27 avril 2009
MAcHA
Je n’ai pas beaucoup écouté Masha Béranger. Je sais qu’elle
donnait la parole à ceux qui avaient besoin de parler la nuit. Sans doute
auraient-ils eu, aussi, besoin de parler le jour mais la nuit semble plus
propice. Il fallait l’incroyable fatuité d’un Guy Carlier pour s’en moquer
régulièrement en affirmant qu’elle n’en avait rien à foutre des dépressions des
auditeurs et qu’elle se faisait les ongles pendant les appels. Ça ne rapportait
rien ni à Macha, ni à France-Inter. Son émission était emblématique de ce que
doit être une radio publique, distrayante et conviviale. C’est sans doute pour
ça qu’en plein sarkozisme, on a supprimé son heure d’écoute.
Macha a débuté sur les ondes un peu après les autres et
surtout Gonzague Saint-Bris qui œuvrait sur Europe 1 à la fin des années 1970.
Pour nous, adolescents, c’était un peu la découverte de la vie, de la vie qu’on
n’apprend pas au lycée. Macha a tenu plus longtemps, preuve qu’elle répondait à
des besoins. En même temps, c’est un peu le signe de l’anonymat de nos
sociétés. Il faut des écoutes téléphoniques comme SOS Amitié ou La Porte
Macha était un personnage, une personnalité, surtout. C’était une dame de la nuit, une sœur de la nuit. Elle vient de rejoindre la nuit définitive.
24 avril 2009
Europe
Qu’elle était belle cette Europe. Elle faisait rêver lorsqu’on regardait la carte du continent et que les six pays du Marché commun apparaissaient avec une couleur différente. On se mettait à rêver qu’un jour, les voisins encore en gris sur la carte, rejoindraient les 6 et formeraient une communauté. On rêvait d’une communauté qui ne s’intéresserait plus seulement au charbon et à l’acier, qui ne s’occuperait plus seulement d’abaisser les taxes aux douanes mais impulserait un mode de vie à l’Européenne où l’on prendrait ce qu’il y avait de meilleur dans chaque Etat membre pour que tous puissions en bénéficier.
1993 a la Grande-Bretagne la
Communauté
Le traité qui a institué l’Union Européenne de
Depuis 1993, chacun se trouve confronté à une norme
européenne absurde. Les fonctionnaires de Bruxelles planchent sur la courbure
de la banane, le calibre des tomates. La Grande-Bretagne
Au nom de la concurrence, la Grande Bretagne la Belgique la
France la
Commission la Commission 500 g 468 g
Le citoyen qui se trouve aussi être consommateur dans notre
société le sait. Quand il s’en inquiète, on lui répond que c’est l’Union
Européenne qui l’a décidé. Il en résulte une impression que l’Europe ne sert
qu’à l’emmerder. Au lieu d’améliorer son quotidien, au lieu de voir ses
intérêts de consommateur défendus, il se trouve face à une administration qui
multiplie les contraintes et lui impose de manger des produits dont il ne veut
pas forcément. En fait, au lieu de prendre le meilleur dans chaque Etat, on a pris
le pire. De la France
Dans le même temps, certaines professions ont pris l’habitude d’attendre tout de l’Europe. Les paysans bénéficient de prix garantis supérieurs à ceux du marché. Leurs syndicats ont obtenu le droit d’utiliser des produits chimiques, subventionnés qui conduisent à une surproduction que l’Union doit prendre en charge. Parallèlement, il faut engager des actions pour dépolluer ce qui a été fait précédemment. La disparition progressive des abeilles n’est que la conséquence la plus visible. En fait, la pénurie alimentaire est organisée pour maintenir les prix et jouer le jeu de la concurrence des produits importés. L’autosuffisance n’a pas sa place face à la concurrence encore une fois érigée en dogme sacré. On paie pour jeter du lait, pour broyer des pommes quand, en Europe même, des enfants souffrent de carences vitaminiques. Les pêcheurs réclament de l’Europe qu’elle mette plus de poissons dans leurs filets comme les personnages de Pagnol qui réclamaient du syndicat des eaux la remise du précieux liquide quand la source était tarie. Les citoyens assistent à ce spectacle, impuissants et dégoûtés.
