D'ailleurs, qu'est-ce qui est important ? La vie, la mort, la souffrance. L'amour aussi, pour ceux qui le connaissent sous une forme ou une autre et pour ceux qui ont la force, pour le moment, de s'en passer. Je parle de l'amour, celui qui se vit concrètement et pas celui que balancent sous forme abstraite, certaines religions, pas celui, non plus qui n'est qu'une formule entendue dans les chansons ou les films et qu'on rêve de répéter pour de vrai, quand on est ado. L'amour n'est pas non plus le sexe quoi qu'on en dise dans notre beau pays où si l'on ne met pas de sexe quelque part, on ne comprend rien.

 

Que s'est-il passé dans le monde pendant que la force des choses m'imposait ces réflexions ? L'avantage de la prise de recul, c'est qu'elle vous force à sélectionner. Au jour le jour, on prend un événement. Au bout de près de deux mois, il faut élaguer. Alors, oui, on parle de l'Ukraine qui vient de perdre la Crimée qu'elle n'avait jamais vraiment possédée. On s'est offusqué qu'on puisse laisser faire. Qui était prêt à relancer la guerre de Crimée ? Savait-on seulement où c'est et quelles étaient les causes de la guerre du 19ième siècle ? Quelques jours après, c'était déjà entériné et oublié. Les escarmouches quotidiennes à la frontière russe ont enterré la Crimée. Si encore, on savait qui sont les bons et qui sont les méchants.

Dominique Baudis est mort. Quand je parlais de la mort et de la souffrance. Encore un qui a connu les tourments intolérables du cancer et qui voyait l'heure finale approcher dans la douleur et malgré l'amour de beaucoup. On a parlé des calomnies qui l'ont accablé. La calomnie : une des pires choses au monde car elle met l'innocent au rang des criminels et que l'innocent ne peut rien contre quand les calomniateurs ont toutes les forces. On a retracé sa vie : l'Institut du Monde Arabe, le Défenseur des Droits, la présentation du journal télévisé. Ah, oui ! Ça c'est important le JT. C'est la consécration. C'est le rêve des plus jeunes générations : passer à la TV. Peut importe pour quoi y faire. Personne n'a rappelé que Dominique Baudis a été blessé dans l'exercice de son métier de correspondant de la télévision nationale française au Liban, pendant la guerre civile. Pourtant, il fallait autrement plus de qualités et de courage pour couvrir une des pires guerres (les guerres civiles sont toujours plus atroces) que pour faire le beau dans un studio de télévision. Des qualités, l'homme n'en manquait pas. Ce n'est pas pour ses beaux yeux qu'il était régulièrement invité sur le plateau de Droit de Réponse de Michel Polac.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/08/09/24863012.html

 

Le zoo de Vincennes, près de Paris, a rouvert. Pas si anodin. À quoi sert un zoo à l'heure des voyages facilités et de la télévision qui nous montre tous les animaux, dans leur milieu naturel, des plus gros comme les éléphants et les baleines jusqu'aux bestioles microscopiques ? À part les nécessaires conservation et protection des espèces en danger, les zoos apparaissent, de plus en plus, comme des lieux de détention des animaux sauvages et exotiques ; et la mise en scène des exhibitions ne doit pas tromper. En plus, on vient, après échange d'arguments stupides, de considérer légalement que les animaux ne sont plus des meubles mais des êtres vivants doués de sensibilité. À côté, les partisans des corridas viennent de récupérer les taureaux dessinés sur les parois de Lascaux pour faire croire que nos ancêtres préhistoriques étaient friands de ce spectacle qui date de l'empire romain et de ses cruels jeux du cirque. Peu importe : ça marche. Il se trouve assez d'incultes et d'imbéciles pour gober.

 

Le Gouvernement a changé. En effet, son programme est ouvertement libéraliste. Toutes les recettes qui n'ont pas marché depuis les plans Barre de 1976 et qui ne marchent nulle part sont renforcées. Le Président de la République a insisté dans les mois précédents pour que l'UE signe le TAFTA, l'accord de commerce transatlantique. Avec le TAFTA, s'en est fini de la traçabilité, de la protection de l'environnement, de la santé publique, de la défense des consommateurs, de la protection sociale que le monde entier nous envie et qui a amorti les effets de la crise de 2008. S'en est fini de la notion de terroir. Tous les fromages auront le même goût et les bêtes (pourtant déclarées sensibles) seront engraissées aux hormones. C'est drôle mais, en Amérique du Sud, personne n'est pressé de rejoindre l'ALENA (équivalent et précurseur du TAFTA pour le continent américain). Ici, c'est un socialo qui impose d'y aller à marche forcée et en secret. C'est pour ça que le commerce internationale a échappé à « l'antimondialiste » Montebourg au profit du très libéral Fabius. Normalement, ça devrait être un enjeu des prochaines élections européennes mais gageons qu'il n'en sera rien.

