la lanterne de diogène

26 mars 2020

Michel Hidalgo, un avant et un après.

C’est vrai que ça paraît assez léger de s’intéresser à la mort de trois personnalités quand, chaque semaine, des centaines de personnes meurent des suites de l’épidémie de covid 19.

C’est vrai aussi que Manu Dibango, Al Uderzo et Michel Hidalgo ont apporté du plaisir et de la joie à des millions de personnes en France et chacun d’entre nous en a besoin, surtout ceux qui ont le moins d’occasions d’accéder au superflu, à la légèreté sans lesquels la vie n’est qu’une vallée de larmes.

Michel Hidalgo stefan kovacs

Michel Hidalgo a d’abord été l’adjoint d’un homme que tout le monde a oublié. On a cité Fernand Sastre et même Georges Boulogne dont le bilan a été assez pitoyable, mais pouvait-il vraiment faire mieux à l’époque ? Toujours est-il que l’arrivée de Stefan Kovacs, venu du prestigieux Ajax d’Amstedam a vraiment marqué l’histoire du football français. Il est intéressant d’observer que lorsque quelqu’un arrive avec une telle réputation, il se produit un choc psychologique qui fait que tout le monde se convainc que, maintenant, tout va aller bien. Stefan Kovacs arrive donc après l’élimination de la Coupe du Monde de 1974. Il a, bien sûr, sélectionné la plupart de ceux qui étaient déjà internationaux mais en donnant la priorité aux plus jeunes. Avec les premiers bons résultats, il y a eu une véritable émulation qui a promu l’équipe de France olympique de 1976, emmenée par un certain Michel Platini

 

De sorte que, lorsque Michel Hidalgo est arrivé aux commandes, il a trouvé un groupe de jeunes talentueux et, surtout, très motivés. L’influence de Michel Hidalgo a profondément marqué le football français qui n’était plus l’équipe d’un grand pays qui perd mais une grande équipe européenne. La Coupe d’Europe de 1984 a été une consolation eu égard à l’élimination scandaleuse des Bleus lors du Mondial de 1982, dans les conditions que l’on sait. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde pour considérer que l’équipe de 1982 était la plus forte de l’après-guerre. C’est pourtant celle de 1998 qui a ramené la Coupe du Monde en France et celle, vingt ans plus tard, emmenée par un digne successeur de Michel Hidalgo.

 

Avec lui, M. Michel Platini peut dire qu’il « a donné ses lettres de noblesse au football ». En fait, il a sorti ce sport spectacle du cadre populaire des banlieues des villes pour intéresser une large frange de la population. Avec les succès des Bleus (et des Verts aussi), il devenait bien vu d’avouer qu’on aimait le foot, surtout quand on est un intellectuel. Ça fait bien. Sans ces succès, il n’y aurait donc pas eu la victoire de 1998 avec cette formule aussi stupide que malheureuse mais qui avait le mérite d’exposer à la face du monde entier que la France est diverse, comme la plupart des pays du monde mais, à la différence de la plupart (à commencer par nos proches voisins), n’hésite pas à sélectionner les meilleurs quelle que soit leur origine. On aime rappeler les propos d’Albert Camus sur le sport qu’il pratiquait mais il convient surtout de rappeler que, s’il n’y avait pas cet esprit d’équipe qui se communique au public, il ne serait pas le plus populaire du monde et ne réunirait pas, les enfants des rues d’Amérique latine, qui commencent pieds nus en tapant dans des boites en fer, les jeunes d’Afrique qui jouent, pieds nus aussi, sur des terrains parfois plantés d’arbres et nos ados gâtés qui rechignent à jouer sur un terrain où le gazon a été arraché par leurs crampons. Les stades rassemblent les fanatiques haineux, qui insultent l’adversaire mais aussi ceux qui aiment retrouver leurs amis et applaudir ensemble des jeunes qu’ils ont parfois vu grandir dans leur club préféré. Aujourd’hui, l’esprit sportif se trouve plutôt dans les bars et les restaurants avec écran géant mais aussi des les foyers, autour de pizzas livrées. Les temps changent.

 

Michel Hidalgo était quelque peu oublié mais il en est ainsi de tous ceux qui ont apporté quelque chose qui manquait et qui est tellement indispensable qu’on n’imagine même pas qu’il ait pu en être autrement. Si Stefan Kovacs a labouré et semé, Michel Hidalgo a amandé, fertilisé et récolté. Aujourd’hui, ça paraît normal que la France arbore deux étoiles et joue les premiers rôles.

 

france 1982

 

 http://www.deux-zero.com/index.php?Code=FR&Item=Selections&Epreuve=CM_1982

 

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Uderzo et après

Al Uderzo s’en est allé quelques heures après Manu Dibango vite éclipsé. Il n’y a rien de pire pour une célébrité que de mourir le même jour qu’une autre, plus célèbre.

Coïncidence, sur les conseil d’un ami, je venais de relire les Oumpah Pah, première série du duo Gossiny et Uderzo. Pourtant, alors qu’elle n’a pas rencontré son public, on y trouve à peu près tout ce qui fera le succès d’Astérix, comme la caricature des langages (de la noblesse et de la paysannerie), l’imitation des accents, les jeux de mots, les clichés grossiers. Plus intéressant encore, on trouve ce qui est probablement le principal moteur du succès mondial d’Astérix, à savoir le génie de Gossinny qui, en plus des ingrédients bien connus, consiste à truffer les planches de petits apartés rédigés de telle manière qu’on croit qu’il s’agit d’une véritable référence historique alors que ça n’est qu’une plaisanterie. Exemple : « La danse « j’ai vu » faisait partie des coutumes des peaux-rouges (...) » avant d’introduire une parodie de la capture du prisonnier. On le verra souvent dans Astérix où les repères historiques sont légion (romaine) comme le nez fracturé du sphinx.

Dérib - hommage à Uderzo (Branko Djukic‎)

Nous avons attiré l’attention, à plusieurs reprises sur le décalage entre l’intention de Gossinny qui était de se moquer des Français dans la France de l’après-guerre, encore sous le coup de l’armée d’occupation et la réception par le public qui a trouvé dans Astérix, le prototype du Français bourré de qualités et d’ingéniosité avec quelques défauts mais, somme toute, sympathiques ( Simpatix ? ). Si les Romains voulaient caricaturer l’ordre et l’administration allemands, ils ont vite été vus comme les représentants de l’État centralisateur et policier quand Astérix et ses compatriotes mettent en œuvre force astuces pour échapper à l’autorité et à la loi, ainsi que chaque Français tente de le faire plus ou moins : le Français débrouillard !

L’ambition de Gossinny était d’imposer une nouvelle forme d’humour dans la BD qui, jusque là, se limitait, à l’instar des « comics » des États-Unis, à des gags au premier degré. D’où le recours aux références historiques et littéraires, aux citations, aux expressions latines et étrangères. Pas sûr que ce soit, d’ailleurs, ce qui plaît le plus, surtout chez les jeunes lecteurs, mais c’est néanmoins cela qui a fait respecter la série. De nos jours, on retrouve cette veine dans les derniers Lucky Luke, dessinés par Achdé et scénarisés par Jul qui oblige, lui aussi, à lire et relire les albums pour déceler les allusions subtiles, à la manière du meilleur Gossinny.

 

De même, quand on relit Le petit Nicolas, on retrouve d’autres thèmes de prédilection de Gossinny, le gros (ou le maigre Averelle) qui bouffe tout le temps et les bagarres comme passe-temps. Arrêtons-nous un instant sur les bagarres. Dans le Le petit Nicolas, les bagarres ne portent jamais à conséquence. Elles finissent comme elles ont commencé. Les personnages se relèvent et toujours bons copains. Dans Astérix, les bagarres sont autrement plus violentes mais, malgré la potion magique qui rend invincible, on ne compte aucun mort. Il faudra le dernier tome, « La fille de Vercingétorix » pour qu’un personnage négatif meure pour de vrai mais, hors champ. Néanmoins, bien avant les jeux vidéos qui habituent le jeune public à des morts virtuels, Gossinny montre des bagarres d’une grande violence mais sans aucune blessure grave. Ainsi, plusieurs générations ont pris l’habitude de considérer les bagarres et les guerres comme des passe-temps et des amusements. Elles permettent aussi au dessinateur Uderzo de déployer son talent dans l’affluence de personnages. C’est tout le contraire d’Hergé qui détestait la violence et se débrouillait pour la faire sortir du champ comme l’attaque des pirates sur la Licorne dont on devine que c’était un massacre horrible mais habilement dissimulé derrière un écran de fumée. Un peu plus tard, le dynamitage du vaisseau avec les pirates est observé de loin. On suggère que la grande violence faisait partie du quotidien quand, dans Astérix, elle est transformée en amusement.

bagarre

 

IMGÀ y regarder de près, on trouve aussi dans Oumpah Pah, les principaux personnages repris dans les autres séries dessinées par Uderzo. Il est évident que le chevalier de La Pâte Feuilletée a servi de modèle pour Ernest Laverdure et pour Assurancetourix, trois blonds aux nez pointus comme leur dessinateur, qui prétendent posséder des talents de chanteurs qui ne sont pas reconnus par leurs proches. Quant à Oumpah Pah, son visage et même la plupart de ses expressions serviront de matrice pour Tanguy. On entend, en écoutant les hommages au dessinateur génial, qu’Uderzo était mal à l’aise – de son aveu – avec la série réaliste Tanguy et Laverdure. Il est intéressant de noter que les séries réalistes qui ont été reprises montrent un changement de style qui déconcerte les lecteurs ou, plus rarement, les ravissent. Les deux personnages éponymes s’éloignent de plus en plus des modèles de base et Jijé a fait du Jijé et du meilleur Jijé. Quant à Astérix et Obélix, ils sont les décalques exacts de Crapaud Haineux et de Petit Front, jusque dans leurs mimiques.

