la lanterne de diogène

07 janvier 2017

Marre de la pub sur France-Inter

Donc, les résultats de l’audience des radios encourage toujours plus la direction d’Inter dans ses choix. Rappelons nos réticences sur ces résultats dans la mesure où, à chaque période, toutes les audiences progressent comme si le nombre d’auditeurs était, comme l’univers, en expansion constante. Réticences encore quand sont considérées comme « généralistes » des radios aussi différentes que RTL, NRJ, Europe 1, Inter, France-Info, RMC, France-Bleu. On compare ce qui n’est pas comparable. Toutes ces radios ne jouent pas sur le même terrain ni dans la même catégorie. En fait, ces audiences ne servent qu’aux annonceurs pour qu’ils sachent où investir et aux radios privées à fixer leurs tarifs.

La publicité est la nouveauté sur Inter qui nous l’épargnait et conservait ainsi un contingent d’auditeurs que les interruptions publicitaires insupportent. Jusqu’à une date récente on n’avait que la publicité de groupements, comme pour la chicorée ou pour des producteurs, comme les aviculteurs. Remarquons que lorsque les poulets ont fait leur apparition avec parfois des chansons et les inévitables slogans pour vanter la qualités des volailles, des gens comme M. Patrice Bertin qui présentait le journal de 19 h ne se gênait pas pour faire connaître sa mauvaise humeur. Aujourd’hui, aucun journaliste, aucun animateur ne se risque à faire le moindre commentaire. Saluons donc les auditeurs qui profitent de leur passage au «  Téléphone sonne » pour dire qu’ils en ont marre du matraquage publicitaire sur Inter. L’animateur ne bronche pas mais on sent qu’il approuve. Comme disait autrefois ce grand professionnel (quelque peu malmené dernièrement) : « à la radio, même le silence veut dire quelque chose ». À tous ceux qui agitent le spectre (c’est le cas de le dire) de la censure politique qui sévirait dans les médias et notamment les médias contrôlés par l’État, il faudrait leur dire que le monde a changé et qu’ils serait temps qu’ils se mettent à la page. Depuis au moins trente ans, la censure qui sévit dans les médias est d’ordre économique. Observons que cela touche à présent les médias détenus par l’État qui gardaient une certaine indépendance. Visiblement, il y a au moins autocensure mais parions que ceux qui parlent au micro ont été priés de ne pas faire de commentaire sur la pub à l’antenne.

Quand donc les dirigeants d’Inter se rendront-ils compte que la plupart des auditeurs ne restent à l’écoute que pour ne pas subir la pub ? Ils ne sont pas près de comprendre que l’auditeur sur son smartphone, s’il est respectable, n’est pas tout à fait le même que l’auditeur qui écoute une émission en entier ou qui pratique la ré-écoute. Cet auditeur n’écoute pas France-Inter : il écoute son chroniqueur favori et se moque comme d’une guigne de ce qu’il y a autour. On avait pourtant vu l’illustration à grande échelle de cette nouvelle tendance au moment de l’affaire Stéphane Guillon. Les commentaires sur les réseaux sociaux et autres montraient parfaitement que les soutiens de Guillon ne connaissaient pas Inter et s’en prenaient juste à sa direction parce qu’elle était coupable de les priver de leur humoriste préféré. Quelques uns feignaient d’y voir une censure politique en développant un raisonnement alambiqué. Aujourd’hui, la directrice se vante des nouvelles pratiques d’écoute de sa radio mais n’en mesure pas toute la signification. On comprend aussi que ce ne sont pas ces « auditeurs » qui vont protester contre les publicités de marque puisqu’ils n’écoutent que leur petite chronique pour entendre dire quelques méchancetés sur des personnalités en vue.

 

En fait, la publicité finit par s’imposer. Les poulets agaçaient et ont fini par faire partie du paysage radiophonique, surtout à l’approche des fêtes. On y a ajouté des nouvelles traditions comme « le veau de Pentecôte » ou « le foie-gras de la saint-Martin ». Et ça passe. Ça passe, tant que la pub est sobre. On se souvient aussi que les mini-sketches de Chevalier et Laspalès pour une mutuelle ne passaient pas du tout. C’est le pari de M. Gallet : les auditeurs finiront pas s’y faire, d’autant plus qu’ils n’auront pas le choix. Voir ! Si l’on écoute avec son poste de radio, si l’on écoute de plus en plus des bribes de programmes sur son smartphone, on écoute aussi, de plus en plus, la radio sur son ordinateur. Mme Bloch s’en réjouit et proclame qu’elle bat tous le records d’écoute en podchargement. Dont acte, mais l’auditeur qui sait manipuler l’ordinateur pour ré-écouter ou écouter en différé une émission sait aussi trouver les radios alternatives qui n’ont pas l’autorisation d’émettre sur les ondes. Quelques auditeurs sont déjà partis écouter M. Daniel Mermet. D’autres ne manqueront pas de rejoindre des journalistes ou des animateurs qui ne veulent plus travailler sur une radio qui ressemble de plus en plus aux autres.

L’argent de la redevance ne pourrait-il pas être mieux employé ? Quand on voit comment Radio-France et France-Télévision s’ingénient à contourner les règlements qui leur imposent de ne pas passer trop de publicité, comment ils obligent leurs producteurs à aller chercher eux-mêmes le financement de leurs émissions dans le privé, on peut, on doit poser la question. On peut parier, hélas, qu’il y aura une crise plus grave d’ici peu, ainsi qu’un restructuration avec fusion de rédactions et donc licenciements. L’ultralibéralisme qui impose aux formations politiques de gouvernement la politique unique de « faire des économies » traduite par « faire des réformes », tue, petit à petit, tout ce qui constituait les fleurons de la France. Les trains n’arrivent plus à l’heure et France-Inter ressemble de plus en plus à Europe 1. Quand les prochaines restrictions budgétaires doublées par le clientélisme qui fera baisser la redevance audiovisuelle, imposeront des coupes claires dans les budgets de France-Télévision et de Radio-France, l’antenne d’Inter sera envahie par la pub, comme ses consœurs. Dès lors, nombre d’auditeurs n’auront plus aucune raison d’écouter Inter et l’audience se fera surtout à partir des podchargements et des chroniques sur smartphone. La direction de Radio-France serait bien inspirée de regarder comment l’opinion publique évolue ces dernières années au lieu de miser sur la résignation des masses. Les derniers événements politiques, tant en France qu’à l’étranger, montre que les sondages et autres enquêtes d’opinion sont une chose mais que, de moins en moins de gens se déterminent en fonction du succès d’estime. Bien sûr, la direction peut aussi choisir de faire comme les Gouvernements après le référendum de 2005 : s’étonner du résultat contraire aux enquêtes puis faire comme si de rien n’était. Fort bien mais alors, tout le monde comprendra au service de qui est la direction de Radio-France.

 

 

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30 décembre 2016

Dehors, les sans-abris !

Ils y sont déjà ? Alors, comment s'en débarrasser ?

On pourrait croire qu'être sans abri, être dehors jour et nuit, tous les jours, quelque soit le temps et température, c'est déjà beaucoup. C'est énorme. Il faut croire que ça n'est pas assez puisque tout est fait pour que les sans-abris n'aient même pas une place pour se poser. À Paris et dans toutes les grandes villes de notre beau pays, on s'ingénie à les traquer, à les chasser, à les empêcher d'approcher. Bref, à les empêcher de vivre ou, plutôt, de survivre. Dès le milieu des années 1970, on a supprimé les banquettes sur les quais du métro pour les remplacer par des sièges individuels, bien creux au niveau de l'assise et bien séparés les uns des autres. Ainsi, pas de danger qu'un clodo (comme on disait à l'époque) ne comble le creux et le vide avec des haillons et de cartons. Et puis, ça passe bien auprès du public : voyez, la RATP pense à votre confort ! Peu importe que le nombre de place offerte soit moindre puisque, de toute façon, les Parisiens utilisent peu ces sièges et préfèrent rester debout, même si l'attente est longue, de peur de ne pas être premier à monter dans la rame et devoir attendre la suivante. Ensuite, la société JCDecaux qui a remporté le marché des abri-bus a inventé des banquettes trop petites, trop étroites, pour qu'on puisse songer à s'allonger. Avec l'explosion du nombre de « nouveaux pauvres » – comme on les a appelés au début des années 1980 – il fallait trouver autre chose. L'imagination est débordante. C'est quand même dans les années 1990 et le début de ce siècle que les choses ont évolué le plus. Ainsi, les bords des magasins, souvent légèrement au-dessus du niveau du sol, ont commencé à s'orner de picots pour empêcher l'assise ou même simplement la pose d'un pied pour attacher ses chaussures. La société JCDecaux a proposé un nouveau modèle d'arrêts de bus équipé d'électronique pour renseigner sur l'attente, notamment. Les banquettes sont pourvues d'accoudoir. Les cloisons de verre sont suffisamment hautes pour qu'on ne puisse pas poser un carton pour s'abriter du vent et, quand même, s'allonger par terre mais un tout petit peu à l'abri. L'équipementier a fait tant et si bien (ou tant et si mal plutôt) que ces nouveau abri-bus ne protègent pas de la pluie et, bien sûr, pas du vent non plus qui vient glacer les mollets. Tout ça dans l'intention d'empêcher les sans-abris de trouver un maigre et très insuffisant refuge dans les abri-bus. Des millions dépensés pour changer tous les abri-bus de la RATP en pure perte puisqu'ils ne font pas leur office. Quand on voit à quel point on est serré dans les transports en commun, pour ainsi dire à n'importe quel moment de la journée, quand on sait que la Ville de Paris fait tout pour inciter à les prendre, on ne comprend pas, alors qu'il faut faire des choix budgétaires, qu'on investisse autant pour chasser les sans-abris, comme si c'était la priorité. On a créé, à Paris, une pudique brigade de police municipale chargée des incivilités. On a annoncé des sanctions dont on comprend vite qu'elles visent surtout les malheureux sans-abris. Des exemples : mendicité dans les rames de métro, rester dans la rame au terminus (les sans-abris s'endorment et restent des heures, parfois dans la même rame), chanteurs, voyager sans ticket.

On croyait qu'avec tout ça, avec la suppression des bancs publics ou leur remplacement par des banquettes pourvues d'accoudoirs afin d'empêcher de s'allonger, on était parvenu au summum de la lutte contre les réprouvés. Nenni ! La société qui exploite les autolib électriques avait mis des édicules fermés à la disposition des clients afin de leur permettre de sortir leur carte de crédit, de suivre les instructions sur un écran, à l'abri des intempéries. Seulement, on s'est rendu compte que des malheureux avaient trouvé l'édicule à leur goût : bien fermé, à l'abri de la pluie et du vent, suffisamment longs, ils pouvaient prétendre s'allonger et passer une nuit à peine dérangés par le peu de clients utilisant ces voitures électriques en dehors des journées. Il est vrai qu'il y avait de l'abus : certains y laissaient leurs pauvres affaires toute la journée avant de les retrouver le soir. D'autres avaient même trouvé des sortes de matelas qu'ils laissaient dépliés toute la journée. Intolérable, n'est-il pas ! Et l’odeur ! Cette société (filiale de Bolloré) a donc décidé de supprimer les cloisons et les portes en verre. Encore une astuce qui ne marche plus pour ces malheureux. À chaque nouvelle trouvaille pour compliquer la vie (la survie en fait) des sans-abris, on se demande quelle sera la prochaine. On se demande ce qui va sortir du cerveau de quelques uns pour embêter un peu plus les malheureux, toujours plus nombreux.

Il faut quand même imaginer qu'il existe des humains qui demandent à d'autres humains de trouver des solutions pour éliminer physiquement les sans-abris. Il faut imaginer que les seconds utilisent leur intelligence pour en trouver. Essayons d'imaginer leurs pensées. « Comment les empêcher de s’asseoir, comment les empêcher de s'allonger, comment les empêcher de s'approcher ? ». Et ils passent des heures, des journées entières, mobilisés par cet objectif. La plupart n'y parviennent pas mais il suffit d'1 seul, un peu plus vicieux, un peu plus salopard que les autres pour trouver LA solution anti sans-abris. Imaginons leur conversation dans les transports en rentrant le soir ou au bistrot au moment de la pause. « Tu sais quoi ? J'ai trouvé le moyen d'empêcher les sans-abris de s'assoir ! Wow ! Pas possible, comment t'as fait ? ». Ou bien, de retour à la maison le soir, à leur conjoint(e) et devant leurs enfants : « Tu sais quoi ? J'ai trouvé le moyen d'empêcher les sans-abris de s'assoir ! » Réponse : « Oh, mon chéri, c'est formidable. Je suis fièr(e) de toi ! ». Et les enfant : « Bravo papa/maman ! On a les parents les plus extraordinaires du monde ». L'Histoire a retenu le nom du préfet Poubelle qui a inventé les réceptacles destinés à collecter les ordures mais ne retiendra pas le noms de ces ordures qui gagnent leur vie à contrarier la survie des plus faibles. Il y a une certaine justice. Maigre consolation.

