la lanterne de diogène

17 juillet 2016

L'Euro 2016 : du football et d'autres sujets surtout !

Rajouter une voix au brouhaha ambiant ne me paraît pas utile. Comme d'hab, La Lanterne de Diogène préfère prendre un peu de temps pour réagir, si nécessaire.

 

D'abord, une correction. Dans l'article précédent, ce ne sont pas 21 mais 31 fédérations qui ont fondé l'UEFA en 1954. Il faut juste préciser que le Royaume-Uni comporte 4 fédérations à lui tout seul mais que, au contraire du rugby, il existe une fédération d'Irlande du nord et une pour l'Eire. Ça explique en partie pourquoi le nombre de membres de l'UEFA ne correspond pas aux nombre d’États indépendants du continent. L'éclatement de l'Urss et de la Yougoslavie ainsi que quelques considérations géopolitiques expliquent la pléthore actuelle.

 

Toujours avec le regard de celui qui n'est pas passionné par le football mais qui prend plaisir à regarder des beaux matches, mon attention a été attirée par des faits qui n'ont pas l'heur de retenir l'attention des sites et blogs spécialisés. Ainsi, j'ai pu entendre beaucoup de gens se plaindre que les matches soient retransmis par des chaînes privées voire payantes. Encore aujourd'hui, beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi ce n'étaient pas les grandes chaînes nationales – dites de « service public » - qui retransmettaient les matches ; tous les matches. Ça montre bien que « les gens » sont attachés à un certain nombre de valeurs. En France, la notion de service public demeure ancrée dans l'inconscient collectif. Des générations se sont battues (au sens propre parfois) pour organiser des services et des services de qualité pour tous. On ne comprend pas pourquoi ce à quoi l'on s'était habitué n'existe plus ou n'existe plus sous la même forme. Et puis, les gens procèdent beaucoup par amalgame. Je suis, tu le sais, attentif au langage. On dit « l'administration ». Pour la plupart, l'administration est un tout puisque, finalement, c'est l’État qui chapeaute tout. Les plus au fait ajoutent que tout ça est payé avec « nos impôts ». C'est vrai et ça serait bien que tout le monde y pense en permanence au lieu de dire que ça va dans la poche de l’État pour entretenir Versailles et l’Élysée. On dit aussi beaucoup « la mairie ». Dans une commune, c'est souvent un grand bâtiment qui abrite plusieurs services et pas seulement municipaux. Peu importe. Pour le public, c'est « la mairie ». Le maire fait tout, peut tout. C'est parfois vrai quand il cumule avec un autre mandat plus puissant mais, peu importe, pour le public, on va le voir à « la mairie » et on lui donne du « Monsieur le Maire ». On a du mal à comprendre que les maires répondent de plus en plus : « ça, c'est pas moi, c'est du ressort de l'intercommunalité » ou d'autre chose. Les citoyens ont élu un maire pour qu'il fasse quelque chose pour eux, personnellement. Ils ne comprennent pas que le maire ne puisse plus grand-chose. Ils ne comprennent pas que le chef de l’État ne puisse plus grand-chose non plus. Ils ne comprennent pas que ceux qu'ils élisent ne puissent plus grand-chose et que rien ne change quand les élus changent. Déjà, il faudrait changer les élus et ne pas favoriser une alternance aussi tranquille que néfaste à la confiance en la démocratie.

 

Idem pour la télévision. Ils paient une redevance et ne comprennent pas que les chaînes financées par la redevance ne transmettent pas les grands événements. Ils entendent parler de « droits télévisés », de « droits de retransmission » mais sans vraiment savoir de quoi il retourne. Pour eux, Canal+, ça a été créé par Mitterrand. Mitterrand, c'est l’État. L’État a créé une chaîne privée pour ne pas augmenter la redevance. Donc, on paie pour voir plus de sport, plus de films. Normal. Ils ne comprennent pas qu'on ne voie plus les grands matches de football sur Canal+ et qu'il faille payer à côté pour les voir ailleurs. Pour dire ça simplement, ils ne comprennent pas ce qu'est « la concurrence libre et non-faussée ». Pour le téléphone, ils sont contents. Au début, c'était moins cher avec les opérateurs privés qui n'avaient pas dépensé d'argent pour construire le réseau. C'était tout bénéf. Le téléphone cellulaire est arrivé peu après. Déjà, ça a commencé à grincer mais le téléphone mobile répond à un tel besoin que rien n'est trop cher. De plus, les opérateurs ont su proposer des offres incomparables afin qu'on ne puisse pas faire jouer la concurrence. Donc, la concurrence c'est bien puisque pour le plus indispensable, le téléphone mobile, il y a plein d'offres et chacun y trouve son compte ; du moins le croit-on.

 

Pour la télévision, on comprend mal que, le football, par exemple, passe des chaînes nationales à Canal+, que tout le monde n'a pas, puis de Canal+ à une autre et en fait à plusieurs autres et maintenant à des opérateurs de téléphonie mobile. Le championnat national sur une chaîne, le championnat anglais ou italien sur une autre, les Coupes du Monde ou d'Europe sur encore une autre ou sur un smartphone, à condition d'avoir l'application ou l'abonnement. Au bout du compte, on ne voit plus, ou plus difficilement, les matches français. Au moins, quand c'est sur France Télévision, si c'est pas sur la 2, c'est sur la 3 ; mais les autres ? Les gens ne comprennent pas pourquoi c'est si compliqué, pourquoi ils paient et qu'ils ne voient pas les matches de l'équipe de France (payée par « nos impôts »), et pourquoi il y a autant de pub alors même qu'on nous annonce que la seconde coûte plus que ce qu'ils gagnent en un mois. Ils comprennent encore moins qu'une société gagne le droit de mettre ses caméras dans tous les stades d'une compétition et qu'ils revendent ensuite les images à toutes les chaînes qui sont intéressées. Intéressée, non pas pour faire plaisir aux gens mais pour vendre cher les secondes de publicité. Ça, les gens ont beau faire des efforts, ils ne comprennent pas cette logique. Dans le cas de l'Euro, pour eux, on est en France, les stades sont payés par « nos impôts », tout ce business, « c'est nous qui payons », et donc, comme on en paie assez (surtout à l’État, bah!), les chaînes de télévision de l’État devraient, selon cette logique, retransmettre les matches de l'Euro et si possible sans trop de pub. Ce malentendu, même si l'on n'arrive pas à l'exprimer avec des mots, tout le monde comprend bien qu'il est à l'origine du malaise que nous vivons. On s'étonne toujours que les Français soient, collectivement, plus pessimistes que les Afghans. Plutôt que de s'en gausser, plutôt que de faire parler les chroniqueurs (tiens oui les chroniqueurs qui occupent du temps sur Canal+ et sur la radio de l’État), on devrait plutôt s'interroger sur ce malentendu permanent et entretenu par les tenants de ce système qui repose en partie sur le mensonge et en partie sur l'appât du gain.

 

Il n'est pas vrai que « les gens » (les gens, c'est les autres), plébiscitent le capitalisme même renommé « ultralibéralisme » ou, plus simplement encore, « libéralisme » pour entretenir la confusion. Ce qu'il veulent, c'est ne pas payer trop d'impôts mais profiter quand même de services gratuits ou presque. Ce qu'ils veulent, c'est ne pas dépenser trop mais acheter quand même de bons produits. Alors, cette télévision qui ne sert qu'à vendre de la publicité pour que les téléspectateurs achètent encore plus avec le peu qu'ils ont, ils ne la comprennent pas et ils comprennent encore moins que les chaînes privées (quasiment toutes donc) ne transmettent des matches de l'équipe de France que pour vendre des secondes de publicité très chères, avant, après et pendant la mi-temps alors qu'eux, veulent juste voir un match pour le plaisir. Ils pensent pas à tout ça. Justement, ils ont assez de soucis, ils veulent pouvoir ne pas y penser de temps en temps et sans qu'on les culpabilise et sans qu'on les manipule.

 

En parlant de télévision, c'est elle qui régit tout. Sur les images, rien ne doit apparaître qui n'ait (verbe avoir comme il se doit) pas payé. Gros plan sur un joueur au sol. Il se tient la cheville. On voit ses souliers et ses bas. L'équipementier de son équipe a payé pour être « officiel », c'est à dire que dans le contrat est inclus la possibilité que sa marque soit vue à la télévision. Forcément, elle l'est puisque les joueurs sont vêtus. Pour les chaussures, chaque joueur, à ce niveau, est sous contrat avec un fabriquant de chaussures et dans le contrat, il est prévu que la marque est susceptible d’apparaître à la télévision. Ça répond à l'étonnement « des gens » qui se demandent pourquoi les footballeurs font autant de cinéma quand ils tombent. Dans les tribunes, hors de question qu'on voie une marque qui n'a pas payé. Les chaînes floutent les vêtements des spectateurs, sauf s'ils ont la bonne idée de s'habiller comme les joueurs. Tout ce qui passe à la télévision est estampillé d'une marque qui a payé.

 

euro-2016-logo

C'est la télévision qui règle tout et notamment le moment où les matches sont joués. Avant, on pouvait avoir facilement deux ou trois matches à la suite. On passait d'une chaîne à l'autre. Désormais, il y a un match par soirée, puisque c'est en soirée qu'il y a le plus de téléspectateurs pour voir les publicités, bien sûr. Ce qui fait que, lors des phases finales, il y a toujours une des deux équipes qui a eu une journée de plus pour récupérer. À moins d'une grosse différence de niveau, c'est toujours la plus reposée qui l'emporte la fois d'après. En d'autres termes, les Portugais qui se sont pas trop fatigués pendant le tournoi et qui ont eu une journée de récup en plus, étaient plus frais et ont tout fait pour imposer les prolongations aux Français qui venaient de jouer contre les champions du monde allemands deux jours plus tôt. Ils n'ont eu qu'à attendre qu'ils soient bien fatigués pour leur coller un but, impossible à remonter dans leur état. La glorieuse incertitude du sport est devenue la juteuse certitude de la télévision.

 

Il ne t'aura pas échappé non plus que les publicités sur les stades sont, désormais, en anglais, même pour les marques présentes en France. Télévision oblige. Visiblement, ça ne défrise personne. L'anglais est la langue du commerce, donc du capitalisme. Le capitalisme règne ne maître absolu sous toutes les latitudes. C'est un fait acquis. Donc, l'anglais s'impose à tous. Comme pour le reste, on n'entend pas ceux qui ne maîtrisent pas l'anglais protester contre leur exclusion de fait. On est résigné et depuis longtemps. Quand je dis que le sport-spectacle reflète bien la mentalité d'un pays.

La télévision est plus que jamais prescriptrice. On savait déjà qu'elle imposait la prononciation. Ainsi, le défenseur portugais Pepe s'entend appelé [paipe] alors que dans les langues latines, toutes les lettres se prononcent. C'est pas plus difficile de prononcer pépé mais, le snobisme journalistique impose paipe comme il imposait [courir] autrefois au lieu de Courier. Elle impose le vocabulaire et toujours dans un sens qui rappelle l'anglais, langue du commerce, ainsi que rappelé. Les supporteurs islandais ont innové avec leur battements de mains. Comme ça n'existe pas encore en France, on appelle ça « claping » plutôt que « claque » qui existe déjà. Idem pour « standing ovation » plutôt qu'ovation debout. Nous avons déjà remarqué, il y a quelques années, que « timing » remplace quantité de mots. Réduction du vocabulaire, réduction des outils et du matériau de la pensée, adoption d'un sabir à prétention mondiale, tout ça nous est imposé par la télévision. Elle nous impose aussi la pensée unique et ce qu'il convient de penser. Qu'on se souvienne de l'équipe des Verts de Saint-Étienne, vaincus lors de la finale par la faute de poteaux carrés sur lesquels les tirs stéphanois ont échoué. Il faudrait demander à Gignac, auteur d'un tir magnifique que la barre ronde a renvoyé, ce qu'il en pense.


