la lanterne de diogène

22 janvier 2018

Devaquet porcherie !

Devaquet porcherie !

 

C’est comme ça qu’on disait en 1986. On ne pouvait pas entamer un propose sans dire « Devaquet porcherie ! ».

Il se trouve qu’en 1986, j’avais fréquenté pendant quelques années des jeunes de mon âge mais encartés au RPR. Ça n’était pas rare. Le RPR, fondé en décembre 1976 était une machine dynamique qui ratissait large et comptait 700 000 adhérents. Parti du « travaillisme à la française », selon les propres termes de son fondateur, il recrutait surtout à droite ; même si l’on recommençait, à peine, à employer ce vocable. Il recrutait parmi les anciens, plutôt conservateurs et qui suivaient l’évolution d’un parti fondé, autrefois, par De Gaulle. Beaucoup de gens du RPR ont « suivi » et se sont trouvés très bien avec une grande gueule comme Chirac. Il plaisait aussi aux jeune. Tu sais bien, la jeunesse est pure et dure. Les jeunes RPR étaient surtout durs. Lors des manifs d’étudiants en droit de 1983 – les futurs juges donc – , les passants disaient : ils seront plus durs que leurs pères.

devaquet

Et Devaquet, dans tout ça ? Il était un de ceux qui, brillants, étaient poussés en avant par Chirac. Chirac a bien des défauts y compris en politique mais on peut lui reconnaître une qualité, celle de penser à s’entourer d’une équipe ; pour servir son ambition présidentielle, naturellement. Le problème, c’est que tout le monde comprenait la manœuvre et que Devaquet était détesté : les cadres, les anciens, les vieux militants gaullistes, les militants – comment dire – « durs », les jeunes, jaloux de ne pas être à sa place. Tout le monde était contre lui. Il rentre au Gouvernement par la petite porte : un Secrétariat d’État. Il faut bien commencer par quelque chose. Seulement, le retour de la droite revancharde (« Au secours, la droite revient ! ») se devait d’être complet. Pas une pierre de l’édifice partiellement bâti par la gauche ne devait subsister. Tous les domaines devaient être frappés. À Devaquet, on a confié l’université. On savait très bien que le domaine était explosif. On savait très bien que la jeunesse, qui n’avait pas voté à droite en 1986, saisirait la première occasion pour descendre dans la rue. On savait qu’avec Pasqua à l’Intérieur et Pandraud (ancien de l’extrême-droite) à la Sécurité, la répression serait intraitable et qu’il y aurait des incidents. Il le fallait pour marquer les esprits. Devaquet le savait. Il savait qu’on l’attendait au tournant mais il ne pouvait pas se débiner. Il a donc présenté un projet de loi inacceptable, sachant qu’il ne serait pas accepté. Il savait ce qu’il risquait et ne pouvait espérer qu’un rebond, quelques années plus tard. Seulement, la répression de Pasqua a été encore plus féroce que prévue. Les « voltigeurs » de la brigade motocycliste sont allés au-delà de ce qui était prévu. Le soir de la mort de Malik, ordre était donné d’évacuer les piquets de grève qui stationnaient à quelques carrefours du Quartier Latin. Ce soir-là (j’étais sur place), tout était calme. Les motards et les voltigeurs ont attaqués les piquets et poursuivi les fuyards. Les gens qui sortaient du restaurant (il était aux alentours de 22 h 30) se sont trouvés sous les coups des voltigeurs. Malik était de ceux-là. Sa jeunesse le désignait aux yeux de ces brutes pour un de ces étudiants contestataires qu’ils avaient l’ordre de frapper. Ils l’ont poursuivi jusque dans l’entrée de l’immeuble où il avait cru pouvoir se planquer. On connaît la suite.

 

On savait ce qui allait se passer mais on ne pensait pas qu’il y aurait mort d’homme. Par la suite, chaque camp a tâché de récupérer l’incident. La droite soutenant qu’il n’avait pas à se trouver là, surtout s’il était malade. La gauche en faisant un manifestant martyr. Dans ces conditions, Devaquet ne pouvait pas rester ; son projet non plus. En fait, on ne se préoccupait même plus de lui. Il y avait urgence. Chirac se devait de faire face alors qu’il avait un mort sur les bras. L’heure n’était plus à chercher un successeur après son accession, qu’il pensait proche (en 1988) à la Présidence suprême. Et voilà comment un politicien plutôt intelligent, moins féroce que les autres à l’époque, a vu sa carrière politique arrêtée nette sans même que quiconque ne s’en préoccupe ni ne commente. Pire, son nom est malgré tout resté attaché à cette réforme universitaire qui n’a jamais vu le jour ni n’a été discutée. À l’heure de sa mort, on rappelle celle de Malik Oussékine alors qu’au moment de la disparition de Pasqua, on a parlé de sa Résistance, de son métier d’agent commercial, de ses magouilles en tout genre, de son accent mais pas de la répression des manifestations, ni de son incapacité à faire face à la vague de terrorisme malgré ses affirmations : « il faut terroriser les terroristes ». C’est bien, tout le monde a oublié 1986. Entre temps, il y a eu pire, d’abord à New-York puis à Paris. Ailleurs, ça n’a pas d’importance pour nous.

 

Devaquet est mort avant son mentor qui paraît increvable. Affaibli par l’inaction, l’opinion publique lui trouve désormais toutes les qualités. À gauche, on rappelle qu’il a refusé d’engager la France contre l’Irak et qu’il a tenu tête à la police israélienne à Jérusalem. À droite, on lui trouve, de toute façon, toutes les qualités. Alors qu’on commence à dire que ce type n’a jamais vraiment travaillé. Après son service militaire (pendant la guerre d’Algérie quand même), il s’est rapproché du pouvoir puis intégré un cabinet ministériel et n’a donc jamais payé un repas ni un loyer de sa vie. C’est lui qui a lancé les privatisations et le dépeçage des fleurons de l’industrie française, la plupart constitués par De Gaulle, d’ailleurs, et renfloués par les nationalisations de la gauche. Le but était que le pouvoir reste entre les mains de ses amis (« les noyaux durs ») vu que les élections pouvaient amener la gauche.

Son deuxième mandat, commencé par un tour de passe-passe politique, dont on connaîtra un jour les tenants, a inauguré une série de quinquennats tous plus lamentables les uns que les autres. Ça fait rien. Tout est oublié. On ne retient de lui que celle du bon vivant, amateur de bière comme le petit-fils d’instituteur qu’il était : un gars simple, finalement. Maintenant qu’il ne fait plus rien, et surtout plus de gaffes : c’est l’homme politique le plus populaire. Moralité ?

 

Cette histoire montre bien que la politique est avant tout un jeu. Les professionnels le savent. Ils ne sont dupes de rien. Ils se fréquentent tous, se rendent des services. Les commentateurs le savent aussi mais font semblant de rien car ce jeu de dupes est leur raison d’être et leur gagne-pain. L’opinion, on ne sait pas si elle est vraiment crédule, si ça lui plaît, finalement, de se faire entuber. La popularité d’un Chirac, après toutes les magouilles qu’il a organisées, tous ceux qui ont morflé à sa place (Devaquet, donc, puis M. Juppé), en dit long sur l’état de l’opinion publique. Et la popularité d’un Pasqua (directement responsable de la mort de Malik) ou d’un Balkany ? Et l’échec d’un Rocard après celle d’un Mendès-France ? Un seul mot vient à la bouche : dégoût !

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19 janvier 2018

Auditeurs audience

Le mois dernier, soit en toute fin d’année civile, a paru un palmarès des émissions de radio qui fait apparaître que la lanterne de diogène rame vraiment à contre-courant. Aucune des émissions citées n’a l’heur de nous intéresser.

http://www.20minutes.fr/medias/2186823-20171213-radio-notes-2017-rtl-radio-preferee-grace-emissions-devenues-marques#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_medias]--

 

Nous rappelons notre méfiance quant aux résultats des sondages et publications d’audience qui mettent systématiquement en tête les radios généralistes. Or, depuis l’émergence, au début des années 1980, des radios commerciales privées, parfois appelées « radios musicales », les auditeurs délaissent ces radios pour écouter de la musique ; ou plutôt de la publicité interrompue par de la musique, actuelle ou nostalgique. Les jeunes – et maintenant moins jeunes – générations ignorent jusqu’au nom de RTL, Inter et Europe1. Ils connaissent vaguement RMC devenue chaîne d’information accolée à BFM et elle même chaîne de télévision. À cela s’ajoute, au moins depuis les années 2010, l’écoute ponctuelle de la radio sur smartphone – ainsi que nous avons été parmi les tout premiers à l’annoncer – sans oublier le podchargement qui permet d’écouter ce qu’on veut à n’importe quel moment.

Nouvelles pratiques d'écoute de la radio

 

La télévision par son ubiquité fait partie de la vie quotidienne de la plupart de nos contemporains ; maintenant à égalité avec le téléphone mobile. La télévision a renforcé, au cours de ces décennies, son rôle prescripteur et il n’est pas étonnant qu’on retrouve en tête des animateurs, ceux qui animent des émissions à la télévision au même moment. Leurs propres émissions se retrouvent elles aussi plébiscitées. Ensuite, on trouve les plus vieilles émissions, devenues des pièces inamovibles et, dans ce registre, la très conservatrice RTL caracole en tête. Depuis l’origine (aidée en cela par les licenciements à la TV qui ont suivi Mai 68), RTL applique une recette qui fonctionne à merveille : on modifie à peine la grille à la rentrée et l’on fait venir l’animateur vedette de la télévision du moment. On lui trouvera toujours un créneau : généralement le matin ou à midi.