DSC04756

Malgré tout, au hasard de flâneries, de perte de son chemin, loin des passages, on trouve des sans-abris isolés, ceux qui ont repéré un coin où on leur fiche la paix et où ils peuvent organiser leur galère, leur survie. On peut voir une tente qui échappe à la vigilance des autorités. Ça peut être aussi un amas de broques qui servent de pauvre refuge. Il faut rendre hommage aussi, à ces riverains, parfois des commerçants, qui apportent une aide ou une bienveillance, une protection.

 

Certains diront que ces propos sont démagogiques. Ce sont tous ceux qui sont formatés par le discours dominant. Qu'importe, ils ont l'impression d'être intelligents parce qu'ils se montrent sans cœur, sans le moindre élan de solidarité. Laisser parler son cœur, c’est bon pour les enfants et pour ces utopistes qui font métier d’aider les autres. Ce sont aussi tous ceux qui disent : « Quand on veut, on peut. Moi aussi, j'ai etc. et je m'en suis sorti, alors, il faut pas me raconter d'histoire ». Nous avons tous entendu de tels propos. Qu'importe : la priorité, c'est d'en finir avec la pauvreté qui s'étend dans les pays les plus riches du monde ou plutôt avec les pauvres. La priorité, c'est de loger des dizaines de milliers de personnes. Il faut enfin décider de réquisitionner en rassurant les petits propriétaires. On ne doit pas s'en prendre à ceux qui ont mis de côté pour assurer leurs vieillesse. Il y a des centaines d'appartements vides, d'immeubles, même. Le pire, ce sont les bureaux. On en construit toujours plus alors qu'il y en a tant qui sont vides. Tout ça pour organiser la pénurie et maintenir les cours immobiliers. Des sociétés changent de locaux sans arrêt pour payer un peu moins d'impôt là, plutôt qu'ici. Ils appartiennent à des assureurs, des banquiers, des sociétés. Les sans-abris et les mal-logés coûtent cher. Des réfugiés ou autres habitent des hôtels meublés aux frais des autorités. Les sans-abris ne consomment pas. Ils ne paient pas de taxe. Ils ne font pas tourner la machine. Il est vrai que tant que ceux qui ont un emploi plus ou moins assuré suffisent pour faire tourner la machine, il n'y a pas de raison d'augmenter les salaires ni de construire pour les mal-logés et les pas logés du tout. Dans notre monde « post-démocratique », tout ça n'a aucun poids. Le pire, c'est ce système qui nous rend indifférents, peureux, résignés et, pour tout dire, mauvais. Avec autant de sans-abris et de mal logés, il devrait y avoir des émeutes car il est insupportable de vivre en sachant cela.

 

DSC04774

Dans ce contexte, il faut féliciter France-Inter d'avoir consacré une journée entière aux sans-abris peu avant Noël. L'opération était menée avec « Les Enfants du canal », association qui prend la suite des « Enfants de don Quichotte » de M. Augustin LEGRAND. Il était invité et sa colère est intacte, dix ans après. Sa colère rappelle les saintes colères de l'Abbé-Pierre, apprécié par les médias tant qu'il assurait le spectacle. On savait que sa silhouette frêle, sa barbe prophétique, sa soutane et son béret amenaient de l'audience. Son successeur, le Professeur Jacquard n'avait pas cette aura médiatique. L'Abbé-Pierre le savait et en jouait. On ne pouvait pas ignorer ses interventions. On a fini par trouver le moyen de ne plus avoir mauvaise conscience en l'accusant d'antisémitisme quand il a payé de sa personne pour sauver des juifs au péril de sa vie.

 

https://www.franceinter.fr/info/restez-a-l-ecoute-une-action-de-solidarite-mercredi-21-decembre-place-de-la-republique-a-paris

 

M. Augustin Legrand n'a pas cette aura non plus. Il a amusé la galerie mais il ne faudrait pas qu'il fasse la morale dans les médias. Quoi qu'il en soit, France-Inter s'est honorée ce jour-là. Bien sûr, on a compris qu'à la fin du« Téléphone sonne », une voix s'est élevée qui n'a pas pu être entendue. Il y a un tel besoin de prise de parole qu'il est difficile d'entendre tout le monde. Le pire, semble surtout atteint par France 3 qui à 19h a évoqué la journée sur « la radio France-Inter » (comme si c'était une petite radio associative) et à parlé « d'une association », mais sans mentionner son nom, qui a offert des radios à dynamo aux sans-abris isolés.

 

Comment expliquer, avec tous ces gens qui sont conscients du problème, qui sont sensibles, qui s’engagent, parfois, que le problème perdure depuis maintenant une trentaine d’années ? Comment expliquer tant d’investissements pharaoniques dans des domaines contestables ou de pur prestige quand des dizaines de milliers de personnes, dans les pays les plus riches, dorment, vivent, mangent dans la rue ? Ne voit-on pas qu’une dépense de prestige est aussitôt annulée par la vue d’un seul malheureux gisant sur le trottoir ? En fait, maintenir un fort contingent de sans-abris garantit la paix sociale. Tout le monde sait qu’il suffit d’un rien, de la perte d’un emploi, d’un divorce, d’un deuil, pour que tout bascule. On perd son logement et, à partir de là, tout se précipite pour atterrir dans la rue. La vue quotidienne des sans-abris rappelle à chacun qu’il doit se contenter de son salaire qui n’augmente pas (pas d’inflation n’est-ce pas), de son boulot de merde, de ses collègues qui vous dénoncent parce que vous avez oublié un document sur la photocopieuse, de ses chefs qui vous adressent des remarques désobligeantes. Les femmes, obligées d’accepter des boulots contraignants, des temps partiels pour pouvoir s’occuper des enfants, les femmes qui se bourrent de cachetons pour supporter les remarques désobligeantes sur leur physique, leur sexualité supposée. Tout ça, c’est la réalité quotidienne de la classe moyenne. Tout ça n’est possible que parce qu’il n’y a pas de plein emploi (et encore considère-t-on, à présent, que le plein-emploi c’est 5 % de chômeurs) et qu’on ne peut pas changer de boulot comme on veut. Maintenir les contingents de sans-abris, c’est maintenir un système dont tout montre qu’il est à bout de souffle.

29 décembre 2016

PIERRE BAROUH

SARAVAH !

 

 

Être heureux, c'est plus ou moins ce qu'on cherche

 

saravah

http://www.paroles.net/pierre-barouh/paroles-samba-saravah

http://www.saravah.fr/videos-dvd/saravah,1113

 

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Dehors, les sans-abris !

Ils y sont déjà ? Alors, comment s'en débarrasser ?

On pourrait croire qu'être sans abri, être dehors jour et nuit, tous les jours, quelque soit le temps et température, c'est déjà beaucoup. C'est énorme. Il faut croire que ça n'est pas assez puisque tout est fait pour que les sans-abris n'aient même pas une place pour se poser. À Paris et dans toutes les grandes villes de notre beau pays, on s'ingénie à les traquer, à les chasser, à les empêcher d'approcher. Bref, à les empêcher de vivre ou, plutôt, de survivre. Dès le milieu des années 1970, on a supprimé les banquettes sur les quais du métro pour les remplacer par des sièges individuels, bien creux au niveau de l'assise et bien séparés les uns des autres. Ainsi, pas de danger qu'un clodo (comme on disait à l'époque) ne comble le creux et le vide avec des haillons et de cartons. Et puis, ça passe bien auprès du public : voyez, la RATP pense à votre confort ! Peu importe que le nombre de place offerte soit moindre puisque, de toute façon, les Parisiens utilisent peu ces sièges et préfèrent rester debout, même si l'attente est longue, de peur de ne pas être premier à monter dans la rame et devoir attendre la suivante. Ensuite, la société JCDecaux qui a remporté le marché des abri-bus a inventé des banquettes trop petites, trop étroites, pour qu'on puisse songer à s'allonger. Avec l'explosion du nombre de « nouveaux pauvres » – comme on les a appelés au début des années 1980 – il fallait trouver autre chose. L'imagination est débordante. C'est quand même dans les années 1990 et le début de ce siècle que les choses ont évolué le plus. Ainsi, les bords des magasins, souvent légèrement au-dessus du niveau du sol, ont commencé à s'orner de picots pour empêcher l'assise ou même simplement la pose d'un pied pour attacher ses chaussures. La société JCDecaux a proposé un nouveau modèle d'arrêts de bus équipé d'électronique pour renseigner sur l'attente, notamment. Les banquettes sont pourvues d'accoudoir. Les cloisons de verre sont suffisamment hautes pour qu'on ne puisse pas poser un carton pour s'abriter du vent et, quand même, s'allonger par terre mais un tout petit peu à l'abri. L'équipementier a fait tant et si bien (ou tant et si mal plutôt) que ces nouveau abri-bus ne protègent pas de la pluie et, bien sûr, pas du vent non plus qui vient glacer les mollets. Tout ça dans l'intention d'empêcher les sans-abris de trouver un maigre et très insuffisant refuge dans les abri-bus. Des millions dépensés pour changer tous les abri-bus de la RATP en pure perte puisqu'ils ne font pas leur office. Quand on voit à quel point on est serré dans les transports en commun, pour ainsi dire à n'importe quel moment de la journée, quand on sait que la Ville de Paris fait tout pour inciter à les prendre, on ne comprend pas, alors qu'il faut faire des choix budgétaires, qu'on investisse autant pour chasser les sans-abris, comme si c'était la priorité. On a créé, à Paris, une pudique brigade de police municipale chargée des incivilités. On a annoncé des sanctions dont on comprend vite qu'elles visent surtout les malheureux sans-abris. Des exemples : mendicité dans les rames de métro, rester dans la rame au terminus (les sans-abris s'endorment et restent des heures, parfois dans la même rame), chanteurs, voyager sans ticket.

 

On croyait qu'avec tout ça, avec la suppression des bancs publics ou leur remplacement par des banquettes pourvues d'accoudoirs afin d'empêcher de s'allonger, on était parvenu au summum de la lutte contre les réprouvés. Nenni ! La société qui exploite les autolib électriques avait mis des édicules fermés à la disposition des clients afin de leur permettre de sortir leur carte de crédit, de suivre les instructions sur un écran, à l'abri des intempéries. Seulement, on s'est rendu compte que des malheureux avaient trouvé l'édicule à leur goût : bien fermé, à l'abri de la pluie et du vent, suffisamment longs, ils pouvaient prétendre s'allonger et passer une nuit à peine dérangés par le peu de clients utilisant ces voitures électriques en dehors des journées. Il est vrai qu'il y avait de l'abus : certains y laissaient leurs pauvres affaires toute la journée avant de les retrouver le soir. D'autres avaient même trouvé des sortes de matelas qu'ils laissaient dépliés toute la journée. Intolérable, n'est-il pas ! Et l’odeur ! Cette société (filiale de Bolloré) a donc décidé de supprimer les cloisons et les portes en verre. Encore une astuce qui ne marche plus pour ces malheureux. À chaque nouvelle trouvaille pour compliquer la vie (la survie en fait) des sans-abris, on se demande quelle sera la prochaine. On se demande ce qui va sortir du cerveau de quelques uns pour embêter un peu plus les malheureux, toujours plus nombreux.

Il faut quand même imaginer qu'il existe des humains qui demandent à d'autres humains de trouver des solutions pour éliminer physiquement les sans-abris. Il faut imaginer que les seconds utilisent leur intelligence pour en trouver. Essayons d'imaginer leurs pensées. « Comment les empêcher de s’asseoir, comment les empêcher de s'allonger, comment les empêcher de s'approcher ? ». Et ils passent des heures, des journées entières, mobilisés par cet objectif. La plupart n'y parviennent pas mais il suffit d'1 seul, un peu plus vicieux, un peu plus salopard que les autres pour trouver LA solution anti sans-abris. Imaginons leur conversation dans les transports en rentrant le soir ou au bistrot au moment de la pause. « Tu sais quoi ? J'ai trouvé le moyen d'empêcher les sans-abris de s'assoir ! Wow ! Pas possible, comment t'as fait ? ». Ou bien, de retour à la maison le soir, à leur conjoint(e) et devant leurs enfants : « Tu sais quoi ? J'ai trouvé le moyen d'empêcher les sans-abris de s'assoir ! » Réponse : « Oh, mon chéri, c'est formidable. Je suis fièr(e) de toi ! ». Et les enfant : « Bravo papa/maman ! On a les parents les plus extraordinaires du monde ». L'Histoire a retenu le nom du préfet Poubelle qui a inventé les réceptacles destinés à collecter les ordures mais ne retiendra pas le noms de ces ordures qui gagnent leur vie à contrarier la survie des plus faibles. Il y a une certaine justice. Maigre consolation.

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Malgré tout, au hasard de flâneries, de perte de son chemin, loin des passages, on trouve des sans-abris isolés, ceux qui ont repéré un coin où on leur fiche la paix et où ils peuvent organiser leur galère, leur survie. On peut voir une tente qui échappe à la vigilance des autorités. Ça peut être aussi un amas de broques qui servent de pauvre refuge. Il faut rendre hommage aussi, à ces riverains, parfois des commerçants, qui apportent une aide ou une bienveillance, une protection.

