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Avant tout,il faut rappeler que les Catalans sont détestés voire méprisés par le reste de l’Espagne. Les Catalans sont des marchands et donc, ils sont vus comme des gens qui aiment l’argent parce qu’ils ont de l’argent. En Espagne, les blagues sur la radinerie (car on assimile possession et radinerie) des Écossais, des Auvergnats ou des Juifs sont transposées avec des personnages catalans. La Catalogne est née des comptoirs phéniciens et a gardé cette tradition maritime et marchande. Elle regarde vers le large et de l’autre côté des montagnes quand le reste de l’Espagne – Pays-Basque excepté – se replie vers l’intérieur des terres et vit comme dans une forteresse assiégée. Ça n’est pas pour rien si la principale constituante du royaume est la Castille dont le nom signifie « terre de châteaux ». Le Castillan, l’Espagnol par extension, méprise l’argent et le travail. Il ne rêve que de batailles et de se mesurer à la force de l’ennemi où il espère vaincre ou, à défaut, périr. Tout le contraire du Catalan qui n’aspire qu’à vivre et à profiter de l’argent que lui procure son travail. La Catalogne est riche. Ça ne poserait pas de problème si la Catalogne n’avait pas été riche quand le reste de l’Espagne – Pays-Basque excepté – était pauvre après avoir épuisé tout l’or du Pérou. On est toujours jaloux du succès du voisin, surtout si c’est son mode de vie différent qui en est responsable. La Catalogne et le Pays-Basque s’industrialisaient dès la fin du 19e siècle quand le reste de l’Espagne – région de Madrid exceptée – était rural. La division a été soulignée lors de la guerre civile qui opposait l’Espagne traditionnelle, exacerbée dans le nationalisme et l’Espagne moderne et républicaine. L’adhésion de 1986, couronnée en 1992, par le double succès des Jeux Olympiques de Barcelone et de l’Exposition Universelle de Séville, a marqué la réunification de l’Espagne et son entrée dans l’ère moderne. Pourtant, tout le monde savait que l’unité n’était qu’une façade. Il suffit de voir la haine entre les clubs de football pour s’en faire une idée, au point que, en sélection nationale, les joueurs issus de clubs (donc de villes et de régions) différents ne se font pas de passes. Les Catalans n’ont jamais renoncé à l’indépendance. Mieux, le catalanisme s’est développé une fois l’obstacle du franquisme tombé et la société apaisée. Pas de violence ni de séparatisme comme au Pays-Basque mais une constante dans la détermination et la mise en place progressive des conditions nécessaires à l’indépendance.

 

C’est dans ce contexte, où il faut ajouter l’hostilité du gouvernement de droite espagnol et l’émergence de forces politiques nouvelles, que la Généralité de Catalogne a appelé le peuple à se prononcer. Au lieu d’attendre et de voir, le Gouvernement espagnol a choisi l’épreuve de force tout comme les pays en voie de développement affolés à l’idée qu’une partie de ce qu’ils considèrent comme « leur territoire » ne leur échappe et se débrouille mieux sans eux. Pourtant, quel était le risque ? Au Québec, où la situation est autrement plus dramatique, où les Canadiens francophones ont dû signer des capitulations humiliantes, les différents référendums sur l’indépendance se sont toujours traduit par la volonté du peuple de demeurer dans l’ensemble. Néanmoins, à chaque fois, le pouvoir central a dû concéder de nouveaux droits à la Province sécessionniste. À chaque nouveau scrutin, la proportion favorable à l’indépendance est plus grande mais toujours minoritaire. Tout comme la Catalogne avec le reste de l’Espagne – Pays-Basque excepté – le Québec est la Province la plus riche du Canada avec l’Ontario voisin où se trouve la capitale fédérale. En Écosse, plus récemment, le référendum a clairement montré l’attachement du peuple au Royaume-Uni. L’Écosse pourrait compter sur le pétrole de la mer du Nord. Pour autant, ni Ottawa ni Londres n’a lancé les forces de l’ordre avec l’équipement lourd pour empêcher la tenue d’un référendum.