12 juillet 2016

Euro 2016 de mon point de vue

Il faut bien en parler. Qu'on me permette de suite, un souvenir personnel. En 1984, je passais les épreuves de la licence qui coïncidaient avec la finale de la Coupe d'Europe de football. Parmi les exercices, il y en avait un qui consistait à comprendre et à restituer un bulletin d'une radio espagnole, enregistrée le matin même. Bien sûr, le titre et le sujet le plus développé était la finale qui opposait l'Espagne à son ennemie de toujours, la France. Or, de tous les candidats, pas un n'a évoqué ce sujet, se consacrant tous, complètement, à ceux qui traitaient de l'économie et des relations avec la CE ; notamment parce qu'ils permettaient de restituer les cours de ces trois années passées. Notamment, parce qu'il y a aussi ce mépris pour le sport médiatisé accompagné du snobisme consistant à dire : je n'y connais rien, ça m'intéresse pas, je sais même pas comment on y joue. Qu'on ne soit pas intéressé, d'accord, mais pour le reste, et d'une, il est impossible d'y échapper quand on en parle beaucoup et plus que de raison, et de deux, parce qu'à l'école, pendant les heures de sport hebdomadaires, tous les élèves pratiquent le football (entre autres), au moins une fois par an, au titre des sports collectifs. Donc, assez avec ce cran consistant à se faire passer pour ignorant et à le revendiquer pour exprimer sa singularité et, finalement, sa supériorité en se faisant passer pour un intellectuel que le divertissement populaire répugne. Personnellement, je n'y connais rien en tennis, ça ne m'intéresse plus (j'ai essayé) mais je sais comment ça se pratique, que Djokovic a gagné les Internationaux de France, que Nadal est le numéro 1 mondial chez les hommes et S. Williams chez les femmes. Et je peux le faire dans les autres disciplines dont on parle à la radio.

 

Le football ne m'intéresse pas beaucoup mais il est difficile de l'ignorer. Le reste du temps, je suis ça de loin et ça me donne ce recul que l'on n'a pas quand on est mordu. Un peu comme la connaissance de soi-même. Facile de comprendre ce qui se passe dans la tête des autres alors que dans la sienne, on n'y arrive pas. On dit toujours quand on veut appliquer une règle universelle : oui mais moi, ça marche pas parce que. Et d'avancer tous les détails qu'on connaît de soi et qu'on ne sait pas chez les autres et qui infirmeraient la règle universelle. Le football ne m'intéresse pas plus que ça, donc, mais, tous les deux ans, quand il y a un grand tournoi, je m'y remets et suis avec intérêt ce que j'espère être des grands matches. Par conséquent, j'ai bien suivi cet Euro 2016 et avec plaisir. Il m'a fallu apprendre les noms des joueurs, les reconnaître sur le terrain etc. Je parle des Bleus, naturellement, ceux que je serai appelé à retrouver dans deux ans pour le Mondial. J'avoue avoir eu plaisir à les voir jouer. À aucun moment je ne me suis dit : il manque un bon joueur dans cette partie du terrain. En d'autres termes, le véritable succès de cette équipe est de constituer un groupe, un groupe homogène et, pourquoi ne pas le dire, un groupe de copains qui se font plaisir à jouer entre eux ; et ça se voit. Ça, c'est le boulot du sélectionneur et il a réussi. Il manque – très certainement – deux ou trois excellents joueurs de clubs mais on a vu que le groupe fait mieux que s'en passer. Là encore, les mêmes causes produisent les mêmes effets. En 1998, référence absolue en France, M. Jacquet avait écarté du groupe les Cantonna, Ginola et Papin, pourtant excellents et vedettes absolues dans les pays où ils évoluaient. Cette fois, M. Deschamps en a écarté d'autres et l'on voit que ça n'a manqué à personne. Les commentateurs n'en ont même pas parlé et le grand public non plus. Comme en 2010, ce sont ceux qui, habituellement, ne suivent pas le foot, avouent détester le foot professionnel et ce qui tourne autour, qui sautent sur ces polémiques. Tout est bon, pour eux, pour faire détester le football spectacle. À plusieurs reprises, j'ai cité Les Inrockuptibles qui ont fait leur une sur Anelka afin de déblatérer sur les Bleus et le foot professionnel. Cette fois, les mêmes qui aimaient se moquer de Papin dans les années 1990 et qui se fichaient comme d'une guigne qu'il ne soit pas sélectionné, se sont passionnés pour les affaires Benzéma ; des fois qu'il y aurait eu un peu de racisme là-dedans afin de les entendre exulter : on vous l'avait bien dit que c'était pourri !

 

Eh bien non ! Il suffit de voir la compo de l'équipe de France pour voir que ça tient pas. Dès le début des années 1970, il y avait des Noirs chez les Bleus. On parlait même de « la garde noire » avec Marius Trésor et le malheureux Jean-Pierre Adams. Marius Trésor a porté longtemps le brassard de capitaine et c'est le joueur qui a été le plus sélectionné. L'argument du racisme ne tient pas dans un pays comme la France. Combien de temps a-t-il fallu aux autres pays européens d'immigration pour avoir des enfants d'immigrés dans leurs sélections ? On voit bien que ça n'est pas réalisé partout. L'équipe de France (ou d'ailleurs) ne peut fonctionner que si elle forme une équipe de copains, de gars qui s'entendent bien sur le terrain. On sait que l'Espagne a presque toujours échoué en tournoi à cause de ça, de la rivalité entre les clubs qui conduit à une guerre intestine en sélection rouge. L'échec de M. Doménech puis de M. Blanc aura été celui-là. Leurs qualités d’entraîneur ne sont pas en cause. Ils ont fait leurs preuves à un très haut niveau. M. Doménech n'a pas su choisir entre garder des anciens, des champions du monde et propulser ses « Bleuets » à lui, plus quelques autres, capables de mener l'équipe. Il n'a pas su se passer des grandes gueules. Résultat, quand les anciens sont enfin partis, il ne restait que des petites gueules, des petites frappes. Quant à M. Blanc, il a raté l'occasion qui s'offrait à lui de constituer « son » groupe et de l'emmener vers les sommets. Il a pris une équipe avec des joueurs suspendus et d'autres discrédités par le public. C'était le moment de faire le ménage et l'on n'en parlait plus. Au lieu de ça, il a tenu à démontrer qu'il ne subirait aucune pression. L'échec a été plus fort. Son successeur et ancien co-équipier chez les Bleus, champions du monde, a profité des circonstances extérieures pour trancher le nœud gordien : je le prends, je le prends pas. L'affaire est réglée et l'on n'en parle plus !

 

Euro-2016

Ma position de recul me permet aussi de voir les changements qui s'opèrent tous les deux ans, voire davantage, puisque j'avais appelé à boycotter l'équipe de France tant qu'il y aurait certaines têtes de cons que je préfère ne plus citer. D'abord, à l'extérieur. Ce qui m'a frappé, c'est le comportement des supporteurs. Il en est venu de 23 pays d'Europe. Ça n'est pas rien. Ils ont évolué dans l'hexagone sans problème (autre que les problèmes habituels des touristes). Ils se croisaient parfois en villes, avec leurs déguisements (parfois ridicules) et sans se bourrer la gueule entre eux ni se bagarrer avec leurs antagonistes. Même dans les tribunes, les supporteurs étaient parfois mélangés sans dommage. Ça me paraît être le principal succès de cet Euro en France, surtout dans un contexte pesant. Autre succès, une compétition à 24 permet de voir d'autres équipes et tout le monde a salué la fraîcheur apportée par l'Islande (forcément) ou Galles. À ceux qui reprochent ce choix à M. Platini, rappelons juste qu'à sa fondation, il y avait 21 membres de l'UEFA et qu'il y en a 54, aujourd'hui.

Les stades ont été à la hauteur. Désormais, on a des grands stades de dimensions internationales dans ce pays. Il était temps ! Ni l'Euro de 1984, ni le Mondial de 1998, n'avait permis de construire des stades de plus de 45 000 spectateurs. On me dira, il faut les remplir et c'est pas gagné quand on voit l'indigence des compétitions nationales. Certes mais pour les grands événements, on ne peut pas laisser le public étranger dehors en lui disant qu'il n'y a pas de place. On me dira aussi que c'est bien ce qu'on fait avec l'afflux des réfugiés. Comme quoi, le sport-spectacle reflète bien la mentalité d'un pays. Visiblement, on a résolu le problème des spectateurs étrangers. Reste celui des réfugiés…

 

Donc, on peut compter sur trois ou quatre grands stades, dans les trois plus grandes villes de France. On annonce un nouveau stade à Paris pour le Racing-Métro, nouveau champion de France de rugby et un autre, de 80 000 places, dans la banlieue sud, parce que la Fédération de rugby n'est pas contente du Stade de France. Ça va faire un peu comme les autoroutes. On a eu longtemps, vingt ans de retard et du jour où chaque élu a voulu son tronçon dans sa circonscription, on a bétonné les terres fertiles sans se préoccuper de savoir qui va rouler dessus en dehors des grands déplacements de vacances ni où l'on va cultiver nos futurs aliments. Idem pour les stades. Heureusement qu'il y a les anniversaires de Johnny Halliday pour remplir ces enceintes… Quand je dis que le sport-spectacle reflète bien la mentalité d'un pays.

 

Parlant des stades, tout le monde a apprécié le comportement des supporteurs, tant dedans que dehors. C'étaient des fêtards, plutôt propres, contents de se mêler à leurs antagonistes. Surtout, on a découverts les chants gallois et la claque islandaise. Beaucoup ont déploré qu'il n'y a pas le commencement d'un équivalent français. On a dit que, à part l'hymne national et « allez les Bleus », il n'y a rien. Dont acte. Déjà, on pourrait reprendre l'air des lampions. Ensuite, remarquons que la plupart des chants des supporteurs sont des chansons à succès dont on a changé les paroles. Est-il difficile d'en faire autant ? Après le Mondial de 1998, on a découvert que les joueurs chantaient dans le car la partie instrumentale du fameux tube disco « I will survive ». Voilà une piste. Les Britanniques puisent plutôt dans le patrimoine traditionnal en anglais et pas seulement britannique puisqu'ils ont repris « Swing low, sweet chariot ». Et puis, il est plus que temps de modifier quelque peu « la Marseillaise ». Finalement, il n'y a qu'un seul vers à changer, celui du fameux « sang impur » puisque, pour le reste, il suffirait d'officialiser le dernier couplet (« Amour sacré de la patrie ») en lieu et place du premier. On me dira qu'il y a plus urgent. Certes mais ça n'empêcherait nullement de traiter des problèmes urgents vu que ce ne sont pas les mêmes qui seraient sollicités. Personnellement, j'ai remarqué que dans les pays où l'on chante spontanément l'hymne national, il y a presque toujours un chant populaire alternatif. On pourrait retenir la leçon au moment où la question surgit parce que, de toute façon, on ne décrète pas ce qu'il faut aimer.

http://paroles.marseillaise.over-blog.fr/

 

Sur le plan sportif, j'ai été frappé par une évolution : la taille des gardiens de but. Désormais, ils mesurent tous plus d'1,90 m. Ils touchent la barre transversale en se hissant sur la pointe des pieds. De plus, au contraire de ce qui se passait autrefois, le gardien n'est plus la cinquième roue du chariot. Depuis les années 1980, ce sont des athlètes à part entière, qui s’entraînent dur et à part pour être au meilleur niveau. En France, il a fallu le fort caractère du Yougoslave Ivan Curkovic pour imposer le gabarit et l’entraînement intensif ; comme pour les joueurs du champ. Il a été imité et l'on ne voit plus ces gardiens avec leur casquette qui essayaient de ne pas prendre froid pendant que les autres s'amusaient. Désormais, la concurrence est rude pour ce poste moins médiatisé mais qu'aucune équipe ne néglige plus. Le Portugal doit plus à l'excellence de son gardien, Rui Patricio, de n'avoir pas été battu en finale, qu'aux joueurs du champ, plutôt ternes. En France, on a, depuis longtemps, des grands gardiens. Il devient fastidieux de les citer tous. Maintenant, en plus d'être très bons, de bien savoir placer les défenseurs, il faut qu'ils remplissent bien la cage.

