Côté programmes. Rien de révolutionnaire : c’est le triomphe du macronisme dans tous les secteurs de la société. Question : est-ce que le macronisme est une conséquence de la résignation et de la servitude volontaire ou bien, est-ce qu’il en est la cause en ce sens qu’il induit une acceptation de tout ce qui est imposé par les décideurs ?

Sur Inter, la grande affaire aura été le départ de M. Patrick Cohen pour Europe 1, station qui a autrefois révolutionné la radio mais qui cherche sa place entre la populaire RTL et l’élitiste Inter. Europe 1 qui, comme les autres généralistes, voit son auditoire vieillir et qui n’attire que les déçus (provisoires) des deux autres. Les animateurs et journalistes vedettes ne s’y précipitent plus. M. Chritophe Hondelatte vient de la rejoindre mais on entend qu’il n’a plus la pèche d’il y a quelques années quand il avait plein d’idées pour bousculer un peu le ronron des antennes. Il laisse la place à M. Frédéric Taddeï qui anime d’abord un débat puis « la partie magazine ». Ça fait drôle d’entendre à nouveau cette expression pour un tranche d’information. C’était le grand Yves Mourousi qui avait repris « Inter-Actualités » mais avec « la partie magazine ». C’est comme ça qu’il s’est fait connaître. Rien à voir avec l’éclectisme de son prestigieux prédécesseur mais avec plusieurs invités, il impulse un rythme qui fait qu’on ne voit pas le temps passer. Le vendredi, Mme Sophie Larmoyer voit ses « Carnets du monde » passer à 2 heures et l’on ne s’en plaindra pas. Il en est autrement de celle d’Inter. Mme Laure Adler anime (il faut le dire vite) une émission typique de sa station, une de ces émissions qui commencent invariablement, par : « Aujourd’hui, mon invité est... » prononcé vers les 5 minutes de chaque heure. Le problème de Mme Adler est qu’elle n’a aucune énergie, que son débit est lent, hésitant, que ses questions sont plus longues que les réponses de « mon invité » et qu’elle parle, parfois, par dessus son invité. De plus, pas moyen d’y échapper : c’est du lundi au vendredi et, le vendredi, chez les autres, c’est le foot… Qu’on nous remette d’urgence Mme Zoé Varier et ses portraits sensibles relégués à 14h le dimanche !

Heureusement pour l’auditeur, la tranche du 18-20 est un succès. Le remplacement de M. Demorand par Mme Fabienne Sintès est une réussite. Quant à l’arrivée de M. Nicolas Demorand, c’est, sans surprise, un succès tant l’animateur-journaliste s’est amélioré ces deux dernières années. On nous annonçait qu’il serait en duo avec Mme Salamé. En fait, elle est dans le studio tout le temps mais n’intervient que pour son entrevue et un petit peu à la fin. De toute façon, l’enchaînement des chroniques est tel qu’il n’y a pas de place pour blaguer entre. Il faut attendre le soir pour écouter une émission musicale, celle de M. Michka Assayas qui allie, au contraire de son mentor Bernard Lenoir, les nouveautés, les morceaux qu’on aime ré-entendre, et les musiques d’un peu partout, et pas seulement d’Angleterre. Si on lui en laisse la possibilité, ça pourra devenir un rendez-vous indispensable comme celui de M. Georges Lang, sur RTL, deux heures plus tard. C’est la seule émission musicale quotidienne qui demeure puisque « La récré » de M. Vincent Josse est passée à la trappe. Pourtant, là aussi, le programme était varié. Mais non, il préfère renouer avec son « Atelier » où il bavarde pendant deux heures avec « mon invité » sans trop bien savoir de quoi tandis que, en lieu et heure, on nous a annoncé avec tambours et trompettes l’arrivée d’un ancien (à présent) de la télévision qui innovait, à savoir M. Antoine Decaunes. Comme dit l’adage, on ne peut pas être et avoir été. C’est une nouvelle émission de parlotte qui remplace une émission musicale. M. Decaunes a tout de suite pris le pli Inter : il commence par donner son avis sur un sujet d’actualité avant la formule magique : « Aujourd’hui, mon invité est... ». Et il invite ses copains qui pensent que leur opinion mérite d’être imprimée, ils se racontent leurs anecdotes, leurs rencontres avec des amis communs. Et ça dure une heure.

 

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Un mot sur RTL qui continue à ne pas bousculer ses vieux auditeurs qui restent parce que Bouvard et « les Grosses têtes », parce que « l’empereur », parce que le « hit-parade d’André Torrent », parce que « Les routiers sont sympas de Max » et que, si ces voix se sont tues, le ton reste le même. La tranche 18-20, avec sa pub omniprésente, ne peut pas rivaliser en qualité avec celle d’Inter (pour le moment). « On refait le monde » était une idée intéressante de M. Hondelatte (on y revient) qui a été reprise en fonction du mercato de l’audiovisuel. Force est de constater que c’est, à présent, une réunion de personnalités qui ont perdu leur place ailleurs, de chevaux de retour devenus réactionnaires en vieillissant, intolérants, coupant la parole à la seule femme invitée ou au seul invité un tant soit peu de gauche. Jusqu’à la saison dernière, on pouvait passer une soirée formidable en écoutant « La curiosité... » mais cette émission a été scindée. Une partie passe en début d’après-midi tandis que l’autre commence à 21 heures. C’est le grand n’importe quoi. En lieu et place, quelqu’un qui a été un grand animateur de radio, M. Jacques Pradel, raconte un crime. Pas sûr que ce soit le meilleur créneau pour ce genre.

Le coup de cœur de la rentrée est pour Mme Giulia Foïs et son émission « Babel sur Seine », le samedi à 20 heures. On l’avait entendue cet été et on la retrouve avec plaisir. Une de ces émissions de création qui manquent tant, une de ces émissions où les rubriques sont variées, distrayantes, instructives. Elle appelle un correspondant dans un coin du monde inattendu et original. Il y a toujours un plat qui mijote et le talent de l’animatrice fait qu’on a l’impression de sentir l’odeur. En attendant que ça cuise, les artistes se produisent en direct et sans chichi, parlent de leur travail sans nous ennuyer avec leurs intentions, leurs concepts (« j’ai voulu faire… », « j’ai beaucoup travaillé sur cet album », « pour ça, j’ai rencontré les meilleurs artistes newyorkais... ») mais en rigolant. Pourvu que ça dure !