Certains diront que ces propos sont démagogiques. Ce sont tous ceux qui sont formatés par le discours dominant. Qu'importe, ils ont l'impression d'être intelligents parce qu'ils se montrent sans cœur, sans le moindre élan de solidarité. Laisser parler son cœur, c’est bon pour les enfants et pour ces utopistes qui font métier d’aider les autres. Ce sont aussi tous ceux qui disent : « Quand on veut, on peut. Moi aussi, j'ai etc. et je m'en suis sorti, alors, il faut pas me raconter d'histoire ». Nous avons tous entendu de tels propos. Qu'importe : la priorité, c'est d'en finir avec la pauvreté qui s'étend dans les pays les plus riches du monde ou plutôt avec les pauvres. La priorité, c'est de loger des dizaines de milliers de personnes. Il faut enfin décider de réquisitionner en rassurant les petits propriétaires. On ne doit pas s'en prendre à ceux qui ont mis de côté pour assurer leurs vieillesse. Il y a des centaines d'appartements vides, d'immeubles, même. Le pire, ce sont les bureaux. On en construit toujours plus alors qu'il y en a tant qui sont vides. Tout ça pour organiser la pénurie et maintenir les cours immobiliers. Des sociétés changent de locaux sans arrêt pour payer un peu moins d'impôt là, plutôt qu'ici. Ils appartiennent à des assureurs, des banquiers, des sociétés. Les sans-abris et les mal-logés coûtent cher. Des réfugiés ou autres habitent des hôtels meublés aux frais des autorités. Les sans-abris ne consomment pas. Ils ne paient pas de taxe. Ils ne font pas tourner la machine. Il est vrai que tant que ceux qui ont un emploi plus ou moins assuré suffisent pour faire tourner la machine, il n'y a pas de raison d'augmenter les salaires ni de construire pour les mal-logés et les pas logés du tout. Dans notre monde « post-démocratique », tout ça n'a aucun poids. Le pire, c'est ce système qui nous rend indifférents, peureux, résignés et, pour tout dire, mauvais. Avec autant de sans-abris et de mal logés, il devrait y avoir des émeutes car il est insupportable de vivre en sachant cela.

 

Dans ce contexte, il faut féliciter France-Inter d'avoir consacré une journée entière aux sans-abris peu avant Noël. L'opération était menée avec « Les Enfants du canal », association qui prend la suite des « Enfants de don Quichotte » de M. Augustin LEGRAND. Il était invité et sa colère est intacte, dix ans après. Sa colère rappelle les saintes colères de l'Abbé-Pierre, apprécié par les médias tant qu'il assurait le spectacle. On savait que sa silhouette frêle, sa barbe prophétique, sa soutane et son béret amenaient de l'audience. Son successeur, le Professeur Jacquard n'avait pas cette aura médiatique. L'Abbé-Pierre le savait et en jouait. On ne pouvait pas ignorer ses interventions. On a fini par trouver le moyen de ne plus avoir mauvaise conscience en l'accusant d'antisémitisme quand il a payé de sa personne pour sauver des juifs au péril de sa vie.

https://www.franceinter.fr/info/restez-a-l-ecoute-une-action-de-solidarite-mercredi-21-decembre-place-de-la-republique-a-paris

M. Augustin Legrand n'a pas cette aura non plus. Il a amusé la galerie mais il ne faudrait pas qu'il fasse la morale dans les médias. Quoi qu'il en soit, France-Inter s'est honorée ce jour-là. Bien sûr, on a compris qu'à la fin du« Téléphone sonne », une voix s'est élevée qui n'a pas pu être entendue. Il y a un tel besoin de prise de parole qu'il est difficile d'entendre tout le monde. Le pire, semble surtout atteint par France 3 qui à 19h a évoqué la journée sur « la radio France-Inter » (comme si c'était une petite radio associative) et à parlé « d'une association », mais sans mentionner son nom, qui a offert des radios à dynamo aux sans-abris isolés.

 

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Comment expliquer, avec tous ces gens qui sont conscients du problème, qui sont sensibles, qui s’engagent, parfois, que le problème perdure depuis maintenant une trentaine d’années ? Comment expliquer tant d’investissements pharaoniques dans des domaines contestables ou de pur prestige quand des dizaines de milliers de personnes, dans les pays les plus riches, dorment, vivent, mangent dans la rue ? Ne voit-on pas qu’une dépense de prestige est aussitôt annulée par la vue d’un seul malheureux gisant sur le trottoir ? En fait, maintenir un fort contingent de sans-abris garantit la paix sociale. Tout le monde sait qu’il suffit d’un rien, de la perte d’un emploi, d’un divorce, d’un deuil, pour que tout bascule. On perd son logement et, à partir de là, tout se précipite pour atterrir dans la rue. La vue quotidienne des sans-abris rappelle à chacun qu’il doit se contenter de son salaire qui n’augmente pas (pas d’inflation n’est-ce pas), de son boulot de merde, de ses collègues qui vous dénoncent parce que vous avez oublié un document sur la photocopieuse, de ses chefs qui vous adressent des remarques désobligeantes. Les femmes, obligées d’accepter des boulots contraignants, des temps partiels pour pouvoir s’occuper des enfants, les femmes qui se bourrent de cachetons pour supporter les remarques désobligeantes sur leur physique, leur sexualité supposée. Tout ça, c’est la réalité quotidienne de la classe moyenne. Tout ça n’est possible que parce qu’il n’y a pas de plein emploi (et encore considère-t-on, à présent, que le plein-emploi c’est 5 % de chômeurs) et qu’on ne peut pas changer de boulot comme on veut. Maintenir les contingents de sans-abris, c’est maintenir un système dont tout montre qu’il est à bout de souffle.

19 décembre 2016

Elkabach éliminé des primaires

 Le point sur quelques médias en fin d'automne 2016

 

Elkabach - concorde - id

Nous avons vu que le renoncement du Président de la République a mobilisé les ancêtres des médias audiovisuels. La primaire de la droite a eu une conséquence indirecte : la mise à l’écart de M. Jean-Pierre Elkabach de l’entrevue politique quotidienne. Tout le monde a souligné l’incongruité provoquée par la présence du sus nommé comme animateur du débat entre les deux finalistes. Tout le monde se souvenait qu’il a connu ses heures de gloire à la fin des années 1970 en présentant une émission politique de qualité à la télévision. Nul doute que certains étaient adolescents à ce moment-là. On n’aime pas se voir vieillir. M. Elkabach nous tend le miroir dans lequel le téléspectateur contemple ses cheveux blancs en voyant ceux de l’animateur. Parmi ceux qui ont préféré en rire (« ça dépend quel rire » aurait dit Léo Ferré), certains devaient se trouver place de la Bastille, ce soir du 10 mai 1981, quelques heures après l’élection de Mitterrand. On se souvient que le duo Elkabach et Duhamel avaient été accusé de partialité et que la foule réclamait leur départ parmi les toute premières mesures à prendre. Les retrouver 35 ans plus tard, derrière deux micros différents à près de 80 ans a quelque chose d’anormal qui n’est comparable qu’avec la longévité de ceux qu’ils accompagnent, qui les font vivre et qu’ils font vivre, à savoir les membres du personnel politique. Environ trois semaines plus tard,

http://www.huffingtonpost.fr/2016/11/17/david-pujadas-et-jean-pierre-elkabbach-nont-pas-ete-a-la-fete-p/

http://www.letelegramme.fr/france/audiences-radio-jean-pierre-elkabbach-ecarte-de-sa-matinale-d-europe-1-13-12-2016-11328827.php

http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/12/le-meilleur-du-pire-de-jean-pierre-elkabbach-dans-ses-interviews-europe-1/?utm_hp_ref=fr-medias

http://www.lefigaro.fr/medias/2016/12/12/20004-20161212ARTFIG00127-cinq-repliques-cultes-de-jean-pierre-elkabbach.php

http://www.bfmtv.com/culture/qui-est-fabien-namias-le-remplacant-de-jean-pierre-elkabbach-sur-europe-1-1069848.html

 

On apprend que c’est M. Fabien Namias qui reprend l’entretien politique quotidien et matutinal sur la station du groupe Lagardère. Visiblement, le groupe a le sens de la famille. Outre son grand patron, M. Arnaud Lagardère, fils du fondateur du groupe et associé à Sylvain Floirat pour lancer Europe n°1, Jean-Luc Lagardère, M. Fabien Namias est le fils de M. Robert Namias, lui même journaliste à Europe 1 pendant des années avant de prendre du galon comme directeur de l’information du groupe Bouygues, en clair de TF 1 privatisée. En d’autres termes, c’est « le changement dans la continuité » comme disait M. Giscard d’Estaing, président de la République à l’époque où la rédaction de la rue François-1er était la référence absolue. C’est dire que la station dont la création a marqué l’histoire de la radio, la station qui a inventé les flashes horaires d’information, les reportages en direct et d’autres choses qui paraissent banales aujourd’hui ne s’est jamais remise de la fuite de ses brillants journalistes vers les nouvelles chaînes de télévision privées où ils ont apporté une caution sans laquelle, ces chaînes auraient été encore plus vulgaires qu’elle ne l’étaient. C’est dire aussi qu’Europe 1 n’arrive plus à trouver sa place entre le conservatisme populaire d’RTL et la prétention intellectuelle d’Inter. Elle n’arrive plus à attirer les jeunes avec des émissions cultes comme « Salut les copains » ou celles d’un Jean-Loup Lafont quand la bande FM inonde les ondes avec ses tubes anglo-américains à longueur de journées entre les longues plages de publicités qui sont leur seule raison d’être. Europe 1 attire beaucoup les déçus d’Inter qui repartent quand ils sont lassés de la publicité. M. Olivennes essaie de renouveler quelque peu l’antenne qui se cherche depuis des lustres. Que faire ? Laisser leur chance à des jeunes talents inconnus ? Il faudrait encore des lustres pour qu’ils s’imposent car ce sont des dizaines de stations de radio qui diffusent en France, sans compter celles qui existent uniquement sur Internet. Alors, on garde les valeurs sures en espérant qu’ils seront assez jeunes dans leurs têtes pour renouveler la station. Après tout, quand Europe n°1 est apparue et a révolutionné la radio, ce n’étaient pas de jeunes qui étaient à la manœuvre et, pourtant, ils ont su trouver le ton juste pour les attirer tout en plaisant à leurs parents mais il n’y avait que quatre ou cinq radios à l’époque. À la tête d’une entrevue hebdomadaire, nul doute que M. Elkabach saura attirer les invités, honorés d’être interrogés par une sommité. Dans cette histoire, on peut penser que M. Pierre Weil, sur Inter, en fera les frais. Déjà qu’il doit se contenter des troisièmes couteaux… Les troisièmes couteaux se battront, maintenant, pour passer chez Elkabach. Pas de danger que l’entrevue politique de M. Weil soit reprise par les médias. La réflexion que tout le monde se fait, c’est qu’il est grand temps que ces personnalités qui approchent des 80 ans se décident à profiter de leur retraite et raccrochent pour de bon.

 

Europe n°1

Restons sur Europe 1 pour saluer les « Carnets du monde », tous les vendredis en clôture de la tranche d’info du soir. « Carnet du monde », c’est un peu « Un jour dans le monde » mais au format hebdomadaire et justement le soir où c’est relâche sur Inter. C’est courageux de la part de la station de la rue François-1er car ça ne doit pas vraiment attirer les annonceurs. Pas plus que ne doit attirer les annonceurs la chronique finale de Josef SCHOVANEC dont on apprend qu’il est philosophe et autiste. Bravo, donc à Europe 1 (si c’était pas toute cette pub…) !

http://www.europe1.fr/emissions/carnets-du-monde

 

Dans les jours qui ont suivi, la « primaire » de la droite et le renoncement du Président Hollande, on a appris également que l’humour est plébiscité par les auditeurs fugaces, ceux qui écoutent juste une chronique ou qui regardent une vidéo. En d’autres termes, ils n’écoutent pas la station nationale le reste du temps et pourtant, à cause de l’audience qu’ils influencent grandement, ils influent sur le contenu des programmes. On comprend mieux que sur l’interface du site Internet d’Inter, l’humour figure à égalité avec les fondamentaux : « Inter – Info, Culture, Humour, Musique ». On remarquera que l’humour passe avant la musique, ce dont on se rend compte à l’écoute.

 

De temps en temps, sur Inter, on entend quelque chose de nouveau, quelque chose qui fait dresser l’oreille, rabattue par le ronron de la station. Alors qu’on appelle Rosny-sous-Bois, voici que la reportrice termine la liste des embouteillages par une référence cinématographique. C’est que la bougresse réitère lors d’une autre intervention. Ça oblige à retenir son nom : Manon Achillino (pas sûr de l’orthographe et même du nom). Bravo à Manon pour avoir tenté de renouveler le reportage sur la circulation routière (le « PC mobilité » selon la terminologie officielle et pompeuse comme tout ce qui vient d’Inter). On ne l’aura pas entendu longtemps. Il faut dire que, passer 10 secondes à étaler sa culture cinématographique n’est pas du goût de la direction d’Inter sur une station où tout est calibré à la seconde près. Il suffit de lire les programmes pour avoir l’impression de parcourir une fiche horaire de la SNCF. Qu’on se rappelle (dans l’article précédent) comment on a dû renoncer à l’émission prévue en direct (et pour quoi faire?) d’Haïti pour commenter le renoncement du Président. Pas moyen de trouver 1 minute ; et c’est comme ça tous les jours. Même les deux minutes de relâche après le journal de 7 h 30 sont strictement encadrées.

