la lanterne de diogène

12 décembre 2018

Mémoire d'auditeur : le Studio 105

C’est une bonne idée qu’a eue France-Inter de réunir des artistes de la chanson française avant la démolition, pour rénovation, du fameux Studio 105. J’ai suffisamment regretté l’absence d’esprit maison, l’ignorance revendiquée des animateurs du moment de leurs aînés pour me réjouir, aujourd’hui, de cette initiative qui a permis d’entendre des voix qui se sont tues et des noms cités, de ceux qui ont fait les belles heures du Studio 105. J’ai si souvent déploré que, au contraire de ce qui se passe chez les autres généralistes, on n’entende pas de journées ou de soirées extraordinaires, avec les animateurs actuels ou passés, pour faire la fête, souvent autour d’un glorieux disparu mais pas que. « Salut les artistes ! » comme disait Max.

On pourrait dire qu’il n’y en a eu que pour Bernard Lenoir à qui je reprochais d’avoir fait la même émission pendant 30 ans et même plus si l’on considère ses interventions dans le « Pop Club » de José Artur et ses remplacement de Jean-Bernard Hébey sur RTL. N’empêche, même si en avançant dans le temps, ses goûts musicaux étaient de plus en plus restreints au rock londonien à l’exclusion de tous les autres, il avait le mérite de proposer de la musique de bonne qualité et des directs. Il expliquait souvent les difficultés qu’il rencontrait, dans les années 1990 et 2000 avec des équipes d’avocats, si jamais il y avait la moindre difficulté technique au cours de l’émission en direct. Quelqu’un a cité aussi Michelle Soulier, la réalisatrice, sans qui rien n’aurait été possible. Michelle Soulier dont j’ai rappelé, il y a peu, qu’elle venait de prendre sa retraite, d’où un chamboulement dans les réalisations d’émissions.

On a rappelé que ce studio avait pris le nom de Charles Trenet qui était venu, lui-même, l’inaugurer en chansons. Ça fait un bout de temps, dis-donc… On a cité également Isabelle Dhordain que j’ai aussi critiquée parce que son émission ne se renouvelait pas et était devenue un rendez-vous de gens du même monde qui bavardaient. N’empêche, là aussi, c’était à un moment, une des très rares émissions où l’on entendait des chansons et des performances devant le public. Il fallait aussi saluer Didier Varrod, qui a préféré renoncer aux fonctions directoriales pour retrouver les aléas du direct et le contact avec le public et avec les artistes. Rebecca Manzoni a trouvé sa voie dans l’explication des chansons, le matin, et la présentations, parfois, des directs. Même Richard Lornac, pianiste accompagnateur maison a été cité.

 

Bernard Chérèze et Patti Smith

Et puis, j’aurais été fâché et triste si l’on n’avait pas rendu hommage à Bernard Chérèze, qui a été un grand directeur de la musique sur Inter (recruté par Jean-Luc Hees), à un moment où la musique n’était pas la priorité. Il était parfois découragé de se battre tout seul. C’est lui aussi qui, alors qu’il était responsable de la grille d’été, a donné sa chance à une émission qui a duré jusqu’à l’année dernière sous des formes différentes et qui nous a fait voyager et connaître un continent avec lequel nous avons une Histoire commune : « L’Afrique enchantée ». Bernard Chérèze, emporté lui aussi par cette sale maladie. Chapeau l’artiste !

https://www.franceinter.fr/musique/disparition-de-bernard-chereze-ancien-directeur-de-la-musique-de-france-inter

 

Malheureusement, la fête a été quelque peu gâchée par l’attentat commis à Strasbourg pendant la dernière, nous privant de 5 mn du concert du talentueux Benjamin Biolay. Comme on dit, la vie continue.

 

Ça s’appelait « Inventaire avant travaux » et c’était une drôlement bonne idée. Salut les artistes et à bientôt !

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07 décembre 2018

Mémoire d'auditeur : la bourse

Parmi les nouveautés introduites au tout début des années 1970 sur la radio de l’État, appelée aujourd’hui, radio de service public, il y avait la bourse de Paris.

À l’époque, ça prenait 5 minutes juste avant le journal de 13 heures. Peut-être uns saison après, le rendez-vous empiétait sur le journal parlé et l’on entendait clairement les fameux 4 tops de l’heure pleine, environ 1 mn avant la fin du reportage. C’était un certain Jean-Pierre Gaillard qui s’en chargeait. Jean-Pierre Gaillard, les Français l’ont découvert quand il a intégré une chaîne de télévision d’information continue et qu’il a été caricaturé par les Guignols de l’info. Il était alors près de la retraite… Ça montre bien qu’on n’existe pas tant qu’on montre pas sa gueule à l’écran.

 

Que disait-il, Jean-Pierre Gaillard ?

Il citait des noms et des formules tout à fait hétéroclites et même occultes.

Voici une liste non exhaustive de ce qu’on pouvait entendre :

- Poclain

poclain 1

- Lafarge

- Péchiney – Ugine-Kuhlmann

- Saint-Gobain – Pont-à-Mousson

- Usinor - Dunkerque

- elf-Aquitaine

- Roussel-UCLAF

- Rhône-Poulenc

- Machines Bull

- la Française des Pétroles (CFP)

- CIT- Alcatel

- Denain – Nord-Ouest

- la Lyonnaise des Eaux

- la Redoute à Roubaix

- Schlumberger

- Chantiers de l’Atlantique

- Penarroya

 

quelques étrangères comme

- Royal Dutch

- BASF

- Bayer

 

 

Surtout, il y avait « Les Hauts-fourneaux de la Chiers » à la fois terribles et inquiétants.

Parmi les énigmatiques formules cabalistiques on entendait : « Aux rentes, le 3 et demi pourcent, 52-58 » qui, selon les jours gagnait ou perdait quelques pourcents.

 

De ces noms, je ne connaissais que Saint-Gobain puisqu’on apprenait en Histoire, dès le primaire, que c’était une des manufactures (avec les Gobelins) créées par Colbert et dont le premier chantier a été la Galerie des Glaces du château de Versailles, récemment construit.

De ces noms (français), il n’en reste plus guère et quand ils subsistent, c’est sous une autre forme. Saint-Gobain et Pont-à-Mousson se sont séparés, par exemple. La plupart des autres ont été absorbés par la concurrence ou ont disparu corps et biens.

Toutes ces grandes entreprises devaient leur prospérité à deux facteurs. D’une part la dynamique de la reconstruction de la France après la guerre et le boum démographique. D’autre part au plan qui coordonnait la politique industrielle de la France et lui assurait son indépendance. Moyennant quoi, la France fabriquait tout ce dont elle avait besoin, à plus petite échelle, souvent de meilleure qualité mais pouvait ainsi faire face aux aléas des alliances et des conflits. On était en pleine guerre froide.

Quand on pense que, aujourd’hui, via le géant General Electric, les États-Unis sont en mesure de contrôler et de bloquer à tout moment l’approvisionnement de la France en énergie. La branche de construction électrique d’Alstom a été cédée à GE qui a ainsi tout pouvoir sur des éléments essentiels des centrales nucléaires. Or, la France dépend à près de 80 % de cette source d’énergie. Il est très facile pour les États-Unis de paralyser la France, par exemple si elle décidait de ne pas rejoindre une coalition militaire contre un ennemi de la superpuissance ou si elle jugeait qu’un accord commercial lui serait défavorable. La politique menée depuis la signature de l’Acte unique en 1992 vise à aligner la France sur les autres membres de l’UE et en faire l’équivalent de la Hongrie, par exemple, pour « en finir avec le modèle français ». Toutes ces régressions amènent toujours plus de chômage par le biais des fusions et des délocalisations. Qu’on se souvienne que, lors de la signature du Traité de Maastricht, on nous avait annoncé la création de milliers d’emplois à l’échelle européenne de l’époque. On nous a refait le même coup lors de l’intégration de dix pays en même temps puis lors de la création de l’euro. On voit le résultat puisqu’on sait que les pays qui annoncent quasiment le plein-emploi recourent à des dispositifs de calcul qui masquent la précarité. Les uns effacent du nombre de chômeurs ceux qui ont travaillé quelques heures dans le mois. D’autres attribuent des pensions d’invalidité aux chômeurs de longue durée. D’autres encore éliminent ceux qui ont refusé deux offres d’emploi. On peut cumuler les dispositifs. Ainsi en Allemagne où le travail du sexe est considéré comme normal, une demandeuse d’emploi qui refuse, en deuxième lieu, un travail de prostitution ou de stripteaseuse ou simplement de serveuse ou d’hôtesse dans un bar louche, se voit retirée des statistiques du chômage. À ce compte, il est facile de prétendre se rapprocher du plein-emploi.

BB 67614 - Paris Nord - novembre 2012 (Jean Michel Delaroche) 2

Revenons sur Poclain, premier nom qui m’est venu en commençant cet article. Poclain, je le voyais. En allant à l’école, quelques minutes plus tard, je pouvais être sûr de lire ce nom sur une de ces grues ou de ces pelleteuses blanche et rouge qui travaillaient sur un des chantiers le long du chemin. Poclain était partout parce que, partout, on construisait des logements et des équipements publics. Toujours dans le domaine des engins, il suffit de regarder les plaques de constructeurs des locomotives et autres matériel ferroviaire pour se rendre compte qu’ils ont tous disparu ainsi que le montre cette plaque sur une locomotive en circulation : tous les noms ont disparu y compris Alsthom, écrit avec un « h » désormais bradé à Siemens, son concurrent malheureux qui lui chipe la place de numéro 2 mondial par la même occasion. La plaque du constructeur de la locomotive BB 9004, qui était apte à battre le record du monde établi la veille par une CC 7100 fabriquée par Alsthom, est aussi une liste de plans de licenciements et de régions sinistrées.

 

Comme quoi, les mémoires d’un enfant de la radio ne sont pas que d’amusants souvenirs d’un nostalgique mais posent des questions.

Dans les articles précédents, j’interrogeais sur la valeur des récits historiques quand on voit la mémoire défaillante ou arrangée des témoins encore vivants. Dans celui-ci, c’est la politique industrielle et l’indépendance nationale qui sont convoquées.

BB-9004-B

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03 décembre 2018

Gainsbourg malgré lui (réponse à Jérémy)

 

Précédemment, j’avais renoncé à compléter ce que tu disais sur Léo Ferré et Georges Brassens. Idem, je préfère ne rien dire sur Renaud. Certes Gainsbourg a pompé dans la musique classique mais ça veut dire qu’il possédait une vaste culture classique et il n’est pas le seul à l’avoir fait. Van Gogh revendiquait le droit d’interpréter les œuvres de ses modèles et, parmi eux, son préféré, Millet. Michel Legrand l’a fait largement et le technicien de France-Inter, Gille Davidas avait remarqué une forte ressemblance entre un titre du dernier album de Phil Collins et un morceau classique au clavecin. Ça passe bien car bien peu s’en aperçoivent. Quand on pense à la longueur de la plupart des pièces classiques, on comprend qu’il est facile, pour un musicien de talent, d’en extraire quelques phrases musicales et de les adapter au goût du jour. Bien sûr, il ne faut pas prendre les plus connues. Dans la symphonie n°9 de Dvorark, Gainsbourg n’a pas repris le thème archiconnu mais un autre que seuls les mélomanes peuvent reconnaître. Sinon, les musiciens de jazz sont réputés pour improviser à partir d’un thème. Il y a même des techniques pour ça mais je suppose que les premiers jazzmen ne les connaissaient pas mais se débrouillaient très bien. Peu importe, après tout, si le résultat est heureux. Puisque nous avons les mêmes références, tu te souviens, peut-être, qu’à la radio-scolaire, nous avions appris autrefois « La troïka ». Des années plus tard, j’ai constaté qu’il s’agissait d’un extrait de « Lieutenant Kijé » de Prokofiev. Idem, cette autre chanson (assez nulle) des Compagnons de la Chanson intitulée « Le cœur en bandoulière » qui est un extrait d’une pièce classique. Que dire, enfin, d’une des chansons préférées de Mitterrand, également des Compagnons de la Chanson, « L’enfant aux cymbales » ? Venicíus de Moraes au Brésil, Jean Broussolle en France l’ont composée à partir d’une fameuse pièce de Bach.

