Le mois dernier, soit en toute fin d’année civile, a paru un palmarès des émissions de radio qui fait apparaître que la lanterne de diogène rame vraiment à contre-courant. Aucune des émissions citées n’a l’heur de nous intéresser.

http://www.20minutes.fr/medias/2186823-20171213-radio-notes-2017-rtl-radio-preferee-grace-emissions-devenues-marques#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_medias]--

 

Nous rappelons notre méfiance quant aux résultats des sondages et publications d’audience qui mettent systématiquement en tête les radios généralistes. Or, depuis l’émergence, au début des années 1980, des radios commerciales privées, parfois appelées « radios musicales », les auditeurs délaissent ces radios pour écouter de la musique ; ou plutôt de la publicité interrompue par de la musique, actuelle ou nostalgique. Les jeunes – et maintenant moins jeunes – générations ignorent jusqu’au nom de RTL, Inter et Europe1. Ils connaissent vaguement RMC devenue chaîne d’information accolée à BFM et elle même chaîne de télévision. À cela s’ajoute, au moins depuis les années 2010, l’écoute ponctuelle de la radio sur smartphone – ainsi que nous avons été parmi les tout premiers à l’annoncer – sans oublier le podchargement qui permet d’écouter ce qu’on veut à n’importe quel moment.

Nouvelles pratiques d'écoute de la radio

 

La télévision par son ubiquité fait partie de la vie quotidienne de la plupart de nos contemporains ; maintenant à égalité avec le téléphone mobile. La télévision a renforcé, au cours de ces décennies, son rôle prescripteur et il n’est pas étonnant qu’on retrouve en tête des animateurs, ceux qui animent des émissions à la télévision au même moment. Leurs propres émissions se retrouvent elles aussi plébiscitées. Ensuite, on trouve les plus vieilles émissions, devenues des pièces inamovibles et, dans ce registre, la très conservatrice RTL caracole en tête. Depuis l’origine (aidée en cela par les licenciements à la TV qui ont suivi Mai 68), RTL applique une recette qui fonctionne à merveille : on modifie à peine la grille à la rentrée et l’on fait venir l’animateur vedette de la télévision du moment. On lui trouvera toujours un créneau : généralement le matin ou à midi.

Si nous prenons la peine de commenter ce nouveau sondage, c’est d’abord, parce qu’il paraît plus conforme à ce qu’on peut entendre ici ou la et à l’expérience. C’est aussi parce qu’il distingue vraiment les différents types de radio et qu’il ne mélange pas dans un même quinté des radios aussi différentes qu’NRJ, RTL ou France-Info. Les attentes des auditeurs ne sont pas les mêmes et aucune ne prendra la place de l’autre.

radios

Ce palmarès paraît également plus cohérent dans la mesure où l’on ne comprendrait pas pourquoi une radio qui occupe la première place depuis des décennies serait battue, précisément à l’heure où il y a le plus d’auditeurs, c’est à dire le matin, au moment où commence la journée. Nous avons déjà ironisé sur les commentaires des animateurs au moment de la publication des résultats d’audience : tout le monde prétend être le premier. Il y a ceux qui annoncent toute la journée que leur chaîne est la première, ceux qui annoncent que sur cette tranche horaire (et celle d’avant et celle d’après, aussi bizarre que ça paraisse), ils sont les premiers, ceux qui annoncent que dans leur genre, ils sont les premiers et ceux qui se consolent en annonçant qu’ils enregistrent la plus forte progression.

 

La proximité de la publication de ce papier avec le nouveau palmarès d’audiences des radios incite à supprimer le texte original pour rajouter ce paragraphe :

http://www.20minutes.fr/medias/2204227-20180118-audiences-nouveau-plus-bas-europe-1-rtl-reduit-avance-inter#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_medias]--

 

Nous avons là une nouvelle illustration de ce que nous venons d’écrire. Notons que les commentaires font état de mouvements d’audience alors qu’aucun de ces mouvement n’atteint 1 %, c’est à dire rien du tout. On devrait plutôt parler de stabilité ; ce qui n’arrange les affaires de personne. Sur le faible score d’Europe 1, rappelons ce que nous disions ces derniers mois : voici une radio qui fonctionne avec quelques fidèles mais surtout avec les déçus des autres radios généralistes qui y retournent, une fois leur bouderie estompée. Europe 1 n’a pas une identité bien définie : ni régionale (on la compare avec France Bleu dans l’article), ni vraiment populaire comme RTL, ni prétentieuse comme Inter. Finalement, plus personne ne s’y retrouve. À sa création, Europe 1 attirait par ses innovations (outre les programmes, il y a eu l’invention du « flash » horaire). Dans les années 1970, la rédaction faisait autorité. Une fois pillée de ses éléments par les télévisions privées, il ne restait plus rien et Europe 1 n’a jamais remonté la pente ni pu affronter la concurrence des nouvelles radios. Refaire de l’info ? Mieux vaut ne pas y penser quand il existe France-Info et RMC (qui propose aussi du divertissement) et les télévisions d’info continue qui se tirent la bourre. Il ne reste plus qu’à attirer des vedettes du petit écran mais qui voudrait risquer de perdre des plumes pour faire remonter une radio en perte de vitesse ?