Si nous prenons la peine de commenter ce nouveau sondage, c’est d’abord, parce qu’il paraît plus conforme à ce qu’on peut entendre ici ou la et à l’expérience. C’est aussi parce qu’il distingue vraiment les différents types de radio et qu’il ne mélange pas dans un même quinté des radios aussi différentes qu’NRJ, RTL ou France-Info. Les attentes des auditeurs ne sont pas les mêmes et aucune ne prendra la place de l’autre.

radios

Ce palmarès paraît également plus cohérent dans la mesure où l’on ne comprendrait pas pourquoi une radio qui occupe la première place depuis des décennies serait battue, précisément à l’heure où il y a le plus d’auditeurs, c’est à dire le matin, au moment où commence la journée. Nous avons déjà ironisé sur les commentaires des animateurs au moment de la publication des résultats d’audience : tout le monde prétend être le premier. Il y a ceux qui annoncent toute la journée que leur chaîne est la première, ceux qui annoncent que sur cette tranche horaire (et celle d’avant et celle d’après, aussi bizarre que ça paraisse), ils sont les premiers, ceux qui annoncent que dans leur genre, ils sont les premiers et ceux qui se consolent en annonçant qu’ils enregistrent la plus forte progression.

 

La proximité de la publication de ce papier avec le nouveau palmarès d’audiences des radios incite à supprimer le texte original pour rajouter ce paragraphe :

http://www.20minutes.fr/medias/2204227-20180118-audiences-nouveau-plus-bas-europe-1-rtl-reduit-avance-inter#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_medias]--

 

Nous avons là une nouvelle illustration de ce que nous venons d’écrire. Notons que les commentaires font état de mouvements d’audience alors qu’aucun de ces mouvement n’atteint 1 %, c’est à dire rien du tout. On devrait plutôt parler de stabilité ; ce qui n’arrange les affaires de personne. Sur le faible score d’Europe 1, rappelons ce que nous disions ces derniers mois : voici une radio qui fonctionne avec quelques fidèles mais surtout avec les déçus des autres radios généralistes qui y retournent, une fois leur bouderie estompée. Europe 1 n’a pas une identité bien définie : ni régionale (on la compare avec France Bleu dans l’article), ni vraiment populaire comme RTL, ni prétentieuse comme Inter. Finalement, plus personne ne s’y retrouve. À sa création, Europe 1 attirait par ses innovations (outre les programmes, il y a eu l’invention du « flash » horaire). Dans les années 1970, la rédaction faisait autorité. Une fois pillée de ses éléments par les télévisions privées, il ne restait plus rien et Europe 1 n’a jamais remonté la pente ni pu affronter la concurrence des nouvelles radios. Refaire de l’info ? Mieux vaut ne pas y penser quand il existe France-Info et RMC (qui propose aussi du divertissement) et les télévisions d’info continue qui se tirent la bourre. Il ne reste plus qu’à attirer des vedettes du petit écran mais qui voudrait risquer de perdre des plumes pour faire remonter une radio en perte de vitesse ?

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2017/10/21/35806580.html

 

Dans nos derniers commentaires sur la mort de Johnny Hallyday, nous avions cru déceler une protestation de certains chroniqueurs et de certains animateurs d’INTER contre une programmation qui ignore délibérément les chansons et les chanteurs à succès au profit d’autres, minimalistes, sans voix, sans parole sensée, mais qui répondent à ce critère implicite consistant à trouver toutes les vertus à ce qui est boudé par le grand public.

Pourtant, l’émission avec le médiateur de la radio dite « de service public » montre que nous nous sommes trompés une fois de plus. Les auditeurs cités ont, au contraire, protesté contre la diffusion de chansons de Johnny et contre les programmes qui ont été bouleversés pour l’occasion. Par conséquent, nous devons bien reconnaître qu’il n’y a pas que des auditeurs résignés qui écoutent Inter pour ne pas entendre la pub ailleurs. Nombre d’auditeurs d’Inter trouvent très bien la parlotte incessante, le ton suffisant de certains animateurs qui ignorent tout de la station où ils travaillent mais qui considèrent comme un dû, eu égard à leur immense talent supposé, qu’on leur confie, avec l’argent du contribuable, une émission qui n’intéresse qu’eux-mêmes. Nombre d’auditeurs approuvent les chroniques et autres billets d’humeur qui ouvrent la plupart des émissions. C’est la caractéristique d’Inter : on a l’impression que l’animateur ou le chroniqueur (confondu par la plupart des auditeurs qui ne distingue pas le statut de celui qui est au micro) ouvre le micro dans sa chambre et permet à nous les auditeurs de profiter gracieusement de la conversation. Le fait est qu’ailleurs, on s’adresse à l’auditeur, on lui fait même croire qu’il est unique tandis que sur Inter, on le mentionne rarement. Il faut croire que ça plaît si l’on en juge par les retours présentés par le médiateur.

 

On aimerait que ces auditeurs mobilisés contre Johnny Halliday mettent la même énergie à protester contre la publicité de marque qui préfigure une égalité avec les autres radios commerciales, le jour où le Gouvernement, pour « faire des économies », rognera, une fois de plus sa participation à l’audiovisuel dit « de service public ». On nous y prépare déjà avec les déclaration du Président de la République tançant l’audiovisuel dont il a la responsabilité. Dans un passé pas très lointain, les auditeurs se déchaînaient contre les publicités d’une mutuelle présentées sous forme de sketch par un duo d’humoristes. Il n’y avait, d’après eux, pas plus vulgaire que ces publicités. Il faut croire que tout le reste passe comme une lettre à la poste et que les auditeurs sont prêts à avaler les marques, les citations de marques pendant les événements sportifs et, bientôt, l’augmentation du volume de publicités.

 

Par conséquent, je ne sais pas si ça vaut encore le coup de commenter les émissions d’Inter et des autres radios généralistes puisque de toute évidence, il se trouve un public non négligeable pour plébisciter l’ennui, la parlotte, les leçons de morale assénées par les chroniqueuses et même la publicité…

 

Puisque cet article a été modifié, autant en profiter pour évoquer la chronique, justement, de François Morel, du 19 janvier 2018.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-19-janvier-2018

Celui-ci, alors que l’émission a lieu en direct de Rennes, s’étonne de la présence d’un public aussi nombreux, tôt le matin, pour assister à une émission d’information. Il assène quelques vérités qu’il serait bon de prendre en compte. D’abord, il ironise sur le physique de radio de M. Demorand. Il a parfaitement raison puisque les enquêtes montrent que, même s’il a l’expérience, s’il est apprécié des auditeurs, s’il tient les commandes de sa tranche horaire, c’est l’entrevue de Mme Salamé qui retient l’attention et pas la sienne avec l’invité principal. Mme Salamé passe à la télévision mais pas lui. Ensuite, observons que, malgré la présence de caméras dans les studios de radio, malgré les sites Internet des stations de radio qui publient la photo des animateurs, la magie de la voix qu’on ne voit pas agit toujours. Même si l’on sait à quoi ressemble l’animateur – ce qui n’était pas le cas autrefois – on vient voir comment ça se passe à la radio, qui fait quoi et à quoi ressemble, avec le casque sur la tête, l’animateur qu’on entend tous les jours. Rien que pour ça, ça vaut le coup d’écouter la radio et de critiquer parce qu’on voudrait tant que les facilités, la démagogie,

18 janvier 2018

Notre-Dame-des-Landes : la fin ?

Cette fois, c’est fini !

Du moins, on veut le croire, après la décision du Gouvernement / Chef de l’État, de ne pas construire d’aéroport international sur le site de Notre-Dame-des-Landes. On veut le croire mais la teneur des réactions, au lendemain de la décision, laisse planer de nouvelles incertitudes. D’après la revue de la presse de M. Askolovitch, sur Inter, les éditorialistes sont presque tous vent debout contre cette décision* qu’ils assimilent à un renoncement du Gouvernement et à un marque de faiblesse de l’État. Les formules ne sont pas choisies au hasard. Dans un pays où, culturellement, l’État est fort, présenter le renoncement à la construction de cet aéroport vise à culpabiliser ceux qui ont pris la décision afin de faire pression sur des choix futurs qui sont tout aussi contestés. Ça pourrait être de bonne guerre si les éditorialistes en question n’étaient pas de ceux qui, à longueur d’année, accusent l’État de tous les maux et militent pour la réduction de son rôle aux seules fonctions dites « régaliennes » et pour lesquelles on est bien content de pouvoir compter dessus.

Ces mêmes éditorialistes ont milité, dans le passé, pour la privatisation des fleurons de l’économie, ont approuvé le dépeçage des PTT, de Thomson, de Péchiney de tant d’autres et, récemment, d’Alstom jusqu’à sa disparition. Ils ont trouvé également formidable que, malgré leur appel à la non intervention de l’État dans l’économie, il vienne au secours du groupe Peugeot qui n’a cessé, tout au long de son histoire, d’affirmer son caractère familial et indépendant et de dénoncer la participation de l’État dans la régie puis dans le groupe Renault.

Ces mêmes éditorialistes appellent sans arrêt, à la baisse des impôts, afin de priver l’État des moyens de l’indépendance de la France, de sa souveraineté et, tout en participant à la baisse de la qualité des services publics afin de préparer l’opinion à leur suppression ; sans préciser que, dans ce cas, il faudrait que chacun paie de sa poche des prestations qui varieront en fonction des cotisations versées et donc des revenus de chacun…

NDDL non

Aujourd’hui, voici que ceux qui n’ont habituellement pas de mots assez forts pour dénoncer la puissance de l’État s’inquiètent de ce qu’ils font passer pour une marque de faiblesse. Sans doute, veulent-ils aussi donner des arguments au Gouvernement pour le jour où il devra arbitrer d’autres projets controversés ; et il n’en manque pas. Ayant renoncé à l’aéroport international du grand ouest, les éditorialistes et les intérêts qu’ils défendent, entendent faire pression sur le Gouvernement afin qu’il renonce à l’arrêt du programme nucléaire, à la fermeture des centrales obsolètes qu’il faut réparer en permanence, aux projets fumeux qui ont déjà englouti des milliards en pure perte. Désormais, en mettant une telle pression sur le Gouvernement et sur le Président de la République, il leur sera impossible de faire montre de fermeté, à l’avenir, en refusant des projets qui ne servent que des intérêts privés. Également, en faisant pression sur le Gouvernement, les éditorialistes le dédouanent, à l’avance pour les bavures qui seront commises à l’occasion de l’évacuation de la fameuse ZAD. Il semblerait, en effet, que, dans le contexte actuel, il n’y ait rien de plus urgent que d’expulser ceux qui occupent le site du projet d’aéroport et ont mis en place une économie fondée sur l’agriculture mais en dehors des circuits contrôlés par les groupes agro-alimentaires. Apparemment, il n’y a pas d’autre problème de sécurité et le Gouvernement a, dores et déjà, envoyé plusieurs escadrons de forces de l’ordre comme Trotski l’avait fait pour mater les marins de Cronstadt qui, eux, étaient effectivement armés puisque c’étaient des militaires. Par conséquent, on peut être sûr et certain que, les journaux qui, au lendemain de l’arrêt du projet d’aéroport international du grand ouest, parlent de faiblesse de l’£tat, feront passer les victimes pour les auteurs de violence, légitimant la disproportion des moyens employés par les forces de l’ordre et concluront en disant que vraiment, l’État a eu bien tort de céder à de véritables terroristes.