Je me suis rendu compte, assez récemment, que Gainsbourg était un spécialiste des rimes. En fait, il partait d’une rime, souvent improbable, et s’amusait à trouver tous les mots qui correspondaient et trouver une petite histoire. Ensuite, on pouvait reprendre, introduire une plage instrumentale et le tour était joué. Gainsbourg n’a jamais accepté de n’avoir pas fait une carrière de peintre et de s’être enrichi facilement avec des chansonnettes qui lui prenaient peu de temps. D’où son altercation avec Guy Béart : il n’y a pas de haute école pour apprendre à faire des chansons alors qu’il y a des conservatoires pour la musique, des écoles de beaux-arts pour les arts plastiques. Le fait est, quand on entend la plupart des chansons, qu’elles ne demandent pas un grand travail. Je ne résiste pas à l’envie de citer « Flash pour le jour/Flash pour la nuit ». J’avais entendu ça en me rendant au boulot, autrefois, et je m’étais demandé si ça valait le coup d’y aller quand d’autres gagnaient leur vie à débiter ça. En plus, on m’avait répondu que celle qui chantait n’avait pas besoin de gagner sa vie. Bien sûr, je ne savais pas de qui il s’agissait. Un préféré d’Inter qui n’hésite pas à la matraquer (pourtant pas beaucoup d’occasion tant la parlotte l’emporte) : « Ah, c’que t’es belle au bord de la mer » répété des dizaines de fois sur une mélodie plate parce que le chanteur est incapable de descendre et de monter. J’avais écrit à Philippe Meyer pour lui suggérer d’en faire sa « chanson hon » lors d’une prochaine émission. Bien au contraire, il avait fait la promotion de ce chanteur comme s’il était le nouveau Brel. Comme quoi… Avec des chansons du même tonneau, il a quand même pu sortir 4 ou 5 albums (quand Colette Magny, peu avant son premier album à lui n’a pas pu récolter les fonds pour sortir son dernier à elle) et trouvé 4 producteurs…

gainsbourg

Je me souviens avoir lu une entrevue que Gainsbourg avait donnée à Télérama au début des années 1980. Il trouvait anormal de gagner des millions avec une chanson qui lui avait pris une heure de travail. Il avouait qu’il en sortait une, de temps en temps, pour gagner sa vie et faire autre chose. À l’époque, il devait faire allusion à « L’ami Caouette », justement exemple de départ de rimes, chanson sans aucun intérêt (ni musical, ni pour le sens) qui a eu un succès fou. Face à Michel Berger, il se vantait d’avoir trouvé des rimes en « -ex ». Pour ça, il n’a pas hésité à imposer des césures au milieu des mots : ex-plication, surex-poser. Ensuite, on recommence ad libitum. Si l’on fait attention, presque toutes partent de la rime comme « Ballade de Mélody Nelson », « Harley-Davidson ». La même rime peut servir plusieurs fois. Dans son émission consacrée à Boris Vian (citée précédemment), Jacques Martin avait rappelé qu’il considérait Serge Gainsbourg, présent sur le plateau, comme son successeur. Pour moi, Gainsbourg était un mélancolique dont la dépression s’exprimait par la recherche de la décadence (selon ses termes) et ce que j’appellerai l’hédonisme, pour rester correct. Il ne s’est jamais remis de cette impossibilité de devenir peintre. Génie, oui, car il a su rebondir brillamment et exceller dans « cet art mineur qu’est la chanson » et d’autres domaines où il a fait mieux que se défendre. Sans doute pas le cinéma puisque le critique de Libération s’était fendu du titre : « Le film le plus suant de l’année ». On lui pardonnait tout et ce n’est pas forcément ce qu’on faisait de mieux. Finalement, lui-même ne recherchait pas tout ce qu’on lui a attribué et qui, là encore, fait partie des stéréotypes autour du personnage qu’il serait vain de vouloir corriger. Répondant au micro de Katia David (quand Jean Garetto était directeur de France-Inter), il avouait détester le 16e arrondissement réputé pour abriter tout ce que la haute bourgeoisie compte et où se trouvent les résidences des souverains étrangers lorsqu’ils viennent s’encanailler à Paris : « Y a pas une poissonnerie, pas un bistrot, pas une boulangerie ». En fait, il était plus simple qu’il ne paraissait mais avait fini par être enrôlé dans son personnage.

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01 décembre 2018

Littérature jeunesse

Je vais faire hurler mais ça ne m’empêchera pas de ramer encore à contre-courant en entendant les commentaire dithyrambiques du Salon du livre de jeunesse de Montreuil. Le livre jeunesse se porte bien et c’est sans doute le seul secteur de l’édition qui se porte bien. Certes, la rentrée littéraire donne lieu à une débauche de parutions que les critiques professionnels n’arrivent pas à lire, tant il y en a. Les ventes ne suivent pas vraiment et tout le monde s’en lamente. Les éditeurs régionaux ferment les uns après les autres comme le petit commerce de proximité ferme quand ouvrent les zones commerciales en périphérie, comme les radios associatives ont cessé d’émettre quand ce sont formé les grands réseaux nationaux supports de l’insupportable publicité. Pas si insupportable puisque ces radios font de l’audience quand les associatives n’en faisaient pas. Le livre, c’est pareil. Les grands auteurs médiatiques, retenus par des grands groupes désormais internationaux, appuyés par un service de presse efficace et, sans doute, quelques collusions, assurent l’essentiel des ventes.

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La littérature jeunesse fait un tabac. Les CDI (salles de documentation des collèges et des lycées), les rayons des salles de classes primaires sont bien garnis et les livres sont empruntés. Contrairement à une idée reçue, les enfants lisent, aiment lire et les jeunes ados aussi, surtout les filles. Le problème, c’est que dans nos pays et singulièrement en France, les jeunes pensent que l’accès au statut d’adulte se fait en reniant l’enfance. S’ajoute une vision à court-terme, s’inscrivant à la fois dans une recherche de stricte utilité et dans une démarche de consommateurs. Les adolescents ne font que ce qui est strictement nécessaire pour avoir la paix avec les parents et autres adultes de référence. Ils lisent les livres du programme mais n’achètent pas un ouvrage pour le plaisir. Ils lisent aussi, il est vrai, les livres de témoignages où ils pensent découvrir ce qu’est la vraie vie, celle des adultes où, selon eux, il n’y a plus d’interdit. Pour le bac, la liste officielle suffit et hors de question d’approfondir en lisant d’autres titres d’auteurs au programme. Ne parlons pas de ceux qui ne sont pas au programme. Il faut avoir vu comment la plupart des ados se débarrassent de leurs livres de l’année avant même le 30 juin, dès l’arrêt des notes. Pour eux, les œuvres étudiées ne serviront plus. Ils n’y feront pas référence dans les épreuves du bac pour appuyer un argument. Idem dans les années précédentes et ils ne comprennent pas qu’un professeur fasse lire une œuvre qu’ils ont vue en 6e. Pour eux, c’est du passé, ça correspond à un niveau inférieur et n’ont pas idée qu’on peut y découvrir autre chose avec plus de connaissance et d’expérience.

La littérature jeunesse participe à cette démarche de reniement. Quand on est grand, on ne lit plus, pas plus qu’on ne joue avec les jouets et jeux de l’enfance, ou qu’on collectionne les images d’animaux, on met même un point d’honneur à affirmer qu’on n’aime pas les animaux. On n’ouvre plus de livres sauf obligation scolaire. Par conséquent, on devrait se garder de cet enthousiasme débordant chaque année à l’occasion du Salon du livre de Montreuil et autres manifestations similaires mais de moindre importance.

Puisqu’on en est au chapitre de la littérature pour la jeunesse, remarquons qu’à part quelques titres remarquables et originaux – ceux dont parle M. Denis Cheissoux dans ses émissions depuis plus de 20 ans par exemple – le reste est plutôt mauvais. Les histoires sont pleines de stéréotypes et notamment sur les classes sociales. Les personnages sont caricaturés, archétypiques, et témoignent souvent d’un mépris de classe pour ceux qui n’ont pas le bon goût d’avoir le même niveau d’instruction que l’auteur(e). Malgré ce complexe de supériorité qui transparaît souvent, la plupart de ces livres sont mal écrits. Les fautes de syntaxe sont légion, les phrases sans verbes nombreuses, la concordance des temps n’est pas respectée. En d’autres termes, tout ce qui constitue la colonne vertébrale de la langue passe en pertes et profits. Leur succès vient surtout du fait des bonnes intentions véhiculées par la plupart de ces livres. On y trouve généralement l’accueil de l’enfant différent*. Il peut être handicapé, étranger, rouquin, aura des parents divorcés mais aura toujours du mal à s’intégrer dans une classe ou un immeuble jusqu’à ce que l’un des membres apprenne la situation de l’autre et finisse par retourner l’opinion des autres pour intégrer le nouveau venu. L’intention est louable mais les générations d’autrefois apprenaient aussi la tolérance en lisant des grands textes qui provoquaient la réflexion et des comportements durables plutôt que soumis aux aléas. On en revient toujours là : de nos jours, on s’adresse systématiquement à l’émotion quand la raison devrait se former dans ces années de jeunesse éduquée. Or, précisément, en introduisant la littérature pour la jeunesse dans les programmes du collège (vers 1996), on a écarté les œuvres qui avaient du sens et avaient fait leurs preuves, au profit de pages au contenu indigent. À part ce marquage fort correspondant à une tranche d’age, on fait détester les livres d’autrefois, ceux-là mêmes qui faisaient réfléchir. D’ailleurs, il est déconseillé voire inutile de réfléchir. On passe une séance à étudier la couverture pour soi-disant dégager des hypothèses de lecture alors même que lorsque commence l’étude, l’élève est censé avoir lu le livre. Comprenne qui peut. Ensuite, l’étude se réduit à l’identification des personnages, l’environnement, le résumé et le repérage de quelques éléments en liaison avec le programme : ponctuation, conjugaison (quand c’est possible), mots nouveaux. Rien pour provoquer la réflexion ou si peu. En quoi tel personnage est mauvais ? Comment le personnage positif parvient-il à convaincre ? Les programmes parus lorsque M. Chevénement – pourtant ardent défenseur de l’école du mérite – était ministre de l’Éducation nationale, prévoyaient déjà qu’on n’aborderait plus Montaigne et Rabelais au lycée que facultativement et sous forme d’extraits. Ses successeurs ont enfoncé le clou.