En revanche, il n’y a jamais eu de ratage - sur le plan du dessin - dans la reprise des séries comiques. Le meilleur exemple est Spirou et Fantasio, commencée avant guerre et qui n’a connu aucun raté sur le plan du dessin. Tout le monde s’accorde pour célébrer Franquin comme le meilleur de tous mais les autres ne déméritent pas et il faut signaler l’album, à ce jour unique, signé Tome et Janry avec un style qui hésite entre comique et réalisme mais avec un véritable scénario qui pose des questions : « Machine qui rêve ». On peut penser que le public des histoires de Champignac n’a pas adhéré à ce thrillerquelque peu effrayant.

Tintin est dessiné par d’autres dessinateurs depuis « Le trésor de Rackam le Rouge », Lucky Luke a connu des ratés, mais tous les dessinateurs ont bien adopté l’univers et les codes graphiques de Morris. Astérix a été repris, il y a peu, par un duo de talent et, avec des hauts et des bas sur le plan scénaristique, mais les dessins sont de la même veine. D’ailleurs, Frédéric Mébarki se chargeait déjà d’illustrer les produits dérivés d’Astérix.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-grand-entretien/le-grand-entretien-24-mars-2020

Dans les séries réalistes, on voit bien la patte du repreneur avec plus ou moins de bonheur. En d’autres termes, les séries comiques sont plus faciles à refaire, à condition qu’il y ait un bon scénario. On sera d’autant plus exigeant. C’est pour ça qu’on a du mal à comprendre le raté de Michel Vaillant où, pourtant, les personnages principaux ont tous le même visage rectangulaire avec juste la chevelure qui change, un peu comme dans les jeux qu’on trouvait autrefois dans les illustrés quand il fallait habiller ou coiffer des personnages à découper.

 

oumpah tanguy

Uderzo est un monument. La moindre critique n’a donc aucune incidence. Par conséquent, nous pouvons rappeler quelques faiblesses comme l’introduction de personnages réalistes au milieu des « gros-nez » et, notamment, son incapacité à dessiner des personnages féminins comiques. L’épouse sulfureuse d’Agecanonix domine d’une bonne tête la plupart des hommes du village et ne parlons pas de Falbala. Tragicomix se distingue aussi et que dire du personnage masculin du « Grand fossé » entouré des villageois qui lui arrivent au genou, idem pour Maestria. Ensuite, il a fallu l’échec du « Ciel lui tombe sur la tête » pour qu’on ose, enfin, dire que ses reprises étaient navrantes. Déjà, les derniers scénarios de Gossinny étaient des resucées : il manque un ingrédient dans la potion magique et nos deux héros partent à sa recherche ou bien le village doit protéger une personnalité. Il n’est pas facile de trouver des histoires nouvelles et de les insérer dans univers archi connu. En fait, le public a toujours marché parce qu’il est tout simplement content de retrouver ses personnages préférés.

 

Uderzo est mort

 

On relira

Notre ancêtre Astérix

Astérix a trouvé Alésia

...à l'image d'Astérix

Astérix le gaulliste ou l'Histoire officielle

L'administration contre Uderzo

 

 

https://www.writeups.org/tanguy-laverdure/

https://www.bedetheque.com/BD-Oumpah-Pah-Tome-1-Oumpah-Pah-le-Peau-rouge-1285.html

 

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25 mars 2020

Leader Price et Aldi

Leader Price vient d’être cédé à l’Allemand Aldi qui va donc élargir sa voilure.

Le sujet n’est pas inintéressant dans la mesure où, pendant la décennie 2000, ce type de magasins a connu une hausse de fréquentation qui a conduit les deux enseignes allemandes, Aldi et Lidl à monter en gamme tout en demeurant, globalement, moins chers que la concurrence. Lidl a fait des efforts de présentation et amélioré nettement la qualité, au point de se targuer d’être élue, depuis plusieurs années, meilleure chaîne de supermarchés. Éludons la question de savoir qui l’a décidé pour signaler la présence de l’enseigne au Salon de l’agriculture dans le même temps.

coffeLeader Price a fait appel aux gastronome Jean-Pierre Coffe pour améliorer ses produits. Lui qui s’est rendu célèbre, par sa voix et en pourfendant ce qu’il est convenu d’appeler la malbouffe, a surpris et contrarié nombre de ses amis dont le critique gastronomique Périco Légasse. Coffe avait posé ses conditions et obtenu que son nouvel employeur renonce à distribuer des produits contenant des additifs inutiles. Il y est parvenu en partie et Leader Price a profité de sa caution pour développer une gamme premium. Très astucieux car ils vendaient ainsi à un prix majoré, nombre de produits de qualité qui étaient auparavant mis en rayon avec la seule mention de l’enseigne lorsqu’ils répondaient aux critères exigés par Coffe. Ainsi, Leader Price a pu commercialiser des produits de moins bonne qualité mais toujours à l’ancien prix et avec la même présentation.

On se souvient que, au crépuscule des années 1990, l’enseigne Casino qui venait de passer de l’entreprise familiale stéphanoise Guichard aux mains d’une groupe de financiers après son rapprochement avec le groupe breton Rallye, avait racheté dans la précipitation les enseignes Franprix et Leader Price pour empêcher le groupe Promodès (Continent, Champion, Provenciaet une multitude de petites enseignes indépendantes) de prendre le contrôle. On connaît la suite, le groupement d’indépendants normand s’est rapproché de Carrefour qui voulait diversifier et compléter son modèle tandis que le nouveau groupe Casino menait une politique agressive en vue de former un groupe de taille mondiale. C’était, à l’époque, l’obsession de grands groupes français : grossir pour tenter de faire jeu (presque) égal avec les géants étatsuniens. Casino a pris le contrôle de Monoprix qui est passé de magasin populaire à enseigne de centre ville pour une clientèle à revenus stables et a développé le commerce en ligne avec C-Discount. Il semble que le groupe éprouve quelques difficultés pour avoir besoin de se séparer de ses magasins Leader Price, désormais dépassés par ses concurrents. Leader Price, même en vendant des produits de marque et avec l’aide de Jean-Pierre Coffe a cédé du terrain. Pourtant, au cours de la décennie 2000, la plupart des supermarchés Casino sont passé sous enseigne Leader Price avec ce que ça signifie en termes de surface. Le groupe Casino cherchait plutôt à gagner des parts de marché sur le segment hypermarché tout en tentant de maintenir son réseau de proximité avec des enseignes comme SPAR ou Vival mais en abandonnant Petit Casino pourtant réputée.

En fait, la question qui se pose est celle du devenir de ces magasins. Quand, dans une ville moyenne, il y a, par exemple, deux Leader Price (dont un ancien Casino ou Sodim) et un Aldi voire un autre dans le bassin, est-ce que le groupe allemand va pouvoir se maintenir ? S’il vend un magasin, ce sera un concurrent de plus. Casino pourrait conserver une centaine de magasin en franchise Leader Price. Quid du personnel ? Aldi exige la polyvalence mais aussi la mobilité plutôt que la stabilité. Va-t-il tenir dans un marché féroce, concurrencé par les « drive » rapidement mis en place par les chaînes de supermarchés et d’hypermarchés et par le commerce en ligne ? La crise du coronavirus va encore amplifier le redéploiement des modes d’achat. Le modèle grande surface en libre service a du plomb dans l’aile. Marre de parcourir des centaines de mètres pour faire ses emplettes ! Marre d’avoir des dizaines de modèles de yaourts, pas toujours ensemble, idem avec les confitures etc. Auchan doit son succès à ce modèle mais, de plus en plus, outre les livraisons et les « drive », outre les AMAP dont le succès se stabilise à peine, une enseigne comme Aldi, justement, vient de conclure une campagne publicitaire sur le choix limité et le gain de temps. On n’en est plus à l’époque où l’on trouvait des produits de mauvaise qualité. Aujourd’hui, tout se vaut à peu près et l’on n’aura plus de mauvaises surprises. Reste que cette enseigne souffre encore de l’indigence de ses magasins qui rappellent un peu les magasins d’État de l’Allemagne de l’est.

