J’ai essayé de reconstituer de mémoire la carte que j’avais dessinée en 1979.

Elle était très inspirée de celle des anciennes provinces et des langues régionales qui constituaient un de mes principaux centres d’intérêt à l’époque. De plus, à l’instar d’Albert Simon, la plupart des Français se référaient encore à ces anciennes provinces plutôt qu’aux Régions qu’on ignorait ou qu’on ne comprenait pas. Jean-Edern Hallier avait présenté, cette année-là, une liste régionaliste aux premières élections européennes. Au cours de débats, il faisait remarquer, à juste titre, qu’il existe des régions avec une forte identité, comme sa Bretagne, tandis que d’autres, comme la Champagne représentaient le degré zéro de la conscience régionale.

 

 

France-departements 79

Voici les noms des grandes régions que j’avais proposées :

  • Nord

  • Est

  • Ouest

  • Île de France

  • Centre-Est ( ?)

  • Centre-Loire

  • Atlantique

  • Montagnes

  • Méditerranée

  • Occitanie

  • Corse

 

 

 

 

 

 

J’avais, bien entendu, raccroché la Loire-Atlantique avec le reste de la Bretagne, liée elle-même à la Normandie. Idem pour la Mayenne pour former une grande région ouest.

 

Le gros de cette proposition concernait une vaste région englobant le Massif Central et les Alpes sous le vocable « Montagnes ». S’y ajoutait le Limousin et ses plateaux. Pas sûr que ce soit bien cohérent mais la proposition du Gouvernement PS regroupe ensemble l’Auvergne et le Limousin actuels.

 

Parmi les erreurs que j’avais commises, j’avais voulu rendre à l’Alsace le Territoire de Belfort, l’Ain à la Bourgogne et les Hautes-Alpes au Dauphiné. C’était méconnaitre la réalité sur le terrain. Le Territoire de Belfort présente plus de similitudes et d’affinités avec la Franche-Comté, les Hautes-Alpes sont attirées par Marseille et non par Grenoble tandis que l’Ain et même la Saône-et-Loire le sont par Lyon.

 

Sur la carte rectifiée aujourd’hui, j’ai toujours des doutes quant à la Lozère et même l’Ardèche avec une partie nettement tournée vers la vallée du Rhône et une autre déjà vers la façade méditerranéenne. L’Allier et la Nièvre ne regardent ni vers Clermont-Ferrand ni vers Dijon mais bien plutôt vers Bourges. D’où cette grande région centrale, sans grande identité mais présentant en commun d’appartenir au bassin ligérien avec des caractéristiques identiques.

 

La faiblesse de ma nouvelle carte tient, à mon sens, au mélange des noms géographiques (pour ne pas dire technocratique) avec les noms historiques. A côté de Bretagne, Occitanie, je maintiens Montagnes et Est.

 

 

 

France-departements 14

Le découpage actuel donne :

  • Nord

  • Est

  • Normandie

  • Bretagne

  • Île de France

  • Centre-Est ou Bourgogne-Franche-Comté

  • Centre-Loire ou Val de Loire

  • Aquitaine

  • Montagnes

  • Provence

  • Occitanie

  • Corse

 

 

 

 

 

Soient 12 grandes régions au lieu de onze : la Bretagne et la Normandie sont séparées. Le sud a connu quelques modifications aussi mais n’affecte pas le nombre.

Bien sûr, ce qui prévaut, c’est l’avis des populations. Le problème, c’est qu’en cas de référendum local, les partis politiques relaieraient les directives prises à Paris sans aucun souci des souhaits ni des réalités sur le terrain. Le parti du Gouvernement plaiderait pour l’acceptation d’une carte qu’il a découpée. L’opposition serait tentée de prendre le contre-pied à moins de se ranger au « réalisme ». En revanche, les partis moins représentés prendraient, eux, le contre-pied. Comme ils disposent d’une moindre assise, rien que parce qu’ils proposeraient quelque chose, beaucoup d’électeurs se méfieraient et se rangeraient à l’avis des partis politiques les plus importants. Pas facile d’exercer la démocratie surtout quand les décisions sont à ce point centralisées comme en France à Paris.

