Mère Térésa canonisée ! En avait-elle besoin ? De son vivant, on la surnommait déjà « sainte Thérèse de Calcutta ». Tout est paradoxal dans sa vie. Je retiendrai surtout le dilemme que je n'ai toujours pas résolu. Quand quelqu'un est au plus mal, que faire ? L'aider, le soigner ? Certes, il le faut mais ça ne règle pas grand-chose tant que les causes de son mal ne sont pas réglées. Les causes des maux que soignait la petite bonne-sœur en sari blanc, c'était surtout l'injustice sociale, les inégalités, la loi du plus fort qui s'applique d'autant plus facilement dans un pays vaste comme un continent et où les autorités ne peuvent s'imposer partout, y compris dans les très grandes villes plus que surpeuplées. Donc, en assurant le SAV de la société, de l'impuissance relative du gouvernement central et des potentats locaux, Mère Térésa s 'en rendait complice, sans le vouloir. Tant que l'injustice sociale sait pouvoir compter sur des bénévoles pour pallier les insuffisances, il n'y a aucune raison de changer quoi que ce soit.

Mother Teresa

Pourtant, que faire ? Quand on a devant soi une personne au plus mal, ça n'est pas le moment de réfléchir ni même de se révolter ou de pleurer. Il faut agir ! C'est ce qu'elle faisait la pauvresse, avec plus pauvre qu'elle. Elle essayait de soulager les souffrants et de leur montrer que même après une vie de merde, il y avait encore des gens pour s'intéresser quelque peu à vous et vous permettre de dormir et de mourir ailleurs que par terre en attendant que les services de la voirie vienne ramasser les cadavres de la nuit avant que les premiers partants au travail ne sortent.

 

Juste pour finir cette image qui m'avait frappé le jour de ses obsèques. On avait posé son cercueil sur vieil affût de canon qui avait déjà servi pour le Mahatma Gandhi. Quel symbole ! Remplacer le canon létal par le corps desséché d'une grande personne pacifique et non-violente. À côté de ça, l'Inde a développé la bombe atomique. Paradoxe de ce pays, paradoxe de notre époque.

 

Quand même, dans ce pays né il y a un peu plus d'un demi-siècle, on décide d'obsèques nationales pour une petite bonne femme, même pas indienne, même pas de la religion dominante ni même de la deuxième religion du pays. Simplement, parce qu'il y a cette reconnaissance envers le bien, l'hommage du vice à la vertu. Dans notre pays de France, on n'a rien fait pour l'Abbé Pierre et l'hommage de Paris où il a tant œuvré pour les mal logés et autres exclus de l'expansion d'après-guerre, est un square minuscule au pied de vilains gratte-ciel gris et dont le nom est partagé avec les Moulins. Même pas un plaque de rue pour lui tout seul. Dégoût !

 

J'oubliais, on a publié le journal intime de Mère Térésa. Ceux qui l'ont lu ont pu découvrir qu'elle a douté de Dieu, de sa puissance et de son soi-disant amour. Il y avait de quoi quand on passe sa vie au milieu des plus pauvres parmi les plus pauvres. Elle a dû passer par des phases des découragement immenses. Ça la rend plus grande encore. J'aurais voulu être un boulon d'une roue de l'affût de canon qui a emporté sa dépouille mais qu'importent les images, qu'importe la canonisation. Comme disait Malraux : « la tombe des héros est le cœur des vivants »

 

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