Quand même, voir que le monde entier connaît la croissance et crée des emplois en tournant le dos aux politiques menées en UE devrait faire réfléchir. Près de 100 000 personnes présentes à Paris un samedi après-midi pour protester contre, ça devrait aussi faire réfléchir. Nenni. On n'en parle pas. Le Ministère de l'Intérieur préfère dire qu'il n'y avait que 25 000 manifestants. Même les pires gouvernements de droite n'osaient pas minimiser à ce point ; à l'exception notoire de la grande manifestation de 1994 pour l'école laïque où plus d'un million de protestataires avaient été ramenés à quelques dizaines de milliers. Depuis, on n'avait plus osé.

La droite devait gagner haut la main les municipales. En fait, il n'y a rien eu de spectaculaire. Les principales villes de gauche le sont resté. En revanche, comme d'hab, quelle raffut pour quelques dizaines de conseillers municipaux d'extrême-droite ! 0,7 % du nombre total de Conseillers municipaux dans les plus de 36 000 communes de France. Mais on ne parle que de ceux-là. Rien, bien sûr, sur les municipalités dirigées par des écolos ; comme d'hab. Rien non plus sur le nombre de mairies détenues par des « divers » de droite et de gauche.

http://www.leparisien.fr/municipales-2014/resultats/municipales-les-chiffres-definitifs-du-second-tour-donne-le-fn-a-6-75-04-04-2014-3740973.php

 

Un mot sur Inter où rien ne filtre des projets du nouveau PDG de Radio-France. On sait juste que Mitterrand jette l'éponge. On ne s'en plaindra pas. Comment peut-on confier une émission à quelqu'un qui a avoué des méfaits ? Certes, il a soulagé sa conscience mais personne n'était obligé de le remettre en avant. Il a cotisé à de nombreuses caisses de retraite, dont celle des anciens ministres. Il n'est pas dans le besoin. D'autres, pour des relations aussi tarifées ont été autrement condamnés par la vindicte populaire. N. Demorand devrait revenir dans la maison ronde et présenter l'émission qu'il avait proposée autrefois avant de partir vers la concurrence qq semaines avant de diriger Libération. C'est ce qu'on appelle faire du neuf avec du vieux. Ah, j'oubliais : les podchargements devraient être payants désormais.

 

Un petit mot sur la canonisation de Jean-Paul 2. Normalement, dans un pays laïc, on devrait s'en ficher ou, au moins, laisser cela aux seuls croyants sans l'imposer en une des journaux et principalement des journaux audiovisuels. Sur le fond, on peut penser qu'il faut en passer par là pour revenir sur la prise en main des Églises par les ultraconservateurs sous le pontificat du pape polonais. Les conservateurs ont un os à ronger qui devrait permettre de réparer quelques dégâts. Ça s'appelle de la politique.

 

À part ça, Gabriel Garcia-Marquez s'en est allé. On nous a rejoué le coup de Baudis. On a cité deux ou trois œuvres, toujours les mêmes. Comme ça, on fait croire qu'on les a lues. Un peu comme ces pédants qui parlent de « Big Brother » pour faire croire qu'ils ont lu Orwell. J'ai eu une copine qui pouvait disserter sur « Moby Dick » sans l'avoir lu. « Normalement, c'est l'idéal qu'on poursuit et qui vous tue ». Ah bon ? Finalement, les études, en France, permettent de parler de ce qu'on ne connaît pas. D'autres citent l'incipit de « La recherche du temps perdu », tu sais : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ». Qui a lu Proust ? Il paraît que c'est ennuyeux. D'ailleurs, maintenant, il est inutile de l'avoir lu pour en parler. Il suffit de dire qu'il était homosexuel pour que tout soit dit et le reste déclaré sans importance. En France, tout est question de sexe et l'homosexualité a la côte. Alors, quand on a dit que Proust en était, on passe pour quelqu'un de bien. Inutile d'avoir lu. Inutile d'être cultivé. Inutile de citer d'autres œuvres de Garcia-Marquez. Il n'en était pas et n'a pas défendu les causes qu'il convient, aujourd'hui, en France, de défendre. Écrivain de langue espagnole mondialement connu. Si encore il avait participé à la « movida » madrilène, on aurait pu le relier aux autres. Mais non. En plus, on a rappelé qu'il avait approuvé le régime castriste de Cuba. Décidément. C'est comme qui dirait la chronique d'un désintérêt annoncé.

 

Parlant de chronique, j'arrête ici la mienne. Je voudrais juste remarquer que même sans être alimenté, mon blog a presque toujours autant de visiteurs. Merci à vous. Je suppose qu'ils trouvent des propos qui rejoignent leurs préoccupations tandis que, tout autour, on met la lumière sur des aspects un peu trop convenus et qui forment comme un écran de fumée. On finit par parler de choses qu'on ne connaît pas, de livres qu'on n'a pas lus, de films qu'on n'a pas vus, de pays qu'on n'a pas visités, de choses qu'on n'a pas faites. Au formatage des universités française succède la pensée unique imposée par des médias aux mains d'intérêts qui vont dans le même sens. Nous en auront encore une démonstration au cours de la courte campagne pour les élections européennes.