Pour élargir l’espace de libre-échange qu’est devenue, de fait, l’UE, on a décidé d’intégrer les anciens pays du bloc communiste sans aucune préparation. Leur arrivée a provoquée la plus grave crise que l’Union ait connue. En plus, il ne fallait (il ne faut surtout pas encore) dire que c’est à cause de ça. Pensez, ces pauvres gens demeurés si longtemps derrière le « rideau de fer ». En fait, la plupart des partis politiques de ces pays-là lorgnaient sur les fonds structurels pour améliorer leur niveau de vie. Préoccupation légitime, d’ailleurs, mais qui a contribué à dévoyer les missions de l’UE et à exaspérer l’opinion publique dans les anciens pays, ceux qui avaient impulsé cette dynamique de communauté.
Nous sommes en année électorale. Nous allons élire ceux qui vont nous représenter au Parlement européen. Aujourd’hui, même dans la très conservatrice Grande-Bretagne, la majorité des législations nationales est d’origine européenne. L’enjeu est de taille. Pourtant, les partis politiques ne font pas de zèle. Ils sont davantage préoccupés de recycler leurs personnalités encombrantes pour les expédier à Strasbourg que pour définir un programme ou, simplement, pour expliquer aux électeurs les enjeux. Même les groupes de pressions qui saisissent l’opportunité de ces élections pour diffuser leurs causes paraissent absents du débat. D’ailleurs, il n’y a pas de débat. Comment faire revivre le rêve européen dans ces conditions ?
D’une manière générale, les Européens, ont le sentiment d’avoir été berné, qu’on leur a volé leur rêve.
Les élections européennes ont lieu dans six semaines, paraît-il…
20 avril 2009
René Monory
René Monory mérite qu’on s’arrête un peu sur lui. Titulaire du Brevet élémentaire (comme ma grand-mère), son premier engagement a été de refuser le STO. Comme beaucoup d’entrepreneurs qui ont réussi, on souhaite le voir à la mairie de Loudun. La suite, on la connaît, c’est une carrière politique au plus haut niveau qui commence et à laquelle rien ne le prédestinait.
Il incarne le rêve républicain, l’idéal démocratique qui permet à un modeste apprenti dans le garage de son père de devenir ministre des Finances et, finalement, d’être soumis à l’impôt de solidarité sur la fortune. Il est aussi l’initiateur du Futuroscope, premier parc d’attraction à vocation scientifique fréquenté par les Français*. C’est drôle de voir comme les autodidactes gardent le souci de populariser les connaissances.
En effectuant une recherche sur l’Internet, j’ai découvert que sa ville de Loudun est jumelée avec Ougadougou, la capitale du Burkina Faso, pays qui m’est cher. Le site de la mairie http://www.mairie-ouaga.bf/
lui rend un hommage chaleureux. Pour moi, cela signifie surtout que René Monory était un homme de cœur, chose rare en politique. René Monory faisait partie des meilleurs hommes politiques et serviteurs de l’Etat. Est-ce pour cela que l’hommage national a été plus discret que le controversé Druon ?
*Disneyland Paris est le premier en terme de fréquentation mais attire des visiteurs de toute l’Europe tandis que, le Futuroscope, plus ancien, détenait la palme au niveau national et continue d’attirer les Français.
17 avril 2009
Comme toi !
Donc, le Président aurait fait une colère blanche au début du dernier conseil des ministres. Les colères blanches sont celles qui marquent le plus. On s’en souvient longtemps et même les journalistes qui n’y ont pas assisté semblent l’avoir reçue en pleine figure.
Le motif ? Des ministres auraient exprimé leurs « états d’âmes », selon les commentateurs. D’abord, cela signifie qu’ils en auraient une et c’est déjà une information en soit. Surtout, il faut savoir de quoi il s’agit. En fait, des ministres ont clairement manifesté leur souhait de se voir confier un ministère plus prestigieux ou, du moins, plus à leur convenance. On dit, que certains briguent, en fait, l’Hôtel Matignon, voire plus à plus long terme. A priori, il n’y a pas de quoi fouetter un chat, sauf que cela fait toujours jaser et ça, coco, ça fait vendre.
Dans le fond, ces ministres n’ont fait que suivre l’exemple
de leur seigneur et maître. Car enfin, pendant les cinq ans du quinquennat
Chirac, M. Sarkozy n’a eu de cesse de claironner son ambition présidentielle.