 

 

 On relira

https://www.lefigaro.fr/societes/racheter-leader-price-un-imperatif-de-survie-pour-aldi-en-france-20200103

https://www.econostrum.info/Casino-cede-567-magasins-Leader-Price-a-leur-concurrent-Aldi-France_a26627.html

https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/20/les-dessous-du-rachat-de-leader-price-par-aldi_6033855_3234.html

 

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24 mars 2020

Manu Dibango, la grandeur de l'Afrique.

Un sourire s'est éteint.

manu dibango

 

https://hubpages.com/entertainment/Funk-Funk-Jazz-Soul-RB-The-Music-Of-Yesterday-Today-Vibes-For-The-Body-Soul-Spirit-And-Mind

 

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21 mars 2020

Coronavirus : l'enfer, c'est les autres !

À l’heure où chacun craint pour sa personne, le rapport à l’autre devient épineux, en tout cas pose problème.

Nous avons déjà vu comment le confinement obligatoire a révélé comment les adultes considèrent l’école de nos jours : une garderie institutionnelle où les enfants sont protégés des agressions extérieures mais sans enfermement, pourtant sécurisant, comme autrefois et où ils s’occupent plus ou moins intelligemment. Ça n’étonnera pas ceux qui, depuis les bancs de l’école entendent, aux sorties d’écoles, les bons parents se lamenter à l’approche des vacances : qu’allons-nous, encore faire d’eux ?

Maintenant, c’est la famille au grand complet qui se rappelle au souvenir d’une génération qui a pris l’habitude d’une présence alternée. Les enfants sont présents avant d’aller à l’école, avant le passage du car puis à son retour. Entre temps, chacun part de son côté. Les bonnes épouses partent travailler, gagner leur indépendance sans le mari sur le dos. Les bonshommes ne sont pas en reste et peuvent se relâcher à l’extérieur loin du regard de leurs chères et tendres. Et les enfants, alors ? On avait pris l’habitude de ne les avoir que pour leur bon côté. On découvre qu’ils sont toujours insatisfaits et pas aussi formidables qu’on le disait autour de soi. Voici que ce satané coronavirus contraint à vivre ensemble et, apparemment, ce n’est pas évident pour tout le monde. Finalement, jusqu’à présent, on illustrait l’adage : je t’aime encore plus quand tu n’es pas là. Il y a une quarantaine d’années, Cabu avait illustré l’expérience tentée par Télérama qui avait privé des couples de tous âges de leurs postes de télévision. Je cite de mémoire la bulle du dialogue du vieux couple : ‘J’avais oublié combien je t’aimais, vieille vache ! ‘. Cabu nous manque et Reiser, donc, qu’aurait-il dessiné en ces temps loufoques ?

Tout aussi intéressant le comportement individuel. En fait, à l’heure où chacun serre les fesses, on regarde l’autre avec suspicion et méfiance. Et s’il/elle était contagieux ? Et si c’était justement celui-ci ou celle-ci qui approche ? Ça commence sur le chemin du centre commercial. Que fait-il celui-là ? Pourquoi ne reste-t-il pas chez lui ? Est-ce qu’il ne va pas contaminer tout le monde ?

Ça rappelle ces automobilistes coincés dans les embouteillages qui se demandent pourquoi les autres ne prennent-ils pas les transports en commun parce que comme ça, on serait déjà arrivé…

En approchant du magasin, en poussant les quelques chariots mis à disposition, on rencontre d’autres semblables qu’on ne veut pas voir comme nos semblables qui ont besoin d’acheter leur pain, comme d’habitude et autres menus courses. Certes, on va en faire un peu plus car on n’a pas envie d’y retourner tous les deux jours au risque d’oublier l’ausweis en allant chercher de l’huile. Tout le monde ne cède pas à la panique mais force est de constater qu’il n’y a plus de farine, plus de sucre, plus de pâte. C’est encore les autres !

De retour à la maison, les autres sont encore de dangereux déviants. La télévision montre les images de ces promeneurs inconscients, forcément inconscients, qui déambulent, l’air badin dans les rues des grandes villes. Ils prétendent profiter des premiers rayons du soleil printanier et de l’air sur les berges de la Seine. Les Parisiens en prennent pour leur grade en ce moment. Ce sont eux, les pelés, les galeux d’où vient tout le mal. D’habitude, en province, on est content de les voir débarquer. Ça veut dire que les beaux jours reviennent. Et puis, ils vont dépenser un peu leurs sous par ici. Cette fois, leur arrivée est aussi suspecte qu’indésirable. C’est sûr qu’ils viennent pour nous contaminer. Parce qu’on s’avise, à présent, que dans les grandes villes, la vie est malsaine donc, il n’y a personne en bonne santé là-bas et ils viennent pour nous apporter leurs virus. C’est pas pour nous, vous comprenez, c’est pour nos enfants ; dont on ne sait déjà pas quoi faire. Haro sur les Parisiens. Les Vendéens et les Bretons retrouvent les accents qui leur ont fait repousser les hordes tricolores venues les enrôler de force. Pensez, ces riches (les Parisiens sont tous des richards c’est bien connu) viennent exploiter les malheureux provinciaux qui luttent contre ce mal venu d’ailleurs (y a pas de ça chez nous) et qui passe par Paris, justement. Dans le passé, c’étaient les juifs, pourtant peu nombreux, qui étaient systématiquement accusés de propager les épidémies. Curieusement, ils vivaient confinés dans leurs juiveries mais c’était aussi ce qu’on leur reprochait. Que manigancent-ils toujours ensemble ? Cette fois, on reproche aux Parisiens de sortir de leur ghetto doré. Les temps changent mais il faut toujours un coupable idéal. Il y a une petite trentaine d’années, une ville de montagne qui pratiquait le climatisme mais qui pâtissait de la baisse de fréquentation de ses sanatoriums, a connu une nouvelle jeunesse en accueillant des malades du sida. Tollé ! Ils viennent contaminer nos enfants. Le maire avait pris la tête de cette croisade mais pas trop quand même, coincé entre une population apeurée et des chefs d’entreprises (les sanatoriums sont des structures privées), principaux employeurs du bassin, ainsi que les commerçants qui ne dissimulaient pas leur dégoût mais acceptaient leur argent quand ils descendaient faire quelques emplettes. Le plus drôle, c’était qu’une grosse partie de la population locale venait de ces malades soignés dans les sanatoriums qui avaient fait souche. Or, leur mal était autrement plus contagieux, par simples postillons, éternuements, que le sida qui nécessite des disposition particulières pour être transmis. Si les montagnards les avaient rejetés comme eux le faisaient, ils n’auraient pas été là. En matière de déplacement de population, le dernier arrivé ferme la porte. Il n’est que de voir l’île de Ré, dont on devine que sa population régulière est réduite sur un si petit espace et dont les bords sont battus par les vents du large, qui s’insurge contre ses résidents secondaires qui ne doivent quand même pas être si nombreux. C’est encore trop ! C’est vrai que si les restaurants et boutiques sont fermés, il n’y a aucun intérêt à faire bon accueil aux vacanciers. Ceci explique sans doute cela. Quand les Parisiens viennent dépenser leurs pensions et leurs congés payés, ça pose pas de problème mais qu’ils viennent chercher un environnement plus sain sans dépenser, ça ne passe pas.

