Une parenthèse avec le Tour de France. Normalement, je ne suis plus le Tour depuis longtemps. Je m’en suis expliqué

Tour de France : ce qu'il est devenu

Seulement, comme pour Roland-Garros, on n’y échappe pas et l’on entend, malgré soi, l’actualité. J’ai pu suivre, en différé (j’ai pas la tv) les étapes autour de Briançon et à Marseille. D’abord, je remarque que la retransmission est très professionnelles. Quel contraste avec les images du temps de Robert Chapatte, pourtant considéré comme une référence ! Lui, mettait en avant l’anecdote, montait en épingle les rivalités, prenait parti pour un coureur et montait les spectateurs contre son rival. Il aimait montrer les coureurs arrêtés dans le fossé pour pisser. Rien de tout ça maintenant. Des images de coureurs à l’effort, des vues sur le parcours et ses difficultés, des angles montrant la stratégie, la position. L’électronique d’aujourd’hui permet de mesurer à la seconde les écarts et chaque changement dans l’ordre des coureurs. Un échappé est-il rattrapé que l’on sait déjà l’écart du nouveau groupe de tête avec les poursuivants et le peloton. On voit la route et ses imperfections qui compliquent le travail du coureur. On a des précisions sur le vent, principal ennemi sur le long terme de l’étape. De temps à autres, on incruste le parcours, le tracé, le profil de l’étape. La représentation en 3D est impressionnante. Pour éviter l’ennui, on passe un petit reportage où l’on entend un coureur s’exprimer sur l’étape en cours. d’autres fois, c’est un autre, probablement en studio à Paris, qui donne des explications sur une curiosité naturelle (sommet, lac, rivière) ou l’histoire d’un monument qu’on nous montre sous toutes les coutures. Certes, il se trompe à peu près à chaque intervention mais, globalement, c’est pas mal. Parfois même, il y a le silence. On n’entend plus que le ronronnement d’une moto. C’est vrai que, à la longue, les commentaires, même entre-coupés, deviennent abrutissants.

La retransmission nous montre aussi toute la logistique du Tour, toutes ces motos, toutes ces voitures qui suivent les coureurs. On connaît les motards de la gendarmerie qui font beaucoup dans la popularité de ce corps. Il y a, bien sûr, quelques reporteurs accrédités mais beaucoup moins qu’avant. Devant la pléthore de rédactions, il y aurait dix fois plus de journalistes sur la route que de coureurs ; sans compter les statiques. Ensuite, il y a toute l’assistance, les directeurs d’équipes et les mécaniciens qui dépannent le cycliste en rade quand son directeur ne peut pas se déplacer rapidement. On a aussi un infirmier à moto et des porteurs de bidons. C’est une organisation impressionnante et l’on aurait presque envie d’oublier les enjeux financiers qui la motivent.

 

tour 33

Tu as compris, à ce stade, que ça n’est pas tant la course qui a retenu mon attention mais l’environnement. Bien sûr, je sais que le maillot jaune est porté par Froome, déjà trois fois vainqueur et en passe de l’emporter. Je sais que l’on n’a d’yeux que pour Bardet, qui pourrait être le Français vainqueur pour la première fois depuis très longtemps. Barguil, le porteur du maillot à pois rouge du classement des grimpeurs est également regardé de près. Les autres, ma foi, je ne peux que les admirer mais sans pouvoir comparer leurs performances. Qu’importe d’ailleurs puisque les commentateurs le font. Très professionnel, encore une fois. Chapeau ! Je revois, donc, ces routes et ces paysages qui me sont familiers. Je guette au tournant. Je sais ce qui les attend. Je regarde les spectateurs le long de la route. Ils sont plutôt disciplinés par rapport à ce que j’avais pu voir autrefois. En fait, les cons absolus se trouvent près des sommets quand il y a une arrivée ou un passage qui rapporte des points. Il faut croire que l’altitude accroît la dégénérescence des neurones. D’ailleurs, c’est prouvé depuis longtemps puisque, autrefois, on avait remarqué que ceux qui vivaient près des crêtes étaient souvent déficients mentaux ou atteints de tares. On appelait donc ces malheureux des « crétins ». Je suppose que, aujourd’hui, c’est le brusque changement d’altitude, augmenté par le manque d’usage de certaines parties du cerveau qui provoquent ces comportements inconscients et dangereux pour les coureurs.