Ça a commencé avec son « pas seulement en me rasant » avant que
toutes les versions ne soient déclinées. On a même fini par oublier qu’il y
avait une élection. Pure formalité, d’ailleurs, tant il était évident pour une
grande partie de l’opinion qu’il ne pouvait y en avoir qu’un seul :
lui, le grand Sarkozy. Alors, maintenant, le boomerang revient et il se
trouve tout étonné que ses séides lui emboîtent le pas. Pourtant, on n’a pas
entendu de quoi faire trembler les murailles de Jéricho. L’une se verrait bien
à la tête de l’Education nationale, l’autre, prendrait bien le portefeuille de la Justice
Pour le moment, la servilité est telle que personne n’ose seulement imaginer le non renouvellement du mandat présidentiel. Mais, supposons que l’impopularité grandisse, il se trouvera bien, parmi les fidèles, une personnalité affirmée qui se voudra l’incarnation de la modernité dans la continuité de son maître. Là, toutes les « colères froides » n’y pourront rien. En attendant, on oublie la crise, on oublie les entreprises qui licencient, on oublie les expulsés. On n’a pas fini de rigoler.
12 avril 2009
Clandestins pas humains Féminin pas humain
Je reviens sur deux
sujets évoqués dernièrement. Il s’agit des émigrés africains sur des barques en
pleine mer et sur les femmes. Les deux ne sont pas forcément éloignés.
Ce qu’on appelle « le drame des clandestins » est le début d’une tragédie universelle. Les raisons, nous les connaissons. Les pays devenus indépendants après des périodes coloniales plus ou moins longues ou dures ont été dirigés depuis par des dictateurs corrompus avec, souvent le soutien des anciennes puissances coloniales ou bien celui de puissances concurrentes. Ainsi, Cuba a-t-elle été soutenue par les Etats-Unis contre l’Espagne en 1898. Pour l’île, deux souvenirs demeurent : le cocktail cuba libre rendu célèbre par la chanson « Rhum and Coca-Cola » et, la depuis tristement célèbre, Guantanamo. Pour les Espagnols, un traumatisme national a donné la meilleure génération d’écrivains et d’artistes de la péninsule. Cela a également exacerbé le sentiment tenace chez les Espagnols que le monde entier leur en veut.
N’empêche, pour tous ces pays, plus ou moins grands, l’indépendance a signifié la mise en place de dictatures militaires corrompues, accaparant les richesses des pays et maintenant les populations dans la pauvreté et la soumission. Malgré tout, ce qu’on n’appelait pas encore la « communication » mais qu’on pouvait qualifier de propagande entrainait les masses exploitées à faire front avec leurs exploiteurs contre des ennemis qui n’existaient que dans leur imagination. Les plus lucides cherchaient, cherchent toujours, à échapper à un destin inéluctable malgré les études brillantes de beaucoup de leurs enfants.
Les jeunes Mexicains ou Centroaméricains en général tentent
leur chance en passant les barbelés, les déserts et parfois les fleuves qui
séparent le Tiers-monde des Etats-Unis. En Afrique, les jeunes traversent aussi
des déserts et se jettent à l’eau. Il s’agit de l’océan Atlantique ou de la Méditerranée
Il y a peu, j’entendais la présidente des Maliens de Montreuil-sous-Bois dire que, lorsque elle retourne au pays, elle prévient ses compatriotes des difficultés rencontrées à Paris : chômage, pas de maison, marchands de sommeil, exploitation, violence, racisme etc. Seulement, quand elle dit qu’en France on mange trois fois par jour, on n’entend plus le reste. Les immigrés se précipitent à la poste dès qu’ils gagnent trois sous. Ils font des mandats de 20 euros, parfois moins. Ils savent qu’avec ça, leur famille pourra vivre quelques jours. Pour cela, ils tentent le coup.
Rien n’endiguera cette tendance tant que la démocratie ne sera pas durablement établie dans tous ces pays. Certes, le Mexique peut être considéré comme une démocratie. Malgré tout, les candidats à l’émigration ne cessent de croître. C’est que l’administration et l’armée demeurent corrompues et qu’une poignée de riches dominent l’économie. Ce n’est encore pas ça et il s’en trouve encore pour tenter le coup.