La radio emboîte le pas et nous y reviendrons, forcément. Pas une émission interactive sans qu’un auditeur ou une auditrice ne commence son intervention de la sorte : « En rentrant chez moi, j’ai encore vu quelqu’un qui… ». Sans citer nommément, les Français redécouvrent les joies de la délation. Et de dénoncer celui qui sort, celui qui serre des mains, celui qui prétend prendre l’air et profiter du soleil. On découvre la mentalité et le fonctionnement des intégristes : pas question que ceux qui bravent les interdictions vivent mieux que moi qui me sacrifie. Et de réclamer un durcissement. Le régime dérogatoire est, décidément, trop permissif. Il faut un couvre-feu, que la police municipale verbalise ceux qui partent acheter leur pain sans leur ausweis et bien vérifier que c’est manuscrit et dûment signé. Et ceux qui n’ont pas d’imprimante chez eux ? Qu’ils y restent justement ! On pourrait aller jusqu’à interdire d’ouvrir les fenêtres aussi et autoriser les forces de l’ordre à lancer des grenades de désencerclement en cas d’ouverture. Au point où l’on en est. La maréchaussée, justement. Voici qu’elle se plaint : on ne nous respecte pas. Elle a procédé à des arrestations pour outrage à agents dépositaires de l’autorité et autres. Ça va aider à comprendre. Ainsi qu’annoncé précédemment, on a vu une mémère verbalisée pour être descendue acheter son pain sans dérogation. C’est tellement plus facile que d’aller dans les cités où un reporteur suisse a remarqué que tout continue comme avant mais les patrouilles préfèrent se concentrer dans les centre-villes. En revanche, chaque fois que des policiers ont interpelé quelqu’un, lui ont expliqué qu’il devait rentrer au plus vite, ça s’est bien passé. Tous les flics ne sont pas bornés, prenant à la lettre les directives et prêts à dégainer leurs carnets de souches.

https://www.letemps.ch/monde/saintdenis-limpossible-confinement-dune-capitale

http://www.leparisien.fr/yvelines-78/coronavirus-dans-les-yvelines-les-bandes-refusent-les-controles-et-agressent-les-policiers-a-trappes-19-03-2020-8283861.php

coronavirus - les autres

On redécouvre que lorsque quelque chose est difficile à cerner parce que nouveau, inattendu, le réflexe est de chercher un coupable à défaut d’en comprendre la raison. Inattendu parce que, forts de nos connaissances, de notre science, de nos technologie, notre immense richesse que nous étalons sur tous les écrans de télévision du monde entier, nous n’imaginons pas une seconde que des mots comme épidémie, raz-de-marée, séisme, guerre, même, puissent nous concerner de près. Déjà, lors de la tempête Xinthia, on avait vu comment il était impensable que ça puisse arriver sur nos côtes aux bords de mer si joliment aménagés. Non, c’était bon pour ces peuples lointains qui vivent dans des huttes au bord de l’océan mais pas pour nous. En plus, malgré les images spectaculaires du désastre total, les gens ont rebâti au plus vite et tâché de gagner leur vie puisqu’ils n’avaient plus rien. Tandis que, sous nos latitudes, on attend. On attend que l’État (habituellement honni) vienne au secours et que les assurances remboursent. On attend aussi que les télévisions viennent enregistrer nos jérémiades. Les épidémies, c’est bon pour tous ces pays à moustiques où il vaut mieux ne pas mettre le bout du nez ou, à la limite, dans des villages de vacances à l’écart de la population locale pleine de maladies. Mais voici que même les pays les plus malins sont frappés. D’abord, la deuxième puissance mondiale a vu le départ du funeste virus. Jusque là, ça passe tant que nous n’avons pas intégré que ce peuple besogneux et pléthorique nous dame le pion depuis plus de quinze ans. L’Iran ? On sait pas trop ce qui se passe là-bas en temps ordinaire. Amis ? Ennemis ? Qu’on les laisse se débrouiller ! Les Italiens ? Bof, ce ne sont pas des gens sérieux : toujours à chantonner et siffler au soleil et à chercher à magouiller. Mais ici, en France ! Impensable avec notre système de santé, le meilleur du monde. Ce fut, en effet mais comme on exige de l’État qu’il réduise ses dépenses, ce n’est plus tout à fait le cas. Quiconque a eu à passer ces dernières années à l’hosto a pu le constater. À peine opéré, on est renvoyé sans ménagement dans son foyer où l’on pratiquera la médecine ambulatoire. C’est à dire que, plutôt que de rester sur place, quelques jours, là où se trouve tout le personnel qualifié, on rentre chez soi et l’on fait venir à tour de rôle tous ceux qui doivent veiller sur le rétablissement même si tout se passe bien. Il paraît que ça coûte moins cher. Donc, dans ces circonstances, pas étonnant que les hôpitaux soient débordés à la moindre rumeur.

De sorte que nous mobilisons toute notre imagination pour nier toute ressemblance avec une quelconque épidémie dans le passé (grippe espagnole, grippe asiatique) ou sur les autres continents : sras, ébola et le bon vieux paludisme. Si ça nous touche, c’est que c’est vraiment sérieux. Le reste n’est dû qu’à la corruption et l’incompétence des dirigeants étrangers et de toutes les sales bestioles qui transmettent des maladies imprononçables mais qui ont le bon goût de nous épargner d’habitude.

À ce stade, le confinement vire au repli sur soi. On se protège mais on accuse l’autre de ne pas le faire, de propager l’épidémie voire de l’inventer pour nuire à certains. Le repli sur soi, c’est la peur de l’autre et de la peur à la haine, il n’y a pas loin. Les regards inquisiteurs, les dénonciations de comportements à risques, la stigmatisation des visiteurs, habituellement bienvenus, sont autant de signes d’un malaise profond que cette crise réactive. Tous les grands moments déstabilisant ont connu de telles attitudes. Elles ont aussi vu des actes remarquables qui donnent quelque espoir, si ténu soit-il.

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20 mars 2020

Les municipales à l'heure du coronavirus

Avec tout ça, on en a oublié les municipales, bien dérisoires quand la société est à ce point désorienté par un fléau inattendu dans nos pays où l’on a cru se faire l’égal de Dieu ; pour ceux qui y croient et pour les tous les autres aussi. En plus, il n’y a jamais eu d’intérêt pour ces élections. D’abord, la réforme des retraites a préoccupé pendant les mois où, traditionnellement, tout le monde s’écharpe pour briguer le fauteuil de maire. Ensuite, les médias qui, d’habitude, nous forcent à nous intéresser à des sujets, comme les soi-disant « primaires » avant la présidentielle, en nous imposant un dispositif de soirée électorale après chacune, alors qu’il ne s’agissait que d’une affaire interne aux partis concernés, ont semblé planer au-dessus de ce rendez-vous capital pour la démocratie.

Au cours de la semaine précédente, « Le téléphone sonne » sur Inter a traité de la crise du coronavirus, quel que soit le sujet. Encore plus surréaliste, cette édition spéciale coronavirus à 13 h 30 dimanche 15 mars 2020, en plein scrutin. Toujours surréaliste, la soirée électorale proprement dite avec une accumulation d’approximations de la part de l’animatrice principale. Curieusement, à 22 heures, tout était fini et le programme normal a repris, sans doute pour permettre aux chroniqueurs de se reposer avant de recommencer le lundi matin.

Tout à fait par hasard, j’ai découvert un site qui infirme ma consternation devant l’absence d’une centralisation de toutes les listes de toutes les communes. Il s’agit de celui de FranceTV Info,

https://www.francetvinfo.fr/elections/resultats/

plutôt bien fait d’ailleurs, puisque, outre les noms, les étiquettes médiatiques, le site propose les listes complètes avec les candidats dans l’ordre. Malheureusement, à l’heure des résultats, on constate beaucoup d’erreurs :

« non élus » ou

« Personne n'a candidaté à temps. Le scrutin est donc reporté. » ou

« après le premier tour des municipales, il récolte 55,07 % des votes. 24,87 % des voix reviennent à son adversaire. Ils accèdent au second tour face à Z qui a obtenu 20,04 % des voix.

Déjà qu’on n’y comprend pas grand-chose au soir du 1er tour…

Screenshot_2020-03-20 Coronavirus les municipales auront bien lieu, sous certaines précautions d’hygiène

Dès l’ouverture des premières urnes, des voix ont réclamé l’annulation du second tour ; voix de plus en plus forte après 20 h quand les ténors ont commenté les résultats. Peu avant, tout le monde ou presque s’offusquait que ces élections aient été maintenues malgré la crise sanitaire majeure que connaît le pays. Les Français sont coutumiers de ce comportement de sales gosses. Ils font spontanément des choses plus ou moins rebutantes mais, dès qu’on les contraint, c’est la levée de boucliers. Une grande partie s’est précipitée dans les magasins pour faire des stocks et, notamment, du papier hygiénique (quel rapport avec la covid 19?), sans souci de la promiscuité. En revanche, accomplir un devoir civique poserait des problèmes ? Bien sûr, on a déjà oublié que, peu avant son intervention de la semaine dernière, on soupçonnait le Président de la République de vouloir reporter des élections qui s’annonçaient défavorables. On criait déjà à la manipulation, au « coup d’État » ! Lors de l’incendie de Notre-Dame de Paris, il s’en est trouvé pour remarquer qu’il s’était déclaré peu avant une allocution présidentielle prévue de longue date.