 

Ce qui me frappe, ce sont tous ces drapeaux. Je ne fais pas trop attention à ceux des pays voisins ni à ceux des régions ; principalement la Bretagne qui a vu naître Barguil, justement. Ce qui me stupéfie, ce sont les drapeaux de pays plus lointains. Ainsi, j’ai pu reconnaître ceux de la Tchéquie, de la Russie (ou de la Slovénie puisqu’il y a un coureur slovène), de la Sardaigne (pour encourager Uran), du Pays de Galles, de l’Écosse, du Danemark, de la Norvège, de la Finlande. Partout, je retrouve l’ikurrina, signalant la présence de spectateurs basques. Il y en a partout, surtout dans les étapes de montagne. Ils aiment la France bien qu’on ait tout fait pour leur faire détester ce pays voisin du leur. Le plus épatant, c’est encore de voir des drapeaux colombiens, des États-Unis, d’Afrique du Sud, du Japon, d’Australie, de Nouvelle-Zélande. On ne vient plus des antipodes seulement pour retrouver une ambiance de ski familiale comme à La Grave mais aussi pour applaudir des coureurs de là-bas, perdus sur les routes de France. Incroyable ! Sans doute un gros effort d’investissement. Peut-être le voyage de toute une vie. Le mercantilisme qui a pris le dessus du Tour de France me débecte mais quand même, il y a ça aussi.

 

Parlant de dégoût, parlons du dopage. Il n’en n’a pas été question. Tant mieux, le Tour semble apaisé et l’on peu s’intéresser à nouveau au sport, proprement dit. En fait, on n’en parle pas parce que, peut-être, le dopage est intégré à la préparation. Il y a exactement 15 ans, dans l’édition de 13 h du journal d’Inter, en partenariat avec « Science & Avenir », il y avait eu un long sujet sur la question et la conclusion était que, à l’avenir (aujourd’hui, donc), l’organisme fabriquerait lui-même la substance dopante et donc indétectable. Et puis, parlant des commentateurs, comment leur faire confiance quand ils se sont pâmés pendant des années sur les exploits des Virenque et des Armstrong avant de prendre des airs de biches effarouchées lorsqu’il n’était plus possible de tricher ? Comment faire confiance à ceux qui embauchent Virenque comme consultant tout en refusant d’inviter Ulrich au départ du Tour dans son pays ? Après Dom Juan, je dirai que l’hypocrisie est toujours un vice à la mode. À l’époque d’Armstrong, il ne fallait pas dire qu’il était dopé. Il fallait, au contraire, admirer la performance d’un coureur qui avait vaincu une terrible maladie, le cancer. Et c’était vrai. Aujourd’hui, on apprend que, dans l’équipe emmenée par Froome, il y a quatre asthmatiques (dont Froome lui-même) qui, à ce titre, ont le droit de prendre certaines substances pour se soigner. On est donc prié d’admirer ces malheureux poitrinaires qui ont à cœur de se battre contre la maladie et vont jusqu’à gagner le Tour de France. Un jour, peut-être, les mêmes nous diront que Froome était chargé et que ces quatre victoires sont sans valeur. On peut même penser que si un Thomas Voekler – dont c’était le dernier Tour – n’est jamais monté sur le podium, c’est parce qu’il n’a pas osé se doper comme d’autres. Comment un humain, même bien entraîné, pourrait effectuer 3500 km à une moyenne de 40 km/h en trois semaines, compte-tenu qu’il y a de nombreuses et longues côtes et qu’il fait très chaud ?

Armstrong noir ou blanc

Je remarque, à côté des drapeaux des spectateurs, des banderoles publicitaires apposées sur les auto-caravanes des spectateurs, parfois postées depuis la veille. Je suppose qu’ils sont payés pour. Comment ça se passe ? Les marques ou des régies passent-elles avant pour leur proposer un décor sur le blanc de la carrosserie ? Prennent-ils contact avec une régie avant le départ ? Il y en a même qui ont de la publicité sur le toit, sachant qu’il y a des images prises de l’hélicoptère. Cette pub imprévue ne semble pas choquer les organisateurs autrement plus en colère contre les syndicats qui peignaient sur la route les lettres de leurs sigles. On y a mis bon ordre ! Non mais. Mais quand c’est de la pub, alors, même subrepticement, on laisse passer. Un peu plus, un peu moins…