 

Sur le terrain, il y a, à présent, 6 arbitres… Ceux qui sont près des cages ne servent vraiment pas à grand-chose. Il est vrai qu'on leur demande surtout de vérifier que le ballon est entré ou pas dans la cage. Pour le reste, hors-jeu, fautes, sortie de but ou corner, ils préfèrent rester en dehors. Tout ça pour ça ? Et l'autre, qui reste debout en bout de ligne médiane ? De temps à autre il soulève un panneau électronique pour appeler les joueurs à remplacer mais il ne dit rien à l’entraîneur portugais qui demeurait systématiquement en dehors de son périmètre. Je me demande même s'il n'a pas été sur le terrain de temps en temps. Avec un arbitre comme M. Collina, il aurait été expulsé rapidement. En revanche, la commission arbitrale se montre tatillonne sur la tenue. Maintenant, aucune équipe ne doit porter la moindre couleur qui se trouve sur le maillot de l'autre. Ainsi, le maillot « extérieur » de l'équipe de France est blanc avec une manche bleue et une rouge. Pas question de porter ça si l'adversaire a du rouge (ou du bleu) sur le sien. Or, ça arrive souvent. Idem pour les culottes. Ordinairement, elles sont blanches ou noires. Oui mais si l'autre porte du blanc sur lui, c'est pas possible. On remarquera que la culotte est maintenant de la couleur du maillot. Pareil pour les bas. Ils sont unis et d'une couleur qui n'est pas portée en face. En rugby, on comprend mais en football, il y a rarement des mêlées. D'ici qu'on s'en prenne aux chaussures...En plus, c'est sympa de voir ces chaussures colorées. Dans les années 1970, Puma avait lancé une gamme de couleurs sans succès. Les temps changent. Bon, ça n'a pas empêché l'arbitre de la finale de commettre sa seule erreur d'appréciation en attribuant une faute de main à un Français alors qu'elle a été commise par un Portugais. Pourtant, outre les maillots, les couleurs des bras des joueurs étaient différentes. Le but de la victoire portugaise a été marqué à la suite du coup franc qui a sanctionné cette faute commise par l'adversaire. Comme quoi…

 

Sur le plan du jeu, je remarque, de plus en plus, qu'en finale, ça n'est pas forcément le meilleur qui gagne mais celui qui défend le plus, qui sait bloquer le jeu et donc épuiser et dégoûter son adversaire. Ça c'est vérifié lors de cette finale de la Coupe d'Europe. Les Portugais n'ont jamais bien joué ; aucun match. Chaque fois, ils ont gagné à l'arrache ou contre un adversaire d'un niveau moindre. Leur vedette, Ronaldo (que je voyais jouer pour la première fois) est visiblement très bon en club mais juste passable en sélection. Il n'a montré aucune action remarquable ou décisive. En finale, son équipe a bloqué le jeu tout le temps. Pour ainsi dire, les onze Portugais sont resté en permanence dans leur camp. Contre eux, dix joueurs français ne pouvaient pas faire grand-chose. On a bien vu, dès la fin de la deuxième mi-temps qu'ils étaient épuisés. C'est ce qu'attendaient les Portugais. But magnifique de l'excellent Eder, rentré en deuxième mi-temps et autrement plus remarquable que le fameux Ronaldo

http://www.lequipe.fr/Football/Actualites/Le-portugal-n-a-mene-au-score-que-73-minutes-dans-cet-euro-2016/705669

http://www.slate.fr/story/120871/portugal-euro-2016

 

bacary sagna

On se consolera en convenant qu'on a, à présent, une belle équipe de France. On sent qu'ils ont plaisir à se retrouver et à jouer ensemble. J'ai aimé voir jouer les Pogba, Gignac, Giroud, Koscielny, Payet, Coman, Umtiti et mon préféré Bacary Sagna qui a fait une excellente finale, notamment. Beaucoup de Noirs ? Et alors ?

Plus objectivement, le nombre de joueurs français qui figurent dans les classements de meilleurs joueurs nous aidera à boire le calice.

http://www.huffingtonpost.fr/2016/07/10/classement-buteurs-euro-2016-antoine-griezmann_n_10918654.html?ncid=fcbklnkfrhpmg00000001

http://www.francefootball.fr/news/Euro-2016-le-top-10-des-meilleurs-buteurs-de-l-histoire-de-l-equipe-de-france/692188

Ça devient lassant de trouver chaque fois des qualités à Antoine Griezmann. Ça fait un bien fou aussi et il n'y a pas de mal à se faire du bien avant de retrouver la somme des problèmes à la rentrée.

 

 

 

 

 

Posté par la colere à 11:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

04 juillet 2016

Michel ROCARD

rocardpresidentielle

Rocard, c'est le personnage complexe, c'est l’ambiguïté, c'est l'image de la contradiction en politique. Rocard, c'est l'idéal qui se heurte à la réalité : la réalité des faits et, surtout, la réalité des masses qui poussent à rectifier ce qui marche mal mais qui freinent quand ça change. On veut bien combattre les injustices mais la servitude volontaire est telle qu'on ne veut pas trop non plus.

Pour un ado, Rocard c'était le phare qui éclairait la politique et lui donnait un éclat nouveau. C'était l'espoir. Rocard faisait aimer la politique comme moyen de parvenir à un mieux auquel on aspire quand on est tout jeune. Du moins, était-ce le cas de la jeunesse de cette époque, sensible à la beauté et aux idéaux qui animaient les débats. Rocard, c'était cette intelligence qu'on a appelé « mendésisme » en ce qu'elle allie la rigueur des convictions, la volonté qui ouvre les voies et la prise en compte des forces d'inertie. Pour résumer d'une autre manière, c'est l'exigence de vérité. On ne raconte pas n'importe quoi au peuple pour se faire bien voir en sachant qu'on ne pourra pas aller jusqu'au bout. Ce langage de vérité aura été admiré et fait encore la réputation de ceux qui l'ont tenu mais il contient sa propre limite. Ni Mendès-France, ni Rocard n'auront pu exercer véritablement le pouvoir. Ils sont, l'un comme l'autre, resté sur le seuil. C'est que le peuple a besoin de rêver, quitte à rouspéter quand le rêve prend fin. En tout cas, il faut, au moins, commencer à rêver. La politique, c'est aussi l'irrationnel. Ce ne sont pas forcément les meilleurs qui gagnent, bien au contraire. D'où la perversion qui s'est introduite lorsqu'on a commencé à organiser les campagnes et à faire de la « communication ».

Depuis un peu plus d'un jour, on entend beaucoup parler de « deuxième gauche » dont Rocard aurait été la figure de proue. Pourtant, à l'époque de son ascension, le terme n'était pas employé. En revanche, on parlait beaucoup de « nouvelle gauche », celle qui réunissait principalement des intellectuels (ça n'était alors pas péjoratif), réunis un temps par le nouvel hebdomadaire Maintenant, qui fournissaient la matière, les arguments, d'un changement auquel la société aspirait et que Mai 68 avait échoué à réaliser mais qui en avait jeté les bases. La CFDT de l'époque constituait le socle de cette nouvelle gauche avec son assise populaire sans laquelle aucun changement n'est possible. Quand on voit ce qu'est devenue ce syndicat qui a lancé, à l'époque, justement, l'idée pérenne de la réduction du temps de travail ; autrement dit de la semaine de 35 heures, reprise par tout le monde depuis... La nouvelle gauche se définissait surtout comme une gauche lucide qui rejetait le communisme tel qu'il avait été perverti par Staline et ses successeurs et dont l'URSS, à nos portes, agissait comme un repoussoir. C'était la gauche qui prenait au gauchisme ce qu'il avait de meilleur (Rocard venait du PSU) mais en refusait le sectarisme. C'était la gauche qui pouvait s'appuyer sur un parti fort, en plein dynamisme et qui était relayé par ces fameux intellectuels et leurs revues, leurs chanteurs, leurs artistes engagés ou compatibles. Tout semblait réussir à cette gauche écartée du pouvoir pendant ces longues années 1970 qui ont suivi le mouvement de Mai 68 et connu le point culminant de ce qu'on a appelé – mais on ne le savait pas encore – les Trente Glorieuses. La crise commence fin 1973 mais l'on ne comprend pas encore son caractère durable, entretenu par la finance internationale afin de récupérer ce qu'elle a dû concéder aux classes moyennes.

Comme tout est dit et sera dit sur Michel Rocard, je me permets un souvenir personnel. Je me souviens m'être trouvé rue de Varennes, à Paris, avec un copain. Lorsque nous sommes passés devant le ministère qu'il occupait alors, nous nous sommes arrêtés comme pour tâcher de capter un peu de cette aura bénéfique qui, croyions-nous, entourait les bâtiments austères. Devenu, quelques années plus tard, Premier Ministre, il a impulsé ce qu'on a appelé, pour le coup, « la méthode Rocard », faite d'écoute, de dialogue, de vérité. Edgar Pisani, mort peu avant lui, en aura été le principal instigateur. La paix est revenue sur cette terre lointaine de Nouvelle-Calédonie alors que des politicards français, de la pire espèce, attisaient les braises en permanence, rien que pour embarrasser la gauche au pouvoir et reprendre sa place. On connaît la suite avec son lot de morts, encore plus inutiles que d'autres.

La véritable réussite de Michel Rocard apparaît dans cette émission qu'avait impulsée le journaliste Eric Valmir sur Inter, peu avant la présidentielle de 2012. L'idée consistait à réunir des jeunes pour leur faire préparer des questions à poser à des personnalités politiques. Ces jeunes devaient représenter les grands courants de pensée mais, à la fin, alors qu'il restait une émission, ils sont tous convenus de rediffuser leur entretien avec Michel Rocard, juste reconnaissance de cette intelligence en politique.

Pour le reste, je retiendrai que Rocard incarne parfaitement les limites de l'action politique dans les institutions de la 5e République. Pour changer, il faut gagner mais pas n'importe quelle élection. C'est la présidentielle qui imprime la marque de la politique et peu importe qu'on ait fait de sa ville, de son département, de sa région un laboratoire avec des réussites formidables. C'est la victoire à la présidentielle qui change tout. La majorité suit mais il faut cette intelligence de la volonté. Seulement, il faut être élu et pour y parvenir, il faut l'appui d'une grande formation politique. Michel Rocard incarnait mieux que quiconque le PSU mais sa lucidité l'avait amené à adhérer au PS nouvellement créé où il pensait pouvoir apporter les idées de la jeunesse. Nous connaissons la suite puisque le PS était verrouillé et qu'il fallait l'habileté d'un Mitterrand pour y entrer et fermer la porte porte après lui. Aux dernières nouvelles, on en est toujours là et il n'est pas étonnant que son successeur actuel soit, précisément, un proche du Mitterrand à l’Élysée.

Personnellement, je ne suis pas persuadé que la priorité soit de changer les institutions. C'est ma principale divergence avec le candidat pour lequel je voterai, à savoir M. Mélenchon. Force est de constater que si l'on ne change pas tout, on ne pourra jamais entreprendre de véritables réformes, au sens que tout le monde comprend et pas ce détournement de sens que l'ultralibéralisme a imposé depuis le début du siècle. Après ses échecs répétés, Rocard pouvait dire ce qu'il voulait, tout comme lorsqu'il était au PSU et c'était ça qui nous le rendait admirable. N'empêche, il faudrait bien que les idées d'avenir parviennent au pouvoir. On n'a que trop tardé avec ces décennies de gouvernants qui n'ont fait que gérer les affaires courantes quand la société change avec une rapidité qu'elle n'a jamais connue dans le passé. Rocard est mort et ça fait longtemps qu'il ne représentait plus l'espoir ni l'avenir. À la fin de sa vie, il voulait encore se rendre utile en épousant la cause des pôles. Quelle drôle d'idée ! On comprend que les pôles ne valent que parce qu'ils sont plus sensibles que n'importe quel autre point du globe aux changements climatiques et à l'équilibre des ressources naturelles. Aujourd'hui, la nouvelle gauche – semble nous murmurer Rocard – c'est celle qui porte la transition écologique.

 

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/07/22/5701579.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/11/08/3176217.html

Posté par la colere à 11:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

26 juin 2016

BREXIT : les illusions perdues (2)

BREXIT 1

On ironise, depuis quelques heures sur les normes européennes, sur la courbure de la banane, le calibre des tomates, la capacité des chasses d'eau. On prétend faire rire avec des sujets aussi triviaux mais si la CE puis l'UE ne s'en préoccupait pas, ça ne serait pas satisfaisant non plus. Ce que veulent dire ceux qui ironisent, c'est que ça n'était pas ce qu'on attendait d'un union européenne. Or les élites veulent nous obliger à choisir entre plus d'Europe et moins d'Europe. Le choix n'est pas là. Ce dont veulent les Européens, c'est une autre Europe, une Europe plus unie, plus solidaire, une Europe où l'on puisse voyager et s'installer ailleurs plus facilement. Or, ça a mis beaucoup de temps ; surtout dans les faits. On aurait voulu une Europe où les règles seraient les mêmes pour tous. Or, à chaque fois qu'on a établi des règles, on a établi autant d'exemptions. Concrètement, on aurait voulu que les salaires soient comparables et surtout que la fiscalité soit unifiée. C'est tout le contraire. L'Acte unique de 1992 instaure une véritable concurrence entre les membres qui se traduit par un moins disant social généralisé. Dans les faits, on ne va pas dire, bien sûr, que c'est le moins disant social qui est la règle mais on va parler de « réformes ». c'est à dire, autant de démolitions de ce qui faisait la vie en Europe, et notamment en France, meilleure que partout ailleurs. Au lieu d'une coopération qui était dans l'esprit des fondateurs de l'Europe, les Adenauer, de Gasperi, Monnet, Schuman, Spaak, on a, présentement, une guerre commerciale entre les États qui s'efforcent de devenir des paradis fiscaux pour les entreprises étrangères afin qu'elles viennent concurrencer les entreprises locales. On appelle ça « la concurrence libre et non-faussée ». Certains pays jouent sur tous les tableaux en n'exonérant les entreprises d'impôts et de taxes et en réclament des aides au développement à l'UE. L'affaire des « travailleurs détachés » incite à embaucher à l'extérieur et à priver les États membres de rentrées fiscales tout en augmentant le chômage localement.

