C’est parti pour 6 pages dactylographiées soient un peu moins de 20 feuillets…et sans image.

Bon courage !

 

Depuis quelques semaines, la langue française fait l’objet d’attentions auxquelles elle n’était pas habituée. En fait, il s’agit de faire acter la place féminine dans la langue et mettre fin à la sacro-sainte règle du « masculin qui l’emporte sur le féminin ». Dans cette affaire, on omet surtout de rappeler le principe d’économie en langue et la simplification qui est imposée par l’usage. Il s’agit, en l’occurrence, de tout rassembler au pluriel, chaque fois que c’est possible. Ensuite, il s’agit de trouver une formule simple, voire simpliste, pour mémoriser la règle facilement. Avec la mode du « politiquement correct » qui complexifie tout, la simplification n’est plus de mise. Il convient de n’oublier personne et, sûrement pas la moitié de l’humanité.

Sauf que le genre féminin ne se rapporte pas seulement aux femmes mais à tout ce que l’usage a voulu féminin et d’une manière tout à fait arbitraire, d’ailleurs. Pourquoi une table doit-elle être féminin ? Et que dire de la girafe ? On sait la confusion qui existe chez la plupart des gens avec des animaux de la même espèce tels que la pie et le corbeau ou la grenouille et le crapaud, souvent perçus comme femelle et mâle d’un même animal.

Donc, les émissions se multiplient, les positions se prennent, et l’on est prié d’avoir un avis sur la question. Après tout, tout le monde est passé à l’école et a été confronté au genre et au nombre. Sauf que ça fait bien longtemps que l’analyse grammaticale n’est plus d’actualité ; du moins telle qu’on la pratiquait autrefois. Sauf que l’orthographe fait l’objet d’exercices de plus en plus éloignés de la terrible dictée et que nombre de tolérances se sont greffées sur les exercices. Mais non, on en est resté aux clichés du maître impitoyable avec sa blouse grise et des punitions humiliantes. Avec eux, c’est tout le cortège des règles de grammaire qui emboîte le pas. Or, on a assez dit et répété que la grammaire ne fait plus l’objet, depuis au moins 1996, de cours spécifiques. On a assez glosé sur son remplacement par « l’observation de la langue ».

Parmi les émission, nous avons écouté « Le téléphone sonne » du 2 novembre 2017 https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-02-novembre-2017

Les invités en étaient Mme Éliane Viennot et M. Bernard Pivot présenté comme Président de l’Académie Goncourt mais surtout connu pour avoir animé une émission culte, à savoir « Apostrophes » à partir de 1975 des années. Heureuse époque où l’on pouvoir regarder des émission intéressantes dès 21 h 35 sans avoir à se coucher à minuit. M. Pivot avait pris position, en 1990, contre la réforme de l’orthographe consistant à simplifier quelques mots et quelques mots-composés. Rien de révolutionnaire mais, de Mitterrand, enfant de l’école laïque et obligatoire, pétri de belles lettres, à Frédéric Dard, tous ceux qui ont pris la parole à ce moment-là étaient contre. Frédéric Dard reconnaissait pourtant qu’il était nul en orthographe à l’école. Comprenne qui pourra ou qui voudra.

 

Dans cette affaire, on a glissé sur le champ idéologique en culpabilisant ceux qui seraient contre cette complication de l’orthographe destinée à valoriser l’élément féminin. Comme il fallait des arguments, on est allé en chercher dans l’évolution de la langue en pratiquant, comme il fallait s’y attendre des amalgames. C’est l’habitude chez ceux qui s’accommodent de l’impérialisme de l’invasion des mots anglo-américains en prétendant qu’il y a plus de mots français dans le monde anglo-saxon. En fait, on fait l’amalgame entre les mots d’origine et les mots employés tels quels.