Justement, son intervention de la semaine d’avant mérite qu’on s’y arrête un peu, en marge des municipales. On a remarqué qu’il avait répété plusieurs fois « quoi qu’il en coûte ». L’UE elle-même, d’habitude insensible aux circonstances, aux réalités, aux humains, a fait savoir qu’on pourrait laisser filer les déficits, que ce n’est pas si grave que ça. Ah bon ? Depuis la décennie 1990, on nous rebat les oreilles avec les déficits désormais intolérables. Où l’on découvre que, lorsqu’un État dépense de l’argent, ce n’est pas parce que son gouvernement est incompétent ou gaspilleur mais parce qu’il doit engager de l’argent pour améliorer le sort de ses concitoyens ; ce qui est, normalement, sa raison d’être. Les commentateurs n’ont pas manqué de souligner l’emploi de mots comme « solidarité », « plan de relance » et le renoncement à des règles budgétaires dogmatiques et absurdes, là où, juste avant, il n’était question que de « faire des économies » et de « concurrence libre et non faussée ».

 

À partir de là, deux séries de réflexion peuvent apparaître. D’une part, on peut penser qu’il n’était, auparavant, pas tellement convaincu puisque, face à une crise, il se rend compte que ses dogmes sont inapplicables et n’ont finalement jamais fonctionné. L’ultralibéralisme profite à un petit nombre quand le reste doit subir et se sacrifier toujours plus.

D’autre part, on peut raisonnablement envisager que, sitôt la crise terminée, il aura oublié ses « coûte que coûte », et qu’il proposera, au contraire, de restreindre encore plus le budget pour compenser les dépenses en cours. La population ne sera pas en reste car elle oubliera aussi facilement les bonnes mesures d’hygiène, un peu comme ces jeunes conducteurs qui pensent qu’une fois en possession du carton rose, ils n’ont plus besoin de respecter le fastidieux code de la route.

Au lendemain des municipales, le PR a renforcé son image présidentielle, à la fois rassurante et ferme ; comme un bon père de famille. C’est à croire qu’on aime bien ces atmosphères angoissantes et malsaines, ces restrictions, ces périodes où tout le monde soupçonne tout le monde. Lui a fait des stocks, l’autre est sorti malgré le confinement, l’autre encore serre encore des mains ou ne se les lave pas. Dans les circonstances actuelles, ce qui est à craindre n’est pas la rupture des approvisionnements courants mais plutôt le zèle de la maréchaussée. Généralement absente du bord des routes, surtout lors des grands départs, rechignant à se déplacer en cas de grabuge ou d’accident, on va la voir, toutes armes déployées pour choper le contrevenant parti chercher son pain quotidien. C’est sans risque, il ne roule pas vite, ne connaît pas les stratégies échappatoires, n’est pas violent.

On parle à peine des municipales. On apprend tout de même que, traditionnellement, quelques 80 % des communes ont un Conseil Municipal dès le premier tour. Modérons un peu la chose en rappelant que dans nombre d’entre elles, il n’y avait qu’une seule liste en raison du désintérêt nouveau pour les municipales évoqué dans un article précédent. Il semblerait que, pour la première fois, on aura peut-être des maires écologistes dans les grandes villes.

https://www.latribune.fr/economie/france/municipales-la-vague-ecolo-a-bien-eu-lieu-842209.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20200316

 

Grenoble avait ouvert la voie, il y a six ans, quand un candidat soutenu par les Verts et France Insoumise l’avait emporté. Il n’est pas inutile de rappeler que le programme écologiste du candidat Mélenchon à la présidentielle était plus important que ceux de tous les autres candidats réunis, écologiste compris. Cette fois, d’autres grandes villes sont sensibles à leurs thèmes habituels mais, ailleurs, dans les villes moyennes (les plus nombreuses) et les petites villes, il en est tout autrement. À Briançon ou Auxerre, les écologistes font tout pour entraver leurs anciens partenaires de gauche ou du centre et se maintiendront probablement, surtout si, comme d’habitude, ils croient que leur heure a sonné, enfin. Cette fois, ils se justifieront en citant Marseille ou Bordeaux qui n’ont, évidemment, rien à voir. Dans les grandes villes, il y a encore (malgré les loyers élevés) une population étudiante, jeune, préoccupée par l’avenir et l’environnement. Dans les villes moyennes, c’est la petite bourgeoisie provinciale qui est la plus nombreuse. Des maires de gauche ont pu y être élus ou réélus pour sanctionner un sortant de droite devenu impopulaire ou en raison d’une bonne gestion de centre-gauche qui ne bouscule pas trop d’habitudes. Cet électorat-là a son avenir derrière et voit d’un mauvais œil les mesures prises pour réduire la circulation et généraliser le stationnement payant, par exemple. Ils ne sont sûrement pas enclins à voter pour des écolos. Les médias – basés à Paris il faut le rappeler – veulent voir une poussée écologiste, surtout si elle ne fait pas de tort au système et ne bouscule pas leur grille de lecture. Dans le reste de la France, on sait bien que les thèmes de protection de l’environnement passent mal et relèvent de comportements individuels. À Paris, Mme Hidalgo bénéficie surtout de la grande médiocrité de ses principales adversaires. Il faut ajouter aussi un maillage discret, composés de ménages qui, sans connaître le luxe, vivent confortablement, sont engagés dans le milieu associatif où ils finissent par s’imposer. Ils ne sont pas impactés par les embouteillages permanents et la difficulté de circuler, prennent peu les autobus, habitent près d’espaces verts et se font livrer à domicile. Ils ne sont pas non plus impactés par les mesures qui seront prises dans la lignée du mandat qui s’achève ni par la construction de tours. Ils voient favorablement, au contraire, l’aménagement de potagers sur les toits sans souci des terres agricoles bétonnées en Seine-et-Marne, par exemple, pour éloigner la circulation de la capitale. En fait, l’écologie politique a du succès quand elle rejoint l’égoïsme.

On peut penser que les candidats gardent en tête le second tour et se demandent si le report leur sera favorable tandis que leurs électeurs s’en fichent. Ceux qui sont élus se demandent comment élire le maire en appliquant les mesures d’hygiène et de sécurité. Tout comme lors de la célébration des premiers mariages pour tous, les médias découvrent qu’on peut tenir un conseil municipal ailleurs que dans la mairie. C’est même le cas le plus fréquent mais, ça, ils l’ignorent tout comme ils ignorent que c’est rarement le maire lui-même qui marie ses administrés. On se demande ce que les journalistes apprennent sur les bancs de Science-po.

 

 

https://www.rtl.fr/actu/politique/le-gouvernement-va-t-il-reporter-les-elections-a-cause-du-coronavirus-7800184912

https://www.publicsenat.fr/article/politique/coronavirus-frederic-pechenard-ne-veut-surtout-pas-de-report-des-municipales

https://www.europe1.fr/politique/coronavirus-il-nest-pas-question-pour-nous-de-reporter-les-elections-municipales-3954012

 

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19 mars 2020

Coronavirus : l’ultime plaie de notre société pharaonique ? (réponse à Jérémy)

Excellente analyse, encore une fois, qui met en perspective une série de désastres contemporains aggravés par l’impréparation consécutive à la politique de désinvestissement des États exigée par l’ultralibéralisme triomphant à l’aune des « frasques » de Reagan-Thatcher et de leur traduction européenne avec les traités de Maastricht, d’Amsterdam et finalement de Lisbonne qui ont vu la victoire posthume du boutiquier Monnet inspirateur d’une Europe d’entreprises sous protection étatsunienne. Alors même que le progrès préside aux destinées de l’humanité depuis qu’elle peut s’organiser, le mot d’ordre, « il faut faire des économies », vient y mettre un frein brutal. On peut observer, dans tous les domaines, une régression que ceux qui ont vécu la décennie qui a suivi tous les Mai 68 du monde ne pouvaient même pas imaginer. Tous les rêves paraissaient alors à portée de main. Quand, quasiment partout, les dictatures tombaient les unes après les autres, que les individus pouvaient s’exprimer, circuler, échanger, la classe moyenne a pris de plein fouet les mirages de l’ultralibéralisme. On pense surtout à la protection sociale qui a assuré à presque tous (il y a toujours des exclus) une meilleure vie, mais la santé publique redevient une affaire de riches et les religions redécouvrent l’obscurantisme, les pogroms (comme en Inde récemment), l’intolérance. En ce premier quart de 21e siècle tant attendu ( ah, l’an 2000 !), de plus en plus de gens croient que la Terre est plate, et je devrais m’arrêter là.