Pour être honnête, il existe aussi de bonnes collections qui proposent des séries intéressantes que les jeunes lecteurs ont à cœur d’explorer jusque au bout. Ils font parfois preuve d’impatience à l’idée de connaître la suite. Bien sûr, on pense à Harry Potter et son succès mondial mais pas que. Il existe de nombreuse séries de science fiction, d’épouvante (les jeunes ados en sont friands), d’énigmes policières sans meurtre, d’aventures et même d’histoire que les professeurs exploitent en lien avec le programme d’Histoire. Néanmoins, ils n’échappent pas tous à la forte connotation scolaire qui associe le livre à une obligation dont on a hâte de s’affranchir aussitôt sorti de la contrainte de la formation, de plus en plus mal acceptée dans nos pays développés où la crise ne garantit plus au diplômé l’accès à un métier intéressant ou choisi.

Il serait bon que ces salons fassent aimer les livres et la littérature et ne servent pas seulement à vendre des livres et faire connaître des collections aux professionnels. Or, on vend des livres mais si les jeunes lecteurs ne les ouvrent, lorsqu’ils sont plus grands, que par obligation scolaire avant d’abandonner carrément la lecture à l’âge adulte, ces salons ne sont que des foires commerciales. Ce n’est pas la vente des bovins qui fait aimer les fromages et les crèmes.

 

 

* la GPA va être (si ça n’est déjà fait) une source inépuisable d’histoires pour les livres destinés à la jeunesse

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22 novembre 2018

Mémoire d'auditeur - d'après Jérémy

La radio, sa magie, sa poésie aussi - même si avec le temps elle s'est un peu effilochée. C'est un sujet inépuisable pour connaisseurs éclairés, une source de souvenirs et d'anecdotes que je suis heureux de pouvoir partager ici car, à part quelques vétérans de ma connaissance, et des vrais, sans âge tellement ils sont vieux, qui ont connu pour ainsi dire la radio d'avant la radio, celle dont on peut entendre quelques reliques tard dans la nuit sur France-Culture déjà citée, on arpente un domaine qui flirte avec l'archéologie. 

Comme toi je suis à l'écoute depuis un demi-siècle. Depuis mon premier transistor (avant, je piquais l'un de ceux de mes parents, en particulier un de ces postes à lampes Jules-Verniens équipés de "
l’œil magique" hérités des temps héroïques, caisse en bois d'arbre, en bakélite, en métal, j'arrête là les digressions... !), c'était à la fin des années 60 et le choix des stations était intimement lié à ma géolocalisation, comme on dit aujourd'hui. 

 

Logo_RMC_1981

LA radio, sur la Côte d'Azur, à cette époque-là, c'était RMC. Une station familiale dont on retrouvait les animateurs sur Télé Monte-Carlo dans des magazines qui portaient essentiellement sur l'actualité régionale, magazines dont le producteur-rédacteur en chef était un certain Jean-Pierre Cuny, qui a poursuivi sa carrière comme documentariste ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Cuny ), animateurs que l'on croisait fréquemment sur le terrain des quinzaines commerciales, braderies, inaugurations de supermarchés et autres manifestations festives. Animateurs qui faisaient partie de nos vies. Il en était ainsi en ce temps-là. On pouvait les croiser dans la rue, certains leur payaient à boire, les gamins leur demandaient des photos dédicacées, des auto-collants, on reconnaissait de loin, sur nos plages, la casquette typique et les moustaches de Jean Sas et on voulait lui serrer la louche ( https://www.ina.fr/video/I12164360 ). 
Frédéric Gérard, fils du comédien marseillais Arius, était de loin le plus populaire des animateurs auprès de ces dames. Le succès de son radio-crochet et de ses chroniques était équivalent à celui de ses fou-rires incontrôlés. Il doit être quasi nonagénaire à ce jour et continue de cachetonner dans des feuilletons et téléfilms tournés à Marseille ( http://www.agencesartistiques.com/Fiche-Artiste/9381-frederic-gerard.html ). La voix suave de Carole Chabrier nous enchantait, boutonneux que nous étions ( https://www.youtube.com/watch?v=h5P5la4WdTk ). Le tandem JP Foucault-Léon Orlandi assurait aux matinées leur pesant de comique ( https://www.youtube.com/watch?v=krllplgsQiQ ). La grille devait s'étoffer vers le milieu des années 70 avec l'arrivée du brillant Yves Mourousi.
RMC ensuite a évolué vers le ronron uniforme des jeux et des promos entrecoupés de tunnels de pubes particulier aux radios périphériques, jusqu'à devenir un pendant commercial de France-Info au début des années 2000, où des individus aussi hétéroclites que Bernard Tapie fraîchement sorti de prison et le sexologue des d'jeuns d'alors, Christian Spitz, dit le Doc, venaient se succéder à l'antenne sous la houlette d'un certain Jean-Jacques Bourdin, pape du journalisme beauf (ce n'est là que mon opinion et je la respecte). L'esprit régional de TMC a peu à peu disparu jusqu'à une totale perte d'identité au cours des années 80. De rachat en rachat TMC n'est plus aujourd'hui qu'un logo TNT détaché de la Principauté, qui se spécialise dans la redif de redifs de redifs. 

yves_mourousi_1985


RMC version italienne était très écoutée chez nous (nous étions en zone frontalière) en ce début des années 70. Europe 1, RTL, Sud-Radio nettement moins, même avec l'apparition de la FM. Bien sûr il y avait Inter, que les anciens appelaient encore "Paris-Inter", une radio qu'on disait prisée par les intellos, France-Culture, que j'ai découverte un peu plus tard, avec ses voix académiques et ses pièces radiophoniques qui étaient comme des films sans images. Sur France-Musique, un souvenir amusant, Diogène : lorsque j'étais en CM2, c'était en 1970, le programme scolaire incluait une heure de musique hebdomadaire. L'instituteur amenait dans la classe un poste de radio aux dimensions imposantes qu'il réglait sur la fréquence de cette station, laquelle diffusait une émission qui nous était destinée, à nous élèves pré-pubères éminemment dissipés par ce que nous considérions surtout comme une récréation. Ensuite, FIP, qui anticipait la musique en streaming qui nous est devenue si familière aujourd'hui. 
Pour les initiés noctambules des grandes ondes, il y avait cette version londonienne de
RTL qui diffusait les hits de la soul music bien avant qu'ils apparaissent chez nos disquaires. Les nordistes pouvaient capter en continu cette station sur le modèle américain, avec speakers speedés et jingles démoniaques. Chez nous, dans le sud, c'était autour d’une heure du matin, avec un max de fading. C'est comme ça que ton serviteur, Diogène, est devenu un dingue de soul music et l'est resté avec les années ! 

J'ai décroché d'Inter à la période Val, grille et climat par trop trashy au goût du nostalgique de la période Villers-Gougaud-Bouteiller-Artur... et d'un certain Thierry Grillet, à l'époque stagiaire chez Claude Villers http://www.1-epok-formidable.fr/archives/12141 ; en l'espèce, j'ai le souvenir, autour de 1974, du passage d'Yves Simon comme remplaçant de Villers alors souffrant, et des débuts de Nicolas Hulot en tant que stagiaire, toujours chez Claude Villers, dans un reportage sur une panne d'électricité dans les buildings du front de Seine. 

 

fip1971

Quand tu évoques l'écoute de la radio sur smartphone, cela me renvoie aux transistors miniaturisés qui accompagnaient ceux de ma génération dans leurs balades et pérégrinations, en pique-nique, à la plage, et même fixés par un gros élastique au guidon du vélo. Le micro-écouteur fixé à l'oreille pour ne pas déranger le voisinage ou chez les filles, pour écouter la radio en douce pendant les cours, le fil noyé dans leurs longs cheveux. Finalement, si le support a évolué, la motivation est plutôt analogue. On a même connu des petits écrans de télé inclus dans certains ghetto-blasters japonais des années 80. Le podcast c'était l'émission enregistrée sur cassette par les soins des parents, du copain, de la copine, tandis qu'on était aux cours. 

Qu'est-ce qui a vraiment changé, au fond, dans les pratiques ? Et même dans les institutions vivantes qui tapinent de micro en plateau télé, dont certaines auraient leur place dans un musée de paléontologie, au rayon des fossiles. 

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Mémoire d'auditeur - réponse à Jérémy

Après avoir regretté que l’ami fidèle, Alain, ne veuille pas que son commentaire soit publié, et après avoir remanié celui de Jérémy avec qui nous partageons beaucoup de souvenirs – quoi que n’ayant pas vécu dans les mêmes sphères – voici mes propres souvenirs d’auditeur.

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Tout commence quand, tout petit, pour rien au monde, je n’aurais manqué Zappy Max sur notre poste à lampes. Aucun véritable souvenir de ce qu’il faisait mais sans doute le nom sonnait bien dans mes petites oreilles. Par la suite, c’est le transistor japonais reçu comme cadeau de mariage de mes parents qui a apporté « la magie des ondes » dont Claude Villers se moquait tant.

 

Claude Villers passait son temps à se moquer des traditions, des choses instituées. Il déclamait les poésies apprises au collèges (« Oh ! combien de marins, combien de capitaines ») et les chansons entrées dans le patrimoine comme « Village au fond de la vallée... » des Compagnons de la chanson. À l’époque, il était de bon ton de démolir les monuments comme Victor Hugo. On voit le résultat que ça donne dans l’Éducation nationale, enviée autrefois dans une bonne partie du monde et à la traîne aujourd'hui après les délires du pédagogisme, de la méthode globale et des classiques jetés aux orties. Il cassait tous les soir du sucre sur le dos de Jo Dona et son « Inter-Danse » qu’il présentait comme le symbole de la radio ringarde quand lui incarnait la modernité et le bon goût. Avec lui, on voyait poindre ce qu’on a appelé plus tard la pensée unique : un prêt à penser obligatoire. On passait beaucoup de chansons en anglais chez lui. Bernard Lenoir était dans l’équipe mais pas au micro sauf quand il faisait des incursions à RTL où il n’avait, bien sûr, pas le profil de l’antenne populaire. On passait les morceaux de Dominique Blanc-Francard, « le frère de l’autre » comme il disait ; l’autre étant son co-animateur prénommé Patrice. Aujourd’hui, ce serait impensable. Il y avait plusieurs rubriques dont « Yves Simon story ». Je ne me rappelle pas quand il avait remplacé les animateurs mais je me souviens d’Eddy Mitchell qui avait beaucoup de difficultés d’élocution. La radio, c’est pas comme la chanson. Eddy Mitchell tenait une rubrique consacrée au cinéma série B. Villers et Blanc-Francard le considéraient comme le rocker français contre Dick Rivers et, bien sûr, Johnny, caricaturé dans le « feuilleton » de « Pas de panique » où tous ceux qu’ils n’aimaient pas apparaissaient avec un pseudo à peine modifié pour y être ridiculisés, à commencer par leurs confrères de la station.

D’accord, ça changeait, ça me faisait découvrir plein de choses mais je ne comprenais pas tout. Néanmoins, je garde de bons souvenir. Curieusement, je me souviens du « musée de pas de panique » où j’ai entendu Rudy Irigoyen, au moins aussi bon que le chanceux Mariano et du « jazz de pas de panique » que Villers détestait mais qu’il concédait à PBF. Oserai-je rappeler un jeu de mots auquel je pense souvent ? Patrice Blanc-Francart venait de présenter un morceau de Charly Mingus quand Villers lui répond : « Parle à Mingus, ma tête est malade ».

