L’accident qui s’est produit au large des Comores n’a rien qui puisse surprendre quiconque connaît un peu les pays dans lesquels une stricte législation concernant les transports n’existe pas ou, du moins, n’est pas respectée.

 

Il faut dire tout de suite que dans ce qu’on peut appeler –pour simplifier –les pays du Tiers-monde, les transporteurs sont les véritables maîtres et les chauffeurs de véritables seigneurs. L’apogée de cette suprématie a été, au Chili, la grève des camionneurs (soutenue par le trust ITT et

la CIA

) qui a paralysé le pays pendant des mois et provoqué la chute du gouvernement issu des élections. Cette grève est directement liée à la dictature de Pinochet, une des plus terribles du siècle dernier.

 

Au jour le jour, on est loin de l’appareil répressif de la junte chilienne. Cependant, les transporteurs règnent sur toute l’économie et interviennent au quotidien dans la vie des personnes les plus humbles. Concernant l’économie générale, ce sont eux qui acheminent les marchandises. Pas la peine d’en rajouter puisque c’est leur raison d’être. Au jour le jour, ils permettent les déplacements pour aller au marché dans une autre ville, pour rendre visite à un proche, pour aller passer un examen. C’est dans ces occurrences que l’on mesure leur pouvoir.

 

D’abord, les transports partent à l’heure où ça les arrange le mieux obligeant parfois les clients à se lever aux aurores et à poireauter en arrivant à destination en attendant que les commerces et les administrations ouvrent. Il est vrai qu’il n’est nul besoin d’aller si loin pour trouver des horaires de trains ou de cars inadaptés.

Ensuite –et c’est le point le plus important –ils pratiquent les tarifs qu’ils veulent. Les chauffeurs ou leurs aides estiment à la tenue vestimentaire quelle somme ils peuvent exiger. Les locaux vont négocier le tarif tandis que les étrangers, peu au fait de ces pratiques vont raquer. Parfois, une personne s’improvise intermédiaire et négocie par avance. Ça peut être plus avantageux dans la mesure où l’on peut expliquer les raisons de son déplacement et les moyens réels dont on dispose.

 

Jusque là, il n’y a rien de bien méchant. Simplement, ici, nous sommes habitués à l’affichage des prix et à l’égalité de traitement. Les tarifs préférentiels sont bien acceptés même quand on n’en bénéficie pas. Ce marchandage sur le bord des routes passe pour folklorique vu d’ici. Ça l’est un peu moins quand on sait que ces pratiques ont lieu dans les pays industrialisés, dans les ambassades et, surtout, dans les agences de voyages pour le transport maritime et, surtout, le transport aérien.

 

camion_surcharg__Ce qui choque, véritablement, c’est que le véhicule ne partira que lorsqu’il sera plein à ras bord. Tant qu’il arrive des clients, on les prend, eux, leurs bagages, leurs marchandises, leurs animaux. Si le véhicule démarre, pas de problème. Tout le monde est entassé mais content. Bien sûr, on s’arrêtera pour prendre d’autres clients en cours de route. Ces arrêts permettront d’ailleurs aux passagers en place de se dégourdir les jambes car on est serré. S’il tombe en panne, pas de problème : on répare sur la route avec les moyens du bord. Dans ces pays, les mécaniciens font preuve d’une ingéniosité qui force l’admiration. Les voyageurs s’organisent. Si la panne survient dans un village ou mieux une ville, c’est encore mieux. On trouvera à manger, à boire et pour dormir. Si c’est en rase campagne, les plus malins trouveront un arbre pour s’abriter du soleil et improviseront une sorte de campement. Bien peu protesteront. On sait que ce sont les aléas. On est déjà bien content d’avoir pu partir.

 

Revenons sur les véhicules. La plupart sont des véhicules d’occasion et la plupart en bon état au moment de l’achat. Cependant, nombre d’entre eux ne le sont pas. Dans tous les cas, ils sont entretenus au minimum, réparés avec des pièces d’occasion voire avec un bricolage fait de bois, de plastique, de ferraille. L’essentiel est de dépenser le moins pour le 504_bach_evéhicule et de gagner le plus. Nous avons déjà dit qu’on charge tant que le véhicule peut démarrer. Les amortisseurs sont écrasés, partant inefficaces. Qu’importe le confort du moment qu’une roue ne reste pas dans un trou sur la route. Encore une fois, personne ne s’en plaint du moment qu’on est parti et qu’on avance. On sait qu’on arrivera. Voire. Le long des routes d’Amérique latine, d’Asie et, surtout, d’Afrique, il n’est pas rare d’apercevoir les restes d’un camion, d’un car, d’un mini-bus, d’une voiture. Cela fait froid dans le dos (ce qui n’est pas mal venu quand on souffre de la chaleur) en voyant ces carcasses au fond d’un ravin, en dessous de la route où l’on se trouve et où l’on croise d’autres véhicules. Là encore, peu s’en émeuvent. Ça fait partie des risques. On le sait.