 

Le dimanche, Inter propose son émission politique « en partenariat avec Le Monde et France-Info ». L’austérité du Monde est à la presse écrite ce qu’Inter est à la radio. Les humoristes d’Inter sont les pendants de Plantu et autres dessinateurs à l’antenne. Mais France-Info ? Difficile d’en savoir plus puisque la nouvelle chaîne d’information de France-Télévision n’a pas intégré les dispositifs qui mesurent l’audience. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elle a fort à faire pour que les autres médias reprennent ses informations et ses entrevues. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elle n’a pas profité de la crise à I-Télé et qu’il y a déjà des conflits, des interrogations.

 

Quelle idée de lancer, avec l’argent de la redevance, une nouvelle chaîne tout-info ! Il y en a déjà trois qui se tirent la bourre, dont une qui reprend du poil de la bête tandis que l’autre est entraînée par la chute de sa maison-mère Canal+. Déjà, France-24 était contestable. Tout au plus pouvait-on mettre en avant la nécessité d’avoir une chaîne d’information sous l’emprise du Ministère des Affaires étrangères pour faire connaître la voix de la France, la vision de la France. Maintenant, une chaîne tout-info parce que, celle qui s’est imposée depuis quelques années, BFM-TV, a fait l’objet de critiques virulentes après les attentats de Paris, paraît superfétatoire. En plus, soulignons que cette chaîne n’a même pas trouvé de nom et a dû emprunter celui de la station de radio qui, non seulement a été lancée alors qu’il n’y avait rien et que c’était risqué mais, en plus, sait s’imposer face à ses concurrentes qui se sont développées en imitant le concept du groupe de radio de service public. Facile d’ouvrir sa boutique quand on a regardé l’autre se lancer et qu’on décide de s’installer à côté pour attirer le client avec plus de néons. L’argent de la redevance ne pourrait-il pas être mieux employé alors que, régulièrement, on pose la question du budget et du financement de l’audiovisuel de service public.

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18 décembre 2016

Comment Inter a renoncé à Haïti

Le Président de la République a annoncé, peu après 20 h, jeudi 1 décembre 2016, qu’il renonce à briguer un second mandat. Son discours a été précédé d’un communiqué laconique de l’Élysée, environ une heure seulement avant 20 h, horaire des principaux journaux télévisés en France.

L’allocution a duré 10 mn et, comme il fallait s’y attendre, a été suivie d’une émission spéciale pour commenter. D’habitude, les rédactions audiovisuelles ont le temps de préparer leurs plateaux mais on a bien vu que, même sans préparation, elles occupent bien les antennes, tant elles sont rompues à l’exercice. Les professionnels de la profession journalistique ont été priés de rentrer au bureau et de débiter une analyse qu’ils ressassent depuis des mois déjà. Quant aux personnalités politiques, on envoie une équipe au domicile de l’intéressé ou on lui passe un simple coup de téléphone. L’affaire est dans le sac !

 

L’auditeur dépourvu d’équipement de télévision apprend ce dont il se doute : les programmes ont été bouleversés, des émissions sont passé à la trappe. Les radios généralistes en ont fait autant. Impossible d’y échapper. RTL a fait appel à ses spécialistes maison, à savoir MM. Alain Duhamel et Olivier Mazerolles qui commentent les péripéties et les hauts fait politiques depuis un demi-siècle. Ils ont connu la démission de De Gaulle, « bonnet-blanc et blanc-bonnet », la feuille d’impôt de Chaban (divulguée par Giscard), le « changement dans la continuité » de VGE, les diamants du Président (dont les preuves ont été fournies par Chirac), la « force tranquille », « au secours la droite revient » et la cohabitation. Ils ont commenté à l’envi la méthode Rocard, la rivalité Chirac-Balladur, la « fracture sociale » suivie des grandes grèves juppéistes, les succès relatifs de Jospin mais son élimination de la présidentielle. Qu’on se rassure : retiré de la vie politique, M. Jospin permettait aux chroniqueurs de lancer, quand l’inspiration manquait : « Jospin revient ». Ils se sont frottés les mains quand M. Sarkozy a annoncé qu’il pensait à la présidentielle et ça leur a permis de tenir pendant les cinq années de la fin du règne du Pdt Chirac. Bien sûr, ils étaient encore là, pendant les deux derniers quinquennats. Le tout, saupoudré des élections européennes jusqu’au référendum fatal de 2005 et le formidable déni de démocratie qui a suivi et dont le spectre anime toutes les politiques entreprises depuis. Ça pourrait faire rire mais les autres rédactions ont aussi leurs ancêtres, arrivés, au mieux, sous Pompidou.

 

haïti écoliers

Là où ça se corse, c’est quand la vedette de la matinale d’Inter, M. Patrick Cohen, avait prévu d’aller voir en Haïti et d’y commenter la situation pendant une reconstruction aléatoire et peu après l’élection présidentielle. Difficile de couvrir les deux événements en même temps d’autant que – nous le dénonçons sans arrêt – il ne reste pas une minute, au cours du 7-9, pour placer quoi que ce soit. Dans une session respirable, il suffirait de rogner une minute par-ci, par-là, de supprimer la pause musicale et l’affaire serait jouée. Seulement, pour un fait politique de cette importance (encore que ça ne va pas changer la face du monde ni même celle de la France), chacun entendait faire valoir ses prérogatives. Le vendredi, le directeur de l’info, M. Four n’allait pas renoncer à nous expliquer la mécanique des médias. Bien sûr, la chronique politique de M. Legrand s’imposait plus que jamais. Forcément, M. Seux se devait de faire le bilan économique du quinquennat. Gageons qu’il réitérera l’exercice d’ici la fin du mandat du Président Hollande. Peu importe. Et puis, Inter qui met l’humour sur le bandeau de son site Internet ne pouvait renoncer à l’intervention de la journaliste belge, Mme Van-Honecker qui a d’ailleurs, répété presque mot pour mot sa petite chronique au cours de l’émission qu’elle présente à 17 h. Et Haïti dans tout ça ? M. Guetta en a parlé pour être aussitôt renvoyé à ses études, un peu comme chaque matin puisque les affaires du monde, les menaces, pèsent de peu de poids au regard de l’entrevue politique qui suit et qui déborde sur l’horaire de la revue de la presse écrite ; qui a pourtant bien besoin de promotion.

Donc, en studio, M. Marc Fauvel, embauché il y a deux ou trois ans pour diriger le service politique mais qui a préféré la présentation du grand journal de 8 h, mène le grand rendez-vous de la matinale, celui dont la vidéo sera mise en ligne dès 9 h, celui qui sera repris par toutes les autres rédactions et commenté, pour peu que l’invité ne lâche « une petite phrase ». Dernière demi-heure, tronquée après la revue de la presse, consacrée, elle-aussi, à l’allocution du Président de la République. Et Haïti dans tout ça ? Bof, ce ne sont que des nègres ! Et puis, ils sont loin. On apprend, presque incidemment, que les invités de M. Cohen vont se retrouver après 9 heures, quand tout le monde sera au boulot et qu’il ne restera plus que les femmes au foyer, les retraités et les chômeurs à l’écoute. Mais, ce n’est pas encore ça le plus extraordinaire. Qu’on fasse passer « le premier des nègres » après « le premier des Blancs », après tout, ça n’est pas nouveau. C’est même dans la logique de nos raisonnements. Haïti, c’est loin. D’ailleurs, on sait même pas où c’est.

 

Le plus marrant, c’est que ça tombait, ce vendredi 2 décembre, le jour où l’émission de Mme Devillers, consacrée aux médias, laisse la parole au médiateur de Radio-France. Pour l’occasion, la directrice d’Inter, Mme Bloch, était convoquée. Outre qu’on a pu apprécier qu’elle a vraiment beaucoup d’humour, on a surtout compris que ce qui est dénoncé ici-même ne relève pas seulement de déductions et d’interprétations mais correspond à une réalité. Mme Bloch s’est d’abord confondue en remerciements appuyés à l’endroit de M. T rappenard pour avoir cédé son temps d’antenne à la spéciale en Haïti. On pourrait croire qu’il s’agit de simples remerciements pour la forme. Les termes employés montrent bien que sur Inter, on considère que chaque producteur est propriétaire d’une partie de l’antenne au prorata du temps qu’il occupe. Bien sûr, on n’a pas demandé son avis à M. Trappenard. On lui a signifié que, devant l’urgence et l’exception, son émission passait à la trappe. On peut supposer qu’il s’est résigné de plus ou moins bon gré. La politesse demande qu’il en soit remercié. C’est la moindre des choses. En revanche, on remarquera que pas un mot n’a été prononcé à l’endroit de Mme Devillers, qui a dû renoncer à son émission également.

 

Suite de l’intervention du médiateur, en présence de la directrice. Le thème était « l’humour » sur Inter. Rappel de quelques évidences (en présence de l’humoriste maison, Daniel Morin) sur le fait que tout le monde ne rit pas des mêmes choses et qu’on apprécie pas du tout quand on dénigre quelqu’un qu’on aime bien alors que le même traitement envers quelqu’un qu’on n’aime pas sera salué. Dans le premier cas, on parlera de « propos haineux » tandis que le deuxième relève de « l’humour sain ». Surtout Mme Bloch a justifié l’intervention des humoristes au cours de la matinée en arguant du fait que, le matin, l’auditeur est submergé d’informations, pas toujours drôles, et que l’humour est salutaire pour l’auditeur qui part au travail. Il est vrai que les autres radios généralistes proposent une tranche d’humour pour contre-balancer l’actualité du matin. Il est vrai qu’Europe 1, a sans doute été la première, dès la fin des années 1970, à donner la parole à « Tonton Mayonnaise », alias Stéphane Collaro, sur le coup de 9 h moins le quart pour lancer une pointe d’humour. Les radios commerciales généralistes font appel aux imitateurs populaires qui improvisent plus ou moins bien entre deux plages de publicités. Inter fait appel à des dézingueurs qui, parfois lancent quelques vannes, quelques énormités qui provoquent l’hilarité dans le studio mais qui, surtout, nous disent comment ils ont compris quelque chose et ce qu’il est convenable d’en penser. Mme Bloch s’est défendue de laisser faire ce qu’elle appelle des « snipers », c’est à dire des humoristes qui tirent sur des personnalités. Mais alors, comment qualifie-t-elle ceux qui, à longueur d’antenne dégomment les Bouthin et autres Poisson ? En plus, Poisson, c’est du pain béni avec un tel nom qui permet toutes les formes d’humour et de moquerie. On se défoule volontiers sur eux car on sait qu’ils n’auront jamais aucune responsabilité et que la Justice leur donnera tort dans un procès éventuel.

 

haïti carte drapeau

Mme Bloch justifie ses choix par le courrier qu’elle reçoit. Qui écrit ? Aujourd’hui, il est facile d’écrire au moyen d’Internet. On peut se corriger avant d’envoyer, pas besoin de sortir pour poster ni de payer timbre et enveloppe. On mettra de côté les grincheux et ceux qui relèvent toutes les fautes de langages (et il y en a mais il y a de moins en moins de personnes pour s’en apercevoir). Elle s’appuie sur tous ceux qui approuvent sans prendre en compte ce que j’ai appelé les nouvelles pratiques d’écoute de la radio, à savoir l’écoute sur smartphone à un moment bien précis. Nombre de fidèles des chroniques n’écoutent, en fait, que l’humoriste qui les intéresse. Est-elle vraiment sure que ceux qui écoutent, comme autrefois, sur leur poste de radio ou leur auto-radio apprécient une intervention à caractère humoristique à chaque fin de tranche horaire (avant 7 h, avant 8 h, avant 9 h) ? On peut aussi supposer qu’elle apprécie la reprise de ces chroniques sur les réseaux sociaux. Bien sûr, personne ne va lui écrire pour lui dire que c’est pas mal, aussi, de partir au boulot avec un air qui vous trotte dans la tête toute la journée.

 

En fait, cette course à l’audience, cette surenchère dans l’humour à l’antenne rappellent Guy Lux qui, après l’éclatement de l’ORTF, sortait ses fiches de la poche de son veston et annonçait fièrement qu’il avait battu le film du dimanche soir sur la première chaîne et faisait le décompte des interventions des hommes politiques pour répondre à ceux qui lui reprochaient d’inviter toujours les mêmes. Il proclamait d’autant plus ses résultats qu’à l’époque, Antenne 2 (où il travaillait) affichait une moindre audience que TF 1 (pas encore privatisée) et d’autant plus qu’il y avait encore nombre de téléviseurs qui ne captaient qu’une seule chaîne. Guy Lux permettait aux chanteurs de se rincer le gosier et aux techniciens de changer de décor pendant que Sim tâchait de trouver quelque chose d’original pour faire rire. Quand on voit que les jeunes générations de dirigeants reprennent les mêmes ficelles que leurs prédécesseurs, on ne s’étonne pas de la longévité de certains commentateurs politiques. Que fait d’autre M. Patrick Cohen que du Guy-Lux quand il annonce fièrement qu’il anime la première matinale de France ? Le plus drôle, c’est que le jour de la proclamation des résultats de l’audience, chaque animateur trouve une tournure pour annoncer à ses auditeurs que c’est lui qui est en tête dans sa tranche horaire.