En fait, ce qui m’avait captivé au cours de la toute première saison, c’était la série de reportages sur les OVNI par Jean-Claude Bourret, connu surtout, à l’époque pour la présentation des flashes du matin. Sceptique au début, il avait fini par conclure que le phénomène existe. C’est lui qui a popularisé les OVNI. Avant, on n’en parlait pas et les soucoupes volantes étaient des objets de BD ou de films de science-fiction.

Henri Gougaud intervenait de temps en temps, au gré des séries qui se renouvelaient. Lui aussi s’intéressait aux OVNI et avait cru trouver dans la Bible (Ezéchiel) le premier témoignage d’un rencontre du troisième type. Des années plus tard, il racontera des histoires face à Pierre Bellemare sur Europe 1 et, plus tard encore, aura son émission sur l’étrange avec Jacques Pradel « Ici l’ombre ». J’aimais bien quand Bellemare racontait « les aventuriers » mais j’avoue que les affaires criminelles, mêmes racontées par lui, sans détails sordides (Bellemare avait de la tenue et ne racolait pas), finissaient par mettre mal à l’aise. Force est de constater que les auditeurs ont davantage plébiscité les criminels et les policiers que les aventuriers. Jean-Pierre Cuny a rejoint l’équipe de Bellemare d’ailleurs, au point de lui succéder dans la présentation de « La Tête et les Jambes » où il n’était pas à sa place. Il a fini par être remplacé, d’abord par le co-producteur Jean-Paul Rouland puis par Philippe Gildas dont je découvrais le visage. Je n’avais jamais oublié sa voix et sa prestation dans le 6-9 de France-Inter.

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Finalement, je n’aimais pas tant que ça cette émission. Je préférais ce qu’il y avait avant, en lieu et place. Avant, tous les soirs, il y avait un programme différent qui a été balancé sur Inter-Variétés, la déclinaison en PO de France-Inter à la création de « Pas de panique ». Nicolas Hulot a débuté dans la rubrique « La poignée dans le coin » consacrée à la moto dont PBF était fan mais c’était déjà dans « Loup-Garou » et plus dans « Pas de panique ». J’ai adoré « Viva », l’été 1978 où le duo passait souvent « Airport » des Motors, groupe éphémère. Ensuite, ils ont fait émission à part. « Marche ou rêve » a été un monument que j’ai suivi épisodiquement. La vie étudiante avec ses cours, ses partiels et ses loisirs annexes est incompatible avec le suivi régulier de la radio et de la télévision. Je suis revenu à la radio mais suis resté éloigné de la TV.

 

Je déplore également la disparition des dramatiques (c’est comme qu’on disait avant) de l’antenne de France-Inter. Justement, encore au début des années 1970, il y avait le Théâtre de l’étrange le lundi soir, L’heure du mystère le mardi, le boulevard le vendredi. Entre temps, le mercredi soir, il y avait eu « La Tribune de l’Histoire ». Soient quatre dramatiques pendant la semaine parfois précédées par Gérard Sire et son « conte à rebours » ou José Artur et « Qu’il est doux de ne rien faire... ». Par la suite, « la Tribune » a subsisté le samedi soir avant de céder la place (quand Alain Decaux est entré au Gouvernement et qu’André Castellot n’a pas voulu continuer sans lui) à « Question pour l’Histoire ». Il faudrait faire une compilation des deux premières saisons de cette émission, alors reprise par Jean-François Chiappe. Tout y était désuet et même suranné. Il faut réaliser que cette émission passait à la fin des années 1980, donc. Heureusement, l’émission a été reprise par Claude Chebel devenu producteur et réalisateur avec la participation de Jean Favier, Marcel Julian et d’autres grandes signatures.

Tout au long de ces mêmes années 1980, il y avait aussi « Les Tréteaux de la nuit », de Patrice Galbeau et Jean-Jacques Vierne, le samedi à 22h, où les plus grands comédiens du moment participaient : Michel Serault, Claude Piéplu, Jean-Luc Bideau, Anny Duperey etc. Impensable aujourd'hui. Et puis, il faut bien constater que la dramatique qui subsiste, toujours dans l’émission d’Histoire de Stéphanie Duncan, sans doute par manque de moyens est très en dessous de ce qui est cité plus haut. Le scénario tente de placer les faits historiques à la va-comme-je-te-pousse, les ellipses sont narrées et les comédiens souvent pas bons.

 

 

J’ai indiqué à plusieurs reprises, ici, que celui qui m’a attaché au poste de radio, c’est Yves Mourousi. « Édition-on-on-on, treize heures-zeures-zeures » suivi du « Bonjour » qui est devenu sa signature. Il changeait beaucoup et l’indicatif était tantôt pop, tantôt martial. Yves Mourousi, c’était du journalisme rigoureux et, dans le magazine, un programme à lui tout seul. Yves Mourousi m’a fait aimer la radio et ses invités. Quelle joie, le jour où ma mère m’a montré sa photo dans un magazine ! Et quelle joie, plus tard, lorsque nous avons eu la télévision, et que je le voyais présenter Inter 3, le journal de la 3e chaîne qui venait juste d’être lancée. Je ne l’imaginais évidemment pas comme ça, avec un léger strabisme. C’était ça la magie de la radio, imaginer la tête du bonhomme qui parle et le studio. On savait qu’il y avait une vitre derrière laquelle se trouvait le réalisateur, deuxième nom cité au début et à la fin de l’émission.

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Quand on habitait Paris, qu’on ne sortait pas beaucoup, toutes ses émissions à l’extérieur étaient une ouverture extraordinaire. Même quand on ne connaissait pas l’ABC (ancien music-hall reconverti en cinéma dont YM a accompagné l’ouverture), la scène de l’Opéra (que je ne connaîtrai jamais), la Croisette (pour le Festival de Cannes et le Midem), le Palais des papes d’Avignon etc., c’était quelque chose ! Il me semblait que me parvenait le parfum de ces lieux inconnus. Yves Mourousi a tout inventé et si je garde une dent contre Fabrice Drouelle, c’est parce qu’un jour,, il a fait répéter trois fois à Gilles Jacob que c’était Yves Mourousi qui avait eu l’idée de la montée des marches à Cannes, tellement ça lui paraissait incongru. Yves Mourousi qui a aussi eu l'idée de l'arrivée du Tour de France sur les Champs et qu'on n'a même pas évoqué pour le centenaire...C’est là que j’ai compris qu’on dézingue les anciens et les pionniers dans les écoles de journalisme et que Mourousi n’est plus connu que pour avoir interrogé Mitterrand « une fesse sur le coin du bureau ». C’est le mot « fesse » qui est important dans l’affaire…

 

 

Aiguisé par les pages du Quid consacrées aux médias, avec quelques publicités, j’ai cherché à découvrir sur le transistor que je m’étais fait offrir, les radios plus lointaines. Adolescent, j’écoutais de préférence le hit-parade de RTL pour ne pas être en reste vis à vis de mes camarades. Je restais pour « Poste restante » de Jean-Bernard Hebey et j’ai même révisé le BEPC en écoutant « Les routiers sont sympas ». On captait pas RMC ni Sud-Radio à Paris mais, de temps en temps, sans doute quand le temps était dégagé, on pouvait choper quelques bribes. Plus tard, je me suis fait offrir un poste pour les ondes courtes (OC) qui me permettait d’avoir la BBC.

Malgré tout, au gré de mes déplacements, j’ai quand même connu José Sacre, Jean-Pierre Foucault, Guy Vial, Carole Chabrier et Zappy Max, le midi... Enfin, je le retrouvais ! Ce qui m’étonnait, c’était que ces animateurs intervenaient plusieurs fois dans la journée. J’ai pu aussi entendre Jacques Bal sur Sud-Radio après avoir quitté France-Inter. Je me souviens aussi de l’accord passé entre RTL et RMC pour que les auditeurs du nord puissent entendre un peu la radio du sud et inversement. Ça concernait surtout « Les routiers sont sympas », privés de leur Max dès qu’ils s’aventuraient dans les Maures et l’Estérel. Ça me paraissait tellement lointain tout ça...

C’était encore la grande époque de RMC à laquelle Jérémy fait allusion, ce ton familier et familial. Dès le début des années 1980, la chaîne monégasque se portait mal et ce n’est pas avec Simon Monceau, ni avec Claude Villers à sa tête, parisiens en diable, qu’elle a pu se relever. On ne s’improvise pas patron d’un grand média (ni même d’un petit). RMC a connu un sursaut quand Hervé Bourges, débarqué de TF 1 par Bouygues, en a pris la direction. C’est lui qui avait embauché Yves Mourousi, débarqué plus tard pour cause d’audience en baisse. Hervé Bourges se souvenait des avertissements et conseils d’Yves Mourousi quand il était son patron. Il faut bien reconnaître qu’il a fallu attendre l’époque de la reprise par NextRadioTV d’Alain Weill et sa transformation en station d’info continue pour imposer la station durablement. Bien sûr, il ne reste rien de la radio soleil qui est plutôt l’affaire de France-Bleu Provence de nos jours.

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Un mot sur Jean Sas, découvert à la télévision quand Guy Lux avait en charge les dimanches après-midi, présentés par Jean-Pierre Foucault dont je découvrais, enfin, le visage. Avec Jean Sas, on sentait qu’il y avait quelque chose de nouveau, du jamais vu. Peu après, il a été embauché sur France-Inter dans « Sas dit, Sas fait ». Disons que le « charablabla » amusait jusqu’à ce qu’on se rende compte que, la plupart des gens, nos semblables, n’écoutent pas les questions et répondent n’importe comment. L’humain est ainsi fait qu’il n’aime pas voir sa médiocrité exposée au grand jour. Je crois qu’il est retourné sur RMC avant de finir sur France-Bleu.

 

RMC comme radio a souffert de paradoxes. Radio périphérique, elle n’a jamais eu ni la taille, ni les moyens, ni l’envie de concurrencer les trois autres radios généralistes. Il aurait fallu qu’elle se contente d’être une radio locale mais son patrimoine, son prestige, notamment au Moyen-Orient, ne pouvaient pas la cantonner dans ce rôle. Avec l’émergence des radios FM dans les années 1980, la situation est devenue intenable. Les expériences, les erreurs de stratégie, l’embauche des renvoyés des médias nationaux n’ont pas redressé la barre. Curieusement, Sud-Radio, à l’ouest, a mieux négocié le virage de la bande FM avec des ambitions plus modestes et, finalement, une présence bien au-delà de sa zone d’influence historique.

 

C’est aussi à cette époque que je suivais dans L’Aurore, journal qui traînait à la maison, les infos sur les émissions de radio et où j’espérais voir la photo d’Yves Mourousi. La rubrique était tenue par Madeleine Loisel qui a, par la suite, dirigé un de ces petits magazines de télévision vendus dans les magasins populaires. Elle a quitté le bateau dès qu’Hersant a mis la main dessus. Madeleine Loisel est aussi celle qui a fait débuter Pierre Desproges dans ce quotidien. Ah, dès qu’on cite Desproges, ça change tout. Sans ça, elle aurait été une vague collaboratrice d’un journal de droite disparu.