On aurait voulu une harmonisation de la fiscalité et des lois or la Cour européenne des Droits humains donne systématiquement tort aux législations votées par les parlements nationaux élus démocratiquement. On pensait que l'euro allait faciliter les déplacements or, partout les prix ont augmenté et lorsqu'on retire de l'argent dans les pays de la zone euro, notre banque prélève une commission majorée. Les banques n'allaient pas perdre ce moyen de nous prélever du pognon. Concrètement, on croyait que… on croyait que tout irait mieux, que tout serait simplifié et, au jour le jour, face à n'importe quel cas concret, on s'aperçoit qu'il n'en est rien et que c'est parfois pire qu'avant. C'est cette Europe de la déception, des fausses joies qui a été rejetée chaque fois qu'un référendum a pu être organisé. Pour le dire autrement, c'est l'Europe du pipeau, du bobard, du mensonge qui est dénoncée et rejetée. C'est l'Europe qui nous impose une chose en prétendant le contraire. C'est l'Europe de la tromperie permanente. C'est l'Europe qui complique tout quand on attend la simplification.

Le vote britannique montre bien que la tromperie dure depuis des décennies puisque ce sont les plus vieux qui ont massivement voté pour le retrait pour l'avoir éprouvée depuis plus longtemps. Autrement dit, ils ont passé leur vie à maugréer et ronger leur frein. Autrement dit, ils n'ont jamais été entendu de toute leur vie. On peut penser qu'ils avaient tort de refuser l'ouverture à l'Europe mais c'était bien leur droit. Ils ont toujours été réticents envers le continent. C'est ancré dans l'inconscient et même le conscient collectif et individuel anglais. On comprend, dès lors, que les gouvernements qui se sont succédé ont toujours freiné leur intégration aux systèmes européens ; pour ne pas dire continentaux. Leur électorat était majoritairement contre tout ce qui était européen. Déjà qu'on ne les écoutait pas, si en plus on mettait du zèle à intégrer les instances européennes, on aurait eu des tensions autrement plus graves. Donc, on s'habituait à ce que la GB ne soit pas un membre tout à fait comme les autres.

La tromperie majeure aura porté sur le projet. Au départ, même si le Traité de Rome portait en lui les germes de ce qui se passe, les intentions étaient clairement d'organiser la coopération de nations européennes pour pérenniser la paix sur le vieux continent. Ça passait par l'harmonisation des législation, l'unification des standards, des normes etc. ça a plutôt bien fonctionné et c'était perfectible. Pouvoir vendre des tomates italiennes aux Pays-Bas et acheter des tomates hollandaises en Italie était une stupidité induite et facilitée par la CEE mais corrigible avec un peu de bon sens. Pourtant, c'est le contraire qui s'est imposé et à partir de 1993, c'est devenu la règle absolue : concurrence libre et non faussée mais forcée ! Quand on espérait, à la fin des années 1990, dans une Europe à 15, que la présence de 14 gouvernements sociaux-démocrates permettrait, enfin, d'harmoniser la fiscalité (tant pour les citoyens que pour les entreprises) et qu'on a vu, au contraire, le renforcement de la concurrence entre États, on a compris que l'UE ne servirait à rien de bon. On a eu encore un espoir avec l'euro mais quand on a vu que les prix augmentaient mais pas les revenus, on a compris que l'UE, appelée souvent « l'Europe », c'était mauvais et seulement mauvais. La règle d'or, autrement dit le déficit du budget d'un État limité à 3 % n'est que la marque de la défaite du politique devant la finance ; autrement dit la défaite de la souveraineté populaire (donc de la démocratie) devant les puissances de l'argent. Mépris de la souveraineté populaire quand, en 2005, les Français ont rejet le TCE. On n'en finit pas d'en observer les conséquences. Elles sont rappelées à tout bout de champ. Comment croire en la politique quand elle sert, à ce point, à tromper le peuple soi-disant souverain ! Et sur le fond, tout dans le projet de Traité Constitutionnel était en trompe-l’œil. Les articles, le plus souvent, attrayants et dignes d'approbation – comme tout ce qui provient de l'UE – étaient infirmés dans les annexes. Parfois, dans le même article, on pouvait lire une chose et son contraire. Dès lors, on pouvait, au moins, espérer que le rejet par le peuple souverain obligerait à revoir la copie. Nenni ! Un tour de passe-passe et le TCE est devenu « Traité de Lisbonne » sur lequel aucun des peuples souverains, membres de l'UE n'a eu à se prononcer. Comment croire encore en la politique quand tout n'est que fourberies ! Et quand on dit que « l’Europe, c'est la paix », on a l’exemple même d’une vessie qu’on nous fait prendre pour une lanterne. L’UE n’a pas amené la paix mais c'est la paix qui a permis la reconstruction. Tout est comme ça : tromperie et dévoiement. Dans ces conditions l'Europe ne peut pas faire rêver. à partir du moment où une nation essentiellement marchande, comme la Grande-Bretagne, l'intégrait, le rêve s'estompait. On ne fait pas rêver avec des taux de croissance, la circulation des marchandises et le chômage de masse qui n'était pas prévu mais qui empoisonne tout.

 

Nous vivons le temps des désillusions. L’ultra-libéralisme a réussi ce prodige de nous faire détester ce que nous avons construit et adoré parce qu’il l’a détourné au seul profit d’une poignée d’intérêts particuliers. La construction européenne, la Communauté Européenne, était un projet magnifique et généreux. Il a été dévoyé avec cette foutaise qu’a été « l’Acte unique » débouchant sur l’Union Européenne et plus sur la Communauté. Le changement n’était pas anodin mais nous y croyions encore. L’UE, telle qu’elle est devenue nous fait détester nos voisins européens, nous fait détester la social-démocratie et craindre la solidarité.

J'ai la nostalgie de l’Europe qui se reconstruisait sur de bonnes bases avec 6 pays désormais liés, avec le Conseil de l’Europe qui veillait sur la démocratie et les droits de la personne, le Marché Commun qui limait les frontières pour les marchandises, l’Eurovision qui permettait à tous les Européens de regarder la même chose en même temps, des trains qui arrivaient à l’heure et qui ne cherchaient pas à concurrencer les autres sur leurs propres réseaux. Aujourd’hui, la « concurrence libre et non-faussée » impose des droits de retransmission qui privent nombre d'Européens d'images, notamment, de matches tandis que l’Eurovision est devenue le spectacle le plus ringard de la planète, belle métaphore de l’état de l’UE.

Le temps de l'Eurovision

 

24 heures après la proclamation officielle du rejet par le peuple britannique souverain, on apprend qu'une pétition a réuni 1, 2 voire 3 millions de signatures pour réclamer un nouveau référendum. Quand j'écrivais, hier, que d'ici à la démission effective du Gouvernement Cameron, on aura trouvé la martingale qui permettra de passer outre le résultat du référendum. Ça n'a pas tardé. Comme aurait dit Robert Lamoureux : « le lendemain matin, le canard était toujours vivant ».

Et tu vas voir : on invoquera la souveraineté du peuple exprimée par cette pétition pour infirmer le résultat du référendum qui exprime la volonté du peuple…d'ailleurs, tous les plateaux organisés pour commenter le Brexit ont réuni les partisans du maintien venus pleurnicher afin de bien nous y préparer. Les vainqueurs sont priés d'avoir le triomphe discret en attendant qu'on nous dise qu'en réalité, ils ont perdu. C'est ça « l'Europe ».

http://www.metronews.fr/info/video-brexit-pres-de-trois-millions-de-britanniques-reclament-un-nouveau-referendum-dans-une-petition/mpfy!t9DTAkmeeEbds/

http://www.setal.net/Brexit-La-petition-pour-un-nouveau-referendum-atteint-2-millions-de-signatures_a47821.html

http://www.boursier.com/actualites/reuters/brexit-fort-soutien-a-une-petition-en-faveur-d-un-nouveau-vote-191583.html

http://www.lavoixdunord.fr/france-monde/brexit-plus-d-un-million-de-britanniques-signent-une-ia0b0n3593622

 

 

Brexit - The-Sun-FR-494x630

http://www.ouest-france.fr/europe/brexit/brexit-les-premieres-reactions-dans-les-medias-europeens-4322551

http://www.huffingtonpost.fr/2016/06/24/victoire-brexit-presse-britannique-unes-ue-royaume-uni_n_10652422.html

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/en-images-we-re-out-see-eu-later-les-unes-historiques-sur-le-brexit_1805668.html

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/le-brexit-une-defaite-de-l-ue-telle-qu-elle-est-581866.html

 

juste un addenda destiné aux Français, aux cuistres qui se piquent de faire des jeux de mots en anglais. Généralement, seuls des Français peuvent les comprendre d'ailleurs, puisqu'ils ne marchent qu'en raison de leur mauvaise prononciation. La une du Sun (exemple parfait du torchon) propose un vrai jeu de mots : « See E U [U E en anglais] later » fait allusion à la formule « See you later » simplifiée en « C U later ». Bof, je sais bien que les cuistres ne visitent pas La Lanterne de Diogène...

25 juin 2016

BREXIT : les hypothèses (1)

BREXIT 5

Donc, c'est le Brexit, c'est la fin de l'Europe (du moins de l'UE), c'est la fin des haricots ; comme le suggéraient les fameux messages de la France libre sur radio Londres. Eh bien, mes amis, pour une première fois, l'essai est concluant. Mâtin ! On nous a bassiné pendant des décennies en affirmant qu'il n'y avait jamais eu de référendum en GB et que ça n'était pas possible. Finalement, il y en a eu et le peuple a dit non. Belle réussite, n'est-il pas ?

D'abord, notons que nous nous sommes trompés en annonçant la victoire probable du maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE. Chronique d'une victoire annoncée

À force de voir ce pays rester en dehors de tout ce qui fait sens et d'obtenir, à chaque fois, une exception, un privilège, une faveur, nous avions pronostiqué qu'il n'y avait aucune raison que ça ne continue pas. Qu'est-ce qui a changé, alors ? Sans doute que trop, c'est trop et qu'à force de jouer sur tous les tableaux pour être bien sûr de gagner, on s'épuise.

Concrètement, que va-t-il advenir ? Bof, pas grand-chose ne changera. Comme l'a parfaitement résumé un parlementaire LR : « Avant, le RU avait un pied dedans et un pied dehors. En cas de Brexit, ce sera le contraire ». La GB avait l'habitude de picorer ce qui l'intéressait et de laisser le reste aux autres tout en imposant ses diktats à l'ensemble. Ça a conduit, notamment, à l'intégration de dix nouveaux membres d'un seul coup afin de faire rentrer la Pologne dans le premier convoi alors qu'elle ne remplissait pas les conditions. L'UE est en crise depuis ce moment. En fait, les crises politiques se multipliaient dans tous les États membres mais l'on faisait semblant. Et puis, tout comme une religion, il y avait une réponse européenne à tout. Arrive un moment où ça ne marche plus. Alors, on fait du zèle et ça s'appelle l'intégrisme : on sait que ça ne marchera pas mais on force tout le monde à le faire et plus vite que ça !

 

BREXIT stock exchange 2

Les journalistes dépêchés à Londres ont pu dire, dès le vendredi matin, que toute la nuit, des étages de bureaux de la City sont restés allumés. Ça n'était pas pour regarder la Coupe d'Europe puisqu'il n'y avait pas de match. En effet, au petit matin (et les nuits sont courtes en ce moment), la bourse avait déjà dégringolé. Pas de panique ! Les boursiers et autres spéculateurs s'amusent. C'est dans leur nature profonde de baisser ou de monter à la moindre rumeur, au moindre frémissement de ceci ou de cela. Laissons-les faire mumuse avec notre argent. Un rien les amuse.