 

Prenons l’exemple le plus criant, celui de la Loire-Atlantique. Sans faire aucune campagne, la population voterait pour son rattachement au reste de la Bretagne en rappelant que le château des ducs de Bretagne se trouve chez eux. Seulement, même une campagne de courte durée permettrait aux partis de gouvernement d’inciter les électeurs à rester dans cette curieuse Région des Pays de la Loire.

 

France_anciens_gouvernements_1789

 

Il se trouve que, entre temps, un essayiste et élu local, M. Roland Hureaux, a signé dans Marianne du 8 août 2014, une tribune dans laquelle il pointe que la réforme régionale est fondée sur des arguments spécieux. Les Régions actuelles ne sont pas moins peuplées, en moyennes, que celles de nos voisins. Il n’y a pas plus d’échelons locaux qu’ailleurs. Il remarque juste que la loi Joxe (un socialiste donc) a favorisé l’intercommunalité et donc créé cet échelon supplémentaire et particulièrement coûteux. En effet, il n’a pas contribué à réduire les dépenses des Communes ni leur masse salariale mais a augmenté singulièrement les coûts de fonctionnement. Il remarque, aussi, que les Länder allemands sont très inégaux en taille et en population car ils sont le résultat de l’Histoire de ce pays. On pourrait ajouter qu’il en est de même de l’Espagne et de sa loi d’autonomie à la carte qui a étalé dans le temps (plus de 30 ans) l’autonomie des régions, fondées elles aussi sur l’Histoire et la volonté populaire exprimée et que toutes ne disposent pas de la même autonomie. Les communautés autonomes qui ont les plus fortes personnalités (Catalogne, Pays-Basque) ont été les premières et disposent de plus d’autonomie. Dans les autres, le pouvoir central continue d’exercer son autorité et de rendre service à la satisfaction des populations. Seulement, en France, l’égalitarisme est tel que tout le monde doit être logé à la même enseigne. Par conséquent, on ne va pas octroyer aux Régions tant de latitude et l’on va forcer celles qui ne demandent rien à en disposer et, surtout, à prendre le relais de l’Etat affaibli dans ses fonctions habituelles.

 

Il se trouve que, sur la page suivante, cette tribune est suivie d’une autre (signée G. Gastaud, A. Salon, R. Ravat et M. Varnier) portant sur la défense du français face à l’imposition d’un anglais, même pas correct d’ailleurs, et surnommé « globish ». Or, au moins un paragraphe est consacré aux langues régionales que j’ai toujours défendues. Simplement, les auteurs font remarquer que la signature de la Charte européenne de langues régionales, sous couvert de reconnaissance d’un fait linguistique (d’ailleurs ultra minoritaire : on n’est plus dans les années 1970), mettent ces langues à égalité avec « le français langue la République ». Par conséquent, il affaiblit un peu plus le rôle du français en France et, partant, le rôle de l’Etat qui est appelé à être « démonté ». Ils pointent aussi la tentation des « euro-régions », c'est-à-dire des régions trans-nationales où l’on peut craindre, effectivement, que l’uniformisation s’aligne sur le moins-disant et que les avantages français seront supprimés. Une fois l’Etat-nation affaibli par la réforme régionale (voir ce que nous en disions ), il sera loisible pour la Commission européenne d’imposer des directives encore plus favorables aux financiers et toujours moins aux citoyens qui n’auront plus ni l’Etat, ni la protection sociale pour les défendre. C’est tout le dispositif prévu par le CNR qui se trouve détricoté.

Comme quoi, il serait dangereux de ne pas prêter une extrême attention à cette réforme régionale qui va donner toujours moins de pouvoir à l’Etat (l’Etat, c’est nous) et toujours plus à des institutions européennes lointaines.

 