 

Nous z’aussi nous écoutions la radio scolaire. Si je me souviens bien, c’était le mardi après-midi que l’instituteur sortait un poste de l’armoire fermée à clé et le branchait. Nous reprenions les chansons et apprenions les paroles. Il y avait aussi cette initiation à la musique classique. C’est comme ça que je connais l’histoire du « Casse-noisette » et de la « valse des flocons » et encore « La marche des rois » suivie de « la danse du cheval fou ». Très surpris de voir ce dernier morceau connu uniquement sous le titre générique de « farandole ». Ça, c’était de Bizet, bien sûr, mais pas sûr que ça m’ait marqué à l’époque. Comme visiblement, nous avons le même age, voici quelques titres de chansons apprises à l’époque : « Feu de bois », « La troïka » (de « Lieutenant Kijé ») , « la Truite », « Chloen », « Les marins de Groix ». Impensable aujourd’hui !

 

J’ai aussi écouté la radio avec un écouteur unique dans l’oreille, quand je faisais mon service militaire et montais la garde. Il aurait pas fallu que je me fasse choper car j’aurais eu droit au trou. Il y avait beaucoup de gardes en Allemagne et une proximité géographique avec RTL et Europe 1 et ma taille ne m’a pas permis de faire le stage de conducteur de char à Carpiane où j’aurais pu, enfin, écouter RMC.

 

Alors, c’est bien de rendre hommage aux voix chères qui se sont tues et de se dire que c’était mieux avant. Cette radio dépeinte dans ces deux articles était une radio à taille humaine qui apportait un peu de joie dans les foyers modestes. S’il y a toujours des foyers modestes, ce n’est plus la cible des radios, toutes commerciales aujourd’hui, qui cherchent à faire dépenser l’argent de ceux qui en ont. Et puis, les générations actives ne veulent plus se contenter de petites joie Mathieu Gallet a eu le mérite de comprendre qu’il faut une cohérence entre le contenu et le contenant. Impensable, aujourd'hui, de ne pas voir la tête de ceux qui parlent dans le poste. D’ailleurs, il y a moins de postes et donc l’attente est différente. Le petit écouteur relié au smartphone a remplacé les enceintes des tuners des années 1970 et 1980 qui avaient remplacé le petit transistor avec sa grosse pile carrée, Leclanché, Wonder ou Mazda. Autant de marques disparues ou reprises pour d’autres usages. L’humoriste Chris Esquerre, qui remplace au pied levé le faux mondain Beigbeder, a tout de suite exprimé son dédain pour la vidéo. Nous avons dit à plusieurs reprises qu’il n’y aucun intérêt à voir quelqu’un lire son petit papier, tête baissée, pendant 2 mn ou 3 mn avec des rires forcés en fond sonore. Le fait est que les animateurs de radio, qui interviennent tous à la TV par ailleurs, s’adressent aux auditeurs comme à des téléspectateurs. La technique a anéanti la magie de la radio et l’imagination qu’elle aiguise et fait marcher. La radio, comme les autres médias audiovisuels, s’adresse à des consommateurs qui font partie des 80 % d’une classe d’age à avoir obtenu le bac et maîtrisent les nouvelles technologies.

 

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20 novembre 2018

Radios généralistes : saison 2018-19 - 1ère partie

Les résultats d’audience tombent à pic pour publier ce commentaire sur la saison 2018-2019 des radios généralistes. Il faut laisser le temps aux nouveaux programmes de s’installer, de trouver leur rythme et leur ton. Rappelons que nous sommes auditeur depuis un demi siècle, quasiment sans interruption et que nous n’avons pas la télévision. Nous considérons que la radio demeure un média essentiel et son maintien le prouve. D’autres inventions ont détrôné des précédentes. Le téléphone a rendu caduc les télégraphes et le courrier écrit. Les techniques d’écrans plats ont supprimé le tube cathodique et les employés ont rejoint la cohorte des chômeurs sans que personne n’ait la moindre pensée pour eux ; des fois qu’un semblant de solidarité nous ait privé du progrès. La radio reste. Elle a connu différentes évolutions depuis les ondes courtes jusqu’à la modulation de fréquence qui date déjà des années 1960. Au passage, quiconque a voyagé ou voulu acheter un poste de radio à l’étranger s’est rendu compte d’une particularité française dont on ne parle jamais : les grandes ondes ou GO. Ailleurs, partout dans le monde, ce sont les ondes moyennes ou petites ondes (PO) qui règnent. Il est vrai aussi que la France a la culture de la centralisation donc, on a privilégié l’émetteur unique et ultra-puissant comme celui d’Allouis plutôt que des petits relais un peu partout. Le résultat est lié à notre chronique radiophonique : ce sont des radios généralistes en très petit nombre qui s’adaptent tant bien que mal. Après la modulation de fréquence – abrégée en français par FM pour faire mieux – il y a eu la révolution numérique. Depuis, comme nous l’avions annoncé, ce sont les pratiques d’écoute qui changent et la radio a montré la voie en induisant l’écoute sur le smartphone avec réglage du moment où l’on veut écouter. Ainsi, des auditeurs d’un instant précis (généralement la prestation d’un humoriste) viennent gonfler les statistiques alors qu’ils savent à peine quelle radio ils écoutent et qu’ils éteignent aussitôt après. Aujourd’hui, le smartphone a remplacé l’ordinateur portable et est en train de remplacer la télévision. Nous y reviendrons prochainement. Il est vrai aussi que les FAI ont bien préparé le terrain en proposant sur leur page d’accueil des horoscopes et des commérages (pompeusement appelés « people ») qui ne nécessitent aucune qualité d’image. Idem pour la lecture des courriels, de moins en moins courants à l’heure des SMS. Facebook s’utilise sur le smartphone avec alerte. De sorte que l’ordinateur portable tend à être réservé aux professionnels et que la télévision se décline essentiellement sur écran géant pour suivre des émissions exceptionnelles (sports, films récents etc.) tandis que la tendance à installer un écran dans chaque pièce ne se justifie plus si les ados peuvent suivre leurs séries préférées sur ce tout petit écran, confortablement dans leur lit avec des écouteurs.

 

Donc, les radios généralistes apparues dans les années d’après-guerre, qu’on préfère nommer désormais les Trente glorieuses, subsistent mais, devant l’intérêt des auditeurs, des questions se posent. On comprend RTL, radio populaire, toujours prompte à flatter les tendances, les modes et à embaucher l’animateur de télévision le plus en vue du moment. Sa matinale sert surtout à annoncer la météo, l’horoscope (surtout l’horoscope), les potins et, éventuellement, l’info sérieuse du jour qui sera reprise toute la journée. France-Inter se bat bec et ongles pour que, malgré la tentation de divers gouvernements, il existe toujours une radio nationale qu’on préfère qualifier de service public. Contre vents et marée libéralistes, Radio-France existe toujours et son audience lui assure encore de se maintenir. En fait, l’argument ne tient pas. TF 1 a été privatisée, justement parce que c’était la chaîne la plus regardée à l’époque. Sans son audience, on ne se serait pas battu pour la racheter. Bon, la radio, c’est pas pareil et un privé y regarderait à deux fois et ce ne sont pas les résultats trompeurs de Médiamétrie qui y changeraient quelque chose.

RMC est devenue, après de nombreuses crises, une radio d’information couplée à BFM-TV. Reste Europe 1 qui vient encore de perdre des auditeurs malgré l’arrivée fracassante de M. Aliagas dans la matinale où il succède à M. Cohen, lui aussi arrivé avec fracas un an plus tôt. Il avait très bien analysé son échec relatif mais son patron n’a pas cherché à comprendre et il commet les mêmes erreurs que les patrons des premières télévisions privées françaises au milieu des années 1980, à savoir débaucher les meilleurs en pensant que ça attirerait le public. En fait, le public est très conservateur et la multiplication des chaînes de radio et de télévision n’y change rien, bien au contraire. Devant la pléthore de choix, on préfère s’en tenir à une chaîne plutôt que de consulter un programme dans la presse ou sur la toile pour finalement revenir à la même chose. Europe 1 est devenu ce que la 5 était : la chaîne en trop. Il n’y a pas un ton Europe 1 reconnaissable. La matinale propose l’horoscope et la météo qui intéresse un certain public qui n’est pas le même que celui qui écoute l’entrevue politique. Ceux qui attendent Nicolas Canteloup ne sont pas ceux qui ont écouté les informations à 7h ou même à 8 h en partant au boulot. On pourrait en dire autant des soi-disant humoristes d’Inter mais, justement, ils sont davantage écoutés en podcast, en alerte sur smartphone que derrière le transistor. En revanche, ceux qui écoutent Laurent Gerra sont ceux qui étaient déjà à l’écoute une heure ou deux avant.

 

Europe 1 a changé cette saison et suit l’exemple d’Inter qui change d’indicatif à chaque changement de direction et a cru intelligent de supprimer le carillon qui est, justement, l’image de la station. Désormais, les infos sont diffusées un peu avant l’heure pleine et débordent un peu après, suivies par un ersatz de carillon. Pas forcément une bonne idée de bousculer un peu les habitudes car, visiblement, les auditeurs ne suivent pas. À la fin des années 1970, France-Inter avait cru intelligent de bousculer les animateurs en faisant passer ceux du soir l’après-midi et ceux du matin, le soir, tout en avançant la sacro-sainte « Radioscopie » de Jacques Chancel. Le résultat ne s’est pas fait attendre. On ne retient jamais les leçons de l’Histoire, fut-ce la petite histoire des médias. D’ailleurs, il suffit d’entendre les journalistes et animateurs d’aujourd’hui pour comprendre que, dans les écoles de journalistes, on passe du temps à se moquer de ce qu’on faisait avant.

