Donc, les indépendantistes ont remporté les élections automomiques en Catalogne. Dans n’importe quel pays démocratique, le pouvoir central aurait enregistré le résultat, s’en serait réjoui si la formation arrivée en tête était du même bord politique que le Gouvernement central ou aurait trouvé une formule polie pour prendre en compte le résultat malgré ce qu’il en coûte.

Après ce qui s’est passé cet automne, la chose était encore possible mais le Président du Conseil Rajoy, mal élu, ne parvenant pas à gouverner comme il veut, s’entête. Déjà, s’il avait laissé le référendum se dérouler normalement, il aurait très probablement eu la satisfaction de voir les indépendantistes mis en minorité. Au lieu de ça, on se souvient qu’il a engagé l’épreuve de force et à empêché une banale votation de se dérouler. Ensuite, la répression s’est abattue sur les dirigeants politiques indépendantistes et sur le Gouvernement autonome catalan.

À partir de là, M. Rajoy est pris à son propre piège. Rien de ce qu’il avait prévu ne se passe. Exactement comme sur le plan national où, malgré sa (petite) victoire, il ne parvient pas à gouverner. Avec la Catalogne, malgré les intimidations, l’usage disproportionné de la force, il ne parvient pas non plus à convaincre les Catalans d’exprimer, malgré les décennies et les siècles de contentieux, leur attachement à l’Espagne qui les a toujours méprisés ouvertement. La loi de 1978 sur les Autonomies avait offert un ballon d’oxygène à tout le monde pour apaiser les tensions. Pris à son propre piège parce que, dans la situation délicate où il se trouve, il avait cru que l’appel à l’unité nationale le sauverait avec son gouvernement. Il faut croire que les vieilles ficelles ne marchent plus. Maintenant, M. Rajoy se trouve dans la situation où il risque de passer pour le Président du Gouvernement qui a perdu la Catalogne et, peut-être favorisé un processus d’éclatement de l’Espagne. Voilà où en est M. Rajoy et la bête acculée est prête à tout pour s’en sortir ce qui n’est nullement rassurant.

 

catalunya - españa

Dans cette affaire, l’UE et la France sont en dessous de tout. L’inculture crasse qui caractérise les gouvernants depuis quelques années fait qu’ils ignorent tout de l’attrait qu’a toujours exercé la France et, au-delà, l’Europe, pour les Catalans. Bien sûr, on ne pouvait pas exiger de la diplomatie française ou européenne qu’elle prenne fait et cause pour les Catalans qui, au contraire du reste de l’Espagne (Pays-Basque excepté) se sont toujours senti européens. Maintenant, même au nom de la solidarité entre gouvernements démocratiques amis, il ne fallait pas s’aligner intégralement sur la position d’un chef d’un exécutif en crise quand il choisit de contrer un processus démocratique et qu’il ordonne la répression. La diplomatie, précisément, a pour but d’éviter les conflits. C’est la base. Cet alignement servile n’a fait qu’encourager le Président Rajoy dans sa politique du pire tout en lui laissant croire qu’il se renforcerait et que les catalanistes s’en trouveraient affaiblis. Le résultat des élections autonomiques du solstice d’hiver lui prouve que non. Est-il capable de le comprendre ? Peut-il faire autrement que poursuivre sa fuite en avant ?

L’UE avoue officiellement qu’elle ne possède pas de moyens pour une médiation entre les Catalans et l’Espagne. Il est vrai que, dès qu’on lui demande autre chose que de calibrer les tomates, de déréguler et d’affaiblir la souveraineté des États membres, on ne trouve plus personne. Pourtant, l’UE prétend toujours jouer un rôle dans quelques conflits lointains comme la paix au Proche-Orient, par exemple. Quel crédit accorder à une union de 27 pays incapable de seulement régler un conflit interne dans son propre ressort ou proposer une médiation ? On trouve toujours un moyen de nommer une personnalité entourée d’une petite équipe de négociateurs pour entamer une conciliation.

 

Au lendemain de la votation autonomique, les médias français insistent sur la difficultés des indépendantistes à former une coalition gouvernementale. Dans l’adversité, ils sauront se serrer les coudes, comme ils l’ont fait jusqu’à présent. En revanche, le Président du Gouvernement espagnol, M. Rajoy, n’a pas réussi son pari de pousser à l’unité nationale contre les catalanistes et de les affaiblir localement en brandissant des menaces. Si un parti qui lui est favorable, Ciudadanos (ou du moins pas encore hostile), est effectivement arrivé en tête en Catalogne, il ne peut gouverner ni même espérer atténuer la volonté séparatiste. M. Rajoy ne dispose d’aucune courroie de transmission en Catalogne et a toujours autant de mal à gouverner. Ça, les médias ne le disent pas.

 

http://www.20minutes.fr/monde/2192427-20171222-catalogne-puigdemont-salue-resultat-personne-peut-discuter#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_monde]--

 

Elections en Catalogne : « C’est une victoire des indépendantistes mais sans indépendance »

Pour Carles Puigdemont, « la République Catalane a vaincu la monarchie »

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/direct-elections-en-catalogne-l-etat-espagnol-a-ete-vaincu-clame-carles-puigdemont_2526711.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171222-[lestitres-colgauche/titre1]

"C'est une victoire de la résistance à la répression du gouvernement de monsieur Mariano Rajoy, à la stratégie dure mise en place par le gouvernement, qui a cherché à bloquer l'adversaire avec des peines de prison. Le camp souverainiste a réussi à résister à la puissance de l'Etat espagnol."


Pour Marc Sanjaume, invité de franceinfo, "avec ces résultats, Madrid doit se rendre compte qu'en Espagne, il y a un pays qui s'appelle la Catalogne".

 

https://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/elections-en-catalogne-les-independantistes-retrouvent-leur-majorite-absolue-au-parlement_2526475.html#xtor=EPR-2-[newsletterquotidienne]-20171222-[lestitres-coldroite/titre1]