Tout ce qui a trait à l'UE se fait en catimini. On nous rebat les oreilles avec le « marché de 500 millions de consommateurs – le plus grand du monde (forcément puisque nous en sommes!) » mais ce sont 500 millions de personnes, de citoyens qu'on met en permanence devant les faits accomplis.

En ce moment-même, un plénipotentiaire espagnol discute, en notre nom d'un traité commercial avec les États-Unis, sur le modèle décrié de l'ALENA. Qui, parmi les 500 millions, lui a donné mandat ? Pourtant, ce traité, autrement appelé TAFTA va remettre en cause la traçabilité, la protection de l'environnement, la santé publique, la défense des consommateurs, la protection sociale que le monde entier nous envie et qui a amorti les effets de la crise de 2008. Excusez du peu.

http://fr.euronews.com/2014/04/28/premier-debat-europeen-televise-entre-les-candidats-a-la-presidence-de-la-/

 

Rien n'est fait pour nous faire aimer l'UE ou simplement nous faire adhérer à son fonctionnement. Au contraire et l'on peut raisonnablement penser que c'est tout à fait intentionnel. En effet, lorsque des puissances qui ne se concertent pas – telles que les nations, les régions, les entreprises transnationales, les médias (d'ailleurs aux mains des précédentes) – mènent des actions convergentes, on peut penser qu'il y a un intérêt qui dépasse les préoccupations et le champ d'action des simples citoyens. En l'occurrence, l'image d'éloignement nous permet, chaque jour, de mieux nous convaincre que, quoi que nous fassions, quoi que nous pensions, nous ne pouvons rien. En ignorant superbement la campagne pour l'élection au Parlement européen, en ne nous informant pas sur l'élection du Président de la CE, les chaînes de télévision, dont on connaît le pouvoir prescripteur, nous contraignent à nous tenir à l'écart de l'exercice minimal de la démocratie et, finalement, à accepter qu'un pouvoir supra-national impose sa loi jusque dans notre intimité.

 

Cette campagne se fait en catimini. Là encore, sans concertation aucune, les intérêts convergent. Les chaînes de télévision n'ont que faire de ces minutes barbantes qui ne vont pas attirer les publicitaires. Si les téléspectateurs s'intéressent à des choses sérieuses et qui les concernent, c'est fichu pour eux qui, au contraire, les détournent pour les forcer à se consacrer aux futilités. Les partis de pouvoir redoutent un exercice où, traditionnellement, ils ne sortent pas à leur avantage. Le PS craint à juste titre une nouvelle sanction pour sa politique tout à fait anti-sociale. L'Ump sait ne pas pouvoir renouer avec le succès très relatif des municipales amplifié par les médias. Nous avons là une parfaite illustration d'intérêts en apparences différents mais convergents pour soumettre les peuples.

Le 3 mai, soit le lendemain de la limite du dépôt des candidats, le site de RTL affichait

http://www.rtl.fr/actualites/info/politique/article/europeennes-2014-tous-les-candidats-dans-les-8-circonscriptions-francaises-7771643315

En fait, ils ne donnaient que les têtes de listes dans les circonscriptions. Et encore, pour mieux orienter le vote des auditeurs-internautes, ont-ils repassé à l'encre rouge les noms des candidats les plus médiatisés ; autrement dit, ceux qui à qui on tendra les micros avant et le soir de l'élection. On trouve bien sûr les deux représentants de la famille Le Pen, Morano et six autres qui ont droit à cet honneur de la part de la station la plus populaire de France. Soit 9 candidats sur 74, soit encore 9 sur 90 têtes de listes.

Les autres, comme les têtes de listes, pourtant éminents, qui se présentent en Île de France ainsi que les anciens ministres Arthuis, Horteufeux, Muselier, l'ancien candidat à la Présidence de la République Poutou – excusez du peu – n'y ont pas droit. Mme Rivasi, pourtant parmi les députés les plus assidus est noyée dans la masse, au contraire de ceux en rouge dont on sait qu'ils brillent surtout par leur absence sur les sièges bleus de Strasbourg.

 

Les eurocrates, les européïstes, se lamentent en constatant que les peuples européens n'aiment pas l'Europe. Comment pourrait-il en être autrement quand l'UE passe son temps à contourner les souhaits des peuples lorsqu'ils s'expriment lors de scrutins et qu'on les fait revoter ? Ne parlons même pas du rêve européen qui a enchanté des générations qui ont vu les États-nations se rapprocher et converger vers un idéal commun en commençant par mutualiser les matières premières stratégiques (le charbon et l'acier), en abaissant ensuite les barrières douanières pour les marchandises avant de permettre aux citoyens d'en faire autant.

 

Avec le TCE, on n'a même pas pris cette précaution puisque, plutôt que de risquer un nouveau refus, on a carrément passé outre (grâce au Président Sarkozy rappelons-le) et que ce sera désormais la méthode employée. On ne consultera plus les peuples. En France, le PS qui contrôle, pour quelques mois encore, tous les leviers des pouvoirs traditionnels (à l'exception notoire du pouvoir de la communication) est passé maître dans l'art de se passer de l'avis de ses militants ; comme on l'a vu récemment.

