Le point sur quelques médias en fin d'automne 2016

 

Elkabach - concorde - id

Nous avons vu que le renoncement du Président de la République a mobilisé les ancêtres des médias audiovisuels. La primaire de la droite a eu une conséquence indirecte : la mise à l’écart de M. Jean-Pierre Elkabach de l’entrevue politique quotidienne. Tout le monde a souligné l’incongruité provoquée par la présence du sus nommé comme animateur du débat entre les deux finalistes. Tout le monde se souvenait qu’il a connu ses heures de gloire à la fin des années 1970 en présentant une émission politique de qualité à la télévision. Nul doute que certains étaient adolescents à ce moment-là. On n’aime pas se voir vieillir. M. Elkabach nous tend le miroir dans lequel le téléspectateur contemple ses cheveux blancs en voyant ceux de l’animateur. Parmi ceux qui ont préféré en rire (« ça dépend quel rire » aurait dit Léo Ferré), certains devaient se trouver place de la Bastille, ce soir du 10 mai 1981, quelques heures après l’élection de Mitterrand. On se souvient que le duo Elkabach et Duhamel avaient été accusé de partialité et que la foule réclamait leur départ parmi les toute premières mesures à prendre. Les retrouver 35 ans plus tard, derrière deux micros différents à près de 80 ans a quelque chose d’anormal qui n’est comparable qu’avec la longévité de ceux qu’ils accompagnent, qui les font vivre et qu’ils font vivre, à savoir les membres du personnel politique. Environ trois semaines plus tard,

http://www.huffingtonpost.fr/2016/11/17/david-pujadas-et-jean-pierre-elkabbach-nont-pas-ete-a-la-fete-p/

http://www.letelegramme.fr/france/audiences-radio-jean-pierre-elkabbach-ecarte-de-sa-matinale-d-europe-1-13-12-2016-11328827.php

http://www.huffingtonpost.fr/2016/12/12/le-meilleur-du-pire-de-jean-pierre-elkabbach-dans-ses-interviews-europe-1/?utm_hp_ref=fr-medias

http://www.lefigaro.fr/medias/2016/12/12/20004-20161212ARTFIG00127-cinq-repliques-cultes-de-jean-pierre-elkabbach.php

http://www.bfmtv.com/culture/qui-est-fabien-namias-le-remplacant-de-jean-pierre-elkabbach-sur-europe-1-1069848.html

 

On apprend que c’est M. Fabien Namias qui reprend l’entretien politique quotidien et matutinal sur la station du groupe Lagardère. Visiblement, le groupe a le sens de la famille. Outre son grand patron, M. Arnaud Lagardère, fils du fondateur du groupe et associé à Sylvain Floirat pour lancer Europe n°1, Jean-Luc Lagardère, M. Fabien Namias est le fils de M. Robert Namias, lui même journaliste à Europe 1 pendant des années avant de prendre du galon comme directeur de l’information du groupe Bouygues, en clair de TF 1 privatisée. En d’autres termes, c’est « le changement dans la continuité » comme disait M. Giscard d’Estaing, président de la République à l’époque où la rédaction de la rue François-1er était la référence absolue. C’est dire que la station dont la création a marqué l’histoire de la radio, la station qui a inventé les flashes horaires d’information, les reportages en direct et d’autres choses qui paraissent banales aujourd’hui ne s’est jamais remise de la fuite de ses brillants journalistes vers les nouvelles chaînes de télévision privées où ils ont apporté une caution sans laquelle, ces chaînes auraient été encore plus vulgaires qu’elle ne l’étaient. C’est dire aussi qu’Europe 1 n’arrive plus à trouver sa place entre le conservatisme populaire d’RTL et la prétention intellectuelle d’Inter. Elle n’arrive plus à attirer les jeunes avec des émissions cultes comme « Salut les copains » ou celles d’un Jean-Loup Lafont quand la bande FM inonde les ondes avec ses tubes anglo-américains à longueur de journées entre les longues plages de publicités qui sont leur seule raison d’être. Europe 1 attire beaucoup les déçus d’Inter qui repartent quand ils sont lassés de la publicité. M. Olivennes essaie de renouveler quelque peu l’antenne qui se cherche depuis des lustres. Que faire ? Laisser leur chance à des jeunes talents inconnus ? Il faudrait encore des lustres pour qu’ils s’imposent car ce sont des dizaines de stations de radio qui diffusent en France, sans compter celles qui existent uniquement sur Internet. Alors, on garde les valeurs sures en espérant qu’ils seront assez jeunes dans leurs têtes pour renouveler la station. Après tout, quand Europe n°1 est apparue et a révolutionné la radio, ce n’étaient pas de jeunes qui étaient à la manœuvre et, pourtant, ils ont su trouver le ton juste pour les attirer tout en plaisant à leurs parents mais il n’y avait que quatre ou cinq radios à l’époque. À la tête d’une entrevue hebdomadaire, nul doute que M. Elkabach saura attirer les invités, honorés d’être interrogés par une sommité. Dans cette histoire, on peut penser que M. Pierre Weil, sur Inter, en fera les frais. Déjà qu’il doit se contenter des troisièmes couteaux… Les troisièmes couteaux se battront, maintenant, pour passer chez Elkabach. Pas de danger que l’entrevue politique de M. Weil soit reprise par les médias. La réflexion que tout le monde se fait, c’est qu’il est grand temps que ces personnalités qui approchent des 80 ans se décident à profiter de leur retraite et raccrochent pour de bon.

