Il ne peut pas y avoir de critique de gauche de l’art contemporain. Ce constat a été dressé lors d’un échange fameux entre le journaliste Daniel Mermet et le conférencier Franck Lepage lors d’une visite à la FIAC effectuée la veille (ou peu avant) la fermeture. Les deux compères ont ainsi confondu le matériel d’exposition prêt à être remballé avec des œuvres exposées. Vrai ou provocation, l’échange est intéressant.

M. Franck Lepage est connu pour ses conférences qui ambitionnent de décrypter le langage dominant. Pour dire les choses autrement, il nous montre comment on nous prend pour des cons et pourquoi ça marche. Une vidéo nous invite à suivre un atelier qui recense les éléments de langages (terme relevant aussi de la langue de bois) qui nous font prendre des vessies pour lanternes. L’idée, est de détourner le mot de son sens habituel, en général pour en remplacer un autre fortement connoté négativement. Nous avons commencé ce blog en montrant (sans connaître le travail de Franck Lepage à l’époque) nous sommes en danger de mots. À l’époque, le Premier Ministre, M. Raffarin usait et abusait du terme « réformes » pour faire passer toutes les régressions, tous les retours à une situation que de véritables réformes avaient améliorées pour les plus vulnérables. M. Raffarin n’a pas impulsé le mouvement. Il n’a fait que s’y agréger et avec une belle réussite.

EXPRESSION ET EXCLUSION

Toujours en danger de mots

Nous avons également affirmé, à plusieurs reprises, comment l’ultralibéralisme est un totalitarisme, notamment parce qu’il en reprend tous les instruments de diffusion. La propagande grossière est remplacée par la publicité mais le contrôle de médias est bien réel. Le langage est détourné pour présenter l’oppression et la soumission sous des angles positifs et valorisants pour leurs victimes.

 

Si nous suivons la longue mais captivante vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=8oSIq5mxhv8

nous pouvons recenser toutes les fadaises, les inepties, les abus de langage qui parsèment le discours dominant. Nous y reviendrons à la fin. Signalons juste comment l’expression édulcorée, caractéristique principale de « la langue de bois » et du politiquement correct n’est pas imposée par la force mais trouve un écho favorable chez ceux qui sont concernés. À un moment, une dame qui participe à l’atelier, reconnaît que si on lui dit qu’elle est « grosse », elle répondra à l’interlocuteur par une insulte tandis que si l’on parle « d’excès de poids », de « surcharge pondérale », elle ne mettra pas fin au dialogue. Nous avons également évoqué la « servitude volontaire » décrite en son temps par l’écrivain humaniste La Boétie.

La Boétie malgré tout

 

Il y a un domaine où, ce que Lepage et consort appellent « langue de bois » est la règle absolue, ce sont les dossiers de presse. Rappelons qu’il s’agit de dossiers destinés aux journalistes et envoyés aux rédactions à l’occasion d’un projet d’urbanisme, de la sortie d’un livre, d’un film, d’une exposition, d’un disque, du lancement d’un projet politique quelconque etc. En fait, presque tout ce qui concerne l’information non immédiate passe par le filtre des dossiers de presse.

Dans un dossier de presse, on trouve tout. On nous dit tout sur l’auteur et sur le travail effectué. On nous dit comment il convient de le comprendre. Comment et avec qui l’auteur a travaillé. Lorsqu’on entend un critique nous dire que pour son dernier film, le cinéaste a travaillé avec tel technicien qui, habituellement assiste tel grand maître, il ne faut pas croire qu’il a repéré son nom au générique qui défile à la fin et que ses connaissances lui ont permis de faire le lien. Tout est marqué, souligné, explicité, prémaché. Ça explique aussi pourquoi tous les journalistes disent la même chose, citent les mêmes références lorsqu’ils présentent une nouveauté. Un bel exemple de langue de bois, apparaît pour présenter un projet architectural : l’auteur a voulu (très important le « a voulu » ou « veut nous montrer ») faire dialoguer le béton et l’acier. Tout ça pour nous dire qu’il ne s’est pas embêté à cacher les superstructures et qu’on nous impose la laideur du béton qui supporte les structures d’acier. Pour le mobilier, deux planches assemblées pour faire un banc deviendront « une banquette aux lignes épurées ». Tout ça figure dans le dossier de presse. D’un autre côté, on comprend la nécessité de tels dossiers tant les réalisations sont incompréhensibles. Dans le genre, il suffit d’écouter les interventions de Mme Isabelle Pasquier sur Inter, pour se rendre compte comment le vide et l’indigence deviennent des œuvres d’art. Surtout, le dossier de presse insiste sur les intentions. En fait, la réalisation finale importe très peu. La seule chose qui compte, ce sont les intentions.

 

Ces dernières années, l’art contemporain revient en force et avec lui toute la propagande qui fournit au public son lot de jeux (circenses) sans lesquels un totalitarisme ne peut fonctionner. Nous avons eu des tas de ferraille exposés dans les jardins de Versailles qui attirent le monde entier pour leur esthétique propre. Nous avons eu un plug anal géant sur une grande place parisienne, un crucifix dans un verre d’urine sans compter tout ce qui ne fait pas scandale et qu’on nous impose. Après tout, ça ne serait pas grand-chose si tout ça n’était pas payé avec l’impôt et ne faisait pas l’objet de mesures de sécurité impressionnantes.