Le coronavirus est la dernière calamité qui a le mérite de mettre en lumière les mirages de l’ultralibéralisme et de la mondialisation. Folie que de faire fabriquer un moteur dans un pays en voie de développement à partir de composants venant parfois de 25 pays différents, non en fonction des matières premières mais des plus bas salaires possibles. On nous dit que c’est notre responsabilité car nous voulons des prix toujours plus bas ; ce qui est entretenu en gelant les salaires sous prétexte d’inflation. On omet de préciser que les profits des grandes entreprises n’ont jamais été aussi forts et que le coût du capital est sans comparaison avec le coût du travail.

coronavirus - se laverComme il vient d’être observé, le coronavirus provoque des réactions insensées. Dans les semaines qui ont précédé la prise de conscience, des voix ont fait remarquer que, chaque année, la grippe tue infiniment plus et qu’elle est contagieuse aussi. Il est vrai aussi que les Français ont pris l’habitude de parler de grippe pour un simple rhume alors que les deux n’ont absolument rien à voir. Pourtant, ce virus revêt un caractère particulier. Dans le passé, le VIH a donné lieu, donne lieu encore, à une mobilisation exceptionnelle. Il faut dire que les premiers touchés étaient des artistes et des intellectuels de renom, entourés d’un cercle d’admirateurs et d’amis influents qui ont su interpeler les responsables. Le sida a mis un terme à l’hédonisme illimité qui a finalement été accepté. N’empêche que cette cause continue de rassembler comme pour manifester un refus des causes inhérentes à l’activité humaine et à la nature. En revanche, le cancer qui tue sans discernement, sans cause connue (seulement des suspicions) est remisé. Les scandales qui ont entaché la recherche y ont contribué mais c’est loin à présent. Le cancer est une maladie de l’ancien monde comme la fibromyalgie, la sclérose en plaque et autres. Nous ne voulons voir que ce qui est survenu de notre vivant. Dans les décennies antérieures, un fléau comme l’alcoolisme a cédé la place à la lutte contre les drogues. On ne voulait pas voir que l’alcool, qu’on peut se procurer facilement et sans contrainte, est autrement plus mortel que la consommation des drogues illégales qui demeure à la marge. Nous avons évoqué dans Insécurité , l’acceptation depuis toujours des accidents de la route comme sacrifices sur l’autel de ce que certains appellent la liberté. Quant au meurtres conjugaux, ils n’ont jamais vraiment été considérés. Un certain romantisme a transformé le voyeurisme attaché aux crimes passionnels. Il faut trouver un nouveau nom – d’ailleurs détourné de son sens premier comme très souvent – pour qu’on commence à voir l’ébauche d’une prise en compte des « féminicides ».

 

Notre époque n’aime qu’elle même a dit un philosophe contemporain. Rien d’autre ne compte que ce qui nous arrive et toutes les tentatives de mettre les crises en perspectives restent vaines. Oui, dans le passé, il y a eu… mais ce n’est pas pareil. Ce n’est jamais pareil car seule compte notre souffrance du moment. Pourtant, l’Histoire ne fait que repasser les plats depuis la nuit des temps. On s’empresse toujours d’oublier ce qui vient de nous arriver. C’est vrai des comportements individuels comme collectives. On peut comprendre qu’on veuille rebondir après les mauvaises passes mais on pourrait attendre de l’humain qu’il retienne les leçons du passé pour éviter de les recommencer. Or, c’est tout le contraire. Soyons sûrs qu’une fois les mesures de confinement levées et la pandémie s’éloigner, on mettra un point d’honneur à ne plus se laver les mains et oublier les mesures d’hygiène de simple bon sens.

 

Le coronavirus et la (re-) découverte des réalités

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que commence le festival de conneries. Au début, l’ignorance, l’incertitude inspiraient les commentaires les plus absurdes. On ne savait pas. On essayait de comparer. On prenait quelques vagues précautions.

Maintenant que l’épidémie est constatée et qu’on passe à la phase suivante de confinement obligatoire, on a d’autres comportement absurdes.

Comme nous le laissions prévoir, il n’aura pas fallu 48 heures pour que la maréchaussée déploie tout l’éventail de son zèle, couverte par un ministre très critiqué depuis son installation, qui essaie de se racheter une vertu en usant d’un ton autoritaire et en menaçant tous les contrevenants. Gare à celui qui croisera une patrouille en sortant sa poubelle ! On n’a pas encore eu le temps d’appliquer le taux d’amendes à 38€ qu’on parle déjà du taux à 135 € majoré à 375 €. Comment ont été calculé ces taux, sur quelle base ? On peut s’attendre à des records de PV dressés pendant le temps du confinement. 500 procès-verbaux dressés sur Paris intra-muros rien que pour les 18 heures qui ont suivi le début de l’application des dernières mesures. 4000 PV dressés le lendemain de leur entrée en vigueur. On peut penser qu’à la fin du mois, date de fin de la première quinzaine, les records seront battus.

Jusqu’à ces jours-ci inclus, on avait établi à 100 le nombre de personnes au-delà duquel les réunions sont dangereuses. Là encore, on peut se demander sur quelle base car il suffit d’une personne. Cette personne peut rejoindre un groupe de 10 et causer des torts quand une réunion de 300 personnes saines ne pose pas de problème. Comment savoir ? Admettons le nombre de 100. On parle de faire voter des lois dans l’urgence. Or, les deux chambres comptent beaucoup plus que 100 membres chacune. En revanche, il a été dit clairement que les déplacements pour se rendre à des obsèques sont interdits. Quel défunt est assez populaire pour attirer plus de 100 personnes endeuillées ? Il est compréhensible qu’on ne pense pas à tous les cas de figure mais, justement, avec les moyens de communication d’aujourd’hui, on peut réagir vite et apporter des réponses.

Le problème majeur qui se pose, lié à l’autre qui est la continuité du travail et de l’activité économique, est la garde des enfants. Le terme n’est pas anodin. Il est bien question de « garder » les enfants ; ce qui prouve bien que l’école est considérée comme une garderie où l’on occupe les enfants de façon plus ou moins intelligente mais on ne demande pas plus à cette institution que de tranquilliser les parents. Par conséquent, on ne tolère pas que des professeurs soient directifs, autoritaires, tiennent des propos sur le comportement de leurs élèves et, d’une façon générale, attribuent des notes dévalorisantes pour le développement de l’enfant. Les éléments qui précèdent sont ceux qui reviennent le plus souvent et causent les conflits les plus fréquents. Il aura donc fallu cette crise du coronavirus pour mettre en lumière cette évolution de rôle de l’école dans la société. Pas sûr, cependant, que tous veuillent voir ce constat.

Une fois posé, reste la question de l’occupation des enfants. Les adolescents – particulièrement les collégiens – n’ont aucune raison de faire quoi que ce soit lié à l’école pendant le confinement. D’abord, comme d’habitude, ils attendront la veille du retour officiel en classe pour faire leurs devoirs. On peut même penser qu’ils ne les feront pas du tout puisque c’était à faire pour la mi mars et que la date est passée. Comme ça, on perdra encore un peu plus de temps quand il faudra reprendre. Là encore, hors de question d’en faire plus ou de supprimer les vacances de printemps. D’ailleurs, il serait normal de les reporter en cas de prolongation du confinement ! Ce n’est pas leur faute s’il y a une épidémie et si l’école est fermée. Par conséquent, il n’y a pas à rattraper le temps perdu. C’est à l’institution d’en tenir compte. Au contraire, l’absence prolongée qui aura fait perdre quelque peu le rythme, devra amener l’indulgence. En plus, les beaux jours commencent et on ne va pas bouffer sa jeunesse à bosser davantage en classe. Ça, c’est pour la partie externe, pour la scolarité proprement dite. Reste la partie confinement, c’est à dire l’occupation à la maison. On a déjà constaté que le site de Nitendo était saturé. Les réseaux sociaux et les jeux en ligne vont connaître une explosion. Ça tombe bien puisque nombre de décideurs estiment que jouer en ligne apprend davantage l’anglais que les cours et les séjours à l’étranger (voir notre série sur le Brevet des collèges et autres examens rédigée l’an passé).

https://www.leprogres.fr/france-monde/2020/03/18/nintendo-bloque-pendant-9-heures-a-cause-d-un-pic-de-connexions

À la maison, donc, deux grands cas de figure vont se présenter. Soit l’enfant, l’adolescent lit pour son plaisir en temps ordinaire – c’est à dire qu’il lit sans que l’œuvre soit au programme – et dans ce cas, il n’aura aucune difficulté à trouver un bouquin ou à naviguer sur l’Internet pour trouver des sites de découvertes. Soit il ne lit que contraint et forcé et alors il ne fera pas le moindre effort pour chercher un site qui risquerait de lui apprendre quelque chose qu’on ne lui demandera pas. Il cherchera plutôt d’autres jeux ou mobilisera sa web-cam. Tout ça pour dire que les annonces de mise en ligne des collections des grands musées auront un impact limité. On nous dira que le nombre de visites a certes explosé mais comme il part de très bas, ce ne sera pas difficile et l’on peut penser que ce ne seront pas les enfants/adolescents qui s’y rendront le plus mais des passionnés aguerris, profitant de l’aubaine.

https://www.geo.fr/voyage/coronavirus-10-musees-a-visiter-en-ligne-200242#nlref=3c9d74680918cdaf304d17f65777de9a&srAuthUserId=3c9d74680918cdaf304d17f65777de9a&srWebsiteId=58&utm_campaign=20200317&utm_medium=email&utm_source=nl-geo-quotidienne

coronavirus - macron

Autre miracle provoqué par le coronavirus, on parle de nationalisations. Certes, il n’est pas nouveau que, malgré l’ultralibéralisme dur, on demande à l’État d’éponger les dettes et d’assurer le SAV des mesures funestes.On connaît la formule : les profits pour le privé et les coûts pour le contribuable. Seulement, cette fois, le mot est lâché sans précaution oratoire. On trouvera bien un terme du genre « investissement public » pour enrober l’affaire mais le terme n’est plus tabou comme dans le passé pour sauver Alstom ou Peugeot. L’Italie va (re-) nationaliser Alitalia.

