La Catalogne est indépendante. Le Président de la Généralité l’a proclamé après de longues heures de débat au Parlement autonome. À peu près au même moment, le Gouvernement de Madrid se réunit pour adopter la réplique à apporter. Quelle peut être ?

Generalitat_11-09-06

Le Président du Conseil espagnol, le sieur Rajoy, n’a pas d’autre issue, à présent, après avoir fermé tout dialogue avec la Catalogne, que la force. Après avoir suspendu les principaux dirigeants catalans, tels que le Président de la Catalogne, le commandant de la police autonome, l’ensemble du Parlement et du Gouvernement catalans, les hauts-fonctionnaires de l’administration autonome et d’autres personnalités symbolique, il lancera la police nationale et la garde civile pour mater les manifestations de rues à Barcelone et dans d’autres villes catalanes. Comme ça ne fera qu’attiser les tentions, il faudra mobiliser la troupe. Le propre des militaires est d’obéir aux ordres donnés par les civils et transmis par les officiers supérieurs. Ils auront d’autant moins d’états d’âme qu’il s’agira de taper sur des Catalans. Depuis le temps qu’ils en rêvaient.

Ce qui est stupéfiant, c’est d’entendre le calme des commentateurs français qui considèrent la crise catalane comme une crise d’adolescence et qui reprennent au mot près, toute la phraséologie espagnoliste du gouvernement espagnol. Ils rappellent les décisions de justice qui invalident le référendum catalan et toutes les mesures prises par la Généralité depuis quelques semaines. Pour eux, les catalanistes sont dans l’illégalité et c’est logiquement que le Gouvernement espagnol punit les contrevenants. Imaginons que Louis XVI ait grondé les insurgés du 14 juillet en leur demandant de bien vouloir rentrer chez eux car il était interdit de manifester dans la rue et de vouloir renverser la monarchie, qu’il ait déclaré illégale la Constituante puis ait destitué Robespierre. Il est bien évident qu’aucun gouvernement ne va accepter qu’une partie du territoire proclame son indépendance, quelle que soit la manière. Les dirigeants catalans ont voulu organiser un référendum. Il est piquant de voir que le pays qui a donné au référendum ses lettres de noblesse monte en première ligne pour condamner les initiatives catalanes et se conforme à la ligne de Madrid sans le moindre appel au dialogue. Quoi qu’il en soit, le Gouvernement espagnol n’a même pas voulu que se tienne le référendum alors même que le résultat aurait probablement entériné l’attachement de la Catalogne au Royaume. En se montrant ferme pour rassembler son électorat et faire l’unité autour de lui, M. Rajoy a envenimé les choses et portera la responsabilité de ce qui va arriver à présent.

L’Espagne n’acceptera jamais de céder le moindre carré de ce qu’elle considère comme partie intégrante de son royaume. Il faut se rappeler les procédures intentées par la couronne espagnole pour récupérer des territoires minuscules ici ou là, pour récupérer des trésors coulés en eaux internationales au XVIe siècle, pour récupérer même des cargaisons d’esclaves affranchis... Ça n’est pas le fait des seules élites politiques ou de la famille royale ou de quelques nostalgiques de l’empire de Charles Quint. Le peuple espagnol n’est pas en reste et, par exemple, revendique pour l’Espagne, la totalité du golfe de Gascogne dont la moitié est injustement occupée par la France. Cette mentalité consistant à convoiter les terres et les eaux voisines, a fait des émules dans toute l’Amérique latine où les conflits frontaliers sont nombreux, provisoirement mis sous le boisseau mais surgissent au moindre incident. Donc, l’Espagne ne cédera jamais la Catalogne.

 

Les Catalans n’ont rien à attendre de personne. Ils ont beau montrer, depuis toujours, leur attachement aux valeurs partagées par les grandes démocraties européennes et américaines, ils ont beau afficher leur républicanisme, leur esprit d’ouverture, ils ne seront pas soutenu par les Français qui ont pourtant inventé la république moderne. Ils ne seront donc soutenus par personne. On aime les indépendantistes quand ils sont opprimés, quand ils ont un long passé de répression, des morts, des représentants forts en gueule. On n’aime pas ces Catalans qui vivent bien et qui veulent se séparer d’un pays devenu à la mode.

 

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