigent des écologistes parce qu'ils se déplacent en avion pour prendre des photos et attirer l'attention sur la beauté de la Terre et les menaces qu'elle subit. Quand on songe que, pour combattre les énergies modernes, on met en avant que les matières entrant dans la composition des appareils pour les capter sont transformées en Asie de l'est et que l'impact de leur transport sur l'environnement serait énorme. Là, un long-courrier pour deux bêtes ne suscite aucune réaction. Le panda se reproduit rarement et lorsqu'il le fait, les organes reproducteurs du mâle et de la femelle sont tellement peu accessibles que lors de l'acte, ils ne trouvent pas toujours les tenants et les aboutissants. Ce n'est pas étonnant que l'espèce soit en voie d'extinction.
Seulement, le panda possède pour lui une physionomie sympathique. Il est tout blanc avec juste ce qu'il faut de tâches noires pour en faire une bête magnifique. On aime bien son air triste souligné par le coquard noir autour de l'œil et ses deux oreilles du même, doucement arrondies. Il est trop mimi ! S'il était moche, nul doute que tout le monde s'en ficherait et le laisserait s'éteindre. En plus, c'est une sale bête. Celui du zoo de Madrid a, autrefois, sauvagement mordu son soigneur qui a dû subir une amputation de la jambe. Beau spécimen, en effet ! Il mord, au sens propre, la main (ou plutôt la jambe) de celui qui le nourrit et c'est justement celui qu'on a choisi comme symbole de la protection de la nature. La bonne blague !
Pendant qu'on s'attendrit sur le panda, une pléthore d'espèces est en train de disparaître ou de changer de milieu, ne serait-ce que les abeilles. Tout cela a un impact plus ou moins important sur l'environnement et donc sur la vie et la vie humaine. Qu'on imagine la vie sans les insectes pollinisateurs et sans miel. Puisqu'on est dans le symbole, le miel est autrement plus symbolique et universel que le panda qui ne nous laisse que ses crottes. Toutes les secondes, 26 m² de terre sont perdus pour l'agriculture en France. Cela s'ajoute à celle déjà urbanisées ou construites et aux terres qui sont impropres à l'agriculture comme, par exemple, les montagnes. 26 m², ce n'est pas beaucoup. Songe tout de même à la surface de ton appartement ou de celui de quelqu'un que tu connais. Au bout d'une heure, ça fait tout de même une belle surface mais elle aura disparu pour toujours car on ne peut pas réhabiliter une terre qui a été bétonnée ou goudronnée**. Ce qui reste de terres agricoles est soumis aux expériences agrochimiques et à la cupidité des producteurs de semences qui imposent des types de plantes fragiles afin de pouvoir vendre, par la suite, les produits chimiques pour les soigner ou, simplement, améliorer leurs rendements. Et on mange le résultat !
Il y a peut-être mieux à faire que de s'extasier devant deux pandas quand on songe simplement à ce qui nous entoure, à ce qu'on peut voir, tous les jours, en ouvrant sa fenêtre. Alors, ceux qui se passionnent pour les pandas devraient consacrer un peu de leur énergie et de ce qui leur tient lieu de capacités mentales pour protéger la nature qui est notre environnement, la branche sur laquelle nous sommes assis, notre condition essentielle de vie et de survie.
http://naturendanger.canalblog.com/archives/animaux_en_voie_de_disparition___especes_menacees/index.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/06/14/18279100.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/05/02/4817968.html
* http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/07/08/14338079.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2008/04/10/8734482.html
** http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/02/14/12538493.html
Ils ont râlé...
Sur une page de l'album de Gossiny, « La grande traversée », dessiné par Uderzo, on voit les deux gaulois bien connus mimer aux Amérindiens à quel peuple ils appartiennent. Une case illustre le propos « nous sommes râleur ».
Pour râler, les Français sont forts ; très forts, même. Partout, on les entend se répandre sur tous les sujets et exprimer un mécontentement plus ou moins poussé. On dirait qu'à chaque fois qu'il rencontre un inconnu, le Français en profite pour amener son semblable à ses vitupérations. En vain, d'ailleurs, puisque, aussitôt séparés, les compères et les commères retournent à leurs occupations jusqu'à la prochaine occasion de râler. Gageons qu'elle ne tardera pas.
Lieu privilégié, mais loin d'être unique pour vider son fiel, c'est la rencontre avec un employé quelconque après avoir fait la queue. Là, la moindre remarque de la part de l'employé provoque le déversement de tombereaux de reproches, voire d'insultes. L'employé peut être, selon les cas, le fonctionnaire (ou assimilé) d'un bureau de protection sociale ou la caissière du supermarché en passant par le guichetier de la gare ou du cinéma. C'est lui, l'employé qui se transformera en réceptacle de la mauvaise humeur du Français, parfois simple employé lui-aussi le reste de la journée. S'il est logique que l'employé entende en premier les doléances (pour peu qu'il soit objectivement en-dessous de tout), et l'on comprend, même sans approuver, qu'on réponde à une ultime tracasserie. En revanche, si l'on est exaspéré par le zèle imbécile de l'employé qui ne comprend pas plus que le client ou l'administré ce qu'il fait là et s'imagine qu'il justifie seulement son salaire, on ne peut tolérer qu'on s'en prenne à l'employé et au seul employé. Parfois, celui-ci répondra qu'il faut s'adresser à un supérieur, dont il désigne la porte du bureau ou écrire en haut-lieu. Alors, le râleur baisse les armes, non sans avoir lancé une dernière insulte au malheureux ou à l'imbécile zélé mais s'en retournera chez lui in petto.