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La manifestation des Catalans opposés à l’indépendance a montré clairement que si le Gouvernement espagnol avait laissé le référendum se tenir, il y aurait probablement eu une légère majorité défavorable à l’indépendance. Observons, au passage, que le nombre de manifestants n’a pas fait l’objet de l’habituelle querelle entre le nombre exagéré par les organisateurs et le nombre minimisé par la police. Observons surtout que les médias français ont pris le nombre fourni par la presse espagnole, hostile à l’indépendance, comme vrai sans même poser la question de la fiabilité. Comme quoi, la servilité est bien répandue de chaque côté des Pyrénées. Déplorons, encore une fois, l’ignorance crasse des commentateurs qui ont insisté sur les drapeaux rouge et jaune qui ont flotté sur la manifestation de Madrid. Quelle idiotie ! Le drapeau catalan est aussi rouge et jaune, donc les manifestations des catalanistes donnent aussi lieu à une débauche de rouge et de jaune ou, pour employer l’expression locale : « sang et or ». Ça n’est pas anodin puisque ce sont eux qui nous expliquent la situation et nous disent ce qu’il convient d’en penser.

 

L’Espagne vient de prouver qu’il s’en faut de peu pour qu’elle retrouve les vieux réflexes d’autrefois. Le conflit se règle par les armes. Le Président du Conseil, M. Rajoy ne sait répondre autrement que par des fins de non recevoir à toute idée de discussion puisque, selon lui, le seul fait de s’entretenir avec un représentant de la Généralité catalane vaut reconnaissance. Tout comme Franco qui avait l’art de se faire passer pour l’agressé, le menacé, pour justifier ses exactions, M. Rajoy se dit victime de chantage, de tentative de coup d’État. Lui aussi lance la police et la garde-civile, de sinistre mémoire. Même si l’uniforme a quelque peu changé, si le bicorne a été abandonné depuis des lustres, sa mobilisation en Catalogne ravive des souvenirs. Il n’est pas dans nos habitudes de crier au fascisme quand un Gouvernement use de la méthode forte. Malheureusement, dans la cas présent, on a vu des Espagnols se revendiquer de Franco, donnant ainsi raison aux catalanistes qui assimilent les adversaires de l’indépendance aux fascistes.

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/independance-de-la-catalogne-le-president-n-a-pas-precise-un-delai-parce-que-cela-aurait-ete-du-chantage_2413655.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171011-[lestitres-colgauche/titre2]

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/foot-l-espanyol-barcelone-ce-club-bouc-emissaire-des-independantistes-catalans-qui-vit-dans-l-ombre-du-barca_2414183.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171012-[lestitres-coldroite/titre1]

 

Dans cette crise catalane, il est également ahurissant que l’Europe soit à ce point absente. Les silence est étourdissant. Quand il est quelque peu rompu, c’est pour emboîter le pas du Président Macron et recommander de se tenir à l’écart. Les Catalans sont infantilisés et donc, pas question de leur donner une quelconque importance en écoutant quelque peu ce qu’ils ont à dire. S’il fallait écouter le peuple… Le plus ahurissant, c’est que personne, ni parmi les dirigeants (européens ou ibériques), ni parmi les commentateurs et les spécialistes, n’a seulement songé à saisir le Conseil de l’Europe dont c’est pourtant une des fonctions. Il est vrai que le Conseil de l’Europe a été dépossédé de tout par l’UE qui lui a pris son drapeau, son hymne, son siège du Parlement à Strasbourg. Pis, depuis 1993, l’UE ambitionne d’avoir aussi un rôle politique. Dès lors, il ne reste plus rien au Conseil de l’Europe. La crise catalane pourrait lui redonner quelque importance.

Au sein des institution européennes, que fait le Parlement ? Est-ce qu’un débat a été demandé ? L’UE et ses États membres parient sur le pourrissement de la situation. Si le conflit s’envenime, il sera temps de déplorer les victimes tout en approuvant la fermeté d’un membre important. Les victimes rejoindront les autres dans « les poubelles de l’Histoire ».

Bravant le soutien aveugle au Gouvernement de Madrid, le Président du Conseil européen, M. Tusk, en appelle au dialogue, refusé par tous pour ne pas donner l’impression que le Président de la Généralité catalane est l’égal du Président du Gouvernement espagnol. C’est dire si c’est tordu !

http://www.lesoir.be/118600/article/2017-10-10/catalogne-tusk-demande-puigdemont-deviter-une-decision-qui-rendrait-le-dialogue#

Observons que les liens relatifs à l’intervention du Président Tusk auprès du Président catalan proviennent de sites d’information étrangers. Ça en dit long sur la perception des velléités d’autodétermination par les médias français.