Donc, la livre baisse, la livre est au plus bas. Et alors ? Nous savons tous qu'elle remontera. De toute façon, nous ne payons rien en livre-sterling. Dans l'immédiat, gageons que la zone euro va tout faire pour soutenir le cours de la livre. À qui cela va-t-il profiter ? Certainement pas au contribuable de base qu'on n'aide jamais quand lui ne peut plus payer. La livre s'en sortira et sûrement mieux que l'euro.

Pour le reste, la GB ouvre une crise politique majeure. Les deux partis qui font marcher le bipartisme étaient officiellement pour le maintien dans l'UE. Ensemble, ils n'ont donc plus la majorité...Le UKIP a l'air de prendre davantage que les autres formations qui ont tenté d'en finir avec le bipartisme. Jusque là, les Libéraux ou autres ont surtout pris des voix aux Travaillistes. UKIP en prendrait plutôt aux Conservateurs mais ça ne changera pas grand-chose. Au moment d'écrire ces lignes, nous apprenions, sans surprise, la démission du Premier Ministre tory Cameron. Fort bien mais qui pour le remplacer ? Son vis-à-vis fantôme n'a pas plus de majorité que lui. C'est sans doute pour ça qu'il annonce qu'il expédiera les affaires courantes jusqu'en octobre ; des fois qu'une guerre soit déclarée…Comme ça, ça laisse le temps de se retourner et de trouver une astuce pour partir tout en restant mais sans en avoir l'air, tout en affirmant le contraire haut et fort. Oh, les précédents référendums dans les pays membres de l'UE se sont tous terminés en eau de boudin. On a négocié, les pays qui avaient voté non ont obtenu des concessions, des avantages, des exemptions. On a revoté et le oui l'a emporté. Ailleurs, on s'est assis sur le résultat.

La logique voudrait que le processus de détachement de l'UE s’enclenche. Il n'en sera rien. On aura droit à un sommet extraordinaire auquel sera conviée la GB et, auparavant, une « rencontre » franco-allemande. Déclaration commune de bonnes intentions, renouvellement de confiance, promesse de se revoir au plus vite. On se reverra. On négociera et l'on fera tout pour éviter de rebattre les cartes comme les commentateurs le réclament depuis quelques heures. Ficher en l'air tout l'édifice qui n'est, justement, qu'un château de cartes, n'est pas prévu par les eurocrates et par les élus et autres membres des exécutifs. Donc, ce coup de pied salutaire ne sera même pas esquissé. Pas question de bouger pendant les sacro-saintes vacances qui tombent à pic pour ne rien faire. Il continuera donc comme si de rien n'était. Et d'ailleurs, rien n'est. La politique sur laquelle il s'est fait élire sera appliquée et, notamment, dans ses aspects les plus contestables. Un ancien Premier Ministre français avait appelé ça « le sale boulot » ou, pour le dire autrement, ce qui est le plus impopulaire et qu'on appelle pudiquement « les réformes ». En fait, ce qui ne favorise que la grande finance. Ça tombe bien, comme ça, les travaillistes n'auront pas à le faire et, de toute façon, ils ne sont pas prêts à gouverner. Il est urgent d'attendre !

Plus que jamais, pas de panique ! L'Angleterre n'a pas encore quitté l'UE et M.Cameron est toujours Premier Ministre.« Much ado for nothing », comme aurait dit mon camarade Shakespeare. Lorsque le Premier Ministre aura engagé le fameux article 50, il faudra attendre encore deux ans pour voir la GB sortir définitivement. Autrement dit, il peut se passer bien des choses d'ici deux ans ; entre autres, c'est plus qu'il n'en faut pour trouver la martingale qui permettra de contourner le vote des Britanniques.

Supposons – car ça n'est qu'une hypothèse – que la GB quitte vraiment l'UE. On annonce déjà que l’Écosse va revoter pour pouvoir rester dans l'UE et probablement l'Ulster. Rien que ça, incite à penser que la GB ne va pas sortir de si tôt. Ensuite, si vraiment ça se passe, l’Écosse n'est pas près de rentrer dans l'UE. D'abord, les autres ne voudront toujours pas froisser l'Angleterre. Ensuite, on redouterait une contagion. La Catalogne ne manquerait pas d’emboîter le pas et, sans doute, nombre de régions prospères ou fortement identitaires suivraient. On assisterait à un morcellement de l'Europe ; ce qui serait un comble pour un projet qui se voulait unitaire. Pas de panique ! Pour le moment, il ne se passe rien et le moment va durer un certain temps ; comme le refroidissement du canon. Wait and see !

 

http://www.monde-diplomatique.fr/2016/02/CASSEN/54706

 

http://www.rtl.fr/actu/international/en-direct-brexit-referendum-resultats-royaume-uni-vote-cameron-7783826619

http://www.capital.fr/a-la-une/politique-economique/le-brexit-loin-d-etre-une-catastrophe-une-chance-pour-la-france-1141134

http://www.observatoiredeleurope.com/De-grands-economistes-pour-une-sortie-urgente-du-piege-mortel-de-l-euro_a1655.html

Posté par la colere à 08:53 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


24 juin 2016

Inter et la nouveauté

Inter a donc un nouveau site Internet. Je trouvais rien à redire à celui d'avant qui, comparé aux sites des autres radios était plutôt bien fait. Le nouveau n'est pas mal. C'est bien de changer l'interface de temps en temps. Le problème, c'est qu'on y trouve tout ce qui ne fait pas la radio mais, à l'image des autres, tout ce qui est à côté. Sans doute, le site se veut-il un prolongement plutôt qu'un complément. Ainsi, en cette mi juin, la première chose qu'on voit sur la page d'Inter, c'est : Veillée d'armes pour le bac général. Autrement dit, la page Internet se veut aussi généraliste mais pas forcément en rapport avec le ton de la station ni ce qu'elle fait.

Personnellement, je cherche sur un site, ce qui m'a échappé, les références, les noms des invités (si nombreux sur Inter) et surtout les noms de ceux qui font la radio. J'aimerais bien avoir les titres des chansons (je sais qu'ils y sont) pour les ré-écouter. Y en a pas tant que ça alors on pourrait les trouver facilement. Le nouveau site présente – je cite – l'image que la station veut donner : Info – Culture – Humour – Musique. Les Programmes sont de l'autre côté de la page.

Remarquons de suite que la musique est reléguée en dernier. Surtout, remarquons que pour chacun de ces quatre onglets, il existe, au moins, une radio spécialisée dont trois appartiennent au « groupe Radio France » (terme officiel). Il existe France-Info, France-Culture et France-Musique. Quel besoin de faire le métier de ces trois stations sur celle, généraliste, d'Inter ? Pour l'humour, il existe Rire & Chansons mais ça n'est pas le même rire. Humour et France-Inter, ça relève un peu de l'oxymore. Qu'importe, cette saison, ils ont mis le paquet. Dans la matinale, il y a une chronique cinq minutes avant toutes les heures pleines. Trois en tout, donc. Pas mal pour une tranche d'information.

Pourquoi en parler ?

Simplement parce que ça confirme ce que j'annonçais il y a plusieurs années sur le changement des pratiques d'écoute de la radio. Le PDG actuel, M. Gallet, pour décrié qu'il est (notamment pour sa gestion calamiteuse des conflits sociaux), a été nommé en son temps pour que la station payée par la redevance ne se laisse pas distancer. Quoi qu'il en soit, la radio ressemble de moins en moins à une télévision qui serait parvenu à se passer de l'image ; comme disait le grand José Artur. Désormais, l'image accompagne chacune des émissions (ou presque) et arrivera le jour où l'on ne tiendra plus compte de ceux qui s'obstinent à ne pas avoir l'image. Je veux dire par là que des émissions pourront être articulées autour d'une image (reportage ou autre). Sans doute aussi faudra-t-il s'habituer à avoir des blancs à la radio pendant qu'une image passe.

Maintenant, il faut revenir sur ces fameux quatre onglets qui se veulent l'identité de la station de service public (terme officieux). On se demande toujours pourquoi Inter s'ingénie à faire concurrence aux autres stations du même groupe. Il ne s'agit pas de confiner les auditeurs dans des spécialités car, en effet, la station ne serait plus généraliste. Il ne faut pas non plus qu'on ait l'impression, selon l'heure, d'écouter les programmes des autres. Dans l'idéal, selon moi, Inter devrait être un gigantesque « Grand Echiquier » où se succéderaient Raymond Devos, Georges Brassens, Lorin Maazel, François Jacob etc. D'accord, ils sont tous morts mais ils ont tous des successeurs. Lorsque j'écris cela, je ne veux pas dire une heure pour chacun mais quelques minutes pour chacun et ce, tout au long de la journée afin de varier les genres et les plaisirs et non pas : voici maintenant l'émission pour les amateurs de …

 

En tout cas, je milite toujours pour la suppression des flashes d'information horaires. À notre époque, ça n'a plus aucun sens. France Info nous apporte l'actualité en direct et fait un point plusieurs fois par heure. Qui veut savoir ce qu'il s'est passé, peut trouver facilement la position de France-Info, y compris dans les grandes agglomérations. À l'époque où la toute nouvelle station d'Europe n°1 a inventé les flashes, c'était une innovation pour répondre aux inquiétudes liées à la guerre d'Algérie. Quand bien même l'actualité nous plonge dans l'horreur ou dans le sport, il existe des radios pour l'information. L'Internet aussi nous apporte des informations. On a l'embarras du choix. Surtout, les samedis et dimanches soirs, on sent que le journaliste d'astreinte se force à trouver quelque chose à dire en dehors des matches de foot. Justement, ça pourrait être la différence d'Inter avec les autres radios généralistes : plus de bulletin d'info en dehors des grandes sessions puisque les auditeurs peuvent zapper. Quand on pense que les animateurs font un caca nerveux à chaque fois que l'actualité déborde un peu sur leur tranche, ils seraient ainsi satisfaits.

Parlant de coupure, la nouveauté aura été cette année l'ingérence de la publicité de marque sur la chaîne. On nous avait promis que le temps alloué à la pub ne dépasserait pas le temps d'avant. Dans ce cas, pourquoi ouvrir aux marques puisque les habituelles occupaient les 17 minutes quotidiennes ? Est-ce que les marques paient plus que le dépistage du cancer colo-rectal ? Sans doute mais maintenant, à l'heure de la pub, il est difficile de distinguer Inter des autres. Or, justement, les auditeurs d'Inter veulent écouter la différence ! M. Gallet pratique la politique du fait accompli. Il a provoqué en ouvrant l'antenne à un lunettier et un autre (j'ai oublié). Il a obtenu gain de cause malgré les protestations des concurrents. Maintenant, alors que la grande distribution est exclue, il ouvre l'antenne à un célèbre fabriquant suédois de meubles et une chaîne de magasins de parfums. D'ici peu, nul doute que nous aurons « les nouveaux commerçants », « les mousquetaires », et autres « as des économies ». Tout ça, c'est un peu le problème avec ces professionnels qui bossent chez Radio-France mais qui n'écoutaient aucune de ses stations quand ils étaient enfants ou ados. Il travaillent à Radio-France aujourd'hui et ailleurs demain, même ailleurs que dans l'audiovisuel et ça ne chiffonnera personne.

Puisque les programmes d'été vont bientôt prendre le relais, il est temps de faire le point sur la saison qui a été tranquille, sans grand bouleversement ni nouveauté remarquable. Le « Nouveau Rendez Vous (NRV) » est plutôt agréable à écouter. Les thèmes sont bien choisis, les artistes aussi. Le matin, M. Bruno Duvic a réussi à faire oublier l'universitaire Erner qui s'était reconverti dans une émission de service. Nous avons déjà dit tout le bien que nous pensons de la tranche animée par M. Demorand malgré les réticences de la première saison.

http://www.ozap.com/actu/audiences-radio-nicolas-demorand-leader-inconteste-du-18-20h-sur-inter/495986

 

Ensuite, réjouissons-nous (ainsi que m'y invite une internaute) de la disparition de « L'humeur vagabonde » de Mme Evin. Il était plus que temps ! Non seulement cette émission ne pouvait prétendre devenir une vitrine – à l'instar du Jeu des 1000 € ou du Masque & la Plume – mais sa longévité surprenante faisait qu'on avait l'impression d'entendre toujours la même. Je suis certain qu'en faisant entendre une dizaine d'enregistrement à quelqu'un qui ne comprend pas le français (ni d'autres langues latines), il aurait l'impression d'entendre dix fois la même chose tant les intonations, sont identiques en toute circonstance et quel que soit l'invité. Ne revenons pas là-dessus et félicitons-nous que ce verrou saute enfin. On pouvait raisonnablement espérer qu'à la rentrée, il y aurait ine grande émission de 20 heures à 22 heures. Si c'est pour remplacer Mme Evin par Mme Adler, autant ne rien changer. Notons que c'est encore une fois la décision de Mme Evin qui détermine tout, puisque c'est elle qui a demandé à laisser la fréquence quotidienne pour l'hebdomadaire. Si elle s'était sentie encore en forme, elle aurait rempilé pour une 17e et pourquoi une 20e saison.