Le Mali se redresse. Pourtant, les injonctions du FMI ont conduit à la privatisation des services publics comme le train qui ne sert plus qu’au transport des marchandises de grands groupes privés. Tant pis pour les voyageurs et les marchands le long des voies qui se replient sur la capitale dans l’espoir de gagner ce qu’ils ont perdu avec leur élevage de poulets ou leur culture de légumes. On voudrait maintenir ces pays sous tutelle qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Alors, les Maliens tentent le coup.
Ignorants, comme la plupart des gens, la géographie, ils
cherchent à regagner le bord de la mer en pensant qu’après quelques jours, ils
atteindront les côtes européennes. Ils échouent sur des plages où des Blancs se
prélassent sous un soleil qu’ils fuient. Que faire des ces gens ? Les
renvoyer ? On y a pensé. De retour, ils sont la risée des autres et, de
toute façon, ne pensent qu’à repartir ; sauf qu’ils sont ruinés et ont
ruiné leurs proches. Les accueillir ? Mais où ? Partout en Europe, le
logement traverse une crise sans précédent. Les salariés ont du mal à trouver
les cautions pour acquérir de modestes studios alors, les chômeurs… On sait
aussi que si certains sont acceptés, cela encouragera les autres à le faire. Ce
n’est pas non plus la solution. Autrefois, il y avait un roulement. La
communauté payait le voyage à un ou deux de ses membres qui rentraient, le plus
souvent au pays, après quelques années, relayés par d’autres. Depuis l’arrêt du
recours à l’immigration, les visas sont difficiles à obtenir et celui qui en
possède ne prendra pas le risque de rentrer car son droit à voyager ne sera pas
transmis à un autre. Alors, on devient un clandestin. Malgré tout ça, malgré
les difficultés, malgré la violence subie, malgré la mort presque certaine,
beaucoup tentent le coup. Rien n’y fait : ni les avertissements, ni les
images de leurs compatriotes échoués ou noyés, ni les reconduites dans leur
pays, ni les attaques contre les convois, ni les vols par leurs passeurs. C’est
dire qu’il faut être poussé aux
extrémités pour vouloir encore tenter le coup.
Est-ce pour cela qu’on leur retire leur humanité en les
qualifiant de « clandestins » ? Sûrement pas. Ils ne forcent pas
l’admiration ici et sans doute pas là-bas non plus. Confrontés à des problèmes,
les Européens sont tiraillés entre leur désir d’aider leurs frères qui veulent
vivre comme eux et le constat qu’ils se trompent en voulant les rejoindre. Et
puis, il faut bien le dire, un peu d’égoïsme vient renforcer l’hésitation à les
accueillir. Le terme de « clandestin » employé à leur endroit est
monstrueux. Il leur assigne un statut de hors la loi, partant on légitime leur
exclusion. Cette exclusion, je le
répète, c’est la négation de leur humanité. Avant d’être des clandestins (qu’ils
ne sont pas encore tant qu’ils sont sur leurs coquilles de noix), ce sont des hommes et des hommes
courageux.
L’autre sujet, ce sont les femmes. Après la journée de la femme, on apprend ici ou là que nos mères, nos sœurs sont victimes de la violence des hommes. Cette violence, rien ne la justifie et rien ne l’explique non plus. A moins que la crainte de la réussite de filles ne fasse peur aux hommes qui méritent le moins d’être qualifiés d’hommes : ceux qui ne travaillent pas et vivent de la violence faite à leurs semblables. En effet, partout où les lois de simple justice ne peuvent être appliquées, les femmes vivent sous statut d’infériorité, d’esclavage de fait. Elles subissent la loi personnelle de ces mâles : objets de plaisirs sexuels pour les plus jeunes, matrices pour les autres, bonniches pour les plus âgées, chargées de panser les plaies infligées par ceux qu’on n’appellera pas « hommes » par respect pour ce qui reste d’humanité.