Europe 1 fait penser à ces prêtres catholiques qui portent soutane en se disant que leur Église était forte du temps de la soutane et qu’il suffirait de la remettre pour que revienne l’age d’or. Donc, la direction a fait revenir les vieilles barbes, a sorti de leur retraite bien méritée les anciens. Il est vrai qu’il est un peu plus cohérents de les entendre sur les ondes où ils se sont illustrés que chez les concurrents. Il faut croire que notre époque moderne a besoin d’entendre les conseils des anciens. Pour faire le pendant aux « Grandes gueules » de RMC, et « Grosses têtes » de RTL, Europe 1 a trouvé « les Grandes voix ». Et de ressortir ceux qui avaient quitté le navire, alléchés par l’odeur de l’argent des nouvelles télévisions privées. L’émission passait le samedi jusqu’à présent. Qui espèrent-ils toucher ? Les auditeurs fidèles seront contents mais tous ceux qui sont nés il y a moins de quarante ans ne les connaissent même pas. Tous ont marqué la station d’une façon ou d’une autre avant d’apporter leur expertise au plus offrant : MM. Charles Villeneuve, Gérard Carreyrou et Robert Namias et Mmes Catherine Nay et Michèle Cotta ; tous quasi octogénaires, cadres de la rédaction dans les années 1970 avant d’occuper d’autres responsabilités. On attend le retour de MM. Olivier de Rincquesen, Gilles Schneider, Étienne Mougeotte et Jean-Clause Dassier. Gageons que M. Jean-François Kahn ne sera pas appelé. M. Guillaume Durand, lui, est occupé chez la concurrence puisque, maintenant, une station comme Europe 1 joue dans la même catégorie que Radio Classique, la danseuse du milliardaire Arnault.

https://www.huffingtonpost.fr/2018/11/15/les-audiences-deurope-1-au-plus-bas-leffet-nikos-aliagas-na-pas-eu-lieu_a_23590022/

Faisons une digression pour mentionner que la question de l’originalité d’Europe 1 se pose également dans la presse écrite pour L’Express. Où se situe-t-il par rapport au Point ouà L’Obs ? De sorte que ce titre, fleuron de la presse écrite française, pionnier des hebdomadaires dans le style « news-magazine » est invendable. Ceux qui cherchent à investir dans la presse française ont déjà porté leur dévolu sur Marianne, par exemple, ou attendent que d’autres titres soient cédés au gré des humeurs des actionnaires qui se fichent comme d’une guigne de la presse. Europe 1 qui a tant innové et révolutionné la radio se trouve dans la même situation et ce n’est pas une entrevue avec un Président de la République au plus bas dans les sondages qui va relever l’audience. Pourtant, la qualité du travail n’est pas discutable. La matinale de M. Nikos Aliagas est sérieuse mais sans originalité, d’où un score inférieur à celui de M. Patrick Cohen l’an dernier. Le samedi soir, la session d’information de M. Philippe Vandel est bien ficelée et variée. Regrettons juste la suppression de celle du vendredi, coordonnée par Mme Sophie Larmoyer qui proposait un tour du monde des plus intéressants. En revanche, il s’en faut de beaucoup pour que le niveau des autres sessions d’information soit simplement intéressant. Ceci explique sans doute cela et ce n’est pas le retour des soi-disant « Grandes voix » qui va y changer quelque chose. Notons que, nombre des « Grandes voix » sont aussi passées par L’Express a un moment. Loin de nous l’idée de dénigrer L’Express, seul média national (et plus) à avoir cité La lanterne de Diogène, justement pour cette rubrique.

En parlant de « Grandes voix », il y en a une qui a quitté la rue François Ier au moment où le bateau était abandonné par ses haleurs. On apprend à l’occasion de la parution d’un de ses énièmes livres que le chroniqueur politique Alain Duhamel a couvert pas moins de 10 élections présidentielles depuis 1965 ; et il s’en vante. 50 ans qu’il couvre la politique en France. En fait, un peu plus mais ça fait bien et pas trop si l’on s’en tient à 50. Depuis quelques mois, il fait le tour des plateaux pour rappeler les émissions qu’il a créées avec un confrère qu’il ne cite pas forcément et pour rappeler sa proximité avec Mitterrand dont il ne partageait pourtant pas les idées. Ça fait bien : ça fait indépendant. Il se vante aussi d’avoir participé à des émissions ou des débats où il n’était pas. C’est pas grave puisque celui qui l’interroge ne le sait pas et ne relève pas. C’est comme ça que tout le monde jure avoir assisté aux adieux de Brel à l’Olympia ou avoir passé sa scolarité près du radiateur. C’est aussi ce qui fait le succès (relatif à présent) d’un Guy Carlier : les fausses références. D’ailleurs, à l’occasion du dernier baccalauréat, n’avait-il pas suggéré aux candidats de truffer leurs copies de fausses citations, comptant sur le fait que les correcteurs ne pouvaient pas avoir lu tous les livres. Cette mentalité reflète bien notre société : un vernis de culture (quand il y en a) et beaucoup de bagout.

 

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Pourquoi consacrer tant de lignes à Europe 1 depuis quelques temps ? Simplement parce que la station du groupe Lagardère concentre les problèmes liés à l’évolution des médias en ce début de siècle qui voit les supports évoluer comme rarement. Europe 1 a une histoire originale. Radio de la Sofirad, entité créée par le gouvernement de Vichy avant de devenir la holding d’État pour l’audiovisuel semi-privé, son émetteur se trouvait dans la Sarre occupée par la France après la guerre, d’où le surnom de « radio périphérique », longtemps apposé à la station. Elle occupait un bâtiment en béton qui fait aujourd’hui l’objet d’une reconnaissance au même titre que les constructions du Havre après les bombardements.

https://culturebox.francetvinfo.fr/patrimoine/exposition-ces-architectes-francais-qui-ont-reconstruit-l-allemagne-280429

Surtout, Europe n°1 a innové avec des émissions originales. C’était le temps où un patron de radio pouvait embaucher un petit jeune sans diplôme qui se présentait et proposait du nouveau. Aujourd’hui, force est de constater que c’est le copinage qui donne un micro aux nouveaux qui cherchent surtout à se faire plaisir. Europe n°1 a été surnommée « radio-barricades » en Mai 68 pour sa couverture des événements, comme on disait. Elle avait déjà innové en proposant, pour la première fois, un flash d’informations toutes les heures pendant les événements d’Algérie, comme on disait. Flashes horaires dont la persistance est tout à fait incongrue à l’heure de l’info instantanée – sur le smartphone justement – et des radios d’info continue. Ensuite, chacun s’est aguerri pour imposer l’excellence en matière d’information audiovisuelle. Les professionnels débauchés par les télévisions privées ont accompagné l’évolution de la société. Un peu comme le Tour de France a vu disparaître les équipes des fabricants de vélos au profit des assureurs, de l’électroménager et autres marques sans rapport avec le sport. Les hésitations, les changements de direction, les changements de logo, de stratégie marquent l’état de la société française du moment. Aujourd’hui, l’innovation ne vient plus de l’audiovisuel, qui cherche surtout à gagner beaucoup d’argent en en dépensant le moins possible, mais des fameuses start-up dans les domaines les plus divers. L’audiovisuel réchauffe les plats, achète les séries US qui ont marché, débauche les vedettes en fin de saison en espérant qu’ils vont rapporter sans trop d’effort. Les radios se tirent la bourre pour passer le plus de publicité possible tout en faisant croire à l’auditeur qu’il propose une demi-heure sans pub dans les créneaux où il y a le moins d’auditeurs. C’est que, sur la pub, l’auditeur est bourré de contradictions. Il affecte de la détester mais écoute de préférence les radios où il y en a le plus : RTL, NRJ, Fun. On a moins entendu d’auditeurs se plaindre de la pub de marque qu’autrefois quand il y avait une publicité, somme toute, discrète. À l’époque, on aurait dit qu’on était envahi (invadé comme dirait M. Demorand). Point positif : Europe 1 pratique l’auto-dérision en passant des fausses pubs que l’auditeur est invité à repérer. C’est souvent fort drôle. Quoi qu’il en soit, Europe 1, incapable d’innover, est prisonnier de sa pub qu’il cherche à conserver pour simplement survivre alors même que c’est cette pub qui l’empêche de faire aussi bien qu’Inter en informations.

 

http://www.ozap.com/actu/europe-1-que-vaut-la-nouvelle-matinale-de-nikos-aliagas/565456

https://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20160718.OBS4866/europe-1-la-station-qui-a-bouscule-les-conventions.html

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Radios généralistes : saison 2018-19 - 2e partie

Donc les résultats d’audience montrent une progression d’Inter et même de France-Culture. Faut-il en déduire que les Français deviennent plus cultivés ? Disons plutôt qu’il est plus difficile de trouver des radios sans publicité . Quoi qu’il en soit, dès le lendemain matin de la publication, Inter annonce avec tambours et trompettes que nous sommes 3, 9 millions à écouter « la première matinale de France ». Qu’est-ce que ce sera quand il y en aura 4 millions ! Soyons sûrs qu’au même moment, RTL triomphait aussi avec la matinale de la première radio de France. Pas sûr que tout le monde notera la différence.

Pas grand chose à dire sur Inter qui a connu des turbulences avec la démission du PDG de Radio-France cet été. PDG qui n’a jamais été vraiment accepté mais qui a eu le mérite d’attirer l’attention sur la révolution technologique qui induit de nouvelles pratiques d’écoute. Nous en avons parlé, il y a longtemps. Donc, changement d’indicatif puisque c’est l’habitude à chaque changement de direction. Visiblement, ça ne dérange pas plus les auditeurs d’Inter qui se piquent d’être un peu plus éduqués que les autres et peu attachés à ces détails. Autre changement, le départ à la retraite de la réalisatrice Michèle Soulier a dû rebattre les cases et la nouvelle grille nous propose des noms connus à la réalisation d’émissions où ils ne figuraient pas. Là non plus, ça n’intéresse pas l’auditeur moyen.

De nouvelles voix depuis la rentrée dont celle de M. Pierre Haski pour « Géopolitique ». Pourquoi faire appel à une personnalité extérieure alors qu’on avait l’habitude d’entendre M. Frédéric Ancel ou M. Antony Bellanger et que les commentaires de M. Luc Lemonnier, le chef de service, sont toujours pertinents ? Sa chronique a le mérite d’attirer l’attention sur des événements lointains mais sans véritable analyse originale et puis, M. Haski confond Batista et Somoza (10 oct. 2018). Bien sûr, il arrive de se gourer mais quand même, Cuba et le Nicaragua n’ont pas le même enjeu pour les É-U. C’est regrettable d’entendre des nouvelles voix venues d’ailleurs plutôt que des promotions internes. Le service politique a été complètement remanié mais force est de constater que ça n’est pas convaincant. Toujours pour l’info, retour des titres de l’édition de 13 h à 12 h 30 après une disparition d’environ 40 ans … Le journal de 13h n’est plus la vitrine d’une radio. Tout se joue dans la matinale et, dans une bien moindre mesure, entre 18 h et 20 h.

« Les Lumières dans la Nuit » était le gros morceau de la rentrée, la seule vraie nouveauté aussi. Ben, c’est pas terrible. Ça tient pas ses promesses. On a lu, ici ou là, sans doute parce que c’était dans le dossier de presse, que ça s’inscrivait dans la lignée du Pop Club de José Artur. D’abord, c’est pas sympa pour M. Goumarre et son NRV, à l’heure du Pop. Ensuite, on en est loin. Ça sent l’improvisation alors que tout est préparé. On ne croit pas un instant au coup de fil en direct, surtout si c’est un enfant qui appelle pour dire qu’il peut pas dormir. Un enfant n’écoute pas Inter ni la radio en général, même quand il n’arrive pas à s’endormir. S’il ne dort pas, soit il est devant sa console, soit devant la TV. Sur le principe, le concept n’est pas nouveau. Il y a quelques années, Raphaël Mezrahi proposait à peu près la même chose : il recevait des invités de passage dans son appartement mais ça marchait et l’on y croyait et c’était drôle.

Sinon, ça devient lassant de le répéter mais la matinale de M. Delvaux, les samedi-dimanche ne correspond pas du tout à ce qu’on attend de la radio ces jours-là, surtout à l’heure du petit-déjeuner en famille. Le pire reste l’entrevue avec un troisième couteau de la politique, un de ces « back-benchers » (comme on dit à Londres), rare homme politique disponible ces jours-là et trop heureux de se faire connaître un peu. Ce qu’il dit ne sera repris par personne et s’il diffère un peu de son parti, il sera facile de le faire oublier. Tout ça pour ça ? Si M. Delvaux tient absolument à nous montrer son talent dans une entrevue, qu’il fasse venir un intellectuel quelconque qui a une actualité ou qui peut apporter un éclairage sur l’actualité ; un peu comme le faisait M. Cohen le vendredi. En attendant, on a droit à une coupure publicitaire au milieu de l’entrevue avant de passer à la question du seul auditeur qui a daigné téléphoner. Quelle question originale à poser à un inconnu qui vient de débiter son catéchisme ? Toujours dans la matinale des samedi-dimanche, on arrive même plus à entendre une chanson en entier, on n’arrive même pas à entendre un morceau de musique classique quelque peu significatif pour accompagner la chronique de Mme Sigalevitch qui a vite dérivé vers l’actualité de l’opéra. Et malgré tout ça, ils terminent toujours en retard. Oh, jamais de beaucoup, 15 à 20 secondes en général mais il paraît que c’est grave et ils perdent encore de précieuses secondes pour commenter leur retard de 15 secondes désormais dépassées. Europe 1 fait pareil en insistant sur « la matinale-info » à l’heure où l’on est saturé d’info et qu’on voudrait oublier un peu le temps de la fin de la semaine.