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24 novembre 2016

Tourisme à Paris mais pas que

Coïncidence, je me trouvais à Paris au moment où Mme Pécresse, présidente de la Région qui englobe la capitale a annoncé un plan pour relancer le tourisme à Paris.

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/10/30/20002-20161030ARTFIG00039-valerie-pecresse-mise-sur-les-etudiants-pour-relancer-le-tourisme.php

Selon elle, la baisse considérable enregistrée cet été est certes due aux attentats mais elle s'empresse, dans un bel élan de nivellement qui caractérise tant les élites politiques françaises, d’insister sur l'image déplorable donnée par les grèves à répétition. Quelles grèves ? Depuis une vingtaine d'années, le nombre de jours de grève ne cesse de diminuer. L'image déplorable, elle est donnée par les médias audiovisuels qui amplifient le moindre mouvement de grève alors que, selon le Président Sarkozy lui-même, quand il y a une grève, on ne s'en aperçoit plus. Faudrait savoir !

Elle rejoint le Gouvernement qui a décidé, également, de lancer une grande campagne pour relancer le chômage. Cependant, à aucun moment, il ne leur est venu à l’idée que l’image déplorable de la France est d’abord donnée par la répression des manifestations du printemps dernier ; surtout auprès des touristes anglo-saxons qui sont très attachés à la liberté d’expression et de manifester. À aucun moment, ils n’ont pensé que la France donne une image plus que déplorable dans son traitement de l’accueil des réfugiés. L’impact des grèves est réel mais pas plus que la plainte des touristes qui se font rouler par des commerçants et notamment ceux d’un quartier comme Pigalle.

 

Les transports

Un touriste a besoin de se déplacer. D'abord, nombre de correspondances dans les métro, surtout aux stations fréquentées par les touristes, sont longues et pénibles. On a encore supprimé le trottoir roulant de Châtelet, la station la plus fréquentée, au centre de Paris. Autant d'occasions de se faire délester de quelques effets et menue monnaie. Le prix du forfait journalier est exorbitant. En fait, pour l'amortir, il faudrait passer sa journée dans les transports. Pour ça, il faudrait connaître parfaitement le réseau, ce qui n'est jamais le cas quand on fait du tourisme. Et puis, avant de s’en prendre aux rares grèves des transports en commun, il faudrait déjà faire le point sur la situation en temps normal. Il est plus qu’évident qu’il n’y en a pas assez. Un nouveau titre unique pour accéder aux transports et aux sites paraît une bonne idée sur le papier. Encore faut-il voir combien ça va coûter à l’acheteur, s’il aura bien le temps de se déplacer et de visiter dans une journée, sans oublier qu’une visite est fatigante et qu’on en enchaîne rarement deux dans la même journée, surtout quand on ne connaît pas et qu’il faut faire des pas inutiles. Et puis, en se présentant aux guichet, ne va-t-on pas lui répondre que ce titre n’est pas valable quand il s’agira d’un musée (par exemple) qui ne dépend pas de l’État ou de la Ville mais d’une fondation privée ou autre ?

La Mairie de Paris fait tout pour empoisonner la vie des automobilistes mais sans proposer une offre pour prendre le relais. On a donc le choix entre subir les embouteillages, les sens interdits, les ruptures de chaussées qui obligent à de coûteux détours, et s’entasser dans les métros et les bus. Prendre certaines lignes de bus relève aujourd'hui de l'exploit. On y est serré et l’on subit l’agressivité de tous. Ça n’est pas venu à l’esprit de Mmes Pécresse et Hidalgo que ça donne une image désastreuse de la capitale. L’une pointe les grèves et les syndicats (et l’on peut se demander si ça n’est pas surtout ça qu’elle vise), l’autre minimise ou suggère que ça fait partie du charme métissé de Paris. Quand on est dedans, dans certaines lignes, à certaines heures, on se demande si l'on va arriver indemne. Pendant ce temps, on en est à se demander s'il ne faudrait pas unifier et coordonner toutes les unités chargées de la sécurité qui interviennent dans les différents modes de transports et les différentes compagnies. En attendant qu'on trouve la réponse, les touristes peuvent bien craindre pour eux et leurs biens.

rue de lappe 2

On a beaucoup glosé et l'on s'est beaucoup indigné (on a les indignations qu'on peut dans notre beau pays) sur ces reportages qui ont été diffusés, l'an dernier dans des médias étatsuniens et qui montent en épingle des zones dans Paris intra-muros où il vaut mieux ne pas mettre les pieds si l'on tient à la vie. Ces zones, je les connais bien : il ne m'y est jamais rien arrivé. Je pense qu'il en est de même pour la majorité de la population mais on peut comprendre qu'un touriste s'y sente mal à l'aise. Ce sont des secteurs où les trottoirs sont encombrés jours et nuit et tous les jours. Ce sont des secteurs où les bus sont littéralement pris d'assaut par des voyageurs munis de poussettes, de chariots à commissions (voire des deux), où les incidents éclatent à chaque arrêt entre ceux qui veulent descendre mais en sont empêchés par ceux qui bloquent les accès et qui ne bougent plus une fois installés, par ceux qui veulent monter et qui voient les portières commencer de se refermer alors qu'ils ont encore au moins un pied sur le trottoir. Devant cette agressivité, on comprend que les touristes qui veulent aller ailleurs qu'à Versailles ou à la Tour Eiffel se sentent menacés. Et puis, pour se rendre d'une gare à une autre, quand on ne connaît pas et qu'on n'a pas le budget pour prendre le taxi, on est obligé d'en passer par là et avec des bagages. De ça, personne ne parle. Les voyageurs habituels le subissent tous les jours et se résignent, impuissants devant la dégradation palpable depuis une trentaine d'années. Alors, on tourne autour du pot. On parle de femmes victimes du machisme dans les transports, on a créé, à Paris, une pudique brigade de police municipale chargée des incivilités. On a annoncé des sanctions dont on comprend vite qu'elles visent surtout les malheureux sans-abris. Des exemples : mendicité dans les rames de métro, rester dans la rame au terminus (les sans-abris s'endorment et restent des heures, parfois dans la même rame), chanteurs, voyager sans ticket.

En revanche, quand on est vraiment importuné (notamment pour les femmes), quand des voyageurs se bousculent, voire se battent, pour monter ou descendre du bus, ou tout autre incident, il n'y a personne à qui s'adresser : personne dans les rames, personne sur les quais et, maintenant, personne non plus à l'entrée de la station puisque les cadres ont été remplacés par de simples agents d'accueil, peu qualifiés et inaptes à prendre des décisions. Parfois, des commandos de contrôleurs déploient un zèle démesuré envers ceux qui n’ont pas les jambes ou le culot pour envoyer promener cette engeance. Au passage, quelle est la légalité d’une amende qui est doublée quand on ne peut pas la régler sur le champ ? On voit, en lisant la presse, ou en étant simple témoin, que les contrevenants amendés sont principalement des braves gens, des ados, exceptionnellement en situation irrégulière.

Ceux qui fraudent tout le temps et passent devant les contrôleurs en leur adressant des insultes et des gestes obscènes n’ont rien à craindre. Et l’on discute pour savoir s’il faudrait réunir tous les services de sécurité qui opèrent dans les transports et coordonner leur action. Signalons que la SNCF fait très fort en déployant des équipes chargées de faire la chasse aux promeneurs qui s’aventurent sur les voies abandonnées de la Petite Ceinture (ferroviaire) quand des voyageurs montent la peur au ventre dans certains trains, le soir ; des voyageuses, surtout.

Ce manque de personnel, dénoncé depuis un demi-siècle par les usagers et les syndicats, est le principal facteur d’insécurité et de sentiment d’insécurité. C'est dans les transports qu'on a le plus détruit d'emplois : d'abord les poinçonneurs autrefois et, dans la foulée, les chefs de station sur les quais. Quand Mme Idrac a été nommée à la tête de la Ratp, en 2002, elle n'a rien trouvé de plus urgent à faire que d'automatiser la ligne 1, celle qui est la plus fréquentée. La ligne 13 qui dessert deux gares et les très touristiques Champs-Élysées (avec une station au pied du Grand Palais où se tiennent les prestigieuses expositions de renommée mondiale) peut bien attendre et voir ses voyageurs serrés pire que des anchois, depuis trente ans. En France, on sait très bien développer les moyens qui vont permettre de se passer de personnel. Si l'on évoque les transports parisiens, il ne faut pas oublier non plus les écluses automatiques – surtout depuis l'essor de la navigation de plaisance – et, bien sûr, les péages automatiques sur les autoroutes depuis qu’elles ont été privatisées.

Le calvaire de la ligne 13

 

Automates

Si en France le chômage est un cancer social, c'est parce que, viscéralement, on n'aime pas embaucher. Donc, on développe et l'on acquiert une excellence dans le domaine de la suppression d'emplois. Exagéré ? Il suffit d'observer les réactions quand un groupe industriel annonce qu'il vient de signer un contrat fabuleux. Si, dans la foulée, il annonce qu'il va (devoir) créer des emplois, aussitôt le titre se déprécie à la Bourse de Paris. Qu'au contraire, il annonce un plan de licenciements et le titre grimpe en flèche. C’est la concrétisation des théories économiques libéralistes qui considèrent le travail comme un coût, par rapport aux théories en vigueur auparavant où c’était un facteur de production. On voit les dégâts provoqués par ce changement de curseur. D'ailleurs, si la France a pris un retard considérable dans les technologies nouvelles, dans la transition écologique, notamment, c'est parce que ces secteurs créent des emplois et, donc, n’intéressent nullement les investisseurs qui recherchent d’abord le meilleur rendement de leurs actions. Après, le patronat a beau jeu d'accuser les 35 heures, les syndicats ou les délocalisations.

Et puis le soir, si l'on veut profiter du « Paris by night », pour le coup, il n'y a plus personne, même peu qualifiée, à qui s’adresser pour se renseigner sur l’itinéraire, la fréquence, la proximité. On parle de faire rouler le métro et les bus toute la nuit. Techniquement, ça doit pouvoir se faire mais s'il n'y a que des robots et des caméras, ce sera aux risques et périls des usagers. Paris est probablement la seule grande capitale à ne pas offrir de transports en commun climatisés : ni bus, ni métro, ni train de banlieue (pour aller à Versailles ou à l'aéroport). De ça, Mme Pécresse ne parle pas, car on a compris que sous prétexte de relance du tourisme à Paris, elle entend s’attaquer d’abord au modèle social français qui fait rêver le monde entier.

Les chauffeurs de taxi ne sont ni plus ni moins honnêtes avec les étrangers que partout ailleurs dans le monde mais ils font tout pour limiter le nombre de taxis en circulation pour s'assurer une clientèle captive. Pour eux, mieux vaut des clients qui attendent le taxi sous la pluie que de rouler à vide. On a vu que ça a encouragé d'autres formes de déplacements avec chauffeurs et que le mouvement est irréversible même si les gouvernements cèdent toujours devant la peur de routes bloquées. Des modes alternatifs ont fleuri comme les touk-touks (triporteurs sur base de scooter) ou les tricycles. Ça paraît sympa mais de nouvelles arnaques sont apparues. En ce domaine, Paris n’a rien à envier aux capitales de pays touristiques du Tiers-monde. Le Figaro et le Figaro-magazine publient des lettres de lecteurs dénonçant la syndicalisation des conducteurs des entreprises de transports en commun mais jamais le chantage exercé en permanence par les chauffeurs de taxi pour garder leur clientèle captive. Idem pour les autres médias qui font parfois de la pub sur les portières des taxis mais trouvent normal que les chauffeurs de bus fassent de la pub pour des radios qui les débinent à longueur d'antenne et pour le coup donnent une sacré mauvaise image de la capitale.

