Comme d'habitude, je laisse le temps aux nouveaux programmes de s'installer avant de critiquer. En fait, pour cette nouvelle saison 2015-2016, il n'y a pas beaucoup de nouveautés.

En revanche, les quelques nouveautés me paraissent intéressantes sur l'évolution de la station nationale et de l'écoute de la radio en général.

On remarquera, d'abord, la place donnée au sport sur Inter qui gagne une émission d'une heure, le dimanche en fin d'après-midi. C'est assez inattendu pour une radio qui vise un auditoire qui se pique de bon goût, de culture et qui méprise volontiers le sport, surtout quand il est soumis à des impératifs publicitaires. Ce qui est inattendu aussi, c'est que celui qui en est à l'origine n'est autre que M.Philippe Colin, autrefois chroniqueur puis producteur d'une émission culturelle qui a fait ses preuves, à mon grand étonnement. L'émission est agréable, se laisse écouter. Sa limite est qu'elle n'empiète pas sur le journal des sports qui suit le journal parlé de 19 heures et qu'il n'y a pas de résultats mais des reportages intéressants. Ça rappellera aux plus anciens les après-midi de « Sports et musique » sur France-Inter puis sur Inter-Variétés. Ce n'est donc pas original mais pourquoi pas quand l'idée est bonne. C'est sans doute cette émission qui a conduit à la suppression du « Journal des sports », tous les matins en semaine à 6 h 40 qui existait depuis des lustres. On a dû trouver en haut-lieu qu'il y aurait eu trop de sport sur Inter. Ça se fait pas.

 

Parlant de sports, impossible d'échapper à l'invasion des marques. D'abord, de plus en plus de stades et d'enceintes sportives portent des noms de sociétés ; généralement des assurances mais pas que. Par conséquent, les journalistes d'Inter ne manquent pas une occasion de les citer et plus souvent qu'à leur tour. Il suffirait pourtant de dire qu'on va rejoindre le stade de (l'OGC) Nice, le palais omnisports (sans majuscule) de Bercy et garder l'ancienne appellation qui n'est pas péjorative. D'ailleurs, à l'occasion du récent tournoi de tennis, les commentateurs ont parlé de « Paris-Bercy ». En ce moment se déroule la transat. Autrefois, on disait simplement « la transat ». Maintenant, il nous faut entendre le parraineur après « transat ». Pourtant, il y a quelques années, sur France-Inter, on parlait de « la route du café », allusion à la marque qui accompagnait cette course et par analogie avec « La Route du rhum », parrainée par personne en particulier. On nous sert les noms qui sont écrits en grand sur les voiles des bateaux comme si mentionner l'équipage ne suffisait pas. Notons que, là encore, il aurait suffi de préciser « transat en double » pour distinguer la nature de l'épreuve. Observons aussi que ce qui est valable pour la « Route du rhum » et pour Paris-Bercy, ne l'est pas ailleurs. Est-ce à dire que certaines marques ont droit de cité et pas d'autres, et pourquoi ?

Il semble que ce soit un mal typiquement français que celui qui consiste à appeler un objet ou quoi que ce soit, non pas par le nom commun qui correspond mais par une marque emblématique. Il arrive même qu'on prenne une marque pour une autre. Ainsi, dans l'annonce du livre (« co-édité par France-Inter »)de François Morel, on l'entend dire « C'est comme aux Galeries Lafayette, on trouve tout ! ». Or, « on trouve tout » était le slogan de la Samaritaine, enseigne disparue qu'il pouvait citer sans problème. Mais non. Il a fallu qu'il cite une marque actuelle. Comme si l'on n'était pas assez envahi par la publicité. En revanche, on ne saura rien de l'autre « co-éditeur ». Pratique pour aller commander son livre. Or, beaucoup d'auditeurs n'écoutent Inter que parce qu'il n'y a pas de pub. Même avec très peu de minutes dans la journée, ils se plaignent out le temps d'en entendre trop. Qu'est-ce à dire si la station cherche par tous les moyens à augmenter son volume de pubs pour chercher de nouvelles ressources ? Curieusement, on ne les entend pas particulièrement. Doit-on en conclure qu'ilz ont changé ? Ou alors, ils admettent les marques en dehors des temps dévolus aux réclames mais pas pendant. On n'en serait pas à une contradiction près. Ce début de saison a vu aussi l'arrivée de la pub pour un marchand de chaussures en ligne et pour une chaîne de magasins de lunettes. Bien sûr les régies des radios concurrentes se sont plaintes mais pas les auditeurs. On verra ce que dira le tribunal. De toute façon, ça commence toujours comme ça. On essaie. On lance. On verra bien. Si ça marche pas, tant pis. On s'y prendra autrement la prochaine fois. Car, nous pouvons être sûr qu'il y aura une prochaine fois et que la publicité va faire son entrée sur Inter. Autrement dit, il n'y aura plus de raison d'écouter cette radio-là. Depuis la Toussaint, le parrainage des émissions revient en force. Pas une chronique n'y échappe. D'autant plus que la régie de Radio-France a trouvé l'idée de proposer un parraineur différent avant et après certaines rubriques. On suppose que les prix sont en conséquence et attirent les budgets serrés. À quand le retour des poulets ?

 

Sur la forme, à présent, remarquons que les pubs prennent souvent la forme de sketches simples et courts. Malgré une intrigue simpliste, ça sonne faux. La radio ne ment pas. L'insincérité éclate tout de suite. Est-ce une tendance lourde de la façon de jouer ? On peut le penser quand on voit les téléfilms, quand on voit « Plus belle la vie » où tout est surjoué, tout est forcé, toutes les situations sont extrêmes voire improbables et le jeu des comédiens ne fait rien pour convaincre. Idem dans la dramatique qui illustre l'émission d'Histoire de Mme Duncan le dimanche soir. Comme il y a longtemps qu'on n'a pas entendu de dramatique à une heure de grande écoute, on ne va pas trop se plaindre mais quand même.

 

Toujours dans le sport, regrettons le départ de M. Patrick GRIVAZ, qui a donné au commentaire sportif des lettres de noblesse en jouant avec les mots. Ces interventions valaient les meilleurs slams. On s'étonnera quand même de son retrait juste avant la Coupe du Monde de rugby. Comme s'il n'aurait pas pu prendre sa retraite juste après. D'autant que ces jeunes confrères semblent plutôt être parvenus dans le service des sports par opportunité, sachant qu'on veut en finir dans les rédactions avec avec le commentateur typé masculin et blanc. Ces critères ne devraient pas avoir lieu d'être.