On mélange tout : évolution du vocabulaire (création de mots nouveaux), histoire des mots (changement du sens des mots), thème traité, forme grammaticale du nombre. Mme Viennot prend un exemple. Il s’agit d’un article traitant des agriculteurs. Le pluriel, selon elle nie, les agricultrices. Pour preuve elle cite la fin de l’article : « le problème des jeunes agriculteurs est de trouver une épouse ». Sauf que ça n'est pas la grammaire qui est en cause mais le sujet de l'article qui, à la fin, ne s’intéresse plus qu’aux jeunes hommes. Rien à voir avec la grammaire mais ça marche. Et ne parlons pas d’exemples spécieux tels que : « le ministre est enceinte ». De quelle ministre s’agissait-il ? A-t-on le souvenir, alors même que le nombre de femmes au Gouvernement est plus qu’indigent, d’une femme, justement enceinte pendant son passage au gouvernement ? S’il s’agit de Mme Dati, en son temps, il ne serait venu à l’idée de personne, même parmi les plus réactionnaires, de dire une pareille ineptie.

Ainsi, Mme Viennot a trouvé que des mots anciens étaient féminisés et que l'usage s'est perdu avec la domination patriarcale. Sans doute, mais on peut raisonnablement penser que ces mots ne seront jamais exhumés mais plutôt remplacés par une forme nouvelle et, parfois, moins jolie ou plus compliquée. Les enseignants sont, eux-mêmes, rétifs à défendre leur langue française qui est associée au chauvinisme voire au colonialisme et, d’une manière générale à tout ce qui est ringard. Par exemple, ils ont perdu une bonne occasion d'imposer l'inversion verbe-sujet à la forme interrogative pour économiser les signes en langage texto. Ils préfèrent déplorer une simplification incompréhensible (y compris par les récepteurs du message) avec des « kk » suivi de la forme affirmative au lieu d'une simple inversion. « Décrédibiliser » s'impose en lieu et place de « discréditer ». « Envahissement » plutôt que « invasion » et « écoutable » plutôt que « audible ». C'est en quelque sorte le paradoxe de Gresham appliqué à la linguistique.

 

Mme Viennot nous dit aussi qu'il existait, autrefois, « professeuse » et « autrice », deux métiers qu'elle cumule et revendique. Cependant, la féminisation des professions rencontre des obstacles chez les femmes elles-mêmes et il est plus que mal vu, aujourd'hui, de dire « inspectrice de police », « doctoresse », « directrice » (sauf pour une directrice d'école). Les partisans de l'écriture dite « inclusive », sont les premiers opposés au féminin en -trice au profit de leur abominable -teur-re, -res.

L'auteur de ces lignes a été étudiant au début des années 1980, années où nombre de jeunes femmes avaient été nourries par les combats féministes de leurs aînées. Dans mon université, à Censier, en l'occurrence, la principale responsable de « l'UER (faculté) des Pays Anglophones » était une femme. Sur la porte de son bureau, sous la ligne mentionnant son nom, se trouvait sa fonction : « Directeur de l'UER des ... ». Très souvent au cours de l'année, des mains errantes corrigeaient : « Directrice de... ». Systématiquement, la correction était enlevée et « Directeur » s'imposait. Si, dans ces années qui ont vu l'arrivée des forces progressistes au pouvoir, de Mme Gisèle Halimi, au Gouvernement, du travail énorme réalisé par les Ministres féminines, à savoir Mme Roudy (au Droit des Femmes) et surtout de Mme Questiaux (aux Affaires sociales), si dans ces années où le militantisme féminin s'était débarrassé de ses excès et avait trouvé une allure de croisière avec maintien du cap, on n'arrivait pas à convaincre cette responsable de féminiser son titre, on voit mal comment, à l'heure actuelle, la féminisation des métiers pourrait s'imposer dans les années à venir. Quand on voit que les jeunes filles d’aujourd’hui sont persuadées que tout leur est dû, que tous les acquis dont elles bénéficient sont naturels et ne méritent aucune gratitude envers celles qui les ont conquis, on peut exprimer les plus grandes craintes à ce sujet. Il suffit de rappeler que, Simone Veil était détrônée depuis longtemps au classement des personnalités féminines préférées des Français par Mimie Mathy…

En ces années 1980, où le souvenir des guerres et de l’occupation s’estompait, on a commencé aussi à se payer le luxe d’une certaine légèreté et à pinailler sur des problèmes qui ne changeaient pas fondamentalement le quotidien mais qui pouvaient faire plaisir. Ainsi, avec l’importance prise par le « ressenti », on a commencé à trouver que certains mots, certaines expressions ou tournures « faisaient » plutôt que signifiaient. Est arrivé le règne de la connotation, c'est à dire de l'irrationnel : « ça fait... ». « Telle expression, ça fait... » prononcé avec une moue adéquate. On a renoncé à des termes pour des euphémismes ou des tournures édulcorées, parfois avec la bénédiction des victimes elles-mêmes qui se sentaient moins opprimées quand bien même leur situation ne changeait pas. On rappellera encore que, déjà, Jaurès, remarquait qu’on changeait les mots plutôt que d’améliorer la situation. Il y a donc toujours eu cette tentation, le recours à cette martingale de la part de la classe dominante.