Sous couvert de régionalisation, de construction européenne, on affaiblit l’instrument qui a permis et permet encore largement le progrès et qui fait envie au monde entier comme nous l’avons souvent souligné ici. Cet instrument, c’est l’Etat qui, avec ses moyens, ses pouvoir publics, met en œuvre ce qui a été souhaité par les citoyens. C’est ce qu’on appelle aussi la « souveraineté ». Quand les décisions sont prises au plus loin des citoyens, c’est tout le progrès qui est remis en cause et c’est la lente régression qui se met en place. C’est bien ce que l’on peut observer de nos jours. L’idée consistant à prendre les décisions au plus loin de ceux qui sont concernés est possible grâce à ce que Gyges (voir ses commentaires sur le blog) appelle le «triptyque» intercommunalité-Région-Europe et qui se substitue progressivement au triptyque Commune-Département-Etat. Ce dernier est la base de la démocratie et garantit la souveraineté. En démocratie, le peuple est souverain quand bien même ces desiderata sont mauvais. Le contraire est ce que Machiavel nommait le « despote éclairé ». Pourquoi pas ? Mais dans ce cas, il faut le dire clairement et cesser d’abuser le peuple en braillant « l’Europe c’est la paix » et « l’Europe c’est l’emploi » en faisant des sauts de cabris comme disait le grand Charles.

 

Dans l’immédiat, il va falloir mettre en place ces nouvelles Régions. Dans l’état actuel où se trouve le pays, la nouvelle régionalisation n’intéresse personne. La seule chose qui pourrait faire réagir, ce serait d’aborder la question fiscale. Sinon, il y a peu de chances.

En fait, alors qu’on attendait du grabuge du côté de Nantes autour de la volonté de retrouver le giron breton, c’est à l’opposé que des voix se font entendre. Les Alsaciens s’opposent à leur rattachement aux régions voisines de Lorraine et de Champagne. Cette réunion, pour cohérente qu’elle parait, met de côté la particularité de ces deux départements – à l’origine de deux conflits mondiaux – qui est jalousement défendue par la population. Pas question pour les Alsaciens de retrouver leurs voisins d’outre-Rhin pour faire une de ces « euro-régions », à l’instar de la Catalogne. Dans ce dernier cas, on sait que des relations très fortes ont été établies depuis des lustres entre l’exécutif toulousain et l’exécutif montpelliérain avec la Généralité de Catalogne. On verrait mal Strasbourg s’unir avec Baden-Baden.

 

Comme d’habitude, l’obstination bornée du pouvoir parisien n’apporte pas de réponse acceptable qui respecte l’identité locale. Alors que le communautarisme est, de fait, reconnu, le pouvoir central rejette les identités régionales. La droite ne veut entendre parler que de « l’identité nationale » et la gauche, se souvient, quand ça l’arrange, de la République. Il est vrai que les élites sont essentiellement citadines et connaissent les communautés avec lesquelles elles entretiennent des relations tandis qu’elles sont ignorantes des terroirs régionaux qu’elles ont tendance à ringardiser.

Or, il existe déjà un dispositif qu’il suffit de renforcer pour respecter les lieux de plus forte conscience régionale qui s’exprime par la langue, l’Histoire, le terroir et parfois la législation. Ce dispositif, c’est le Département. Si l’on reprend le cas de cette super-région Alsace-Lorraine-Champagne, une plus large autonomie donnée à chaque département alsacien serait de nature à garantir l’usage du dialecte alsacien, le concordat, et toutes les particularités qui font la grandeur de l’Alsace. Il pourrait s’appliquer de la même manière au Département des Pyrénées-Atlantiques qui, au sein de l’énorme Région Aquitaine-Poitou-Limousin pourrait défendre la culture basque, avec l’aide du Pays qui s’est déjà constitué.

Le problème, c’est que le Gouvernement entend, d’une manière ou d’une autre, réduire le Département à une coquille vide afin, notamment, d’éloigner les citoyens de la prise de décision.

 

Finalement, il apparait clairement que le Département est la pierre angulaire de la démocratie française. Il est l’intermédiaire naturel entre la démocratie de proximité qu’est la Commune et l’Etat qui protège la nation est garantit sa cohérence. Le Département est aussi le garant de la souveraineté contre toutes les tentatives supranationales d’uniformiser et de niveler par le bas. C’est pour cela que le Département doit être maintenu, avec d’autres compétences que celles qui lui sont actuellement dévolues et qui consistent surtout à financer l’aide sociale et les infrastructures ; autrement dit ce qui coûte le plus cher. A l’avenir, grâce à sa situation de proximité, à sa taille et à son ancrage, le Département doit assurer la promotion de ce qui fait sa richesse. Ça concerne la culture et le terroir mais aussi les réussites sportives, la création artistique et le dynamisme des entreprises ainsi que la solidarité intérieure et internationale en aidant les projets de développement au Sud.