Malgré tout, le Gouvernement a annoncé que l’évacuation n’aurait pas lieu avant le printemps, laissant ainsi une ouverture. Ce sera sans doute présenté comme une nouvelle marque de faiblesse. On peut quand même se demander qui les zadistes dérangent-ils ? Est-ce que des propriétaires de terrain ont demandé à récupérer leurs biens (qui auraient été pris pour construire l’aéroport) ? Est-ce que la production agricole sur la ZAD est telle qu’elle menace les autres agriculteurs ? À l’heure où on loue les initiatives visant à lutter contre la désertification des campagnes, où l’on montre comment, chez nos voisins, des réfugiés font revivre des villages abandonnés, on s’étonne de cette nouvelle contradiction qui vise des personnes décidées à refuser le chômage, la précarité et les aides sociales.

En renonçant à construire un aéroport international, sur des terrains cultivables et des terrains nécessaire à l’équilibre de la nature, le Président de la République et le Gouvernement, ont pris une décision courageuse face à la puissance des groupes privés qui opèrent en synergie dans des domaines tels que le BTP mais aussi la finance et, bien entendu, la presse qui relaie leurs intérêts. Il convient de rappeler l’incapacité du Président Hollande à tenir sa promesse de fermer 1 seule centrale nucléaire (alors qu’il faudrait en fermer tout de suite au moins une dizaine) sous la pression d’intérêts privés. Sans successeur, le Président Macron, a, au moins, le mérite d’avoir lancé une consultation avec des experts indépendants (ce qui est déjà à souligner) et d’avoir pris une décision raisonnable.

 

 

* à moins qu’il n’ait choisi, délibérément, de ne citer que les journaux qui désapprouvent la décision du Gouvernement et du Président de la République.

 

https://www.la-croix.com/France/Politique/Notre-Dame-des-Landes-decision-approuvee-politiques-2018-01-17-1200906681

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08 janvier 2018

FRANCE GALL et quelques questions autour

France Gall aussi a écrit la bande original de la vie de nombre d’entre nous.

C’est ce qui arrive avec les artistes, les chanteurs qui ont une longue carrière à leur actif et surtout des succès. Il y a toujours un succès lié à tel ou tel événement.

Après Michel Delpech (Je suis fan de vous), France Gall a accompagné quelques générations qui se disent, après la mort de Johnny, qu’il ne nous reste plus grand monde (Johnny, le visage de la France) . Les grands chanteurs à texte sont presque tous morts depuis longtemps et ceux qui se maintiennent malgré tout doivent faire face, comme à leurs débuts, à l’hostilité des programmateurs. Les maisons de disques sont un peu comme les propriétaires d’appartements en zone touristique. Ils gagnent plus avec quelques locataires en saison qu’avec un petit locataire qui cherche à se loger près de son lieu de travail quand il n’est pas du coin. France Gall a interprété de grands succès servis par une rythmique efficace et des paroles qui sont devenues patrimoniales comme « C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup ».

On garde l’impression que France Gall a eu une belle vie. Enfance protégée, milieu artistique, rencontre avec les meilleurs jusqu’à Michel Berger qui ramait tout seul sur son tapis magique avant de trouver cette harmonie avec la chanteuse. Ils étaient tellement liés l’un à l’autre qu’on n’imaginait pas que ça pourrait s’arrêter brutalement. Depuis, rien n’a plus été pareil. France Gall ne s’est jamais remise de la mort de Michel Berger. Tous les ennuis de santé qu’elle et leur fille ont connus apparaissent à ce moment-là. La rivalité avec Véronique Sanson n’a pas aidé non plus. Tout semblait lui dire qu’elle n’était rien sans lui.

france gall

On n’a pas manqué de rappeler les chansons que Gainsbourg lui a écrites et qui ont été, forcément, des succès. Curieusement, on se rappelle davantage celle qui a le moins marché (mais très bien quand même) à savoir « les sucettes à l’anis ». Tout a été dit depuis la sortie de ce disque. Tout a été dit mais seulement pour se moquer de France Gall qui passe pour une dinde face au génie de son auteur. Même en pleine campagne « balance ton porc », même en pleine affaire Wenstein, même sans qu’un jour ne passe qui ne révèle que tel individu, apparemment au-dessus de tout soupçon a tenté d’abuser ou a abusé d’une jeune-femme. Même avec des affaires qu’on ressort, des partis politiques, en pointe dans la défense des femmes, des associations, des syndicats, sans doute bientôt, qui ont des cadavres dans le placard. Malgré tout ça, sur le lit de mort de France Gall, on esquisse un sourire convenu en repensant aux « sucettes à l’anis d’Annie ». Comme quoi, il y en a qui peuvent tout se permettre et qui en plus sont admirés pour des faits qui vaudraient réprobation venant d’un autre. Dans cette histoire, Gainsbourg s’est conduit comme un porc, qui plus est vis à vis d’une très jeune-fille. Et il n’a jamais émis le moindre regret et a continué à dire, y compris face à Michel Berger, qu’elle « n’avait toujours rien compris », se donnant le beau rôle, celui de l’homme qui fait ce qu’il veut d’une fille grâce à son intelligence et forcément à la bêtise de l’ingénue.

Pourquoi en parler ? Simplement, parce que, au-delà de cette affaire, on est face à un cas typique de commentaire anachronique. Il est bien évident qu’un adulte évoluant dans les deux dernières décennies du XXe siècle (période de plus grande popularité de Gainsbourg)comprend le sens caché des paroles ; même si, quelques années plus tôt, il ne les comprenait pas non plus. Seulement, au milieu des années 1960, une fille de 16 ans était souvent peu instruite sur ce plan-là et encore dans des rêves romantiques dont cette chanson prenait l’exact contre-pieds. Quand on sait, c’est facile de se moquer de ceux qui ne savent pas. Pourtant, il y a toujours un moment où l’on ne savait pas. Par conséquent, on n’est jamais bête quand on ne sait pas. Il ne faut pas confondre ignorance et bêtise.

Au moment de publier ces lignes, au lendemain de l’annonce de la mort de France Gall, un autre fait va attirer notre attention. Dans sa revue de la presse sur Inter, M. Claude Askolovitch cite un article d’un quotidien départemental lié à l’enfance de l’artiste. Sauf que, il se trompe dans le nom d’un village et dans sa situation géographique. Il fait un amalgame entre le lieu de naissance de son père, cité explicitement, et le village de son enfance, également cité explicitement. Et puis, comment, à ce niveau, peut-on se tromper en recopiant un nom ? Certes, l’erreur est humaine mais l’on peut se demander si le reste n’est pas à l’avenant et si, quand il cite des articles, il ne s’emmêle pas les crayons tous les jours ou presque. On passera sur le fait qu’il ne mentionne pas sa parenté avec un sculpteur célèbre de l’époque. Pourquoi embêter les gens avec une référence culturelle ?

De toute évidence, on ne veut pas voir France Gall à la rubrique culturelle.

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24 décembre 2017

CATALUNYA (4) : le football et les médias français

Nous venons de voir à travers la question de la formation du gouvernement catalan comment les médias – sans doute par ignorance – insistent sur la difficulté alors même que c’est le gouvernement central qui est à la peine. C’est d’autant plus aberrant que les grands médias audiovisuels disposent de correspondants sur place, parfois installés depuis longtemps. Ils ne peuvent ignorer la réalité sous leurs fenêtres. Curieusement, la presse écrite propose une analyse inverse : http://www.lindependant.fr/2017/12/23/catalogne-la-triple-gifle-pour-rajoy-selon-la-presse-francaise,3082470.php

http://www.20minutes.fr/monde/2192815-20171222-catalogne-electeurs-toujours-aussi-deboussoles-apres-victoire-independantistes#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_monde]--

 

Revenons sur la façon dont les médias présentent la volonté d’indépendance de la Catalogne. Pour eux, c’est clairement un désir de cesser de payer pour les autres. La Catalogne est riche et peuplée et rechignerait à participer à l’effort national. Ça n’est pas à écarter complètement mais c’est une analyse très superficielle et propre à entretenir les lieux communs. L’homme de la rue, ne calcule pas quand il dit qu’il en a marre de la tutelle de Madrid. Il attend ce moment depuis toujours. Avec l’entrée de l’Espagne dans la Communauté Européenne (à l’époque), les Catalans avaient l’espoir de tirer leur épingle du jeu et d’apparaître, avec leurs particularités, comme les meilleurs élèves de la classe et que ça serait reconnu et récompensé. En réalité, c’est le raisonnement inverse qui prévaut. La Catalogne a les moyens de son indépendance. Comme nous l’avons dit précédemment, la Catalogne aspire à un statut qui l’affranchirait de Madrid tout en lui laissant les compétences en matière monétaire (déléguées à l’euro d’ailleurs ce qui logiquement lève cet obstacle), diplomatique et militaire. Sur ce dernier point, on peut écarter l’hypothèse d’une attaque contre la Catalogne et, inversement, la Catalogne se joindrait à l’effort de guerre de l’Espagne au cas où. Il est piquant de voir que les mêmes qui espèrent que la Californie va se détacher des États-Unis de Trump s’offusquent que les Catalans veuillent couper les ponts avec l’Espagne de Rajoy.

