France Gall aussi a écrit la bande original de la vie de nombre d’entre nous.

C’est ce qui arrive avec les artistes, les chanteurs qui ont une longue carrière à leur actif et surtout des succès. Il y a toujours un succès lié à tel ou tel événement.

Après Michel Delpech (Je suis fan de vous), France Gall a accompagné quelques générations qui se disent, après la mort de Johnny, qu’il ne nous reste plus grand monde (Johnny, le visage de la France) . Les grands chanteurs à texte sont presque tous morts depuis longtemps et ceux qui se maintiennent malgré tout doivent faire face, comme à leurs débuts, à l’hostilité des programmateurs. Les maisons de disques sont un peu comme les propriétaires d’appartements en zone touristique. Ils gagnent plus avec quelques locataires en saison qu’avec un petit locataire qui cherche à se loger près de son lieu de travail quand il n’est pas du coin. France Gall a interprété de grands succès servis par une rythmique efficace et des paroles qui sont devenues patrimoniales comme « C’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup ».

On garde l’impression que France Gall a eu une belle vie. Enfance protégée, milieu artistique, rencontre avec les meilleurs jusqu’à Michel Berger qui ramait tout seul sur son tapis magique avant de trouver cette harmonie avec la chanteuse. Ils étaient tellement liés l’un à l’autre qu’on n’imaginait pas que ça pourrait s’arrêter brutalement. Depuis, rien n’a plus été pareil. France Gall ne s’est jamais remise de la mort de Michel Berger. Tous les ennuis de santé qu’elle et leur fille ont connus apparaissent à ce moment-là. La rivalité avec Véronique Sanson n’a pas aidé non plus. Tout semblait lui dire qu’elle n’était rien sans lui.

france gall

On n’a pas manqué de rappeler les chansons que Gainsbourg lui a écrites et qui ont été, forcément, des succès. Curieusement, on se rappelle davantage celle qui a le moins marché (mais très bien quand même) à savoir « les sucettes à l’anis ». Tout a été dit depuis la sortie de ce disque. Tout a été dit mais seulement pour se moquer de France Gall qui passe pour une dinde face au génie de son auteur. Même en pleine campagne « balance ton porc », même en pleine affaire Wenstein, même sans qu’un jour ne passe qui ne révèle que tel individu, apparemment au-dessus de tout soupçon a tenté d’abuser ou a abusé d’une jeune-femme. Même avec des affaires qu’on ressort, des partis politiques, en pointe dans la défense des femmes, des associations, des syndicats, sans doute bientôt, qui ont des cadavres dans le placard. Malgré tout ça, sur le lit de mort de France Gall, on esquisse un sourire convenu en repensant aux « sucettes à l’anis d’Annie ». Comme quoi, il y en a qui peuvent tout se permettre et qui en plus sont admirés pour des faits qui vaudraient réprobation venant d’un autre. Dans cette histoire, Gainsbourg s’est conduit comme un porc, qui plus est vis à vis d’une très jeune-fille. Et il n’a jamais émis le moindre regret et a continué à dire, y compris face à Michel Berger, qu’elle « n’avait toujours rien compris », se donnant le beau rôle, celui de l’homme qui fait ce qu’il veut d’une fille grâce à son intelligence et forcément à la bêtise de l’ingénue.

Pourquoi en parler ? Simplement, parce que, au-delà de cette affaire, on est face à un cas typique de commentaire anachronique. Il est bien évident qu’un adulte évoluant dans les deux dernières décennies du XXe siècle (période de plus grande popularité de Gainsbourg)comprend le sens caché des paroles ; même si, quelques années plus tôt, il ne les comprenait pas non plus. Seulement, au milieu des années 1960, une fille de 16 ans était souvent peu instruite sur ce plan-là et encore dans des rêves romantiques dont cette chanson prenait l’exact contre-pieds. Quand on sait, c’est facile de se moquer de ceux qui ne savent pas. Pourtant, il y a toujours un moment où l’on ne savait pas. Par conséquent, on n’est jamais bête quand on ne sait pas. Il ne faut pas confondre ignorance et bêtise.

Au moment de publier ces lignes, au lendemain de l’annonce de la mort de France Gall, un autre fait va attirer notre attention. Dans sa revue de la presse sur Inter, M. Claude Askolovitch cite un article d’un quotidien départemental lié à l’enfance de l’artiste. Sauf que, il se trompe dans le nom d’un village et dans sa situation géographique. Il fait un amalgame entre le lieu de naissance de son père, cité explicitement, et le village de son enfance, également cité explicitement. Et puis, comment, à ce niveau, peut-on se tromper en recopiant un nom ? Certes, l’erreur est humaine mais l’on peut se demander si le reste n’est pas à l’avenant et si, quand il cite des articles, il ne s’emmêle pas les crayons tous les jours ou presque. On passera sur le fait qu’il ne mentionne pas sa parenté avec un sculpteur célèbre de l’époque. Pourquoi embêter les gens avec une référence culturelle ?

De toute évidence, on ne veut pas voir France Gall à la rubrique culturelle.