Quand on est capable de mépriser à ce point son propre camp, ses propres amis, à plus forte raison un peuple hétérogène. Mais là n'est encore pas la question. Les messages du PS et des Radicaux de gauche lors de cette campagne insistent joyeusement sur le fait que, désormais, le président de la Commission Européenne sera issu des prochaines élections via le Parlement. En est-on si sûr ? Que feront les 28 chefs d’États lorsqu'ils se réuniront pour désigner le prochain président de la CE ? On nous dit qu'ils devront tenir compte du résultat des élections. Supposons que les formations favorables à la candidature de M. Tsipra alignent le plus grand nombre de députés. Vont-ils l'appeler à la tête d'une CE qui fait exactement le contraire de ce qu'il prône alors qu'il rejoint les préoccupations et les souhaits de la majorité des peuples excédés par les abus de la CE ? On peut être sûr qu'ils choisiront un candidat plus consensuel ; c'est à dire qui continuera la politique néfaste impulsée par M. Barroso. Il y a peu de chances pour que M. Tsipra arrive en tête (encore que l'exaspération est immense). En revanche, M. Schulz pourrait fort bien l'emporter. Est-ce que M. Cameron accepterait sans broncher de se plier à un social-démocrate ? M. Schulz – qui a pourtant déclaré concernant M. Junker : « Je ne sais pas ce qui nous distingue » – n'est pas M. Schroeder.

http://www.marianne.net/Schulz-et-Juncker-bonnet-blanc-ou-blanc-bonnet_a238796.html

Une fois de plus*, le Royaume-Uni s'opposerait à ce candidat et les 27 autres n'auraient que le droit de se plier et de proposer quelqu'un qui plairait à sa majesté (la finance bien sûr, pas la Reine). Même pas sûr qu'après s'être fait rouler les partis politiques des autres pays d'Europe émettraient la moindre protestation efficace.

 

Il n'est pas inutile de rappeler que le TAFTA se négocie en secret. Ça en dit long. On trouve tout à fait normal qu'un quidam soit espionné par la NSA et soit suspect lorsqu'il proteste contre cette intrusion dans son intimité mais on doit trouver normal qu'un traité qui aura des conséquences sur notre santé et notre environnement soit discuté en catimini. On attend le Wilki-leaks ou l'Ed Snowden qui divulgueront les entretiens... En attendant la propagande officielle veut nous vendre – car en plus il faudra payer – le TAFTA en nous faisant miroiter 1/2 point de croissance annuel dans vingt ans. De qui se moque-t-on ? Qui peut dire sérieusement de quoi le monde sera fait dans vingt ans. Il suffit de se rappeler comment il était il y a vingt ans. L'Internet n'existait pas ; les écrans plats non plus. Dans vingt ans, les photocopieuses 3 D seront dans tous les foyers. Ça en sera fini des unités de production qui existent depuis la nuit des temps (des ateliers aux usines en passant par les manufactures) et de la vente par correspondance, par livraison, par « drive » etc. Et même dans le cas improbable où ça ne se réaliserait pas, faudrait-il renoncer à notre style de vie (que le monde entier nous envie) pour gagner un hypothétique et improbable demi point de croissance dans vingt ans ? Car, si ce léger frémissement de croissance apparaît laborieusement au bout de deux décennies, en revanche, c'est tout de suite qu'il faudra renoncer à la traçabilité des produits, aux normes sanitaires et environnementales. Les vins et autres produits de terroirs ne pourront plus revendiquer leur origine. Que sera cet hypothétique demi point dans un monde de 20 milliards d'humains qui échangeront comme on ne s'en fait pas une idée aujourd'hui ! Parce que, en plus, ce n'est même pas sûr. Il suffit de voir les prévisions de croissance de ces dernières décennies pour s'en convaincre.

 

Les socialistes au pouvoir se vantent d'avoir exclu la production culturelle des négociations. La belle affaire si ce que nous mangeons, buvons, si ce que nous respirons est aux normes d'une civilisation qui n'est pas tout à fait la nôtre ! Et puis, on a envie de dire : pour quoi faire ? Qui a demandé, par ici, en Europe, à manger de la viande aux hormones ? Qui a demandé à manger du maïs OGM ? Qui, même, a demandé à manger du maïs quand nous avons le meilleur blé du monde ? Le pain français, à base de blé européen, symbolise mieux que n'importe quoi, mieux que le cinéma indépendant français, mieux que la Joconde, la France et le style de vie français.

 

L'UE est à l'image de ce traité transatlantique. On n'a rien demandé mais on va l'avoir quand même. On voulait juste pouvoir voyager dans toute l'Europe sans avoir à montrer un passeport. Il a fallu plus de trente ans pour y arriver. On voulait juste que les entreprises pussent vendre leurs produits dans tout l'espace européen. On voulait juste que les salariés finissent par gagner autant que dans les pays les plus avancés de l'ensemble européen. Et là, c'est le contraire qui se passe. On fait tout pour que ceux qui gagnent un peu mieux renoncent à tout pour s'aligner sur les salaires roumains. Et l'on voudrait que les Européens aiment cette UE qui les grugent tous les jours un peu plus. Pas étonnant que les négociations se fassent en catimini. Allez vous cacher, messieurs et buvez votre honte !

 

*en 1994, M. Major s'est opposé à Jean-Luc Dehaene (récemment décédé) candidat des 14 autres membres de l'UE pour imposer M. Jacques Santer contraint de démissionner cinq ans plus tard suite à un scandale l'impliquant. Pas question pour le RU d'avoir encore un président qui affichait son ambition de poursuivre la politique menée par M. Jacques Delor au cours de son long mandat (10 ans), alors même que le groupe PSE dominait le Parlement. Bien sûr, le RU a imposé son premier vice-président en la personne de Leon Brittan qui dirigeait auparavant la Commission responsable de la concurrence et qui a imposé la concurrence et la privatisation partout plutôt que la mutualisation. La suite, tout le monde la connaît. On vit avec ça.