la lanterne de diogène

24 novembre 2016

Tourisme à Paris mais pas que

Coïncidence, je me trouvais à Paris au moment où Mme Pécresse, présidente de la Région qui englobe la capitale a annoncé un plan pour relancer le tourisme à Paris.

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/10/30/20002-20161030ARTFIG00039-valerie-pecresse-mise-sur-les-etudiants-pour-relancer-le-tourisme.php

Selon elle, la baisse considérable enregistrée cet été est certes due aux attentats mais elle s'empresse, dans un bel élan de nivellement qui caractérise tant les élites politiques françaises, d’insister sur l'image déplorable donnée par les grèves à répétition. Quelles grèves ? Depuis une vingtaine d'années, le nombre de jours de grève ne cesse de diminuer. L'image déplorable, elle est donnée par les médias audiovisuels qui amplifient le moindre mouvement de grève alors que, selon le Président Sarkozy lui-même, quand il y a une grève, on ne s'en aperçoit plus. Faudrait savoir !

Elle rejoint le Gouvernement qui a décidé, également, de lancer une grande campagne pour relancer le chômage. Cependant, à aucun moment, il ne leur est venu à l’idée que l’image déplorable de la France est d’abord donnée par la répression des manifestations du printemps dernier ; surtout auprès des touristes anglo-saxons qui sont très attachés à la liberté d’expression et de manifester. À aucun moment, ils n’ont pensé que la France donne une image plus que déplorable dans son traitement de l’accueil des réfugiés. L’impact des grèves est réel mais pas plus que la plainte des touristes qui se font rouler par des commerçants et notamment ceux d’un quartier comme Pigalle.

 

Les transports

Un touriste a besoin de se déplacer. D'abord, nombre de correspondances dans les métro, surtout aux stations fréquentées par les touristes, sont longues et pénibles. On a encore supprimé le trottoir roulant de Châtelet, la station la plus fréquentée, au centre de Paris. Autant d'occasions de se faire délester de quelques effets et menue monnaie. Le prix du forfait journalier est exorbitant. En fait, pour l'amortir, il faudrait passer sa journée dans les transports. Pour ça, il faudrait connaître parfaitement le réseau, ce qui n'est jamais le cas quand on fait du tourisme. Et puis, avant de s’en prendre aux rares grèves des transports en commun, il faudrait déjà faire le point sur la situation en temps normal. Il est plus qu’évident qu’il n’y en a pas assez. Un nouveau titre unique pour accéder aux transports et aux sites paraît une bonne idée sur le papier. Encore faut-il voir combien ça va coûter à l’acheteur, s’il aura bien le temps de se déplacer et de visiter dans une journée, sans oublier qu’une visite est fatigante et qu’on en enchaîne rarement deux dans la même journée, surtout quand on ne connaît pas et qu’il faut faire des pas inutiles. Et puis, en se présentant aux guichet, ne va-t-on pas lui répondre que ce titre n’est pas valable quand il s’agira d’un musée (par exemple) qui ne dépend pas de l’État ou de la Ville mais d’une fondation privée ou autre ?

La Mairie de Paris fait tout pour empoisonner la vie des automobilistes mais sans proposer une offre pour prendre le relais. On a donc le choix entre subir les embouteillages, les sens interdits, les ruptures de chaussées qui obligent à de coûteux détours, et s’entasser dans les métros et les bus. Prendre certaines lignes de bus relève aujourd'hui de l'exploit. On y est serré et l’on subit l’agressivité de tous. Ça n’est pas venu à l’esprit de Mmes Pécresse et Hidalgo que ça donne une image désastreuse de la capitale. L’une pointe les grèves et les syndicats (et l’on peut se demander si ça n’est pas surtout ça qu’elle vise), l’autre minimise ou suggère que ça fait partie du charme métissé de Paris. Quand on est dedans, dans certaines lignes, à certaines heures, on se demande si l'on va arriver indemne. Pendant ce temps, on en est à se demander s'il ne faudrait pas unifier et coordonner toutes les unités chargées de la sécurité qui interviennent dans les différents modes de transports et les différentes compagnies. En attendant qu'on trouve la réponse, les touristes peuvent bien craindre pour eux et leurs biens.

rue de lappe 2

On a beaucoup glosé et l'on s'est beaucoup indigné (on a les indignations qu'on peut dans notre beau pays) sur ces reportages qui ont été diffusés, l'an dernier dans des médias étatsuniens et qui montent en épingle des zones dans Paris intra-muros où il vaut mieux ne pas mettre les pieds si l'on tient à la vie. Ces zones, je les connais bien : il ne m'y est jamais rien arrivé. Je pense qu'il en est de même pour la majorité de la population mais on peut comprendre qu'un touriste s'y sente mal à l'aise. Ce sont des secteurs où les trottoirs sont encombrés jours et nuit et tous les jours. Ce sont des secteurs où les bus sont littéralement pris d'assaut par des voyageurs munis de poussettes, de chariots à commissions (voire des deux), où les incidents éclatent à chaque arrêt entre ceux qui veulent descendre mais en sont empêchés par ceux qui bloquent les accès et qui ne bougent plus une fois installés, par ceux qui veulent monter et qui voient les portières commencer de se refermer alors qu'ils ont encore au moins un pied sur le trottoir. Devant cette agressivité, on comprend que les touristes qui veulent aller ailleurs qu'à Versailles ou à la Tour Eiffel se sentent menacés. Et puis, pour se rendre d'une gare à une autre, quand on ne connaît pas et qu'on n'a pas le budget pour prendre le taxi, on est obligé d'en passer par là et avec des bagages. De ça, personne ne parle. Les voyageurs habituels le subissent tous les jours et se résignent, impuissants devant la dégradation palpable depuis une trentaine d'années. Alors, on tourne autour du pot. On parle de femmes victimes du machisme dans les transports, on a créé, à Paris, une pudique brigade de police municipale chargée des incivilités. On a annoncé des sanctions dont on comprend vite qu'elles visent surtout les malheureux sans-abris. Des exemples : mendicité dans les rames de métro, rester dans la rame au terminus (les sans-abris s'endorment et restent des heures, parfois dans la même rame), chanteurs, voyager sans ticket.

En revanche, quand on est vraiment importuné (notamment pour les femmes), quand des voyageurs se bousculent, voire se battent, pour monter ou descendre du bus, ou tout autre incident, il n'y a personne à qui s'adresser : personne dans les rames, personne sur les quais et, maintenant, personne non plus à l'entrée de la station puisque les cadres ont été remplacés par de simples agents d'accueil, peu qualifiés et inaptes à prendre des décisions. Parfois, des commandos de contrôleurs déploient un zèle démesuré envers ceux qui n’ont pas les jambes ou le culot pour envoyer promener cette engeance. Au passage, quelle est la légalité d’une amende qui est doublée quand on ne peut pas la régler sur le champ ? On voit, en lisant la presse, ou en étant simple témoin, que les contrevenants amendés sont principalement des braves gens, des ados, exceptionnellement en situation irrégulière.

Ceux qui fraudent tout le temps et passent devant les contrôleurs en leur adressant des insultes et des gestes obscènes n’ont rien à craindre. Et l’on discute pour savoir s’il faudrait réunir tous les services de sécurité qui opèrent dans les transports et coordonner leur action. Signalons que la SNCF fait très fort en déployant des équipes chargées de faire la chasse aux promeneurs qui s’aventurent sur les voies abandonnées de la Petite Ceinture (ferroviaire) quand des voyageurs montent la peur au ventre dans certains trains, le soir ; des voyageuses, surtout.

Ce manque de personnel, dénoncé depuis un demi-siècle par les usagers et les syndicats, est le principal facteur d’insécurité et de sentiment d’insécurité. C'est dans les transports qu'on a le plus détruit d'emplois : d'abord les poinçonneurs autrefois et, dans la foulée, les chefs de station sur les quais. Quand Mme Idrac a été nommée à la tête de la Ratp, en 2002, elle n'a rien trouvé de plus urgent à faire que d'automatiser la ligne 1, celle qui est la plus fréquentée. La ligne 13 qui dessert deux gares et les très touristiques Champs-Élysées (avec une station au pied du Grand Palais où se tiennent les prestigieuses expositions de renommée mondiale) peut bien attendre et voir ses voyageurs serrés pire que des anchois, depuis trente ans. En France, on sait très bien développer les moyens qui vont permettre de se passer de personnel. Si l'on évoque les transports parisiens, il ne faut pas oublier non plus les écluses automatiques – surtout depuis l'essor de la navigation de plaisance – et, bien sûr, les péages automatiques sur les autoroutes depuis qu’elles ont été privatisées.

Le calvaire de la ligne 13

 

Automates

Si en France le chômage est un cancer social, c'est parce que, viscéralement, on n'aime pas embaucher. Donc, on développe et l'on acquiert une excellence dans le domaine de la suppression d'emplois. Exagéré ? Il suffit d'observer les réactions quand un groupe industriel annonce qu'il vient de signer un contrat fabuleux. Si, dans la foulée, il annonce qu'il va (devoir) créer des emplois, aussitôt le titre se déprécie à la Bourse de Paris. Qu'au contraire, il annonce un plan de licenciements et le titre grimpe en flèche. C’est la concrétisation des théories économiques libéralistes qui considèrent le travail comme un coût, par rapport aux théories en vigueur auparavant où c’était un facteur de production. On voit les dégâts provoqués par ce changement de curseur. D'ailleurs, si la France a pris un retard considérable dans les technologies nouvelles, dans la transition écologique, notamment, c'est parce que ces secteurs créent des emplois et, donc, n’intéressent nullement les investisseurs qui recherchent d’abord le meilleur rendement de leurs actions. Après, le patronat a beau jeu d'accuser les 35 heures, les syndicats ou les délocalisations.

Et puis le soir, si l'on veut profiter du « Paris by night », pour le coup, il n'y a plus personne, même peu qualifiée, à qui s’adresser pour se renseigner sur l’itinéraire, la fréquence, la proximité. On parle de faire rouler le métro et les bus toute la nuit. Techniquement, ça doit pouvoir se faire mais s'il n'y a que des robots et des caméras, ce sera aux risques et périls des usagers. Paris est probablement la seule grande capitale à ne pas offrir de transports en commun climatisés : ni bus, ni métro, ni train de banlieue (pour aller à Versailles ou à l'aéroport). De ça, Mme Pécresse ne parle pas, car on a compris que sous prétexte de relance du tourisme à Paris, elle entend s’attaquer d’abord au modèle social français qui fait rêver le monde entier.

Les chauffeurs de taxi ne sont ni plus ni moins honnêtes avec les étrangers que partout ailleurs dans le monde mais ils font tout pour limiter le nombre de taxis en circulation pour s'assurer une clientèle captive. Pour eux, mieux vaut des clients qui attendent le taxi sous la pluie que de rouler à vide. On a vu que ça a encouragé d'autres formes de déplacements avec chauffeurs et que le mouvement est irréversible même si les gouvernements cèdent toujours devant la peur de routes bloquées. Des modes alternatifs ont fleuri comme les touk-touks (triporteurs sur base de scooter) ou les tricycles. Ça paraît sympa mais de nouvelles arnaques sont apparues. En ce domaine, Paris n’a rien à envier aux capitales de pays touristiques du Tiers-monde. Le Figaro et le Figaro-magazine publient des lettres de lecteurs dénonçant la syndicalisation des conducteurs des entreprises de transports en commun mais jamais le chantage exercé en permanence par les chauffeurs de taxi pour garder leur clientèle captive. Idem pour les autres médias qui font parfois de la pub sur les portières des taxis mais trouvent normal que les chauffeurs de bus fassent de la pub pour des radios qui les débinent à longueur d'antenne et pour le coup donnent une sacré mauvaise image de la capitale.

