26 mai 2009
YACHVILI family
La première fois que j’ai vu Dimitri Yachvili,
c’était lors de la rencontre pour la troisième place de la Coupe
Yachvili, c’est un nom qui fait –comment dire ? –pas français. En effet, ça vient de Géorgie, une de ces nombreuses républiques caucasiennes que l’histoire (Atatruk et Staline notamment) a découpées pour diviser encore plus la mosaïque de peuples vivant dans ces montagnes austères.
Yachvili, c’est le nom d’un bonhomme qui s’est retrouvé en
France pendant l’occupation et qui s’est intégré, tout de suite dans un réseau
de Résistance, alors qu’il ne parlait même pas français. Surnommé
« Chaliko », il s’est fait remarquer par sa taille impressionnante,
son drôle d’accent. A la
Libération
Le fils, Michel, fait du rugby depuis tout petit. Avec les valeurs inculquées par ces parents hors du commun, il a tôt fait de se faire remarquer au C.A. Brive puis en équipe de France. Il fait partie de la sélection qui, en 1968, remporte le premier grand Chelem pour le pays. Dans le même temps, avec son épouse d’origine arménienne, ils auront trois garçons qui, en guise de nounours serreront dans leurs petits bras ce curieux ballon ovale que les professeurs de l’Education nationale nomment : « paramètre rebondissant à trajectoire aléatoire »sic.

Au hasard de l’évocation du talonneur Michel Yachvili,
l’auteur révèle quelques décisions contestables de l’ancien président de la Fédération 1968. A
En 2006, on pensait avoir trouvé mieux qu’un remplaçant à Fabien Galthié en fin de carrière comme demi de mêlée. La technique, la conscience professionnelle (eh oui, entre temps le rugby est devenu professionnel) et surtout le jeu de pied de Dimitri, fils de Michel, le désignaient et pour longtemps à ce poste stratégique s’il en est. Son arrivée en « petite finale » de la coupe du monde de 2007 contre les terribles All Black a, tout de suite, impressionné les amateurs. De toute évidence, il y avait une présence sur le terrain que personne ne pouvait ignorer parmi les quinze bleus ainsi qu’une voix grave propre à mener le pack. Grand seigneur, le demi d’ouverture et butteur de la sélection, Gérald Merceron, lui a tout de suite apporté le ballon pour que tous, y compris l’intéressé lui même, comprennent que, désormais, le butteur de l’équipe de France sera le jeune Dimitri Yachvili. Le rugby, ce sont aussi de grands gestes, dignes des chevaliers.
Les derniers mois vécus par Dimitri Yachvili sont également
exemplaires d’un autre point de vue. Après ce que l’auteur n’hésite pas à
qualifier de piège, le demi de mêlée biarrot a vu toute son expérience, son
travail déconsidérés suite à un match contre l’Angleterre que notre numéro 9
craignait de jouer en raison d’une longue absence sur les terrains. Le Quinze
de la rose, lui, était galvanisé et voulait sa revanche. Le sélectionneur a
fait payer au seul Yach la responsabilité de la défaite. Or, si la concurrence
avec Jean-Ba Elissalde est saine et motivante, l’incompréhension du
sélectionneur demeure profondément blessante.
Dès lors, tout s’enchaîne. Incapable de marquer des buts,
critiqué par la DTN
Il était arrivé la même chose en 2000 à Titou Lamaison qui a vu son travail lors de la demi-finale historique contre les All Blacks méprisé. Eloigné de la sélection, il n’a plus jamais retrouvé son niveau et a sombré en deuxième division. Ce ne sont pas là les valeurs du rugby, même professionnel. On ne juge pas un joueur sur un match.
A ce stade, il convient de revenir sur le passage de M.
Bernard Laporte comme sélectionneur. En 1999, il trouve un Quinze de France au
sommet après avoir battu les terribles All Blacks –avec une différence de
points jamais atteinte –et titulaire du titre honorifique de vice champion du
monde. On aurait pu penser que les joueurs qui avaient fait leurs preuves à
l’occasion de cette compétition difficile seraient reconduits sous réserve de
quelques ajustements. Nenni, la première tâche du nouveau sélectionneur a
consisté à renvoyer celui qui marquait les buts, Titou Lamaison, celui qui
marquait les essais, Philippe Bernat-Salle, et le capitaine, Raphaël Ibanez.
