T'as vu la rentrée, cette année ? Pas folichon, hein ? D'abord, la rentrée commence désormais avant la rentrée. Les médias audiovisuels ont pris cette habitude de proposer leur début de saison la dernière semaine d'août. Au départ, c'était l'idée d'une ou deux chaînes (radio et tv) pour griller la politesse à ses concurrents. Du coup, l'année suivante, ils s'y sont tous mis. Que vont-ils inventer pour devancer les autres ? Est-ce que « la rentrée » dont nous parlent les médias va devoir commencer dès le 16 août ? Après tout, ma voisine paysanne m'a toujours dit que l'été est fini après le 15 août. Comme quoi, le bon sens paysan a toujours plusieurs longueurs d'avance.

 

Donc, puisque la rentrée médiatique a lieu fin août, le reste n'est que broutille. La rentrée des classes ? Repassez, bonnes gens ! C'est déjà fait. D'ailleurs, les fournitures scolaires sont dans les rayons dès le mois de juin. Vous voyez bien. La rentrée parlementaire ? Ah, ça, ça vaut peut-être le coup puisque les disputes politiques sont le pain quotidien des médias.

 

Comme nous ne sommes pas les médias, bien que nous en parlions souvent, arrêtons-nous à la rentrée des classes, la vraie rentrée ; au point que ce mot est difficilement traduisible dans les autres langues. Il est vrai que le modèle scolaire français a été longtemps une référence universelle et que les autres pays ont eu du mal à s'adapter. Eh bien, elle a été entièrement occupée par cette affaire des rythmes scolaires. Comme sous la précédente législature, on était passé à la semaine de quatre jours, la nouvelle se devait de revenir là-dessus. Les chronobiologistes ont été priés d'affirmer qu'il valait mieux étaler l'enseignement des petits sur cinq jours ou plutôt occuper cinq matinées. On travaille mieux le matin et c'est vrai. Seulement, que faire le reste de la journée ? Le Gouvernement avait eu cette idée des activités péri-scolaires payées par les communes. Seulement, on ne sait pas comment ils s'y sont pris mais la mise en place pose d'énormes difficultés en tout genre. Il y a presque autant de problèmes qu'il y a de communes et même dans une grande ville presque autant de problèmes différents qu'il y a d'écoles communales. Quoi qu'il en soit, c'est le bazar. Les enfants sont présents dans les locaux scolaires autant de temps qu'avant et ils sont trop petits pour distinguer ce qui est financé par les impôts nationaux et qui relève du Ministère de l’Éducation et ce qui est financé par les impôts locaux. Pour eux, c'est l'école. À ce propos, on remarquera aussi que leurs parents font le même genre de confusion quand ils disent « la mairie » pour tous les services, municipaux ou non, qui sont hébergés dans le bâtiment de la mairie. Pour eux, il faut « aller à la mairie ». Comme l'éducation civique n'a jamais intéressé les enfants, il y a peu de chance pour que les choses changent.

 

Revenons à notre rentrée pour remarquer que ce Gouvernement est incapable de proposer une seule réforme sans que ça coince. C'est à se demander si ces réformes sont utiles (d'où les difficultés) ou s'ils sont incapables d'en faire comprendre l'intérêt. Le « mariage pour tous » a divisé la population pourtant favorable, finalement, à l'extension du mariage civil aux homosexuels. Ils s'y sont pris de telle sorte que l'on a réveillé des forces obscures qu'on croyait reléguées dans les poubelles de l'Histoire. Ça a permis à l'opposition de se retrouver alors qu'elle était encore abattue par les défaites électorales et, donc, ça les a remis en lice pour les élections municipales et européennes. Beau résultat ! Et tout ça pour une minorité dont une minorité seulement voulait se marier.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2013/04/03/26821335.html

 

Malgré cet échec qui a commencé à l'affaiblir (alors que le Président Hollande croyait entrer dans l'Histoire) voilà qu'on remet ça avec les rythmes scolaires. Félicitations !

Pourtant, ces maladresses, ces erreurs politiques, les nouvelles émissions de radio-tv sont éclipsées par le livre de l'ex, de la femme délaissée.

