Le Pen est un feuilleton interminable. Nous avons déjà écrit (utiliser la barre de recherche) que Le Pen est un programme de télévision complet : actu, politique, ragots, famille, débats, enquêtes, histoire, fiction, rediffusions etc. Le feuilleton lui-même est riche de personnages, de rebondissements, de trahisons, de complots, de coups tordus, surtout. De sorte que, malgré le dégoût de façade affiché, il occupe la une de l’actualité au moindre frémissement.

Il y a quelques jours, on nous annonçait, comme si c’était un événement de portée universelle, que « l’héritière », la fameuse Marion Maréchal-Le Pen a décidé d’écourter son nom à rallonge. La marque Le Pen ne fait plus recette. Qu’importe puisqu’on a en d’autres en magasin. Surtout : qu’importe ! On s’en fiche complètement. Ça ne relève même pas du pseudo-événement. En supposant que ça intéresse, il suffisait, si elle faisait parler d’elle, de l’appeler par le nom qu’elle a choisi et l’affaire était réglée.

MMLP représente l’espoir. C’est l’espoir que le feuilleton va durer encore longtemps. Elle est très jeune et donc promise à une longue carrière politique. Visiblement, elle est experte en manipulation. Après un mandat de député conquis dès sa première participation, elle décide de raccrocher. Il n’avait échappé à personne que c’était pure stratégie. À l’Assemblée Nationale, isolée, sa voix était inaudible. En réserve, elle peut être invitée sur les plateaux sans que son temps de parole soit comptabilisé, tout en distillant ses idées détestables. Et puis, chacune de ses sorties est annoncée, commentée sur l’air de « elle revient ». Il y a quelques années, les journalistes en manque de sujet nous faisaient le coup avec « Jospin revient », chaque fois qu’il apparaissait plus ou moins en public. Ça marchait et la blonde égérie a d’autres atouts que le frisé grisonnant.

Et puis, changement de cadre, changement de personnage, sa tante (puisque c’est aussi un feuilleton familial) revient sur le devant avec le changement de nom de son parti. Fini le FN, place au RN pour Rassemblement National. On pourrait croire que le vieux LP est enterré deux fois en quelques jours. Soyons certains qu’il n’en sera rien et qu’on continuera de lui tendre le micro ; comme à chaque fois qu’il a bu la tasse, comme après son retrait de la présidence de son parti. On trouvait toujours un prétexte pour s’adresser à lui plutôt qu’à ses vainqueurs ou qu’à ses successeurs. C’est que, avec JMLP, on a une chance de lui faire dire une de ces énormités dont il s’est fait le spécialiste. Dès lors, c’est l’assurance d’avoir un sujet à commenter pendant des jours et des semaines. Pour ça, nul besoin d’avoir fait de brillantes études en sciences politiques puisqu’on débattra sur la forme, sur l’émotion plutôt que d’analyser le fond.

Pour reprendre le jargon dont abusent les journalistes, Le Pen, c’est « l’access prime time » de la politique, c’est « la politique pour les nuls » : aucune connaissance requise, seule compte l’émotion. Selon sa sensibilité, on dira : « Il a raison, qu’est-ce qu’il parle bien ! » ou bien « c’est un facho ! ». Même avec un vocabulaire restreint, on peut commenter le feuilleton Le Pen.

À pen, * à peine, pardon, l’historiette de « Maréchal » (nous voilà) qu’on apprend le changement de nom, donc. Là, va se poser un problème grave et il convient de redevenir sérieux. Si, si ! Comment les journalistes vont-ils appeler les membres du RN ? Comme en France, on aime bien utiliser des euphémismes, détourner les mots (comme « réformes ») de leur sens habituel, on a pris l’habitude d’appeler « frontistes » les membres de ce parti. Sur le plan lexicologique, on prend l’adjectif qui qualifie le nom du parti et on en fait un nom commun pour désigner ses membres. Exemple : Parti Radical – les radicaux ; Parti Communiste Français – les communistes. Parfois, on met en avant la position occupée dans la géographie politique : le MoDem – les centristes. On peut encore expliciter un terme vague : Lutte Ouvrière – les trotskistes. Pour le FN, on n’osait pas dire « les néo-fascistes ». Pourtant, c’est ainsi que la presse étrangère parle du FN. Inversement, les journalistes français ne prennent pas de pincettes pour annoncer le retour du fascisme et même de la peste brune en Italie (ou en Espagne), chaque fois qu’une élection voit une victoire de l’extrême-droite. Évidemment, si les mêmes journalistes reprenaient ces expressions pour le FN, ils perdraient leur pain béni, le feuilleton à succès. Donc, ils ont inventé ce curieux vocable de « frontiste » alors que la logique lexicologique aurait dû imposer « nationaliste ». Ça n’était pas péjoratif et ça n’aurait pas déplu aux intéressés. Attendons de voir quel mot sera utilisé. Après tout, le dernier « rassemblement », le RPR, n’a pas donné lieu à un mot particulier ; idem pour l’UMP.

Il serait temps d’appeler les choses par leurs noms et cesser de se payer de mots.

 

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