Le comportement des Français s'exprime totalement dans ce genre de situations. On râle, on s'emporte, on est prêt à frapper, parfois. On proteste. Quelques fois, devant l'absurdité d'une situation, après une accumulation de tracasseries, on baisse les bras. On capitule. Laissons-là ce dernier avatar pour nous intéresser à celui qui mobilise, en apparence, le plus d'énergie. On voudrait que, face à l'injustice, aux dérèglements, à l'absurdité, ces vitupérations quotidiennes débouchent sur de vrais changements. Or, il n'en est rien. Chacune de ces saillies est strictement circonscrite. Tout au plus, on aura comme témoins, approuvant mais silencieux, les membres de la queue, les autres personnes venues pour la même chose. Tout au plus, une deuxième personne rejoindra le premier râleur pour peu que l'employé fasse montre de faiblesse ou d'impuissance. Une fois la controverse épuisés, chacun repartira seul et racontera jusqu'à s'en lasser l'épisode. Rarement, le râleur prendra sa plume pour écrire en haut-lieu. Rarement, il prendra la parole dans une réunion publique pour rapporter les faits.
On gueule, on râle, mais ça va rarement plus loin. Comme le rat du professeur Laborit, on s'énerve, on mord son semblable mais ça ne sert à rien sinon à se dire qu'on a fait quelque chose quand, précisément, on n'a rien fait.
http://www.youtube.com/watch?v=S0msBPXObAA&feature=related
Parfois, donc, l'employé mis en cause réplique qu'il n'y est pour rien, qu'il faut s'adresser au-dessus. Parfois, encore, on entendra qu'il y a bientôt des élections et qu'il faut en profiter pour faire passer son mécontentement. Curieusement, ce conseil sera encore moins suivi que les autres. Si l'employé a souvent oublié la finalité de son travail pour ne retenir que la justification de son salaire. Si le client ou l'administré l'a oubliée aussi en pensant qu'il subit une tracasserie, uniquement pour faire plaisir à l'employé qui devrait être à son service, il fera encore moins le rapprochement entre la politique et sa vie quotidienne.
Pour la plupart des râleurs – pardon, des Français – l'élu est celui qu'on va trouver, éventuellement, si l'on a besoin d'un passe-droit. Généralement, l'élu sert à obtenir un logement un peu plus rapidement qu'en remplissant des dossiers qu'il faut apporter en passant la matinée dans une administration et qui vont s'empiler sur les autres tout aussi urgents. Pour eux, l'élu est celui qu'on va trouver pour obtenir un boulot, même mal payé quand on est bon à rien ou qu'on connait quelqu'un dans ce cas. Le rôle de l'élu est tellement perverti, qu'on en oublie également sa finalité.
Pourtant, il arrive que le râleur – pardon, le Français – exprime son mécontentement dans les urnes. Dans ce cas, les commentateurs, toujours aussi peu au fait de la vie quotidienne des citoyens, parlent de « vote protestataire ». En d'autres termes, il y aurait des gens qui votent pour protester à côté d'autres qui eux, votent sérieusement. Il est vrai que le sobriquet de « vote protestataire » s'applique généralement à l'extrême-droite. Est-ce à dire que le râleur n'a pas d'autre choix ? Pourtant, à chaque élection, quantité de listes ou de candidats se présentent. Il serait bien extraordinaire de ne pas en trouver qui reflètent le mieux ce qu'on pense ou ce qu'on ressent. Rien qu'en 2002, à la présidentielle, il y avait 16 candidats. Eh bien non. On vote pour les mêmes. Parfois, au premier tour, on vote pour l'extrême-droite en s'imaginant que ça va faire peur à ceux qui, pense-t-on, nous veulent du mal. Foutaise ! Qu'on se rappelle 2002. M. Chirac a été réélu tranquillement et n'a pas modifié ses intentions.
Cette fois, c'est la crise. À chaque nouvel épisode, à chaque pic, on nous refait le coup. « C'est la crise ! ». On n'a pas vu finir la dernière, qu'une nouvelle surgit d'on ne sait où. Rappelons que c'est comme ça depuis 1974. Or, depuis tout ce temps, on a eu l'occasion d'élire, de sortir des élus, d'en mettre d'autres et c'est toujours « la crise ». Ça râle plus fort selon les périodes. Oh oui, ça râle. On dit parfois que ça va péter, que les râleurs – pardon, les Français – n'en peuvent plus, que cette fois, ça va péter car c'est pire que l'an dernier. Rien ne se passe. On élit ou on réélit les mêmes. On s'étonne que rien ne change. On se dit que pour le même résultat, on aurait dû garder les mêmes. Alors, on les fait revenir et c'est reparti pour un tour. Et on râle, oh oui, on râle.
On pourrait penser que, depuis plus de trente ans, à force de subir les plans Barre, l'austérité, la rigueur, les efforts à fournir, on aurait envie d'essayer autre chose. On pourrait penser que, puisque deux partis alternent régulièrement sans résultat probant, on pourrait essayer autre chose. On pourrait penser que, au point où nous en sommes, puisque les uns et les autres ont échoué, on pourrait essayer autre chose. Qu'est-ce qu'on risque ? Que la crise s'aggrave ? Il y a déjà 3 million et demi de personnes qui vivent dans la rue ou dans des taudis. Que la dette augmente ? Combien de pays ont déclaré qu'ils ne paieraient plus et qui s'en sont sortis tant en Amérique du sud qu'en Europe !
Eh bien non, on continue de s'en prendre à ceux qui n'en peuvent mais et auxquels leurs supérieurs ne demandent même pas leurs avis. Ils devraient le faire pour améliorer leurs produits ou leurs services et utiliser les retours de leurs subordonnés. Eux aussi, ont oublié la finalité de leur activité pour ne s'intéresser qu'au profit qu'elle procure. Tant que les Français râlent mais continuent de payer, il n'y a aucune raison que ça change. Au niveau politique, tant que les Français râlent mais élisent toujours les mêmes, il n'y a aucune raison que ça change. Rendez-vous dans trois mois.