La première comédienne parvenue au décanat de la Comédie Française réfutait le terme de « doyenne ». De mémoire elle disait : « Oh non ! Ça fait vraiment la plus vieille de la classe ! ». Un article plus récent rapporte la persistance du terme masculin.

https://www.lexpress.fr/culture/scene/mme-le-doyen-de-la-comedie-francaise-mise-a-la-retraite_835355.html

 

 

Rappel de deux choses qui concourent à la confusion.

La grammaire est une branche de la linguistique et non pas un branche de la sociologie. Elle étudie le fonctionnement de la langue et ne se préoccupe ni des pratiques sociales ni même du vocabulaire qu'elle est chargée de faire fonctionner dans une phrase ou un prédicat, pour reprendre un terme à la mode mais quelque peu détourné de son sens. Par conséquent, lorsqu'on faisait apprendre la règle selon laquelle « le masculin l'emporte sur le féminin », il s'agissait d'une simplification d'une règle complexe avec une formule facile à mémoriser. D'abord, la règle complète dit que « en cas de conflit, le masculin l'emporte sur le féminin ». Elle ne dit certainement pas que dans la vie courante, il faut que l'homme l'emporte sur la femme. D'autre part, il n'y a pas que les animaux qui ont un genre puisque, l'usage et l'arbitraire ont décidé que des choses ont un genre aussi sans pour autant être sexuées.

Dans la phrase suivante, comment écrire le pluriel :

  • Les choux et les laitues sont flétris.

Doit-on écrire :

  • Les choux et les laitues sont flétri -ies -s.

  • Les choux et les laitues sont flétries.

On voit bien l'absurdité de l'une et de l'autre forme. On comprend surtout que l'écriture dite « inclusive » a pour but de faire plaisir ou, plus exactement, de faire croire qu'on se préoccupe du sort de la moitié féminine de l'humanité alors que, par ailleurs, on s'accommode fort bien de l'inégalité de salaires et de ce qu'on appelle, par un bel euphémisme, le retour du « patriarcat » qui montre une vraie domination de l'élément masculin, autrement plus grave que l'application d'une règle de grammaire.

Au cours de l’émission, M. Pivot prend un exemple qui devrait achever de convaincre (mais il n’en sera rien). Doit-on dire « Colette fait partie des plus grands écrivains » ou « Colette fait partie des plus grandes écrivaines » ?

On voit bien que dans le deuxième cas, s’introduit une restriction : Colette ne serait qu’une des meilleures parmi les femmes qui écrivent, tandis que dans le premier cas, il est reconnue parmi les écrivain masculins et féminins.

 

La grammaire, comprend (pour simplifier) la syntaxe, la phonétique et une forme, qu'on appelle « morphologie » en linguistique. Il se trouve que, contrairement à ce qui a été dit au cours de l'émission, il n'existe pas de genre neutre en français. Par conséquent, c'est la forme masculine qui sert pour exprimer le neutre. Ainsi, lorsqu'il y a un conflit de nombre entre un masculin et un féminin, c'est la forme neutre, celle qui sert aussi pour le masculin qui prend le relais. Ceux qui y voient une expression de misogynie ont de sacrés problèmes avec la question et ce sont leurs problèmes qu'ils devraient traiter et pas ceux de la grammaire où ils ne sont pas compétents.

