Donc, les résultats de l’audience des radios encourage toujours plus la direction d’Inter dans ses choix. Rappelons nos réticences sur ces résultats dans la mesure où, à chaque période, toutes les audiences progressent comme si le nombre d’auditeurs était, comme l’univers, en expansion constante. Réticences encore quand sont considérées comme « généralistes » des radios aussi différentes que RTL, NRJ, Europe 1, Inter, France-Info, RMC, France-Bleu. On compare ce qui n’est pas comparable. Toutes ces radios ne jouent pas sur le même terrain ni dans la même catégorie. En fait, ces audiences ne servent qu’aux annonceurs pour qu’ils sachent où investir et aux radios privées à fixer leurs tarifs.

La publicité est la nouveauté sur Inter qui nous l’épargnait et conservait ainsi un contingent d’auditeurs que les interruptions publicitaires insupportent. Jusqu’à une date récente on n’avait que la publicité de groupements, comme pour la chicorée ou pour des producteurs, comme les aviculteurs. Remarquons que lorsque les poulets ont fait leur apparition avec parfois des chansons et les inévitables slogans pour vanter la qualités des volailles, des gens comme M. Patrice Bertin qui présentait le journal de 19 h ne se gênait pas pour faire connaître sa mauvaise humeur. Aujourd’hui, aucun journaliste, aucun animateur ne se risque à faire le moindre commentaire. Saluons donc les auditeurs qui profitent de leur passage au «  Téléphone sonne » pour dire qu’ils en ont marre du matraquage publicitaire sur Inter. L’animateur ne bronche pas mais on sent qu’il approuve. Comme disait autrefois ce grand professionnel (quelque peu malmené dernièrement) : « à la radio, même le silence veut dire quelque chose ». À tous ceux qui agitent le spectre (c’est le cas de le dire) de la censure politique qui sévirait dans les médias et notamment les médias contrôlés par l’État, il faudrait leur dire que le monde a changé et qu’ils serait temps qu’ils se mettent à la page. Depuis au moins trente ans, la censure qui sévit dans les médias est d’ordre économique. Observons que cela touche à présent les médias détenus par l’État qui gardaient une certaine indépendance. Visiblement, il y a au moins autocensure mais parions que ceux qui parlent au micro ont été priés de ne pas faire de commentaire sur la pub à l’antenne.

Quand donc les dirigeants d’Inter se rendront-ils compte que la plupart des auditeurs ne restent à l’écoute que pour ne pas subir la pub ? Ils ne sont pas près de comprendre que l’auditeur sur son smartphone, s’il est respectable, n’est pas tout à fait le même que l’auditeur qui écoute une émission en entier ou qui pratique la ré-écoute. Cet auditeur n’écoute pas France-Inter : il écoute son chroniqueur favori et se moque comme d’une guigne de ce qu’il y a autour. On avait pourtant vu l’illustration à grande échelle de cette nouvelle tendance au moment de l’affaire Stéphane Guillon. Les commentaires sur les réseaux sociaux et autres montraient parfaitement que les soutiens de Guillon ne connaissaient pas Inter et s’en prenaient juste à sa direction parce qu’elle était coupable de les priver de leur humoriste préféré. Quelques uns feignaient d’y voir une censure politique en développant un raisonnement alambiqué. Aujourd’hui, la directrice se vante des nouvelles pratiques d’écoute de sa radio mais n’en mesure pas toute la signification. On comprend aussi que ce ne sont pas ces « auditeurs » qui vont protester contre les publicités de marque puisqu’ils n’écoutent que leur petite chronique pour entendre dire quelques méchancetés sur des personnalités en vue.

 

En fait, la publicité finit par s’imposer. Les poulets agaçaient et ont fini par faire partie du paysage radiophonique, surtout à l’approche des fêtes. On y a ajouté des nouvelles traditions comme « le veau de Pentecôte » ou « le foie-gras de la saint-Martin ». Et ça passe. Ça passe, tant que la pub est sobre. On se souvient aussi que les mini-sketches de Chevalier et Laspalès pour une mutuelle ne passaient pas du tout. C’est le pari de M. Gallet : les auditeurs finiront pas s’y faire, d’autant plus qu’ils n’auront pas le choix. Voir ! Si l’on écoute avec son poste de radio, si l’on écoute de plus en plus des bribes de programmes sur son smartphone, on écoute aussi, de plus en plus, la radio sur son ordinateur. Mme Bloch s’en réjouit et proclame qu’elle bat tous le records d’écoute en podchargement. Dont acte, mais l’auditeur qui sait manipuler l’ordinateur pour ré-écouter ou écouter en différé une émission sait aussi trouver les radios alternatives qui n’ont pas l’autorisation d’émettre sur les ondes. Quelques auditeurs sont déjà partis écouter M. Daniel Mermet. D’autres ne manqueront pas de rejoindre des journalistes ou des animateurs qui ne veulent plus travailler sur une radio qui ressemble de plus en plus aux autres.

L’argent de la redevance ne pourrait-il pas être mieux employé ? Quand on voit comment Radio-France et France-Télévision s’ingénient à contourner les règlements qui leur imposent de ne pas passer trop de publicité, comment ils obligent leurs producteurs à aller chercher eux-mêmes le financement de leurs émissions dans le privé, on peut, on doit poser la question. On peut parier, hélas, qu’il y aura une crise plus grave d’ici peu, ainsi qu’un restructuration avec fusion de rédactions et donc licenciements. L’ultralibéralisme qui impose aux formations politiques de gouvernement la politique unique de « faire des économies » traduite par « faire des réformes », tue, petit à petit, tout ce qui constituait les fleurons de la France. Les trains n’arrivent plus à l’heure et France-Inter ressemble de plus en plus à Europe 1. Quand les prochaines restrictions budgétaires doublées par le clientélisme qui fera baisser la redevance audiovisuelle, imposeront des coupes claires dans les budgets de France-Télévision et de Radio-France, l’antenne d’Inter sera envahie par la pub, comme ses consœurs. Dès lors, nombre d’auditeurs n’auront plus aucune raison d’écouter Inter et l’audience se fera surtout à partir des podchargements et des chroniques sur smartphone. La direction de Radio-France serait bien inspirée de regarder comment l’opinion publique évolue ces dernières années au lieu de miser sur la résignation des masses. Les derniers événements politiques, tant en France qu’à l’étranger, montre que les sondages et autres enquêtes d’opinion sont une chose mais que, de moins en moins de gens se déterminent en fonction du succès d’estime. Bien sûr, la direction peut aussi choisir de faire comme les Gouvernements après le référendum de 2005 : s’étonner du résultat contraire aux enquêtes puis faire comme si de rien n’était. Fort bien mais alors, tout le monde comprendra au service de qui est la direction de Radio-France.