Pourtant, malgré la volonté de la Commission Européenne de favoriser les Régions au détriment des États centraux, les régions peinent à se faire entendre. Le calcul de l’UE, c’est que les Régions ne disposent pas de la puissance publique nécessaire pour négocier avec elle et qu’il sera plus facile d’imposer l’ultralibéralisme et la dérégulation via les Régions. Le pendant, c’est que les Régions peuvent voir se développer localement des forces politiques autrement moins dociles que celles qui tiennent les rênes des États centraux et qui peuvent être tentées de renoncer au nom de la raison d’État. Les féroces indépendantistes catalans ou écossais sont susceptibles de troubler le jeu soi-disant dérégulé de l’UE qui sait parfaitement édicter des règles d’airain quand ça arrange les intérêts de la grande finance. C’est pour cela que la CE n’a nulle envie de voir la manne pétrolière écossaise échapper au pouvoir ultralibéraliste de Londres ni la puissance industrielle catalane au pouvoir tout aussi libéraliste de Madrid. Et si les Catalans indépendants en profitaient pour changer les règles du jeu, imposer une nouvelle organisation du travail avec de meilleures rémunérations ? Tout l’édifice ultralibéraliste européen s’effondrerait au su de tous.

Par conséquent, les médias – dont on connaît les propriétaires* – ont tout intérêt à ne pas creuser le sujet catalan et à donner une vision superficielle et politiquement correcte de l’indépendantisme catalan en le présentant comme l’expression de l’égoïsme catalan refusant la solidarité avec le reste de l’Espagne que les élites françaises ont appris à aduler depuis la movida madrilène. Pour aller dans ce sens, on peut penser raisonnablement que les Catalans peuvent être aussi en colère de devoir payer beaucoup pour des gens qui les détestent quoi qu’il arrive. Car, n’oublions pas que la manœuvre du Président Rajoy est possible, avant tout, parce que tout le reste de l’Espagne déteste les Catalans.

 

Nous en avons eu une preuve lors du fameux clásico du 23 décembre. Les supporteurs du Real Madrid ont accueilli l’ennemi de toujours, le Barça, avec force drapeaux espagnols et ont copieusement hué l’équipe catalane tout au long de la partie. Ça ne les a pas empêché de gagner nettement par 3 buts à 0. Bien sûr, toute la Catalogne y a vu la victoire de leur équipe nationale sur l’équipe qui, mieux que la sélection nationale, fait briller le football du reste de l’Espagne dans le monde entier. Ici, les commentateurs ont semblé déçus de voir l’équipe entraînée par notre Zidane se faire ratatiner par celle qui a éliminé, l’an dernier, le PSG en coupe européenne.

http://www.goal.com/fr/news/la-revue-de-presse-du-clasico/9lz9ucze6pq81godgnz1rde6d

https://sport.francetvinfo.fr/football/espagne/liga-le-barca-donne-la-lecon-au-real-madrid-et-senvole-au-classement#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171224-[lestitres-coldroite/titre8]

Vu d’ici, le football est anecdotique mais en Espagne, il occupe une place primordiale dont on ne se fait pas une idée ici. L’unité de l’Espagne, scellée par le mariage en 1469 de la reine de Castille avec le roi d’Aragon, ne s’est jamais vraiment réalisée sur le terrain. Outre que les deux royaumes étaient très différents, tout au long de l’histoire de l’Espagne, on a pu observer une séparation entre une grande partie traditionaliste, royaliste, conquérante et rurale et une petite partie progressiste, républicaine, ouverte et industrielle. Tant que ça correspondait aux vieilles séparations entre les deux anciens royaumes, ça ne posait pas trop de problème mais, dès la fin du 19e siècle, avec la révolution industrielle, des villes comme Bilbao et Madrid ont ouvert une brèche dans la forteresse espagnole et la séparation est apparue à l’intérieur même de la grande Castille. C’est une des raisons de la guerre civile dont le souvenir ne s’est pas estompé. Aujourd’hui, cette séparation s’observe avec les équipes de football professionnels. Presque toutes les grandes villes ont deux clubs qui correspondent plus ou moins à cette antagonisme. Dans la capitale espagnole, le Real, tout en blanc (sauf pour la publicité bien sûr) est le club riche qui défend la puissance de l’Espagne éternelle tandis que l’Atlético est le club de l’Espagne qui travaille. À Barcelone, c’est le contraire, le riche FC Barcelone est le club populaire qui a longtemps refusé la publicité et a même offert son maillot à l’Unicef, tandis que l’Espanyol (récemment catalanisé), comme son nom l’indique, clame son attachement à l’unité de l’Espagne ; donc au pouvoir central de Madrid. Dans toute l’Espagne, on observe les rencontres entre les deux géants du football ibérique et on veut y voir la victoire d’une certaine conception de la société sur l’autre.

 

catalunya dibujo

Si, dans les années 1970, les médias français étaient curieux du régionalisme et surtout de l’expression artistique du régionalisme, il en est tout autrement aujourd’hui. À l’époque, quiconque était quelque peu éduqué connaissait les chanteurs bretons, occitans et même catalans comme Joan-Pau Verdier. À l’heure de l’ultralibéralisme, la défense des particularités culturelles et des terroirs est présentée comme ringarde. Il suffit de voir les critiques contre le journal télévisé de M. Pernaut pour s’en convaincre. Que les Catalans dansent la sardane ne nuit pas à l’ultralibéralisme mais qu’ils se piquent de produire catalan et de le revendiquer et qu’ils veuillent diriger leur pays eux-mêmes est intolérable à l’heure où la souveraineté est abandonnée, peu à peu, aux intérêts privés au moyen des accords commerciaux qui s’imposent à tous et qui abrogent les législations votées par les représentations nationales. Le mieux, pour être sûr de ne pas réactiver les sympathies régionalistes d’autrefois, c’est de les discréditer et de les accuser de ne pas participer à la solidarité.

 

En fait, comme nous l’avons remarqué précédemment, l’opinion publique française est hostile à l’indépendance de la Catalogne parce que, depuis l’instauration de la démocratie, l’Espagne est devenue la proche destination à la mode. Les excès de la movida ont enchanté les Français des classes moyennes supérieures, éduquées qui ont remplacé les familles ouvrières attirées par la Costa Brava, synonyme de vacances bon marché et ensoleillées. Les Français qui, depuis trente ans se rendent en Espagne, visitent les monuments (nombreux), les musées, se passionnent pour l’art mauresque présent dans le sud. Ils goûtent la gastronomie et sont directement responsables du prix exorbitant des tapas, ces petits canapés coupe-faim qu’on dégustait pour trois fois rien au comptoir des bistrots sur le coup de 10h du matin en attendant le déjeuner vers 2h de l’après-midi. Ils vont à la corrida et participent au maintien d’une pratique tombée en désuétude mais considérée comme faisant partie d’un tout qu’on ne peut diviser. Ils n’ont pas envie de voir une partie de la péninsule ibérique se séparer. Comme ils sont, par ailleurs, de gros consommateurs des médias, ils influent sur l’opinion publique, ici, pour condamner la volonté indépendantiste des Catalans quand ils la défendent ailleurs. C’est ainsi que les médias français ont pris fait et cause contre les Catalans et s’alignent sur le Gouvernement presque minoritaire de M. Rajoy.

Peut-on imaginer qu’ils en fassent autant avec la Russie et reprennent à leur compte la position ferme de Moscou comme ils reprennent celle de Madrid. Ils déclarerait l’opposant Navalny inéligible et insisteraient sur la peine de prison qu’il vient de purger pour s’être opposé à son gouvernement élu démocratiquement comme chacun sait.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/12/24/ces-russes-votent-symboliquement-pour-lopposant-alexei-navalny-declare-ineligible-a-la-presidentielle_a_23316266/

http://fr.euronews.com/2017/12/24/l-opposant-alexei-navalny-a-remis-ses-signatures-a-la-commission-electorale

Le traitement des événements en Catalogne pose quantités de questions et notamment celle de la compétence de ceux qui nous informent. Si, certains, possèdent le bagage nécessaire pour faire la part des choses et savoir à quoi s’en tenir sur ce sujet, qu’en est-il des autres sujets d’actualité. Nous ne pouvons pas tout savoir et devons nous fier à un correspondant, un chef de rubrique, un spécialiste externe qui nous donnera son opinion à lui – ce qui n’est pas le plus grave car on la devine facilement – mais qui ne maîtrise peut-être pas son sujet et ça, nous ne nous en apercevons pas forcément. C’est ainsi que des erreurs sont induites et que les lieux communs, les idées fausses et la pensée unique se forgent.

 

*https://www.bastamag.net/Le-pouvoir-d-influence-delirant-des-dix-milliardaires-qui-possedent-la-presse

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/exile-a-bruxelles-carles-puigdemont-veut-revenir-au-parlement-catalan-pour-la-seance-inaugurale-du-23-janvier_2528651.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171224-[lestitres-coldroite/titre3]

 

http://www.20minutes.fr/monde/2193035-20171223-catalogne-carles-puigdemont-hesite-rester-bruxelles#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_monde]--

 

http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/12/23/catalogne-rajoy-et-puigdemont-dos-a-dos_5233891_3214.html

 

 

CATALUNYA (3) : l'échec de M. Rajoy

CATALUNYA 2 : en attendant la suite des événements

Catalogne indépendante

CATALUNYA et puis après

 

http://diarigran.cat/2014/09/catalunya-el-pais-mes-sobiranissim/

 

http://breizatao.com/2017/12/23/catalogne-le-vote-anti-independantiste-est-celui-des-grandes-villes-bobos-et-multiculturelles/

 

 

 

 


23 décembre 2017

CATALUNYA (3) : l'échec de M. Rajoy

Donc, les indépendantistes ont remporté les élections automomiques en Catalogne. Dans n’importe quel pays démocratique, le pouvoir central aurait enregistré le résultat, s’en serait réjoui si la formation arrivée en tête était du même bord politique que le Gouvernement central ou aurait trouvé une formule polie pour prendre en compte le résultat malgré ce qu’il en coûte.

