la lanterne de diogène

Il suffit d'AIMER (sœur Emmanuelle)

08 novembre 2009

Anne Consigny émerge des herbes folles

Les herbes folles, le dernier film d’Alain Resnais nous permet de revoir une actrice rare, trop rare, Anne Consigny. Cantonnée dans un second rôle, elle rayonne et occupe tout l’écran de sa fraicheur tandis que les deux protagonistes évoluent avec talent dans un registre qu’on leur connaît déjà. Celle en qui l’on voyait la nouvelle Isabelle Adjani a connu une carrière démarrée sur les chapeaux de roues avant de retomber dans un oubli relatif car l’époque n’était plus aux Isabelle Adjani mais à des beautés moins discrètes et moins cultivées.

 

 

 

anne_consigny_35Pour moi, Anne Consigny, c’est l’inoubliable Ania de

la Cerisaie

de Tchékhov mise en scène par Peter Brooke en son mythique théâtre des Bouffes du Nord à Paris. Elle avait dix-sept ans et malgré les Piccoli, les Arestrup, les Bénichou, elle resplendissait dans cet univers en délabrement souligné par les murs calcinés du petit théâtre. Ce n’était pas la moindre de ces performances, parfaitement dirigée par son prestigieux metteur en scène. Je crois qu’on appelle ça le talent. Talent reconnu mais anachronique. Des articles sont écrits sur elle dans la presse spécialisée, dans les quotidiens et même la presse destinée aux adolescentes. Il faut croire que jouer sur une scène réputée sous les ordres d’un des plus grands metteurs en scène du monde ne faisait pas rêver les jeunes filles. Il lui a fallu attendre 2006 pour qu’elle obtienne un césar pour son rôle dans Je ne suis pas là pour être aimé.

 

 

 

Anne Consigny, telle que je l’ai rencontrée en 2001 était une comédienne d’une grande gentillesse doublée de simplicité. Elle était toute surprise que je veuille l’interroger elle, et non pas le premier rôle (Rufus) de la pièce dans laquelle elle jouait. Elle m’a surtout parlé de son personnage, incapable de se mettre en avant. Même l’habilleuse semblait passer avant elle dans son esprit. Une fois dit l’essentiel de la pièce de Schmitt, nous avons évoqué

la Cerisaie

, Peter Brooke pour qui elle voue une admiration sans borne. Je lui ai avoué que je passais souvent place du Tertre, à Montmartre, dans l’espoir de la voir sortir de chez elle, jusqu’à ce que son nom disparaisse de l’interphone sur lequel je n’ai jamais osé appuyer.

 

 

 

Ces dernières années, Anne Consigny enchaîne les rôles au cinéma et ce n’est que justice. Mieux vaut tard que jamais. Alors, dans Les herbes sauvages, on retiendra Suzanne, seul personnage équilibré qui tempère les excès de Georges (André Dussolier), son mari, et accueille sa passion pour une aviatrice inconnue (Sabine Azéma). On attend maintenant un grand premier rôle. J’aimerais que ce soit au théâtre.

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