 

Justement, parlant de compétence, on se trouve dans un cas approchant de PIP, c'est à dire le point où l'on accuse l'adversaire d'incompétence, pour le disqualifier, afin de masquer sa propre méconnaissance du sujet. Il est tout de même paradoxal que, chaque fois qu'on traite de l'évolution de la langue française, on fasse appel à des personnalités, connues dans leurs domaines mais dont la compétence en linguistique est des plus légères. Le paradoxe, c'est que tous les linguistes qui tentent de prendre part au débat sont impitoyablement renvoyés. Ne parlons même pas de l'Académie Française qui traîne une réputation de maison de retraite pour écrivains qui vivent aux crochets de la société sans rien faire. Ouvrons une parenthèse : l'accusation s'applique aussi au personnel politique dont on ne voit et ne connaît que les débats (parfois enflammés) et qui, finalement, sont payés à ne rien faire. D'une manière générale, l'accusation s'applique à tous ceux qui, dans notre imaginaire collectif, sont représentés assis.

 

Après s'être longuement attardé sur le vocabulaire pour y demeurer durablement, l'émotion est en train de conquérir un nouveau champ dont la complexité lui échappait jusqu'à présent. Avec le recul de l'enseignement du latin et des langues anciennes, qui forçait à connaître des rudiments de linguistique, avec la difficulté pour des jeunes enseignants, d'enseigner une grammaire absente de leur formation, il y avait là un territoire facilement prenable. Notons qu'il a d'abord été exploré par les milieux militants qui, par définition, mettent en avant une sensibilité à une cause, en dehors de toute raison, qui plus est de grammaire. Le fait que la pratique se soit élargie montre bien la primauté, désormais, de l'émotion sur la raison.

 

Coïncidence, le lendemain de l'émission correspond au jour où les femmes vont commencer à travailler bénévolement, comparé au salaire masculin.

https://lesglorieuses.fr/egalite-salaires/

On pourrait penser que c’est ce scandale qui devrait retenir l’attention des médias et interpeller l’opinion et les dirigeants politiques. Visiblement, on s’en accommode fort bien tandis qu’il n’y a rien de plus urgent que de combattre une règle de grammaire.

 

 

Le début du mois de novembre est marqué par une pétition de professeurs de français. Rappelons qu’ils enseignent le français, qu’ils sont en première ligne mais ne sont nullement compétents en linguistique dans leur majorité.

http://culturebox.francetvinfo.fr/culture/le-masculin-l-emporte-sur-le-feminin-300-professeurs-rejettent-la-regle-264973#xtor=EREC-15-[Quotidienne]-20171108-[actu]

Interrogé, le rédacteur de Slate reprend des propos tenus par des grammairiens du 17e s. qui affirmaient la supériorité de l’homme sur la femme comme étant la preuve que cette règle était objectivement « machiste ». Comme si des opinions personnelles – fussent-elles de grammairiens – avaient force dans le fonctionnement de la langue. Il ne lui est pas venu à l’esprit qu’ils pouvaient prendre prétexte du fonctionnement de la langue pour en tirer une règle de conduite qui les arrangeaient. Mais, ça n’est pas le pire dans sa présentation et dans la démarche qui l’a poussé à publier cette pétition. Selon lui, l’Académie Française, elles-même, se trompe. Il est vrai que la position (ça n’est là aussi que l’opinion d’un académicien ou d’un groupe) prise par l’Académie à cette occasion est pour le moins démesurée. Ça n’est pas avec de tels excès qu’on pourra faire avancer le débat et évoluer la langue. Quant au rédacteur de Slate, on devrait lui demander combien de temps il a passé à étudier la langue française pour pouvoir dire que tous les linguistes qui se sont exprimés (généralement hostiles à la finalité de cette pétition et à « l’écriture inclusive ») sont dans l’erreur. Il faut croire que le dernier à parler ou celui qui parle le plus fort a désormais raison, indépendamment des études, des travaux et des compétences.

 

La tendance qui se dessine, c’est « l’accord de proximité ». Ça sous-tend qu’il y aura une tolérance dans l’orthographe et qu’il faudra admettre la coexistence des deux règles. Espérons qu’on n’en viendra pas à l’exclusion comme ça s’est passé sous la précédente législature quand la Présidence de l’Assemblée Nationale a exclu et mis à l’amende un député qui, croyant bien faire, avait dit « Madame le Ministre » au lieu de « Madame la Ministre », s’appuyant sur l’expérience qui montrait que les ministres féminines préféraient se faire appeler « Madame le Ministre ».