Rappelons qu’à ce jour Lamaison détient toujours –et sans doute pour longtemps
–le record de points marqués sous le maillot bleu avec 380 pts la France la
Coupe
Disons tout de suite que la grande réussite de Laporte aura
été de discipliner ces Français, volontiers tricheurs et offrant des buts de
pénalités à leurs adversaires. Ce n’était pas une mince affaire. Pour le reste,
comme sélectionneur, c’est une catastrophe dont on mettra longtemps à se
remettre. Un exemple ? Une quarantaine de charnières en huit ans. Un
autre ? le rappel de Delaigue, en fin de carrière, comme demi d’ouverture
alors qu’il n’était même plus titulaire dans son club et qu’il n’était pas non
plus un élément exceptionnel. Cette parenthèse Delaigue reste incompréhensible quand
on pense que le jeune Michalak, révélé au cours du Mondial 2003 et encensé par
la presse internationale avait besoin de s’aguerrir au plus haut niveau. Il
part alors jouer dans l’hémisphère sud –chose rare pour un Français – mais sa
carrière ne s’en remettra pas. Après avoir brisé celle de Lamaison, reconnu
aujourd’hui comme l’artisan de la qualification pour la finale de 1999, Bernard
Laporte semble s’être fait une spécialité de lutter contre les individualités
qui font le renom des meilleurs équipes et qui leur assurent la victoire et le
respect. De toute évidence, Michalak ne connaitra pas la gloire de ses
homologues britanniques Wilkinson, Patterson ou O’Gara. Laporte a encore cru
bon de rappeler pour un match amical Thomas Castagnaide (pour qui je n’ai pas
une grande admiration). Il est resté sur le banc de touche, concentré et
crevant d’envie de jouer. Pourquoi ne pas le faire rentrer alors que c’était là
sa dernière sélection ? Pourquoi priver un grand joueur du plaisir de jouer
une dernière fois avec le maillot bleu ? Encore des interrogations. Quant
à la dernière Coupe du Monde à domicile, tout ou presque a été dit. Il suffit
juste de rappeler que c’était l’objectif principal du sélectionneur dès sa
nomination (alors qu’il a pris une équipe en finale de la Coupe
La qualité principale du livre de Denis Lalanne, c’est qu’il a su dépasser l’anecdote pour évoquer brièvement trois générations de Français issus de l’immigration.
La loi du genre ‘livre sportif’ consiste à encenser une personnalité en vue sur le moment, de louer les parents et la famille et de livrer nombre de petites histoires. Ici, l’ancien rédacteur de L’Equipe est parti d’une page douloureuse de l’Histoire contemporaine à travers Chalva, le Résistant. Il montre comment un terroir façonne les hommes à son image, enrichis de leurs origines et de ce qu’il y a de meilleur dans l’environnement. Dans le cas présent, c’est le rugby qui a joué ce rôle.
Lalanne établit un parallèle entre les valeurs de la Résistance 9, a
La seconde moitié du livre est consacrée à Dimitri Yachvili, beau gosse et figure imposante du rugby des années 2000. Les déboires avec Bernard Laporte semblent faits pour rappeler que c’est dans l’adversité qu’un homme se révèle. La carrière de Dimitri est avant tout une vie d’homme servie par une force de caractère exceptionnelle. C’est en cela que réside l’intérêt de ce livre. On notera un style correct illustré de belles expressions imagées qui en font un régal pour le lecteur. C’est un livre à recommander pour tous ceux qui voudraient connaître l’univers si particulier du rugby. De toute évidence, quand le nom de Laporte restera associé à deux Coupe du Monde calamiteuses (pour rester dans le sport), on retiendra longtemps celui des Yachvili. Juste retour des choses.

En attendant, Dimitri Yachvili n’a toujours pas été retenu dans la sélection qui part en Océanie. Dur de constater que le talent et le travail ne sont pas reconnus par un ancien co-équipier.
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