 

Les prix à Paris

Tout le monde sait que Paris est hors de prix. Tout y plus cher qu'ailleurs, même quand on est muni d'un guide avec des adresses futées. Il faut réaliser qu'une crêpe au sucre (avec ou sans beurre selon les cas) est vendue, au bas mot, 2,5€, soit environ 16 francs d'autrefois. Le plus souvent, dans les zones les plus fréquentées par les touristes, ce sera 3 ou 3,5 €. Et ça, c’est le haut de la liste parce qu’après viennent les crêpes au Nutella ou au Grand Marnier... ça donne une idée de la cherté à Paris. Idem pour des glaces. Les tarifs hôteliers sont prohibitifs. Les premiers touristes de la capitale sont les provinciaux qui veulent voir Paris, voir des films qu’on voit pas en Province, aller aux spectacles, voir les expos dont les médias parlent, montrer Paris à leur progéniture. D’abord, ils sont forcés de loger dans des hôtels à 50 bornes du périphériques s'ils veulent profiter d'une fin de semaine à Paris, sans y consacrer ce qui reste du salaire mensuel quand on a payé les factures incompressibles. Et se posera, bien sûr, le problème du transport, pour aller à l'hôtel, pour aller et revenir à Paris. Pour peu qu'on soit survolé par les avions d'un des deux aéroports parisiens...Les Asiatiques aussi sont hébergés loin de la capitale et c’est précisément sur le trajet entre leur hôtel et Paris qu’ils se font agresser et voler. On parle d’installer des postes de police mobiles pour enregistrer les plaintes et simplifier la procédure. Ça va dans le bon sens mais d’abord, il vaudrait mieux faire en sorte que personne ne se fasse dérober son bien et, après, donner une suite réelle à la plainte. Or, malgré les renforts attendus, il manquera de personnel pour assurer le suivi et peut-être de volonté.

rue de lappe

Quand le touriste peut enfin s’adonner à ses activités de visite, il trouve, parfois, porte close alors qu’il avait programmé la visite sur une journée ou qu’il est monté à Paris exprès.. Ce n’est pas à cause d’une grève dont les médias sont friands mais simplement parce que c’est la fermeture hebdomadaire, indispensable pour remettre tout en ordre. Or, le mardi, tout ou presque est fermé dans notre beau pays. Répartir les jours de fermeture des musées relève de la gageure car il faut affronter l’immobilisme de l’administration qui considère toujours que sa finalité est de réduire autant que possible les droits des administrés. En plus, tous les musées n’appartiennent pas à la même administration. Quand on pense que dans des villes de province, on n’arrive pas à faire dialoguer deux établissements culturels, on imagine à Paris. Rappelons que pour économiser sur le personnel, on a décidé, voici plusieurs années déjà, de fermer des salles du musée du Louvre à tour de rôle. Par conséquent, si l’on veut voir des œuvres un peu particulières, on n’est pas sûr que la salle où elles se trouvent sera ouverte. Là aussi, on se sera déplacé pour rien. Mais, Le Figaro et les idéologues qu’il supporte se fixent sur les grèves et les syndiqués. Il sont relayés par les autres médias qui diffusent ces opinions. C’est le mimétisme journalistique.

 

Le quotidien

Encore un détail que nos élites politiques ignorent, tout occupées de « communication », de casse des emplois et de services publics pour des raisons idéologiques.

Pas de savon dans les toilettes publiques des bars, des restaurants, des musées. Le papier n’est pas toujours renouvelé. Parfois une odeur infâme. Dans les restaurants, c’est parfois un recoin froid, traversé de tuyaux, de conduits, recouverts d’une simple peinture. Et ça a toujours été comme ça puisque Georges Orwell s'en émeut dans un livre qu'on préfère ne pas recommander, au contraire de celui d'Hemingway. Pourtant, on se rend compte que l'hygiène dans les lieux publics et touristiques a toujours été un problème, notamment parce que les responsables ne prennent pas la mesure du problème et, pour tout dire, ne s’en préoccupent absolument pas. Or, les touristes anglo-saxons et les touristes asiatiques sont très pointilleux sur ces questions. Si en Asie, il y a beaucoup à faire, il n'y a, en revanche, rien à redire dans les secteurs et les établissements fréquentés par les touristes, sans compter le sourire proverbial qui accueille les clients et qu’on a du mal à apercevoir à Paris. Parlant d’Asie, les agressions commises à l’endroit des touristes asiatiques se sont multipliées. Il est bien évident que ça dissuade les autres de venir. Si encore ils étaient bien reçus à la police, même si aucune suite n’est donnée. Et puis, il a échappé à notre personnel politique que de telles lacunes dans un pays comme la France qui jouit d’une auréole de bien-vivre, sont tout simplement inadmissibles !

On a toujours l'impression que les Français disent aux touristes : estimez-vous heureux de voir notre pays, n'en demandez pas plus et surtout ne vous plaignez pas ; non mais !

 

L’auteur de ces lignes a beaucoup voyagé. Dans chaque pays, j'ai pu trouver des personnes enchantées de pouvoir échanger avec un Français, en souvenir d'un séjour dans notre beau pays. Il s'en trouve toujours un pour me dire que, pourtant, son voyage a été gâché, qui par un taulier qui prétendait faire payer un supplément ou pour des services qu'il n'a pas offerts, par un hébergement qui ne correspondait pas à ce qui était annoncé, parce qu'il s'est fait voler etc. Sans parler de ce qui a pu se passer avec la police qui, dans le meilleur des cas, a enregistré poliment et dans des cas encore plus rares, avec bienveillance, les plaintes des touristes agressés, volés, importunés, en sachant pertinemment qu'il n'y aura aucune espèce de suite. Bien sûr, Mme Pécresse ne s’en prendra pas à ces honnêtes chefs d’entreprises, cette France qui se lève tôt et qui ne gagne d’argent que lorsqu’il y a des clients, au contraire de ces profiteurs de salariés qui touchent leur salaire quoi qu’il arrive.

Et puis, franchement, est-ce qu'on peut se dire pleinement satisfait de son séjour parisien quand, partout où l'on est allé, on a vu des dizaines de personnes allongées sur les trottoirs de la capitale ? Est-ce qu'on peut éviter d'en parler en retournant chez soi ? Est-ce qu'on peut ne pas établir une comparaison entre les prix qu'on a payés pour tout, entre la beauté des sites, la qualité des expositions, de nombreux spectacles, des restaurants et ces personnes qui ne mendient même pas toutes et qui semblent appartenir à l'identité de Paris au même titre que les bancs publics, les fontaines Wallace, les grilles d'arbres et les bouches d'égouts ? Notre classe politique vit hors-sol, sinon elle verrait ce qu'il y a au sol, justement. Dépenser des millions en campagnes de communication (de pub en clair) pour redorer l'image de la capitale alors que des malheureux jonchent les trottoirs ? C'est cette irrationalité, ce manque du plus élémentaire bon sens qui est reproché à nos élites politiques qui, finalement, ressemble à ce maire décrit par Nanni Moretti dans son journal intime cinématographique qui prétend se payer les services d'un éclairagiste et d'un décorateur pour créer des couchers de soleil et attirer les touristes. Tout le monde sait que la France est belle et même très belle, que Paris est beau et unique au monde. Tout le monde sait qu’on trouve à Paris des très bons hôtels et d’excellents restaurants, si l’on peut y mettre le prix. Pas le peine de dépenser de l’argent pour faire savoir ce que tout le monde sait. Investir dans des équipements et du personnel qualifié est autrement plus indispensable.

Mme Pécresse parle de recruter 200 personnes pour aider les touristes mais il ne s’agit pas d’embauche mais de « volontaires », des étudiants dont on espère qu’ils mettront gratuitement leurs compétences linguistiques au service des touristes. Après les stages en entreprise qui sont des emplois non payés, voici le bénévolat au profit des activités touristiques. Après on s’étonnera qu’il y a tant de chômage. On pointera les grèves, les syndicats. Voilà bien un mal français : il y a potentiellement besoin de 200 personnes qualifiées pour l’accueil des touristes mais l’on fera appel au bénévolat et, si ça ne suffit pas, on exigera que les titulaires des minima sociaux travaillent gratuitement. Pour tout dire, on a la désagréable impression d’avoir affaire avec une nouvelle occurrence de la théorie du choc de Naomi Klein. Les attentats et la baisse (pas énorme non plus : 8%) du nombre de touristes semblent être le prétexte pour faire passer l’ouverture des magasins le dimanche – alors que toutes les études montrent que la fréquentation est due à un simple report de jour d’achat – et lancer une nouvelle offensive contre les syndicats et, à travers eux, la protection sociale. Dans ce qui a été proposé, on cherche en vain des réponses concrètes aux problèmes qui se posent aux touristes dans la capitale.

 

Les proposition de Mme Pécresse :

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/10/30/20002-20161030ARTFIG00039-valerie-pecresse-mise-sur-les-etudiants-pour-relancer-le-tourisme.php

De son côté, la Mairie de Paris veulent relancer les cabarets :

http://www.leparisien.fr/paris-75005/tous-au-cabaret-28-10-2016-6263259.php

 

http://www.parismalanders.com/stadtviertel/marais/rue-de-lappe-paris-bastille/

Posté par la colere à 09:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


19 novembre 2016

Cause toujours !

Deux infos en apparence sans aucun rapport. En début de semaine, le dernier recours contre la construction de l’aéroport du grand ouest à Notre-Dame-des-Landes a été rejeté par la juridiction compétente. Au milieu de la semaine, les journalistes de la chaîne d’infos i-Télé ont cessé leur mouvement de grève après 31 jours. Dans les deux cas, ceux qui avaient le pouvoir de mettre un terme à de longs conflits ont choisi l’impassibilité. Longs conflits relatifs puisque l’aéroport est contesté depuis un demi-siècle tandis que l’autre n’a duré qu’un mois mais un mois sans salaire, c’est long !

 

i-télé

Le conflit à i-Télé opposait les journalistes à leur direction qui imposait à l’antenne, un animateur vedette qui venait d’être mis en examen dans une histoire de mœurs. Innocent ou pas, ça la fiche mal et les journalistes n’ont pas envie de s’afficher à côté d’un tel énergumène. Seulement, l’énergumène a été imposé par le PDG de Vivendi (entre autres) de la maison-mère de Canal+ qui détient i-Télé. Bonjour la concentration et le conflit d’intérêts. Il doit être la vitrine de la nouvelle grille et de la nouvelle image de la chaîne avant son changement de nom en C-news. L’image est forcément ternie mais ça n’a pas d’importance pour M. Bolloré. Le plus important pour lui, c’est de ne céder sur aucun point. C’est d’envoyer un avertissement clair à tous les salariés de ses entreprises et au-delà, à tous les salariés : vous pouvez protester, quémander, supplier, vous suicider, pas question de céder ! M. Bolloré préfère perdre de l’argent plutôt que de discuter. La plupart du temps, les salariés font grève pour obtenir une augmentation de salaire ou de meilleures conditions de travail. Ici, ça n’était même pas le cas. Parfois, une direction trouve plus avantageux de subir une grève et perdre momentanément de la clientèle plutôt que d’accorder une légère hausse de salaires. Dans le cas d’i-Télé, c’est donc une question de principe. D’abord, on ne discute même pas. On n’entame même pas de négociation. Ensuite, on laisse la grève se développer, en sachant que « la grève » est discréditée auprès du grand public. Il n’y a plus qu’à laisser pourrir la grève. On l’a bien vu à l’époque des grandes grèves à l’ORTF, les gens se fichent des motifs et ne voient qu’une chose : « ils nous privent de télé ! ». Par conséquent, M. Bolloré avait toutes les raisons du monde pour ne pas discuter mais il n’avait même pas besoin d’arguments. Son refus de négocier est totalement dogmatique : habituer les salariés (qualifiés par ses amis politiques de « privilégiés ») à n’être pas écoutés.

 

notre-dame-des-landes-nddl-aeroport-7_2396860

Pour l’aéroport, c’est un peu la même démarche. Depuis un demi-siècle (1965), on argumente en faisant valoir qu’un aéroport géant dans les environs de Nantes est déraisonnable, eu égard au trafic et au trafic prévisible. Il est évident que depuis tout ce temps, on a pu voir le trafic évoluer, voir ce qui se passe avec des événements imprévus tels que la hausse du prix du pétrole en 1974 et 1979 (le kérosène n’est pas taxé et les hausses impactent directement les coûts) et l’arrivée du TGV quelques années plus tard ; sans compter les autoroutes construites entre temps. Il faut rappeler que l’aéroport de NDDL a été conçu, au départ, pour favoriser Air-Inter, compagnie intérieure qui a disparu… Ces dernières années, d’autres arguments ont émergé comme la défense de l’environnement (protégé dans ce cas) et des terres agricoles dans un contexte d’augmentation de la population. Surtout, depuis que l’UE exige des budgets nationaux serrés, beaucoup de projets coûteux ont été abandonnés, notamment d’infrastructures ; d’autant que plusieurs aéroports récents, en Lorraine, en Limousin, en Champagne ont coûté très cher (sans compter les infrastructures pour y aller) et ne voient dans le meilleur des cas qu’une poignée d’avions par jour voire par an…

Ça fait beaucoup et, l’on a le choix entre ces principaux arguments et le bon sens. Seulement, le Gouvernement actuel, chahuté dans tous les secteurs entend montrer sa détermination. Envers et contre tout, il adresse un avertissement clair à la population : vous pouvez argumenter, protester, prendre des coups, être expulsés, ruinés, pas question de céder !