 

Les prix à Paris

Tout le monde sait que Paris est hors de prix. Tout y plus cher qu'ailleurs, même quand on est muni d'un guide avec des adresses futées. Il faut réaliser qu'une crêpe au sucre (avec ou sans beurre selon les cas) est vendue, au bas mot, 2,5€, soit environ 16 francs d'autrefois. Le plus souvent, dans les zones les plus fréquentées par les touristes, ce sera 3 ou 3,5 €. Et ça, c’est le haut de la liste parce qu’après viennent les crêpes au Nutella ou au Grand Marnier... ça donne une idée de la cherté à Paris. Idem pour des glaces. Les tarifs hôteliers sont prohibitifs. Les premiers touristes de la capitale sont les provinciaux qui veulent voir Paris, voir des films qu’on voit pas en Province, aller aux spectacles, voir les expos dont les médias parlent, montrer Paris à leur progéniture. D’abord, ils sont forcés de loger dans des hôtels à 50 bornes du périphériques s'ils veulent profiter d'une fin de semaine à Paris, sans y consacrer ce qui reste du salaire mensuel quand on a payé les factures incompressibles. Et se posera, bien sûr, le problème du transport, pour aller à l'hôtel, pour aller et revenir à Paris. Pour peu qu'on soit survolé par les avions d'un des deux aéroports parisiens...Les Asiatiques aussi sont hébergés loin de la capitale et c’est précisément sur le trajet entre leur hôtel et Paris qu’ils se font agresser et voler. On parle d’installer des postes de police mobiles pour enregistrer les plaintes et simplifier la procédure. Ça va dans le bon sens mais d’abord, il vaudrait mieux faire en sorte que personne ne se fasse dérober son bien et, après, donner une suite réelle à la plainte. Or, malgré les renforts attendus, il manquera de personnel pour assurer le suivi et peut-être de volonté.

rue de lappe

Quand le touriste peut enfin s’adonner à ses activités de visite, il trouve, parfois, porte close alors qu’il avait programmé la visite sur une journée ou qu’il est monté à Paris exprès.. Ce n’est pas à cause d’une grève dont les médias sont friands mais simplement parce que c’est la fermeture hebdomadaire, indispensable pour remettre tout en ordre. Or, le mardi, tout ou presque est fermé dans notre beau pays. Répartir les jours de fermeture des musées relève de la gageure car il faut affronter l’immobilisme de l’administration qui considère toujours que sa finalité est de réduire autant que possible les droits des administrés. En plus, tous les musées n’appartiennent pas à la même administration. Quand on pense que dans des villes de province, on n’arrive pas à faire dialoguer deux établissements culturels, on imagine à Paris. Rappelons que pour économiser sur le personnel, on a décidé, voici plusieurs années déjà, de fermer des salles du musée du Louvre à tour de rôle. Par conséquent, si l’on veut voir des œuvres un peu particulières, on n’est pas sûr que la salle où elles se trouvent sera ouverte. Là aussi, on se sera déplacé pour rien. Mais, Le Figaro et les idéologues qu’il supporte se fixent sur les grèves et les syndiqués. Il sont relayés par les autres médias qui diffusent ces opinions. C’est le mimétisme journalistique.

 

Le quotidien

Encore un détail que nos élites politiques ignorent, tout occupées de « communication », de casse des emplois et de services publics pour des raisons idéologiques.

Pas de savon dans les toilettes publiques des bars, des restaurants, des musées. Le papier n’est pas toujours renouvelé. Parfois une odeur infâme. Dans les restaurants, c’est parfois un recoin froid, traversé de tuyaux, de conduits, recouverts d’une simple peinture. Et ça a toujours été comme ça puisque Georges Orwell s'en émeut dans un livre qu'on préfère ne pas recommander, au contraire de celui d'Hemingway. Pourtant, on se rend compte que l'hygiène dans les lieux publics et touristiques a toujours été un problème, notamment parce que les responsables ne prennent pas la mesure du problème et, pour tout dire, ne s’en préoccupent absolument pas. Or, les touristes anglo-saxons et les touristes asiatiques sont très pointilleux sur ces questions. Si en Asie, il y a beaucoup à faire, il n'y a, en revanche, rien à redire dans les secteurs et les établissements fréquentés par les touristes, sans compter le sourire proverbial qui accueille les clients et qu’on a du mal à apercevoir à Paris. Parlant d’Asie, les agressions commises à l’endroit des touristes asiatiques se sont multipliées. Il est bien évident que ça dissuade les autres de venir. Si encore ils étaient bien reçus à la police, même si aucune suite n’est donnée. Et puis, il a échappé à notre personnel politique que de telles lacunes dans un pays comme la France qui jouit d’une auréole de bien-vivre, sont tout simplement inadmissibles !

On a toujours l'impression que les Français disent aux touristes : estimez-vous heureux de voir notre pays, n'en demandez pas plus et surtout ne vous plaignez pas ; non mais !

 

L’auteur de ces lignes a beaucoup voyagé. Dans chaque pays, j'ai pu trouver des personnes enchantées de pouvoir échanger avec un Français, en souvenir d'un séjour dans notre beau pays. Il s'en trouve toujours un pour me dire que, pourtant, son voyage a été gâché, qui par un taulier qui prétendait faire payer un supplément ou pour des services qu'il n'a pas offerts, par un hébergement qui ne correspondait pas à ce qui était annoncé, parce qu'il s'est fait voler etc. Sans parler de ce qui a pu se passer avec la police qui, dans le meilleur des cas, a enregistré poliment et dans des cas encore plus rares, avec bienveillance, les plaintes des touristes agressés, volés, importunés, en sachant pertinemment qu'il n'y aura aucune espèce de suite. Bien sûr, Mme Pécresse ne s’en prendra pas à ces honnêtes chefs d’entreprises, cette France qui se lève tôt et qui ne gagne d’argent que lorsqu’il y a des clients, au contraire de ces profiteurs de salariés qui touchent leur salaire quoi qu’il arrive.

Et puis, franchement, est-ce qu'on peut se dire pleinement satisfait de son séjour parisien quand, partout où l'on est allé, on a vu des dizaines de personnes allongées sur les trottoirs de la capitale ? Est-ce qu'on peut éviter d'en parler en retournant chez soi ? Est-ce qu'on peut ne pas établir une comparaison entre les prix qu'on a payés pour tout, entre la beauté des sites, la qualité des expositions, de nombreux spectacles, des restaurants et ces personnes qui ne mendient même pas toutes et qui semblent appartenir à l'identité de Paris au même titre que les bancs publics, les fontaines Wallace, les grilles d'arbres et les bouches d'égouts ? Notre classe politique vit hors-sol, sinon elle verrait ce qu'il y a au sol, justement. Dépenser des millions en campagnes de communication (de pub en clair) pour redorer l'image de la capitale alors que des malheureux jonchent les trottoirs ? C'est cette irrationalité, ce manque du plus élémentaire bon sens qui est reproché à nos élites politiques qui, finalement, ressemble à ce maire décrit par Nanni Moretti dans son journal intime cinématographique qui prétend se payer les services d'un éclairagiste et d'un décorateur pour créer des couchers de soleil et attirer les touristes. Tout le monde sait que la France est belle et même très belle, que Paris est beau et unique au monde. Tout le monde sait qu’on trouve à Paris des très bons hôtels et d’excellents restaurants, si l’on peut y mettre le prix. Pas le peine de dépenser de l’argent pour faire savoir ce que tout le monde sait. Investir dans des équipements et du personnel qualifié est autrement plus indispensable.

Mme Pécresse parle de recruter 200 personnes pour aider les touristes mais il ne s’agit pas d’embauche mais de « volontaires », des étudiants dont on espère qu’ils mettront gratuitement leurs compétences linguistiques au service des touristes. Après les stages en entreprise qui sont des emplois non payés, voici le bénévolat au profit des activités touristiques. Après on s’étonnera qu’il y a tant de chômage. On pointera les grèves, les syndicats. Voilà bien un mal français : il y a potentiellement besoin de 200 personnes qualifiées pour l’accueil des touristes mais l’on fera appel au bénévolat et, si ça ne suffit pas, on exigera que les titulaires des minima sociaux travaillent gratuitement. Pour tout dire, on a la désagréable impression d’avoir affaire avec une nouvelle occurrence de la théorie du choc de Naomi Klein. Les attentats et la baisse (pas énorme non plus : 8%) du nombre de touristes semblent être le prétexte pour faire passer l’ouverture des magasins le dimanche – alors que toutes les études montrent que la fréquentation est due à un simple report de jour d’achat – et lancer une nouvelle offensive contre les syndicats et, à travers eux, la protection sociale. Dans ce qui a été proposé, on cherche en vain des réponses concrètes aux problèmes qui se posent aux touristes dans la capitale.

 

Les proposition de Mme Pécresse :

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/10/30/20002-20161030ARTFIG00039-valerie-pecresse-mise-sur-les-etudiants-pour-relancer-le-tourisme.php

De son côté, la Mairie de Paris veulent relancer les cabarets :

http://www.leparisien.fr/paris-75005/tous-au-cabaret-28-10-2016-6263259.php

 

http://www.parismalanders.com/stadtviertel/marais/rue-de-lappe-paris-bastille/

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19 novembre 2016

Cause toujours !

Deux infos en apparence sans aucun rapport. En début de semaine, le dernier recours contre la construction de l’aéroport du grand ouest à Notre-Dame-des-Landes a été rejeté par la juridiction compétente. Au milieu de la semaine, les journalistes de la chaîne d’infos i-Télé ont cessé leur mouvement de grève après 31 jours. Dans les deux cas, ceux qui avaient le pouvoir de mettre un terme à de longs conflits ont choisi l’impassibilité. Longs conflits relatifs puisque l’aéroport est contesté depuis un demi-siècle tandis que l’autre n’a duré qu’un mois mais un mois sans salaire, c’est long !

 

i-télé

Le conflit à i-Télé opposait les journalistes à leur direction qui imposait à l’antenne, un animateur vedette qui venait d’être mis en examen dans une histoire de mœurs. Innocent ou pas, ça la fiche mal et les journalistes n’ont pas envie de s’afficher à côté d’un tel énergumène. Seulement, l’énergumène a été imposé par le PDG de Vivendi (entre autres) de la maison-mère de Canal+ qui détient i-Télé. Bonjour la concentration et le conflit d’intérêts. Il doit être la vitrine de la nouvelle grille et de la nouvelle image de la chaîne avant son changement de nom en C-news. L’image est forcément ternie mais ça n’a pas d’importance pour M. Bolloré. Le plus important pour lui, c’est de ne céder sur aucun point. C’est d’envoyer un avertissement clair à tous les salariés de ses entreprises et au-delà, à tous les salariés : vous pouvez protester, quémander, supplier, vous suicider, pas question de céder ! M. Bolloré préfère perdre de l’argent plutôt que de discuter. La plupart du temps, les salariés font grève pour obtenir une augmentation de salaire ou de meilleures conditions de travail. Ici, ça n’était même pas le cas. Parfois, une direction trouve plus avantageux de subir une grève et perdre momentanément de la clientèle plutôt que d’accorder une légère hausse de salaires. Dans le cas d’i-Télé, c’est donc une question de principe. D’abord, on ne discute même pas. On n’entame même pas de négociation. Ensuite, on laisse la grève se développer, en sachant que « la grève » est discréditée auprès du grand public. Il n’y a plus qu’à laisser pourrir la grève. On l’a bien vu à l’époque des grandes grèves à l’ORTF, les gens se fichent des motifs et ne voient qu’une chose : « ils nous privent de télé ! ». Par conséquent, M. Bolloré avait toutes les raisons du monde pour ne pas discuter mais il n’avait même pas besoin d’arguments. Son refus de négocier est totalement dogmatique : habituer les salariés (qualifiés par ses amis politiques de « privilégiés ») à n’être pas écoutés.

 

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Pour l’aéroport, c’est un peu la même démarche. Depuis un demi-siècle (1965), on argumente en faisant valoir qu’un aéroport géant dans les environs de Nantes est déraisonnable, eu égard au trafic et au trafic prévisible. Il est évident que depuis tout ce temps, on a pu voir le trafic évoluer, voir ce qui se passe avec des événements imprévus tels que la hausse du prix du pétrole en 1974 et 1979 (le kérosène n’est pas taxé et les hausses impactent directement les coûts) et l’arrivée du TGV quelques années plus tard ; sans compter les autoroutes construites entre temps. Il faut rappeler que l’aéroport de NDDL a été conçu, au départ, pour favoriser Air-Inter, compagnie intérieure qui a disparu… Ces dernières années, d’autres arguments ont émergé comme la défense de l’environnement (protégé dans ce cas) et des terres agricoles dans un contexte d’augmentation de la population. Surtout, depuis que l’UE exige des budgets nationaux serrés, beaucoup de projets coûteux ont été abandonnés, notamment d’infrastructures ; d’autant que plusieurs aéroports récents, en Lorraine, en Limousin, en Champagne ont coûté très cher (sans compter les infrastructures pour y aller) et ne voient dans le meilleur des cas qu’une poignée d’avions par jour voire par an…

Ça fait beaucoup et, l’on a le choix entre ces principaux arguments et le bon sens. Seulement, le Gouvernement actuel, chahuté dans tous les secteurs entend montrer sa détermination. Envers et contre tout, il adresse un avertissement clair à la population : vous pouvez argumenter, protester, prendre des coups, être expulsés, ruinés, pas question de céder !