Après ce qui s’est passé cet automne, la chose était encore possible mais le Président du Conseil Rajoy, mal élu, ne parvenant pas à gouverner comme il veut, s’entête. Déjà, s’il avait laissé le référendum se dérouler normalement, il aurait très probablement eu la satisfaction de voir les indépendantistes mis en minorité. Au lieu de ça, on se souvient qu’il a engagé l’épreuve de force et à empêché une banale votation de se dérouler. Ensuite, la répression s’est abattue sur les dirigeants politiques indépendantistes et sur le Gouvernement autonome catalan.

À partir de là, M. Rajoy est pris à son propre piège. Rien de ce qu’il avait prévu ne se passe. Exactement comme sur le plan national où, malgré sa (petite) victoire, il ne parvient pas à gouverner. Avec la Catalogne, malgré les intimidations, l’usage disproportionné de la force, il ne parvient pas non plus à convaincre les Catalans d’exprimer, malgré les décennies et les siècles de contentieux, leur attachement à l’Espagne qui les a toujours méprisés ouvertement. La loi de 1978 sur les Autonomies avait offert un ballon d’oxygène à tout le monde pour apaiser les tensions. Pris à son propre piège parce que, dans la situation délicate où il se trouve, il avait cru que l’appel à l’unité nationale le sauverait avec son gouvernement. Il faut croire que les vieilles ficelles ne marchent plus. Maintenant, M. Rajoy se trouve dans la situation où il risque de passer pour le Président du Gouvernement qui a perdu la Catalogne et, peut-être favorisé un processus d’éclatement de l’Espagne. Voilà où en est M. Rajoy et la bête acculée est prête à tout pour s’en sortir ce qui n’est nullement rassurant.

 

catalunya - españa

Dans cette affaire, l’UE et la France sont en dessous de tout. L’inculture crasse qui caractérise les gouvernants depuis quelques années fait qu’ils ignorent tout de l’attrait qu’a toujours exercé la France et, au-delà, l’Europe, pour les Catalans. Bien sûr, on ne pouvait pas exiger de la diplomatie française ou européenne qu’elle prenne fait et cause pour les Catalans qui, au contraire du reste de l’Espagne (Pays-Basque excepté) se sont toujours senti européens. Maintenant, même au nom de la solidarité entre gouvernements démocratiques amis, il ne fallait pas s’aligner intégralement sur la position d’un chef d’un exécutif en crise quand il choisit de contrer un processus démocratique et qu’il ordonne la répression. La diplomatie, précisément, a pour but d’éviter les conflits. C’est la base. Cet alignement servile n’a fait qu’encourager le Président Rajoy dans sa politique du pire tout en lui laissant croire qu’il se renforcerait et que les catalanistes s’en trouveraient affaiblis. Le résultat des élections autonomiques du solstice d’hiver lui prouve que non. Est-il capable de le comprendre ? Peut-il faire autrement que poursuivre sa fuite en avant ?

L’UE avoue officiellement qu’elle ne possède pas de moyens pour une médiation entre les Catalans et l’Espagne. Il est vrai que, dès qu’on lui demande autre chose que de calibrer les tomates, de déréguler et d’affaiblir la souveraineté des États membres, on ne trouve plus personne. Pourtant, l’UE prétend toujours jouer un rôle dans quelques conflits lointains comme la paix au Proche-Orient, par exemple. Quel crédit accorder à une union de 27 pays incapable de seulement régler un conflit interne dans son propre ressort ou proposer une médiation ? On trouve toujours un moyen de nommer une personnalité entourée d’une petite équipe de négociateurs pour entamer une conciliation.

 

Au lendemain de la votation autonomique, les médias français insistent sur la difficultés des indépendantistes à former une coalition gouvernementale. Dans l’adversité, ils sauront se serrer les coudes, comme ils l’ont fait jusqu’à présent. En revanche, le Président du Gouvernement espagnol, M. Rajoy, n’a pas réussi son pari de pousser à l’unité nationale contre les catalanistes et de les affaiblir localement en brandissant des menaces. Si un parti qui lui est favorable, Ciudadanos (ou du moins pas encore hostile), est effectivement arrivé en tête en Catalogne, il ne peut gouverner ni même espérer atténuer la volonté séparatiste. M. Rajoy ne dispose d’aucune courroie de transmission en Catalogne et a toujours autant de mal à gouverner. Ça, les médias ne le disent pas.

 

http://www.20minutes.fr/monde/2192427-20171222-catalogne-puigdemont-salue-resultat-personne-peut-discuter#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_monde]--

 

Elections en Catalogne : « C’est une victoire des indépendantistes mais sans indépendance »

Pour Carles Puigdemont, « la République Catalane a vaincu la monarchie »

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/direct-elections-en-catalogne-l-etat-espagnol-a-ete-vaincu-clame-carles-puigdemont_2526711.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171222-[lestitres-colgauche/titre1]

"C'est une victoire de la résistance à la répression du gouvernement de monsieur Mariano Rajoy, à la stratégie dure mise en place par le gouvernement, qui a cherché à bloquer l'adversaire avec des peines de prison. Le camp souverainiste a réussi à résister à la puissance de l'Etat espagnol."


Pour Marc Sanjaume, invité de franceinfo, "avec ces résultats, Madrid doit se rendre compte qu'en Espagne, il y a un pays qui s'appelle la Catalogne".

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/elections-en-catalogne-les-independantistes-retrouvent-leur-majorite-absolue-au-parlement_2526475.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171222-[lestitres-coldroite/titre1]

 

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13 décembre 2017

Toi, l'Auvergnat (passage des Africains par les Hautes-Alpes)

Reportage de France 2 sur des Africains qui passent la frontière française par un col fermé.

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/col-de-l-echelle-la-traversee-a-hauts-risque-des-migrants_2512131.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171213-[lestitres-coldroite/titre4]

 

Il faut imaginer que ces gens-là, qu’on appelle « migrants », viennent d’un environnement essentiellement sec. Certes, en Afrique de l’ouest, il y a des régions arrosées avec des bois et des terres maraîchères mais ça n’est pas la majorité. Et puis, même pendant la saison des pluies, les Européens ont chaud en Afrique de l’ouest tandis que nombre de locaux éprouvent un peu le froid.

Il faut imaginer que dans des pays enclavés comme le Burkina-Faso, le Mali, le Niger, il y a quelques grands cours d’eau comme le Niger, qui est une longue traînée boueuse, ou les Volta. Par ci, par là, on trouve des étangs, des lacs qui sont, là encore boueux pour la plupart, mais qui apportent un peu d’humidité et de fraîcheur aux alentours. Cette eau est mise à profit pour l’irrigation et la toilette. Il n’est pas rare de voir les gens du coin s’ébattre dans l’eau qui représente un véritable délice tant la température extérieure peut être accablante, même quand on y est habitué.

C’est dire que se retrouver face à la mer, même la soi-disant tranquille Méditerranée, doit être angoissant. Aucun d’entre eux n’a jamais été face à un paysage où l’on ne peut pas voir l’horizon. Les Africains ne savent pas nager. Ils n’en ont pas besoin. Les vagues qui font tanguer leurs coquilles de noix sont autant de coups au cœur. Et ça dure…

Arrivés sur la terre ferme, à part ce que l’on sait, ce qu’on imagine, il y a la confrontation à un autre aspect totalement inconnu dans leur pays d’origine : la montagne. Crapahuter ne fait pas peur à ces personnes de constitution robuste mais affaiblis par les centaines de kilomètres pour arriver à la côte puis par la traversée terrifiante de la mer. Néanmoins, comme il faut éviter les routes où la gendarmerie les arrêterait impitoyablement, les sentiers sont autrement plus fatigants surtout quand on ne connaît pas. Sur le reportage, un homme dit être tombé sur une pierre et s’être abîmé la main. Il faut imaginer la tête de ces gens-là en voyant la montagne dressée devant eux. Dans la vallée étroite, au pied du col de l’Échelle, côté italien, la montagne se dresse comme un mur. La route décrit des lacets étroits mais les sentiers sont abrupts. On glisse. Il faut se relever. Et il faut imaginer ce qu’ils ressentent en voyant la montagne couverte de blanc sur laquelle s’accrochent des nuages bas. Pas plus que la mer, ils n’ont vu la haute montagne et surtout la neige, auparavant.

 

col de l'échelle

Marcher dans la neige est une sensation des plus agréables. Le crissement des pas foulant l’élément neigeux donne une impression inoubliable. S’ajoute le bon air purifié par la neige. Tous ceux qui ont pratiqué la randonnée dans la neige savent aussi que c’est très fatigant et qu’on est bien content de pouvoir marquer une pause, au chaud ou en buvant chaud et plus encore quand on rentre et qu’on profite de la douce chaleur d’un feu de bois de mélèze ou de pin. Quand on se trouve en montagne pour la première fois et qu’on n’y est pas pour ses loisirs, tout ce qui est écrit avant n’a aucune importance. Seuls comptent les pas alourdis par la neige qui colle aux chaussures. Seuls comptent les enjambées qui rendent la progression encore plus pénible. Et s’il n’y avait que ça. Le froid gèle les extrémités. Les pieds sont les premiers touchés car il n’y a pas moyens de les séparer du froid. Ils sont engourdis, inertes. On ne les sent plus. Les mains peuvent encore se mettre dans les poches mais rapidement, ça ne suffit plus. Si la tête n’est pas couverte, c’est l’ensemble du corps qui va geler. Des gens qui éprouvent le froid, le soir, pendant la saison des pluies, alors qu’il fait encore 20° et plus, doivent être cruellement touchés quand la température descend en dessous de 0 comme en montagne.