 

Dans les deux cas, le message est clair : désormais, la vox populi est disqualifiée. Plus question d’écouter la base, le peuple, le public – quel que soit le nom qu’on lui donne – on décide et ils obtempèrent. Le référendum européen de 2005 a été sans doute l’apogée de ce principe d’autorité : quoi que vous puissiez dire ou choisir, les décisions seront prises, en haut, sans tenir le moindre compte des demandes ni des avis. Nous avons vu, par ailleurs, en abordant les questions de régionalisation, comment avec les grandes régions et avec les intercommunalités, la plupart des décisions sont prises de plus en plus loin des électeurs et sans qu’ils puissent donner leur avis d’une manière ou d’une autre. Nous avons vu que l’Union Européenne, favorise justement les Régions et l’intercommunalité qui permettent de contourner les États et les élections. Pourtant, les avertissements ne manquent pas. Le référendum de 2005 a eu, plutôt, pour conséquence, de renforcer la détermination à ne pas écouter la voix du peuple ou les voix du peuple. Contre toute attente, lorsqu’on demande leur avis aux électeurs, ils choisissent de sortir leur pays de l’UE ou de ne pas mettre à sa tête une technocrate. Parions que l’avertissement ne sera pas entendu, une fois de plus. Parions que d’autres événements vont ébranler les démocraties fragilisées par les dogmes libéralistes imposés par la force depuis plus de vingt ans et qui ont vu triompher la mondialisation que certains qualifient d’heureuse quand elle accroît les inégalités dans les pays industrialisés (ou plutôt anciennement industrialisés) et qui sème le chômage, la précarité et les troubles sociaux dans les pays émergents après avoir permis à des millions de pauvres de sortir de leur état. Dans tous les cas, on n’a pas demandé son avis au peuple. Est-ce à dire que la démocratie, contestée de toute part (généralement parce qu’elle représente un mode de développement occidental et capitaliste), a atteint ses limites et apparaîtra dans l’Histoire comme une parenthèse heureuse ? Tout dépend du niveau d’exaspération et du niveau de résignation. En France, singulièrement, c’est la résignation qui l’emporte. Il suffit de voir l’indifférence à l’exclusion et au calvaire des sans-abris. Au 322e jour de l’année, 365 d’entre eux sont morts dans la rue. Cette information confidentielle prouve la résignation ambiante mais elle ne préjuge pas de ce qui peut arriver. Dans l’intérêt de tous, il vaudrait mieux que la démocratie se reprenne plutôt que d’être à la merci de coups portés de l’extérieur. Qu’est-ce qui l’empêche ? La dérégulation, le dogme de la « concurrence libre et non-faussée », la compétition entre les États plutôt que la coopération, autant de dogmes libéralistes qui ont favorisent une poignée d’intérêts privés, aussi puissants qu’ils sont peu nombreux. Inutile de rappeler le faible pourcentage d’individus qui possèdent l’essentiel de la richesse mondiale ou de la richesse de chaque pays. Les éthologues appelleraient ça la « loi de la jungle ». Le fait que ce faible pourcentage dispose de la richesse mondiale en dit long sur le niveau de résignation de l’humanité entière et sur le niveau d’illusion entretenu, précisément par les médias que les premiers détiennent. Plus que jamais, l’adage selon lequel la dictature, c’est « ferme ta gueule » tandis que la démocratie c’est « cause toujours » se vérifie. L’expérience nous montre pourtant que rien n’est éternel.

 

Régionalisation et démocratie :

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/02/26/12725785.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/03/02/12788046.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/11/19/28464473.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/11/20/28477740.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/01/19/28988852.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/06/09/30047055.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/06/09/30047084.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/06/11/30058402.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/12/17/31158387.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2016/03/20/33538912.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2016/03/20/33539726.html

Le regard du journaliste Michel Polacco, spécialiste de l’aéronautique, sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes

https://www.franceinter.fr/emissions/co2-mon-amour/co2-mon-amour-09-avril-2016

https://www.franceinter.fr/emissions/co2-mon-amour/co2-mon-amour-19-novembre-2016

Images :

http://www.francetvinfo.fr/economie/medias/crise-a-i-tele/

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/notre-dame-des-landes-le-conseil-d-etat-valide-le-referendum-consultatif_1804149.html

16 novembre 2016

Mimétisme journalistique et réseaux sociaux

D’abord, un coup de chapeau à M. Jean-Marc Four, directeur de la rédaction d’Inter, pour avoir fait organiser un « Téléphone sonne », trois jours après son éditorial professionnel, déjà évoqué ici.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-14-novembre-2016

Ces jours-ci, on entend beaucoup que les médias étatsuniens « font leur mea culpa » concernant l’élection de Trump. Ils ajoutent qu’on attend de leurs confrères français qu’ils en fassent autant. Il faudrait déjà qu’ils aillent voir du côté de M. Jean-Marc Four qui l’a fait avant tous les autres et courageusement. L’autocritique n’est pas un exercice facile car il oblige à renoncer à ce à quoi l’on croit ou à des pratiques ancrées.

Les médias se trompent et nous Trump

Ensuite, il faut remarquer que, comme après Timisoara, on nous rebat les oreilles avec « plus jamais ça ». Et puis, au premier événement exceptionnel, les mauvaises habitudes reviennent. Il s’est écoulé un peu plus d’un an entre l’affaire de Timisoara en décembre 1989 et le début de la première guerre contre l’Irak en janvier 1991 pour qu’on retombe dans le sensationnel, les approximations, les prévisions fantaisistes, les commentaires infondés.

Donc, alors que les médias français se répandent en espérant une autocritique, qui ne dépend pourtant que d’eux, et sans tenir le moindre compte de la démarche d’un journaliste à un poste de responsabilité, les défauts apparus à la faveur de l’élection de Trump, continuent à parasiter l’information. M. Jean-Marc Four avait, notamment, pointé « l’effet mimétisme ». Or, pas plus tard que dimanche, quelques jours après l’élection de Trump, deux jours après l’éditorial de Jean-Marc Four, une nouvelle occurrence de l’effet mimétisme, une péripétie, en fait, occupe la une des médias mais pas que. Il s’agit de la mention, dans un discours de M. Juppé, candidat à la candidature pour la présidentielle, en pleine campagne des « primaires » de la droite, de « la caissière de Prisunic ». Il a suffi qu’un journaliste relève que l’enseigne bien connue n’existe plus depuis longtemps pour que tous les autres lui emboîtent le pas sur l’air de « ces hommes politiques sont déconnectés ». Il ne s’agit pas, ici, de défendre M. Juppé, bien au contraire. Simplement, tout le monde aura remarqué que nombre de nos expressions font référence à un monde disparu. Les mêmes, qui font semblant de se moquer de M. Juppé citant Prisunic, n’hésitent pas à abuser d’autres expressions toute faites, incompréhensibles par les plus jeunes générations qui les emploient, pourtant, mais sans en connaître l’origine. Combien de fois entend-on « franchir la ligne jaune » (le jaune a disparu de la signalisation horizontale depuis 1972), ou « rester/rentrer dans les clous », « trouver son permis dans un paquet de Bonux » ? Pourtant les journalistes les emploient toutes les semaines ; souvent pour décrire une initiative d’une personnalité politique dont on attend qu’elle affiche un point de vue identique à la ligne de son parti. La « caissière de Prisunic » est un classique pour décrire la condition de femmes mal payées et effectuant un métier, certes pas très qualifié mais très contraignant en termes d’emploi du temps et d’éloignement du foyer familial. Le discours journalistique est truffé de ces expressions toute faites, souvent éloignées de leur sens originel comme « l’été indien » qui désigne quelques jours de soleil (pourtant fréquents) au début de l’automne. On pourrait citer « l’état de grâce », « le vrai-faux passeport », « le village gaulois » etc. autant d’expressions qu’on superpose, qu’on détourne mais qui font florès parce qu’elles sonnent bien.

prisunic

Seulement, il fallait bien dire quelque chose d’un discours provenant d’un homme politique âgé qui ne propose rien de nouveau. Donc, tous les journalistes ont repris la remarque de l’un d’entre eux sur Prisunic. L’affaire ne s’arrête pas là. À l’occasion de l’élection de Trump, on a beaucoup parlé des « réseaux sociaux » qui auraient facilité la victoire du candidat qui se prétendait « anti-système ». On explique que, comme la plupart des médias étaient contre Trump, les électeurs se sont rabattus sur les réseaux sociaux, confondus avec les sites Internet partisans ou complotistes et, en tout cas pas fiables, pour obtenir des informations qui ne passent pas par le filtre des médias traditionnels. Dans le cas de Juppé et de Prisunic, on remarque que les réseaux sociaux français ont emboîté le pas au journaliste qui s’est cru malin en rappelant que l’enseigne n’existe plus et ont amplifié le phénomène. En d’autres termes, au moins en France, les réseaux sociaux ne diffèrent pas beaucoup des médias traditionnels. Simplement, les Français adoptent un comportement de clients de supermarché (de Prisunic!) qui se promènent dans les rayons et qui choisissent ce qui va dans leur sens. L’éducation de masse a donné à chacun l’impression d’être savant et la télévision, avec sa formidable machine à niveler, l’illusion de pouvoir discuter de n’importe quel sujet d’égal à égal avec les spécialistes. Le public a marché d’autant plus facilement, a foncé tête baissée, car, quelques jours auparavant, un autre candidat à la candidature de droite s’était ridiculisé en bredouillant qu’un pain au chocolat devait coûter entre 10 et 15 centimes. Cette fois, c’en était trop !

Ce qu’il faut bien voir, c’est que contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant les commentaires courroucés à l’endroit des médias, le public français n’est pas aussi critique qu’il en donne l’impression. Il râle. Il râle beaucoup, même, y compris lorsqu’il s’apprête à aller dans le sens qu’il vient de dénoncer. Les électeurs se plaignent qu’on voit toujours les mêmes mais, alors qu’ils ont le choix, ils votent pour les mêmes. Depuis des mois, déjà (et c’est la même chose avant chaque présidentielle), on entend des plaintes à l’endroit des principaux candidats mais, quand on leur demande pour qui ils vont voter, ils citent les deux ou trois que les médias mettent en avant et invitent tout le temps. Si l’on cherche à comprendre, ils répondent invariablement : ben, on a pas le choix, on va quand même pas voter pour X ou Y. Cela veut dire que les journalistes sont à l’image du public qui, finalement, s’y retrouve. On dénonce (mais pas tant que ça), des erreurs commises, une altération de l’évaluation mais, dans le même temps, on mobilise les mêmes moyens, les mêmes comportements et l’on arrive au même résultat. Le public aime dire qu’il n’est pas dupe et ne fait pas confiance aux médias mais suit volontiers ses recommandations.

Posté par la colere à 19:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

13 novembre 2016

Les médias se trompent et nous Trump

Deux chroniques entendues sur Inter viennent alimenter une analyse personnelle en cours d’élaboration.

Le journaliste Jean-Marc Four, actuel directeur de la rédaction d’Inter, et inoubliable créateur de « Et pourtant elle tourne », fait l’autocritique des médias deux jours après l’élection de Trump :

« A de rares exceptions, les journalistes n’ont de cesse de regarder ce que disent… leurs confrères. Comme la presse américaine (du moins celle dont on parle en Europe), prédisait et défendait la candidature Clinton… la presse européenne, dans la plupart de ses éditoriaux, a fait de même. Comme un effet d’entrainement. »

trumpé

C’est ce qui a été dénoncé, ici même et qui pourrais s’appeler « le syndrome Rika Zaraï », pour prendre un exemple léger et sans conséquence mais qui montre bien le fonctionnement des journalistes. Rappel des faits : la chanteuse avait publié une livre de recettes de cuisines à base de plantes et de tisanes. Elle prodiguait un certains nombre de conseils de bien-être et d’hygiène comme il s’en publie des dizaines chaque année. Seulement, elle seule a abordé les bains de siège. Du coup, tout le monde s’est persuadé que c’est le sujet de son livre. Il suffit qu’un journaliste lise un livre, voie un film et en extraie quelques lignes ou dialogues pour que tous les autres le reprennent. Il y a peut-être pire. Ce sont les dossiers de presse, ces plaquettes destinées aux journalistes et dans lesquelles on explique doctement les intentions de l’artiste, du cinéaste (notamment), la « démarche de l’auteur » et ce qu’il convient d’en dire. On y trouve toutes les références citées par les journalistes (le technicien qui a travaillé avec un cinéaste prestigieux par exemple), l’explication des blagues, les quelques références culturelles. Tous les journalistes reprennent ces pseudo-infos, avec le même verbiage prétentieux que dans les dossiers de presse. Il n’est même pas nécessaire de voir l’œuvre elle-même pour en parler. Il a suffi, autrefois, avant l’élection du Pdt Carter qu’un journaliste mentionne qu’il était négociant en arachides pour qu’un correspondant français traduise par « marchand de cacahuète » et, aussitôt, on s’est gaussé, ici, de ces Américains qui allaient élire un minable qui gagnait sa vie en vendant des cacahuètes ; avec toute la connotation ridicule induite par la sonorité du mot en français. On vient d’avoir la même chose avec Trump dont on n’a commenté, ici, que les outrances et la caricature. En d’autres termes, on s’est fait une opinion à partir d’une information déjà transformée.

Condescendance vis-à-vis du réel

C’est ce que M. J.-M. Four appelle « l’effet de mimétisme ». Mais il poursuit : « Plus grave, la condescendance vis-à-vis du réel C’est la troisième erreur, la plus lourde de conséquences. »

Or – et c’était la raison de cette analyse – depuis la confirmation de l’élection de M. Trump, on n’entend que des propos, plus que condescendants, méprisants vis-à-vis de l’électorat de Trump qui ne sont pas sans rappeler ceux tenus au lendemain du fameux référendum européen de 2005 (et notamment celui de M. Serge July dans Libération). On entend que c’est la victoire des « petits Blancs ». On désigne ainsi ceux qui pâtissent du système libéraliste, de la mondialisation, ceux qui ont perdu leur boulot du fait des délocalisations, notamment. On parle de cette « Amérique rurale », en d’autres termes de ces bouseux, de ces arriérés qui n’ont pas le bon goût de se cultiver comme dans les grandes villes étatsuniennes dont nous admirons la production culturelle ici. Quel mépris pour les exclus ! Ce mépris transpire en permanence dans les médias d’ici. Il accompagne le désintérêt de la gauche pour les classes populaires qu’elle est sensée défendre. Depuis les années 1980, la gauche, et notamment son parti phare, le PS, a délaissé le peuple pour ne s’intéresser qu’aux minorités et les encourager à cultiver leur différence, au point d’encourager une revendication de différence de droits. L’intention était sans doute louable avant d’être électoraliste mais elle a conduit le peuple, qui subissait la crise et la mutation de la société à se sentir exclu au point de s’en prendre à ceux qui bénéficiait nouvellement de l’attention de la gauche : « ils ont plus de droits que nous ». Qui n’a pas entendu plusieurs fois ce reproche ?