 

Dans les deux cas, le message est clair : désormais, la vox populi est disqualifiée. Plus question d’écouter la base, le peuple, le public – quel que soit le nom qu’on lui donne – on décide et ils obtempèrent. Le référendum européen de 2005 a été sans doute l’apogée de ce principe d’autorité : quoi que vous puissiez dire ou choisir, les décisions seront prises, en haut, sans tenir le moindre compte des demandes ni des avis. Nous avons vu, par ailleurs, en abordant les questions de régionalisation, comment avec les grandes régions et avec les intercommunalités, la plupart des décisions sont prises de plus en plus loin des électeurs et sans qu’ils puissent donner leur avis d’une manière ou d’une autre. Nous avons vu que l’Union Européenne, favorise justement les Régions et l’intercommunalité qui permettent de contourner les États et les élections. Pourtant, les avertissements ne manquent pas. Le référendum de 2005 a eu, plutôt, pour conséquence, de renforcer la détermination à ne pas écouter la voix du peuple ou les voix du peuple. Contre toute attente, lorsqu’on demande leur avis aux électeurs, ils choisissent de sortir leur pays de l’UE ou de ne pas mettre à sa tête une technocrate. Parions que l’avertissement ne sera pas entendu, une fois de plus. Parions que d’autres événements vont ébranler les démocraties fragilisées par les dogmes libéralistes imposés par la force depuis plus de vingt ans et qui ont vu triompher la mondialisation que certains qualifient d’heureuse quand elle accroît les inégalités dans les pays industrialisés (ou plutôt anciennement industrialisés) et qui sème le chômage, la précarité et les troubles sociaux dans les pays émergents après avoir permis à des millions de pauvres de sortir de leur état. Dans tous les cas, on n’a pas demandé son avis au peuple. Est-ce à dire que la démocratie, contestée de toute part (généralement parce qu’elle représente un mode de développement occidental et capitaliste), a atteint ses limites et apparaîtra dans l’Histoire comme une parenthèse heureuse ? Tout dépend du niveau d’exaspération et du niveau de résignation. En France, singulièrement, c’est la résignation qui l’emporte. Il suffit de voir l’indifférence à l’exclusion et au calvaire des sans-abris. Au 322e jour de l’année, 365 d’entre eux sont morts dans la rue. Cette information confidentielle prouve la résignation ambiante mais elle ne préjuge pas de ce qui peut arriver. Dans l’intérêt de tous, il vaudrait mieux que la démocratie se reprenne plutôt que d’être à la merci de coups portés de l’extérieur. Qu’est-ce qui l’empêche ? La dérégulation, le dogme de la « concurrence libre et non-faussée », la compétition entre les États plutôt que la coopération, autant de dogmes libéralistes qui ont favorisent une poignée d’intérêts privés, aussi puissants qu’ils sont peu nombreux. Inutile de rappeler le faible pourcentage d’individus qui possèdent l’essentiel de la richesse mondiale ou de la richesse de chaque pays. Les éthologues appelleraient ça la « loi de la jungle ». Le fait que ce faible pourcentage dispose de la richesse mondiale en dit long sur le niveau de résignation de l’humanité entière et sur le niveau d’illusion entretenu, précisément par les médias que les premiers détiennent. Plus que jamais, l’adage selon lequel la dictature, c’est « ferme ta gueule » tandis que la démocratie c’est « cause toujours » se vérifie. L’expérience nous montre pourtant que rien n’est éternel.

 

Régionalisation et démocratie :

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/02/26/12725785.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/03/02/12788046.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/11/19/28464473.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/11/20/28477740.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/01/19/28988852.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/06/09/30047055.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/06/09/30047084.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/06/11/30058402.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/12/17/31158387.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2016/03/20/33538912.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2016/03/20/33539726.html

Le regard du journaliste Michel Polacco, spécialiste de l’aéronautique, sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

https://www.franceinter.fr/emissions/co2-mon-amour/co2-mon-amour-09-avril-2016

https://www.franceinter.fr/emissions/co2-mon-amour/co2-mon-amour-19-novembre-2016

Images :

http://www.francetvinfo.fr/economie/medias/crise-a-i-tele/

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/notre-dame-des-landes-le-conseil-d-etat-valide-le-referendum-consultatif_1804149.html

16 novembre 2016

Mimétisme journalistique et réseaux sociaux

D’abord, un coup de chapeau à M. Jean-Marc Four, directeur de la rédaction d’Inter, pour avoir fait organiser un « Téléphone sonne », trois jours après son éditorial professionnel, déjà évoqué ici.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-14-novembre-2016

Ces jours-ci, on entend beaucoup que les médias étatsuniens « font leur mea culpa » concernant l’élection de Trump. Ils ajoutent qu’on attend de leurs confrères français qu’ils en fassent autant. Il faudrait déjà qu’ils aillent voir du côté de M. Jean-Marc Four qui l’a fait avant tous les autres et courageusement. L’autocritique n’est pas un exercice facile car il oblige à renoncer à ce à quoi l’on croit ou à des pratiques ancrées.

Les médias se trompent et nous Trump

Ensuite, il faut remarquer que, comme après Timisoara, on nous rebat les oreilles avec « plus jamais ça ». Et puis, au premier événement exceptionnel, les mauvaises habitudes reviennent. Il s’est écoulé un peu plus d’un an entre l’affaire de Timisoara en décembre 1989 et le début de la première guerre contre l’Irak en janvier 1991 pour qu’on retombe dans le sensationnel, les approximations, les prévisions fantaisistes, les commentaires infondés.

Donc, alors que les médias français se répandent en espérant une autocritique, qui ne dépend pourtant que d’eux, et sans tenir le moindre compte de la démarche d’un journaliste à un poste de responsabilité, les défauts apparus à la faveur de l’élection de Trump, continuent à parasiter l’information. M. Jean-Marc Four avait, notamment, pointé « l’effet mimétisme ». Or, pas plus tard que dimanche, quelques jours après l’élection de Trump, deux jours après l’éditorial de Jean-Marc Four, une nouvelle occurrence de l’effet mimétisme, une péripétie, en fait, occupe la une des médias mais pas que. Il s’agit de la mention, dans un discours de M. Juppé, candidat à la candidature pour la présidentielle, en pleine campagne des « primaires » de la droite, de « la caissière de Prisunic ». Il a suffi qu’un journaliste relève que l’enseigne bien connue n’existe plus depuis longtemps pour que tous les autres lui emboîtent le pas sur l’air de « ces hommes politiques sont déconnectés ». Il ne s’agit pas, ici, de défendre M. Juppé, bien au contraire. Simplement, tout le monde aura remarqué que nombre de nos expressions font référence à un monde disparu. Les mêmes, qui font semblant de se moquer de M. Juppé citant Prisunic, n’hésitent pas à abuser d’autres expressions toute faites, incompréhensibles par les plus jeunes générations qui les emploient, pourtant, mais sans en connaître l’origine. Combien de fois entend-on « franchir la ligne jaune » (le jaune a disparu de la signalisation horizontale depuis 1972), ou « rester/rentrer dans les clous », « trouver son permis dans un paquet de Bonux » ? Pourtant les journalistes les emploient toutes les semaines ; souvent pour décrire une initiative d’une personnalité politique dont on attend qu’elle affiche un point de vue identique à la ligne de son parti. La « caissière de Prisunic » est un classique pour décrire la condition de femmes mal payées et effectuant un métier, certes pas très qualifié mais très contraignant en termes d’emploi du temps et d’éloignement du foyer familial. Le discours journalistique est truffé de ces expressions toute faites, souvent éloignées de leur sens originel comme « l’été indien » qui désigne quelques jours de soleil (pourtant fréquents) au début de l’automne. On pourrait citer « l’état de grâce », « le vrai-faux passeport », « le village gaulois » etc. autant d’expressions qu’on superpose, qu’on détourne mais qui font florès parce qu’elles sonnent bien.

prisunic

Seulement, il fallait bien dire quelque chose d’un discours provenant d’un homme politique âgé qui ne propose rien de nouveau. Donc, tous les journalistes ont repris la remarque de l’un d’entre eux sur Prisunic. L’affaire ne s’arrête pas là. À l’occasion de l’élection de Trump, on a beaucoup parlé des « réseaux sociaux » qui auraient facilité la victoire du candidat qui se prétendait « anti-système ». On explique que, comme la plupart des médias étaient contre Trump, les électeurs se sont rabattus sur les réseaux sociaux, confondus avec les sites Internet partisans ou complotistes et, en tout cas pas fiables, pour obtenir des informations qui ne passent pas par le filtre des médias traditionnels. Dans le cas de Juppé et de Prisunic, on remarque que les réseaux sociaux français ont emboîté le pas au journaliste qui s’est cru malin en rappelant que l’enseigne n’existe plus et ont amplifié le phénomène. En d’autres termes, au moins en France, les réseaux sociaux ne diffèrent pas beaucoup des médias traditionnels. Simplement, les Français adoptent un comportement de clients de supermarché (de Prisunic!) qui se promènent dans les rayons et qui choisissent ce qui va dans leur sens. L’éducation de masse a donné à chacun l’impression d’être savant et la télévision, avec sa formidable machine à niveler, l’illusion de pouvoir discuter de n’importe quel sujet d’égal à égal avec les spécialistes. Le public a marché d’autant plus facilement, a foncé tête baissée, car, quelques jours auparavant, un autre candidat à la candidature de droite s’était ridiculisé en bredouillant qu’un pain au chocolat devait coûter entre 10 et 15 centimes. Cette fois, c’en était trop !

Ce qu’il faut bien voir, c’est que contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant les commentaires courroucés à l’endroit des médias, le public français n’est pas aussi critique qu’il en donne l’impression. Il râle. Il râle beaucoup, même, y compris lorsqu’il s’apprête à aller dans le sens qu’il vient de dénoncer. Les électeurs se plaignent qu’on voit toujours les mêmes mais, alors qu’ils ont le choix, ils votent pour les mêmes. Depuis des mois, déjà (et c’est la même chose avant chaque présidentielle), on entend des plaintes à l’endroit des principaux candidats mais, quand on leur demande pour qui ils vont voter, ils citent les deux ou trois que les médias mettent en avant et invitent tout le temps. Si l’on cherche à comprendre, ils répondent invariablement : ben, on a pas le choix, on va quand même pas voter pour X ou Y. Cela veut dire que les journalistes sont à l’image du public qui, finalement, s’y retrouve. On dénonce (mais pas tant que ça), des erreurs commises, une altération de l’évaluation mais, dans le même temps, on mobilise les mêmes moyens, les mêmes comportements et l’on arrive au même résultat. Le public aime dire qu’il n’est pas dupe et ne fait pas confiance aux médias mais suit volontiers ses recommandations.

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13 novembre 2016

Les médias se trompent et nous Trump

Deux chroniques entendues sur Inter viennent alimenter une analyse personnelle en cours d’élaboration.

Le journaliste Jean-Marc Four, actuel directeur de la rédaction d’Inter, et inoubliable créateur de « Et pourtant elle tourne », fait l’autocritique des médias deux jours après l’élection de Trump :

« A de rares exceptions, les journalistes n’ont de cesse de regarder ce que disent… leurs confrères. Comme la presse américaine (du moins celle dont on parle en Europe), prédisait et défendait la candidature Clinton… la presse européenne, dans la plupart de ses éditoriaux, a fait de même. Comme un effet d’entrainement. »

trumpé

C’est ce qui a été dénoncé, ici même et qui pourrais s’appeler « le syndrome Rika Zaraï », pour prendre un exemple léger et sans conséquence mais qui montre bien le fonctionnement des journalistes. Rappel des faits : la chanteuse avait publié une livre de recettes de cuisines à base de plantes et de tisanes. Elle prodiguait un certains nombre de conseils de bien-être et d’hygiène comme il s’en publie des dizaines chaque année. Seulement, elle seule a abordé les bains de siège. Du coup, tout le monde s’est persuadé que c’est le sujet de son livre. Il suffit qu’un journaliste lise un livre, voie un film et en extraie quelques lignes ou dialogues pour que tous les autres le reprennent. Il y a peut-être pire. Ce sont les dossiers de presse, ces plaquettes destinées aux journalistes et dans lesquelles on explique doctement les intentions de l’artiste, du cinéaste (notamment), la « démarche de l’auteur » et ce qu’il convient d’en dire. On y trouve toutes les références citées par les journalistes (le technicien qui a travaillé avec un cinéaste prestigieux par exemple), l’explication des blagues, les quelques références culturelles. Tous les journalistes reprennent ces pseudo-infos, avec le même verbiage prétentieux que dans les dossiers de presse. Il n’est même pas nécessaire de voir l’œuvre elle-même pour en parler. Il a suffi, autrefois, avant l’élection du Pdt Carter qu’un journaliste mentionne qu’il était négociant en arachides pour qu’un correspondant français traduise par « marchand de cacahuète » et, aussitôt, on s’est gaussé, ici, de ces Américains qui allaient élire un minable qui gagnait sa vie en vendant des cacahuètes ; avec toute la connotation ridicule induite par la sonorité du mot en français. On vient d’avoir la même chose avec Trump dont on n’a commenté, ici, que les outrances et la caricature. En d’autres termes, on s’est fait une opinion à partir d’une information déjà transformée.