La vérité éclate au grand jour. Toutes les mesures inspirées par l’École de Chicago ne sont qu’illusions, croyances et mensonges. Les valeurs qui ont fait leurs preuves, dans les crises (comme celle de 1929), dans la reconstruction après la deuxième guerre mondiale, comme dans la gestion courante sont la coordination ou planification, la coopération, la solidarité, la recherche, la justice, le partage des richesses enfin. Il serait sot de prétendre que tout marchait à merveille avant le triomphe de l’ultralibéralisme mais tout est perfectible.

Si la crise du coronavirus avait pour effet de nous faire prendre conscience des réalités et non de situations idéales, ça nous ferait moins regretter cette période de pénitence.

 

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18 mars 2020

Le coronavirus dans la suite des désastres contemporains (par Jérémy)

Nos rues sont désormais placées sous la vigilance des uniformes. On les parcourt en saluant de loin, de la main, les gens qu'on a l'habitude de croiser, avec qui ordinairement on échange des banalités. Plus de terrasses de bars, plus de piliers grillant leur clope à l'entrée des PMU. Dans la poche, l'indispensable "ausweis" peut être réclamée par de ces individus dont presque deux années de guérilla urbaine, et d'exactions restées impunies, nous ont appris à nous méfier, nous qui cinq ans plus tôt défilions à leur gloire, nous réclamant d'un journal dont les rédacteurs venaient d'être assassinés par des fanatiques.

Il faut être rompu aux scénarios de films-catastrophes pour garder la tête froide au regard de la succession de désastres qui sont devenus notre ordinaire depuis la fameuse tempête de 99, qui a ouvert le bal. Avant ça, perdurait un mode de vie hérité des années 70 dont n'ont pas idée ceux qui sont nés depuis. Les oppressions politiques s'effondraient les unes après les autres, le Mur de la honte était démantelé, ceux qui nous dirigeaient étaient pour la plupart des produits de ce que nous, qui étions jeunes à l'époque, appelions "l'autre guerre". On lisait son journal à la terrasse des cafés, on grillait sa clope au comptoir au son d'une radio dont on n'entendait plus les pubes. Les magouilles politiques composaient un feuilleton presque cocasse dont nous avions pris l'habitude, tandis que les frasques du duo Reagan-Thatcher annonçaient ce qui allait suivre. Mais ça, ce n'est qu'après coup qu'on en prendrait conscience. Au tournant de ce qu'on appelait le Millénium.

Voilà que nous évoluons à présent dans un schéma fascisant dont l'alibi est une pandémie. Ce coronavirus-là, dont on nous rebat les oreilles depuis décembre dernier, on nous dit qu'il tue moins que la grippe, les maladies cardio-vasculaires, le cancer, et la route. Il a à ce jour frappé moins de deux cent mille personnes, soit la population d'une ville moyenne, sur les quelque sept milliards sept cents millions de terriens que nous sommes. A cette date, il aurait tué quelque sept mille deux cents individus. En 2018, plus de vint cinq mille individus sont morts sur les routes européennes (https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/MEMO_19_1990) ; en 2019, on a compté un million et demi de morts du cancer en Europe (https://sante.lefigaro.fr/article/cancer-un-million-et-demi-de-morts-en-2019-en-europe/).
J'arrête là cette recension macabre.

La psychose créée et entretenue autour du coronavirus, et le schéma fascisant évoqué plus haut, destiné à contrer l'expansion de la pandémie, sont donc sans rapport avec le danger objectif du Covid-19.

Ce danger, le professeur Raoult, de Marseille, s'emploie à le relativiser dans ses multiples interventions (https://www.marianne.net/societe/didier-raoult-sur-le-coronavirus-il-ne-faut-pas-jouer-avec-la-peur), il sait qu'il passe pour un farfelu même s'il obtient des résultats probants dans le traitement du Covid-19. On ne l'écoute pas, parce qu'il prône le dépistage, qui coûte cher, et qu'il s'est élevé par le passé contre l'obsession gouvernementale des vaccins, liée aux collusions que l'on imagine avec les multinationales du médoc.

En fait, si on nous somme de rester chez nous jusqu'à ce que le danger soit écarté (on ne sait trop quand ni comment), et de ne sortir que pourvus d'un bout de papier justifiant nos déplacements, que nous devrons produire sur la demande d'une patrouille sous peine d'une forte amende, n'est-ce pas, d'abord, surtout et comme d'habitude, une question d'argent ? Coût du dépistage, coût de soins dispensés dans des hôpitaux se raréfiant dès qu'on est loin d'une grande ville, hôpitaux aux personnels restreints par les mesures d'austérité imposées par l'UE dans l'objectif d'une privatisation et d'une liquidation pure et simple de la Sécu au bénéfice des systèmes d'assurances privées ?

On pourrait penser aussi que le pouvoir ne veut que notre bien. Après tout, si le tabac augmente c'est qu'il provoque cancers et maladies cardio-vasculaires. La fermeture des bistrots va sevrer pour quelque temps la population la plus consommatrice d'alcool de l'OCDE. Et les populations voisines, qui ne sont pas en reste. Si on reste sagement chez soi, on ne va pas attraper le vilain coronavirus. On va rester en bonne santé. Quoique relative, car voir défiler des horreurs et des experts de l'horreur sur les chaînes d'infox, les réseaux asociaux, les vidéos de youtubeurs complotistes et "faux-sachants", flinguer des cohortes d'aliens sur des jeux en ligne pendant des heures, à la longue ça risque d'atteindre la santé mentale (mais on peut penser que chez beaucoup de nos congénères, le mal est fait depuis longtemps).

On peut voir ça comme ça. On veut nous préserver et "en même temps" nous éviter de coûter cher à la collectivité sans que ça rapporte aux actionnaires - excepté des mafias du médoc.

Sauf qu'il y a un autre aspect, qui est l'effondrement boursier. La menace de récession. Le spectre du krach. Stopper l'activité, fermer les frontières, c'est bloquer la machine infernale de l'ultra-libéralisme mondialisé. Si la pandémie devait s'étendre et perdurer, ce serait la faillite du système, et la nôtre. La pandémie montre les limites du système. C'est ce que décrit très bien Frédéric Lordon dans cet article du Monde Diplo que je confie, Diogène, à ta lecture, et à celle de tes habitués. Qui nous dit que comparé à ce qui nous attend en cas de "coronakrach", les affres pandémiques sont un joyeux divertissement : https://blog.mondediplo.net/coronakrach.

16 mars 2020

Coronavirus puisqu'il le faut

Il faut bien parler du coronavirus mais, comme d’habitude, abordons-le sous un angle différent. Il se trouve que, le dimanche 15 mars 2020, correspond également au premier tour des élections municipales, ce qui rend la chose encore plus cocasse. Pour rire un peu, voyons d’abord quelques mesures préconisées depuis plusieurs jours.

On conseilles aux personnes âgées de recourir à une procuration pour aller voter : comme ça, c’est un autre qui prend le risque !

Au jour le jour, on recommande de se saluer en se donnant du coude : pourquoi faire simple (un signe de tête) quand on peut faire compliqué ?

Un peu avant, on nous avait dit qu’il fallait tousser et éternuer dans son coude. Par conséquent, on ne va pas se serrer la main (pouah!) mais se toucher les coudes où l’on a concentré ses postillons et autres miasmes.

Et le télétravail, solution à tous nos maux pour éviter que l’économie ne s’arrête totalement ? On cherche des locaux mis à disposition pour favoriser le télétravail car tout le monde n’est pas équipé chez soi. Ainsi, au lieu d’aller au bureau, on va tous dans un endroit où l’on pourra télétravailler ensemble et profiter de la bureautique.

camus - la peste

Continuons l’exposé des andouilleries inspirées par le coronavirus. D’abord, le nom : selon que vous écoutez les médias nationaux ou les médias privés, on emploie « coronavirus » pour les premiers et « covid 19 » pour les autres. Est-ce que ça veut dire que les premiers sont plutôt conservateurs pour employer un terme qui a servi pour d’autres maladies passées ou bien est-ce que dans les autres, il y a beaucoup de journalistes qui se contentent de répéter ce qu’ils lisent sur les dépêches ? La réponse mériterait d’être cherchée car elle nous instruirait sur le niveau des rédactions. Coronavirus est le nom du virus tandis que covid 19 est le nom de la pathologie.