Entendre. C’est probablement là le nœud du problème. Les gens qui assaillent les permanences des élus pour obtenir un logement, un boulot dans l’administration territoriale après avoir perdu le leur dans la grosse boite du coin, pour faire avancer un dossier de simple reconnaissance de ses droits, ce gens-là, ont de plus en plus l’impression de ne pas être entendus, l’impression que d’autres, minoritaires mais organisés, sont prioritaires et « qu’il n’y en a que pour eux ». On a dit, tardivement, et pas très fort, que la République ne fait pas de différence et que l’égalité signifie l’égalité de droits pour tous. Pourtant, le discours médiatique et le discours de la gauche contredisent ce principe fondamental.

Le lendemain de l’élection de M. Trump, l’écrivain Frédéric Beigbeder reconnaissait dans sa chronique qu’il ne connaît pas le peuple et la réalité qu’il vit. « Au fond, qu’est-ce que je connais du peuple ? Je vis à Paris (…), je fréquente des écrivains, des journalistes, des cinéastes. Je vis en France mais complètement déconnecté de la souffrance du peuple. (…) Les gens que je rencontre s’intéressent à la culture. Une minorité d’intellectuels non représentatifs de la révolte profonde du pays.

Au début de sa chronique il confesse : « La semaine dernière, j’expliquais, avec l’assurance des ignares, que Trump allait perdre ». Terrible aveu. Cette assurance est la caractéristique du discours médiatique. Plus l’acteur médiatique est inculte, plus il aura d’aplomb et nous indiquera comment il faut comprendre ce qu’il vient de découvrir. Beigbeder n’est pas le seul. Tous les chroniqueurs qui ont envahi les antennes depuis une trentaine d’années fonctionnent de la même façon. C’est même le ressort de toutes les chroniques.

Il poursuit : « Cette élection crée un précédent historique : à partir de maintenant, pour gagner, tous les coups sont permis. Il suffit de promettre n’importe quoi, d’être le plus grossier possible, d’attiser la haine et d’être fier de ne pas payer ses impôts. » Attardons-nous sur ce dernier point. Le populo rechigne à payer l’impôt qui obère une partie de ses modestes revenus. Peu lui chaut que ce soit un milliardaire qui s’en vante. Le peuple qui se serre la ceinture aspire à échapper aussi à l’impôt, tout comme il aspire à devenir enfin riche. Il ne raisonne pas en termes d’exploitation. Il ne se dit pas que les milliards de son champion ont été acquis sur le dos de ses semblables mais à force de travail. Il ne se dit pas que l’impôt que le riche ne paie pas est compensé par celui qu’il paie lui-même. En revanche, il sera très remonté contre son voisin s’il découvre qu’il triche pour obtenir davantage d’aide sociale que lui. Le voisin est son semblable et il n’aime pas qu’il le dépasse. Ça s’appelle la jalousie. On n’est pas jaloux d’un milliardaire.

Démocratie et démagogie

Beigbeder s’interroge sur la démocratie : « Il est impossible d’être modéré et élu. Honnêtement, je sais pas comment défendre notre système politique. Il y a quelques jours, Le Monde, journal sérieux, a publié une enquête montrant qu’un tiers des Français était favorable à un régime moins démocratique ». On en arrive à ce paradoxe où la démocratie, parce qu’elle favorise les minorités plutôt que de s’intéresser au peuple sans distinction, est rejeté par une frange de plus en plus large de la population à laquelle, curieusement, s’ajoutent ceux qui voient dans la démocratie une émanation du système capitaliste occidental qui exploite les peuples. La mondialisation aura permis, au moins, de montrer l’alliance objective entre les anticapitalistes radicaux qui rejettent l’État – parce qu’il défend ce système avec ses forces de l’ordre – et les ultracapitalistes eux-mêmes qui veulent effacer le rôle de l’État afin de laisser faire l’entreprise et, en réalité, la finance. Pour des raisons inverses, la démocratie est attaquée de toute part et de plus en plus ouvertement et violemment.

« Il me semble que la démagogie est beaucoup plus violente depuis l’émergence des réseaux sociaux. (…) Les populistes qui nous disent coupés des réalités ont, peut-être, raison. Nous ne comprenons rien. Nous sommes impuissants face à l’autodestruction de la démocratie occidentale, dans la haine, la bêtise et le mensonge. » . Ce à quoi, le philosophe (le pseudo intellectuel comme dirait la Ministre de l’Éducation nationale), Michel Onfray ajoute : « On ne gagne pas des élections avec la raison et l'intelligence, des raisonnements et de l'analyse, mais en mobilisant les passions : la haine, le ressentiment, la vengeance, le mépris, l'agressivité, la parade, la vanité,  l'arrogance, l'orgueil font la loi. ».

penser

Comment pourrait-il en être autrement quand, pendant la même période, cette fatale trentaine d’années, on a méprisé ouvertement le peuple et ses aspirations pour ne s’intéresser qu’à une culture de connivence dont on se sent d’autant plus exclu qu’il faut supporter son imposition et qui caractérisait l’ancien régime. Comment pourrait-il en être autrement quand on a vidé des programmes de l’Éducation nationale tout ce qui contient du sens au profit de savoir-faire ? Comment pourrait-il en être autrement quand les mêmes programmes font la leçon aux élèves, leur fournissent un prêt à penser obligatoire au lieu de leur soumettre les grands textes pour qu’ils y trouvent les outils d’une pensée autonome ? 

Depuis une trentaine d’années, l’extrême-droite progresse alors que le discours dominant la fustige en permanence. Plus on démonte son discours, plus on s’en moque, plus une partie de plus en plus grande de la population se sent mise à l’écart en se reconnaissant dans quelques uns des propos tenus par ses porte-parole ; surtout quand, dans le même temps, des minorités sont présentées comme victimes prioritaires. Une partie de la population se sent doublement exclue. D’abord par un système de plus en plus inégalitaire et ensuite par l’impossibilité de faire reconnaître la réalité vécue au quotidien. Ainsi, s’est développé un contre discours identitaire pour répondre aux identités minoritaires exacerbées qui dominent le discours médiatique et politique. Jamais auparavant, on n’avait parlé « d’identité » sauf pour décliner ce qui figure sur les documents administratifs. La question ne se posait pas. On se sentait des affinités avec ses voisins, ses collègues de travail, quelle que soit l’origine. Elle se pose depuis qu’on est sommé d’indiquer son appartenance à un groupe quelconque et de s’en revendiquer avant toute chose. Il se crée ainsi des petits groupes dont certains bénéficient de la bienveillance et de la flatterie médiatique. C’est l’origine de tensions qu’on ne peut plus dissimuler et qui voit une partie de la population se sentir méprisée, pas assez bien et prête à suivre n’importe qui pourvu qu’il (ou elle) paraisse l’écouter et prendre en compte ses revendications. Ça devrait être le rôle de la gauche. C’était le raison d’être de la gauche. Force est de constater que ça ne l’est plus depuis longtemps, que le fossé se creuse et que les exclus affichent des préférences funestes, proches des bassesses du candidat Trump.

Trump, c’est la victoire du propos de bistrot, de la brève de comptoir sur l’argumentation

Ceux qui ont voté pour lui ne veulent pas entendre que « ça n’est pas possible, que les caisses sont vides, qu’on ne fait pas ce qu’on veut, qu’on est contraint par des accords, des traités ». Ils le savent mais le simplisme de ses propos suggère que, lui, n’en aura cure et que tout redeviendra comme avant quand, justement, il n’y avait pas ces contraintes imposées de l’extérieur. C’est tout le sens de « l’Amérique d’abord ». Penser d’abord à soi, régler ses propres problèmes avant de s’occuper de ceux des autres. Ceux qui souffrent au quotidien et dont on ne s’occupe pas, ont envie d’entendre ce discours parce que, même si, au fond, ils ne se font pas d’illusion, ils entendent qu’on parle d’eux, enfin.

L’élection de Trump contient tous ces avertissements et prophétisent une libération de la démagogie, de la pensée toute prête avec tout ce que ça charrie de détestation de l’autre, désigné comme responsable des souffrances réelles. A l’heure où il conviendrait de se recentrer sur des préoccupations concrètes, sur des solidarités nouvelles, la tentation est grande de désigner des coupables et d’écouter les brèves de comptoirs plutôt que les argumentations. Les médias sont mis en cause. L’écrivain Beigbeder, le journaliste Four ont compris le message. Toute la question est de savoir s’ils seront entendus ou si, la sphère médiatique considérera que ça ne peut pas arriver ici, tout en se tournant vers ceux qui parlent le plus fort, comme Trump, qui assurent le spectacle et l’audience, comme Trump et tous ceux qui le critiquent et dont c’est la raison d’être afin de se faire passer pour des gens bien et intelligents (pas comme Trump). Déjà, le mépris affiché pour « l’Amérique blanche et rurale » donne une idée de la tournure des événements. Il faut entendre, depuis l’élection de Trump, dans un pays comme le nôtre, la mise en avant de l’appartenance raciale (supposée) des électeurs de Trump. L’anti-racisme – louable intention évidemment – dominant ici, conduit à un contre racisme qui dénigre tout ce qui vient de la population blanche.

Forcément, ceux qui se sentent visés lorsqu’on méprise les « perdants de la mondialisation heureuse » et « les ruraux Blancs » (sous-entendu arriérés), ne vont, évidemment, pas apprécier. Ils seront confortés dans leur impression qu’ils sont exclus par les élites, les journalistes, le personnel politique, les commentateurs. Ils forment de nouvelles cohortes qui vont rejoindre ceux qui feignent de les écouter et les comprendre. Le raisonnement simpliste fait croire que le FN, parce qu’il est rejeté par le discours dominant (en raison de ses positions racistes), est forcément en phase avec tous ceux qui sont rejetés par le système et la crise économique qui persiste.

Le résultat tangible du désintérêt des élites pour la réalité que vit la majorité de la population, c’est que se dessine pour la prochaine élection présidentielle un choix entre une droite dure et l’extrême-droite. Comme en avril 2002, passée la surprise, passées les réactions à chaud, tout redevient comme avant et le « plus jamais » s’estompe. Plutôt qu’une remise en question, qu’une reconstruction, il était plus amusant d’annoncer, chaque fois que l’actualité était ralentie, « Jospin revient ». Aujourd’hui, les mêmes médias qui annonçaient, parce que c’était leur choix, la victoire de Mme Clinton, continuent d’annoncer un second tour de la Présidentielle entre Le Pen et un candidat de droite, Juppé de préférence. Ça tient de la prophétie autoréalisatrice et de la persuasion. Nul doute que les commentaires et les éditoriaux sont déjà prêts, tout comme les plateaux étaient prêts à accueillir les partisans de Mme Clinton au lendemain du vote étatsunien. La crise de la société oblige à des réflexions éloignée de la superficialité des médias et du déni de la réalité. La voie qui se dessine est le dénigrement des victimes du système et l’amplification de l’exclusion.

 

Développement des points évoqués et références :

La gauche a perdu la tête et sa base :

La gauche perd tout

Les preuves d'inculture générale :

L'inculture à l'épreuve des faits - réponse 1 à Gyges

Sarkozy et ses bouffons

La brève de comptoir contre l'argument

De la supériorité de la brève de comptoir sur l'argument - réponse 2 à Gyges

Idéalistes, révolutionnaires et autres indignés

politique et gazouillis

Débattre en France / Mes convictions 2

Détruire la connaissance

Depardieu, hélas !