Condescendance vis-à-vis du réel

C’est ce que M. J.-M. Four appelle « l’effet de mimétisme ». Mais il poursuit : « Plus grave, la condescendance vis-à-vis du réel C’est la troisième erreur, la plus lourde de conséquences. »

Or – et c’était la raison de cette analyse – depuis la confirmation de l’élection de M. Trump, on n’entend que des propos, plus que condescendants, méprisants vis-à-vis de l’électorat de Trump qui ne sont pas sans rappeler ceux tenus au lendemain du fameux référendum européen de 2005 (et notamment celui de M. Serge July dans Libération). On entend que c’est la victoire des « petits Blancs ». On désigne ainsi ceux qui pâtissent du système libéraliste, de la mondialisation, ceux qui ont perdu leur boulot du fait des délocalisations, notamment. On parle de cette « Amérique rurale », en d’autres termes de ces bouseux, de ces arriérés qui n’ont pas le bon goût de se cultiver comme dans les grandes villes étatsuniennes dont nous admirons la production culturelle ici. Quel mépris pour les exclus ! Ce mépris transpire en permanence dans les médias d’ici. Il accompagne le désintérêt de la gauche pour les classes populaires qu’elle est sensée défendre. Depuis les années 1980, la gauche, et notamment son parti phare, le PS, a délaissé le peuple pour ne s’intéresser qu’aux minorités et les encourager à cultiver leur différence, au point d’encourager une revendication de différence de droits. L’intention était sans doute louable avant d’être électoraliste mais elle a conduit le peuple, qui subissait la crise et la mutation de la société à se sentir exclu au point de s’en prendre à ceux qui bénéficiait nouvellement de l’attention de la gauche : « ils ont plus de droits que nous ». Qui n’a pas entendu plusieurs fois ce reproche ?

Entendre. C’est probablement là le nœud du problème. Les gens qui assaillent les permanences des élus pour obtenir un logement, un boulot dans l’administration territoriale après avoir perdu le leur dans la grosse boite du coin, pour faire avancer un dossier de simple reconnaissance de ses droits, ce gens-là, ont de plus en plus l’impression de ne pas être entendus, l’impression que d’autres, minoritaires mais organisés, sont prioritaires et « qu’il n’y en a que pour eux ». On a dit, tardivement, et pas très fort, que la République ne fait pas de différence et que l’égalité signifie l’égalité de droits pour tous. Pourtant, le discours médiatique et le discours de la gauche contredisent ce principe fondamental.

Le lendemain de l’élection de M. Trump, l’écrivain Frédéric Beigbeder reconnaissait dans sa chronique qu’il ne connaît pas le peuple et la réalité qu’il vit. « Au fond, qu’est-ce que je connais du peuple ? Je vis à Paris (…), je fréquente des écrivains, des journalistes, des cinéastes. Je vis en France mais complètement déconnecté de la souffrance du peuple. (…) Les gens que je rencontre s’intéressent à la culture. Une minorité d’intellectuels non représentatifs de la révolte profonde du pays.

Au début de sa chronique il confesse : « La semaine dernière, j’expliquais, avec l’assurance des ignares, que Trump allait perdre ». Terrible aveu. Cette assurance est la caractéristique du discours médiatique. Plus l’acteur médiatique est inculte, plus il aura d’aplomb et nous indiquera comment il faut comprendre ce qu’il vient de découvrir. Beigbeder n’est pas le seul. Tous les chroniqueurs qui ont envahi les antennes depuis une trentaine d’années fonctionnent de la même façon. C’est même le ressort de toutes les chroniques.

Il poursuit : « Cette élection crée un précédent historique : à partir de maintenant, pour gagner, tous les coups sont permis. Il suffit de promettre n’importe quoi, d’être le plus grossier possible, d’attiser la haine et d’être fier de ne pas payer ses impôts. » Attardons-nous sur ce dernier point. Le populo rechigne à payer l’impôt qui obère une partie de ses modestes revenus. Peu lui chaut que ce soit un milliardaire qui s’en vante. Le peuple qui se serre la ceinture aspire à échapper aussi à l’impôt, tout comme il aspire à devenir enfin riche. Il ne raisonne pas en termes d’exploitation. Il ne se dit pas que les milliards de son champion ont été acquis sur le dos de ses semblables mais à force de travail. Il ne se dit pas que l’impôt que le riche ne paie pas est compensé par celui qu’il paie lui-même. En revanche, il sera très remonté contre son voisin s’il découvre qu’il triche pour obtenir davantage d’aide sociale que lui. Le voisin est son semblable et il n’aime pas qu’il le dépasse. Ça s’appelle la jalousie. On n’est pas jaloux d’un milliardaire.

Démocratie et démagogie

Beigbeder s’interroge sur la démocratie : « Il est impossible d’être modéré et élu. Honnêtement, je sais pas comment défendre notre système politique. Il y a quelques jours, Le Monde, journal sérieux, a publié une enquête montrant qu’un tiers des Français était favorable à un régime moins démocratique ». On en arrive à ce paradoxe où la démocratie, parce qu’elle favorise les minorités plutôt que de s’intéresser au peuple sans distinction, est rejeté par une frange de plus en plus large de la population à laquelle, curieusement, s’ajoutent ceux qui voient dans la démocratie une émanation du système capitaliste occidental qui exploite les peuples. La mondialisation aura permis, au moins, de montrer l’alliance objective entre les anticapitalistes radicaux qui rejettent l’État – parce qu’il défend ce système avec ses forces de l’ordre – et les ultracapitalistes eux-mêmes qui veulent effacer le rôle de l’État afin de laisser faire l’entreprise et, en réalité, la finance. Pour des raisons inverses, la démocratie est attaquée de toute part et de plus en plus ouvertement et violemment.

« Il me semble que la démagogie est beaucoup plus violente depuis l’émergence des réseaux sociaux. (…) Les populistes qui nous disent coupés des réalités ont, peut-être, raison. Nous ne comprenons rien. Nous sommes impuissants face à l’autodestruction de la démocratie occidentale, dans la haine, la bêtise et le mensonge. » . Ce à quoi, le philosophe (le pseudo intellectuel comme dirait la Ministre de l’Éducation nationale), Michel Onfray ajoute : « On ne gagne pas des élections avec la raison et l'intelligence, des raisonnements et de l'analyse, mais en mobilisant les passions : la haine, le ressentiment, la vengeance, le mépris, l'agressivité, la parade, la vanité,  l'arrogance, l'orgueil font la loi. ».

penser

Comment pourrait-il en être autrement quand, pendant la même période, cette fatale trentaine d’années, on a méprisé ouvertement le peuple et ses aspirations pour ne s’intéresser qu’à une culture de connivence dont on se sent d’autant plus exclu qu’il faut supporter son imposition et qui caractérisait l’ancien régime. Comment pourrait-il en être autrement quand on a vidé des programmes de l’Éducation nationale tout ce qui contient du sens au profit de savoir-faire ? Comment pourrait-il en être autrement quand les mêmes programmes font la leçon aux élèves, leur fournissent un prêt à penser obligatoire au lieu de leur soumettre les grands textes pour qu’ils y trouvent les outils d’une pensée autonome ? 

Depuis une trentaine d’années, l’extrême-droite progresse alors que le discours dominant la fustige en permanence. Plus on démonte son discours, plus on s’en moque, plus une partie de plus en plus grande de la population se sent mise à l’écart en se reconnaissant dans quelques uns des propos tenus par ses porte-parole ; surtout quand, dans le même temps, des minorités sont présentées comme victimes prioritaires. Une partie de la population se sent doublement exclue. D’abord par un système de plus en plus inégalitaire et ensuite par l’impossibilité de faire reconnaître la réalité vécue au quotidien. Ainsi, s’est développé un contre discours identitaire pour répondre aux identités minoritaires exacerbées qui dominent le discours médiatique et politique. Jamais auparavant, on n’avait parlé « d’identité » sauf pour décliner ce qui figure sur les documents administratifs. La question ne se posait pas. On se sentait des affinités avec ses voisins, ses collègues de travail, quelle que soit l’origine. Elle se pose depuis qu’on est sommé d’indiquer son appartenance à un groupe quelconque et de s’en revendiquer avant toute chose. Il se crée ainsi des petits groupes dont certains bénéficient de la bienveillance et de la flatterie médiatique. C’est l’origine de tensions qu’on ne peut plus dissimuler et qui voit une partie de la population se sentir méprisée, pas assez bien et prête à suivre n’importe qui pourvu qu’il (ou elle) paraisse l’écouter et prendre en compte ses revendications. Ça devrait être le rôle de la gauche. C’était le raison d’être de la gauche. Force est de constater que ça ne l’est plus depuis longtemps, que le fossé se creuse et que les exclus affichent des préférences funestes, proches des bassesses du candidat Trump.

Trump, c’est la victoire du propos de bistrot, de la brève de comptoir sur l’argumentation

Ceux qui ont voté pour lui ne veulent pas entendre que « ça n’est pas possible, que les caisses sont vides, qu’on ne fait pas ce qu’on veut, qu’on est contraint par des accords, des traités ». Ils le savent mais le simplisme de ses propos suggère que, lui, n’en aura cure et que tout redeviendra comme avant quand, justement, il n’y avait pas ces contraintes imposées de l’extérieur. C’est tout le sens de « l’Amérique d’abord ». Penser d’abord à soi, régler ses propres problèmes avant de s’occuper de ceux des autres. Ceux qui souffrent au quotidien et dont on ne s’occupe pas, ont envie d’entendre ce discours parce que, même si, au fond, ils ne se font pas d’illusion, ils entendent qu’on parle d’eux, enfin.

L’élection de Trump contient tous ces avertissements et prophétisent une libération de la démagogie, de la pensée toute prête avec tout ce que ça charrie de détestation de l’autre, désigné comme responsable des souffrances réelles. A l’heure où il conviendrait de se recentrer sur des préoccupations concrètes, sur des solidarités nouvelles, la tentation est grande de désigner des coupables et d’écouter les brèves de comptoirs plutôt que les argumentations. Les médias sont mis en cause. L’écrivain Beigbeder, le journaliste Four ont compris le message. Toute la question est de savoir s’ils seront entendus ou si, la sphère médiatique considérera que ça ne peut pas arriver ici, tout en se tournant vers ceux qui parlent le plus fort, comme Trump, qui assurent le spectacle et l’audience, comme Trump et tous ceux qui le critiquent et dont c’est la raison d’être afin de se faire passer pour des gens bien et intelligents (pas comme Trump). Déjà, le mépris affiché pour « l’Amérique blanche et rurale » donne une idée de la tournure des événements. Il faut entendre, depuis l’élection de Trump, dans un pays comme le nôtre, la mise en avant de l’appartenance raciale (supposée) des électeurs de Trump. L’anti-racisme – louable intention évidemment – dominant ici, conduit à un contre racisme qui dénigre tout ce qui vient de la population blanche.

Forcément, ceux qui se sentent visés lorsqu’on méprise les « perdants de la mondialisation heureuse » et « les ruraux Blancs » (sous-entendu arriérés), ne vont, évidemment, pas apprécier. Ils seront confortés dans leur impression qu’ils sont exclus par les élites, les journalistes, le personnel politique, les commentateurs. Ils forment de nouvelles cohortes qui vont rejoindre ceux qui feignent de les écouter et les comprendre. Le raisonnement simpliste fait croire que le FN, parce qu’il est rejeté par le discours dominant (en raison de ses positions racistes), est forcément en phase avec tous ceux qui sont rejetés par le système et la crise économique qui persiste.

Le résultat tangible du désintérêt des élites pour la réalité que vit la majorité de la population, c’est que se dessine pour la prochaine élection présidentielle un choix entre une droite dure et l’extrême-droite. Comme en avril 2002, passée la surprise, passées les réactions à chaud, tout redevient comme avant et le « plus jamais » s’estompe. Plutôt qu’une remise en question, qu’une reconstruction, il était plus amusant d’annoncer, chaque fois que l’actualité était ralentie, « Jospin revient ». Aujourd’hui, les mêmes médias qui annonçaient, parce que c’était leur choix, la victoire de Mme Clinton, continuent d’annoncer un second tour de la Présidentielle entre Le Pen et un candidat de droite, Juppé de préférence. Ça tient de la prophétie autoréalisatrice et de la persuasion. Nul doute que les commentaires et les éditoriaux sont déjà prêts, tout comme les plateaux étaient prêts à accueillir les partisans de Mme Clinton au lendemain du vote étatsunien. La crise de la société oblige à des réflexions éloignée de la superficialité des médias et du déni de la réalité. La voie qui se dessine est le dénigrement des victimes du système et l’amplification de l’exclusion.

 

Développement des points évoqués et références :

La gauche a perdu la tête et sa base :

La gauche perd tout

Les preuves d'inculture générale :

L'inculture à l'épreuve des faits - réponse 1 à Gyges

Sarkozy et ses bouffons

La brève de comptoir contre l'argument

De la supériorité de la brève de comptoir sur l'argument - réponse 2 à Gyges

Idéalistes, révolutionnaires et autres indignés

politique et gazouillis

Débattre en France / Mes convictions 2

Détruire la connaissance

Depardieu, hélas !

Encore Le Pen

L'extrême droite dans les sondages et les médias

http://www.huffingtonpost.fr/2014/06/25/un-maire-fn-supprime-la-gratuite-de-la-cantine-pour-les-familles/

Le Pen une affaire de famille

Ruquier ciblé

Poubelle des médias

Marianne Diogène

Des frustrés

https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-frederic-beigbeder/le-billet-de-frederic-beigbeder-10-novembre-2016

https://www.franceinter.fr/emissions/la-mecanique-mediatique/la-mecanique-mediatique-11-novembre-2016

http://www.lepoint.fr/monde/michel-onfray-trump-est-la-poupee-gonflable-du-capital-09-11-2016-2081911_24.php#xtor=CS2-238