La crise du coronavirus va nous proposer un festival de mesures et de consignes à peu près intelligentes mais appliquées sans aucun discernement. Notre pays est magnifique ! Il excelle dans la paperasserie, les règlements et autres circulaires appliquées à la lettre par des fonctionnaires zélés. Ils sont d’autant plus zélés que le doute ne les habite jamais et qu’ils ne se posent aucune question sur la finalité des mesures ni, encore moins, sur leur efficacité. En cela, ils illustrent parfaitement l’expérience de Milgram. Chacun exécute sa tâche sans s’interroger quitte à ce que ça aboutisse à une monstruosité. Fort heureusement, ça arrive rarement mais, au quotidien, on obtient des situations parfois qualifiées de kafkaïennes et, en tout cas, ou l’absurde le dispute à la persécution. Je défends suffisamment, sur ce blog, le style de vie français et la beauté de la France pour pouvoir dénoncer, chaque fois que nécessaire, les absurdités nées de la mentalité française.

Il y a quand même des voix, peu audibles il est vrai, pour rappeler que se laver les mains devrait être la base, le minimum exigible même en temps ordinaire. Il revient à ma mémoire une émission de Stéphane Bern, sur Inter, il y a quelques années maintenant, qui s’appelait « Le fou du roi ». Pour équilibrer un peu, il invitait toujours, au milieu d’un aréopage d’humoristes (ainsi présentés), l’auteur d’un ouvrage un peu sérieux. Ça permet au public de se dire : oh, mais on apprend des choses ! Une fois, donc, était sur le plateau un médecin qui avait écrit un bouquin de recommandations pour une meilleure hygiène au quotidien. Tout le temps qu’il était interrogé, il n’a pas arrêté de se faire ridiculiser. Pensez, il répétait qu’il fallait se laver les mains ! Pourtant, il n’est pas difficile de comprendre que les poignées de portes sont les centres de transmission de toutes les maladies et infections possibles. Or, le personnel de nettoyage ne s’occupe jamais des poignées de portes. On se concentre sur le sol car la boue offusque le regard. Personne n’ira jamais regarder les poignées de portes. C’est bien ce qui s’est passé dans mon bureau de vote tantôt, avec l’incompréhension qui se lisait sur les regards du président et autres assesseurs. De quoi parle-t-il ? Il y a un flacon de gel hydroalcoolique, ainsi qu’il en fait obligation. Il fait partie de ceux qui râlent tout le temps et il n’y a pas obligation de nettoyer les poignées de portes.

Jusqu’à présent, personne, PERSONNE, n’a cru bon rappeler que, si l’on avait appliqué ces mesures auparavant, on n’aurait probablement pas eu de propagation de ce virus. Se laver les mains, éviter de tousser sans retenue n’est pas évident pour tout le monde. Ainsi, ai-je vu, très récemment, une adolescente tousser sans mettre sa main devant la bouche dans une bibliothèque. On peut raisonnablement supposer que jamais personne ne lui a appris à mettre sa main devant la bouche quand on tousse ou qu’on éternue. Le problème, c’est que ce cas est très loin d’être isolé. Entre l’éducation succincte de beaucoup d’enfants, l’éducation qui s’interdit d’interdire quoi que ce soit, le mépris pour tout ce qui s’assimile à un règlement, une morale ou toute forme de contrainte, il n’est pas du tout étonnant qu’un virus nouveau se propage aussi facilement.

météorite

Aujourd’hui, la crise fait peur et suscite des réactions de zèle irréfléchies. Chacun y va de sa dénonciation d’une incohérence. Comment se fait-il que certains commerces soient encore ouverts et pas d’autres ? Pourquoi le marché du dimanche n’a jamais été aussi bondé alors que les gens craignent d’aller voter ? Les gens sont-ils irresponsables d’aller prendre le soleil sur les bords de la Seine à Paris quand plane le virus fatal ? Lorsque tout sera terminé, quelle que soit la durée, on aura vite fait de tout oublier, comme d’habitude. Quand on tentera de faire laver les mains ou désinfecter un peu, la réponse sera invariablement : oh, eh, ça va à présent, y a plus de coronavirus, y a plus besoin de tout ça ! Exactement comme un jeune conducteur déjà cité qui ne comprend pas pourquoi il faudrait encore respecter le code de la route puisque l’examen est passé.

 

Maintenant, les précédentes crises sanitaires, pourtant de moindre importance, nous ont enseigné que, en la matière, quoi que fasse le Gouvernement, il a tort. Qu’il prenne des précautions démesurées et l’opposition s’insurgera contre une nouvelle mesure gouvernementale, à contester par principe. Qu’il n’en prenne pas assez (tout est relatif), et il sera accusé de ne pas prendre la mesure de la crise. Après coup, il est encore plus facile de critiquer les mesures inutiles ou celles qui n’ont pas marché. Surtout, on aura tendance à minimiser. Rappelons-nous la tempête Xinthia qui avait vu les victimes de l’inondation se plaindre, à juste titre, pendant des jours puis, quand le Gouvernement a décidé de les reloger plus loin, protester et faire remarquer que c’était exceptionnel et qu’il n’était pas question de déménager pour un peu d’eau, d’ailleurs vite séchée.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/03/01/17087192.html

Observons aussi l’audience record pour une allocution d’un PR, qui plus est, impopulaire. Comme si, en période de crise, on se réfugiait auprès du papa, même s’il sent un peu la chèvre. Observons aussi que tout le monde attendait des aides de l’État car, bien que personne ne veuille payer d’impôts et applaudisse à chaque baisse ou suppression, on attend toujours que l’État vienne au secours de tout le monde.

 

La radio, Inter en l’occurrence, découvre que nombre d’intervenants peuvent bien rester chez eux pour faire leur boulot. Tous ces chroniqueurs peuvent parfaitement utiliser leur téléphone pour lire leur petit papier. Il est particulièrement absurde de faire venir quelqu’un, payé au cachet, pour débiter son petit laïus pendant moins de 5 mn et repartir aussitôt après. C’est à se demander si la vidéo conférence a été inventée. Il faut cette crise sanitaire majeure pour découvrir que le monde a changé et qu’on peut vivre, travailler, étudier autrement qu’en se déplaçant, qu’en faisant acte de présence alors que, parfois, on ne fiche rien. On ne fiche rien parce qu’on est fatigué ou parce que, à telle période de l’année, pour différentes raisons, la tâche est moindre. Seulement, il faut être présent et respecter les horaires à la lettre, quitte à passer une demi-heure devant la machine à café. Oui, mais, « on est là ! ». Déjà la réduction du temps de travail avait induit des aménagements d’horaires qui ont permis de travailler à son rythme et d’en faire plus, par exemple, quand les circonstances l’exigeaient quitte à compenser un autre jour en partant plus tôt. Nombre de femmes savent que, lorsqu’elles quittent le boulot pour aller chercher leurs enfants, les hommes qui restent les regardent d’un air entendu alors même qu’elles ont fini leur travail tandis que les hommes papotent ; oui, mais, partent plus tard et se font bien voir de la direction et obtiennent plus facilement des promotions. À notre époque, la plupart des emplois de bureau peuvent s’effectuer de chez soi. Peut-être que, là aussi, si l’on y avait pensé plus tôt, on aurait diminué l’affluence dans les transports qui favorise la propagation de toutes les maladies.

 

coronavirus - buzynCette crise illustre parfaitement la stratégie du choc de Naomi Klein à laquelle nous nous référons souvent. La crise du coronavirus apparaît comme un choc utile à changer les façons de voir. Nous venons d’y faire allusion pour l’organisation du travail. Il faut ajouter un autre gros morceau déjà un peu abordé dans le passé, à savoir la formation et l’instruction publique. En clair, c’est l’occasion de tester, grandeur nature, à l’échelle d’un pays tout entier, de nouvelles manières d’étudier. Un seul prof pourrait dispenser ses cours à distance, interagir avec ses élèves qui resteraient à la maison. On n’y est pas encore mais se profile une école sans profs qui sont toujours absents, en grève, en formation ou en vacances et, surtout, sans ces bâtiments qui ruinent les collectivités locales. Déjà, la pléthore d’officines plus ou moins sérieuses (plutôt moins que plus) qui proposent des cours particuliers en faisant miroiter une réduction d’impôts (ça marche toujours en France) sont dans les starting-blocks. Elles n’attendaient que ça. Que la crise se prolonge quelques mois et l’on pourra dire qu’il y aura un avant et un après et que la crise accélérera nombre de processus en attente ou déjà engagés.

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