Encore Le Pen

L'extrême droite dans les sondages et les médias

http://www.huffingtonpost.fr/2014/06/25/un-maire-fn-supprime-la-gratuite-de-la-cantine-pour-les-familles/

Le Pen une affaire de famille

Ruquier ciblé

Poubelle des médias

Marianne Diogène

Des frustrés

https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-frederic-beigbeder/le-billet-de-frederic-beigbeder-10-novembre-2016

https://www.franceinter.fr/emissions/la-mecanique-mediatique/la-mecanique-mediatique-11-novembre-2016

http://www.lepoint.fr/monde/michel-onfray-trump-est-la-poupee-gonflable-du-capital-09-11-2016-2081911_24.php#xtor=CS2-238

09 novembre 2016

L’élection de Trump et ce que ça dit de nous

Donc, M. Donald Trump sera le prochain Président des États-Unis. Et nos médias de tirer la tronche le mercredi matin qui correspond à la soirée du mardi d’élections outre-Atlantique. C’est que, ici, en France, personne ne voulait y croire. Toutes les rédactions qui se sont déplacées là-bas, à grand frais, ont préparé des plateaux avec des partisans de Mme Clinton. Les économistes, les politologues, les soi-disant hommes de la rue : tous étaient pour la candidate Démocrate. Chaque station et probablement chaque télévision avait programmé une « nuit américaine », satisfaits de leur jeu de mot. Selon les émissions, on avait des spécialistes ou des artistes qui, tous, à l’instar de Bruce Springsteen ne tarissaient pas d’éloge d’Hilary. Les Français, toujours persuadés d’être les plus intelligents du monde, ont largement fait connaître leur préférence et ne comprennent pas qu’on ne les ait pas écoutés là-bas. Les commentateurs ont exposé la vacuité du programme de M. Trump ou sa dangerosité. Les humoristes se sont moqués jusqu’à son prénom, ignorants qu’ils sont que Donald est un prénom écossais très populaire avant d’être celui d’un personnage de « comics ».

http://www.rfi.fr/ameriques/20161109-etats-unis-donald-trump-elu-45e-president-etats-unis

 

Le message était : il faut voter Clinton car Trump est un imbécile. Comme en plus, tout passe par le prisme de l’anti-racisme, ici, on mettait en avant les propos racistes du candidat Trump et, dans une moindre mesure, ses dérapages à propos de la gent féminine. Curieusement, le traitement de la moitié de la population passe après celui des minorité ethniques. C’est comme ça et si l’arrêt symbolique de la journée de travail, voici quelques jours, à 16 h 34 pour les femmes a peut-être intrigué quelques personnes, il s’en trouve, y compris chez les femmes, pour trouver normal la différence de revenus entre les genres.

http://actus.clicanoo.re/article/soci%C3%A9t%C3%A9/1414979-les-femmes-appel%C3%A9es-%C3%A0-arr%C3%AAter-le-travail-aujourdhui-%C3%A0-16h34

http://www.francesoir.fr/tendances-eco-france/inegalites-salariales-les-femmes-appelees-cesser-le-travail-16h34-pour

 

Tout était bon, cependant pour se réjouir de voir la première femme accéder à la Présidence de la première puissance mondiale. Chaque fois qu’un journaliste annonçait qu’on connaîtrait bientôt le nom du nouveau Président, il se trouvait une voix féminine pour préciser : « ou de la nouvelle Présidente ! ». On a même souligné qu’il y avait un très beau coucher de soleil sur Manhattan et que c’était de bon augure pour le lendemain. Tout ça paraît bien lointain et bien vain, à présent.

On nous a expliqué, en long, en large et en travers que Trump ne pouvait être élu. Même ceux qui ne portent pas Hilary dans leur cœur ont rappelé qu’elle avait le soutien de la finance et de quelques pays riches, alliés traditionnels des États-Unis, qui ont financé sa campagne. Le système était trop bien organisé et trop fort pour laisser la moindre chance à un candidat marginal. C’est pourtant ce qui s’est passé. Ce qui a été approuvé par le peuple étatsunien, ce ne sont pas ses dérapages racistes et misogynes. Ce qu’on admire, c’est la possibilité qu’a, un homme seul, de briguer la Présidence. Certes, ça n’est pas n’importe quel homme. C’est un milliardaire mais dans un pays de forte culture protestante, ça n’est pas répréhensible ; au contraire. On a admiré sa capacité à financer tout seul sa campagne, à se passer de l’appareil du Parti Républicain et de sa logistique. On a salué sa constance, son opiniâtreté et sa pugnacité. Bref, on a salué sa réussite personnelle. Tout ce qui, ici, le rendait ridicule et paraissait comme autant de handicaps a été vu, là-bas, comme autant d’obstacles qu’il a surmontés.

Aux États-Unis et en Amérique, en général, on aime ceux qui parviennent à la force du poignet. c’est valable dans la vie de tous les jours. C’est valable dans le monde des entreprises. C’est valable, par conséquent, en politique. Là-bas, on aime une vieille formule qui illustre bien l’espoir offert à tous : « from the log cabin to the White House » (de la cabane en rondin des pionniers à la Maison Blanche). M. Barak Obama en est l’illustration la plus récente. Son successeur ne vient pas de rien. Il disposait déjà de la fortune paternelle lorsqu’il a débuté mais il l’a fait fructifier et la tour qu’il a fait ériger au cœur de la « grande pomme » en est la preuve visible ; et c’est ça qui a été plébiscité par l’électorat. Ici, au contraire, sa tour a été présentée comme le signe d’une mégalomanie pathogène et l’on méprise les « parvenus ». D’ailleurs, il n’y a pas de formule toute faite pour traduire « self-made man », tout simplement parce que la chose n’existe pas de ce côté-ci de l’Atlantique où l’on fait des courbettes devant les héritiers et où l’on n’aime que le travail d’équipe.

Toujours est-il que, une fois de plus, les médias, se sont gourés. Comment peut-il en être autrement puisque le niveau de connaissance, de culture générale est ridiculement bas et contraste singulièrement avec les moyens dont disposent les rédactions ? Ah oui, ils savent nous en mettre plein les yeux et les oreilles avec leurs effets spéciaux, leurs « jingles », les satellites qui nous ont habitués à ces 2 secondes de décalage entre la question et la réponse. Seulement, ça ne fait pas tout et ça n’est pas celui qui a la plus grosse qui a forcément raison. Le matin, on pouvait percevoir l’embarras des meneurs de débats face à leurs invités, tous du camp Démocrate, qui ne savaient que dire de la défaite qui s’amplifiait. Pis, il fallait exhumer les quelques propos de Républicains, grappillés avant la soirée pour avoir quelques échos sonores du camp vainqueur. On a même entendu que, finalement, il fait froid à New York, cette nuit. Il sont loin le coucher de soleil et le beau quartier de lune de la veille. Tout ceci était ridicule et pathétique. On pourrait croire que les médias qui parlent de « gueule de bois » ce matin feront amende honorable et tireront les leçons de leur emportement démesuré. Gageons qu’il n’en sera rien et que, au contraire, on trouvera rapidement de quoi faire oublier cette bévue et ce gaspillage de moyens en vue de célébrer la première femme Présidente des États-Unis.

Les médias contre la démocratie

 

Maintenant, voyons les conséquences pour nous. D’abord, rappelons qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les Républicains et les Démocrates. Simplement, les derniers ont notre préférence car ils sont un peu plus soucieux de partage des richesses et, partant, ont la faveur des Noirs. Donc, on aime bien les Démocrates et, comme on aime bien les victimes, on garde le souvenir de l’assassinat du Président Kennedy. Nombre de communes françaises l’ont honoré d’un nom de rue. Il faut tordre le cou à l’idée selon laquelle le Parti Républicain serait l’équivalent de notre droite parlementaire (c’est en grande partie vrai) et le Parti Démocrate serait un parti social-démocrate. Rien n’est plus faux. Les deux se situent bien à droite. Sur le plan international, on a vu, ces dernières années, que les États-Unis ne font plus la pluie et le beau temps dans le monde. On a vu aussi comment les aventures criminelles lancées par le clan Bush ont déstabilisé le monde entier. Désormais, la Maison Blanche reste en retrait et c’est ce qui a été reproché au Président Obama. Il n’a réglé aucun des conflits en cours et son successeur pensera surtout à se retirer des champs de bataille. En revanche, il a promis d’aller contre les traités de libre-échange. Alors que son adversaire promettait de tout faire pour en signer davantage, que les Européens se jettent à corps perdu dans les griffes de ces traités qui leur sont pourtant très défavorables, M. Trump envisage d’y mettre fin. Son constat est simple : l’ALENA et les autres traités ont surtout servi à délocaliser la production et donc à mettre au chômage les salariés étatsuniens. Le Mexique est le grand bénéficiaire mais pas seulement puisque d’autres traités viennent d’être signés ou seront signés bientôt avec l’Asie. Il est bien évident qu’un peuple de chômeurs n’a aucune raison d’approuver de tels traités. Le tout est de voir s’il aura les moyens de résister à la grande finance internationale qui soutenait Mme Clinton et saura se contenter des baisses d’impôts promis.

 

Maison-Blanche

En fait, tout dépendra de qui va travailler avec le futur Président Trump. Nous avons déjà connu la situation où un pitre s’est installé à la Maison Blanche. Dans les deux cas, il avait été porté par le Parti Républicain et par un clan, composé d’ intérêts particuliers mais convergents. C’est ce clan qui a poussé à la guerre en Afghanistan, officiellement pour chasser les soviétiques athées mais, en fait, pour faire passer des oléoducs et contourner l’ennemi iranien. On sait ce qui est advenu en finançant les ultra-religieux. C’est encore ce clan qui a poussé à la guerre en Irak, avec les conséquences que nous subissons depuis, en permanence et alors même que la France y était opposé. Tout dépendra de ceux qui le conseilleront. Lui, tâchera de réaliser ce qu’il a promis mais pour le reste, il laissera faire les conseillers qui, comme d’habitude, se tireront dans les pattes. Le rôle du vice-président sera fondamental, d’autant que, dans un premier temps, c’est lui qui devra trouver ceux qui formeront le Gouvernement fédéral et la plupart des membres des cabinets. Or, le Parti Républicain a soutenu le candidat Trump comme la corde, le pendu.

 

Autre conséquence sur notre politique, cette fois. En France, nous avons la vision de l’Amérique que notre imaginaire a construit à partir de vieux clichés, d’images sur nos livres scolaires, des clips vidéo des chanteurs de là-bas et des produits infects que les traités nous forcent à trouver dans les magasins. Nous voyons qu’il en est de même de la politique. Chacun prend dans les États-Unis ce qu’il a envie et ce qui l’arrange. À droite, on aime l’entreprise, les impôts modérés, l’armée surpuissante, la primauté du religieux, gage de conservation des traditions qui ont assis la prospérité de quelques intérêts particuliers. À gauche, on admire la culture décalée, on feint de croire que les chansons que nous aimons ici sont engagées alors que les textes sont creux voire mièvres. On aime les grandes manifestations pacifistes et la lutte des minorités pour l’égalité. Remarquons qu’ici, on a fait le contraire : on a encouragé les minorités à se singulariser et se revendiquer comme telles. Maintenant, comme tout le monde veut faire « comme en Amérique », on imite, on singe, plutôt. Il y a ce qu’on appelle « les primaires » et dont on devrait voir qu’elles n’ont rien de commun avec celles des États-Unis. Peut importe, on persiste. On aime ces références américaines. Aussi, l’extrême-droite se trouve des affinités avec l’initiative Trump. Elle entonne son refrain favori sur le « candidat anti-système ». S’il avait été battu, on aurait compati et pesté contre le système qui bâillonne la voix du peuple. Vainqueur, c’est de bon augure. C’est ce qu’on va nous servir, avec l’appui des médias qui n’ont jamais voulu reconnaître que l’extrême-droite actuelle est son pur produit et qu’ils en ont besoin pour faire de l’audience car, les dérapages, toujours attendus, sont prometteurs de jours et de semaines de commentaires, sans compter les livres écrits depuis trente ans. Déjà, dès le mercredi matin, avant même la proclamation officielle du résultat, on avançait que ça profiterait à Le Pen. Et d’établir des comparaisons : les cheveux blonds, la candidate autoproclamée « anti-système » alors qu’elle est l’enfant, au propre et au figuré de la politique puisqu’elle succède à son père. Qu’importe ! Comme pour le reste, on prend ce qui arrange.

Le Pen une affaire de famille

Encore Le Pen

L'extrême droite dans les sondages et les médias

 

En tout cas, il y a quelque chose qui échappe complètement aux Français : c’est que, aux États-Unis, la classe politique se renouvelle. C’est aussi une exception française que de voir les mêmes politicards pendant des dizaines d’années. Mitterrand a connu deux Républiques, quantité de postes ministériels où il n’a pas brillé. Chirac a hanté les cabinets ministériels dès la fin de son service militaire. Battus, ils n’ont eu de cesse d’organiser leurs partis politiques, de les créer, même, afin de servir leur ambition. Nous n’avons que des chevaux de retour à la présidentielle, que des candidats qui ont échoué d’une manière ou d’une autre. Force est de constater que c’est ce que le peuple, ou du moins les électeurs, veulent puisqu’ils écartent les nouveaux venus et tous ceux qui proposent une réelle alternative. Aux États-Unis, les électeurs ont signifié qu’ils ne voulaient pas revoir un(e) Clinton à la Maison-Blanche. Pourtant, ce n’est pas ça que les commentateurs français mettent en avant et forcément puisque ça irait contre leurs propres intérêts. Nous avons vu, avec la couverture de la campagne aux États-Unis, tout ce dont les médias sont capables. On nous a dit que le futur président est un con, qu’il ne pouvait pas gagner, on a déployé des moyens démesurés pour couvrir les derniers jours de la campagne, on a organisé des « nuits américaines », on s’apprêtait à se réjouir qu’une femme entrerait à la Maison Blanche. On n’arrête pas de suggérer qu’il faut imiter ce modèle en France, qu’il faut des primaires et qu’il faut une alternance tranquille à l’américaine, avec nivellement idéologique (c’est en cours) et mise à l’écart des autres tendances. On oublie que ce nivellement et cette gabegie sont rejetés par une forte proportion de l’électorat qui ne se déplace pas pour voter, sachant que ça ne changera pas sa vie quotidienne. On oublie que ce nivellement, cette absence d’alternative réelle favorise les positions extrême et le repli sur soi. Alors qu’il faut du temps pour que les nouveautés traversent l’Atlantique, on observe partout ce repli sur soi et ce rejet de l’autre. Les États-Unis, phare du monde, viennent de nous le rappeler.

