C’est le moment du traditionnel point sur les nouveaux programmes des radios généralistes et notamment d’Inter. Il faut laisser du temps pour que des émissions s’installent et il n’est pas bon de monter au créneau dès l’annonce de la nouvelle grille.

 

Pour ceux qui ne liront pas jusqu’au bout, traitons d’abord de la question la plus importante, à nos yeux (ou plutôt à nos oreilles), à savoir la publicité sur Inter. Rappel des faits, le nouveau PDG, M. Mathieu Gallet, a décidé, peu après sa prise de fonction d’ouvrir les tranches publicitaires aux marques commerciales. Jusqu’à présent, sur France-Inter, seule la publicité pour un type de produit (la chicorée par exemple), pour les assurances, les entreprises d’État (EDF, GDF, SNCF etc.), les ONG et associations et quelques rares autres cas passaient à l’antenne. La présidence de Radio-France a fait savoir, dès le début, que ça n’impacterait pas le temps dévolu à la publicité. Par conséquent, on se demande bien pourquoi on ouvre aux marques commerciales puisque le volume publicitaire ainsi que les rentrées financières ne bougent pas. On comprend facilement que le but n’étant pas de faire rentrer davantage d’argent dans les caisses de Radio-France, il s’agit d’habituer les auditeurs au matraquage des marques pour le jour où il faudra augmenter le temps d’antenne dévolu à la publicité. Ce jour approche puisque, chaque année ou presque, l’État annonce qu’il se désengage un peu plus de l’audiovisuel. Le plus fort, c’est que, présenté de cette façon, on est sûr que tout le monde va gober. Rien de pire que l’emprise de l’État quelque part, n’est-ce pas ? La publicité, au contraire, garantit l’indépendance. Voir ! Quand on entend le nombre de publicités pour les voitures et, particulièrement, les grosses berlines allemandes, on se demande si, à présent, un journaliste pourra faire une critique objective d’une voiture quelconque, sachant qu’il priverait, potentiellement, son employeur de recettes publicitaires. D’ailleurs, ça tombe très bien puisque le journaliste préposé à l’automobile en général et qui essayait les nouveaux modèles, M. Astagneau, vient justement de partir en retraite. Donc, plus de chronique automobile. Gageons que sa chronique aurait disparu, de toute façon. Les deux dernières années, il devait partager son temps d’antenne avec son confrère, M. Martin, chargé des motos. On commence par diminuer le temps d’antenne avant de supprimer carrément. Rappelons aussi que, la première marque apparue sur Inter était, justement, Citroën et que le passage de cette pub avait fait place à un silence interloqué : eh oui, maintenant, il y a de la publicité sur Inter comme ailleurs. C’est sans doute ce qu’on appelle le progrès.

 

On n’y avait pas prêté attention à l’époque mais, quelques mois avant, des ballons d’essais avaient été lancés ; histoire de voir. On pouvait entendre des pubs pour une marque de chaussures vendues par correspondance. Comme personne n’a réagi, on pouvait donc passer à la vitesse supérieure. On nous a promis aussi qu’il n’y aurait pas de publicité pour les magasins et pour des promotions. Ah bon ? Que vient faire, par exemple et depuis le début, cette enseigne de meubles à monter soi-même ? N’est-ce pas une promotion quand on annonce que « en ce moment, le modèle tout équipé ne coûte que... » ? On commence à entendre une marque de shampoing. Une enseigne de la grande distribution multiplie les astuces pour contourner l’impossibilité, pour le moment, de faire directement de la pub ou de parrainer la météo. Sous prétexte d’une démarche écologique incontestable, on indique qu’il faut passer au magasin pour la finaliser. Ainsi, viendra le jour où la direction d’Inter nous annoncera qu’il est temps de mettre fin à l’hypocrisie et d’ouvrir carrément l’antenne à la grande distribution. Dès lors, est-ce que les rédactions de Radio-France pourront encore dénoncer les pratiques abusives de la grande distribution ?

Le seul point positif de cette ouverture à la pub, c’est l’annonce des parutions de livres ou la sortie des films.