la lanterne de diogène

Il suffit d'AIMER (sœur Emmanuelle)

25 juin 2009

Iran suite

Désormais, l’Iran occupe l’essentiel de l’information en provenance de l’étranger. Ce qui s’y passe mérite qu’on s’y attarde. On a déjà dit le rôle d’exemple joué par ce pays situé au cœur du Moyen Orient, dans le prolongement du Caucase –autrement dit du monde occidental, aux marches du monde arabe, et premier pays avant les Etats musulmans montagnard d’Asie. Faut-il rappeler qu’il contrôle le golfe Persique sur toute sa longueur et le détroit d’Ormuz –porte de l’océan Indien –, qu’il a une façade maritime sur la Caspienne, de l’autre côté de la Russie ? C’est dire l’importance stratégique de l’Iran. Importance qui l’a placé au cœur de conflits depuis l’Antiquité et qui a connu une de ses heures de gloire à l’époque de la Route de la Soie. A ce stade, il faut revenir sur l’histoire. Dans la hiérarchie voulue par Ernest Lavisse, les Perses ont pris le relais des Egyptiens dans la chronologie des grandes civilisations passés. L’Iran, pays des Aryens, a donné au monde le manichéisme, une des premières parmi les grandes religions ou aménagements de religions nées dans ce pays. C’est dire que les yeux sont focalisés sur l’Iran, et pas seulement dans le monde musulman, et pas seulement dans les pays qui craignent la puissance de cet Etat stratégique du Moyen Orient.

Iran_topo_fr

 

Nous avons déjà dit que c’est la réaction intégriste, impulsée par l’ayatollah Khomeini qui a lancé cette vague intégriste et changé de fond en comble tout le monde musulman y compris –et peut-être davantage encore –dans les communautés minoritaires du monde occidental.

 

Ce qui parait, également, intéressant, c’est que la rue a découvert son pouvoir. En fait, la population iranienne ne fait que réitérer ce qui s’est passé en 1979 lorsqu’elle a réclamé le retour de l’ayatollah exilé en France puis acclamé et plébiscité sa dictature théocratique. Dictature n’est sans doute pas un terme adéquat dans la mesure où tous les instruments de la démocratie sont en place et ne demandent qu’à être utilisées. La pluralité des candidatures aux présidentielles le montre même si, au bout du compte, c’est le Guide de la Révolution et successeur de Khomeini qui appose son imprimatur. Jusqu’à présent, cela fonctionnait peu ou prou. Seulement, comme tous les régimes, il subit l’usure et l’ayatollah Khamenei pensait qu’il pourrait pousser son emprise encore un peu plus puisque, jusqu’à présent, la population n’avait jamais moufté. Pourtant, la nature humaine est ainsi faite que l’injustice révolte au point que l’on dépasse ses limites. En l’occurrence, la tricherie est telle que, même des électeurs du président sortant contestent. Face au mensonge, à l’injustice, on est hors de soi. On a pu entendre des personnes complètement ébranlées en constatant qu’un responsable musulman mente à d’autres musulmans. C’est probablement ce point qui va affaiblir le régime.

 

Maintenant, bien malin qui peut dire ce qui va se passer à présent. Ici, pays de la Révolution, on espère que la population va renverser ce régime que l’on ne comprend pas. Ce n’est pas si simple. D’abord, même si les manifestations sont massives, ce n’est pas toute la population qui conteste. Ensuite, le régime a mis en place un appareil répressif qui maintient l’autoritarisme depuis trente ans. Passés la surprise, le pouvoir organise la répression au point de dissuader toute nouvelle descente dans la rue. Déjà, il demande à Mir Hossein Moussavi de rendre des comptes pour les morts de ces derniers jours, comme si le mouvement était déjà éteint et que les règlements de compte avaient commencé. L’opposition n’est pas organisée et probablement moins unie qu’il n’y parait. L’armée a été affaiblie par la guerre du Golfe de 1980 à 1988. Le Guide a probablement impulsé des politiques sensibles, voire secrètes, que le président Khatami peut seul mener. Il y a trop de risque pour lui-même pour qu’il tente la moindre aventure politique. Reste que, contrairement à ce que l’on imagine ici, où l’on aimerait que Mir Hossein Moussavi devienne président, l’élection de celui-ci n’aurait, probablement pas changé grand-chose. Mir Hossein Moussavi a été Premier ministre de Khomeini durant cette première guerre du Golfe. Même en acceptant l’idée que l’on évolue, il y a peu de chances qu’il remette en cause l’essentiel. Certes, il ne donnerait pas dans l’outrance et la caricature dont le président actuel s’est fait une spécialité.

 

En attendant, les manifestants sont privés de téléphone et de la couverture des médias occidentaux. Quand bien même, la caractéristique des régimes autoritaires est justement qu’ils n’ont que faire du ‘qu’en dira-t-on’. L’Histoire propose des exemple à foison notamment ces dernières décennies. Il est difficile d’imaginer ce qui va se passer et si l’appel au deuil – autre forme de grève en pays chiite –va impulser un nouvel élan à la contestation. Pourtant, la rue a pris conscience de son pouvoir et le pouvoir a pris conscience qu’une forte mobilisation le fait vaciller. Pour le moment, l’appareil tient bon mais il n’en sera pas toujours ainsi.

Posté par la colere à 21:11 - relations internationales - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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