Les femmes qui ont participé à la guerre d’indépendance de l’Algérie sont contraintes de porter robe longue et foulard. Leurs filles et petites-filles ne connaissent que ça. Or, ce modèle a été exporté jusque dans nos pays où les lois issues du Siècle des Lumières reconnaissent l’égalité de droits pour tous les citoyens. Dans la moindre ville de province, on peut voir en nombre des femmes habillées comme sur les cartes postales de l’époque coloniale. On en voit même, et de plus en plus, déambulant sous un voile intégral qui ne laisse paraître que les yeux. On sait que c’est en Europe que les Turques sont voilées, ce qu’elles ne sont pas dans leur pays. Pour acheter la paix avec leurs communautés étrangères, les Anglo-saxons tolèrent ces déguisements infâmes. Partout, on tolère une misogynie de fait. On accepte que des scandales se produisent dans les hôpitaux, en France, parce que des mâles refusent qu’une femme de leur famille soit soignée par un homme. Comme on ne peut laisser la femme sans soin, on s’y plie. Quel avenir pour les petites filles qui n’auront comme modèle que celui-là ? C’est le mythe de la caverne appliqué aux filles. Elles trouveront normal leur statut d’infériorité et le revendiqueront ; le revendiquent déjà, en fait. Tout ça pour que leurs mâles se repaissent dans l’oisiveté. On a tort de n’y prendre pas davantage garde. On commence par opprimer les femmes mais, rapidement, c’est tout le système de valeurs qui s’écroule. On conteste les lois de la physique, de la génétique, de l’anatomie, de la géographie, même. On nie l’Histoire. On ne le fait pas en opposant les conclusions de recherches argumentées –pour quoi faire d’ailleurs ? – mais en brandissant des légendes, souvent belles, d’ailleurs.
Nier l’humanité d’hommes courageux, c’est commencer à nier sa propre part d’humanité. Quant à nier l’humanité de celles qui nous mettent au monde, c’est carrément insensé. C’est la négation de l’intelligence qui a permis aux premiers hominidés de se lever et de marcher. C’est la négation de ce qui nous fait rire ou pleurer. C’est la négation de ce qui nous fait tendre la main à quelqu’un en difficulté ou nous fait offrir un cadeau à une femme.
Je ne le répèterais jamais assez : nier l’humanité de celles qui nous mettent au monde détruit l’humanité
bien plus efficacement que toutes les autres armes de destruction massive.
04 avril 2009
Mayotte fait de l'ombre à l'Afrique
Au-delà des clichés qui font que presque tout le monde pense qu’il n’existe pas un seul habitant de l’Afrique en bonne santé, force est de constater que l’Afrique souffre et, à travers elle, les Africains.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/01/13/3677037.html
Depuis des siècles, ce continent est pillé, ses richesses volées, ses fils et ses filles exploitées partout. Dire que c’est pire depuis l’indépendance serait absurde. Sous statut colonial, l’Afrique n’était pas à égalité avec les métropoles européennes. Depuis, après les rêves qui ont suivi le départ des Blancs, les pays africains s’enlisent et aucun espoir ne point à l’horizon. Tout a été dit. Il faut, pourtant, insister sur la corruption de ses classes politiques.
Ce sont elles les vraies responsables de la pauvreté des populations. Quand le sol, le sous-sol, la mer regorgent de richesses, même payées vil prix, il est tout à fait inconcevable que ceux qui travaillent en tirent si peu de bénéfice. Inutile de revenir sans cesse sur le cas emblématique du Gabon qui, avec sa petite population d’à peine un million d’habitants, un sous sol gorgé de pétrole et une nature fertile traine dans la pauvreté tandis que son président à vie possède des palaces en France ?
Dans ce contexte, les populations qui ont eu le recul nécessaire pour choisir ou non l’indépendance se sont montrées très partagées. Bien sûr, il faut parler des Comores. Le sens de l’Histoire va vers l’indépendance de tous les Etats. Pourtant, il se trouve des populations qui, devant la corruption et l’impéritie des classes politiques africaines préfèrent encore la tutelle de l’ancien colonisateur plutôt que la soumission à l’un des leurs dont le seul objectif sera de vivre dans un luxe insolent et de protéger ses richesses volées au peuple par une armée suréquipée. Le référendum à Mayotte montre que, décidément, on préfère les Blancs qui leur lèguent des miettes plutôt qu’un Noir qui gardent tout pour lui. Personne ne peut s’en réjouir.