Après Mai 68, Léo Ferré avait chanté : « Ils ont voté et puis après ? ».
Maintenant, les Français votent moins et puis après ? Ils râlent, sempiternellement, se plaignent que rien ne change alors qu'ils ne font rien pour. À force de râler, ils radotent.
Les journalistes
Jusqu'où peuvent aller les journalistes pour faire un effet ?
Un exemple parmi d'autres, tout simple et sans conséquence, ce jeudi matin 12 janvier 2012, peu après 9 heures.
http://www.franceinter.fr/emission-comme-on-nous-parle-alain-souchon
Pascale Clark : Bienvenue ! Bienvenue, Alain Souchon, sur France-Inter. C'est votre journée.
Alain Souchon : Merci oui.
PC : Un peu plus c'était un vendredi 13, mais non.
AS : C'est un vendredi 13 ?
PC : Demain, ouais.
Boléro
Un vrai moment d'émotion, ce matin-là, dans la gare centrale de Copenhague.
http://www.flixxy.com/symphony-flash-mob-copenhagen-central-station.htm
Des musiciens arrivent, les uns après les autres et interprètent le fameux « Boléro » de Ravel. D'habitude, ce morceau me casse les oreilles. Quand on l'a entendu une fois, ça suffit pour la vie, d'autant qu'on nous l'impose de temps en temps comme les guêpes et autres moustiques qui reviennent chaque été.
Cette fois, le lieu, le public, changent les données. D'abord, la caisse claire qui retentit légèrement et semble appeler tous les autres qui rappliquent illico. Et puis, ils arrivent , se joignent à eux, vêtus comme les passants qui passent dans cette gare de voyageurs, habités par des rêves ou des obligations d'aller quelque part.
En regardant les sourires des uns et des autres, en lisant l'émotion dans leurs yeux, la surprise d'être surpris en flagrant délit d'émotion, on se dit que l'humain est peu de chose qui peut être saisi par de simples note enchaînées en cadence et répétées par leurs semblables, pas tout à fait semblables puisqu'ils peuvent extraire des sons de matières inertes. La musique, la beauté en général parviennent à submerger nos petites existences bourrées de problèmes, de préoccupations, de responsabilités.
En écrivant ces lignes, j'ai envie de crier à la suite du grand Léo Ferré :
« Dans la rue, la musique ! Dans la rue ! »
parlant de Léo Ferré auquel je ferai référence dans une prochaine chronique, j'ai envie de publier l'intégralité des paroles d'une chanson en rapport :
Léo Ferré
LES MUSICIENS
Ils traînent leurs violons au-delà des portées
La clarinette au bec fumant des pastorales
Et la clef sur la table on les voit s'en aller
Vers des pays là-bas devant leur vitre sale
Ils dérangent la flûte en y soufflant dessus
Pour mieux voir dans la nuit flâner des violoncelles
Au bras d'une harpiste inquiète et survenue
Juste après qu'un violon l'eût prise en chanterelle
Les ailes du génie à portée de leurs bras
Croyant tout inventer ils réinventent tout
Debussy à la plume et Schubert dans la voix
Ils s'envolent dans des oiseaux de quatre sous
Sur leur papier tout pâle ils écoutent chanter
Les hasards de la rue et leur pauvre musique
Dans l'ombre de Bayreuth pendant qu'un groupe anglais
Tire inlassablement ses salves électriques
Ils traînent leurs portées au-delà des violons
Ils dérangent la nuit dans le bruit du silence
La tête achalandée de dix mille chansons
Le sourire des larmes au bord d'une cadence
Ils maquillent l'orgueil au bras des vanités
Ils se tirent dessus quand ils n'ont plus de cible
Ils se montrent du doigt du bout de leur archet
Qui pend ses cheveux blancs à leurs cordes sensibles
Les portes du destin s'entrouvrant par hasard
Par une clef de sol devenue pathétique
Le choléra de Tchaïkovski sur le boulevard
La rage de Berlioz comme un chien fantastique
Alors dans leur miroir ils regardent passer
Les chevaux de Mozart à sa dernière fête
L'oreille de Beethoven en train d'imaginer
Pour la neuvième fois des symphonies muettes
Les musiciens
Faut-il brûler les journalistes ?
C'était le titre d'un livre que Claude Guillaumin, avait écrit pour occuper sa première année de retraite. Il s'insurgeait contre les accusations récurrentes portées contre sa corporation. Il était sincère car il croyait dur comme fer que lui et ses confrères s'acquittaient honnêtement de la noble tâche d'informer en toute indépendance, en toute impartialité et qu'ils détenaient la vérité du seul fait qu'ils savaient avant les autres et plus que les autres.
