Je vais te raconter un histoire, celle de deux garçons qui ne se connaîtront probablement jamais mais que les hasards de la vie réunissent, maintenant, dans un même désir, un même projet, une même passion. Si je sais cette inclinaison de leurs destins, c'est parce qu'il y a longtemps, je les ai connus tout petits, les ai vus grandir et suis le témoin de leur volonté de devenir pompiers. Pourtant, rien ne les prédestinait sinon que tous les petits garçons rêvent d'être pompier, militaire, policier, aviateur, marin, pilote de course, justicier, aventurier. Las, ces aspirations généreuses (car ils voient dans les militaires et les policiers, des hommes qui protègent les autres) sont refoulées par les parents et par le système éducatif qui les forcent à prendre une autre voie. Les parents prennent ces désirs pour des jeux naïfs qui passent avec l'âge tandis que l'école fait tout oublier et, lorsque vient l'heure des choix – toujours trop tôt – les enfants ne savent plus. Ils avaient tant de projets mais on leur dit qu'il ne fallait, qu'il n'y avait pas de débouché, qu'on ne pouvait pas le faire sur place et autres fadaises. L'expérience me montre qu'un jeune bien décidé réussit presque à tous les coups tandis qu'un autre qui se barde de diplôme pour assurer ses arrières a toutes les chances d'échouer partout car on lui reprochera son éclectisme.

 

Toujours est-il que l'aîné a exprimé très tôt cette volonté et s’entraînait tout petit avec tout ce qui pouvait lui servir. Des problèmes de dyslexie l'ont écarté d'études où l'écrit et la lecture tiennent une place majeure. Quand il a fallu s'orienter, il a intégré une section de mécanique qui existait sur place mais y a perdu une année de jeunesse. Heureusement, il a été ferme quand il s'est agi d'apprendre un vrai métier et a intégré les Compagnons du Devoir pour connaître la charpente. On avait là, la preuve de sa volonté puisque, pour y parvenir, il s'est montré prêt à se plier à une discipline et des exigences qui siéent mal à la jeunesse. Il a eu la chance de rencontrer un bon patron et est devenu un bon charpentier.

Le cadet a pu poursuivre des études secondaires mais dans l'agriculture, passionné qu'il est de la nature, des animaux surtout et de leur protection. Il passe son bac en ce moment.

 

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Seulement, les rêves d'enfant ne s'évanouissent pas. Quand la nature dote les petits d'une âme généreuse, elle prend trop de place pour qu'elle demeure sous le boisseau. Chacun de son côté a intégré le corps des sapeurs pompiers volontaires de son lieu. Une petite ville pour l'un, un tout petit village pour l'autre. Et ils en ont vu, déjà. Oh, il n'y a pas que le matériel, les belles tenues qui rendent invincible, les gros camions et les puissantes lances. Ils ont vu des blessés, des personnes, parfois de leur âge, parfois âgées mais toutes terriblement faibles, pleurant, geignant parfois. Ils ont vu la mort. Ils savent que c'est là le lot des pompiers. Malgré tout, un élan plus fort les pousse à continuer. Chez eux, les posters des chanteurs, des sportifs ont fait place à des images de pompiers en action. Ils passent leur temps sur l'Internet à chercher de la documentation, des photos, des vidéos, des films. Ça devient une raison de vivre. Tout plaquer pour sauver les autres ! Dès lors, quand on est à ce point taraudé, on ne pense plus qu'à une seule chose : intégrer l'élite. Quitte à aider, quitte à risquer sa vie pour les autres, autant le faire dans ce qu'il y a de plus exigeant. En France, l'élite, ce sont les corps militaires des sapeurs-pompiers de Paris et des marins-pompiers de Marseille. Et c'est là que l'un et l'autre veulent aller. Ils savent qu'ils vont s'éloigner de la famille, de la petite amie. Ils savent qu'ils tournent le dos à une carrière professionnelle correcte mais ça fait rien.

 

Leur vie n'a de sens que s'ils sont pompiers au service des autres. C'est l'occasion, pour moi, de dénoncer la devise stupide des pompiers de Paris : Sauver ou Périr. Quelle idée ! Serait-ce la seule alternative ? Heureusement, quand on ne parvient pas à sauver, on ne périt pas pour autant car il y a d'autres occasions de sauver. Ça n'est pas ce qui manque. Il aurait été plus sensé de dire : Sauver et Protéger, qui est la devise que chacun entretient dans le secret de son for intérieur.

 

J'ai besoin d'en parler parce que ces deux garçons occupent mon esprit depuis ces dernières semaines, depuis qu'ils se sont engagés, l'un et l'autre dans la voie du recrutement des corps militaires de l'élite. Je suis également touché par cette générosité qui n'a jamais manqué, qui a guidé leurs choix de sportifs puisque, finalement tout ce qu'ils ont fait est compatible avec l’entraînement des pompiers. Ce que je sais, c'est que je me sens tout petit devant une telle détermination. Respect !