On mélange tout, sciemment ou non. Tout se mêle : les sans-papier, les clandos, les réfugiés, les fraudeurs, les Roms, les terroristes. Tout ça, comme la photo – peut-être truquée – pour se donner bonne conscience et refuser un simple geste humain. Certaines voix réclament que les donneurs de leçons ou de conseils (nous en sommes) fassent le premier pas et accueillent chez eux une famille. Tout le monde ne le peut pas et il n'est pas question de forcer, même ceux qui disposent de grands logements, à mettre à la disposition des réfugiés une pièce ou deux. Que des initiatives individuelles soient prises, c'est remarquable mais le courage politique consiste à sensibiliser tout le monde. On remarque aussi que dès que quelqu'un fait le premier pas, d'autres lui emboîtent le pas et, par exemple, proposent des services divers comme des cours de français ou l'accompagnement pour les démarches. Évidemment, à moins de deux ans de l'élection présidentielle, il serait fatal d'augmenter les impôts ou d'élargir l'assiette au moment où l'on vient de décider le contraire et que les effets ne se sont pas encore faits sentir.

Alors que cette photo d'un enfant échoué et mort nourrit les commentaires, qui parfois donnent la nausée, on apprend que, en réaction, la bonne gauche, celle du Gouvernement, appelle à manifester sa solidarité, que la Ministre de la Culture va se rendre au Musée de l'Immigration. Mais on nage en plein délire ! Les socialistes sont au Gouvernement. C'est à eux de prendre les décisions et pas se livrer à des gesticulations. Ah oui, c'est vrai, il y a le FN. C'est en fonction de lui qu'on doit penser, se positionner, agir. Trente ans que le FN parasite le débat en France. Trente ans qu'on lui tend les micros pour assurer le spectacle. Trente ans que ses propos sont commentés, condamnés, ridiculisés. Trente ans que des plumitifs, des polémistes, des humoristes, en ont fait leur fonds de commerce, leur raison de vivre même. Trente ans qu'on dit qu'il faut lutter contre et qu'il progresse. Trente ans qu'on dit qu'il faut éduquer les enfants pour qu'ils s'en détournent. Pendant ces trente ans, on a vu le nombre de sans abris augmenter. Au début, on les appelait « les nouveaux pauvres » et puis, comme ils ne sont plus nouveaux, on les désigne sous le sigle de « SDF » qui est aussi erroné mais présente l'avantage de ne pas décrire clairement la réalité. Or, d'eux, personne ne débat. Bien peu se mobilisent pour eux. Il faut des actions illégales avec incidents avec la police pour qu'on en parle.

En attendant, la crise s'aggrave. Oh, soyons en sûr mes chers amis, s'il s'agissait d'une crise bancaire ou financière, il y a longtemps qu'on aurait débloqué les centaines de millions nécessaires pour la régler. Peut-être il ne s'agirait que d'un prêt. Certes, mais construire des logements aussi, c'est un prêt et des personnes, des familles qui vivent mieux, qui peuvent scolariser des enfants dans la durée, c'est une garantie pour la sécurité de tous. La sécurité aussi a un coût. Bien sûr, depuis quelques années, les Gouvernements négligent leurs promesses, tenus qu'ils sont de respecter « la règle d'or » et autres inepties de l'UE. Inepties parce qu'elles interdisent tout investissement et pari sur l'avenir. Or, il y a des dépenses qui sont trop élevées et que seul l’État peut engager. Quand il y a le feu, on ne se demande pas combien coûte l'intervention des pompiers à la collectivité. On ne se dit pas qu'on va réduire les crédits des centres de secours en pensant que ça va entraîner mécaniquement une baisse des incendies et des interventions d'urgence. Pourtant, c'est le raisonnement de la Commission Européenne, de la droite libéraliste et d'une partie de la gauche qui rêve d'imposer au peuple ce que la droite n'a pas réussi et de réussir. Justement, ça pourrait être l'occasion de faire sauter ce verrou insensé des 3 % de déficit et de relancer les investissements.