 

La dernière (pas sûr en fait) occurrence, c’est une « œuvre » de Jeff Koons pour rendre hommage aux victimes du carnage du Bataclan. On apprend que la sculpture fait 12 m de haut et représente un bouquet de tulipes (pourquoi des tulipes ? Lire le dossier de presse) pour un coût de 3,5 millions. Rien de scandaleux puisqu’il s’agit de dons de particuliers. Sauf qu’ils bénéficient d’un crédit d’impôt de 60 % de leurs dons. Autrement dit, ce sont les contribuables qui vont payer le plus. Rappelons que le plus grand musée privé de Paris a été malgré tout financé de la même manière. Il s’agit de la fondation de M. Bernard Arnault qui, contrairement à l’habitude des mécènes (même à 40 % seulement) ne porte pas son nom mais une des marques commerciales de son groupe. Comme ça, il bénéficie d’une publicité gratuite à chaque fois qu’on mentionne une des très belles expositions qui s’y tient.

Une recherche montre que le bouquet de Koons est un recyclage d’une de ses œuvres exposée au musée Guggenheim de Bilbao où il ne s’agit pas de rendre hommage aux victimes de quoi que ce soit. D’où les tulipes… En clair, l’artiste fait payer au contribuable une vague copie (plutôt qu’une œuvre originale inspirée par l’horreur du carnage) tout en affichant une intention louable et généreuse. Or, nous venons de dire que ce sont les « intentions » qui comptent. Il serait malveillant d’affirmer qu’il veut exposer, dans la cour du Palais de Tokyo (monument parisien dédié à l’art contemporain) une de ses œuvres en récupérant la douleur collective pour obtenir un financement.

 

Mais laissons-là ces basses considérations pécuniaires et revenons à la « langue de bois ». Dans cet article : https://www.contrepoints.org/2018/04/02/313087-tulipes-jeff-koons-cadeau-embarrassant

nous en avons quelques exemples : l’art se doit de refléter « l’ego de la masse » ; son œuvre se doit d’échapper à toute fonction « décorative » et esthétique et remplir sa mission « critique » qui, étant visuelle, ne fait pas appel à des arguments rationnels mais utilise la dérision.

 

« se doit de » (ou ce doigt d’?) est un élément de langage habituel des dossiers de presse et de la manière dont ils façonnent la pensée et, finalement annihilent l’esprit critique. Car, comme le montre la conférence mentionnée, le but est de structurer la pensée de telle façon que l’on ait une vision positive de tout, y compris de l’oppression dont on est victime (« plan de sauvegarde de l’emploi plutôt que licenciement collectif). Dans ce domaine, tout ce qui relève du divertissement fait l’objet d’une attention particulière. De plus, l’imagination des artistes (ou présentés comme tels) ajoute des formes originales aux instruments de propagande aux mains des dominateurs.

 

Ce qui reste des totalitarismes, outre les études et le souvenir de leurs victimes qui s’estompe avec le temps, ce sont les œuvres monumentales qu’ils ont laissées. Ces statues (en général) ou ces édifices gigantesques avaient pour but d’impressionner la population et montrer la force du pouvoir. Aujourd’hui, on ne peut plus recourir à de tels instruments. La ruse est éventée mais on peut reprendre la démarche qui consiste à copier les grands d’autrefois qui voulaient faire du beau pour qu’on se souvienne d’eux mais, bien sûr, sans s’encombrer de considérations esthétiques. Autant brûler les étapes et détourner des objets ou des reliefs d’objets (des déchets en fait) de leur usage pour en faire des monuments onéreux (puisque nous sommes dans le monde marchand, c’est la seule valeur prise en compte) destinés à faire oublier tout sens du beau et disqualifier tout esprit critique. Le totalitarisme aura triomphé quand la critique aura disparu. Pour ce faire, il faut agir dans tous les domaines et ne négliger aucun moyen. Le divertissement – et donc l’art contemporain – est l’espace où l’on peut toucher le plus de monde parce qu’il fait appel à l’émotion et non pas à la raison et encore moins à la connaissance. D’où l’importance démesurée donnée à des réalisations qui ne sont que de la matière exposée.

 

Banksy - bataclan

 

On apprend que l’artiste de rue Banksy aurait rendu un hommage aux victimes du carnage du Bataclan, discrètement.

https://www.20minutes.fr/paris/2296259-20180626-paris-oeuvre-attribuee-banksy-arriere-bataclan#xtor=EPR-182-[welcomemedia]--[article_paris]--

Observons que les murs de nos villes sont souvent décorés (illégalement en général) de véritables œuvres d’art qui sont systématiquement effacées car elles détournent de la propagande officielle et de son avatar majeur qu’est l’art contemporain

 

 

 

sur l’art contemporain :

Bravo Frédéric Pommier ou de l'art contemporain

Aucu, aucune hésitation !

Boulez produit des médias

Si Versailles était saccagé ou la Qlture à la française

Pour que Le Monde critique « les intentions » d’un artiste, il faut que la mesure soit comble...

https://www.lemonde.fr/arts/article/2018/01/31/pourquoi-la-polemique-du-bouquet-of-tulips-de-jeff-koons-ne-degonfle-pas_5249632_1655012.html

https://www.lemonde.fr/arts/article/2018/01/24/jeff-koons-c-est-le-bouquet_5246222_1655012.html

Chose promise, chose due. Voici un florilège de l’enfumage que nous subissons :

 

du lien social

le vivre ensemble

la mixité

Croissance verte

Croissance négative (Lagarde – FMI)

Frappes chirurgicales

Commerce équitable

Développement durable (développement = accumulation)

flexibilité

Flexisécurité

Discrimination positive

Démocratie participative

Tri sélectif

territoires

synergies

Plan social

Plan sauvegarde de l’emploi

Transversalité

Restructuration Redéploiement

Dialogue social

Think tank

Management

Débriefing

Co-working

Acteurs

Démarche qualité

Auto évaluation

Développement local

Relais

Partenariat

Transversalité

Expression citoyenne

déconstruction

timing

démarche participative