Comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même et, surtout, parce que ce long article posté pendant la trêve des fêtes n'a eu aucun succès, je me permets d'y répondre moi-même.
http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/12/29/23024247.html

Parlant de l'inculture des journalistes, nous en trouvons la confirmation dans Le Nouvel Observateur de la semaine dernière, cité par le chroniqueur Bruno Duvic sur Inter
http://www.franceinter.fr/emission-revue-de-presse-de-bruno-duvic-la-valeur-du-travail

En voici l'extrait : « Peut-on prétendre former l'élite de demain sans exiger d'elle un bon niveau de culture générale ? Dans Le Nouvel Observateur, on lira le texte d'un vieux journaliste épris de littérature, qui a enseigné peu de temps dans le département journalisme de Sciences Po avant de se faire virer.
C'est Pierre Bénichou. On lui a confié un séminaire sur le récit journalistique à Sciences Po.
Le jour venu, Bénichou propose à ses lecteurs un programme de lectures d'articles particulièrement réussis et signés de grands écrivains ou journalistes - Victor Hugo, Céline, Mona Ozouf, Jean Cau, André Breton. Il évoque Raymond Aron ou Delfeil de Ton. Tous ces noms inspirent à ses étudiants un silence poli, voire des regards stupéfaits.
Dans la foulée, coup de fil de celui qui l'avait nommé professeur :
- vous les avez choqués ! Ils ont l'impression que vous méprisez leur culture.
- quelle culture ? Je veux bien leur parler en verlan !
- fini le verlan, c'est plutôt le SMS
- Et merde !
L'expérience s'est arrêtée là. Suggestion à L'Obs : on aimerait bien avoir la version des étudiants ou un débat, maintenant. Car à lire cette tribune, on sent avant tout de l'incompréhension entre deux générations. »
http://blog.lefigaro.fr/le-fol/2012/01/a-sciences-po-rimbaud-est-un-facho.html
Cette incompréhension que croit déceler M. Duvic tient sans doute en partie au fait que la génération a été formatée pour ne s'intéresser qu'à ce qui est strictement utile ou qui a l'apparence de l'utilité. L'utilité, pour les jeunes, c'est de trouver un boulot, le plus rémunérateur possible afin de satisfaire leurs besoins. Jusque là, il n'y a rien à redire. Il est légitime de vouloir gagner sa vie et que cette vie soit la plus dégagée possible des aléas matériels. Au passage, cette préoccupation sonne comme une claque sur la figure de ceux qui prétendent que les jeunes sont des paresseux.