INCULTURE JOURNALISTIQUE
Il faut rappeler que la contestation était à son comble après l'affaire de Timisoara quand des journalistes ont sciemment fait croire qu'on avait découvert un charnier de manifestants alors qu'ils savaient qu'on avait enterré (puis déterré) des cadavres pris à la morgue afin d'achever de discréditer le pouvoir du dictateur Ceausescu. Au cours des semaines qui ont agité la Roumanie, des photos de vitres brisées voulaient faire croire à de violents affrontements. Tout ça avait été dénoncé par d'autres journalistes et la profession toute entière avait promis de ne plus recommencer, de ne plus tomber dans ces pièges. Nous étions en 1989 et, un an plus tard, lors de la première guerre contre l'Irak suite à la prise d'otages d'étrangers, on assistait à un festival de désinformation. Les journalistes sur place, les commentateurs rivalisaient d'inexactitude tant sur le plan militaire que politique ou religieux dans une région où les trois sont si importants. Pour ne prendre qu'un seul exemple, après la fin des opérations, il s'en est trouvé pour dire que le régime saoudiens allait forcément changer dans la mesure où les troupes présentes sur son territoire sacré étaient composées principalement d'infidèles. On connait la suite. En effet, le régime s'est durci, a interdit aux femmes de conduire une voiture (au grand dam de leurs maris) et a financé davantage les mouvements intégristes de par le monde. Rappelons que Ben Laden était saoudien. Belle prévision, en effet ! Pourtant, quiconque connait un tant soit peu le contexte pouvait prédire ce qui se passerait. Aucune contrition n'a suivi : une fois, ça suffit, n'est-ce pas ? Le terme même de « guerre du golfe », imposé par les journalistes, est erroné dans la mesure où de 1979 à 1989, il désignait la longue et terrible guerre déclenchée par l'Irak contre l'Iran. Comme nous n'étions pas directement concernés, on s'en fichait et seule celle à laquelle nous participions pouvait entrer dans l'Histoire avec cette formulation. Rien que cette approximation suffit à caractériser la profession de journalistes et sa propension à fausser l'information.
Dans un domaine plus léger, les approximations, les inexactitudes sont légion. Il s'agit du sport, sujet qui occupe une grande partie des journaux radiotélévisés. On peut y relever un véritable florilège de l'ignorance de cette corporation qui se targue d'appartenir à l'élite intellectuelle et qui façonne l'opinion publique.
Ainsi, à l'occasion du Tour de France, les sujet préparés sur les terroirs traversés par la course ne doivent pas faire illusion. Il ne s'agit que de mettre en avant les anecdotes plus ou moins fausses et les spécialités locales propres à attirer le touriste soucieux de varier ses loisirs. De plus en plus, on peut remarquer que ces sujets sont liés à l'économie locale et plus précisément à des entreprises locales, notamment dans le secteur de l'alimentation : vignobles, restaurants, élevages etc. Pendant près d'un mois, la profession renoue avec une pratique de la presse régionale consistant à flatter les entreprises et les élus locaux.
C'est probablement dans la prononciation des noms propres étrangers qu'on peut le mieux mesurer l'ignorance journalistique. Cette année, le Tour a fait une incursion dans la vallée vaudoise du Piémont italien. La ville d'arrivée était Pinerolo. Évidemment, on ne peut exiger de tous les journalistes qu'ils maitrisent la langue de Dante mais, justement, ils pourraient se renseigner. Devant la paresse proverbiale des Français quand il s'agit des langues étrangères, il existe le plus souvent des solutions qui s'appellent « traductions » ou « transpositions ». Un tout petit effort leur aurait permis de découvrir que Pinerolo se dit Pignerol en français et ce, d'autant plus que les hasards de l'Histoire ont inclus un temps la ville, devenue olympique, dans le territoire français. L'étape reliait Gap à Pignerol qui sont, comme par hasard, des villes jumelles. On aurait donc pu trouver facilement le nom français qui aurait évité cette prononciation bâtarde si éloignée de la belle langue italienne si chantante.
En 1996, le Tour passait à 's-Hertogenbosch. C'est illisible et c'est imprononçable pour un gosier moyen. Cette ville du Brabant du nord, au Pays-Bas, s'appelle en français Bois-le-Duc. Elle a aussi appartenu un temps à la France et, surtout, jusqu'à une époque récente, le français était utilisé par les Néerlandais pour traduire leurs noms difficiles. Que croyez-vous que firent les journalistes ? Bien entendu, ils prétendaient prononcer le nom hollandais. Encore quelques années auparavant, les mêmes journalistes nous annonçaient une nouvelle extraordinaire : un pays venait de changer de nom. Le plus extraordinaire était qu'un journal habituellement bien renseigné sur ces questions, Le Monde diplomatique, l'ignorait totalement. Il s'agissait de la Biélorussie qui serait devenue le Bélarus. En fait, ce pays c'est toujours appelé ainsi, sauf que jusqu'alors, on adaptait le nom. D'ailleurs, quand il s'agit de pays plus lointains ou dont on parle moins, les journalistes n'éprouvent pas de tels scrupules. Pour eux, le Myanmar s'appelle toujours la Birmanie, la Chine reste la Chine et non la Juonguo, l'Espagne n'est pas l'Espana, l'Allemagne n'est pas le Deutschland et ne parlons pas des pays forcés d'adopter le nom du peuple qui les occupe depuis des lustres. Imaginons qu'il faille appeler la Croatie par son nom authentique : Hrvatska !
C'est qu'en France, existe un snobisme de la prononciation étrangère. Pour briller ou simplement se distinguer, on cherchera la prononciation la plus improbable afin d'exclure les autres et de montrer sa supériorité. Peu importe qu'elle soit correcte. Au contraire ! C'est la singularité qui sera préférée. Qu'on se souvienne du joueur de tennis Jim Courier qu'il fallait prononcer 'kourir' pour bien montrer sa compétence. Pour une fois qu'un étranger avait un nom français. En revanche, quand il s'agit d'un hispanophone, on revient au français comme pour l'ancienne Présidente du Chili, Veronica Michelle Bachelet que personne n'appellerait 'batchélette'. Qu'un nom fasse irruption dans l'actualité et l'on observera comment, au début, on le prononce, somme toute, simplement. Au fil du temps, on entendra des tentatives de torsions jusqu'à ce qu'une prononciation s'impose. Karashi, se prononçait jusqu'à présent, aussi simplement que le suggère la transcription anglaise (à l'exception du 'r' toujours problématique dans toutes les langues). Seulement, pour se distinguer, on prononce désormais 'karatchi' contrairement à ce que la transcription anglaise impose.