Il faut avoir cela en tête quand on parle de « migrants » qui passent par les cols fermés pour tenter de rejoindre la France qui représente pour nombre d’entre eux la mère nourricière à défaut d’être encore leur mère-patrie. Quand même, leur rapport affectif avec la France n’a rien à voir avec le discours entendu dans les médias où l’on n’entend que des gens qui dénoncent les rapports inégaux. Pour le petit peuple, un pays où ils espèrent pouvoir travailler, gagner un peu d’argent avant de rentrer chez eux n’est pas un mauvais pays. Ils savent que c’est dur et qu’on ne les attend pas mais ils espèrent tous faire partie de ceux qui auront la chance de décrocher un boulot et de pouvoir envoyer 10€ par semaine à leur famille restée sur place. Car il faut aussi imaginer que la plupart de ces gens ont une famille dont ils se séparent pour qu’elle ait (d’après eux) une meilleure existence ou une existence tout court.

 

Quand on est face à ce problème, le temps n’est pas à raisonner, à disserter sur l’exploitation de l’Afrique, à accuser les uns ou les autres. Le temps n’est pas à se demander si, avec les sommes considérables dépensées pour payer des passeurs à travers l’Afrique et jusqu’à la côte, ils n’auraient pas mieux fait d’investir sur place. Certains d’entre eux seraient encore en vie et ceux qui leur ont avancé ou prêté de l’argent ne l’auraient pas définitivement perdu lorsque le candidat au voyage meurt en cours de route ou en mer. Quand on trouve des malheureux épuisés, la seule chose à faire est de tenter de les aider. Tout le monde ne le peut pas. Ceux qui font un peu, même un tout petit peu, ont d’autant plus de mérite. Les images montrent des intérieurs modestes, typiques des maisons montagnardes mais où ces hommes d’Afrique sont au moins à l’abri du vent et du froid glacial. Ce que, sans façon, les villageois leur offrent à manger et à boire n’est que l’ordinaire mais il leur chauffe le corps et dans leur cœur, il brûlera à la manière d’un grand festin près d’un feu de joie. Brassens n’aura pas connu ces aventures extraordinaires vécues par de pauvres hères venus de si loin mais il savait que, parfois, une goutte d’eau peut empêcher de mourir de soif.

 

Le maire de Briançon, M. Gérard FROMM, ne s’est pas posé trop de questions non plus. Sur le nombre de bâtiments abandonnés dans sa commune, comme dans toutes les autres, il en a ouvert un, a mis des lits pour que, au moins, ces hommes d’Afrique puissent se reposer, au sec et même au chaud et pour qu’ils se sentent appartenir à l’humanité.

Les villageois de ces montagnes, ce maire, ne cherchent pas à savoir pourquoi et comment ces Africains sont chez eux. Ils les voient souffrants et rien d’autre ne compte. La première urgence est de soulager la souffrance, ensuite, on pose les questions.

 

Vous les villageois, quand vous mourrez,

que le croque-mort vous emportera

qu’il vous conduise à travers ciel

au Père éternel

 

Toi le maire, quand tu mourras,

que le croque-mort t’emportera

qu’il te conduise à travers ciel

au Père éternel

 

Honneur aux journaliste de France 2 qui ont le mérite de faire partager un tout petit peu de l’épreuve endurée par ces personnes et, au moins, de la faire connaître.

 

Sur le sujet, on relira :

 

Clandestins pas humains Féminin pas humain

MIGRANTS

Ouvrir la porte aux réfugiés

 

11 décembre 2017

Johnny, le visage de la France

Il a fallu sa mort pour qu’on se rende compte que Johnny Halliday occupait une place à part dans la variété et dans l’imaginaire collectif. On a parlé de « monument » et l’hommage rendu le prouve.

 

Pourtant, nombre d’entre nous n’aimaient pas Johnny et ce qu’il représentait, à savoir le « show-business » dans ce qu’il avait de plus détestable. « Avait » parce que, les excès des producteurs – appelés « imprésarios » au début des années Johnny – ont été largement dépassés depuis. On ne connaît plus les colonel Parker et les Carrère d’aujourd’hui. Plus discrets, ils sont aussi plus professionnels et plus intransigeants. D’aucuns diront qu’ils sont plus rapaces et plus cupides aussi. Johnny Halliday apparaissait aussi dans les émissions qu’il était de bon goût de mépriser. Ses amis, étaient « les gens du show-business » comme le chantait son copain Michel Sardou. Bref, tout un monde artificiel si étranger à nous autres, enfants du peuple qui avions appris les beaux textes sur les bancs de l’école et qui avions des exigences. C’était pas facile pour nous autres, avec nos pulls à cols roulés, de fréquenter des camarades qui arboraient des badges de Johnny et ne pensaient qu’à s’acheter une moto pour faire comme lui quand notre argent de poche passait dans les bouquins et les disques des chanteurs à texte.

Johnny (Alain Raynaud)

Pourtant, à l’occasion, il nous arrivait, en secret, d’aimer une chanson de Johnny parce que la musique nous entraînait, parce que c’était une adaptation d’un standard, parce que, sur le moment, il exprimait ce que nous ressentions. Malgré tout ce qui différencie les humains, nous avons tous un tronc commun, un cœur commun avec ses faiblesses et ses souffrances. Dans ces cas-là, les chansons populaire résonnent et accompagnent notre voix du dedans. Nous avons dit précédemment que Johnny réunissait quatre génération ; ce qui est du jamais vu. Et encore, si l’on parlait de tranches d’âges, on verrait encore plus de différence. Ceux qui l’ont connu quand il chantait le fameux « Que je t’aime » ne sont déjà pas les mêmes que ceux qui ont suivi ses débuts et ses premières frasques dans l’émission Salut les copains. Ceux qui achetaient le magazine n’étaient déjà plus les mêmes que les auditeurs. Ils prenaient le train en marche. En grandissant, les uns et les autres ont pu être sensibles à certaines périodes de Johnny Halliday, correspondant aux changements de paroliers. Pour ceux qui se moquaient de « Moi, ma gueule », il était de bon ton de faire savoir qu’on aimait les chanson signées Michel Berger ou Jean-Jacques Goldmann. Johnny Halliday était conscient que nombre de ses chansons ne valaient pas grand-chose et il proposait toujours aux autres de lui écrire des chansons. Tout le monde lui en a écrit avec plus ou moins de bonheur. Un gars comme Bernard Lavilliers lui a écrit une chanson ; surement pas la plus connue. Il se justifiait en disant qu’il reconnaissait la violence de Johnny. Cette violence était aussi la marque de fabrique de Johnny Halliday, comme s’il fallait toujours se battre, comme s’il voulait rappeler à chacun qu’il faut se battre à tout moment et pour tout : se battre pour aimer, se battre pour préserver son amour, se battre pour gagner sa vie, se battre pour garder ses amis, se battre pour vivre à peu près dignement. Justement, ces chansons où il donnait sa voix puissante étaient celles qu’on préférait même si on ne l’avouait pas toujours.

https://www.youtube.com/watch?v=wUlnyk8btq0&list=RDwUlnyk8btq0&t=53

http://www.ina.fr/video/I05349168

Nous avons dit que Michel Delpech avait écrit la bande originale de tous ceux qui sont nés ou qui étaient jeunes dans les années 60. Je suis fan de vous

Il faut ajouter aussi Johnny Halliday ou Michel Polnareff et d’autres encore que la disparition permettra de citer. C’est quand on traverse un moment difficile qu’on est attentif aux paroles des chansons qui passent et l’on se rend compte que ce qu’on vit, d’autres l’ont vécu aussi et que « non, Jeff, t’es pas tout seul ». Ça n’améliore pas forcément la situation qu’on vit mais ça aide à la supporter et ça donne un peu d’énergie. La vie quotidienne, ce sont pas forcément des grands combats planétaires tels que ceux qui nous rassemblent autour de belles chansons à textes interprétés par des chanteurs un peu à l’écart pour avoir refusé le « show-business ». Dans les affrontements quotidiens, ce sont ces petites chansons et l’énergie d’un Johnny Halliday qui nous donnait du cœur à l’ouvrage. Et même la terrible « Que je t’aime », avec ses formules choc, ses métaphores crues, résonne en tous ceux d’entre nous qui ont eu la chance, au moins une fois, de serrer un corps contre soi. C’est pas par hasard si, depuis l’annonce de la mort du chanteur, c’est la vidéo la plus regardée. Et y a plusieurs versions ! Y a celle de Bercy ! Oui, mais moi, je préfère celle minimaliste d’origine. Et celle de Camille, tu connais ? Là, on retombe dans le snobisme. Il est de bon ton de dire qu’on préfère celle que Camille a enregistré récemment comme il l’était quand un chanteur africain avait enregistré le slow « Et si tu n’existais pas » de Jo Dassin. C’est malheureux à dire mais il faut parfois un autre interprète pour qu’on se rende compte que même des chansons d’amour peuvent être agréables à entendre et à fredonner. Mouna Aguigui, que j’ai souvent écouté à Beaubourg (car je ne le connaissais pas quand il hantait le Quartier Latin) et partout où nos pas nous ont réunis autour de causes qui nous touchaient, fustigeait souvent Johnny Halliday. Pour lui et nombre d’entre nous, c’était le parangon de ce que nous détestions le plus. « Et Johnny Halliday qui répète vingt fois : Je t’aime, je t’aime, je t’aime , des fois qu’on n’ait pas compris ! ». C’était vrai. Il nous agaçait et maintenant, nous avons été tristes d’apprendre sa mort alors que la veille encore on se moquait des communiqués sur sa santé. Ici même, nous avons dénoncé l’importance donnée à ses ennuis

Johnny : ah que ça suffit !