Nous avons parlé de « formatage ». Ici même, à plusieurs reprises, nous avons attiré l'attention sur l'entreprise engagée dès le milieu des années 1970, notamment par la réforme Haby et qui vise à vider l'enseignement de contenu afin de prévenir toute tentation de réfléchir et, partant, de contester le système. La crise qui a commencé à la même époque a considérablement amplifié cette volonté et l'a faite accepter par le plus grand nombre. Au début du millénaire, au plus haut niveau de l'appareil d'État, on a contesté, moqué, vilipendé la culture générale. À quoi sert donc d'avoir lu « La Princesse de Clèves » pour gagner sa vie comme fonctionnaire ? Le Président de la République peut bien confondre Barthes et Barthez et nommer une ministre qui confond Renault et Renaud malgré le contexte. Ça ne les a pas empêchés d'être élus légitimement.  Les futurs cadres, qui essuient les bancs de Science-po n'ont que faire des grands auteurs. Leur ignorance ne les empêche pas d'analyser des rapports, des graphiques et produire de bonnes notes de synthèse. Alors, à quoi bon ? Mieux vaut passer ses loisirs à tapoter sur son téléphone ou son ordinateur ou jouer sur sa console de jeux plutôt que de lire des phrases écrites à l'encre sur du papier.
Cette semaine, nous apprenons que l'épreuve de culture générale a été retirée du  concours d'entrée à Science-po, au nom de la non-discrimination à l'entrée.
http://www.letudiant.fr/etudes/iep/reussir-les-epreuves-dentree-a-sciences-po-11137/culture-generale-a-sciences-po-apprenez-les-principales-doctrines-philosophiques-19180.html
C'est drôle, parce qu'on croyait que, précisément, c'est le but d'un concours que de discriminer ; sinon, autant faire entrer tout le monde ou – ne caricaturons pas -  à tous les bacheliers dont on sait que le nombre tourne autour de 80% de réussite parmi les candidats. On pourrait penser, d'ailleurs, que ceux qui ambitionnent de rentrer dans une grande école, auraient à cœur de bien se préparer les années d'avant. De plus, la culture générale présente cet avantage qu'on peut la développer en allant au cinéma, en lisant un quotidien ou l'actualité sur l'Internet, en écoutant de la musique, en poussant la porte d'un musée. Si l'on hésite à dépenser son maigre pécule de lycéen (toujours trop maigre quand on est jeune et qu'on a plein d'envies), on peut emprunter à la médiathèque ou faire des recherches sur l'Internet. Ainsi, on forme son goût et l'on se construit, sans trop d'effort, une culture personnelle, qui affirmera sa personnalité et, éventuellement, permettra de réussir quelques concours. Seulement, on n'en est plus là et il est beaucoup plus simple de supprimer l'épreuve de culture générale en attendant que la culture générale disparaisse à son tour ou soit enfermée dans hangars poussiéreux. Gageons que les journalistes qui seront formés à partir de 2013 nous gratifieront de leurs inventions, leurs approximations, leurs prononciations déplacées.
http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/&Eacute%3Bditorial/Pays-de-culture/Default-41-3416.xhtml
Au-delà des apparences, remarquons juste le glissement de la notion d'intelligence. Désormais, la connaissance est méprisée ou plus simplement ignorée. En revanche, on admire et l'on reconnaît l'intelligence quand elle est dirigée vers les sciences et surtout leurs applications concrètes, notamment dans la recherche médicale. On plébiscite des découvertes et des inventions qui serviront directement notre bien-être individuel. On aime se fasciner pour l'intelligence qui développe des techniques et des technologies directement utilisables sous forme de machines qui vont agrémenter le temps qu'on ne consacre pas au travail et au sommeil. D'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement puisque, en éliminant progressivement tout ce qui porte du sens dans l'enseignement, on a formé – et non plus éduqué ni même instruit – des générations de consommateurs, à peine avertis mais avides de tout ce qui produit du son, de l'image, du mouvement, des effets spéciaux ? Au passage, signalons que la plupart des nouvelles inventions nécessitent des matières premières rares et de l'énergie là où, il y a peu, le simple mouvement des mains suffisait. Qu'on songe aux matières qui entrent dans la composition et la fabrication d'une tablette numérique là où il suffisait de tourner les pages d'un livre de papier fabriqué à partir d'arbres qui repoussent. Justement, le contenu de l'enseignement (ou ce qui en tient lieu) depuis quelques décennies ne favorise pas la réflexion ni encore moins la critique mais plutôt l'admiration devant les nouveaux produits de l'intelligence humaine.
En ces temps de campagne électorale, on remarque un peu plus que d'habitude que, là où autrefois on mobilisait les travaux d'un Sartre ou d'un Marcuse, où l'on citait ces grands noms et quelques autres, suscitant des réactions enflammées, on cite Desproges ou, présidentielle oblige, Coluche. Des commentateurs faisaient remarquer qu'autrefois, on se référait à Malraux, Mauriac, Aragon quand, aujourd'hui, on va chercher Mireille Mathieu, Cali, Christian Clavier. On s'étrangle quand on songe que les nouveaux maitres à penser sont les fameux chroniqueurs médiatiques qui manient l'insulte et l'outrage tout en enfonçant les portes ouvertes car, bien sûr, il ne s'agit pas de remettre en cause un système qui leur apporte la célébrité sans effort.

Il y a peu, je m'étonnais de trouver assez souvent au cinéma, des critiques féroces de l'art contemporain. Je citerai « Intouchables » sans parler de « Mammuth », qui est plutôt une suite de sketches où le sujet est récurrent. Il semble que la surenchère autour de toiles sur lesquelles des couleurs semblent avoir été jetées au hasard passe mal auprès de gens qui vivent dans la précarité ou, au mieux, de bas revenus. En effet, comment des personnes qui n'ont pas été initiées à l'art sur les bancs du lycée mais qui ont obtenu leur bac quand même, pourraient exprimer un goût pour la peinture ? Comme le montre bien « Intouchables », la seule valeur de ces toiles est purement spéculative. On se dépêche d'acheter quelque chose de crainte de voir le prix augmenter peu après et d'avoir raté une affaire qu'on pourra revendre beaucoup plus cher. Ainsi, on fait monter la valeur de quelque chose qui n'en a aucune. Triste société où le seul espoir que nourrissent ses élites réside dans un gain multiplié et, par voie de conséquence, l'élimination des autres.  Finalement, notre société est à l'image de ces toiles. Ceux qui ont du pognon, imposent leurs choix et ne sont plus contesté par les autres qui ne possèdent aucun moyen pour argumenter faute de culture générale. Les choix ne concernent pas seulement l'art ou ce qui en tient lieu. On retrouve la même démarche dans les produits de consommation courante mais également dans la politique où la médiocrité affronte une autre médiocrité et l'emporte au plus haut niveau.
Reste que ce supplément de beauté apporté par les livres, les tableaux, la musique, la danse, ce supplément d'interrogations suggéré par des livres (encore), des conférences, des débats d'idées, embellissent la vie y compris des plus humbles et leur donnent les instruments pour construire leur propre vie et non subir la volonté des autres. Finalement, le choix démocratique d'aujourd'hui consiste à subir ou à marcher debout. Ayons également une pensée pour ceux qui n'ont pas le choix. C'est un privilège que de le faire, ne l'abandonnons pas.

À noter que depuis peu, Canalblog ne permet plus la création de liens actifs. Désolé pour cette manipulation supplémentaire et fastidieuse.
Formatage
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