Devant ce résultat, les instances africaines ont réagi
promptement, Union Africaine en tête. Selon elles, ce référendum est nul et la France
L’Union Africaine a réagi promptement pour condamner le souhait des Mahorais de rester sous tutelle française. On l’a peu entendue quand il s’agissait de reconnaître l’indépendance du Somaliland et de sa population lassée des guerres de chefs à Mogadiscio.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/06/13/2079694.html
On l’a peu entendue quand Mugabe a dénié le résultat sorti des urnes donnant la victoire à son opposant et quand il précipite son pays dans l’inflation tandis que le choléra décime la population. On l’a peu entendue quand il s’agissait de condamner le dictateur soudanais Omar El-Béchir voire d’appliquer le mandat international contre celui qui fait la guerre aux Noirs de son pays depuis des années. Le conflit au Darfour, sur fond de pétrole pour les Chinois n’est
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/02/05/3907736.html
que l’épisode en cours de décennies de guerres dans cet immense pays arrosé par le Nil et situé au bord de la mer. Les Soudanais émigrent vers l’Egypte qui n’est pourtant pas un pays d’abondance. C’est dire ce que ce doit être au Soudan. On n’entend pas l’Union Africaine quand des centaines d’hommes se noient en mer pour échapper à la misère dont sont responsables ses membres. Non, le principal est bien de condamner le référendum à Mayotte et le choix des électeurs mahorais.
Tant que l’Afrique sera dirigée par des gens qui pérorent entre eux dans le meilleur des cas, qui font la guerre à la moitié de leur peuple ou à leurs voisins, qui spolient leurs pays et leurs habitants, il n’y a rien à attendre. Les Africains continueront de vouloir rejoindre les anciennes puissances coloniales, pourtant honnies, au péril de leurs vies. Décimée par la traite négrière autrefois, l’Afrique l’est, aujourd’hui, par l’émigration. Partout dans le monde, la démocratie s’est accompagnée de progrès économiques et matériels. Quelques pays africains commencent à effectuer cet effort et les résultats sont, encore, à peine perceptibles. Ils ne sont pas encouragés car trop d’intérêts sont en jeu. Les grandes sociétés étrangères et –pourquoi ne pas le dire ? –certains Etats préfèrent s’arranger avec un roi nègre plutôt qu’avec un gouvernement qui devra rendre des comptes devant un parlement.
La Ligue Arabe la France la
Ligue la Ligue Arabe
A noter que la presse parle de « clandestins ». Ils n’ont même pas droit d’être des « hommes », tout simplement. On dénie à ces gens l’appartenance à l’humanité.
On retiendra du référendum à Mayotte que l’immense fossé
s’est encore élargi entre les classes politiques africaines et les populations
qui n’en peuvent plus.

Dans les années 1980,
un homme avait décidé de tourner le dos à cette fatalité : Thomas Sankara
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-10-15-Thomas-Sankara-l-homme-integre
Un peu avant, le grand François Béranger avait parfaitement compris la situation. Près de trente ans ont passé :
Mamadou m'a dit la Crise
Mamadou m'a dit
On a pressé le citron
On peut jeter la peau
Les citrons c'est les négros
Tous les négros d'Afrique
Sénégal Mauritanie
Haute -Volta Togo Mali
Côte d' Ivoire et Guinée
Cameroun et Tutti Quanti
Les colons sont partis avec des flons-flons
Des discours solennels des bénédictions
Chaque peuple c'est normal dispose de lui-même
Et doit s'épanouir dans l'harmonie
Une fois qu'on l'a saigné aux quatre veines
Qu'on l'a bien ratissé et qu'on lui a tout pris.
Les colons sont partis
Ils ont mis à leur place
Une nouvelle élite
Des noirs bien blanchis
Le monde blanc rigole
Les nouveaux c'est bizarre
Sont pires que les anciens
C'est sûrement un hasard.
Le monde blanc rigole quand un petit sergent
Se fait sacrer empereur avec mille glorioles
Après tout c'est pas grave du moment que les terres
Produisent pour les blancs ce qui est nécessaire
Le coton l'arachide le sucre le cacao
Remplissent les bateaux saturent les entrepôts.
Après tout c'est pas grave
Les colons sont partis
Que l'Afrique se démerde
Que les paysans crèvent
Les colons sont partis
Avec dans leurs bagages
Quelques bateaux d'esclaves
Pour ne pas perdre la main.