http://www.leparisien.fr/politique/video-madame-le-ministre-le-depute-ump-persiste-et-signe-19-11-2014-4305051.php

 

Le problème de la langue française d’aujourd’hui, c’est qu’elle n’évolue pas et que ce qui tient lieu d’évolution sont des ajouts de mots anglo-américains (ou parfois à simple consonance anglo-américaine comme « siesting », « turn-over » ou « timing ») et de pratiques visant à flatter des minorités ou des métiers par l’emploi d’euphémismes, de formules détournées, d’induction en erreur pour tromper l’opinion, d’ajouts de caractères. Les euphémismes sont de l’ordre des « techniciens de surface » pour ne pas dire « balayeurs » ; comme si c’était un sot métier, surtout en période de chômage de masse. Les formules détournées sont les mots finissant par « -phobie » pour désigner une hostilité envers une communauté, alors que la phobie est une peur exagérée. Les ajouts de caractère, outre les fameux termes « inclusifs », c’est l’abus de guillemets pour masquer des lacunes en vocabulaire et le choix de termes approximatifs que le contexte ou le locuteur rendra explicites.

Quant à induire en erreur, c’est tout le discours politique libéraliste qui parle, par exemple, de « réformes » – terme habituellement progressiste – pour désigner toutes les régressions sociales. Le problème des termes anglo-américains est qu’il paraissent désigner quelque chose de nouveau comme le « fake-news » pour une fausse-nouvelle ou un bobard. Flatter une communauté consiste à dire « personne en situation de handicap » pour « handicapé » tout court. Dans ce cas, on remplace le mot par sa définition. C’est aussi ce genre de démarche avancé par les partisans de l’emploi de termes anglo-américains. Ils prétendent qu’à la place du mot français, il faudrait en décliner la longue définition. Dans un cas, on trouve ça très bien mais pas dans l’autre.

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/05/17/1972300.html

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2006/09/11/2653741.html

 

l’évolution de la langue

Remarquons deux tendances paradoxales : d’une part, l’appauvrissement du vocabulaire et de l’autre l’alourdissement de la langue, particulièrement à l’écrit. À l’occasion des derniers débats, on a parfois cité l’espagnol qui a réformé son orthographe au 16e siècle puis au 18e s. en supprimant, par exemple, le « ph » pour le remplacer par un simple « f ». Certes mais il faudrait aussi rappeler que l’espagnol continue d’évoluer et de s’approprier des termes étrangers (anglo-américains notamment) qu’il serait vain d’essayer de traduire quand l’usage les a imposés. L’exemple que tout le monde connaît est le foot-ball transformé en « fútbol ». Le français pourrait s’en inspirer (foutbol ? Oh mais ça fait pas beau) mais c’est peine perdue, entre ceux qui s’arc-boutent sur une orthographe difficile qui fait, paraît-il, la beauté de la langue (dixit Frédéric Dard qui s’y connaissait en beauté et en orthographe...), et tous les snobs qui se piquent de parler anglais et truffent leur langage de mots empruntés plus ou moins à propos. Il suffit de voir avec quelle condescendance, voire quel mépris, les Français considèrent les mots utilisés au Canada pour traduire, justement, les mots anglo-américains. Il suffit de voir comment les autorités préfèrent mettre en place des commissions ad hoc pour travailler sur des substituts quand le Québec possède déjà tout un lexique. On se demande encore une fois à quoi sert la Francophonie (OIF) si les pays membres n’arrivent pas à s’entendre, ni même seulement à débattre de termes visant à garder l’usage du français chez eux.

 

Remarquons que toutes les femmes interrogées sur ces questions appartiennent aux professions dites intermédiaires ou supérieures. Elles sont, dans leur grande majorité, favorables à tous ces artifices proposés ces derniers temps pour féminiser la langue. Les femmes qui exercent des métiers de simple exécution, qu’on n’interroge que très rarement, sont elles, opposées à ces changements. Elles sont bien placées pour savoir que ça n’améliorerait en rien la condition féminine qui passe par une (re) valorisation des salaires pour atteindre l’équivalent masculin et par le respect, sur le lieu de travail, des clients, des collègues et des supérieurs.

Pendant qu’on pinaille sur une règle de grammaire, on ne s’occupe pas de l’égalité des salaires ni du respect dû aux femmes.