Nous avons accepté d’entendre en boucle, sur toutes les radios, les chansons de l’idole tombée. Nous les écoutions, pour une fois, et nous nous sommes surpris à penser que ses chansons n’étaient pas aussi stupides que nous le disions un peu trop facilement. Sur le nombre, nous avons découvert aussi des petits bijoux, ces deuxièmes faces de 45 tours ou de 33 tours… Ce ne sont certes pas les plus connues mais justement, ça nous donne raison de dénoncer le show-business qui imposait de la soupe plutôt que les belles chansons. Ce qu’on a reproché aussi à Johnny Halliday, c’était d’accompagner docilement l’industrie du disque et tous ces produits dérivés, tout le folklore rocker et motard. Il a étalé ses démêlés sentimentaux avec Sylvie puis avec les autres. Il a été tout jeune chanteur, puis militaire (récupéré par le Sirpa), puis hippy, blouson noir révolté et chrétien engagé, quand il faisait son cirque ; dans tous les sens du terme. Il a fallu qu’il tourne avec Godard pour qu’on le prenne un peu au sérieux. Dans les années 1990, Le Monde lui consacrait deux pages et le journaliste Jean-Luc Hees son émission Synergies. On découvrait un type qui disait pas autant de conneries qu’on pouvait le croire. D’ailleurs, on peut penser qu’il souffrait de cette image : « J’aime pas qu’on me prenne pour un con » disait-il sans colère et sans forcer la voix. Un Pascal Sevran dira (peut-être à son propos) qu’on ne demande pas à un maçon de savoir faire du pain et que, par conséquent, on ne doit pas demander à un chanteur son avis sur la politique et sur l’air du temps. Parlant de France-Inter, depuis l’annonce de sa mort, les chroniqueurs ont exprimé leur agacement en constatant que Johnny était absent de la programmation depuis longtemps. Pourtant, les uns et les autres n’ont eu de cesse de se moquer de lui chaque fois que possible et ils sont des défenseurs de la chanson de qualité mais à ce point, ça en devient ridicule. Le mépris pour le peuple est une tendance lourde depuis une trentaine d’années (notamment à gauche) et la variété en pâtit. Il faut qu’il soit mort pour qu’on se dise qu’il était pas si con que ça et pour qu’on reconnaisse que le public ne se trompe pas aussi longtemps.

Johnny vu par François Morel

Dès le surlendemain (bouclage des journaux oblige), toute la presse consacrait sa une à la mort du rocker. Oublié, déjà, le grand et pétulant Jean d’Ormesson. Et ça a duré : mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche avec Le Journal du Dimanche et la semaine prochaine avec l’inévitable Paris-Match, repris autrefois par Daniel Filipacchi, celui qui a bâtit son empire de presse à partir de Salut les Copains et de la popularité de Johnny et Sylvie qu’il a contribué à faire connaître.

Libération qui, depuis les années Mitterrand donne le ton du discours dominant, a consacré, comme les autres son édition. Dans le passé, Libération avait consacré toutes ses pages à Hergé quand le dessinateur, belge lui aussi, est mort. Hergé critiqué, vilipendé par nombre de lecteurs de Libération a obtenu cette reconnaissance. Non, ses dizaines de millions de lecteurs de par le monde ne sont pas d’affreux racistes comme le suggèrent quelques pages du stupide « Tintin au Congo ». Tintin véhicule des valeurs d’ouverture au monde, de défense des faibles, de fidélité en amitié. Non, les millions de personnes éplorées par la mort de Johnny ne sont des imbéciles, défenseurs du capitalisme, qui s’abrutissent en écoutant des chansons ineptes. Nous venons de dire que la plupart de ses chansons s’écoutent avec émotion et plaisir. On oubliera vite les autres même s’il s’en trouvera toujours qui, sans avoir lu Tintin et sans avoir écouté Johnny, affirmeront qu’ils sont l’expression du fascisme le plus abject.

Finalement, Johnny Halliday, c’est un peu l’image de la France et de cette exception française. Car enfin, voilà un type, parfaitement inconnu ailleurs qui connaît une notoriété jamais vue pour personne d’autre. Voilà un type qui réunit sur son cortège funèbre plus de monde que Victor Hugo (pour le coup mondialement connu) et presque autant que lors de la victoire de la France à la Coupe du Monde. Voilà un type qui réunit toutes les classes d’âge, toutes les classes sociales. Toutes les personnalités font savoir qu’elles ont un souvenir avec la vedette défunte. La petite salle de spectacle de l’ancienne ville cheminote de Migennes, dans l’Yonne, aime rappeler que Johnny Halliday y a signé son premier contrat professionnel quand ça n’était qu’une salle de bal ; qui a accueilli les plus grands dont Jacques Brel. Il doit s’en trouver d’autres, en France, à revendiquer l’honneur posthume.

https://www.francetvinfo.fr/culture/johnny-hallyday/recit-mais-qu-est-ce-que-c-est-que-ce-mec-le-soir-ou-johnny-a-lance-sa-carriere-dans-un-cabaret-de-lyonne_2503349.html#xtor=EREC-38-[NL%20Event%20info]-20171209-[Une]

Personnellement, je possède un vieux bouquin sur le rock, le jerk, le madison et… le twist, sorti dans les années 1960, et qui indique que Johnny s’est produit pour la première fois, sur la scène du cinéma le Marcadet-Palace à l’entre-acte. Il est vrai que ce cinéma – un des premiers démolis dans les années 1970 – avait une notoriété que sa fréquentation populaire évoquée plus tard par Robert Sabatier ne justifiait pas. Johnny Halliday, est un peu à l’image de la France : une particularité, une idiosyncrasie, un esprit de résistance qui veut dire qu’on n’a pas besoin d’aller chercher chez les autres ce qu’on peut faire sur place.

https://www.francetvinfo.fr/culture/johnny-hallyday/recit-22-juin-1963-johnny-enflamme-la-place-de-la-nation-c-a-ete-notre-woodstock-a-nous_2501721.html

 

C’est la France de l’exception culturelle qui a su et pu maintenir (grâce à un État encore fort malgré les coups assénés par l’UE et l’OMC) une industrie cinématographique, une chanson en langue locale. C’est le pays où se trouve l’éditeur qui a le plus de Prix Nobel. C’est le pays qui osait faire le TGV quand partout ailleurs on pensait que l’avion pour les grandes distance et la voiture pour les courtes répondraient aux besoins croissants de transports. C’est le pays des terroirs. C’est le pays où l’on prétend qu’un camembert ne peut pas être fabriqué avec du lait de n’importe quelle vache broutant n’importe où ; quand bien même la vache et le pré sont de bonne qualité. Et puis, pour emboîter le discours dominant, c’est le pays qui a donné sa chance à un fils de clochard belge, abandonné, qui a épousé une fille de réfugiés politiques. C’est encore un pays où ceux qui se sont élevés à la force du poignet oublient les facilités offertes par la France et ses pouvoirs publics quand ils réussissent et qu’ils doivent payer des impôts pour en aider d’autres, à leur tour. Pays complexe, pays arrogant, pays généreux qui le sait un peu trop, parfois.

Johnny s'en va t-en Suisse

Nous avons vu les photos de Johnny Halliday, depuis le blondinet souriant des débuts jusqu’au vieux qui essaie de rester beau malgré les rides, les poches sous les yeux et les cheveux teints, entouré de ses vieux copains. Pathétique ! On aura passé sur les tenues de rocker, le collier en dents de requin, la période culturiste, la barbe préfigurant les hipsters. Finalement, il y a une certaine continuité. Du jeune et mince Johnny à la vieille canaille qui n’a pas pu s’arrêter à temps, Johnny Halliday, c’est le visage de la France. La France des années 1960 à qui tout réussit jusqu’à la France vieillissante, nostalgique de son passé prestigieux dans le monde globalisé et uniformisé.

 

On en fait un peu trop sur Johnny ? Et alors ? On a bien le droit à un excès de temps en temps !

 

 

On peut aussi lire les dernières lignes écrites par Jean d’Ormesson :

 

"Une beauté pour toujours. Tout passe. Tout finit. Tout disparaît. Et moi qui m'imaginais devoir vivre pour toujours, qu'est-ce que je deviens ? Il n'est pas impossible... Mais que je sois passé sur et dans ce monde où vous avez vécu est une vérité et une beauté pour toujours et la mort elle-même ne peut rien contre moi."

 

https://culturebox.francetvinfo.fr/jean-d-ormesson-1/les-dernieres-lignes-ecrites-par-jean-d-ormesson-decouvertes-sur-son-bureau-266637#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20171208-[actu]

http://www.20minutes.fr/culture/2183959-20171208-imaginais-devoir-vivre-toujours-dernieres-lignes-jean-ormesson#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_culture]--

http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/bernard-lavillers-inquiet-pour-ses-amis-jacques-higelin-et-johnny-hallyday-qui-ne-vont-pas-tres-bien_409654

 

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06 décembre 2017

Johnny !

Cette fois, ça y est. Il est mort. On s’est moqué de lui jusqu’au bout, en ironisant sur les rumeurs autour de sa mort, ces tout derniers jours. Comme dans la deuxième version de la chanson de Diane Dufresne sur Elvis : « T’avais pas l’droit d’mourir ».

johnny - noël

La mort de Johnny devrait nous rappeler qu’il n’a pas arrêté d’être critiqué, vilipendé, ridiculisé. La faute à cette médiatisation consistant à mettre au même niveau tous ceux qui apparaissent en deux dimensions sur les écrans de la télévision naissante en même temps que la carrière de Johnny Halliday. Pour ne pas faire de vague dans les années du gaullisme triomphant – et des fruits de la reconstruction d’une manière générale –, on a mis en avant des vedettes de la chanson en plein renouvellement avec l’influence du rock n’roll. Dès les années 1980, demander son avis à Johnny, c’était l’assurance d’une bonne rigolade à venir. On ne manquerait pas de souligner la stupidité de ses propos ou l’énonciation de tautologies. Personne pour dénoncer un système qui met un Johnny Halliday au rang des chroniqueurs et Desproges à l’égal des philosophes. Deux phrases par-ci, par-là, sont médiatiquement plus intéressantes que des bouquins entiers d’analyses et d’argumentations. Sous la dictature du rire obligé, les platitudes de Johnny font mouche et rassurent les gens sur leur supériorité intellectuelle comparée au chanteur.