 

Bien entendu, les routes, déjà soumises à des variations météo extrêmes telles que les fortes chaleurs suivies, parfois sans transition, de pluies diluviennes, d’inondations doivent encore supporter ces poids lourds surchargés ajoutés aux engins spéciaux qui se rendent sur les chantiers. 

 

Seigneurs, les chauffeurs de camion sont conscients de leur force. Ils se conduisent comme tels. Ils prennent les autostoppeurs qu’ils veulent. On leur fait place nette dans les restaurants et les hôtels. On trouve normal qu’un chauffeur fasse chauffer son moteur à 4 heures du matin sous les fenêtres des autres clients. Quelque soit leur comportement, personne ne trouve à redire. Ils sont conscients d’appartenir à une caste dominante puisque liée au progrès du siècle passé. Ce sont les nouveaux chevaliers, l’esprit chevaleresque en moins.

 

Jusque là, ici, nous affichons une belle indifférence. Peu de Blancs s’aventurent dans ces contrées, encore un peu moins circulent avec les indigènes. En France, on s’indignera parce que le TER (train en retard) parvient avec un quart d’heure de retard et que

la SNCF

explique qu’il s’agit d’une panne de réseau. On commence à en parler quand la population étrangère qui vit sous nos contrées se trouve confrontée à un accident de grande ampleur. Il faut dire que la logique qui prévaut pour les transports terrestres évoquée plus haut s’applique pareillement pour les transports maritime et aérien.bateau_surcharg_ Dans bien des pays existent des golfes parsemés d’îles, des lacs navigables voire des rivières. Les bateaux sont chargés à ras bord, au sens propre cette fois. Il arrive qu’ils coulent comme au large du Sénégal en 2002 faisant environ 750 morts. Environ car on ne peut savoir le nombre exact vu que beaucoup n’avaient pas de billet mais s’étaient arrangés avec un des marins du bord pour voyager. Encore une fois, tant que le véhicule peut démarrer, on charge. D’ailleurs, jusqu’à présent, n’est-il pas toujours parti ?

 

A l’occasion de la chute en mer d’un avion, on découvre qu’il en est de même pour le transport aérien. On charge la soute à bagages, on met deux enfants par siège sans compter les « bagages en main », c'est-à-dire tout ce qu’on essaie de garder avec soi pour ne pas payer de supplément. Sur certaines destinations, on en emporte autant qu’on en a mis dans la soute. Dans des conditions de navigation difficiles, ces négligences ne pardonnent pas ; pas plus que sur route d’ailleurs mais c’est plus spectaculaire.

 

camion_surcharge2Dans les deux derniers accidents évoqués, les fortes communautés sénégalaise et comorienne de France se sont mobilisées. Ces gens vivent en France depuis longtemps et tolèrent moins que leurs compatriotes ses coupables errances. Ici, ils ont l’habitude de prendre le train, le car, le bateau, l’avion et d’arriver sains et saufs à peu près à l’heure. Ils sont conscients que, lentement et sous leur impulsion, les choses s’améliorent dans leurs pays d’origine. Ils sont d’autant plus scandalisés quand les pratiques en vigueur au pays ont cours ici, dans des agences de voyages qui ont pignon sur rue ou qui exercent dans un pays qui croule sous les réglementations. Ces agences de voyages dénoncées par les nombreux Comoriens de Marseille apportent, ici même, ce qu’il y a de pire chez eux. La réaction des proches des victimes est d’autant plus forte qu’ils se croient à l’abri de ce genre d’accident en achetant un billet au départ de

la France. On

sait aussi que des agences qui proposent le pèlerinage à

La Mecque

abusent des pèlerins.

 

Si les choses évoluent lentement –trop lentement –dans ces pays lointains, il est tout à fait intolérable que ces pratiques de margoulins, de maquereaux, de maquignons aient cours dans l’Union Européenne.

camion_surcharg_

 

 

Quelques liens en rapport avec de belles photos :

http://wiki.france5.fr/index.php/LES_ROUTES_DE_L%27IMPOSSIBLE_-_CONGO_-_LE_SALAIRE_DE_LA_SUEUR

 

http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=5115

un blog avec plein de photos de transports en Amérique :

http://www.greg-et-so-en-sac-a-dos.com/