 

C'est vrai que ça pose problème mais, là encore, on pouvait s'y attendre (et quand bien même, que faire?). On se souvient que le lendemain même de l'élection de M. Hollande, il y avait eu cette affaire de « tweet » qui avait déjà montré l'incapacité de Mme Trierweiller à se hisser à la hauteur de la fonction de son conjoint tout entière à son caractère possessif exacerbé et à sa jalousie. Quand on choisit de partager sa vie avec un homme politique de premier plan, on doit se préparer à certaines obligations. D'ailleurs, si l'on porte son dévolu sur un homme politique de premier plan, c'est aussi parce qu'on admire sa stature et donc qu'on souhaite le voir encore plus haut. Si l'on n'y est pas prête, il y a suffisamment de célibataires intéressants pour trouver chaussure à son pied. Mais non, cette dame veut tout et son contraire. Elle veut se comporter comme une conjointe ordinaire, jouer les scènes de jalousie ordinaires tout en partageant la vie du monarque.

 

http://www.slate.fr/france/57611/valerie-trierweiler-encourage-twitter-olivier-falorni-royal

 

http://www.20minutes.fr/politique/1156435-20130516-tweet-valerie-trierweiler-segolene-royal-pardonne-n-oublie-pas

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/royal-trierweiler-approche-pas-francois-ou-vas-regretter-anna-cabana-et-anne-rosencher-466358.html

 

 

Il s'en est trouvé, à l'époque, pour admirer cette posture consistant à affirmer son indépendance de femme au point de continuer à travailler et de refuser d'accompagner systématiquement son Président de conjoint en toute occasion officielle. Si l'on peut reprendre la formule de Clémenceau : « Il voulait être César. Il ne fut que Pompée », on pourrait dire : Elle voulait être Phèdre mais elle n'est que Zerbinette.

Qu'on songe à la dignité d'une Danielle Mitterrand dont on sait quelle fut la vie auprès de celui qui n'était même pas encore le grand homme d’État de la fin.

 

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2012/07/19/24736481.html

 

On a tout dit sur le dégoût qu'inspire ce livre de dame-pipi qui raconte l'intimité d'un personnage qui incarne son pays. Déjà, ces livres où l'on se répand sur les moments d'intimité (donc qui ne regardent personne par définition) sont malsains quand il s'agit d'écrivains, ou prétendus tels, ou d'artistes mais s'il s'agit du Président de la République, c'est tout à fait détestable. Il faut croire que le mot de « République » n'a plus aucun sens, ni pour celle qui a commis cet ouvrage, ni pour ceux qui se sont précipités dessus.

 

Car, le pire dans cette histoire, c'est le succès. Quel voyeurisme porté à son paroxysme pousse des gens à vouloir savoir comment ça se passe avec lui, à quoi il ressemble le matin quand il soulève les draps, comment il était la veille ? Savoir si la charge de sa fonction ne le fatigue pas lorsqu'il regagne sa chambre. Savoir si, au fond, tout Président qu'il est, il ne se comporte pas comme le bonhomme qui se glisse dans le lit conjugal ordinaire. Pour dire les choses crûment : savoir s'il bande bien ou s'il pète au lit. Tout ça pour que les honnêtes ménagères qui, lasses de s'abreuver de la presse à scandale sous le casque du salon de coiffure (ou pire à la maison), puissent dire que le Président ressemble beaucoup à leurs Jules.

 

S'il n'y avait encore que les commères pour se délecter de cette littérature de caniveau, ça ne serait encore pas trop grave. Mais non, il faut encore que ceux qui se targuent de mettre la morale avant tout se délectent des bonnes feuilles de ce torchon. Une expression a suffi pour qu'ils rejoignent la cohorte des premières dont on peut penser qu'elles n'ont rien de mieux à faire. Pourtant, les seconds prétendent être cultivés et posséder un goût aguerri à leurs lectures savantes ainsi qu'un esprit critique exercé. Finalement, ils ne valent pas mieux. Voilà qu'ils se précipitent sur une formule sortie de son contexte et rapportée par une témoin qui, elle-même l'a sortie de son contexte. On suppose, bien sûr, que la formule (les « sans-dent ») a bien été prononcée par le personnage en question.

 

Il est sûr que des gens qui se prétendent impartiaux, prompts à rejoindre toutes les causes, à défendre toutes les victimes, à combattre tous les puissants, tous ces gens finalement ne valent pas mieux que ceux qu'il dénigrent à longueur de temps en les traitant de « beauf » et autres mots déplaisants et en se moquant de leur mode de vie.

 

Le pire – peut-on encore trouver pire dans cette histoire glauque, ô combien – c'est qu'il s'en trouve pour accorder crédit à ces racontars, à ces propos de valets qui regardent par les trous de serrures et qui racontent. Ça veut dire aussi qu'on croit M. Hollande assez dédaigneux pour être capable de tenir de tels propos. Lui aussi ferait bien de s'interroger.