 

 

Pas grand chose à dire, donc, sur la rentrée d’Inter puisque les auditeurs semblent gober sans rechigner la publicité qui fait maintenant partie de la vie normale à l’antenne. Ainsi, Mme Sonia Devilers, dans son émission consacrée aux médias, a rappelé l’introduction de la publicité à la télévision pour la première fois, il y a 50 ans. Les personnes présentes dans le studio ont pouffé de rire en entendant le style de l’époque. Ça fait toujours son petit effet d’entendre les vieilles réclames de la radio et les premières publicités à la TV : « On a toujours besoin de petits pois chez soi ». On avait oublié ce slogan qui a pourtant eu un succès considérable. Elle précise que l’introduction était limitée à 8 mn et ne concernait que la publicité pour une corporation et pas pour une marque. Comme les sourires persistaient autour d’elle, elle a cru bon ajouter qu’il n’y a pas si longtemps que c’était encore le cas sur Inter avant d’exprimer son mépris pour la pub collective.On entendait sa satisfaction d’entendre enfin des vraies pubs sur la radio dite de service public. En effet, on a droit aux promos sur les voitures, les meubles suédois et il faudrait dire que c’est un progrès ? C’est qu’elle appartient à une génération qui a toujours vécu avec la publicité omniprésente et, finalement, demande juste à ce qu’elles ne soient pas ringardes, selon ses critères. Il est bien évident que si les producteurs trouvent tout à fait bien et tout à fait moderne d’être interrompus par la pub de marques et les promotions commerciales, la voix des auditeurs a peu de chances d’être entendue. D’ailleurs, l’émission avec la médiatrice est édifiante. C’est à croire, et c’est peut-être vrai, que les auditeurs s’attachent à un mot de travers prononcé par un journaliste et s’accommodent parfaitement de cette gangrène qu’est la publicité.

 

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Il y en a toujours mais forcément un grand regret dans la grille de cette année : la disparition de « L’Afrique enchantée ». Désormais, Soro Solo doit se contenter de deux rubriques, l’une dans l’émission cosmopolite de Mme Giulia Foïs, le samedi soir et l’autre, le lundi, dans le NRV de M. Goumarre.

 

Et puis, l’arrêt de la chronique de Frédéric Beigbeder devrait faire réfléchir. Voilà un type qui ne se la joue pas et qui a toujours eu le mérite de la franchise. Cette fois, suite à une énième chronique poussive, il jette l’éponge. Les autres devraient songer à en faire de même mais, surtout, la direction devrait renoncer à cette obstination à imposer des hâbleurs qui nous disent comment il convient de bien penser. Tous embauchés pour faire rire, pour faire office de soupape après la cocotte-minute de l’information, parfois lourde, ils ont vite dérivé vers la leçon de morale. Nous le citons à chaque fois mais c’est nécessaire : « N’oubliez jamais que ce qui est embêtant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres » signé Léo Ferré. Alors, leurs leçons qu’ils se les gardent !

 

Enfin, parlant de Léo Ferré, signalons une bizarrerie. Deux fois au cours de la première semaine d’octobre, Europe 1 et Inter invitent les mêmes artistes le même soir à quelques minutes d’intervalle D’abord, c’est Mme Émilie Mazoyer qui invite le chanteur Cali qui sort un disque de reprises de chansons de Léo Ferré. Par charité, nous n’insisterons pas sur le massacre mais il se trouvait dans les studio d’Europe 1 jusqu’à 21 h avant de rejoindre la Maison Ronde dès 22 h pour poursuivre le massacre chez Laurent Groumart. Samedi, encore plus fort. L’acteur Jean-Marc Barr termine la très bonne session d’information de M. Philippe Vandel un peu avant 20 h et le voilà qui, peu avant 20 h 10, se trouve dans l’émission de Mme Julia Foïs dont nous ne dirons jamais assez de bien. Comment a-t-il fait ? En fait, en écoutant attentivement, on comprend que son émission n’est jamais en direct. Donc, il doit y avoir des coupures, notamment au moment de déguster les plats préparés pendant les entrevues. Concernant le NRV, M. Goumarre, après avoir annoncé fièrement qu’il est en tête des audiences, toutes radios confondues, indique qu’on peut écouter son émission dès 18 h. Donc, non seulement elle n’est pas en direct mais, en plus, il incite à ne pas écouter sa consœur entre 18 h et 20 h mais lui-même. Nous avons, il y a quelques années, annoncé de nouvelles écoutes de la radio mais nous pouvons regretter qu’un plateau enregistré vraisemblablement dans l’après-midi ou selon la disponibilité de l’invité principal, n’offre pas la même atmosphère qu’un plateau nocturne. Même si l’on ne peut pas refaire le Pop Club – émission innovante à l’époque de sa création – on pourrait au moins espérer cette ambiance intimiste que permet la nuit. Malgré cette concurrence interne, Mme Fabienne Sintes annonce aussi qu’elle est en tête de toutes les radios pendant sa tranche horaire et c’est justice. Juste un mot pour saluer la chronique « Le monde à l’envers » de M. Jean-Marc Four, créateur de l’inoubliable « Et pourtant elle tourne », il y a quelques années et reprise après le départ du très parisianiste Philippe Val avec l’émission que nous connaissons aujourd’hui. En quelques minutes, celui qui occupe maintenant un poste de cadre à la direction de Radio-France, décrypte un événement et c’est drôlement salutaire.

 

Reste que si nous avons consacré de la place à Europe 1, c’est que la station a marqué profondément l’histoire des médias audiovisuels avec ses émissions innovantes et ses animateurs et ses journalistes dont on se souvient encore. La radio d’aujourd’hui n’innove plus. Tout n’est que la déclinaison de ce qu’avaient pu faire Europe n°1, donc ou Yves Mourousi qui présentait son journal parlé en dehors de son petit studio et en intercalant des variétés, de la culture de qualité entre les informations. En dehors des radios généralistes qui ronronnent, les autres proposent de la pub entrecoupée de musique, parfois de blagues à deux sous ou de grossièretés, et la parlote. Dans le genre on a le choix entre les communautés et les associations où règne le copinage. France Bleu excelle dans les anecdotes, les recettes de cuisine et les petites annonces. C’est la radio des femmes au foyer. Sans doute que les jeunes générations ne se précipitent plus sur leur radio (quelle que soit la manière de l’écouter) après les cours mais sur leurs smartphones pour voir qui leur a envoyé un texto. La radio n’est plus essentielle. Alors, c’est l’œuf et la poule. Est-ce parce que la radio est moins intéressante, paraît de plus en plus comme un support indigent, sans image (malgré les caméras dans les studios) avec peu de possibilités d’interagir, malgré les « tweets » ? Ou bien, est-ce que le public boude un support sans image et sans interaction ? Il est frappant de constater que les réseaux sociaux reprennent les vidéos des chroniques (dont celle de Constance) mais que le reste, si intéressant soit-il, passe à la trappe. La radio ne fait plus rêver.

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15 novembre 2018

femmes, laïcité et principaux combats

Une internaute vient de m’envoyer un mot à propos d’un article précédent consacré à la laïcité.

Je le reproduis après celui-ci qui me permet de faire le point sur la situation actuelle. Des problèmes d’informatique ne me permettent pas de citer les liens qui appuient mes argumentations, ainsi que je le fais habituellement. L’opération devient fastidieuse au possible et prend un temps considérable. De toute façon, seule compte la conclusion. Ceux qui sont d’accord font confiance dans les arguments mis en avant. Les autres, même si on leur propose les meilleures démonstrations persisteront. Ces ennuis – « mineurs » comme dirait Gainsbourg – ne m’ont pas permis de publier quelques articles dont un consacré aux élections de mi-mandat aux États-Unis. Sans importance car l’hebdomadaire Marianne y a consacré un petit dossier qui reprend l’essentiel de ce que je voulais dire à l’exception notoire de l’importance que les médias audiovisuels y ont consacré. Habituellement, ils en parlent mais, cette fois, ils ont déployé les même moyens que pour les présidentielles, comme s’ils espéraient puérilement que Trump allait démissionner.

L’article en question traite de la laïcité et cite le site des «Femmes solidaires ».
Une fête de la laïcité ?

 

En le relisant, je m’aperçois qu’il dépasse le cadre de la laïcité et des droits des femmes et qu’il reprend un peu toutes les valeurs que nous défendons ici. On y retrouve la solidarité entre les humains, indépendamment de leur origine ou de leur sexe, l’enseignement d’une Histoire chronologique des faits et non des commentaires imposés sur des événements sélectionnés, la défense des sans-abris.

Le féminisme occupe une place de choix dans ce blog. Le tag « femmes » reprend les articles entièrement consacrés à ce thème que le reste du blog défend à travers tous les sujets abordés. Je ne vois pas comment plus de la moitié de l’humanité pourrait être ignorée, mise à part ou, pire infériorisée alors qu’elle est présente, forcément, dans tous les espaces. Si les femmes ne sont pas toujours mentionnées, elles n’en sont pas pour autant ignorées.

 

Cet aparté me permet également de citer un propos que Michèle Dessenne a tient chaque fois qu’elle en a l’occasion. Elle ne manque jamais de rappeler qu’à partir du moment où l’on accepte que les femmes soient moins rémunérées que les hommes pour un même travail, on accepte toutes les autres injustices.

Or, cette injustice originelle est parfaitement tolérée dans toutes les sociétés, y compris les plus démocratiques, c’est à dire qui n’établissent pas, théoriquement, d’autre discrimination que celle fondée sur les qualités individuelles. Malgré tout, on se satisfait parfaitement de cet état de fait. Pourtant, l’égalité salariale donnerait un sacré coup de pouce au pouvoir d’achat et profiterait à l’économie tout entière. Il faut croire qu’il y a autre chose. Cela voudrait-il dire que la société essentiellement masculine, patriarcale comme on dit aujourd’hui, entend maintenir la moitié féminine de l’humanité en infériorité ? Cela voudrait-il dire qu’il existe un consensus inavoué pour le maintien de la supériorité masculine ? Cela voudrait-il dire que, finalement, les hommes (ou du moins ceux qui détiennent le pouvoir de décision) ont peur des femmes et d’une société nuancée par leurs préoccupations plutôt centrées sur la promotion de la vie ? Poser les questions revient à y répondre.