http://lanternediogene.canalblog.com/archives/2017/10/21/35806580.html

 

Dans nos derniers commentaires sur la mort de Johnny Hallyday, nous avions cru déceler une protestation de certains chroniqueurs et de certains animateurs d’INTER contre une programmation qui ignore délibérément les chansons et les chanteurs à succès au profit d’autres, minimalistes, sans voix, sans parole sensée, mais qui répondent à ce critère implicite consistant à trouver toutes les vertus à ce qui est boudé par le grand public.

Pourtant, l’émission avec le médiateur de la radio dite « de service public » montre que nous nous sommes trompés une fois de plus. Les auditeurs cités ont, au contraire, protesté contre la diffusion de chansons de Johnny et contre les programmes qui ont été bouleversés pour l’occasion. Par conséquent, nous devons bien reconnaître qu’il n’y a pas que des auditeurs résignés qui écoutent Inter pour ne pas entendre la pub ailleurs. Nombre d’auditeurs d’Inter trouvent très bien la parlotte incessante, le ton suffisant de certains animateurs qui ignorent tout de la station où ils travaillent mais qui considèrent comme un dû, eu égard à leur immense talent supposé, qu’on leur confie, avec l’argent du contribuable, une émission qui n’intéresse qu’eux-mêmes. Nombre d’auditeurs approuvent les chroniques et autres billets d’humeur qui ouvrent la plupart des émissions. C’est la caractéristique d’Inter : on a l’impression que l’animateur ou le chroniqueur (confondu par la plupart des auditeurs qui ne distingue pas le statut de celui qui est au micro) ouvre le micro dans sa chambre et permet à nous les auditeurs de profiter gracieusement de la conversation. Le fait est qu’ailleurs, on s’adresse à l’auditeur, on lui fait même croire qu’il est unique tandis que sur Inter, on le mentionne rarement. Il faut croire que ça plaît si l’on en juge par les retours présentés par le médiateur.

 

On aimerait que ces auditeurs mobilisés contre Johnny Halliday mettent la même énergie à protester contre la publicité de marque qui préfigure une égalité avec les autres radios commerciales, le jour où le Gouvernement, pour « faire des économies », rognera, une fois de plus sa participation à l’audiovisuel dit « de service public ». On nous y prépare déjà avec les déclaration du Président de la République tançant l’audiovisuel dont il a la responsabilité. Dans un passé pas très lointain, les auditeurs se déchaînaient contre les publicités d’une mutuelle présentées sous forme de sketch par un duo d’humoristes. Il n’y avait, d’après eux, pas plus vulgaire que ces publicités. Il faut croire que tout le reste passe comme une lettre à la poste et que les auditeurs sont prêts à avaler les marques, les citations de marques pendant les événements sportifs et, bientôt, l’augmentation du volume de publicités.

 

Par conséquent, je ne sais pas si ça vaut encore le coup de commenter les émissions d’Inter et des autres radios généralistes puisque de toute évidence, il se trouve un public non négligeable pour plébisciter l’ennui, la parlotte, les leçons de morale assénées par les chroniqueuses et même la publicité…

 

Puisque cet article a été modifié, autant en profiter pour évoquer la chronique, justement, de François Morel, du 19 janvier 2018.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-francois-morel/le-billet-de-francois-morel-19-janvier-2018

Celui-ci, alors que l’émission a lieu en direct de Rennes, s’étonne de la présence d’un public aussi nombreux, tôt le matin, pour assister à une émission d’information. Il assène quelques vérités qu’il serait bon de prendre en compte. D’abord, il ironise sur le physique de radio de M. Demorand. Il a parfaitement raison puisque les enquêtes montrent que, même s’il a l’expérience, s’il est apprécié des auditeurs, s’il tient les commandes de sa tranche horaire, c’est l’entrevue de Mme Salamé qui retient l’attention et pas la sienne avec l’invité principal. Mme Salamé passe à la télévision mais pas lui. Ensuite, observons que, malgré la présence de caméras dans les studios de radio, malgré les sites Internet des stations de radio qui publient la photo des animateurs, la magie de la voix qu’on ne voit pas agit toujours. Même si l’on sait à quoi ressemble l’animateur – ce qui n’était pas le cas autrefois – on vient voir comment ça se passe à la radio, qui fait quoi et à quoi ressemble, avec le casque sur la tête, l’animateur qu’on entend tous les jours. Rien que pour ça, ça vaut le coup d’écouter la radio et de critiquer parce qu’on voudrait tant que les facilités, la démagogie,