01 juin 2009
Style Europe
Au hasard des émissions radios, on finit par apprendre des
choses sur l’Europe qui se construit presque en catimini. Alors que la campagne
électorale devrait battre son plein, il faut être particulièrement vigilant
pour glaner des informations. Ainsi, depuis le 1er mai, la viande
aux hormones en provenance d’Amérique (Argentine, E.-U., etc.) est autorisée
dans l’U. E.. Nous sommes encore face à une décision prise par la Commission
Au cours d’un court reportage réalisé en Hongrie, pays de gastronomie réputée, une villageoise faisait remarquer qu’il y a peu, chaque maison possédait sa vache et disposait donc de lait frais en permanence. Aujourd’hui, la politique agricole européenne a fait qu’il ne reste plus que quelques têtes dans le village. Les habitants achètent donc du lait conditionné, venu de l’étranger et de moins bonne qualité. Sans compter que ce lait en brique voyage et pollue.
Parlant de lait, à l’initiative de la présidence française, les quotas laitiers ont été supprimés. L’U.E. se trouve envahie par du lait en provenance d’Océanie, conséquence du dogme de « la concurrence libre et non faussée ». Le résultat : les producteurs de lait sont dans la rue.
Remarque entendue à plusieurs reprises : à quoi sert de voter puisque quand le résultat ne va pas dans le sens souhaité par certains, on passe en force et sans qu’on puisse donner son avis ? Ce raisonnement devrait valoir la plus forte abstention jamais enregistrée lors d’une élection européenne déjà peu attirante. Le sentiment prégnant que tout se décide par des technocrates coupés des réalités dans leurs bureaux de Bruxelles fait plus contre l’idée d’unité européenne que tous les discours nationalistes et contradictoires.
L’Europe unie s’est construite sur une idée, sur des principes : la paix et un style de vie libéral, après la dernière guerre et par opposition aux économies dirigées en vigueur en URSS et dans ses dépendances. Une fois oubliée la menace soviétique, la notion de mode de vie a été gommée au profit de la seule promotion de l’économie libéraliste. Depuis 1993, l’Union Européenne n’est plus qu’un « marché unique ». Exit le modèle européen fondé sur une qualité de vie pour laquelle des systèmes sociaux fonctionnaient au bénéfice de tous. Selon les théories libéralistes de l’Ecole de Chicago, seul importe « la concurrence libre et non faussée ». L’U.E. est, en Europe, l’instrument de cette politique qui met en concurrence les peuples et qui favorise les produits venant de pays où les citoyens sont les plus mal payés, les moins protégés, les plus mal soignés, les moins instruits, où les femmes sont mal traitées, où les enfants mendient ou travaillent. Ici, les Européens sont réduits à l’état de consommateurs de ces produits. Or, la masse qui consomme se réduit au gré des choix qui poussent les financiers à transférer la production de richesse dans les pays où tout coûte moins cher. Vision à court terme à l’origine de la crise que nous traversons.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2009/04/24/13501129.html
Comment aimer cette Europe qui réduit ses citoyens à la pauvreté, qui décourage les progrès dans les pays qui produisent ce qui était fabriqué dans nos villes il y a peu ? Comment aimer une entité qui agit hors de tout contrôle citoyen et impose des normes et des produits que l’on n’a pas demandés ? Comment aimer une Europe qui envoie en son parlement les femmes et hommes politiques dont on veut se débarrasser localement ? Comment aimer une Europe qui gomme les identités nationales et même ce qui fonde l’identité européenne qui a fait tant envie aux peuples européens et plus lointains.
Comment voter pour des candidats que les partis présentent pour s’en débarrasser ? Comment voter pour des députés qui n’ont presque pas de pouvoir face à la toute puissante Commission dont le but unique est de favoriser la concurrence au détriment des intérêts économiques de l’Europe (ne parlons même pas de social ou d’écologie) ? Comment voter pour une Europe que ses pères ne reconnaitraient pas ? Comment voter encore quand les résultats précédents ont été superbement méprisés ?
Il y a gros à parier qu’au soir du scrutin, peu de partis reconnaîtront l’abstention pour ce qu’elle signifiera, qu’ils s’accuseront les uns les autres mais que, au bout du compte, on n’en parlera pas longtemps. Avant la fin de la semaine tout le monde aura oublié. L’Europe peut bien attendre et les Européens sont las d’attendre.