 

Europe n°1

Restons sur Europe 1 pour saluer les « Carnets du monde », tous les vendredis en clôture de la tranche d’info du soir. « Carnet du monde », c’est un peu « Un jour dans le monde » mais au format hebdomadaire et justement le soir où c’est relâche sur Inter. C’est courageux de la part de la station de la rue François-1er car ça ne doit pas vraiment attirer les annonceurs. Pas plus que ne doit attirer les annonceurs la chronique finale de Josef SCHOVANEC dont on apprend qu’il est philosophe et autiste. Bravo, donc à Europe 1 (si c’était pas toute cette pub…) !

http://www.europe1.fr/emissions/carnets-du-monde

 

Dans les jours qui ont suivi, la « primaire » de la droite et le renoncement du Président Hollande, on a appris également que l’humour est plébiscité par les auditeurs fugaces, ceux qui écoutent juste une chronique ou qui regardent une vidéo. En d’autres termes, ils n’écoutent pas la station nationale le reste du temps et pourtant, à cause de l’audience qu’ils influencent grandement, ils influent sur le contenu des programmes. On comprend mieux que sur l’interface du site Internet d’Inter, l’humour figure à égalité avec les fondamentaux : « Inter – Info, Culture, Humour, Musique ». On remarquera que l’humour passe avant la musique, ce dont on se rend compte à l’écoute.

 

De temps en temps, sur Inter, on entend quelque chose de nouveau, quelque chose qui fait dresser l’oreille, rabattue par le ronron de la station. Alors qu’on appelle Rosny-sous-Bois, voici que la reportrice termine la liste des embouteillages par une référence cinématographique. C’est que la bougresse réitère lors d’une autre intervention. Ça oblige à retenir son nom : Manon Achillino (pas sûr de l’orthographe et même du nom). Bravo à Manon pour avoir tenté de renouveler le reportage sur la circulation routière (le « PC mobilité » selon la terminologie officielle et pompeuse comme tout ce qui vient d’Inter). On ne l’aura pas entendu longtemps. Il faut dire que, passer 10 secondes à étaler sa culture cinématographique n’est pas du goût de la direction d’Inter sur une station où tout est calibré à la seconde près. Il suffit de lire les programmes pour avoir l’impression de parcourir une fiche horaire de la SNCF. Qu’on se rappelle (dans l’article précédent) comment on a dû renoncer à l’émission prévue en direct (et pour quoi faire?) d’Haïti pour commenter le renoncement du Président. Pas moyen de trouver 1 minute ; et c’est comme ça tous les jours. Même les deux minutes de relâche après le journal de 7 h 30 sont strictement encadrées.

 

Le dimanche, Inter propose son émission politique « en partenariat avec Le Monde et France-Info ». L’austérité du Monde est à la presse écrite ce qu’Inter est à la radio. Les humoristes d’Inter sont les pendants de Plantu et autres dessinateurs à l’antenne. Mais France-Info ? Difficile d’en savoir plus puisque la nouvelle chaîne d’information de France-Télévision n’a pas intégré les dispositifs qui mesurent l’audience. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elle a fort à faire pour que les autres médias reprennent ses informations et ses entrevues. Ce qu’on peut dire, c’est qu’elle n’a pas profité de la crise à I-Télé et qu’il y a déjà des conflits, des interrogations.

 

Quelle idée de lancer, avec l’argent de la redevance, une nouvelle chaîne tout-info ! Il y en a déjà trois qui se tirent la bourre, dont une qui reprend du poil de la bête tandis que l’autre est entraînée par la chute de sa maison-mère Canal+. Déjà, France-24 était contestable. Tout au plus pouvait-on mettre en avant la nécessité d’avoir une chaîne d’information sous l’emprise du Ministère des Affaires étrangères pour faire connaître la voix de la France, la vision de la France. Maintenant, une chaîne tout-info parce que, celle qui s’est imposée depuis quelques années, BFM-TV, a fait l’objet de critiques virulentes après les attentats de Paris, paraît superfétatoire. En plus, soulignons que cette chaîne n’a même pas trouvé de nom et a dû emprunter celui de la station de radio qui, non seulement a été lancée alors qu’il n’y avait rien et que c’était risqué mais, en plus, sait s’imposer face à ses concurrentes qui se sont développées en imitant le concept du groupe de radio de service public. Facile d’ouvrir sa boutique quand on a regardé l’autre se lancer et qu’on décide de s’installer à côté pour attirer le client avec plus de néons. L’argent de la redevance ne pourrait-il pas être mieux employé alors que, régulièrement, on pose la question du budget et du financement de l’audiovisuel de service public.