 

Seulement voilà, tout ou presque a été dit de ce recueil d'insanités : le caractère scandaleux, voyeur, le succès commercial incroyable, l'indécence de l'auteure. Tout ! Il fallait donc trouver autre chose. Le pouvoir politique n'est décidément pas en manque. Il offre sur un plateau un nouveau sujet de peu d'intérêt à mettre sous la dent de tous ceux qui, visiblement, n'ont rien d'autre à faire. On nous parle de ce petit Secrétaire d’État, forcé de démissionner pour avoir négligé de remplir correctement ses déclarations de revenus et tardé à payé l'impôt. C'est vrai que ça la fiche mal. Ça s'ajoute au reste mais bon, il a démissionné et l'on n'en parle plus. Si, justement, il faut en parler ! Comme d'hab, on travesti et l'on amplifie tout. D'une négligence dans ses déclarations de revenus, on fait une fraude fiscale. Tous les contribuables se liguent contre celui qui devrait montrer l'exemple et qui fait ce que tout le monde rêve de faire. C'est encore pas assez. On apprend qu'il n'a pas payé son loyer pendant trois ans. C'était avant mais c'est maintenant qu'on en parle. Avant, ça ne dérangeait personne. Entre temps, après avoir échappé à une expulsion réglementaire, il a réglé les sommes dues et il a même déménagé. Peu importe, il l'a fait. Demain, on apprendra qu'il a marché sur le pied d'un quidam dans l'autobus ou que, enfant, il avait l'habitude de garder la monnaie des courses pour s'acheter des bonbons.

 

Nous serions tenté de dire qu'il s'agit là d'exemples typiques de diversions destinés à nous détourner de ce qui se prépare et qui va faire mal. Le Gouvernement chercherait non seulement à économiser 50 milliards mais, plus probablement 100 milliards. Pourquoi faire ? Peu importe : ça fait bien. Rogner sur les dépenses de l’État, ça plaît à tous ceux qui ont lu le livre de Trierweiller. Comme l'intelligence n'est pas leur point fort, on ne peut leur demander réfléchir et de comprendre que l’État ne dépense pas pour organiser des soirées festives à Versailles mais pour redistribuer à ceux qui en ont besoin. Déjà, on parle de rogner les congés parentaux. Ça devrait faire plaisir à Mme Vallaud-Belkacem qui voulait diminuer ceux des mères pour forcer les pères à les prendre. Comme si ça se passait comme ça dans les familles. Qu'elle se réjouisse, bientôt, il n'y aura presque plus de congé parental donc, la question ne se posera plus ! On continuera à rogner les dépenses de santé. On continuera de mettre les retraités qui paient des impôts à contribution. Tout ça pour « faire bien » et réduire les dépenses de l’État. Nous aurions été tenté de croire que ces affaires tombent à pic pour cacher les mauvais coups qui se préparent. Finalement, on peut se demander si, loin de calculs qui exigeraient un minimum de lucidité et de projection sur l'avenir, ça ne répond pas aux bas instincts de l'espèce humaine. C'est l'envie de savoir ce qu'il y a sous le pansement. C'est l'envie de savoir comment machin et machine baisent, s'ils ont des fantasmes inavouables, s'ils utilisent des accessoires ou recourent à des partenaires supplémentaires. C'est l'envie de savoir si le prince machin préfère une princesse presque consanguine ou une starlette. C'est l'envie de savoir si la princesse machine a les seins aussi beaux qu'on pourrait le croire quand elle est en robe. Se dire, finalement, que Untelle est une salope. Parce que, au bout du compte, hommes et femmes confondus finissent toujours par traiter Untelle de salope : les uns parce qu'ils n'ont pas pu se la faire ou parce qu'elle leur rappelle un mauvais souvenir, les autres parce qu'elle a fait ce qu'elles n'ont jamais pu faire.

 

Ces diversions nous donnent une image bien lamentable de l'humanité. Oui, l'humanité car on ne peut pas dire qu'il s'agit d'une minorité et qu'il ne faut pas généraliser. Pas un jour ne passe sans qu'on n'en ait la preuve. Le grand public se déchaîne sur un back-bencher (député des bancs du fond) et se délecte des confessions intimes d'une femme plaquée par son bonhomme. Si l'humanité en est là, on n'est pas sorti de l'auberge et tout est possible. D'ailleurs, ça a déjà commencé et ça promet.