Intéressons-nous à la matinale des fins de semaine. Après le bulletin d’infos de 6 h, il faut 1 mn à Mme Martin pour lister toutes les rubriques de ses 3 heures d’antenne avec, bien sûr, une concentration à partir de 6h 50. Comment pourrait-il en être autrement puisque, aussitôt décliné le programme, c’est la première pause musicale alors que l’émission n’a pas commencé ?

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Cette matinale illustre parfaitement ses ambitions, ses contradictions et ses prétentions : on ajoute, on surajoute des rubriques, des chroniques jusqu’à ras-bord. On ne tient aucun compte de l’attente des auditeurs. Les samedis et dimanches, même quand on travaille, on aime prendre son temps. La radio doit accompagner le rythme des journées de loisirs qui s’annoncent à l’antenne. Or, ça n’arrête pas. L’animatrice doit couper la parole de ses intervenants, pour enchaîner aussitôt avec les suivants. La pause musicale entre le journal des sports (lui aussi décliné sur les chapeaux de roues) et l’entrevue politique (est-elle indispensable ces jours-là?) dure 2 mn 1/2. Donc, on parle pendant l’introduction et l’on coupe avant la fin. Tout ça pour entendre un acteur politique de second rang (qui accepte de se lever tôt un samedi ou un dimanche pour se faire connaître) commenter l’événement politique mené, le dimanche après-midi, par ceux de premier plan, trop occupés à préparer leur discours pour venir le matin sur Inter.

La qualité et l’intérêt des diverses interventions ne fait pas débat mais leur addition n’est déjà pas adaptée à la semaine, alors, à plus forte raison à la fin de la semaine. Il faut voir que Mme Martin, passionnée de livres, a dû se bloquer 2 ou 3 minutes à heure fixe pour parler d’un bouquin qu’elle a aimé. Dans les années 1990, lorsqu’elle animait la matinale de la semaine entre 7 h et 9h, elle trouvait, selon son humeur, le temps d’évoquer un livre, un auteur, un événement. Elle trouvait le moyen de passer une chanson au cours de chaque demi-heure. Comment expliquer que ça ne soit plus possible ?

Il faut bien comprendre que si cette tranche hebdomadaire est commentée ici, c’est parce qu’elle nous donne des indices sur la manière dont sont établis les programmes. Sur Inter, les producteurs ne se soucient pas de l’auditeur. Ils présentent leurs projets aux directeurs et, au bout du compte, ils tâchent de caser ceux qu’ils ont retenu et accordent, à quelques recalés, un strapontin, sous forme de chronique quotidienne ou hebdomadaire, généralement dans la matinale. Les moyennement chanceux disposeront d’une petite heure un vendredi, ou bien un samedi, à moins que ça ne soit un dimanche, quand les auditeurs ne sont pas à l’écoute. D’où cette impression de fourre-tout, de fatras. D’où ces programmes qui ressemblent à ces albums de timbres où l’on déplace les éléments chaque fois qu’on les ouvre.

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Et puis, il n’échappe à personne que nous sommes en pré-campagne électorale. L’astuce des partis politiques et des médias consiste à codifier cette période. Ainsi, les partis qui aspirent à gouverner mais aussi ceux qui aspirent à infléchir les objectifs des premiers, organisent des « primaires ». On prend un terme qui nous vient de la très particulière politique intérieure des Etats-Unis où l’on procède à un premier tri dans les deux grands partis qui se succèdent à la Maison Blanche. Soit. Ici, on feint de demander aux militants, de chez eux, de choisir leur champion pour le sacrifice suprême. Les premiers à avoir tenté la chose ont été les socialistes avant l’élection de 2012. Il en est sorti le candidat Hollande qui, une fois Président, a désigné comme Premier Ministre, le candidat arrivé bon dernier de la « primaire ». Cette fois, tous veulent en passer par là. Coïncidence, EELV et LR organisent leur compétition à peu près en même temps. Pas de problème, chaque radio généraliste propose deux entrevues politiques au cours de sa matinale mais il y a une petite différence entre les deux. Mardi 25 octobre 2016, Inter accorde 25 mn pour M. Juppé dont on sait déjà tout et 10 mn pour Mme Rivazy dont on ne sait encore rien. Nous avons là l’illustration de "l'équité" telle qu’elle est réclamée par les médias. Les meilleurs créneaux pour les politicards chevronnés qu’on voit et qu’on entend depuis des dizaines d’années et les miettes, entre deux autres rubriques (ou deux pubs selon la station) à des heures de moindre écoute ou face à un journaliste moins prestigieux pour ceux qui proposent autre chose, qui apportent des solutions nouvelles. Justement, on ne veut pas de ça. On veut des politicards qui assurent le spectacle. Un peu comme TF 1 qui, peu après sa privatisation, reléguait les émissions du Commandant Cousteau à 1 heure du matin puisque son public n’aurait, de toute façon, pas été intéressé par la publicité avant et après. « L’équité », selon les médias consiste à favoriser ceux qui ne vont pas aborder le fond des sujets mais balancer quelques vacheries à l’encontre des autres, quelques insinuations, qui vont être commentées facilement pendant des jours et des semaines. Surtout, ne pas inviter des politiciens qui vont argumenter et dont il faudra étudier les arguments. Nous n’étions que fin octobre. Ça promet pour les mois qui viennent. La campagne va voler encore moins haut que d’habitude ; et l’on est sur Inter qui ne dépend pas de la publicité et qui a une réputation de sérieux.