Bien sûr, le problème n'est pas simple. Déjà, l'accueil provisoire est compliqué. Aucun pays, même les plus généreux, ne possède les capacités pour cet afflux. En la matière, l'Autriche montre l'exemple : s'entendre avec le voisin pour affréter des transports et gérer les questions administratives. Si l'Autriche, petit pays enclavé et perché sur les montagnes peut le faire, à plus forte raison les autres. Un autre problème vient du désir de ces exilés de gagner la Grande-Bretagne. C'est que, à force de faire croire à tout le monde que son ultra-libéralisme accorde sa chance à tout le monde et qu'il n'y a presque pas de chômage, il y en a qui y croient et veulent tenter leur chance. Comme la GB n'appartient à l'UE que de manière purement formelle pour ne pas dire fictive, elle s'arrange. Où l’on voit que, pour maintenir son niveau d’emploi (qui justement attire les exilés), la GB ferme ses frontières et laisse le continent se démerder avec ses réfugiés tout en donnant des leçons de générosité. Sacrés anglais ! ils changeront jamais

Des obligations juridiques

Peu le savent mais, au terme d'un traité signé par François 1er et Soliman-le-Magnifique, la France est protectrice des chrétiens d'Orient. Ce traité, réaffirmé sous le Second Empire, n'a jamais été abrogé. La France est toujours reconnue comme protectrice des chrétiens d'Orient même si la Russie impériale et aujourd'hui la Russie de Poutine lui dispute cet honneur. De toute façon, deux protecteurs ne sont pas de trop face à une telle crise et à l'impuissance devant les horreurs commises par daech. Même si ça défrise les nouveaux bien-pensants, il y a obligation d'accueillir tous les chrétiens d'Orient qui en font la demande. Et il n'y a pas qu'eux qu'il faut accueillir en priorité et sans même poser de questions. Il y a aussi tous les ressortissants des pays membres de la Francophonie – sinon, on se demande à quoi sert l'OIF – ainsi que les pays avec lesquels la France a une histoire commune : colonies ou pays sous mandat. À l'heure où l'on parle de faire le tri, le tri est déjà fait par l'Histoire. Et puis, comment refuser l'asile à ceux qui montrent de l'intérêt pour notre pays ? Alors que les Français pratiquent volontiers l'auto-flagellation, il ne serait pas mauvais que des étrangers viennent rappeler que la France est belle et si possible généreuse.

La France a signé autrefois des traités s'engageant à accorder l'hospitalité à tous ceux qui en feraient la demande. Évidemment, l'environnement était très différent. Il fallait reconstruire et vite. On avait besoin de main-d’œuvre (toujours des considérations économiques avant l'intérêt humanitaire), la population était moindre, il y avait de la place pour construire et étendre les villes, un surplus de population ne posait pas de problème. L'Europe d'aujourd'hui est surpeuplée. L'afflux de personnes qui fuient l'horreur dans leurs pays se remarquera et suscite des réactions de rejet avant même que leur présence soit visible. Bien sûr, quand l'opulence est là, quand il y a des perspectives d'amélioration comme dans les années 1960 et même 1970, on peut se montrer vertueux. Quand tout le monde craint de voir son niveau de vie baisser sensiblement, on voit se développer des réflexes d'assiégé. Ce ne sont certes pas les discours rassurants qui vont changer cet état d'esprit tant qu'on se situera sur les terrains où il ne faut pas aller. Or, quand on répète à l'envi que l'on ne doit pas céder à l'émotion, que fait-on sinon braquer les Français contre ces personnes qui cherchent un peu de réconfort et de chaleur humaine ici ?

Des obligations humanitaires

En résumé, on doit accueillir ces personnes mais certainement pas pour ce qu'elles vont nous apporter, ni parce qu'on a besoin d'eux, de leur apport démographique, ni parce qu'ils vont peut-être ouvrir des commerces ou créer des entreprises et embaucher – ce que les Français ne font pas –, ni pour toute autre considération économique ou sociale mais simplement parce que c'est le devoir de tout humain digne de ce nom de tendre la main à son semblable en détresse. On ne doit pas craindre leur arrivée. Au contraire, ceux qui viennent de pays musulmans fuient précisément ce que les islamistes tentent d'imposer en Europe et singulièrement en France, comme le foulard pour les femmes et autres distinctions. Eux, pourront témoigner de la réalité de l'islamisme appliqué et nous aider à neutraliser les provocations et la surenchère des fanatiques islamistes.

Pour l'heure, il y a une mesure à prendre encore plus vite que tout. Une mesure qui ne coûte rien à personne : rendre leur humanité à ces personnes qui appellent au secours parce qu'ils fuient leurs pays livrés à des monstres bipèdes qui se sont mis en dehors de l'humanité. Il faut. Il faut les appeler « humains » et plus « clandestins » ou « migrants ». Même « réfugié » instaure une distance qu'il faut encore franchir. Oui, ces hommes, ces femmes, ces enfants, même affaiblis sont des humains, nos frères avant tout. Les appeler « humains » ! Humains !

 

La conclusion, je la prendrai à la une du dernier numéro de Combat : « Silence, ils coulent ! »