Christian Magdelaine

 

J’avais envie d’écrire quelque chose sur une voix que j’entends depuis une quarantaine d’années et un nom facile à mémoriser. Christian Magdeleine, c’est la voix de Rosny-sous-Bois où se trouve le centre d’information sur la circulation routière.

 

Au début, ses interventions s’effectuaient dans le cadre d’Inter-Service route. C’était l’époque des Inter-Services. Il y avait aussi Inter jeunes. Le numéro de téléphone était Bagatelle 33 33.

Le speaker en place disait : Inter-Services route, nous rejoignons maintenant Christian Magdelaine en direct de Rosny-sous-Bois.

 

La mise en place de ce service a été une innovation importante qui accompagnait la croissance des « trente glorieuses » et le tout automobile. Il y avait des embouteillages de partout car le réseau autoroutier était très insuffisant pour faire face à l’opulence nouvelle qui s’exprimait en prenant la voiture le dimanche pour aller respirer l’air pur avant de faire du sur-place en regagnant Paris le soir. La voix chaude de Christian Magdelaine rassurait quelque peu. Toujours est-il que le principe a été repris par toutes les autres radios et que Pierre Perret l’a évoqué dans une chanson.

 

Ce qui me surprenait le plus, ces dernières années, c’était d’entendre encore et toujours Christian Magdelaine, en direct de Rosny-sous-Bois, avec la même voix. Je me demandais quel âge il pouvait avoir. La réponse m’a été donnée ce dernier jour de mars 2009, son dernier jour de travail. On attendait un peu que France-Inter salue un de ses plus vieux collaborateurs. Comme d’habitude, cela a été rapide. A peine deux minutes pour dire que Christian Magdelaine intervenait après les flashes horaires et qu’il gardait de mauvais souvenirs comme les grands accidents qu’il a été obligé de commenter à l’antenne. On s’en doutait. Comme d’habitude, on ne saura rien des dessous, de la cuisine interne. J’aurais aimé savoir comment il a été recruté et par qui, quel a été son parcours, ce qu’il faisait toute la journée, comment il préparait ses courtes interventions.

 

Décidément, France-Inter n’est pas une famille ni une bande. C’est une sorte de grosse maison avec des guichets bien délimités et des gens qui travaillent mais ne se connaissent pas et tolèrent à peine leurs auditeurs*. Aucune complicité n’est établie avec l’auditeur puisqu’aucune complicité n’existe entre les animateurs. A l’occasion de sa dernière émission, avant de prendre ses fonctions de directeur, Jean-Luc Hees avait simplement évoqué son départ pendant l’indicatif de fin en se justifiant : « on aurait pu faire un feu de bois mais ce n’est pas le genre de la maison ». Justement, on aurait aimé entendre les meilleurs moments de l’émission, les moments forts. Pour les 50 ans du « Masque et

la Plume

», on s’est fendu d’un livre souvenir. Là non plus, on sait peu des dessous de l’émission. On apprend peu sur les critiques mais beaucoup sur les écrivains et les cinéastes qu’ils ont défendus. A croire qu’on n’attendait que ça pour les connaître. Peu sur les coulisses du « Masque », peu sur la tête de ces hommes (et quelques femmes) de radio. On sait que ce n’est pas par modestie alors, pourquoi ?

 

Quand même, ne plus entendre l’annonce de Christian Magdelaine en direct de Rosny-sous-Bois, ça va manquer.

 

http://www.radiofrance.fr/services/inforoute/route_rf/

 

*comme l’a montré le dernier dérapage de Noëlle Bréham, s’emportant contre l’heure d’été et, finalement, interdisant à ceux qui sont pour d’écouter son émission.