Il faut dire aussi que ces dernières années, l'adoption de transcriptions anglaises a compliqué la tâche. Comme la plupart des langues d'Europe occidentale, l'anglais doit recourir à des combinaisons de lettres pour rendre des sons qui n'existent pas à l'origine. Or, ces combinaisons ne font pas l'objet de lectures similaires dans les autres langues. Mao Tsé Toung est devenu Mao Zedong. Là encore, il existe des esprits peu renseignés pour prétendre qu'il a changé de nom. C'est cette même transcription anglaise qui nous fait écrire Changaï avec un S et non un C comme l'exige la phonétique française. Les journalistes avalisent systématiquement les transcriptions anglaises et imposent également les termes anglais ou à vague consonance anglaise.
Tout ça ne serait pas trop grave et tout juste un peu agaçant. Seulement, les journalistes, bien plus que les enseignants, exercent de fait une fonction d'instituteurs. Ce sont eux qu'on écoute et qui instituent les prononciations et, d'une façon plus générale les connaissances qu'il est de bon ton de posséder. Ce sont eux qui font l'information. Ça pourrait passer s'ils possédaient le minimum de culture et d'exigence intellectuelle pour accomplir une mission dont ils ne sont pas peu fiers bien qu'ils s'en défendent. À travers cette occurrence qui s'impose de temps en temps, à l'occasion d'événements sportifs généralement (une des rares occasions de parler de l'étranger dans les médias avec les guerres), on mesure bien à la fois l'influence des journalistes et des médias en général et ce que nous appelons ici l'inculture. Ce n'est surement pas un hasard non plus si quelqu'un comme Laurent Ruquier, un an ou deux après la création d'Arte faisait rire ses auditeurs en disant : « Vous avez déjà regardé les informations sur Arte ? Hein ? On y parle de guerres dans des pays dont on n'a jamais entendu parler. »
Nous avons déjà interpelé sur ce sujet dans la mesure où l'appauvrissement intellectuel est source de conflits.
Le même Laurent Ruquier se trouve depuis des années en position de relais de la bien pensance. Ainsi, cette saison, il a engagé deux chroniqueuses plutôt que les barbons habituels. L'une d'elle est Audrey Pulvar à qui l'on demande son avis comme s'il devait définir la ligne de pensée à adopter. Or, cette exposition la place au centre de polémiques que sa situation de journaliste sympathique ne prédisposait pas.
LE CAS PULVAR
Seulement Audrey Pulvar se trouve dans une position très particulière. Elle partage la vie d'un des futurs maitres de la France. Il serait maladroit de lui faire des reproches comme à n'importe quel autre de ses confrères. On ne sait jamais, elle pourrait se voir promue ou amie avec un patron influent.
C'est lui accorder une importance que ses seules qualités professionnelles ne lui donnent pas, si l'on en croit
http://anyhow-anyhow.blogspot.com/2011/06/limposture-audrey-pulvar.html
Audrey Pulvar apparaît comme le pur produit des médias actuels. Sortie d'une école de journalisme, que l'auteur place après celle de Lille où les grands noms ont étudié, son physique agréable et la couleur de sa peau l'ont mise là où d'autres rament des années avant de trouver leur place. Notons que d'autres avant elles ont bénéficié d'un concours de circonstances favorables et ont occupé des postes encore plus prestigieux. Gageons que tel sera son sort également. On devine que cette école de journalistes a formé ceux qui rivalisent dans l'inculture et n'hésitent pas à se ridiculiser, certains qu'ils sont que, premièrement, bien peu relèveront leurs erreurs et, surtout, que deuxièmement, ils détiennent le pouvoir d'informer, de donner la parole à qui ils veulent et donc, certainement pas à ceux qui les critiquent. Quant à ceux qui s'y risquent, ils sont vilipendés in petto, coupables d'attenter à la liberté de la presse et à l'indépendance des journalistes ; ce qui est un comble, un de plus. Depuis une petite vingtaine d'années, on peut observer un certain formatage consistant, à l'écrit, à faire des phrases sans verbes, sans doute pour provoquer un effet ou mettre en relief un propos. À l'oral, on note cette habitude de détacher les deux ou trois derniers mots d'un reportage ou d'une chronique pour laisser l'auditeur dans l'expectative et apporter une note dramatique à un propos souvent banal. L'usage de mots anglais ou prétendument tels, comme « outing » (qu'on retrouve dans le papier de Raphaëlle Baqué) est monnaie courante. Dans tous ces cas, il s'agit de rendre sensationnel au détriment de la rigueur.
Audrey Pulvar a bénéficié d'un succès de curiosité qui ne s'est pas démenti. À l'heure où le Président de la République revendique son inculture, où il a été élu par une génération pour qui la culture et même l'instruction ne représentent pas des valeurs actuelles, il est bien évident que ce n'est pas l'expérience, ni même ce plus que constitue la culture ou la connaissance qui va être pris en compte au moment du recrutement.
