Les événements du mois dernier ont mis les questions de défense sur le devant de la scène. Habituellement, ces questions n'intéressent que les spécialistes et les professionnels. Cette nouvelle intrusion du terrorisme sur le sol parisien – après les attentats des années 1980 et 1990 – fait que, pour le moment, chacun se sent un peu concerné. Ici même, ce sujet a fait l'objet d'un seul article suivi de commentaires.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2007/02/21/4074280.html

 

Seulement, il reprend toute sa pertinence car, comme nous le disions alors, les dangers extérieurs qui menacent la France ne sont plus les hordes armées traditionnelles mais le terrorisme et les attaques contre l'environnement. Dans les deux cas, ces dangers sont, le plus souvent présents sur le sol national.

À l'époque, l'analyse portait sur l'opportunité de construire un deuxième porte-avions. Nous disions qu'il ne serait d'aucune utilité dans le contexte actuel ; pas plus que n'est utile un char d'assaut prévu pour mener des guerres dans les plaines d'Europe centrale. Un beau gâchis opéré par des décideurs en retard d'une guerre et par les lobbies qui s'activent en permanence auprès des élus pour écouler leur camelote.

Le deuxième porte-avions semble abandonné

http://www.letelegramme.fr/finistere/brest/second-porte-avions-touche-coule-13-02-2014-10033809.php

Pourtant, en lisant cet article, on comprend que la question de l'utilité n'intéresse pas son auteur tout occupé de sauver la construction navale militaire qui a fait la richesse de Brest. Ce raisonnement devrait inciter les Bordelais à exiger le rétablissement de l'esclavage qui est à l'origine de l'opulence passée de leur port. En retard d'une guerre ?

Le porte-avions amiral de la marine, le Charles-DeGaulle, est en maintenance une bonne partie de l'année. Dans ces conditions, on se demande toujours pourquoi on a vendu le Foch au Brésil puisque, en effet, on serait mal si l'on avait besoin d'avions de combat au loin quand le bâtiment est en maintenance. Peut-être aurait-il fallu attendre la construction du deuxième porte-avions avant de le vendre ? Gouverner, c'est prévoir ? À moins que l'on ait été sûr qu'il serait construit tant les pressions étaient fortes. C'était sans compter sur « les caisses sont vides » et « il faut que l’État fasse des économies ».

Les menaces sur l'environnement ne sont encore pas prises en compte pour ce qu'elles sont. On attend toujours un corps de garde-côtes pour repousser les épaves affrétées par les groupes pétroliers qui se fichent comme d'une guigne de perdre une partie de leur cargaison mortifère le long des côtes européennes. On attend aussi une législation, sur le modèle de celle des États-Unis pour interdire l'approche de bâtiments qui n'ont pas la caution et l'assurance suffisante.

Le problèmes des menaces sur l'environnement, c'est qu'ils sont soulevés par des associations, des mouvements politiques qu'on a moqués depuis toujours malgré les événements qui leur ont donné raison. Aux dernières nouvelles, on en est encore là et laisser la pollution aux générations à venir n'est rien comparé à la dette indue qu'on risque de leur laisser si, notamment, on dépense pour protéger l'environnement.

Reste le gros morceau : le renseignement. À la faveur des attentats parisiens de janvier, on porte à la connaissance du grand public un certain nombre d'informations. D'abord, pour surveiller tous les faits et gestes d'une seule personne, il faut mobiliser 20 à 30 professionnels. Donc, pour la vingtaine de suspects majeurs, le calcul est vite fait. Or, le Premier Ministre parle de 3000 personnes à surveiller ; à des degrés divers, certes. Pour cela, c'est un petit millier de personnes qui vont être recrutées. Pour les autres tâches en rapport avec le sujet, ce seront 2680 emplois en tout. Donc, le compte n'y est pas, même en intégrant ceux qui travaillent déjà. Effet d'annonce ?

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/01/21/97001-20150121FILWWW00170-terrorisme-l-essentiel-des-annonces-de-manuel-valls.php

Ensuite, on a pu constater la rapidité pour identifier les auteurs des différents meurtres. Ça montre que les services français sont plutôt efficaces. Bien sûr, on aurait aimé qu'ils le soient totalement et que les attentats n'aient pas eu lieu. Ce serait oublier que, chaque année, nombre d'attentats sont évités, en général dans la discrétion.

Pour les attentats de janvier, comme pour l'histoire des tours de New-York, les services savaient quelque chose et étaient même tout près de connaître le lieu, la date et les auteurs. Dans les deux cas, il semble qu'on ait surtout péché par défaut d'analyse. C'est, du moins, ce que prétend le criminologue Alain Bauer qui s'est répandu sur toutes les antennes à l'occasion des événements. De fait, le Gouvernement a annoncé qu'il allait recruter des analystes hors fonction publique et armée ; sans doute pour apporter un regard extérieur et moins formaté. Notons au passage que le Gouvernement se voit contraint de revoir à la hausse – ou plutôt à la moindre baisse – les différents budgets concernés ainsi que la politique de recrutement. On devait dégraisser dans les effectifs des armées. Désormais, on attendra un peu mais on dégraissera quand le soufflet sera retombé. Bien sûr, pour se conformer au sacro-saint dogme de l'équilibre budgétaire sans lequel point de salut, on annonce aussi qu'il n'y aura pas de dérapage budgétaire. Ces dépenses «seront compensées par des économies (...) sur l'ensemble du champ de la dépense publique, année après année» Par conséquent, ce sont d'autres secteurs qui paieront la facture. Gageons que ce seront la santé et la culture.

Il est vrai que, malgré les rapports préconisant le redéploiement des effectifs des forces de l'ordre (CRS et gendarmerie mobile) dans la police de proximité notamment, cela provoque un tollé, même lorsque le ministre de l'Intérieur s'appelait Nicolas Sarkozy. Dans ce pays, les pizzaïolos ont plus de pouvoir que le Ministre de l'Intérieur et la sécurité passe après les intérêts des petits commerçants des villes où se trouvent les casernes de CRS et autres gendarmes mobiles. Comme dans ce pays, on n'en est plus à un paradoxe près, ni à une absurdité près, les foules qui ont manifesté leur unité et leur émotion après les meurtres, ont applaudi ceux-là même qui grèvent les budgets et ont été peu utiles dans l'affaire qui a ensanglanté Paris. Les unités d'élite et les agents du renseignement, dans l'ombre et l'anonymat ont été vite oubliés. Pourtant, c'est bien sur ces deux secteurs qu'il faut porter l'effort.

Question législation, on parle de l'adapter à ces situations extrêmes. Tout le monde est d'accord tant qu'on ne soulève pas la question des lois d'exception genre « Patriot Act » dont l'efficacité est douteuse. C'est ce genre de débat – nécessaire et fondamental par ailleurs – dont les Français sont friands. Ils aiment se faire peur et imaginer, une fois de plus, que l’État qu'ils abhorrent plus que tout, car il prélève l'impôt et les taxes sur les cigarettes et les carburants, va en profiter pour les nuire. Nous avons vu récemment que la souveraineté est de moins en moins exercée par l’État mais par le pouvoir économique, et le pouvoir médiatique, souvent dépendant du premier. D'autre part, cette crainte montre aussi le discrédit qui accompagne, désormais, le personnel politique puisque, clairement, les citoyens ne font pas confiance à leurs élus pour concocter une loi qui assure à la fois la sécurité et garantisse la vie privée.