 

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Sur le fond, le catalanisme n’est pas forcément le projet le plus généreux qui soit. Jusqu’à présent, il a surtout contribué à imposer le catalan comme seule langue acceptable à l’instar des provinces néerlandophones de Belgique qui ont exclu le français de toute information officielle. Si, autrefois, les Catalans avaient la délicatesse de s’exprimer en espagnol avec les étrangers, il y a longtemps que ça n’est plus le cas et qu’ils forcent tout le monde à comprendre le catalan. (Ne parlons pas des Valenciens qui prétendent même avoir une langue à part et vouloir l’imposer à tous ceux qui séjournent chez eux mais le Pays Valencien ne fait pas partie de la Catalogne autonome). Heureusement, le catalan est proche du castillan et du français, ce qui le rend compréhensible mais il reste toujours des morceaux de phrases incompréhensibles. Le but est, bien sûr, de faire comprendre à tout le monde que la Catalogne n’est pas l’Espagne et, sans doute, que les Espagnols ne sont pas les bienvenus. Le nationalisme est toujours ambigu selon qu’il s’agit du nationalisme d’un État-nation installé ou celui d’une région revendiquant son indépendance. Dans le premier cas, il est systématiquement (ou presque si l’on excepte l’Urss d’autrefois et ses alliées) assimilé au fascisme qui était lui-même nationaliste. Dans le deuxième cas, au contraire, il est perçu comme progressiste ; ne serait-ce que parce qu’il combat un État central capitaliste. Seulement, à y regarder de plus près, le nationalisme des régions tient un discours d’exclusion de l’autre qui parait quand même assez dangereux quand bien même on reconnaît légitimes un certain nombre de revendications.

 

Depuis la manifestation de Madrid, depuis la manifestation des anti-indépendantistes de Barcelone, depuis, surtout, les violences policières insensées à l’endroit des électeurs se rendant aux urnes pour le fameux référendum, le Président de la Généralité, M. Carles Puigdemont, est en mauvaise posture. Lui qui avait cru malin de provoquer en organisant ce référendum, il se montre hésitant au moment où il faudrait, au contraire être déterminé. Peut-on lui en vouloir ? Il ne s’attendait sûrement pas à un tel déploiement de forces de l’ordre pour empêcher la tenue du référendum. Il ne s’attendait pas à ce que le Gouvernement de Madrid saisisse le matériel pour l’élection et ferme les bâtiments où il devait se dérouler. Il s’attendait à ce que ça ne plaise pas au Président du Conseil espagnol et à la plupart des Espagnols. Il prévoyait un bras de fer mais certainement pas une telle disproportion entre une pratique démocratique élémentaire et la répression qui a suivi. Devait-il proclamer l’indépendance avec effet immédiat ? Ça n’aurait pas manqué de provoquer de nouvelles violences et le sang aurait probablement coulé. Vu le traitement par les médias des récents événements en Catalogne, il aurait été tenu pour responsable et l’on aurait fait peu de cas des victimes catalanes.

http://www.20minutes.fr/monde/2148707-20171011-independance-catalogne-jouant-montre-puigdemont-satisfait-personne#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_monde]--

Il faut rappeler le contexte du Gouvernement de M. Rajoy mal élu et enchaînant les crises politiques. Il agit depuis le début dans l’instabilité, dans l’incertitude de pouvoir mettre en place sa politique. Il multiplie les maladresses et c’est ce qui a exaspéré la Généralité de Catalogne qui a besoin de stabilité. La montée de forces politiques nouvelles comme « Podemos », les division dans son propre parti, achèvent de fragiliser un gouvernement mal installé. Comme tous les pouvoir aux abois, M. Rajoy se voit offrir une planche de salut inespérée en hurlant à la partition du pays et à la menace pour l’intégrité nationale. Rien de tel qu’une menace extérieure ou un désordre intérieur pour renforcer le sentiment d’unité nationale autour de son chef. Il ne l’a peut-être pas encore dit en ces termes mais il rappelle que l’Espagne est « une, grande et libre » ; ce qui ne laisse rien présager de bon.

 

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