Une simple validation d'acquis vaut pour l'aptitude. On veillera juste à ce que le candidat ait été façonné dans le même moule pour éviter toute remise en cause du système ; médiatique en l'occurrence. Qu'importe, donc, que Mme Pulvar n'ait pas gagné de concours de reportage, doublé d'études journalistiques comme M. Poivre d'Arvor en son temps. Qu'importe qu'elle n'ait pas sauté d'hélicoptère pour réaliser un grand reportage ou qu'elle n'ait pas obtenu une entrevue exclusive avec une personnalité mondiale. Qu'importe qu'elle n'ait pas rongé son frein comme localière dans le quotidien de sa région. Qu'importe qu'elle n'ait jamais poireauté devant un ministère ou une permanence d'élu ni qu'elle n'ait jamais rencontré de gens ordinaires, « sur le terrain » comme on dit. Qu'importe qu'elle ne soit jamais allé interroger des ouvriers occupant leur usine ou des locataires sur le point d'être expulsés. Qu'importe qu'elle ne sache, finalement, que ré-écrire les dépêches à la sauce de l'organe qui l'emploie. Ce qu'elle fait, elle le fait bien et, surtout, elle le présente bien.
Dans un monde de marques, où les marques s'affichent partout, où l'on porte l'étiquette des marques de vêtement à l'extérieur avec arrogance, dans un monde où une citation de Desproges suffit à ébaubir son auditoire, où le vernis importe plus que l'objet qu'il recouvre, des journalistes qui se mettent en avant plutôt que leur travail, qui instrumentalisent leurs prestations, ont plus de chance d'y arriver.
FEMME ET JOURNALISTE
Mme Jacqueline Baudrier a été l'une des premières femmes à exercer le métier de journaliste et, qui plus est, dans l'audio-visuel encore hésitant. Elle a accepté de présenter les bulletins d'information pendant la nuit, sur Inter, et a gravi les échelons à la force du poignet tout en affrontant la misogynie proverbiale de ce milieu. On peut, d'ailleurs, penser qu'on l'obligeait à travailler de nuit pour la décourager en tant que femme. Elle a connu la consécration en devenant la première PDG de Radio-France en 1975 et la première femme à occuper de telles responsabilités après avoir été directrice d'une chaîne de télévision à l'ORTF. À ce poste, elle a promu, puisque c'était dans l'air du temps, d'autres femmes qui étaient loin d'avoir accompli ne serait-ce qu'une partie de son parcours à elle.
Des années plus tard, une Christine Ockrent, qui a payé de sa personne en réalisant des grands reportages dans des zones à risques, a surtout fait parler d'elle lorsqu'elle s'est imposée comme présentatrice du journal d'Antenne 2. Partout, on dit qu'elle a été la première femme à avoir présenté le journal télévisé. Hélène Vida qui officiait à la même heure et dans le même fauteuil en 1977 a disparu des annales, Betty Durot également.
Francine Buchi qui présentait le journal de FR 3, diffusé plus tardivement n'a bénéficié d'aucune notoriété. Tant que Marie-Laure Augry présentait les brèves du journal de 13 heures, on ne la connaissait pas. Du jour où elle a pris place à côté d'Yves Mourousi, sa reconnaissance médiatique a été assurée quand tout ce qu'elle avait fait avant demeurait ignoré.
On peut en conclure que le public plébiscite des personnes qui passent à la maison aux heures où l'on est le mieux disposé, mais aussi qu'une personnalité hautaine qui sait manipuler ses confères et impressionner ses supérieurs s'impose là où le travail bien fait mais discret n'est même pas regardé et aussitôt oublié.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/07/10/21579281.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/07/10/18547409.html
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/09/05/18984414.html
On passe un bon moment, le matin, avec Audrey Pulvar. Ce n'est pas sensationnel mais c'est agréable pour commencer la journée. Reste qu'on peut toujours se demander si ça valait la peine d'embaucher une vedette de la télévision pour une petite heure de radio dans une tranche d'information. Audrey Pulvar, malgré sa notoriété, sa popularité, n'est même pas rédactrice en chef de sa session, au contraire de Patrick Cohen. Ça donne raison à Anyhow qui remarque que sa consœur ne sait que relire les dépêches d'agence. En l'occurrence, elle annonce les chroniqueurs, les journaux parlés et nous impose son point de vue sur l'actualité après sa prise d'antenne.
NOUVELLE GÉNÉRATION
Elle appartient à cette génération de journalistes peu cultivés, à l'expression approximative, qui maitrisent parfaitement les nouvelles technologies et truffent leur propos de mots à consonance anglaise. Dans ce genre, elle n'est pas la pire. Ils connaissent très bien le milieu politique avec lequel ils entretiennent des relations endogamiques. Ils méconnaissent l'Histoire et la géographie, ignorent avec morgue leurs prédécesseurs. Ils privilégient les faits divers, refusent d'approfondir les sujets traités. Ils perdent du temps dans des illustrations redondantes en partant du principe que l'auditeur ne peut pas comprendre sans un petit reportage alors qu'il vit la même réalité. Ils traitent de la vie privée de personnalités comme si le sort du monde en dépendait et investissent dans une débauche de moyens digne de l'actualité internationale la plus prenante. Allusion notamment aux affaires DSK, Bettencourt et, plus anciennement à la mort de Rainier.
Le résultat, nous le vivons chaque jour. Ces journalistes, tout à fait à l'aise dans un monde qui leur a permis de parvenir avec un minimum de moyens à des postes d'influence où ils sont exposés, diffusent une information insipide et présentent une actualité culturelle consternante. Le moindre acte de création, la moindre signature est monté en épingle. Ils louvoient, selon les circonstances entre un sarkozisme de bon aloi et une social-démocratie en peau de lapin. Certes, ils ne leur viendrait pas à l'idée de prendre leurs conseils en téléphonant à l'Élysée comme c'était le cas autrefois mais leur formatage, dès l'école de journalisme, constitue la garantie qu'il n'y aura pas de vague ni de dénonciation de dérives sauf lorsqu'on ne peut plus faire autrement ou que le coupable se trouve déjà dans l'ambulance. De plus, ce complexe de supériorité qu'ils éprouvent en pensant à leurs prédécesseurs leur fait croire qu'ils sont réellement indépendants alors qu'ils sont tout autant soumis mais davantage au pouvoir économique et toujours à celui de personnalités locales.