Posté par la colere à 11:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


04 novembre 2016

Ce que les programmes révèlent de l’esprit d’Inter (2016 / 2017)

Intéressons-nous à la matinale des fins de semaine. Après le bulletin d’infos de 6 h, il faut 1 mn à Mme Martin pour lister toutes les rubriques de ses 3 heures d’antenne avec, bien sûr, une concentration à partir de 6h 50. Comment pourrait-il en être autrement puisque, aussitôt décliné le programme, c’est la première pause musicale alors que l’émission n’a pas commencé ?

PatriciaMartin2004

Cette matinale illustre parfaitement ses ambitions, ses contradictions et ses prétentions : on ajoute, on surajoute des rubriques, des chroniques jusqu’à ras-bord. On ne tient aucun compte de l’attente des auditeurs. Les samedis et dimanches, même quand on travaille, on aime prendre son temps. La radio doit accompagner le rythme des journées de loisirs qui s’annoncent à l’antenne. Or, ça n’arrête pas. L’animatrice doit couper la parole de ses intervenants, pour enchaîner aussitôt avec les suivants. La pause musicale entre le journal des sports (lui aussi décliné sur les chapeaux de roues) et l’entrevue politique (est-elle indispensable ces jours-là?) dure 2 mn 1/2. Donc, on parle pendant l’introduction et l’on coupe avant la fin. Tout ça pour entendre un acteur politique de second rang (qui accepte de se lever tôt un samedi ou un dimanche pour se faire connaître) commenter l’événement politique mené, le dimanche après-midi, par ceux de premier plan, trop occupés à préparer leur discours pour venir le matin sur Inter.

La qualité et l’intérêt des diverses interventions ne fait pas débat mais leur addition n’est déjà pas adaptée à la semaine, alors, à plus forte raison à la fin de la semaine. Il faut voir que Mme Martin, passionnée de livres, a dû se bloquer 2 ou 3 minutes à heure fixe pour parler d’un bouquin qu’elle a aimé. Dans les années 1990, lorsqu’elle animait la matinale de la semaine entre 7 h et 9h, elle trouvait, selon son humeur, le temps d’évoquer un livre, un auteur, un événement. Elle trouvait le moyen de passer une chanson au cours de chaque demi-heure. Comment expliquer que ça ne soit plus possible ?

Il faut bien comprendre que si cette tranche hebdomadaire est commentée ici, c’est parce qu’elle nous donne des indices sur la manière dont sont établis les programmes. Sur Inter, les producteurs ne se soucient pas de l’auditeur. Ils présentent leurs projets aux directeurs et, au bout du compte, ils tâchent de caser ceux qu’ils ont retenu et accordent, à quelques recalés, un strapontin, sous forme de chronique quotidienne ou hebdomadaire, généralement dans la matinale. Les moyennement chanceux disposeront d’une petite heure un vendredi, ou bien un samedi, à moins que ça ne soit un dimanche, quand les auditeurs ne sont pas à l’écoute. D’où cette impression de fourre-tout, de fatras. D’où ces programmes qui ressemblent à ces albums de timbres où l’on déplace les éléments chaque fois qu’on les ouvre.

michele-rivasi

Et puis, il n’échappe à personne que nous sommes en pré-campagne électorale. L’astuce des partis politiques et des médias consiste à codifier cette période. Ainsi, les partis qui aspirent à gouverner mais aussi ceux qui aspirent à infléchir les objectifs des premiers, organisent des « primaires ». On prend un terme qui nous vient de la très particulière politique intérieure des Etats-Unis où l’on procède à un premier tri dans les deux grands partis qui se succèdent à la Maison Blanche. Soit. Ici, on feint de demander aux militants, de chez eux, de choisir leur champion pour le sacrifice suprême. Les premiers à avoir tenté la chose ont été les socialistes avant l’élection de 2012. Il en est sorti le candidat Hollande qui, une fois Président, a désigné comme Premier Ministre, le candidat arrivé bon dernier de la « primaire ». Cette fois, tous veulent en passer par là. Coïncidence, EELV et LR organisent leur compétition à peu près en même temps. Pas de problème, chaque radio généraliste propose deux entrevues politiques au cours de sa matinale mais il y a une petite différence entre les deux. Mardi 25 octobre 2016, Inter accorde 25 mn pour M. Juppé dont on sait déjà tout et 10 mn pour Mme Rivazy dont on ne sait encore rien. Nous avons là l’illustration de "l'équité" telle qu’elle est réclamée par les médias. Les meilleurs créneaux pour les politicards chevronnés qu’on voit et qu’on entend depuis des dizaines d’années et les miettes, entre deux autres rubriques (ou deux pubs selon la station) à des heures de moindre écoute ou face à un journaliste moins prestigieux pour ceux qui proposent autre chose, qui apportent des solutions nouvelles. Justement, on ne veut pas de ça. On veut des politicards qui assurent le spectacle. Un peu comme TF 1 qui, peu après sa privatisation, reléguait les émissions du Commandant Cousteau à 1 heure du matin puisque son public n’aurait, de toute façon, pas été intéressé par la publicité avant et après. « L’équité », selon les médias consiste à favoriser ceux qui ne vont pas aborder le fond des sujets mais balancer quelques vacheries à l’encontre des autres, quelques insinuations, qui vont être commentées facilement pendant des jours et des semaines. Surtout, ne pas inviter des politiciens qui vont argumenter et dont il faudra étudier les arguments. Nous n’étions que fin octobre. Ça promet pour les mois qui viennent. La campagne va voler encore moins haut que d’habitude ; et l’on est sur Inter qui ne dépend pas de la publicité et qui a une réputation de sérieux.

 

Posté par la colere à 11:43 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

Inter : saison 2016 / 2017

Pas de bouleversement cette année. On dirait que la maison ronde est maintenant apaisée. Personne ne s’intéresse plus à ce qui s’y passe. On n’attend plus la direction au tournant et la direction n’a pas eu à gérer une grève de longue durée.

La publicité

Je voudrais en profiter pour poursuivre la réflexion et les interrogations sur la publicité.

Saison 2015/16 sur Inter (1) : sports et publicité

Donc, la publicité de marque a investi l’antenne d’Inter qui gagnait et conservait ses auditeurs largement pour ses programmes sans interruption. Bien sûr, pour les auditeurs qui ne changent jamais de chaîne, c’était encore trop. D’autant plus que, forcément, les pages de publicité se concentrent dans les tranches horaires les plus écoutées. Et puis, comme aujourd’hui, avant même de parler de contenu, on parle de sous – et que ce soit en matière de mass media ou de n’importe quel domaine à commencer par la politique – on a demandé à ouvrir la publicité aux marques, au lieu de réserver l’antenne aux campagnes collectives, aux banques, mutuelles et assurances, ainsi que les messages de services publics. Soit mais on ne comprend pas bien en quoi l’ouverture aux marques commerciales rapporte davantage si le temps de publicité n’augmente pas. Or, on nous a promis – façon de couper la poire en deux et de mécontenter tout le monde – que les créneaux publicitaires n’augmenteraient pas. Dans ces conditions, on a envie de demander : à quoi bon ? La première suggestion qui vient à l’esprit, c’est qu’on ouvre une brèche. En admettant les marques, on prépare l’auditeur au moment où le PDG du moment exigera plus de revenus publicitaires pour tenir compte d’une baisse de la contribution de l’État (la redevance) qui ne manquera pas d’arriver. Nous avons vu en passant que ce qui tient lieu de politique à présent est le slogan : il faut faire des économies. On habitue l’auditeur aux marques et, force est de constater que les auditeurs n’ont pas manifesté leur mécontentement. Comme quoi, la résignation est généralisée.

Pourtant, la publicité de marque évolue, comme pour tenir compte de la personnalité des auditeurs d’Inter, publiphobes par définition. Il s’agit de ne pas les détourner non plus. Sur Inter, ceux qui interviennent à l’antenne comme ceux qui les écoutent veulent bien des pubs – puisqu’il le faut – mais pas n’importe quoi. On veut des pubs qui ne soient pas originales, qui soient quasiment anodines, qui déclinent le produit et, tout au plus, vantent ses qualités. En revanche, on abhorre les musiques tonitruantes et entêtantes et, surtout, on ne supporte pas les mises en scènes, les petites histoires qui visent à placer le produit dans un contexte ; surtout s’il y a une intention humoristique. On voit bien ce qu’il en est avec les petits sketches de Chevalier et Laspalès qui insupportent les auditeurs et ceux qui tiennent l’antenne, au point que le duo est interdit d’antenne de fait, depuis qu’ils se compromettent dans la pub. Par conséquent, les marques elles-mêmes, font des efforts pour proposer des messages presque sobres afin de ne pas produire l’effet inverse à celui recherché. Ainsi, un certain nombre de marques choisissent carrément de ne rien proposer sur Inter ; pour le moment. Rappelons aussi ce moyen de détourner la règle en diffusant 3 ou 4 fois les cours de la bourse, qui n’intéressent personne, qui sont disponibles en temps réel avec des applications sur smartphones ou sur l’Internet classique mais qui permettent de faire payer la citation de la marque qui les accompagne.

 

Les programmes

Pour les programmes, pas de chamboulement, tout au plus des changements d’horaires mais les grandes lignes sont maintenues. Puisqu’il le faut, un mot sur le départ de Mme Kathleen Evin dont on pensait qu’elle était inamovible de sa tranche horaire qu’elle monopolisait sans contestation depuis 16 ans. On ne peut pas dire que ça change beaucoup puisque Mme Laure Adler fait à peu près la même chose et de façon aussi soporifique. En fait, on la retrouve quand même le soir puisque, deux mois après l’instauration de la nouvelle grille, on diffuse presque chaque soir une annonce pour signaler son nouvel horaire et les samedis et dimanches, ce sont plusieurs annonces. Difficile de passer à côté. En revanche, rien pour le déplacement de l’émission de Mme Zoé Varier qui ne passe plus le vendredi soir mais le lendemain. Est-ce l’étape avant la suppression ? C’est souvent comme ça que ça se passe, surtout si l’on ne fait rien pour promouvoir. Observons que depuis des années, depuis la fin du « Pont des artistes », aucune émission ne s’est installée le samedi à 20h. D’une manière générale, les programmes des samedi et dimanche donnent l’impression d’une construction hétéroclite avec pour ainsi dire que des émissions d’une heure qui se succèdent et qui pourraient être diffusée n’importe quand.

Ali Rebeihi

Sur le fond, M. Ali Rébeihi se colle à la tranche interactive de 10 h à 11 h. Déjà, les années précédentes, on avait vu l’universitaire Guillaume Erner s’essayer à l’échange avec les auditeurs sur des sujets de société sans rapport avec ses champs d’intervention habituels. Il faut croire que G. Erner, se plaît au micro puisqu’il officie désormais sur France-Culture (« une radio du groupe Radio France » !). Cette fois, c’est au tour de M. Rébeihi, plutôt connu pour son immense culture, d’animer l’émission interactive. http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2015/08/19/32507270.html

Apparemment, il se débrouille plutôt bien dans ce contre-emploi.

zoé varier

Mme Zoé Varier, déjà citée, continue à nous faire découvrir des étrangers installés en France depuis longtemps. Encore une fois, ce concept a tout pour multiplier les écueils. On s’attendrait à un catalogue de bonnes intentions, de mièvreries sur le thème : oh comme vous avez souffert, comme vous avez été mal accueillis, comme vous avez raison de garder autant de rancune ! Rien de tout cela. Zoé Varier possède ce rare talent de mettre en valeur ses invités, pourtant modestes pour la plupart d’entre eux. Ils évoquent leurs difficultés mais, rapidement, prennent du recul pour exposer leurs histoires avec humour et on ne les écoute que mieux. Il est impossible de détacher l’un d’entre eux pour affirmer que son histoire est plus intéressante ou plus puissante ou plus émouvante. Enfin, dernier écueil évité, aucun d’entre eux ne s’exprime avec un accent qui les rendrait victimes et, finalement, ridicules. Bref, tous les lieux communs sont évités et, c’est déjà une performance en soi.

 

Concernant les chroniqueurs, les sacro-saints chroniqueurs, les indéboulonnables chroniqueurs, les indispensables chroniqueurs ; ils sont maintenant installés, à l’instar de leurs confrères des autres radios généralistes. Les chroniqueurs et humoristes des autres radios officient depuis des années. L’auditoire des « généralistes » est plutôt d’age mur. À ces ages, on n’aime pas changer ses habitudes et, au contraire, on aime retrouver ceux qu’on connaît depuis longtemps et qu’on a souvent vus débuter.