Quelques bateaux d'esclaves pour balayer les rues
Ils se ressemblent tous avec leur passe- montagne
Ils ont froid à la peau et encore plus au cœur
Là-bas c'est la famine et ici la misère
Et comme il faut parfois manger et puis dormir
Dans les foyers taudis on vit dans le sordide.
Et puis un jour
Nous
Qu'on les renvoie chez eux
Ils seront plus heureux
Qu'on leur donne un pourboire
Faut être libéral
Et quant à ceux qui râlent
Un bon coup de pied au cul.
Vous comprenez Monsieur c'est quand pas normal
Ils nous bouffent notre pain ils reluquent nos femmes
Qu'ils retournent faire les singes dans leur cocotiers
Tous nos bons nègres à nous qu'on a si bien soignés
Et puis c'qui est certain c'est qu'un rien les amuse
Ils sont toujours à rire ce sont de vrais gamins.
01 avril 2009
Christian Magdelaine à Rosny-sous-Bois
Christian Magdelaine
J’avais envie d’écrire quelque chose sur une voix que j’entends depuis une quarantaine d’années et un nom facile à mémoriser. Christian Magdeleine, c’est la voix de Rosny-sous-Bois où se trouve le centre d’information sur la circulation routière.
Au début, ses interventions s’effectuaient dans le cadre d’Inter-Service route. C’était l’époque des Inter-Services. Il y avait aussi Inter jeunes. Le numéro de téléphone était Bagatelle 33 33.
Le speaker en place disait : Inter-Services route, nous rejoignons maintenant Christian Magdelaine en direct de Rosny-sous-Bois.
La mise en place de ce service a été une innovation importante qui accompagnait la croissance des « trente glorieuses » et le tout automobile. Il y avait des embouteillages de partout car le réseau autoroutier était très insuffisant pour faire face à l’opulence nouvelle qui s’exprimait en prenant la voiture le dimanche pour aller respirer l’air pur avant de faire du sur-place en regagnant Paris le soir. La voix chaude de Christian Magdelaine rassurait quelque peu. Toujours est-il que le principe a été repris par toutes les autres radios et que Pierre Perret l’a évoqué dans une chanson.
Ce qui me surprenait le plus, ces dernières années, c’était d’entendre encore et toujours Christian Magdelaine, en direct de Rosny-sous-Bois, avec la même voix. Je me demandais quel âge il pouvait avoir. La réponse m’a été donnée ce dernier jour de mars 2009, son dernier jour de travail. On attendait un peu que France-Inter salue un de ses plus vieux collaborateurs. Comme d’habitude, cela a été rapide. A peine deux minutes pour dire que Christian Magdelaine intervenait après les flashes horaires et qu’il gardait de mauvais souvenirs comme les grands accidents qu’il a été obligé de commenter à l’antenne. On s’en doutait. Comme d’habitude, on ne saura rien des dessous, de la cuisine interne. J’aurais aimé savoir comment il a été recruté et par qui, quel a été son parcours, ce qu’il faisait toute la journée, comment il préparait ses courtes interventions.
Décidément, France-Inter n’est pas une famille ni une bande.
C’est une sorte de grosse maison avec des guichets bien délimités et des gens
qui travaillent mais ne se connaissent pas et tolèrent à peine leurs auditeurs*.
Aucune complicité n’est établie avec l’auditeur puisqu’aucune complicité
n’existe entre les animateurs. A l’occasion de sa dernière émission, avant de
prendre ses fonctions de directeur, Jean-Luc Hees avait simplement évoqué son
départ pendant l’indicatif de fin en se justifiant : « on aurait
pu faire un feu de bois mais ce n’est pas le genre de la maison ».
Justement, on aurait aimé entendre les meilleurs moments de l’émission, les
moments forts. Pour les 50 ans du « Masque et la Plume
Quand même, ne plus entendre l’annonce de Christian Magdelaine en direct de Rosny-sous-Bois, ça va manquer.
http://www.radiofrance.fr/services/inforoute/route_rf/
*comme l’a montré le dernier dérapage de Noëlle Bréham, s’emportant contre l’heure d’été et, finalement, interdisant à ceux qui sont pour d’écouter son émission.
Trois ans !