On pourrait s'en lamenter, répéter que c'était mieux avant. Avant quoi, au fait ? On pourrait hurler avec les soixante-huitards que « la police nous parle tous les soirs à 20 heures ». Au fait, nombre d'entre eux occupent aujourd'hui des postes de chargés de communication des grandes entreprises internationales ou ont fini une carrière de pantouflard dans un cabinet ministériel. On pourrait reprendre l'antienne selon laquelle les médias audiovisuels sont entre les mains du pouvoir en place ou de grandes entreprises dont curieusement des marchands d'armes.
Seulement, ce qui nous apparaît plus grave encore, c'est que ce sentiment confus que l'information est manipulée, incite nombre d'entre nous à chercher l'information ailleurs. Ailleurs, c'est toute cette blogosphère qui contient le meilleur et surtout le pire, comme tout ce que l'humain produit. Le pire, ce sont ces blogs qui dissèquent l'actualité, soulèvent les pansements, prétendent dénoncer et qui se trouvent entre les mains de journalistes frustrés, de grincheux ou de fanatiques en tous genre. Ce sentiment qu'on nous cache tout, nous encourage à croire n'importe quelle rumeur qui va à contre-courant, nous donne l'illusion d'avoir accès à des secrets d'État. Là, se mélangent l'impression qu'on nous cache encore plus et l'excitation de connaître ce que seuls quelques initiés savent. On se croit plus intelligent du seul fait de trouver des informations qui ne passent pas dans l'audio-visuel et parce qu'on conteste tout. Chacun de nous se croit savant, se croit critique théâtral, se croit analyste politique, se croit diplomate averti et, surtout, se croit détenteur de la vérité et de la morale universelle. Chacun de nous se fait fort d'avoir un avis sur tout et considère l'avis de n'importe qui comme l'égal de tous les autres. Allusion aux propos tenus par des vedettes du spectacle ou du sport dont on n'attend pourtant pas une opinion argumentée.
Maintenant, pour répondre plus précisément à la question de Claude Guillaumin, il n'est pas question de les brûler ni même de brûler leurs écrits ; quand ils écrivent encore. Au contraire, tout le monde tombera d'accord pour défendre la presse et les journalistes partout. Il faut qu'ils puissent avoir accès aux informations et les diffuser. Seulement, comme tout droit, celui d'informer s'accompagne de devoirs. Le premier d'entre eux consiste à être irréprochable quant aux connaissances de bases qui vont servir à présenter un sujet. La maitrise parfaite de l'anglais et d'au moins une autre langue étrangère est un minimum aujourd'hui. Évidemment, l'expression française doit être impeccable, ce qui va de soi avec une bonne expression en langue étrangère. Ensuite, pour la plupart des sujets (politique intérieure et extérieure, sports, économie, vie culturelle), la connaissance de l'Histoire est indispensable et pas seulement de vagues notions qui se limitent à des noms et quelques dates. De plus en plus, la connaissance des religions s'avère nécessaire tant ces questions prennent de l'ampleur dans la plupart des conflits actuels. Curieusement, la géographie s'avère moins indispensable dans la mesure où les moyens actuels renseignent rapidement sur la situation d'un pays. La géopolitique est plus importante mais s'acquiert au long d'une carrière professionnelle. Ça paraît beaucoup mais c'est tout de même le minimum à exiger de la part de personnes qui s'immiscent chez nous et nous dispensent leurs informations. Ils sont bien payés pour la plupart et ceux qu'on connait le sont plus encore. Ce salaire doit récompenser des compétences et pas seulement la souplesse de l'échine et l'arrogance. Pour reprendre la comparaison avec l'instituteur, on s'attend au moins à ce qu'un enseignant maitrise parfaitement son sujet ainsi que la langue dans laquelle il enseigne. Compte tenu de l'influence primordiale des médias sur les plus jeunes, il paraît tout à fait nécessaire qu'ils ne disent pas n'importe quoi. Ensuite, tout comme les professeurs à partir du second degré, chacun pourra se spécialiser mais le socle commun de connaissances, pour considérable qu'il paraît, doit être celui-là. Le public ne peut pas tout connaître. C'est pour ça qu'il existe des journalistes et l'on a besoin de pouvoir leur faire confiance. Sinon, si la suspicion s'instaure, on en revient à la rumeur et à son corollaire, la calomnie. À partir du moment où tout se vaut, où l'émotion de chroniqueurs vaut l'argumentation des spécialistes, où le besoin de faire un coup médiatique pour exister et se faire connaître l'emporte sur toute autre considération, nous touchons les limites du pouvoir d'informer pour atteindre la manipulation mentale.
La Messe de Minuit ailleurs
Décidément, l’ami Alain m’inspire pour la Noël. Surtout, il m’a rappelé que le soir magique approche. Je me suis souvenu des « Trois messes basses » des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet. Et puis, comme mon cœur ne bat pas seulement pour la Provence mais aussi pour l’Amérique latine, je me suis souvenu de ce texte et je l’ai retrouvé, magie de l’Internet, une autre magie très matérielle, celle-là.
La Misa de Gallo
El pequeño Tito Mamani nunca era llevado a la Misa de Gallo, porque su patrona decía: "No quiero ver indios dormilones en la iglesia". Entonces Tito se dormía con su perro en un lecho de pieles de carnero.
Con otros chicuelos, armaba livianas trampas de carrizo para cazar pájaros, nadaba en la retozana quebrada, arrojaba piedras con su honda de colores, deambulaba por los campos recogiendo agridulces moras o pulposas callampas. Así iba creciendo.