Une mention pour l’émission hebdomadaire de M. Didier Varrod, le vendredi à 21 h. D’abord, on est accueilli par un indicatif sympa et rafraîchissant. Il s’agit d’une variation de la chanson « Dans la radio », d’un certain Jacques. Au départ, je croyais même que c’était Didier Varrod lui-même qui fredonnait. Et puis, ensuite, défilent les artistes. Pas de grande plage où le chanteur raconte sa vie, les conditions de création, d’enregistrement, à la manière prétentieuse des chanteurs français. Genre : « On a beaucoup bossé sur ce nouvel album », « Je suis parti l’enregistrer à New York dans les célèbres studios machin avec le grand arrangeur Steve McCoy qui venait juste de terminer un travail avec Bruce Springsteen ». Ou d’autres qui vous balançaient leurs commentaires sur des événements récents pendant des dizaines de minutes car les autres sur le plateau renchérissent et l’animateur/animatrice s’extasie devant de telles réflexions dans une émission de variétés. Ou encore, comme la saison dernière, un André Manoukian qui ne manque jamais une occasion d’étaler son érudition (réelle) , ni de l’enrichir en donnant la parole à des intellectuels. Pas mal, mais c’est pas ce qu’on attend d’une des rares émissions de divertissement d’Inter. Avec M. Didier Varrod, cette année, on renoue avec les meilleures émissions de variété du passé où il y avait pléthore de grands artistes qui avaient le temps de partager leurs nouveautés. On n’a qu’un regret : que l’émission passe si vite. Quitte à décaler celle de Mme Zoé Varier, autant commencer plus tôt, à 20 h, pour donner encore plus de temps pour les prestations en public et offrir plus de chansons. J’ai envie de dire : ça c’est de la radio et ça change de l’animateur qui jacte pendant une heure avec « son invité » !

 

L’évolution de la radio

Une nouveauté passée inaperçue dans les programmes : il n’y a plus d’émission pendant la nuit. De minuit à 5 heures du matin, se succèdent les rediffusions. D’un côté, on peut se dire que c’est pas plus mal et que ça permet à ceux qui écoutent la nuit de profiter des émissions qu’ils loupent dans la journée. D’un autre côté, on ne peut s’empêcher de penser que c’est « pour faire des économies ». Faire des économies est devenu le moteur principal de toute activité en France. On ne fait plus rien. On ne crée plus. On fait des économies ! Quand on pense que, à l’origine, voici un peu plus d’un demi-siècle, France-Inter s’est imposé précisément en diffusant 24h sur 24. C’était même son premier slogan. Autres temps…

Le demi siècle de France - Inter

Le demi siècle de France - Inter (2)

Ainsi que je l’annonçais voici 6 ans, il est fini le temps où l’on allumait son transistor pour écouter la radio. D’abord, on devrait parler de radios au pluriel. À part les stations spécialisées comme France-Culture ou France-Musique, quasiment toutes les autres étaient généralistes et visaient l’audience la plus large possible avec les moyens du bord. Ça allait des petits moyens de Radio des Vallées d’Andorre (Sud-Radio) à la puissance commerciale de RTL en passant par l’avance technique, financée par la redevance, des radios de l’ORTF. Avec la fin du monopole, chacun a essayé de viser un public particulier, estimant qu’il ne se reconnaissait pas dans les radios commerciales (appelées alors « périphériques ») ni la radio de l’État. À cette évolution qui a parcellisé le public s’est ajoutée, celle induite par les nouvelles technologies et d’abord celles qui ont révolutionné la communication. Ce n’est pas seulement la téléphonie qui a été affectée mais notre rapport à l’autre et la possibilité d’emporter dans un petit appareil de poche l’équivalent de l’informatique embarquée dans les missions lunaires Apollo et de s’en servir pour, à peu près, tous les aspects de sa vie. Des études récentes ont montré que 10 % écoutent Inter sur 1 smartphone. Bien sûr, ce ne sont pas les mêmes qui écoutent Kathleen Evin ni même les variétés de Didier Varrod et qui représentent les 90 % restant. Or, le PDG de Radio France a été choisi, précisément, pour relever le défi de l’évolution de la radio.

Nouvelles pratiques d'écoute de la radio

Gallet dans le jardin du Val

 

Posté par la colere à 11:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Mama Galledou et Dany Fernandez (la traminote) 10 ans après

Un article rappelle l'agression aussi stupide que criminelle qui a défiguré une étudiante qui rentrait en bus et la conductrice, la traminote Dany Fernandez dont la vie a été brisée après avoir été témoin de l'attentat

http://www.laprovence.com/article/edition-marseille/4177374/.html

Posté par la colere à 09:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

03 novembre 2016

Dernier souffle

Je suis allé faire un tour au cimetière. Rien de plus normal aux alentours de la Toussaint et du Jour des Morts. Mal m'en a pris. Quoi que nous ayons été un dimanche, pendant l'heure du déjeuner, l'atmosphère de silence et de recueillement était troublée par un bruit infernal. Pas moins de quatre employés, équipés chacun d'une souffleuse de feuilles, étaient à l'ouvrage ensemble. Ça a duré tout le temps que j'y étais, soit environ une heure. J'ai fait traîner les choses, espérant que ça finirait bien à un moment. Eh bien non, c'est moi qui ai fini avant. Il a fallu tout ce temps pour venir à bout d'une portion d'allée de 100 m. J'ai bien pensé dire ma façon de penser mais j'ai finalement renoncé. À quoi bon ? Ces fiers employés, tout bardés de leur brelage et de leurs casques anti-bruit (tiens, tiens!) m'auraient rit au nez et répondu qu'ils obéissaient aux ordres de leurs supérieurs qui, eux-mêmes, auraient invoqué une imaginaire requête du public exigeant d'avoir des allées propres pour se rendre à leurs tombes, surtout à l'approche de la Fête des Morts. Je dis « imaginaire » car tout le monde sait qu'il y a des feuilles à terre à l'automne et ce n’est pas sale ! Moi-même, quand j'étais petit, je me souviens avoir traîné des pieds dans les feuilles sur cette même allée. Les adultes, eux, se contentent de marcher dessus, concentrés qu'ils sont sur cette tâche qui distingue les animaux évolués des autres.

J'ai déjà dit tout le mal que je pense de cette invention inutile mais qui fait un tabac, en soufflant les feuilles au lieu de les pousser avec un balais.

Souffleuse de feuilles

http://www.humanite-biodiversite.fr/article/les-souffleurs-de-feuilles-mortes-qu-en-penser

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/11/14/15799991.html

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/les-feuilles-mortes-se-ramassent-a-2797

Entre temps, j'ai eu l'occasion d'observer parfois une équipe avec une souffleuse et un balais. J'ai pu constater que j'avais raison au-delà de ce que présupposais. Le balayeur et le souffleur, se répartissant grosso modo la même surface, terminaient en même temps. Si l'on considère que le balais est opérationnel de suite quand il faut au souffleur le temps de mettre son engin sur le dos après avoir mis son équipement mais sans compter le temps nécessaire à l'entretien de l'appareil, le plein d'essence et la maintenance, on se rend bien compte que la rapidité vantée n'est qu'une vaste fumisterie ; pour rester poli. Bien sûr, il n'y a aucun espoir de voir ces engins remisés, même s'il y avait des restrictions de carburants comme on n'en a jamais connu même les années des chocs pétroliers de 1973/74 et 1979. Les employés, préposés aux feuilles mortes disposent avec cette machine d'un moyen unique de se donner de l'importance. De balayeur – avec ce que ce terme contient de mépris – il devient « responsable » et tient rigoureusement un carnet d'entretien avec un budget. Quelle promotion ! Ils font penser à ces adolescents qui trafiquent les pots d'échappement de leurs scooters pour faire plus de bruit et montrer qu'ils existent.

Les supérieurs sont eux-aussi à la tête d'une équipe mécanisée, autrement plus valorisante que de simples « techniciens de surface » qui ne trompent plus personne. Ce sont eux qui négocient le budget alloué aux souffleuses de feuilles. Une ligne ou deux à discuter âprement chaque année. Et les maires sont fiers, eux-aussi, d'annoncer l'achat d'une souffleuse de feuilles. C'est pas aussi juteux, électoralement, que la pose de caméras – dont les récents événements tragiques ont prouvé l’inefficacité – mais il se trouvera plus d'électeurs satisfaits que le contraire. Avec le bruit que font ces engins, tout comme les balayeuses de Marcel Pagnol semblaient proclamer « Système Topaze », le message est envoyé : votre maire tient sa commune propre. Bien sûr, tout comme les édiles et les cadres des services municipaux savent mettre en avant la peur collective pour faire gober des dépenses au nom de la sécurité, ils savent aussi le faire au nom de la propreté. Tout le monde aime la propreté. Il se trouvera toujours des non-pensants pour approuver : « y en avait besoin ! ».

Tout aussi sûr, ils se fichent comme d'une guigne des besoins simples de leurs administrés. Quand on va au cimetière, c'est pour se recueillir. Il y en a même qui vont au cimetière pour goûter au silence qui règne. Dans notre monde urbanisé et bruyant, ce besoin qui nous vient de loin, est encore plus nécessaire. Il apparaît comme une chose qui n'a pas de prix, qui n'existe plus beaucoup et qu'on aime retrouver en certaines occasions. Le culte voué aux ancêtres disparus favorise ces moments où l'on peut se retrouver avec soi-même et se surprendre. Il est tout à fait déplorable que ces moments rares soient empêchés par un clientélisme mal placé, par l'étroitesse d'esprit qui caractérise tant l'administration et par l'envie de surmonter son complexe d'infériorité. Face à la conjugaison de ces intérêts, le recueillement ne pèse pas. Le problème, c'est qu'il en est ainsi de plusieurs domaines de notre vie sociale où l'intérêt des humains n'a plus de poids face à la médiocrité générale.

27 octobre 2016

Le CETA et les Wallons

Donc, les Parlements de Wallonie et de Bruxelles bloquent l’adoption du fameux CETA par l’UE. Au delà des apparences et de tout ce qui a été dit, voyons un peu plus en profondeur.

 

D’abord, c’est une nouvelle occasion pour les Français de se moquer de « nos amis Belges », des « petits Belges ». Il y a toujours eu ce complexe de supériorité des Français pour leurs petits voisins. En fait, les Français ne comprennent tout simplement pas (aujourd’hui on dirait ne comprennent « juste » pas) qu’on puisse être belge. Si l’on parle français, on devrait être français et si l’on parle un dialecte flamand, on devrait être néerlandais. À partir de là, ce sont moqueries et condescendance comme vis à vis des peuples colonisés autrefois. La presse, malgré l’ironie qui point en arrière-pensée, décline à l’envi la métaphore rabâchée du « village gaulois qui résiste ». Et là, il y en a marre de ces Gaulois qui, depuis quelques temps, monopolisent le débat en France. Passons sur le mot inventé par Jules-César et qui n’était pas particulièrement élogieux pour les soi-disant ancêtres de quelques uns. Déplorons, encore une fois, que la pensée dominante, en France, nous vient d’une bande dessinée parodique dont la popularité a imposé ses ressorts pour en faire des vérités historiques. Les Gaulois n’ont pas tous résisté aux Romains, loin s’en faut puisque la plupart des tribus ont fait appel à eux pour les protéger des invasions germaniques (déjà). Seules quelques tribus avaient compris que les Romains ne se déplaceraient pas pour rien et resteraient, au risque de faire perdre aux Celtes, une partie de leur particularisme. Qu’importe ! L’inculture est telle, à présent, qu’Astérix est devenu à lui tout seul l’incarnation du « roman national ». Dès que des Français s’opposent à quelque chose, on convoque aussitôt les mânes imaginaires du héros au casque ailé, tout aussi imaginaire.

Sarkozix

Pauvres Français qui ne retiennent que les caricatures et oublient la chose caricaturée. Ce qu’on retient de l’Histoire de France : Astérix, donc, Louis XIV et ses dépenses (hostilité à l’impôt), Napoléon, son bicorne et Sainte-Hélène popularisée par une chanson. De l’époque contemporaine, ce sont les Guignols de l’information : « mangez des pommes », repris par le caricaturé lui-même.

Notre ancêtre Astérix

wallonix

Dans les autres pays, on remarque surtout que lorsque ce n’est pas « l’exception française » qui contraint le commerce, ce sont encore des idées exprimées en langue française qui bloquent. Justement, la mondialisation libéraliste a vu, enfin, le triomphe de l’idéal porté par la langue anglaise, à savoir la libre entreprise et sa finalité, le libre échange. « Messieurs, l’Angleterre est une île, et je devrais m’arrêter là ». La sentence prononcée autrefois par André Siegfried n’est démentie dans aucun domaine. Le caractère insulaire pousse à sortir, voir ailleurs et, surtout commercer. L’Angleterre a dominé les mers pendant des siècles, seulement contestée par la Hollande, autre nation marchande. L’Angleterre a orienté tout entier sa colonisation dans le sens des échanges marchands et a parsemé la route des Indes de comptoirs et autres ports afin de faciliter le ravitaillement. La fameuse île de Sainte-Hélène, perdue au milieu de l’Atlantique (personne ne sait où c’est), battue par les pluies, n’avait d’autre finalité que d’offrir une escale aux navires battant pavillon rouge, juste avant le Cap de Bonne Espérance où sa majesté avait délogé les Portugais pour les mêmes raisons. Partout où l’on parle anglais dans le monde, ce sont des nations de marchands pour qui rien ne compte davantage ; à part, peut-être, Dieu, et encore, rien n’est moins sûr. Si le monde entier apprend l’anglais, ce n’est certes pas pour lire la poésie de Byron ou la prose de Shakespeare mais bien pour commercer. Jusques aux gamins des rues du Caire qui baragouinent assez d’Anglais pour espérer gagner quelques piastres auprès des étrangers venus voir les Pyramides. L’anglais est par essence même, la langue du commerce et, pourquoi ne pas le dire, la langue du capitalisme.