La bonne chanson disparaît aussi puisque « La prochaine fois je vous le chanterai » se termine. Là encore, il était temps. L'idéal serait qu'émerge cet été un nouvel animateur avec un nouveau concept, de nouvelles idées. C'est à nouveau possible avec la direction actuelle qui n'a pas une grille pour l'année et une grille qui revient tous les étés immuablement. Les auditeurs d'Inter sont nombreux mais plus très jeunes. Si l'on veut avoir une nouvelle génération d'auditeurs et les attirer par des émissions de qualité, il faut aussi que les animateurs se renouvellent ainsi que leurs émissions. « Mon invité est », c'est pas mal mais il ne faudrait pas qu'il n'y ait que ça. Or, ça commence dès 6 h 20 et ça dure jusqu'à 23 h … Même la matinale de Mme Patricia Martin, les samedis et dimanches est devenue un empilement de chroniques et de rubriques ininterrompu... Pas sûr que de remplacer un animateur par un autre sans changer le style habituel des émissions soit de nature à rajeunir l'antenne. Il est vrai que les auditeurs des stations généralistes sont très conservateurs, très attachés à leurs petites habitudes et qu'il faut y aller par petites touches.

http://www.lefigaro.fr/medias/2016/06/07/20004-20160607ARTFIG00194-philippe-meyer-pousse-hors-de-france-inter.php

http://www.telerama.fr/radio/mercato-radio-vincent-josse-et-vincent-theval-absents-de-france-musique-en-septembre,141943.php

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/06/11/sur-inter-une-generation-laisse-la-placea-une-autre_4948288_3236.html

 

 

Un mot sur « l'Euro » puisqu'Euro il y a. Inter a précipité Mme Evin vers la sortie quinze jours plus tôt que prévu. Pas écouté sa dernière mais elle a dû se fendre d'un laïus bourré d'insinuations. Le soir, on a droit à l'ODT, soit L’œil du Tigre, l'émission pour les intellos sportifs, plus intellos que sportifs d'ailleurs puisqu'il n'est question que de sujets en rapport plus ou moins lointains avec le Championnat d'Europe des Nations. On n'a même pas l'intervention du reporteur sur place pendant le match qui se joue pour annoncer les buts ou faire le point sur la rencontre. Il me semblait que Radio-France avait décroché la timbale de « radio officielle » pour la dernière année de M. Jacques Vendroux. Si fait : on a droit à un débat interminable sur la condition des Noirs, par exemple. Le rapport avec le foot ? Beaucoup de Noirs sont des vedettes de ce sport. Une pause musicale : « Boys don't cry » des Cure, titre de 1979...Quel rapport ? Justement, il faut pas qu'il y ait de rapport parce que ça serait trop facile. Quant à l'humoriste belge Alex Vizorek, il vient pour débiner le foot en général et ce tournoi en particulier. Radio France est la radio officielle de l'Euro 2016… Pour se démarquer de ses concurrents qui ont tous fait pareil, Inter aurait pu, je sais pas moi, s'allouer les service de M. Jean-Marc Guillou, un des meilleurs milieux de terrains de tous les temps en France mais très critique sur le milieu du football (et sur Jacques Vendroux aussi). Ça aurait pu être intéressant. D'autres personnalités que les habitués auraient pu apporter une touche intellectuelle aussi mais il n'en sera rien. « Mon invité est », le prisme de l'anti-racisme (on y revient) et tous les clichés sur les supporteurs de foot et le football professionnel se donnent rendez-vous tous les soirs. Encore une occasion ratée de faire du populaire de qualité.

 

Enfin, cette tempête dans un gobelet de machine à café : les animateurs d'Inter se moquent de Nagui et de sa plainte quant à son salaire. Curieux qu'on lui reproche de l'avoir dit alors que tant d'autres en font autant et notamment les chroniqueurs. Un certain Didier Porte le disait chaque fois qu'il ne trouvait rien de pire à dire. On disait alors que c'était une « private joke ». Pourquoi ce déferlement aussi prompt contre Nagui ? Serait-ce parce qu'il est le plus connu des animateurs de la station et que les autres en prennent ombrage ?

http://www.20minutes.fr/medias/1863799-20160612-video-france-inter-nagui-apprecie-moqueries-animateurs-radio-salaire

Cependant, si j'approuve des départs, c'est bien entendu au nom du renouvellement. Il en est tout autrement de l'argument qui prétend qu'il est incompatible de partager son temps entre deux stations de radio qui appartiennent au même groupe alors que les vedettes de l'antenne sont justement des vedettes parce qu'elles effectuent des prestations à la télévision. Les Cohen, Nagui, Demorand travaillent tous ailleurs, et pas qu'un peu. M. Demorand, rien que lui, à la rentrée prochaine animera l'émission politique qui précédera la présidentielle et les législative. Excusez du peu. Comme si ça n'était pas suffisant, il est annoncé aussi sur France 3. Au contraire, les deux animateurs présentés comme des cumulards ont le même comptable, le même payeur, le même employeur pour tout dire.

Vendredi 17 juin, Mme Hélène Jouhan a commencé sa revue de presse par l'évocation en une de La Croix, des morts dans la rue ; tous ces sans-abris morts dans la quasi indifférence et sous nos yeux. Merci pour eux, Madame.

Posté par la colere à 10:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

22 juin 2016

Les couleurs de l'Euro2016 (1) : gris et maussade

L'Euro a commencé et c'est pas la joie. Rien à voir avec l'atmosphère qui régnait en France en 1998 pour le Mondial ou même le plaisir d'avoir une grande compétition ici, comme en 1984. L'environnement ne pousse pas à sauter aux rideaux. Les conflits sociaux succèdent à une défiance vis à vis de la politique. Les inondations ont rabattu notre superbe et rappellent que la nature demeure la plus forte. Malgré notre avance technologique, nos connaissances, notre expérience, notre arrogance, même, il faut afficher une attitude humble face aux forces qui nous donnent la vie.

 

Et si l'on parlait du foot ? Eh bien, parlons-en ! Le football, ces derniers mois n'a été que succession de scandales dont ce sport populaire, s'il en est, n'est que le prétexte ou le détonateur. L'affaire Platini, d'abord. Voici un excellent joueur, qui a toujours eu un comportement correct sinon exemplaire. Comme il a joué au meilleur niveau, une voie royale s'ouvrait devant lui. Il a, tout naturellement intégré les instances dirigeantes de la fédération et de l'organisation de la Coupe du Monde en France en 1998. Ensuite, logiquement, c'était l'UEFA et sa présidence. Dans le même temps, il a formé un ticket avec M. Blatter, nouveau président de la FIFA. Compte-tenu de l'âge des deux hommes, on comprenait que M. Platini occuperait un jour le fauteuil de son mentor. La partition était sans doute trop bien écrite mais la musique ne plaît pas forcément à tout le monde. Alors que le moment était venu, des affaires sont sorties opportunément pour disqualifier l'enfant prodige du football. Michel Platini, pour le coup, est un enfant de la balle. Fils d'immigré, il a passé tous les échelons avant d'intégrer le football professionnel et dans le club local, l'AS Nancy-Lorraine. Il est vrai que la plupart des stars ont commencé bas. Zidane, dont nous reparlerons peut-être, a débuté à Cannes et non pas à l'OM où il n'a jamais joué. M. Platini ne s'est jamais affiché avec une starlette, n'a jamais touché la drogue, n'a jamais triché pour des paris sportifs ; au contraire de quelques uns de ses contemporains et notamment en Italie où il a longtemps évolué. Platini n'a connu que trois clubs. Autres temps. Sur le plan sportif, il a fait partie de l'équipe championne olympique en 1976 à l'époque où les JO accueillaient les « espoirs » des sélections nationales. Privé du trophée mondial en 1982 où l'on a battu des records d'iniquité, il s'est rattrapé, deux ans plus tard, en remportant la Coupe d'Europe à domicile. Parcours exemplaire. Justement, ça ne convient pas à la FIFA qui est une organisation puissante, avec sa diplomatie, son économie et, accessoirement, le football. On brasse des sommes considérables. Les sponsors sont partout et imposent leur loi d'airain : la forme et le poids du ballon, les tenues des joueurs, l'intendance des compétitions et surtout les droits télévisions ; autrement dit la publicité des autres. Pas questions que deux marques concurrentes apparaissent à l'écran en même temps. Pas question qu'un joueur soit interrogé par un journaliste sans un fond sur lequel apparaissent les sponsors officiels de son équipe. On ne parle plus de la Coupe du Monde mais de la Coupe du Monde de la FIFA et donc de la Coupe d'Europe de l'UEFA. Les jeunes trouvent ça normal. Ils ont toujours baigné là-dedans. Leurs aînés ne protestent pas non plus. C'est la suite logique. Les stades portent des noms d'assureurs ou de chaînes d'hôtels. Tout le monde trouve ça normal et il ne vient à l'idée de personne de dire simplement « le stade de telle localité ».

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/01/29/20251288.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/06/12/24479792.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/06/09/24455263.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2015/05/22/32090872.html

Bien sûr le populo râle un peu. Comment peut-on gagner des millions tous les mois pour taper dans un ballon ? Jusqu'à présent, on répondait : ça plaît aux gens. Si ça plaisait pas, les stades seraient vides. Circulez !

Maintenant, surtout depuis 1998, on sait que le foot est populaire et que même les meufs aiment le foot et le font savoir. Donc, quand un garnement mal peigné gagne des millions, il devient inutile d'énumérer les reproches traditionnels. Pis, quand on critique une vedette du football qui gagne des sommes indécentes, on rétorque que ça gêne « certains » que des p'tits gars de la banlieue réussissent. Et ces réussites ne se contentent pas d'améliorer leur ordinaire et de prendre une revanche sur une enfance qu'ils aiment présenter comme difficile. Il crânent. Il s'affichent. L'argent leur a donné le droit de tout dire, d'insulter leurs entraîneurs, de mépriser leurs coéquipiers, de se moquer de ces arbitres qui courent après eux pour un émolument de misère. Un exemple pour la jeunesse. Ben tiens ! L'exemple de trous du cul qui n'avaient qu'une idée en tête : se faire de la thune à tout prix ! Ça a été le football. Ça aurait pu être autre chose. Le football n'était pas une vocation mais un moyen. Ils ont bien profité d'un système capitaliste qui ne connaît qu'un seul Dieu, l'argent tout puissant, l'argent qui donne tous les droits, ou plutôt qui s'affranchit des lois qui sont faites pour les bouffons. Tout comme le capitalisme qui fabrique et contrôle sa propre opposition, ces nouvelles vedettes du football ont le toupet de se revendiquer « rebelles », « anti-système », « croyants ». Gare à ceux qui pointent leurs contradictions, leur morgue, leur arrogance. Ce ne sont que des « méchants » qui ne supportent pas la réussite des « p'tits gars de la banlieue ». C'est tout juste si ceux qui se posent des questions ne sont traités de fascistes. Ça peut venir.

