D'abord, éliminons le plus facile : « Qui veut gagner des millions ».

Je ne sais pas ce qu'est devenu ce jeu. J'en avais vu deux au tout début et, contrairement à ce qu'on disait dans les milieux intellos et bien-pensants, je ne trouvais pas que les questions étaient si stupides. Certes, il y en avait, mais qui fonctionnaient un peu comme des anesthésiants. Il suffisait d'une question qui ne rapportait pas trop, pour se trouver piégé et éliminé. Je pense au nom scientifique des globules rouges. C'est bête mais peu de gens le savent même parmi les plus instruits. On confond facilement.

Ensuite, ce n'était pas malsain de doter ce jeu de lots intéressants. Comme l'avait fait remarquer un candidat, dans un autre jeu qui a meilleure presse, il n'aurait même pas gagné un dictionnaire tandis que là, il repartait avec assez pour faire une petite fête entre amis.

 

Cette critique envers les jeux télévisés n'est pas récente. Déjà, mon maitre, Jean-Marie Floch, se moquait de ceux qui les suivent en pensant « apprendre quelque chose ». S'il voyait les jeux d'aujourd'hui...

 

L'inculture est mon cheval de bataille.

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Pas plus tard que le 8 mars, au cours de la journée des filles sur Inter, j'ai été attristé d'entendre ces adolescentes de 14/15 ans lire comme des enfants de 8/10 ans d'autrefois. Quel dommage de maitriser aussi mal un apprentissage de base alors que, par ailleurs, elles faisaient montre d'une lucidité rassurante. Tu parlais du 19ième siècle. On en revient à cette époque où nombre de personnes intelligentes se trouvaient handicapées par leur analphabétisme ; car il ne faut pas confondre instruction et intelligence.

Encore aujourd'hui, on pense que les époques où l'écriture était réservée aux clercs (le Moyen-Âge) et les pays d'oralité, correspondent à la bêtise. Nous connaissons tous des personnes intelligentes qui sont rejetées ou, au mieux, confinées dans des situations subalternes du fait qu'elles n'ont pu suivre des études même secondaires.

 

À plusieurs reprises,

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j'ai taclé l'abandon par la gauche du champ culturel et intellectuel au profit de la flatterie de toute forme de création élevée au rang de « culture ». Il n'est pas mauvais d'encourager la création sous toutes ces formes. En revanche, il est insensé de tout mettre à égalité. D'ailleurs, l'absence de critères d'évaluation, de repères, de base de réflexion conduit à cet égalitarisme sur lequel peut germer tout et n'importe quoi.

 

Ces derniers jours, j'ai eu l'occasion de répéter que la réforme Haby (ministre sous le Président Giscard) est à l'origine de ce mouvement visant, comme tu le rappelles, à ne plus donner « au citoyen les armes lui permettant de détecter le populisme et de s'en défendre ». Entre autres dispositions, se trouvait la suppression d'une heure de français par semaine au lycée. À cette époque, le français au lycée était l'occasion d'échanges d'idées et d'arguments autour de textes classiques et contemporains. La dissertation de culture générale sanctionnait la capacité à analyser, synthétiser, argumenter et tirer des conclusions. Précisons que depuis près de 40 ans, aucun Ministre de l'Éducation n'a jugé bon de rétablir cette heure. On a même transformé l'enseignement du français en privilégiant la capacité à repérer les techniques littéraires. La dissertation de culture générale a disparu au profit de la très scolaire dissertation littéraire. C'est sous la gauche qu'on a décidé de ne plus étudier les auteurs humanistes français, Rabelais et Montaigne. La gauche, à la suite des enseignants qui forment le noyau dur de son électorat, justifie ces choix par la difficulté éprouvée par le lycéens devant la culture générale. À qui fera-t-on croire que les jeune d'aujourd'hui sont moins forts que ceux d'hier et seraient incapables d'étudier les grands textes ou de se prononcer sur des sujets d'actualité ou culturels ? Seulement, en les abreuvant, dès la 6ième,

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de « littérature pour la jeunesse » au détriment d'œuvres littéraires adaptées, en écartant l'apprentissage de la grammaire au profit « d'observation de la langue », c'est à dire, notamment, le repérage des faits grammaticaux, on ne développe pas leur capacité à se poser des questions et, encore moins, à remettre en cause l'ordre établi. Tous les prétextes et tous les moyens sont bons pour vider l'enseignement de tout ce qui fait sens.

 

Le résultat, c'est ce conformisme que j'épingle dans l'évocation de Chavez.

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Faute d'esprit critique exercé, on se complait dans la pensée unique. « Il n'y a pas d'alternative ». Il n'y a pas d'autre façon de voir les choses. Il n'y a qu'une solution. À force d'être moins sollicité pour réfléchir, on finit par ne plus réfléchir et adopter le prêt à penser largement diffusé par la télévision. Faute d'avoir pu exercer sa réflexion et son esprit critique, on est prêt à gober toutes les rumeurs, tous les sites qui voient des complots partout, des informations cachées, des révélations sensationnelles et souvent scabreuses.