Sans doute vais-je m’attirer les foudres de celles que je prétends défendre, ainsi qu’exprimé à l’instant mais je dois constater que nombre de femmes s’accommodent de cette situation. Attention, la plupart essaient de faire contre mauvaise fortune bon cœur et n’ont pas le loisir de passer leur temps à revendiquer. N’empêche, quand elles en ont l’occasion, elles savent monter au créneau et rappellent à leur entourage qu’elles subissent, sans rien dire, des situations qui ne les satisfont pas. Après ces précautions, j’en viens à mon propos. Beaucoup de jeunes femmes sont tellement contentes de gagner leur vie, d’avoir leur propre argent, qu’elles acceptent des rémunérations inférieures dans la mesure où ça leur donne, quand même, l’indépendance. Combien ai-je vu de mes camarades étudiantes, abandonner leur études après avoir décroché un simple boulot d’été, voire un boulot d’étudiant alors qu’elles auraient pu prétendre poursuivre de brillantes études. Pourquoi faire ? L’essentiel était fait : gagner de l’argent puis espérer la promotion interne pour améliorer son salaire avec les années et les besoins qu’elles savent aller en augmentant dans la perspective d’une maternité. Il existe aussi des femmes qui trouvent bien que les hommes gagnent plus dans la mesure où ils sont censés apporter la protection au foyer ; le salaire féminin n’étant qu’un appoint. Bien sûr, c’est rarement exprimé aussi directement mais ça va dans le sens de ce consensus masculin inavoué dont je parlais et qui vise à maintenir les femmes en situation dominée.

Ensuite, il existe aussi des femmes, généralement parce qu’elles n’ont pas connu de graves problèmes matériels ou familiaux dans leur enfance ou leur jeunesse, qui foncent chaque fois qu’un combat sur les apparences est mené. Il est vrai que ce que les hommes considèrent comme des « apparences » fait, au contraire, l’objet de soins de la part de la gent féminine. Le curseur n’est pas placé au même endroit selon que l’on est femme ou homme. Le résultat c’est que pendant que des femmes dépensent de l’énergie à défendre des aspects secondaires, l’essentiel des inégalités demeure et que ces pseudos combats ne sont même pas un début de revendication pour l’essentiel qui est l’égalité des rémunérations, seul moyen d’une véritable indépendance et de la fin (ou du moins la fragilisation) de la supériorité masculine ou patriarcale. Ainsi, cette merveilleuse invention qu’est l’écriture dite inclusive plaît beaucoup dans certains milieux où les femmes connaissent moins l’inégalité des salaires. Par conséquent, elles peuvent s’y consacrer pleinement quand la plupart des autres aimeraient ne pas aller au boulot la boule au ventre en pensant aux sales plaisanteries, remarques qu’elles vont encore entendre toute la journée, tout ça pour un salaire de merde à la fin du mois. La société, masculine, patriarcale, sait parfaitement inventer des dérivatifs à la contestation. Les femmes ne manquent pas de se moquer des hommes qui suivent les matches de foot pendant lesquels ils sont aux abonnés absents pour tout mais, elles-mêmes ne reconnaissent plus personne devant les artifices que sont la mode ou « l’écriture inclusive ». Les hommes savent parfaitement encourager chez les femmes, ce que d'aucun appellent la féminité pour éviter d'avoir à affronter le féminisme. Et pendant que des femmes, celles les plus en vue, se consacrent à ces diversions, les vrais combats, ceux contre les inégalités fondées sur le genre, ne sont pas menés et, pire, nombre de conquêtes féminines sont maintenant remises en cause.

 

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Donc, voici le commentaire de l’article

Bonjour , 
J’ai pu voir que vous mentionniez femmes-solidaires.org sur votre page suivante : lanternediogene.canalblog.com/archives/2015/07/13/32341612.html

, et je tenais à partager avec vous ma gratitude concernant votre travail dans la promotion des femmes.
Je souhaitais juste vous suggérer de partager également un guide important sur la cybersécurité des femmes, qui a été récemment publié. Il a été écrit par des femmes pour des femmes, et donne les outils nécessaires pour se protéger en ligne. 
https://fr.vpnmentor.com/blog/le-guide-de-la-securite-internet-pour-les-femmes/

J’ai plutôt apprécié les conseils qu’ils donnent pour chaque situation ainsi que des actions concrètes. 
D’avance merci pour votre aide dans la protection des femmes en ligne 
Bien cordialement, 
Abella 

 

https://www.univ-lille.fr/actualites/detail-actualite/

Pour te donner 1 idée de mes difficultés informatiques, au moment d’écrire ces 3 lignes et de publier, ça fait 3/4 d’heures que je me débats pour mettre l’article en ligne.

10 novembre 2018

Dernier 11 novembre

Comme dans beaucoup de domaines, on gouverne sans prévoir. En l’occurrence, on n’a pas prévu le 11 novembre 2018, soit cent ans après la fin de la première guerre mondiale du siècle dernier. C’est simplement le 11 novembre de cette année avec juste un petit quelque chose. Pour le bicentenaire de la Révolution française, on nous a bassinés jusqu’à l’écœurement pour, finalement, déboucher sur une cérémonie grandiose et festive qui nous a fait oublier les épisodes du chemin.il Rappelons que pour le centenaire, il y avait eu une exposition universelle dont il reste la Tour Eiffel. Donc, à l’occasion de la deuxième grande fête républicaine de l’année, après le 14 juillet, on aurait dû prévoir un défilé grandiose, comme celui d’il y a 50 ans, exceptionnellement sur le Cours de Vincennes à Paris. Sur cette avenue qui ne fait jamais parler, à la limite du 12e et du très populaire 20e, cela avait encore plus d’allure, avec l’apothéose sur la place de la Nation où « Le triomphe de la République », groupe monumental sculpté dans l’atelier de Jules Dalou, clôt une autre perspective, plus modeste et à taille humaine comme ceux qu’on prétend honorer. On retiendra surtout le dernier défilé présidé par le Général De Gaulle et les troupes en costumes d’époque. Quand il s’agit de militaires, on parle d’uniformes.

Pourquoi refaire, pour le centenaire, un tel défilé en couleurs ? Simplement pour que ce soit le dernier. Il n’y a plus personne qui a vécu l’événement, même de très loin. Il n’y a plus d’électeur à flatter. Il n’y a plus de revanche à entretenir. Comme chantait Brassens, « Que vos filles et vos fils vont, la main dans la main/Faire l'amour ensemble et l'Europe de demain »  ; et c’est très bien ainsi. Dernier défilé commémorant la fin de la Grande Guerre mais on pourrait conserver la date pour en faire un journée du souvenir de tous les morts tombés en service commandé ; quoi qu’on pense de la décision d’envoyer des troupes à tel endroit et dans quel but.

Seulement, il ne s’agirait pas de faire une reconstitution historique. Il y a des lieux pour ça et les spectateurs sont contents du résultat. Il s’agirait encore moins de faire, comme il y a quatre ans, à l’occasion du centenaire de la bataille de la Marne, une attraction costumée où l’on se prend en photo devant des vieux taxis, si possible avec des enfants sur le capot. La guerre mondiale, la bataille de la Marne n’étaient pas des spectacles ni des moments à immortaliser pour la galerie. Que des collectionneurs retapent des vieux taxis de la Marne, se conçoit. Qu’ils poussent jusqu’à se grimer en chauffeurs de taxi et à inviter des potes à se déguiser en soldats passe encore mais la République et son Gouvernement n’ont pas vocation à transformer une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts en un carnaval subventionné. Si l’on veut rendre hommage aux soldats tombés, on se doit de les respecter et pas de dandiner sur leurs tombes.

 

Un défilé en uniformes d’époque devrait, au contraire, rappeler les cérémonies de l’époque où l’on se pressait pour admirer les belles livrées des troupes. Rappelons qu’au début du 20e siècle, un ministre de la Guerre (c’est comme ça que s’appelait alors le Ministère de la Défense), avait proposé de moderniser la tenue des soldats au combat et les troupes avaient défilé dans l’affreux vert-kaki que nous connaissons. Le public avait hué. Les tailleurs (on ne parlait pas encore de lobbies) avaient protesté et, devant le tollé, on était revenu aux tenues traditionnelles, hautes en couleurs. Les professeurs d’Histoire se gaussent, depuis, de ces soldats qu’on envoyait au front avec des pantalons rouges où ils constituaient des cibles bien visibles, même dans les brouillards de Champagne ou dans la fumée des explosions. Faire défiler des troupes en uniformes de 1914-1918 devrait amener à réfléchir sur les foules qui se massaient pour admirer, donc, ceux qui allaient reprendre l’Alsace et une partie de la Lorraine à l’ennemi et qui portaient si beau l’uniforme. Réfléchir sur le peu de cas que faisait l’opinion publique de la vie de ces jeunes hommes qui allaient connaître quatre ans de batailles incessantes. Réfléchir, plus prosaïquement, sur ces tenus pesantes qui rendaient les mouvements difficiles alors même que tous les déplacements s’effectuaient à pieds : pas de véhicules légers (seulement des moyens de transports de troupes), pas de blindés, encore moins d’avion de transport. Les chevaux étaient réservés aux officiers – et encore pas tous et pas tout le temps – qui, à l’époque, marchaient encore à la tête de leurs troupes, mais pas tous. Déjà les généraux restaient dans leurs PC.

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Ouvrons une parenthèse pour mentionner ce souvenir que rappelait Maurice Genevoix qui a beaucoup écrit sur cette guerre atroce et dont on annonce l’entrée au Panthéon. Alors qu’il commandait lui-même une section chargée d’une mission périlleuse, à son retour, il fait son rapport à son officier supérieur en mentionnant, notamment, les pertes subies par son détachement. « Que ça ! » a été la réponse de l’officier. À l’époque, on se montrait prodigue avec la vie des autres mais, les réactions au fiasco des premières batailles, dont celle, fameuse, dite du Chemin des Dames, a montré que l’on changeait d’époque. Du moins, on en parlait et, avec la diffusion de la presse, on ne pouvait plus l’ignorer. Reprendre l’Alsace et la Lorraine n’étaient pas des objectifs théoriques mais des réalités que, cette fois, toute la population connaissait. Marguerite Yourcenar s’interrogeait sur l’instinct maternel de ces femmes qui voulaient des fils pour reprendre l’Alsace et la Lorraine et celles qui se montraient fières d’avoir donné un fils pour la cause. Avec les progrès de l’instruction et de la diffusion des livres et des journaux, on ne pouvait plus parler de la guerre comme d’une épreuve sacrificielle nécessaire. On a commencé à parler de boucherie et chaque foyer a pleuré ses morts. Donc, pas de folklore autour des défilés ni de selfies.

 

Le Président de la République ne manque pas de dire qu’il va renouveler les pratiques et les institutions. Décider de faire un grand et beau défilé pour rendre hommage aux morts de la Grande Guerre et de transformer ce jour férié d’automne en une journée du souvenir des morts de toutes les opérations militaires auraient eu une portée symbolique qui aurait vraiment tourné une page de notre Histoire. Au lieu de cela, il préfère se rendre dans sa région natale comme un élu local qui préside une cérémonie dans sa circonscription, parmi ses électeurs et ses amis. Nous aurons donc d’autres défilés du 11 novembre, d’autres cérémonies devant les monuments aux morts des 36 000 communes, avec des discours d’élus, ressassés et invariables. Ce n’est pas respecter la mémoire de ceux qui sont tombés et de ceux qui ont été atrocement mutilés par ces combats d’autrefois.

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