 

Eh, oh ! Tous ces mecs soit-disant de la banlieue, n'ont quand même débuté le football en jouant avec des boites de conserve dans les rues ! Ils n'ont pas joué pieds-nus pendant que les fils de bourgeois se rendaient aux stades avec leurs beaux sacs de cuir. Le système qu'ils vilipendent leur a permis de payer une cotisation dans un club de football avec vestiaires et douches payés avec l'argent des contribuables qui n'ont pas la possibilité de vivre en Suisse ou ailleurs que chez eux. Nombre d'entre eux ont suivi une filière genre sport-étude, là encore largement prise en charge par l’État. Après, ils peuvent bien cracher sur la France qui, d'après eux, les déteste. Le plus fort, c'est qu'il se trouve de larges pans de la société qui marchent dans cette mystification. Quand Sartre annonçait à l'Odéon, en Mai 68, que le capitalisme récupère jusqu'à la contestation du capitalisme, il ne croyait sans doute pas si bien dire. Le système produit une masse sans culture, sans esprit critique qui ringardise les idées, les débats et qui propulse aux nues la médiocrité, la superficialité et l'exhibition des signes extérieurs de richesse matérielle. Dans un tel royaume, les petites frappes écervelées sont rois. Et, puisqu'il se trouve une cour pour admirer leur réussite (des p'tits gars de banlieue), la conceptualiser, l'intellectualiser, pour trouver les mots qu'ils n'ont pas et ne veulent pas avoir, ils en profitent allègrement. Ils profitent du système dans son intégralité, en exploitent tous les avantages et toutes les failles. Et puisqu'il s'en trouve pour les présenter comme des victimes malgré l'évidence, tout leur est dû, tout leur est permis : les grosses bagnoles (pas nouveau), l'alcool (pas nouveau), la drogue de temps en temps (pas nouveau), les histoires de mœurs…

Alors, bien sûr, ceux qui ne partagent pas l'engouement pour la Coupe d'Europe, ne se posent pas toutes ces questions mais ils ressentent un dégoût profond devant l'indécence de ce milieu médiatisé qui est sensé être un divertissement, une hygiène de vie et parfois un exemple. Quand on vit soi-même en banlieue ou pas loin, qu'on a du mal à vivre dans ce marasme, dans cette précarité, cette peur du lendemain, on a du mal à s'enthousiasmer pour une compétition qui semble de moins en moins populaire.

Posté par la colere à 09:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

Les couleurs de l'Euro2016 (2): Black-Blanc-Beur ou l'inverse

Un des ressorts de la réussite d'une telle manifestation internationale, c'est, bien entendu, l'état d'esprit qui règne dans le pays organisateur et qui induit l'image que le reste du monde s'en fait.

Pour les JO de Pékin, la curiosité pour cette Chine qui s'est éveillée l'emportait largement sur l'horreur qu'inspire ce régime policier qui élimine à petit feu les minorité ethniques. Ceux de Sydney ont été les plus beaux de toute l'histoire olympique, aussi parce qu'il étaient conformes à l'image qu'on se fait de l'Australie, un pays tranquille, qui ne fait pas parler de lui, où l'on a l'impression que tout le monde vit bien et où la modernité s’accommode d'une nature généreuse. La flamme qui échoyait dans la main de l'athlète aborigène Cathy Freeman balayait les quelques préventions qu'on avait pu avoir sur le traitement des populations d'avant les origines. C'est elle qui a eu l'honneur d'enflammer la vasque et d'ouvrir, par ce geste symbolique, les Jeux Olympiques.

On parle encore du fiasco financier des JO du centenaire à Athènes parce qu'il s'est conjugué avec la crise grecque. On a critiqué ceux de Barcelone mais comme ils ont transformé la ville et même le pays tout entier avec la coïncidence avec l'Exposition Universelle de Séville, le bénéfice l'a emporté.

Avant de regagner son pays, le correspondant du Guardian à Paris, M. Jon Henley, racontait qu'il avait pris son poste quelques mois avant le Mondial de 1998. Dans cette France dynamique, qui innovait dans tous les domaines, qui construisait, qui investissait, il était évident pour lui que le Onze tricolore ne pouvait que devenir champion du monde. On a vu que le choc de l'élection présidentielle de 2002 a été suivi de la Bérézina de la Coupe du Monde.

En fait, la victoire de 1998 a produit son propre poison. Si l'on a eu, à l'époque, l'une des toutes dernière occasions de se réjouir collectivement, on a, également, développé une exigence démesurée. Les Français ont la réputation d'être arrogants vis-à-vis des visiteurs étrangers et aussi lorsqu'ils sont en déplacement ailleurs. Pour s'en faire une idée, il suffit de voir le comportement des Parisiens sur les lieux de vacances de l'hexagone. Avec la victoire de 1998, on ne voulait plus voir l'équipe nationale autrement que championne toute catégorie. D'ailleurs, deux ans plus tard, l'équipe enchaînait avec la Coupe d'Europe. Depuis, tous les deux ans, on nous bassine avec « le fiasco de l'équipe de France » quand elle ne réussit plus à être première. Quand on atteint le sommet, on ne peut que redescendre. Même les meilleurs ont connu ça. Que n'a-t-on dit contre le sélectionneur Santini, coupable d'avoir amené son équipe en quart de finale, éliminée par le futur champion d'Europe ! Excusez du peu. Qu'est-ce qui entretient cette exigence insensée ?

C'est que, le lendemain de la finale, le quotidien du soir de référence, ne titrait pas sur la valeur intrinsèque de l'équipe mais sur sa composition ethnique. C'est le fameux « Black-Blanc-Beur » promis à un bel avenir. Par conséquent, dans l'inconscient collectif, s'est instillée l'idée selon laquelle, puisque la France demeure métisse ou « BBB », on peut et l'on doit gagner à tous les coups. C'est du racisme à l'envers puisqu'il sous-entend que c'est ce mélange ethnique qui fait gagner la France. C'est en quelque sorte « la potion magique » de l'époque post-astérixienne. Le village assiégé (symptôme paranoïaque) n'est rien sans la potion magique et sans la force herculéenne du guerrier qui est tombé dedans étant petit. D'ailleurs, après la retraite des champions du monde de 1998, on a dit et répété qu'il manque … et là, chacun y mettait le nom de son favori.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/11/12/28414433.html

 

On en est arrivé à un point où l'on scrute la composition de l'équipe sur une base ethnique, voire religieuse, comme lors du Mondial en Afrique du Sud avec les tensions entre les joueurs. Les polémiques qui se sont développées juste avant le début du tournoi sont symptomatiques de cet état d'esprit. D'ailleurs, elles ont été amplifiées par les médias peu portés sur le sport spectacle et par ceux qui, d'ordinaire, ne suivent pas le football. Tout comme en 1998, Le Monde avait titré sur « La victoire de la France métisse », Les Inrockuptibles avaient accordé plusieurs pages à Anelka et au rappeur Booba afin qu'ils disent tout le mal qu'ils pensaient du pays qui leur a permis de devenir des vedettes.

http://www.lesinrocks.com/2010/12/08/actualite/booba-anelka-linterview-exclusive-en-integralite-1122511/

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/07/03/24629308.html

Le parisianisme est tel dans notre beau pays que l'on suggère que toute la France est à l'image des trottoirs de Paris, cosmopolites. Un peu comme si l'on voyait la Suisse à l'image de Genève ou la Belgique à celle de Bruxelles. Prenons l'effectif complet des Bleus, soit 23 joueurs. À première vue, on recense 12 Noirs ou Blacks selon la terminologie à la mode (comme si c'était plus acceptable d'être « Black » plutôt que « Noir »). Est-ce à dire qu'un peu plus de la moitié de la population française est Noire ? On peut espérer raisonnablement que ce sont les talents de ces joueurs qui leur ont valu d'être sélectionnés et pas la couleur de leur peau. Il est tout de même incroyable qu'à notre époque, on se focalise encore sur ce point. Quoi qu'il en soit, c'est ce poison de l'ethnicité qui gangrène toutes les compétitions depuis 1998 ; ou comment transformer ce qui devrait réjouir en une source intarissable de conflits.

À force de tout voir, tout analyser par le prisme de l'anti-racisme, on en est venu à biaiser tous les débats, les fausser et limiter considérablement les points de vue et les perspectives.

On commence à peine à mettre en évidence les artifices, les gadgets mis en place dans les années 1980 pour contrer la montée de Le Pen. La conséquence de la Marche des Beurs de 1983 a été l'organisation des concerts de SOS-Racisme qui ont favorisé l'émergence de la « génération Mitterrand » et sa réélection. On commence seulement à dire que la présentation d'un journal télévisé par M. Roselmack n'a rien changé au quotidien des Noirs de France. Faudra-t-il attendre encore longtemps pour analyser sans concession ces démarches qui se veulent anti-racistes mais qui s'avèrent totalement contre-productives puisque la mouvance Le Pen ne cesse de progresser ? Faudra-t-il attendre encore longtemps pour considérer ce qu'il est convenu d'appeler « les minorités visibles » comme des personnes à part entière et leur reconnaître des qualités et des défauts, sans complexe et sans faire référence à leurs origines ?

Posté par la colere à 09:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 juin 2016

Il pleut des chats et des chiens

Le réchauffement climatique n'est pas la seule cause des crues actuelles dans le bassin parisien ou bassin versant de la Seine.

Il y a l'urbanisation, le bétonnage et le goudronnage, la pollution des sols (qui les durcit et l'eau glisse dessus), la disparition des prés remplacés, au mieux par des terres cultivées mais généralement par des plantations de peupliers ou des lotissements.  L’état des fossés, des drains favorise aussi les inondations mais n’est pas la cause des crues ; bien entendu.

N’empêche, le réchauffement climatique accentue le phénomène.  En 1910, Paris a été inondé en hiver et pas au printemps. L’Yonne et son affluent, la Cure, étaient gonflées par la fonte de neige du Morvan. Cette fois, ce sont les pluies qui font déborder les affluents de la Seine.

Des affluents mineurs débordent et pas qu’un peu. Ce n’est pas la neige qui fond. Il n’a pas neigé sur le bassin parisien ni cet hiver, ni à aucun moment. C’est donc bien l’eau du ciel qui augmente la capacité de tous ces cours d’eau. A cela, il y a les raisons habituelles des anticyclones et des dépressions. Ça n’est pas la première fois qu’on a une fin de printemps pourrie ou même – n’anticipons pas – un été pourri.  Tous ceux qui observent le temps qu’il fait depuis plusieurs années peuvent constater que, depuis près de 40 ans, les saisons ne sont plus marquées nettement. Si l’on a pu voir une alternance de moments de pluie, de froid, de chaleur, voire de neige et de sécheresse (1976), on assiste depuis une quinzaine d’années, environ, à la répétition de phénomènes extrêmes comme des canicules et des inondations. Ces phénomènes, pour exceptionnels qu'ils demeurent, n'altèrent pas la perception qu'on a des saisons dans la mesure où, premièrement, on continu d'apprendre le cycle des saisons avec tous les clichés d'autrefois et les dessins d'arbres en fleurs au printemps, de soleil haut pour l'été, de chute de feuilles et de pluies pour l'automne et d'arbre dénudé avec un bonhomme de neige pour l'hiver. Deuxièmement, on sait que le cerveau est très sensible à la luminosité et ceci l'emporte sur toute autre considération. Les journées longues sont un signe qu'on va vers l'été et les fortes précipitations n'y changent rien.

Les mêmes se demandent si, sur la majeure partie de la France, le réchauffement climatique ne va pas se traduire par une plus grande fréquence des précipitations. Les faits nous donnent raison. D’ailleurs, en ce moment, depuis que les vallées de l’Yonne puis du Loing ainsi que tous leurs affluents et sous-affluents débordent et détruisent, d’abord les vignobles et maintenant les villes, menaçant Paris (ah, là, ça rigole plus), on commence à nous expliquer ce qui est pourtant une évidence. L’augmentation de la température fait s’évaporer l’eau qui forme des nuages qui finissent par crever. Or, malgré ces pluies diluviennes, personne ne peut sérieusement se plaindre du froid. Par conséquent, comme les nuages se concentrent dans la même zone, ils n’en finissent pas de se répandre.

13335712_1153774248000684_3329836217003292100_n

On aurait tort de vouloir se rassurer en se disant qu’il y en a toujours eu, que les « épisodes cévenoles » sont, localisés et qu'il n'est pas question de changer ses habitudes. Le plus drôle, c’est que les mêmes qui tiennent un discours rassurant rappellent qu’en 1982, 2001, 2011 et peut-être d’autres années encore, il y a eu des phénomènes semblables. Sans même s’en rendre compte, tellement ils sont sûrs d’eux, ils apportent de l’eau au moulin de leurs adversaires qui mettent en garde sur certains aménagements, certains désaménagements qui amplifient les conséquences funestes des phénomènes météorologiques redoutables. Ils font simplement remarquer que ces phénomènes extrêmes se rapprochent, se diversifient, s’amplifient à chaque fois.