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Pour rester dans le domaine politique, le résultat c'est, en France, l'alternance depuis – disons – 1978, des deux mêmes forces politiques dont les modes de gouvernance et les objectifs se rapprochent de plus en plus. La réaction n'est pas, comme on pourrait s'y attendre, le vote pour des forces nouvelles ou alternatives mais l'abstention, le rejet commode par ceux qui ont la faiblesse de réfléchir encore, du scrutin démocratique et l'abandon du champ électoral aux forces traditionnelles et aux démagogues.

Depuis toujours, les démagogues connaissent les recettes qui marchent et les activent. Ils n'ont pas besoin de les renouveler dans la mesure où ils s'adressent à des personnes qui pensent peu ou pas du tout. Ils peuvent resservir les mêmes plats (puisque de toute façon, ils n'ont pas été entamés), se contredire, ne pas maitriser leurs sujets. Peu importe puisqu'ils ne parviendront pas au pouvoir. Ils auraient tort de se gêner. Face à ce qui n'est pas tout à fait un raisonnement mais qui est simpliste, les forces politiques qui prennent la peine d'avancer des études, d'expliquer une situation pour amener des propositions n'a que peu de chances. Au contraire, on leur balancera des faux arguments, en les croyant vrais ou plus simplement pour mettre les rieurs de son côté (ça marche toujours, ça) et l'on dégonflera la démonstration la plus sérieuse. Aux dernières nouvelles, nous en sommes toujours là.

 

Il n'y a pas de conspiration de la droite. Bien sûr, tout le monde peut remarquer que, même encore aujourd'hui, la droite s'occupe peu de culture. Le premier à s'en soucier, André Malraux nommé par De Gaulle premier « Ministre des Affaires Culturelles » a réuni les meilleurs pour lancer la première politique culturelle de la France. Il les a recrutés massivement dans les milieux de gauche. Ses successeurs et leurs Gouvernements ont continué dans cette voix pour deux raisons. D'abord, parmi eux, ils trouvaient peu de personnalités de taille pour mener à bien ces missions. D'autre part, en nommant des personnalités de gauche, ils savaient prendre le risque d'entretenir l'opposition de gauche et de lui offrir une vitrine prestigieuse. Pourtant, ils le faisaient pour donner l'impression d'un semblant d'impartialité et aussi par désintérêt pour la chose culturelle. Après la victoire de la gauche en 1981, les Gouvernements de droite n'ont plus voulu prendre ce risque et l'on a assisté, partout, à une prise en main chaque fois que possible. La création, en 1986, de la CNCL pour remplacer la Haute-Autorité de l'Audiovisuel (1ère version du CSA) en a donné un aperçu avec un système de nominations et de co-optations qui assurait à la droite, quelle que soit la majorité politique, le contrôle des médias. On voit aussi que, même avec une personnalité forte comme M. Frédéric Mitterrand, la droite ne peut s'empêcher de sombrer dans ses travers puisque ce ministre a inscrit la corrida au « patrimoine culturel immatériel de la France » afin de faire plaisir à la minorité d'amateurs qui se trouvent en France et, surtout, à des municipalités de droite qui ne savent pas comment faire venir du monde dans leurs arènes. La droite n'arrive pas à traiter de culture autrement que sous l'angle commercial et du clientélisme politique.

 

Parlant de municipalités, au niveau local, on trouve ce clivage droite-gauche lorsqu'un Conseil municipal de gauche entend investir (parfois seulement en maintenance ou en réparations) dans les équipements culturels d'une commune et que la droite reproche de soigner les bobos alors qu'elle aimerait voir des parkings gratuits pour desservir les commerces.

 

Si la victoire de la gauche en 1981 a changé la donne pour la droite qui, désormais, ne prendra plus le risque de promouvoir la culture qu'elle qualifie de gauche, la gauche elle-même a retenu la leçon. Elle sait qu'elle est parvenue au pouvoir, justement, par ce que j'ai qualifié « d'intelligence ». Elle sait que c'est par ses écrivains, ses artistes, ses chanteurs, surtout, que la gauche a conquis son prestige. Elle sait que les professeurs, majoritairement de gauche, ont beaucoup fait pour développer l'esprit critique de leurs élèves. Elle sait que c'est par l'éducation populaire et par le mouvement associatif que la gauche garde le lien avec les milieux populaires et les classes moyennes. Elle sait surtout que toute cette intelligentsia, si elle est de gauche, demeure le plus souvent intransigeante sur ses principes. En d'autres termes, elle sait que ce sont des « gauchos » capables de se retourner contre elle à la moindre occasion. La gauche de pouvoir (en clair le PS), n'a aucune envie de rétablir l'heure de français supprimée au milieu des années 1970 par Haby, n'a aucune envie de favoriser les matières où les débats, les argumentations, les critiques, surtout, forment l'essentiel.

 

Il n'y a pas à proprement parler de « conspiration » mais une méfiance affirmée des partis de pouvoir envers tout ce qui est culturel et qui pourrait amener une réflexion collective susceptible de remettre en cause le pouvoir établi.

 

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