Depuis l’annonce de sa mort, on ne parle que du rôle que Martin Landau tenait dans la série Mission Impossible. C’est pour le moins surprenant vu que son personnage, indispensable dans l’économie des « missions », passait largement à l’arrière plan. Tout le monde se souvient – et c’est même la marque de fabrique de la série – de « la bande qui s’auto-détruira dans 10 secondes ». Juste avant, l’épisode mettait sur le devant le beau Peter Graves dont la fameuse bande déclinait l’identité : « Bonjour Monsieur Phelps ! ». Éventuellement, on remarquait aussi l’électronicien Barney, interprété par l’acteur Noir Greg Morris, inventeur de l’appareil qui va assurer le succès de la « mission ». L’imitateur et spécialiste du déguisement, Rollin, interprété au début de la série par Martin Landau n’était pas ce qu’on appelle une « vedette » ou une « star ». D’autant plus que, le rôle a été tenu par la suite par le fameux Leonard Nimoy plus connu pour son rôle aux oreilles pointues de Spock.

http://www.lexpress.fr/culture/tele/martin-landau-star-de-mission-impossible-s-est-eteint_1927853.html

http://www.la-croix.com/Monde/star-Mission-Impossible-Martin-Landau-meurt-89-ans-2017-07-17-1300863405

http://www.europe1.fr/culture/la-star-de-la-serie-televisee-mission-impossible-martin-landau-meurt-a-89-ans-3390662

 

Il faut consulter un site canadien pour qu’on rappelle que Martin Landau a tenu, cette fois et incontestablement, le premier rôle de la série « Cosmos 1999 ».

http://www.tvqc.com/2017/07/deces-de-lacteur-martin-landau-cosmos-1999-mission-impossible/

 

Une fois de plus, ça montre la façon de travailler des journalistes (au moins en France). Un(e) journaliste, sans doute jeune, peut-être stagiaire (vacances obligent), parcourt rapidement une dépêche puis une biographie du défunt. Il voit écrit « Mission : Impossible » et se rappelle avoir vu le film avec Tom Cruise. Bien sûr, il voit le reste aussi mais sans connaître. Alors, il/elle met en avant ce qu’il sait : « Mission : impossible » et Alfred Hitchcock. Le tour est joué ! Martin Landau a débuté avec le maître du suspens avant de devenir la vedette de « série culte » (forcément « culte ») « Mission : Impossible ». Pas la peine de s’emmerder avec un obscur acteur que plus personne ne connaît mais dont il faut parler parce que les vieux écoutent encore les informations à la radio. Ensuite, les autres vont encore moins s’emmerder. Il suffit de reprendre ce que le/la confrère a écrit ou dit avant. On le dit dans un ordre à peine différent et on fait d’un éternel second rôle, une vedette de série étatsunienne.

Pourtant, un premier rôle, il l’a tenu dans la série « Cosmos 1999 » diffusée en France, dans l’émission « La Une (puis Samedi) est à vous », présentée par Bernard Golay au milieu des années 1970. arrêtons-nous un instant sur cette série.

martin-landau-kids

La fiche Wikipédia nous apprend qu’elle a débuté vers 1973. Donc, à cette époque, on imaginait que, largement, avant l’an 2000, on voyagerait facilement dans le cosmos. Le vaisseau spatial en perdition se promène à des années-lumières de sa base terrienne. Cela suppose de pouvoir maîtriser la fabrication de l’oxygène pour l’équipage ainsi que l’énergie pour propulser le véhicule, et disposer de l’eau ; sans parler des sorties dans l’espace et de l’exploration des diverses planètes qui sont autant de prétextes à des aventures. Dès les années 1960, on nous prédisait que, en l’an 2000, on ne circulerait plus qu’en avion, que le ciel serait dont embouteillé, et qu’on mangerait des pilules énergétiques. Finies l’agriculture et la vaisselle ! Plus tard, avec la conquête puis les pas de l’Homme sur notre la Lune, on a envisagé – sérieusement cette fois – la construction de bases lunaires pour, justement, la conquête de l’espace. On nous présentait des projets de « bulles », de « globes » posés sur le sol lunaire avec des scientifiques affairés à la gestion des divers vaisseaux spatiaux, partis de la Lune et explorant l’espace infini. Bien sûr, il auraient disposé, dans leur base lunaire, de lopins de terre artificiels pour cultiver des légumes et assurer leur alimentation. Nous avons été nombreux à rêver devant ces projets qui paraissaient réalistes. Si l’on pouvait arracher une masse de plusieurs dizaines de tonnes à l’attraction terrestre, la faire mouvoir dans l’espace, on doit pouvoir construire un centre spatial en dehors de la Terre.