Pour le moment, it’s raining cats and dogs, il pleut comme vache qui pisse, il fait pas un temps à mettre un chat dehors, il pleut des cordes ou, pire, des hallebardes… Mark Twain, lui, faisait remarquer qu’un banquier est quelqu'un qui vous prête son parapluie lorsque le soleil brille et vous le retire aussitôt qu'il pleut…

 

Petit rappel. En 2001, le bassin de la Somme avait été inondé pendant plusieurs semaines. À l'époque, le Premier Ministre Jospin s'était rendu sur les lieux, comme il se devait. Il avait été accueilli par des huées, des reproches, des accusations. Une rumeur voulait « qu'on » avait détourné les eaux du bassin parisien dans celui de la Somme pour faire bonne impression en vue de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques. Le plus fort, c'est que les médias avaient relayé cette rumeur encore plus insensée que les autres et avaient même enquêté, non pour faire taire la rumeur mais pour voir s'il n'y avait pas un fond de vérité. En 1875, cette fois, MacMahon, alors Président de la République en visite pour constater la crue de la Garonne (vous voyez bien que ça a toujours existé et qu’on peut continuer à déconner), s’est écrié ces paroles entrées dans l’Histoire : « Que d’eau ! Que d’eau ! ». Après tout, que dire de plus ? Contre l’eau déchaînée, il n’y a rien à faire et tous ceux qui ont joué avec l’eau quand ils étaient petits, en ont tiré les leçons.

13343103_972354129552023_5309292385871489825_n

En attendant, ce fait divers qui inquiète surtout les Parisiens mais qui touche nombre de pauvres gens le long des vallées touchées, arrange bien les affaires du Gouvernement en grande difficultés depuis plusieurs semaines. On ne parle plus ni des manifestations contre le projet de loi « travail », ni des grèves dans les services publics. Ou plutôt, on en parle mais l'on est tellement absorbé par les reportages sur les inondations qu'on n'est plus attentif au reste et qu'on attend impatiemment le bulletin météo.

 

NB : je dois préciser que ça fait des semaines que l’article « Il pleut » écrit en 2010, est en tête des plus consultés et de très loin.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/05/26/27244197.html

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2010/03/01/17087192.html

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Inondation

18 mai 2016

MAYA partir

Donc, un jeune canadien de 15 ans, William Gadoury, aurait découvert une cité maya inconnue jusqu'à présent. Pour ce faire, ce passionné – comme on peut l'être à son âge – a utilisé les outils à sa disposition aujourd'hui et, pour ainsi dire, sans sortir de sa chambre. Il a comparé des images, notamment, et ça lui a mis la puce à l'oreille pour échafauder une hypothèse : et si les mayas, qui comptaient nombre de bons astronomes, avaient construit leurs cités en réseau qui reprend le schéma de constellations ?

Bingo ! La superposition de cartes coïncident. Et voilà le monde Internet, médiatique puis scientifique en émoi. D'abord, le premier salue l'exploit de ce jeunot, le deuxième s'empare de la chose, persuadé que le public est avide de fraîcheur et d'innocence dans ce monde de brutes, enfin le troisième, quand il s'est réveillé, a tout de suite mis le holà. Son argument est que cette hypothèse ne repose sur rien. Remarquons en passant que leur holà ne repose sur rien non plus sauf si l'on insinue que les scientifiques, archéologues et autres spécialistes se trouvent fort marris de s'être fait souffler la vedette. D'un manière générale, c'est tout à fait humain de se voir battu sur son terrain par un gamin quand on a de la bouteille et des heures de vol. « La valeur n'attend pas le nombre des années », disait le grand Pierrot mais c'est toujours aussi dur à avaler.

En fait, les scientifiques, surtout dans notre beau pays de France, façonné par un rationalisme qui a remplacé la raison, récusent le droit pour tous ceux qui ne sont pas du sérail, d'exercer, même en amateur, même pour le plaisir, leur métier. C'est l'éternel conflit entre le public et les critiques. Nous, les critiques, qui avons étudié pendant des années le sujet, nous ne pouvons pas tolérer que des néophytes, des gens qui n'y connaissent rien, donnent leur avis à égalité avec nous. Bien sûr, la télévision et, maintenant, l'Internet, augmentent ce nivellement en mettant sur le même plan, monsieur ou madame Tout-le-monde et les spécialistes.

S'y ajoutent parfois, des considérations bassement financières : comment justifier des rémunérations institutionnelles, parfois mirobolantes, et l'absence de résultat d'un côté tandis que, de l'autre côté, la recherche privée, amateur, obtient des résultats et quasiment sans moyen ? Les exemples abondent. Prenons la recherche sur le cancer, largement financée, avec les plus grands groupes pharmaceutiques multinationaux sur le coup et, finalement, des résultats indigents au regard des sommes investies et du temps passé. D'un autre côté, le professeur Solomidès, avec une petite équipe, obtenait des résultats. Plutôt que de les vérifier sur la longueur et la fréquence, on a préféré opposer tout de suite une fin de non recevoir : le professeur et son équipe ne sont pas homologués. À partir de là, fin de la discussion. Curieux que des scientifiques avancent un argument qui revient à dire : c'est une exception, on ne sait pas tout, peut-être même que le malade ne l'était pas tant que ça et donc, ça ne prouve rien.

On retrouve un peu la même démarche avec les fameux « lanceurs d'alerte » qui commencent à peine à être pris en considération alors que, pendant des décennies, on leur disait tout simplement qu'ils n'avaient pas le droit de. Souvenons-nous de l'affaire Aranda. Idem dans le milieu scientifique si vous n'avez pas le diplôme adéquat. Qu'importe si vous en avez un plus fort ou plus prestigieux : vous n'avez pas celui qui est reconnu. C'est ce que les ancêtres des scientifiques d'aujourd'hui avaient opposé à Marie Curie qui venait d'obtenir une récompense étrangère (le Prix Nobel) pour lui interdire l'entrée de l'Académie des Sciences.

Plus prosaïquement, il suffit de voir comment l'on traite les économistes qui se démarquent de la pensée unique, de la doxa imposée depuis 40 ans par le manuel de Barre, comment l'on traite les candidats à la présidentielle qui proposent autre chose que le discours rabâché depuis des années par les uns ET par les autres pour comprendre la réaction des scientifiques français, notamment.

Pensez, eux qui ont gratté le sol, accroupis, suant et tirant la langue sous le soleil ou piétinant dans les flaques d'eau, qui ont dormi dans des hamacs, ont subi les piqûres de bestioles infectes, ont bu de l'eau corrompue pendant des années puis lutté pour imposer leurs travaux, les faire éditer, les diffuser. Voici qu'ils se font coiffer par un minot bien propre sur lui et à peine entré dans l'adolescence. Pensez, à cet âge, le cerveau n'est pas encore totalement formé… Dire qu'on était sûr, il y a encore peu d'années, que les bébés n'avaient pas de sensibilité et qu'on a fait subir à certains des tortures, persuadé qu'ils ne sentaient rien...C'était scientifique !

Le grand capital, lui, n'a pas ces scrupules. Depuis des années, il s'est intéressé aux savoir ancestraux, aux remèdes qu'on qualifierait ici de « bonnes-femmes », des plantes médicinales exotiques. Ils ont étudié leurs vertus, échangé avec les indigènes qui s'en servent pour, aussitôt, les breveter et leur en interdire l'usage à moins de leur payer un dû. Ainsi, soit ils empêchent leur usage, soit ils les commercialisent à leur profit.

Votre serviteur a parfois rencontré dans sa vie des personnes occupant des responsabilités dans des domaines de recherches, qui n'avaient aucun goût, aucune passion pour leur sujet mais qui s'étaient lancés là-dedans, à l'âge de notre jeune québécois, simplement parce qu'il y avait de la place. Ils ne montraient à leur poste aucun intérêt pour la chose, investissaient dans des locaux et du matériel (donc avec inaugurations officielles par des huiles histoire de se faire bien voir) mais rien dans la recherche et, au contraire, s'efforçaient de limiter leur champ d'action, au grand dam de quelques uns de leur collaborateurs passionnés, pour qui c'était une vocation. D'ailleurs, pour être bien sûr de ne pas être embêtés par ceux-là, on leur confiait des tâches subalternes, administratives, dans lesquelles ils s'ennuyaient à mourir et où ils avaient, par conséquent, peu de chance d'obtenir des promotions. De leur côté, les incapables prenaient les bonnes places car, au moins, ils savent obéir et ne pas bousculer les habitudes. « Médiocre et rampant et l'on arrive à tout », fait dire un autre Pierrot à Figaro. En d'autres termes, ça n'est pas nouveau mais l'on peut penser que c'est plus navrant encore aujourd'hui dans la mesure où l'on a l'expérience.

Plus près de nous et dans un domaine moins risqué, qu'on se souvienne de la polémique autour du livre du comédien Lorànt Deutsch (drôle de prénom) sur Paris… Un théâtreux n'a nul droit de raconter des histoires sur la capitale et encore moins de gagner de l'argent là où les ouvrages spécialisés prennent la poussière dans les bibliothèques bien dotées. Avant lui, les enseignants André Castelot et Alain Decaux ont été traînés dans la boue pour avoir vulgarisé l'Histoire à la radio et à la TV. Le populo se passionnait pour l'Histoire à présent. Et il n'y connaissait rien. Et il mélangeait tout. Et la petite histoire prenait le dessus sur la grande. Horreur ! On veut bien la démocratie mais à condition que chacun reste à sa place. Où irions-nous si les autodidactes et ; pire encore, le grand public se mettaient à discuter de points d'Histoire !

 

maya enfouie

Alors, quand on n'est pas scientifique mais simple érudit, on se dit que, quand une nouvelle d'importance comme la découverte d'une cité maya inconnue, enfouie dans la jungle du Petén sort au grand jour, la moindre des choses serait de chercher à la vérifier. Là, on a utilisé la martingale habituelle de l'administration : circulez, y a rien à voir ! Il lui est reproché que ça ne repose sur rien mais ses contradicteurs n'ont rien de mieux. On peut même penser qu'ils vont dépenser de l'énergie pour dissuader quiconque d'aller vérifier sur place. Quand bien même irait-on et qu'on trouverait quelque chose, gageons que les mêmes s'empresseront de minimiser la trouvaille. D'une cité (possible) on fera un simple hameau, d'une pyramide (possible), on fera un lavoir. Pourtant, quiconque connaît un peu les lieux sait que quantité de pierres, visibles depuis les sites accessibles, sont couvertes de végétation. Donc, les cités connues étaient plus importantes que ce qu'on en voit. D'autre part, en circulant en pays maya, on est parfois surpris de voir, en rase campagne, de drôles de collines, de forme presque géométrique. On peut penser que quantité de vestiges sont envahis par la végétation mais qu'on n'a pas les moyens de les nettoyer. D'ailleurs, là-bas comme ici, nombre de gens ne le souhaitent pas. L'arrivée de spécialistes signifie des emmerdements, des surfaces neutralisées, l'arrêt de travaux ou d'exploitation quelconque etc.

 

orion pyramides

Inutile de rappeler à tous ces pisse-vinaigre que c'est comme ça que Champollion a déchiffré la langue de l’Égypte ancienne, que le premier vaccin a été découvert, que la pénicilline aussi. C'est aussi avec un raisonnement de ce genre qu'on a établit que les planètes du système solaire sont espacées régulièrement sauf entre Mars et Jupiter où se trouve, curieusement la ceinture d’astéroïdes. C'est aussi grâce aux vues prises par les satellites qu'on croit que les grandes pyramides d'Égypte sont disposées comme les étoiles formant le baudrier d'Orion. Là, on n'a pas craint de superposer des images alors même que c'est un peu tiré par les cheveux. Qu'importe, ceux qui l'affirment ont l'autorité pour. Autant de petits Galilée qui affrontent le scepticisme des uns allié à la défense des prérogatives des autres. Le jeune William Gadoury ne fera sûrement pas carrière dans l'archéologie. Il devra monter sa propre boite ou travailler dans un bureau d'assurances pour gagner sa vie dignement. Espérons pour lui qu'il pourra se payer un voyage en pays maya et, peut-être même à travers la jungle. Comme il vit dans un pays où l'on n'a pas d'a priori, déjà des spécialistes et autres se proposent d'aller vérifier et de l'emmener. Je lui laisse, s'il me lit, le soin de méditer sur ces vers de Jeannot : « Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance laisse le crime en paix et poursuit l'innocence ».

 

 

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2016/05/08/un-adolescent-de-15-ans-decouvre-une-cite-maya

http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/12/cite-maya-deroute-journalisme-scientifique-264010?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1463039965

http://www.francetvinfo.fr/monde/ameriques/une-cite-maya-decouverte-par-un-adolescent-quebecois-les-raisons-de-douter_1446084.html

http://www.lefigaro.fr/culture/2016/05/11/03004-20160511ARTFIG00180-un-expert-dement-la-decouverte-d-une-cite-maya-par-un-jeune-quebecois.php

http://www.journaldequebec.com/2016/05/12/une-mexicaine-tentera-daller-sur-les-lieux-de-la-cite-maya-perdue

http://www.journaldemontreal.com/2016/05/07/un-ado-decouvre-une-cite-maya

Posté par la colere à 21:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,