Bien sûr, tout le monde retient, à juste titre, la réponse ferme de Simone Veil :

"Vous ne me faites pas peur. J'ai survécu à pire que vous. Vous n'êtes que des SS au petit pied"

http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/30/simone-veil-devant-jean-marie-le-pen-jai-survecu-a-pire-que-v_a_23009972/

Pourtant, cette vidéo nous enseigne autre chose. Ça se passe en 1979, pendant la campagne pour les premières élections européennes. À cette époque, il était facile de présenter une liste de 81 candidats et l'on ne se privait pas. Ainsi, ineffable Jean Edern Hallier avait monté sa liste qui faisait la part belle aux cultures régionales qu'il ambitionnait de défendre dans une Europe qui faisait encor rêver.

http://www.france-politique.fr/elections-europeennes-1979.htm

L'extrême-droite aussi, donc. Ici, c'est Le Pen qui cherche la bagarre. Il était coutumier du fait. D'abord, c'est sa nature profonde. Ensuite, c'était un moyen de faire parler de lui puisque son parti peinait à se faire entendre. À tel point que Tixier-Vignancour,ancien avocat de l’OAS, s'était brouillé avec lui et avait monté son propre parti, le PFN (Parti des Forces Nouvelles) qui progressait. Forcément, après un tel incident où des gros bras s'en prennent à une femme, il avait le beau rôle en condamnant et en voulant donner une bonne image de l’extrême-droite.

Concrètement, ça veut dire que, comme nous ne cessons de le répéter ici, le FN et Le Pen sont des créatures de la télévision et des médias. Il nous a fallu du temps pour admettre que ça n'avait été possible qu'avec l'aval du PS de l'époque qui s'amusait de voir un groupuscule tailler des croupières au très autoritaire RPR dont on dénonçait le discours qui reprenait souvent la phraséologie de l'extrême-droite ; après avoir tenté de détourner celle de la gauche. M. Chirac, après avoir fondé le RPR ambitionnait d'en faire « un travaillisme à la française »... rien que ça.

François-Henri de Virieux, co-fondateur du quotidien de gauche « Le Matin de Paris », qui a fortement contribué à la victoire de la gauche à presque toutes les élections entre 1976 et 1981, n’a pu inviter, le premier, Le Pen, dans une grande émission politique de grande écoute, (L'heure de vérité), qu’avec l’approbation des hauts-lieux. Le prétexte a été fourni quand il a été élu conseiller du XXe arrondissement en 1983. Autrement dit, il n’est même pas Conseiller municipal mais ça suffit pour susciter quelques commentaires : comment, il a été élu (très modestement) dans un arrondissement où vivent des immigrés. C’est le prétexte invoqué pour l’inviter. Depuis 1977, des communes ont élu, par exemple, un maire écologiste sans motiver une invitation à la télévision mais un néo-fasciste qui va occuper un strapontin trois fois en six ans, ça peut faire du bruit. Après l’élection municipale à Dreux, quelques mois auparavant, qui a vu Stirbois propulsé sur le devant de l’actualité, c’est le début d’un engrenage qui n’en finit pas.

Ce soir-là, les journalistes et les téléspectateurs découvrent Le Pen et, lui-même, se découvre. Il n’a jamais connu pareille expérience et, comme il n’a rien à perdre, il ne prend aucune précaution oratoire. C’est une grande gueule. Il ne dit rien d’intéressant, rien d’intelligent mais il le dit fort. L’audience est bonne. Certains diront qu’elle est forte et inhabituelle. Par la suite, les médias se précipiteront pour l’inviter et faire de l’audience. À l’époque, ce qu’on appelle la « télé-réalité » n’existe pas. La transgression qui fait le succès du genre et l’audience n’a pas encore imposé ses personnalités faibles et sans retenue. Le Pen est une émission de télé-réalité à lui tout seul. Il ose tout. C’est à ça qu’on le reconnaît. Et médias de le provoquer, de lui tendre des perches, connaissant ses points faibles et sachant qu’il va tomber dans le panneau à tous les coups. Comme une Nabila, il s’offusque a posteriori qu’on puisse lui reprocher ses propos et son attitude. Depuis 1983, le FN n’a pas connu que des succès. Pourtant, même vautré, les médias ont tendu le micro à Le Pen et l’ont aidé à rebondir. Pourtant, même retiré des instance dirigeantes de son parti, les médias tendent le micro au président d’honneur (quel terme inapproprié pour le FN) du parti qu’il a fondé, de préférence aux dirigeants actuels. Le Pen assure le spectacle et l’audience. Il est présent dans toutes les rubriques : au faits-divers, à la délinquance, aux querelles familiales et, éventuellement, à la politique. Et chaque fois, passés les commentaires outrés de rigueur, on se frotte les mains d’avoir entretenu les braises. La bonne gauche a trouvé le moyen de s’auréoler à peu de frais en imposant un discours anti-FN dominant. Le résultat, nous le connaissons. Il progresse mais rate toujours l’objectif annoncé. Peu importe. L’important est d’être là, de faire parler de soi et l’on peut compter sur les médias.

Autrement dit, à travers ce petit reportage qui met en valeur Simone Veil, on a, quand on veut se donner la peine de se limiter aux apparences, la preuve que le phénomène Le Pen et la montée du néo-fascisme en France sont un phénomène purement médiatique avec les conséquences malsaines que l’on connaît et qui ont coûté la vie à quelque personnes déjà. Sans compter que, pour les générations qui sont nées dans ce contexte, le tricolore de la Révolution française et les autres symboles républicains comme la Marseillaise sont confondus avec le logo du FN. Le seul succès latent du FN est d’avoir favorisé la haine de la France de la part de ceux qui sont visés par les propos de Le Pen et par ceux qui les soutiennent.

simone veil