 

Johnny Halliday, pour ceux qui sont nés quand il devient célèbre, c’était un mec à peine plus vieux de dix ans mais qui vit déjà sa vie à l’âge où l’on sort de la scolarité obligatoire poussée à 16 ans. Johnny, c’est une sorte de grand frère ou de cousin qui a réussi ; cousin d’Amérique, avec son nom anglo-américain. De sorte que, ce chanteur qui plaisait aux ados, au pré-ados de l’époque, aux jeunes adultes et à pas mal d’adultes aussi réunit de nos jours quatre générations bien marquées de fans. C’est du jamais vu mais pour contre-balancer, il faut rappeler que, sorti du monde francophone (et encore), Johnny qui a vendu des millions de disques, rempli des grands stades, n’a jamais percé sur le marché international.

 

Depuis ce matin où l’on a appris la mort du rockeur, on évoque à peu près tous les aspects. Il en est un que j’ai découvert en feuilletant un magazine dans une salle d’attente, voici quelques années. Je lis que, de passage dans une ville du Nord, Johnny Halliday apprend que les mineurs sont en grève depuis des semaines. Il décide de verser la recette du spectacle à la caisse des grévistes. Le lendemain, les mineurs forment une haie d’honneur, lampes allumées pour accompagner le départ du chanteur populaire. Chapeau Monsieur Halliday !

 

Personnellement, j’étais assez étranger aux histoires de Johnny. Je l’ai découvert vers la fin de la moitié des années 1970, quand la télévision est entrée chez nous. J’ai vu ses yeux de loup (de lu!) en interprétant « Le feu », ponctué de « hou ! ». Après, il a tout fait ou presque et mon intérêt pour lui a été fluctuant. Sur le tard, j’ai aimé « Je la croise tous les matins », un vrai morceau de blues, à l’époque où il a fait venir sur scène un Luther Allison pour une reprise d’une chanson en anglais de Joe Dassin : « La guitare fait mal » (« The guitar don’t lie »). Pour moi, sa plus belle chanson reste « Noël interdit ». Je me l’étais fait offrir pour Noël de cette année-là. Je ne l’ai pas beaucoup écoutée car, si j’avais un tourne-disque, un « Curling » de Philips, tout rond, je n’avais pas de chambre et ça m’était quasiment impossible d’écouter quelque chose.

Une grande et belle chanson, c’est une chanson dans laquelle on peut se reconnaître ou reconnaître quelqu’un qu’on connaît. Sur la quantité, on trouve forcément des chansons qui nous touchent davantage. C’est pour ça que la chanson est un genre populaire et c’est parce que Johnny Halliday représentait plus que beaucoup d’autres la chanson populaire et le peuple qu’on l’entendait très peu sur Inter. Inter, radio généraliste dite « de service public » (car financé par la redevance), a bousculé ses programmes de 5 h du matin jusqu’à 10 h où il n’était question que de lui. Des auditeurs, des chroniqueurs comme les Belges et même Rebecca Manzoni n’ont pas manqué de rappeler qu’on a passé en trois heures plus de chansons (mêmes tronquées) de Johnny Halliday que depuis la création de la station… Ça sent un peu le règlement de comptes et c’est pas trop tôt ! Marre du snobisme des programmateurs et de la dictature de la « play-list » qui écarte les chanteurs populaires au profit d’inconnus qui ont tout intérêt à le rester tant ils sont minimalistes et ennuyeux et tant ils ont peu de voix. C’est sûr que Johnny, il en avait de la voix ; et quelle voix !

https://www.youtube.com/watch?v=VUYEb45QN6o

Non, Inter s’obstine dans les chanteurs sans voix, donne les humoristes pour fustiger les chanteuses qui ont du coffre, et appose son label sur les disques de Carla Bruni portée au nues avant qu’elle n’épouse qui l’on sait et, maintenant, de Charlotte Gainsbourg, tout aussi inaudible… Puisse la mort de Johnny remettre en cause la programmation musicale : d’abord en remettant des pauses musicales dans les émissions et en tenant compte du goût du public. Ça n’empêcherait nullement de donner leurs chances aux nouveaux talents. Il suffirait juste de laisser davantage de temps aux chansons plutôt qu’à la parlotte (« Aujourd’hui, mon invité est »).

 

jean-d'ormesson

En partant au boulot ce matin, on a dans la tête les infos sur la mort de Johnny mais dans les kiosques, c’est Jean d’Ormesson qui fait la une. Il aura été malicieux jusqu’au bout en devançant Johnny d’un jour. Sinon, sa mort aurait était éclipsée par celle du chanteur. Marrant, quand même, de constater qu’il arrive souvent que deux célébrités décèdent le même jour. On voit alors laquelle l’emporte sur l’autre. Jean d’Ormesson n’aura pas non plus été toujours bien inspiré. Patron du Figaro qu’il a repris par héritage, il a été débarqué de son propre journal par l’infâme Hersant. Pourtant, il y revient comme simple éditorialiste, rien que pour taper sur la gauche et défendre la droite. C’était bien son droit d’ailleurs mais on se demande comment on peut revenir manger dans la main de celui qui vous a renvoyé et de quelle sale manière ! À part ça, c’était un bon écrivain, s’exprimant dans une langue claire et agréable à lire. Agrégé de philosophie, on lui demandait moins son avis sur l’air du temps qu’à Johnny Halliday ou à Joey Starr qui vient encore d’agresser, verbalement, quelqu’un. Quand Jean d’Ormesson ne parlait pas de politique, c’était un plaisir de l’entendre parler humblement de « presque rien sur presque tout ».

 

http://www.geo.fr/photos/reportages-geo/mort-de-jean-d-ormesson-ecrivain-et-grand-voyageur-182050#utm_campaign=20171206&utm_medium=email&utm_source=nl-geo-quotidienne

 

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02 décembre 2017

Luc COLLÈS

Luc Collès éméritat 2Avec la disparition du professeur Luc Collès, c’est un des plus éminents suiveurs de La Lanterne de Diogène qui s’en va. Le professeur avait été intéressé par nombre de mes papiers et avait la gentillesse de les considérer à l’égal de ses travaux. Cette reconnaissance valait encouragement.

 

J’adresse un message d’amitié à Fadia, son épouse, à leurs enfants et à tous ceux qui sont restés auprès de lui au cours de ces dernières années où, malade, il vivait un calvaire augmenté par son souci d’aller donner ses cours.

 

Pour ceux qui ne le connaissaient pas, nous retransmettons l’intégralité d’un hommage rendu par M. Jean-Marc Defays, Président de la FIPF (Fédération internationale des professeurs de français), lors de ses funérailles le lundi 27 novembre 2017 à Bruxelles

 

Avec le professeur Luc Collès, disparaît un défenseur de la langue française et un militant de la francophonie.

 

Voici l’éloge prononcé par M. Defays, Président de la FIPF

 

C’est à plus d’un titre et à de nombreux égards que je souhaiterais m’exprimer aujourd’hui, certes avec beaucoup d’émotion mais avec autant de reconnaissance et de conviction, pour rendre hommage à Luc Collès qui a été pour moi comme pour beaucoup d’entre nous un collègue, un guide, un exemple, un partenaire, un ami.

Émotion parce que nous perdons un être cher qui appartenait à la même corporation des enseignants, jamais aussi belle et noble que quand elle est incarnée par des humanistes comme lui, à la même famille de cœur et d’esprit qui ne sera plus la même sans lui ;

reconnaissance d’avoir eu la chance d’avoir pu croiser son chemin (il faut dire que ses chemins étaient tellement multiples et foisonnants que Luc était incontournable dans de nombreux domaines), la chance d’avoir passé d’interminables journées et soirées avec lui à défaire et à refaire le monde pour tenter de le rendre meilleur, la chance d’avoir pu profiter de sa culture qui était aussi étendue que son intelligence était pointue ;

conviction cependant que son souvenir, ses enseignements comme ses écrits, seront toujours présents parmi nous, en nous pour nous encourager à la rigueur comme à la compréhension, à l’engagement comme à l’ouverture, à la prudence comme à l’efficacité, et pour encourager chaque enseignant à apporter sa contribution, aussi modeste soit-elle, à une société où les gens de langues et de cultures différentes se comprennent mieux, s’entendent mieux – un message et un exemple qu’il est plus que jamais urgent et important de répandre.

Mais c’est surtout au nom des centaines de professeurs, de chercheurs, d’étudiants de français langue étrangère qui l’ont rencontré, écouté, lu et apprécié dans de nombreux pays que je voudrais prendre la parole maintenant, et rapporter les salutations émues et reconnaissantes que tous auraient aimé prononcer eux-mêmes s’ils avaient l’occasion d’être parmi nous. Où que j’aie voyagé au cours des derniers années, du Canada au Japon, en passant par l’Inde, le Maroc, la Finlande, il y a toujours eu quelqu’un pour me demander des nouvelles de Luc, me dire combien il l’estimait pour ses compétences professionnelles, ses orientations didactiques et ses réflexions intellectuelles, combien il avait été charmé par ses qualités humaines, sa disponibilité, sa gentillesse, sa bienveillance. Les nombreux témoignages qui sont parvenus à la Fédération Internationale des Professeurs de Français depuis qu’elle a annoncé la triste nouvelle confirment non seulement la dimension internationale des activités et de la réputation de Luc Collès, mais aussi de son cercle d’amis.

La FIPF pleure aussi la perte de l’un de ses animateurs les plus éclairés et dévoués : à combien de missions, de commissions, de réunions, de colloques n’a-t-il pas participé au nom de la FIPF, au profit de ses projets comme de ses membres. La FIPF et son président auront beaucoup d’autres occasions de parler du rôle considérable qu’il a tenu dans la fédération, mais j’aimerais ici épingler la revue qu’il a dirigée de nombreuses années pour la FIPF : Dialogues et cultures, l’un et l’autres mots avec « s », dont le seul titre résume deux des traits les plus significatifs de la personnalité et de la carrière de notre ami Luc : un homme de dialogues, un homme de cultures, toujours au pluriel.

En s’inclinant devant Luc Collès avec respect, admiration et gratitude, la FIPF et ses 80.000 membres présentent à sa famille et à ses proches leurs condoléances les plus sincères, et espèrent que leur sympathie les soulage quelque peu de leur chagrin.

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