Il est de bon ton de moquer le personnel politique. Il est vrai que l’énergie dépensée par les uns et les autres pour se faire élire et se maintenir contre vents et marées a de quo susciter les commentaires. Pas tellement finalement tant la collusion entre le personnel politique et le personnel médiatique est forte dans notre pays. Les deux sont issus des mêmes formations et se sont côtoyés au moment où se finalise le façonnage de la personnalité adulte.

Hollande - pluie

En revanche, peu de commentaires sur les commentateurs. En général, quand on en parle, ça n’est pas pour dénoncer leur incompétence mais pour contester leur analyse quand elle heurte nos convictions. Bien sûr, on ne dit jamais qu’un commentateur, un chroniqueur n’a pas le niveau, ne connaît pas son sujet. Généralement, le public n’a pas non plus la compétence pour évaluer la connaissance de celui qui est censé expliquer des situations complexes. Alors, on préfère dire qu’il est pro-ceci ou pro-cela et qu’on ne supporte pas ses conclusions.

En ce dimanche 14 mai 2017, le nouveau Président Macron va être investi. Ce qui retient l’attention, c’est la pluie qui accompagne, une nouvelle fois, un dernière fois, une cérémonie à laquelle participe son prédécesseur, le Président Hollande. On se souvient qu’il y a 5 ans, le pauvre avait reçue l’averse et était rentré trempé. Depuis, c’était devenu un marronnier. Chaque fois qu’il présidait une cérémonie, il pleuvait. On y voyait un signe du Ciel qui prouvait sa malchance, incompatible avec sa fonction, et donc son illégitimité à l’assurer. Un homme fort, un gagnant ne subit pas les intempéries. Il se doit de commander jusqu’aux éléments. De plus, dans un pays et à une époque où les personnes instruites citent plus volontiers Desproges que Sartre ou Camus, les humoristes tiennent le haut du pavé et façonnent l’opinion. C’était devenu récurrent.

Pourtant, il aurait été intéressant de souligner ce qui ne pouvait plus être une coïncidence. Les apparitions du Président de la République sont archivées. Elles constituent un témoignage ineffaçable de notre époque. On ne manque pas de remarquer la coupe des costumes, le ton des commentateurs, la forme des voitures, le style du Président et de son entourage. La pluie qui tombe sur le Président, les pavés mouillés, les parapluies dans le public devraient nous interroger au-delà de l’anecdote. La pluie ne s’est pas localisée au-dessus du Président Hollande partout où il allait, rien que parce que c’était lui et pour l’embêter. S’il pleuvait lors de ses apparitions, c’est qu’il pleuvait dans la région où il se trouvait, souvent le bassin parisien. Et s’il pleuvait presque toujours, c’est que les précipitations ont augmenté au cours de ces dernières années. Ça devrait nous faire comprendre que le changement climatique est une réalité. Il y a cinq ans, la pluie inondait l’investiture du Président Hollande. C’était la première fois depuis 1974, date à laquelle le Président a été élu au mois de mai pour la première fois. Cette année, c’était aussi la première fois qu’on allait voter sous la pluie au mois de mai. En d’autres termes, le moi de mai est désormais un mois arrosé. Le mois de juin l’a été quelques fois au cours des dernières années également. Plutôt que d’ironiser sur ce Président trop normal au point de ne pas arrêter les éléments, on devrait plutôt s’inquiéter des conséquences de nos activités sur le climat. On a versé des larmes de crocodile, voici quelques jours sur ces pauvres viticulteurs qui ont vu leurs vignes gelées à une époque où l’on ne devrait plus connaître de gel nocturne. On sait que les producteurs d’abricot ont été également touchés et qu’on en trouvera peu cet été, ou au prix fort. Malgré tout, la défense de l’environnement, souvent appelée « écologie », est toujours présentée comme un sujet mineur, un amusement pour des personnes politiques de second plan et pour la partie aisée, ou du moins instruite, de l’opinion publique. Pourtant, le soleil brille pour tout le monde et la pluie tombe sur tout le monde et pas seulement sur un Président de la République mal aimé.

 

Cette absence de prise de conscience, cette simple incapacité à relier des éléments entre eux et tirer des conclusions en dit long sur le niveau intellectuel de notre pays et sur les résultats de l’instruction publique.

 

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