La pub ne sait plus comment s’immiscer. Pendant le Tour, on a appris que le CSA autorise TF 1 (et donc les autres chaînes privées) à passer de la pub pendant le journal télévisé. On se répand sur la lassitude des télé spectateurs, il n’en faut pas trop sinon il vont aller regarder le JT ailleurs. La bonne blague ! Il y a 30 ans, on disait ça aussi pour les films. On s’y est fait et maintenant, il y a deux coupures publicitaires sans compter la coupure pour la promotion interne destinée à nous préparer à la pub pour le jour où. Ceux qui regardent TF 1 ne sont pas hostiles à la pub, au contraire. C’est distrayant et ça dure pas trop longtemps. Au milieu du journal télévisé, ça permettra de ne pas trop réfléchir à la gravité des sujets abordés avant. Justement, il est déconseillé de réfléchir.

 

Donc, la pub s’insinue partout. À l’étape de Marseille, on constate que le départ et l’arrivée se déroulent dans l’ancien et mythique « Stade-Vélodrome ». Fort bien. Seulement, l’enceinte rénovée plusieurs fois au cours des dernières années (la dernière fois en 1998 pour le Mondial) n’a plus, depuis 1971 (si le commentateur culturel ne s’est pas trompé encore une fois) de piste de vélo. On a donc aménagé deux courbes : l’une pour le départ, l’autre pour l’arrivée. Pas mal. Ça oblige donc les commentateurs à préciser où ils se trouvent selon qu’un coureur part ou arrive. Et de citer le nouveau nom commercial du stade. Plus question de dire «le Stade-Vélodrome » ! Un journaliste qui l’a dit s’est aussitôt repris : « on a gardé des mauvaises habitudes ». Incroyable ! La mauvaise habitude, c’est de nommer un stade d’après son nom courant et, en l’occurrence, historique. La bonne habitude, c’est l’appeler par la marque en question. Dans d’autres circonstances, on appellerait ça de l’autocensure et du conditionnement. Comme c’est pour la bonne cause publicitaire, on dira que c’est l’appellation sans marque qui est mauvaise et à bannir.

tour 57

Dans notre travail de critique des médias, signalons aussi le contraste entre les commentaires qui faisaient état d’une foule le long du parcours ainsi que dans l’enceinte du stade et les images. On voyait nettement, que le Stade-Vélodrome n’était même pas rempli à moitié et que, le long du parcours, il n’y avait personne, à l’exception de la montée et, dans une moindre mesure, du Vieux-Port. Quel contraste avec les arrivées du Tour de France dans l’ancien Parc des Princes de Paris, toujours bondé et ne parlons pas de l’arrivée à la Cipale, beaucoup plus petite. On en vient à se dire qu’il ne faut, décidément, pas se fier aux commentaires.

Remarquons aussi que le Mucem a été plusieurs fois montré. On a pu constater l’échec monumental de ce lieu. Non seulement, il n’accueille pas beaucoup de visiteurs mais les abords sont déserts. Quand on se souvient comme ça grouillait de monde aux abords du J4 autrefois… Un jour de fête comme le passage du Tour, il aurait dû y avoir, au moins des gens appuyés sur les barrières. Les images sont formelles : personne.

Sinon, l’étape de Marseille est spectaculaire : une course contre la montre avec un dénivelé inattendu et une pente de 9 % vers la Bonne-Mère qui veille sur tous les Marseillais et tous ceux qui ont un attache avec cette ville. Une ville dont on a pu constater qu’elle recèle nombre de merveilles.

Et puis, coup de chapeau à l’ami Denis Cheissoux. https://www.franceinter.fr/emissions/un-tour-en-france

Tous les matins, sur Inter, en lieu et place du pitre de service (avant 9h), il présente l’étape du jour avec force détails et, toujours, un petit reportage maison pour illustrer un moment fort. Avec Denis Cheissoux, l’érudition le dispute à l’humour, le vrai, l’humour fin qui égratigne et fait réfléchir et qui laisse une délicieuse impression. Pour sa dernière, Denis Cheissoux a rappelé que l’arrivée du Tour sur les Champs-Elysées est une idée d’Yves Mourousi alors que personne ne l’a mentionné à l’occasion du centenaire du Tour. Mourousi ? C’est une marque de quoi ?

 galibier

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