On sait qu’il n’en a rien été. Dès 1972, le programme Apollo se termine. Les soviétiques poursuivent leurs expériences de survie dans l’espace en milieu confiné. L’Europe (en fait la France), hésite, essuie l’échec de la fusée Europa, avant de se lancer dans le mercantile lancement de satellites artificiels avec la fusée Ariane mais renonce à l’avion spatial Hermès, alternative à la navette spatiale de la Nasa dont le bilan est mitigé.

La série « Cosmos 1999 » n’a pas connu le succès des autres de la même époque. Sans doute manquait-il l’audace des autres séries de science-fiction avec force gadgets, inventions improbables, dont la fonction première est de résoudre, à la manière de Rocambole, des situations inextricables. Qu’importe, ça amuse et ça fait rêver. La seule chose que proposait « Cosmos 1999 », c’était cette dérive dans le cosmos tandis que, dans le vaisseau, tout existait déjà ; même à l’état expérimental. Il y avait déjà des ordinateurs, des programmateurs dans les voitures aux États-Unis, des portes coulissantes, des automatismes, des robots, des combinaisons pour sortir dans l’espace (déjà inventées dans Tintin), et même des bains de soleil avec UV. Pas de télé-transport, pas de rayon qui désintègre, pas de rencontre du 3e type, et puis, pourquoi ne pas le dire, pas de beau mec ni de belle nana qui captive l’attention. De plus, de par son titre, la série est forcément datée. Plus on se rapprochait de la date fatidique, plus on se rendait compte que le monde imaginé par les auteurs de la série ne correspondait pas. On en était à se demander si l’univers était en expansion… Donc, les chaînes de TV, qui masquaient leur absence de programme (genre « La 5 » d’Hersant-Berlusconi, M6 ou même TF1) en rediffusant des vieilles séries amorties ne passaient pas « Cosmos 1999 ». L’an 2000 est déjà un vieux souvenir et ressemblait beaucoup au monde des années 1960 mais en plus moderne, plus rapide, plus peuplé.

Cosmos 1999

À l’époque où, la France s’est familiarisé avec son visage (justement grâce à Cosmos 1999), on avait appris que, par contrat, Martin Landau imposait sa femme dans les séries où il jouait. C’est ainsi que Barbara Bain fait partie de l’équipe de « Mission : Impossible » et de l’équipage de « Cosmos 1999 ». Le seul opusil a tenu le premier rôle n’a pas été succès. Sinon, on le retrouve dans des rôles antagonistes dans la plupart des grandes séries des années 1970 : « Les Incorruptibles », « Au nom de la loi », « UNCLE », « Les mystères de l’Ouest », « Columbo », et d’autres moins connues ici. Au cinéma, il enchaîne les seconds, voire les troisièmes ou quatrièmes rôles. Il fait partie de ceux qu’on reconnaît au hasard d’un plan, en se disant : ah, tiens, il est là lui ! Ou bien : oh ! comment il s’appelle déjà, celui-là ? Tu sais bien, on l’a vu dans…. Justement, au cinéma, il a tourné dans des dizaines de films que tout le monde a vus sans le voir lui. En plus, il meurt le jour où d’autres célébrités passent aussi l’arme à gauche...

En fait, Martin Landau a accompagné nos loisirs depuis une bonne soixantaine d’années. Ça mérite un coup de chapeau !

 

http://www.oocities.org/area51/jupiter/1630/

https://www.picsofcelebrities.com/celebrites/martin-landau.html