Ami fidèle du blog je te réponds

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2014/02/18/29247300.html#c61888626

 

D'abord, je remarque que l'article en question anticipait sur l'actualité et il y a une petite confusion puisqu'il ne traite pas de la réforme Hollande de 2014. Preuve, aussi, que le sujet intéresse qq peu les internautes et qu'ils avaient deviné que j'en parlerais. Les événements personnels font que je suis moins réactif en ce moment.

Ensuite, tes préoccupations rejoignent les miennes presque point par point. Preuve que, au-delà des différences générationnelles, on peut trouver assez de bon sens et d'arguments pour analyser une situation dont on fait tout pour brouiller les réflexions.

 

Tu dénonces le verbiage qui entoure, désormais, toute réforme. Il est consubstantiel de notre société médiatique ou médiacratie. Rien ne peut se faire sans un emballage d'autant plus précieux que le contenu est indigent. Je me rappelle une des premières fois où j'ai été confronté à ce verbiage invraisemblable. Dans l'école maternelle où je travaillais, une exposition destinée aux parents expliquait pourquoi l'on faisait dessiner les enfants et pourquoi on leur mettait un coton-tige dans les mains pour dessiner. Autrefois, on aurait dit qu'on laissait les mômes faire des barbouillages pour qu'ils s'amusent. Eh bien non, il s'agit d'un apprentissage, d'une formation au geste de la main, d'un contact avec le support papier etc.

Donc, cette réforme qui consiste, en apparence, à réunir deux régions actuelles doit être accompagnée d'un discours verbeux et prétentieux propre à flatter qq élites et d'autres qui ambitionnent d'en faire partie.

 

Le dévoiement de l'intercommunalité est effectivement préoccupant. En te lisant, je me rends compte que je suis tombé dans le même travers puisque mon idée consistait à supprimer les cantons et les remplacer par les nouvelles intercommunalités qui siégeraient de droit au Conseil Général. Ou, comme tu le démontres parfaitement, on transforme un simple instrument, une simple mutualisation des services et du matériel en communauté. Après tout, c'est bien ce qui s'est passé avec la CEE (qu'on appelait le « Marché commun ») devenue l'UE. Le vieux Conseil de l'Europe, créé pour tenter d'apporter un statut du citoyen européen sur un continent en paix se retrouve complètement oublié et d'autant plus que l'UE lui a pris son drapeau, son hymne et son siège historique à Strasbourg. La méthode a fait ses preuves...

Tu écris : « Je suis convaincu que la démocratie ne fonctionne que sur les institutions qui ont historiquement et culturellement un sens. Le peuple ne se mobilise que pour les institutions et les territoires qui lui parlent. ».

En effet, tu n'as pas connu (et tu le regrettes) le Service Militaire. Personnellement, j'avais été frappé par la conscience départementale dont faisaient preuve mes camarades. Personne ne se disait Lorrain (pourtant forte identité renforcée par une histoire mouvementée et parfois douloureuse) mais il y avait des Vosgiens, des gars d'la Meuse ou de la Meurthe-et-Moselle. Je n'ai jamais observé, au fil des ans, avec la décentralisation de 1982, une affirmation d'appartenance à une Région. En plus, quand on habite PACA, il est difficile d'imaginer des paysages, des terroirs, des climats. Quand on parle de Provence, on pense à l'accent et au soleil avec toute la cuisine qui va avec. Idem pour les Alpes qui font penser au bon air et au ski. PACA ne fait penser à rien sinon à l'émergence de forces politique détestables dans ses limites. Des régions qui porteraient des noms à rallonges, qu'on serait obligé de simplifier avec des sigles n'auraient qu'une réalité administrative et ne pourraient, en aucun cas, afficher une visibilité à l'étranger. C'est tout de même embêtant quand on fait tout ça pour avoir la « taille européenne ». Embêtant mais compatible avec le TAFTA qui veut supprimer la notion d'origine et, donc, de terroir. Cette apparente maladresse n'est pas seulement l’œuvre d'énarques formatés et coupés des réalités. Elle participe d'un processus dont on verra la finalité plus tard.

 

Les Départements ne sont pas parfaits. Néanmoins, leurs contours ont été assez bien faits dans l'ensemble au point d'avoir impulsé cette conscience départementale. Ça signifie qq chose que d'être d'un Département. Et puis, comme tu le dis, ils sont incarnés. Et comme je le dis, ils participent de la démocratie de proximité. On sait à qui s'adresser. Or, ni avec l'intercommunalité, ni avec la Région – et + encore si le chef-lieu s'éloigne – on ne sait à qui s'adresser ni qui l'incarne. Par conséquent, on approuve l'idée selon laquelle voter ne sert à rien : on ne « les » connaît pas, personne ne sait ce « qu'ils » font (sauf prendre notre fric bien entendu), et au bout du compte, c'est pas « eux » qui décident. Peu au fait du fonctionnement des institutions, les citoyens de bases ont l'intuition que leur vote ne sert pas à grand chose et que chaque réforme leur fait perdre un peu + de souveraineté. Tu vas donc + loin que moi lorsque tu avances : « La France est en passe de redevenir une démocratie novice. ».

Je crains fort qu'elle ne devienne une démocratie formelle dont l'acte fondateur a été le déni qui a suivi le référendum européen de 2005. Désormais, on ne prendra même plus la peine de faire semblant mais on imposera des décisions et l'on empêchera toute contestation et, encore mieux, on pénalisera tout recours. En fait, on fera ce que le PS avait décidé en constatant que les militants (équivalents des citoyens pour une association) ne voulaient pas voir Mme Royal candidate à la mairie de La Rochelle : on se passe de leur vote.

 

En attendant et en marge de ce sujet, les prochaines sénatoriales vont voir le retour d'une chambre haute hostile à l'exécutif.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2011/10/07/22264025.html

En d'autres termes, il aura eu les pleins pouvoirs pendant trois ans et n'en aura pas profité ; bien au contraire. Le centre-gauche ne retrouvera jamais pareille situation où il détenait l'exécutif, les deux chambres du législatif et presque tous les Conseils Régionaux et une grande partie des Conseils Généraux. Tout ça pour rien... Nous connaissons donc bien une crise de régime des plus graves.