 

 

La globalisation a mis un terme aux Lumières, incarnées par la France et sa prétention à éclairer le monde et à placer d’autres valeurs avant celles du commerce et du profit. Curieusement, en vertu d’une lecture anticoloniale, les libéralistes sont appuyés par les anticapitalistes qui approuvent la fin du modèle, imposé aux peuples du Sud par les démocraties européennes. Les Flamands, tournés vers le Royaume-Uni, ont tout naturellement donné leur accord à la signature du CETA en rêvant aux tonnes de marchandises nouvelles qui vont transiter par le port d’Anvers, leur véritable capitale. Évidemment, c’est ce qu’on nous vend pour nous faire avaler le CETA. L’anti-américanisme primaire nous a fait refuser un accord similaire avec les États-Unis ; mais le Canada, ce sont de vrais amis. En plus, certains parlent français. Raison de plus pour signer avec eux. Avant, l’UE nous avait vendu pas mal d’autres fariboles. Le traité de Maastricht devait, avec toutes les facilités qu’il prévoyait, créer des tas d’emplois dans toute l’Europe, permettre l’harmonisation des législations, créer une identité européenne. On a vu qu’il a permis de délocaliser les emplois, d’instaurer la concurrence commerciale entre les États membres en favorisant le moins-disant social. À chaque fois, on nous berce d’illusions au point que nous en sommes arrivés au point où les désillusions l’emportent dans tous les pays membres. Même la Pologne qui, plus que tout autre membre, a bénéficié des fonds structurels pour être mis au niveau, se détourne de l’UE et, maintenant remise à flots, se recentre sur ses valeurs propres. Cette fois, on fait miroiter aux paysans de la Fnsea qu’ils pourront vendre leurs fromages AOP/AOC au Canada et à tout le monde que nous aurons 0,3 % de croissance en plus dans quelques années... L’arrogance des Français n’est pas une légende. C’est déjà cette prétention qui a fait croire, au début de la CEE, que les paysans français allaient inonder l’Europe de leurs produits de bonne qualité et surtout abondants grâce à la superficie arable et aux aides à l’agriculture intensive et chimique. Bien sûr, on avait oublié que le commerce fonctionne dans les deux sens et qu’il fallait aussi accepter les produits des autres, souvent moins chers et aussi bons puisque produits de la même façon chimique. Soyons sûrs que pour quelques fromages vendus aux Canadiens, des pans entiers de notre économie seront balayés par des articles canadiens, ne serait-ce que la viande bovine (aux hormones) qui va arriver alors qu’il y a déjà excédent mais il le faudra, de même qu’il faut que les Espagnols commercialisent des tomates hollandaises. Bien sûr, à travers le Canada, ce sont des produits étatsuniens (fabriqués à bas coûts au Mexique ou ailleurs) qui vont inonder nos marchés et ruiner les entreprises européennes qui, au mieux, deviendront de simples filiales. Tout ça pour 0,3 % de croissance en plus. Même pas 1/2 % !

 

 

Malgré les apparences, malgré la sympathie qu’inspire le Premier Ministre Trudeau du Canada (parce qu’il a nommé dans son gouvernement un sikh qui porte turban), malgré son côté « Podemos » à l’américaine, force est de constater que, lui aussi, insiste beaucoup pour signer ce traité. Il sait qu’il sera extrêmement favorable à son pays et c’est bien son rôle de défendre son pays. Évidemment, en UE, c’est le contraire : les chefs d’exécutifs mettent un point d’honneur à favoriser des législations et des traités contraires aux intérêts de leurs propres pays ; à l’instar d’une Thatcher qui attribuait systématiquement les marchés publics aux grandes entreprises étatsuniennes quitte à provoquer la fermeture des entreprises britanniques et le renvoi de leurs salariés. Pourtant, des voix se font entendre, au Canada, pour dénoncer le précédent traité de libre-échange signé, l’ALENA. Avec l’ALENA, nombre de grosses entreprises multinationales ou simplement étatsuniennes ont délocalisé au Mexique où la main-d’œuvre est moins chère et où les normes sanitaires, sociales et environnementales sont moindres. Le Canada ou des Provinces canadiennes ont été condamnées par ces fameux tribunaux privés pour avoir refusé un carburant polluant ou voulu favoriser les énergies modernes et renouvelables au détriment des compagnies qui exploitent les énergies fossiles.

Au total, le chômage a augmenté alors qu’on faisait miroiter des emplois, comme toujours. De plus, le Canada doit verser des dizaines de milliards de dollars aux entreprises transnationales qui se sont plaintes d’un préjudice pour leur chiffre d’affaire potentiel ; pas réel, potentiel. Les tribunaux privés mis en place avec l’ALENA et prévus par le CETA sont composés de juges qui sont des avocats d’affaire. Ils sont donc juges et parties et donnent systématiquement raison à leurs clients habituels contre les États souverains, les ONG et associations consuméristes. Ces traités de « libre-échange » vérifient scrupuleusement que les juristes des tribunaux privés ne sont pas liés à des State souverains mais trouvent tout à fait normal qu’ils aient pour clients, le reste du temps, les entreprises qu’ils jugent. Lié aux États-Unis par un autre traité de libre-échange, l’Uruguay doit payer une amende colossale à Philip-Morris à cause de sa législation anti-tabac. C’est donc ça qui pend au nez de l’UE et les promesses de croissance, même à 0,3 % seront loin quand le produit de l’activité économique servira à rembourser les multinationales qui estimeront ne pas gagner assez.

 

 

Il y a quelques mois, le Président Hollande qui poussait, depuis le début de son mandat, à la signature du TAFTA, y a finalement renoncé. Il est peu probable que ça soit sous la pression de son aile gauche et des écologistes. On voit bien ce qu’il en est pour tous les grands travaux inutiles décidés ou maintenus par son gouvernement, envers et contre tout, y compris les réglementations environnementales européennes. Maintenant, nous comprenons que ce qui a été refusé par le biais du TAFTA passera comme une lettre à la poste avec le CETA. Quand même, qu’est-ce qui pousse les chefs des exécutifs européens à jouer contre leur camp, contre les intérêts de ceux qui les ont élus ? Pourquoi toujours aller contre les souhaits des peuples, contre les entreprises locales, contre la santé et l’environnement des populations ? C’est ce constat navrant et généralisé sur tout le territoire de l’UE qui pousse les populations à être « contre l’Europe ». Le pire, comme si la mesure n’était pas comble, c’est que la fuite en avant continue et que l’UE favorise de façon éhontée la délocalisation des emplois, la fermeture des usines, le noyautages des fleurons de l’économie dans des complexes financiers transnationaux, des productions nocives pour la santé et l’environnement (nucléaire, gaz de schiste, chimie). Nous voyons tous les jours que ce « néolibéralisme » forcé ne fonctionne pas globalement mais favorise suffisamment d'intérêts privés pour que ça perdure.

 

L’UE avait vocation à tendre vers le fédéralisme. Or, elle utilise les moyens contraires pour y parvenir. Quand, aux États-Unis, chaque État conserve ses particularités, ses lois et laisse à l’administration fédérale la gestion des questions continentales, l’UE impose ses diktats, veut supprimer les législations nationales tout en laissant à chacun la gestion des affaires continentales comme la défense et les relations extérieures. Il est vrai qu’on peut se poser des questions à l’idée que l’usage de la bombe atomique pourrait dépendre, entre autres, de l’exécutif hongrois actuel…

En fait, ça n’est pas tant le fédéralisme qui est prôné par l’UE mais plutôt la disparition des États et de leurs puissance. On nous rebat les oreilles, depuis des décennies, avec le binôme Europe-Régions. Tout a été fait pour affaiblir la puissance publique des États, de leurs gouvernements, de leurs administrations, de leurs pouvoirs publics, au profit des Régions. Encore dernièrement, la France a procédé à un redécoupage visant à créer des ensembles de taille européenne, afin de rivaliser avec les grandes régions comme la Bavière, la Catalogne ou la Lombardie, mais sans penser que dans ces pays, existent aussi de petites Régions comme le Val d’Aoste ou l’ancienne région hanséatique d’Hambourg. Ça aussi, c’est une caractéristique de l’UE : on nous travestit la réalité, on nous fait miroiter des mirages et, finalement, on découvre que le revers de la médaille irrite la peau.

 

Pourtant, dans leur prétention à nous régir, les technocrates de l’UE ne pensent pas à tout. Ou plutôt, ils sont tellement persuadés d’avoir raison sur tout, d’être plus malins que leurs pauvres administrés, qu’ils n’envisagent pas le grain de sable qui va enrayer la mécanique. En voulant donner plus de poids aux Régions, ils n’ont pas pensé que l’une d’elles pourrait user du pouvoir que l’UE s’est réjouie de lui donner en voulant affaiblir l’État. Ainsi, la Wallonie et la Région de Bruxelles s’opposent à ce traité. Nul doute que, quoi qu’il arrive, dans les mois, les semaines qui vont suivre, les technocrates, appuyés par les exécutifs nationaux des États membres, toujours mus par cette vertigineuse fuite en avant, vont pondre un moyen de court-circuiter les parlements régionaux après avoir court-circuité les parlements nationaux et, encore avant, leurs électeurs eux-mêmes.

Qu’on se souvienne. Après le référendum sur le traité de Maastricht, chaque fois que les peuples ont été appelés aux urnes sur une question européenne, ça s’est traduit par un rejet, quelque soit le pays. Les Danois, les Irlandais, les Néerlandais, les Français eux-mêmes ont dit non. Voici quelques mois, le Royaume-Uni qui goûtait au référendum pour la première fois de son Histoire, se prononçait pour le retrait d’une union dont ils faisaient déjà si peu partie. C’était encore trop pour la majorité des Anglais et des Gallois. Ou plutôt, chaque fois, les peuples ont voulu dire qu’ils veulent bien s’allier avec leurs voisins et leurs semblables mais pas de cette façon, pas au point de renoncer à leurs cultures et à leurs terroirs. Et, puisque les questions sont biaisées à chaque fois, les électeurs ont préféré rejeter l’ensemble du paquet. Le non est civilisateur.

Quoi qu’il arrive, une chose est sure, à l’avenir, plus rien ne dépendra de la vox populi, même par l’intermédiaire de ses élus aux parlements. En attendant, on s’affaire, sous couvert de délai supplémentaire accordé aux parlementaires belges francophones, pour trouver un moyen de se passer de leur accord, même avec les règles actuelles.

 

En fait, ce n’est pas l’Europe que les Européens récusent. Ce n’est même pas l’UE mais ce qu’elle défend envers et contre tous. C’est ce qu’on appelle pudiquement et par un bel euphémisme, trompeur, comme le sont les euphémisme, le « libre-échange ». Par « libre-échange », il ne faut pas comprendre le droit de lancer son affaire et d’en vivre mais le droit pour le plus fort de prendre les marchés et les clients des plus modestes. Le CETA, en échange de 143 fromages européens vendus au Canada, prévoit d’inonder l’UE de viande bovine, déjà en excédent. Au départ, et même si les traités constituant la CEE contenaient les bases de ce qui se passe aujourd’hui, il s’agissait d’une « communauté » et pas une simple « union » douanière pour favoriser le « libre-échange ». Qui dit « communauté », dit « coopération ». Les peuples européens avaient besoins de se serrer les coudes, de s’aider mutuellement. L’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE a modifié les objectifs. Regardons ce qui se passe sur le plan ferroviaire. La DB tente de prendre des clients à la SNCF dans l’hexagone tandis que la SNCF concurrence les FS en Italie. Autrefois, les opérateurs coopéraient afin de faciliter la circulation des voyageurs et des marchandises. Maintenant, ils se font concurrence, tout comme leurs pays d’origine. SERNAM

Ce débat est biaisé à dessein. Ça n’est pas fortuit si l’on utilise des termes inappropriés à forte connotation positive pour faire avaler l’inacceptable.

Toujours en danger de mots

EXPRESSION ET EXCLUSION (DANGER DE MOTS)

 

Ça ne peut que produire une révolte mal dirigée contre le principe de coopération dont on aurait tant besoin, pour accueillir les réfugiés, par exemple. Cette Europe, cette UE qui ferme les portes aux plus fragiles et qui les ouvrent aux grands trusts industriels et agro-alimentaire dégoûte tout le monde. Et, plutôt que de se moquer de la « petite »Wallonie (le terme est employé), l’attitude convenable devrait plutôt consister à exiger la pareille et l’adoption de traités qui vont régir notre consommation, notre santé, notre environnement par nos élus voire par les électeurs eux-mêmes. En attendant, les Parlements nationaux, puisqu’ils sont encore en place, devraient – car c’est leur raison même d’exister – exiger la tenue de session extraordinaire pour voter une motion de soutien au Parlements fédérés wallon et bruxellois.