Cierta vez que llevó a la patrona una canasta repleta de grandes setas brotadas con las primeras lluvias, ella le prometió, al fin, llevarlo a la Misa de Gallo.
Tarde ya, empezó a caminar la gente rumbo a la vieja iglesia. En uno de los grupos iban los hacendados seguidos de Tito y su madre, sirvienta de la patrona.
Junto a la puerta, un coro de indios tocaba arpas y violines. Medio arrastrado por su madre, quien lo conducía de la mano, Tito miraba boquiabierto a los músicos. Así no se dio cuenta de que ya estaban entrando a la iglesia y debía sacarse el sombrero. Su madre se lo arrebató, dándoles además un coscorrón. "¡Zonzo!", le dijo.
Tito estaba absorto. Preguntaba en voz baja y le respondía su madre, señalando con el índice: "La Virgen... San José... El Niño Dios... la mula... el güey.
Tito dormía con su perro, pero nunca había visto un lecho con mula y buey. Como se asombró, su madre le dijo: "El Niño Dios nació en un pesebre". Tito aun se preguntó: "¿Eran pobres como nosotros?" Y su madre respondió: "Sí, San José era carpintero".
La gente rezaba formando un rumor profundo. Unos muchachos provistos de silbatos de hojalata llenos de agua, soplaron simulando una melodía de pájaros matinales. Unas muchachas llamadas "pastoras" cantaron dulces canciones:
Gloria a Dios en las alturas
y en la tierra, paz y unión,
Todo era hermoso y sorprendente, pero nada impresionaba tanto a Tito como el Niño, que era Dios y era pobre, nacido en ese lecho de paja sobre el cual resplandecía una estrella.
En la casa hacienda, de regreso, la patrona dio a su sirvienta y a Tito una abundosa ración de buñuelos. Después de comerlos, no tardaron en dormirse. Y de pronto el propio Niño Dios entró al cuarto de Tito. Vestía túnica celeste y llevaba la argentada estrella en la mano. "¡Tito!", llamó el Niño con voz cantarina. "¡Ven, Tito, aquí está la estrella! ¡Tómala!". Tito se incorporó para atraparla, pero fue despertado por el frío viento andino que colaba las rendijas. "¡Mamá mamá!", llamó Tito explicando luego: "Vino el Niño Dios, pero ya no está". Su madre comprendió. "Ya regresará, hijito mío", le aseguró. "El Niño Dios siempre vuelve".
Lleno de confianza, Tito Mamani tornó a dormirse.
"Cuentos y Leyendas de los Andes Peruanos"
CIRO ALEGRIA
http://www.boletindenewyork.com/lit.lamisadegallo.htm

en voici la traduction :
La messe de minuit
Le petit Tito Mamani n’était jamais allé à la messe de Minuit parce que la patronne disait : « Je ne veux pas voir de petits indiens endormis dans l’église ».
Une fois que Tito lui apporta un panier plein de gros champignons que les premières pluies [au Pérou, Noël tombe à la fin du printemps NDT] avaient fait sortir, elle lui promit, finalement, de l’emmener à la Messe du Coq.
Il était déjà tard quand les gens commencèrent à marcher vers la vieille église. Dans un des groupes se trouvaient les propriétaires suivis de Tito et de sa mère, servante de la patronne.
A l’entrée, un chœur d’Indiens jouait de la harpe et du violon. Alors que sa mère le trainait un peu, Tito regardait les musiciens bouche bée. A l’intérieur, se massaient des visages hâlés, des têtes hirsutes ou coiffés de tresses, des jupes et ponchos colorés. La masse humaine s’écartait pour laisser le passage aux patrons.
L’autel brillant grandissait devant les yeux de Tito. Les propriétaires occupèrent les prie-Dieu. Derrière, la servante s’agenouilla sur les briques avec son fils.
Tito était fasciné. Il posait plein de questions et sa mère lui répondait en lui indiquant : « la Vierge…saint Joseph…l’Enfant Jésus…l’âne…le bœuf ». Comme il s’étonnait, sa mère lui dit : « L’Enfant Jésus est né dans une mangeoire ». Alors, Tito demanda encore : « Ils étaient pauvres comme nous ? ». Et sa mère de répondre : « Mais oui, saint Joseph était charpentier ». Tito se rappela que son père, qui était mort, était forgeron. « Et cette étoile ? ». La patronne se retourna et, le doigt sur les lèvres, ordonna le silence.
Des filles du chœur, appelées « bergères », chantèrent de doux chants :
Gloire à Dieu au plus haut des Cieux
Et sur la Terrre, paix et union
Tout était beau et l’impressionnait mais rien ne surprenait davantage Tito que ce petit Enfant, qui était Dieu et pauvre et qui était né dans une litière de paille au-dessus de laquelle resplendissait une étoile.
De retour à la propriété, la patronne donna à sa servante et à Tito une grande quantité de beignets. Après les avoir mangés, ils ne tardèrent pas à s’endormir. Aussitôt après, l’Enfant Jésus en personne entra dans la chambre de Tito. Il portait une tunique céleste et tenait dans sa main l’étoile argentée. Il l’appela d’une voix enchanteresse : « Tito ! Viens ! Tito, voici l’étoile. Prends-là ! » Tito se hâta pour l’attraper mais fut découragé par le vent froid de la montagne qui s’insinuait par les fentes. « Maman, maman ! » appela Tito qui essayait d’expliquer. « L’Enfant Jésus est venu, mais il n’est plus là ». Sa mère comprit : « Il reviendra, mon enfant, je te promets. L’Enfant Jésus revient toujours ».
Alors, rempli de confiance, Tito Mamani se rendormit.

