Ça devient une obsession mais force est de constater que l’influence de M. Bouteiller quand il était directeur de France-Inter a profondément marqué la Maison ronde. Lors d’un échange entre Kathleen Évin et son prédécesseur au micro, Gérard Lefort, on apprenait qu’ils avaient eu « tous les deux le même maître » et qu’il leur avait appris à « écrire tout ce qu’ils disent à l’antenne ». Autrefois, cette pratique était plutôt mal vue et attribuée à des confrères sinon hésitants du moins pas encore assez surs d’eux. Sous entendu : ils avaient encore des progrès à faire. Visiblement, aujourd’hui, tout est écrit depuis « Aujourd’hui, mon invité est ... » jusqu’à « Demain, je reçois... ».

On en est arrivé, ces derniers jours à une telle lecture qu’on a pu entendre : « … compte (silence) rendu de... ». Et il ne s’agissait pas d’une énième chronique dont l’exercice implique la lecture de son petit bout de papier. Si encore ça donnait lieu à une langue artificielle, correcte, bien tournée mais non, ça n’empêche aucune faute de français et la langue entendue sur Inter est plus relâchée que jamais. Et en plus, l’animateur lit son papier…

Parlons des chroniques, justement et notamment de « l’humour ». On sait notre méfiance envers ces humoristes auto-proclamés qui ont l’art de ringardiser quelque chose et de tourner en ridicule les souffrances véritables et quotidiennes de nombre de personnes dont la vie n’est pas aussi agréable que la leur. Quoi de plus efficace pour faire avaler la suppression de la démocratie de proximité que de se moquer du soi-disant « mille-feuilles territorial » ? Quoi de plus efficace pour faire accepter le non remboursement de toujours plus de médicaments qu’un humoriste qui va dénoncer les hypocondriaques, se moquer de ces Français qui consomment vraiment trop de médicaments. Ça évite de demander pourquoi cette consommation. Ce qu’un ministre n’arrive pas à obtenir, un humoriste y parvient en quelques rigolades forcées. Nous avons déjà dénoncé ces chroniqueurs et autres humoristes qui tirent sur les ambulances, attirent l’attention sur une personne et, plus grave, nous disent comment ils comprennent un événement et ce qu’il est convenable d’en penser. Également, nous avons dénoncé la facilité consistant à dézinguer l’invité de la matinale, devant lui, sachant qu’il serait maladroit répliquer : c’est de l’humour, n’est-ce pas ? En ce début de saison, la tendance lourde, dans la matinale d’Inter est à la morale. Foin de l’humour destiné à faire le contre-point de deux heures d’actualité grave ou dramatique. Maintenant, il faut faire la morale à l’auditeur. Le problème de la morale, disait Léo Ferré, c’est que c’est toujours la morale des autres et qu’on n’écoute pas la radio pour s’entendre donner des leçons et, en tout cas, pas par eux.

 

La matinale demeure la vitrine d’une station de radio. Il n’en a pas toujours été ainsi mais c’est ancré. Quand on a passé toutes ces années avec M. Cohen, on est curieux d’entendre ce qu’il fait ailleurs. En fait, il ne pourra faire guère mieux que ces prédécesseurs. La matinale d’une radio commerciale est hachée par les pages de publicité. La place dévolue à l’animateur-journaliste se limite à quelques échanges avec la speakerine et à l’annonce de la chronique ou du journal parlé. Ce n’est pas de changer d’animateur qui fera augmenter l’audience. De plus, M. Cohen doit faire avec Canteloup qui arrive pour dézinguer tout ce qui a été dit sérieusement auparavant. C’est ce qu’on lui demande de faire et c’est ça qui assure l’audience de la matinale du groupe Lagardère. Inversement, sur Inter, l’audience augmente ou se maintient au plus haut quelque soit l’animateur-journaliste puisque l’auditeur vient surtout pour ne pas entendre de publicité. M. Patrick Cohen avait fait exploser l’audience. Son départ a été salué par un ouf de soulagement un peu contradictoire. Gageons que M. Demorand ne fera pas chuter les résultats. Saluons le retour de la revue de presse à l’heure et pas quand M. Cohen avait fin d’interroger son invité. Encore une fois, ceux qui écoutent la radio le matin, s’en servent surtout comme d’une horloge. On sait l’heure qu’il est en entendant la chronique de machin et qu’il est temps d’habiller les enfants ou de faire griller ses toasts ou de finir de se raser/se maquiller. Si la revue de presse commence tantôt à 8h 31, tantôt à 34, il y a des risques.

 

Un mot sur les grèves avant de poursuivre. On est toujours étonné que certaines émissions passent et pas d’autres. Ensuite, puisque les infos et les bulletins de services (Ah, les « Inter-Service » d’autrefois!) ne passent pas, on se demande pourquoi les émissions qui demeurent ne commencent pas plus tôt. Surtout quand on sait que les animateurs font des histoires insensées quand on leur donne l’antenne avec une minute ou deux de retard. Comprenne qui pourra.

 

La revue de la presse, donc. Qu’est-ce qui justifie l’arrivée d’une voix extérieure et, particulièrement, celle d’un journaliste impliqué autrefois dans des polémiques ? N’y a-t-il pas assez de talents dans la rédaction pour s’atteler à la tâche ? D’autant que, si M. Askolovitch l’accomplit correctement, il n’excelle pas non plus dans l’exercice. Constatons aussi que, la revue de la presse quotidienne ressemble, de plus en plus, à une sélection d’articles traitant de sujets différents et, quelques fois, originaux. Autrefois, celui qui faisait la revue de la presse – y compris celle très courte des journaux du soir à 15 h – montrait comment un même sujet était traité par les différents titres. On comprend mal l’arrivée de personnalités extérieures sur Inter, station qu’on qualifie de « service public ». Déjà, on avait vu M. Marc Fauvel prendre la direction du service politique pour, finalement, un an après, la céder à un journaliste maison et prendre les rênes du journal de 8 heures. Tout ça pour ça ? On pourrait penser qu’une « radio de service public » se comporte autrement, forme ses propres journalistes et montre que des quasi inconnus font aussi bien que les vedettes des radios commerciales et attirent autant d’audience sinon plus. Inter participe désormais au « mercato », diffuse de la publicité de marque. Où est la différence ? Quand Inter fera tout comme les autres, les auditeurs iront écouter ailleurs.