Venons-en au match. L’arbitre était l’Argentin qui avait déjà officié lors du quart de finale contre l’Uruguay. Nous en avons parlé. Ces décisions n’ont pas été probantes. Après avoir sifflé de vraies fautes croates, il s’empressait de siffler contre un Français une faute que la vidéo infirmait. Finalement, est-ce que la justice humaine n’est pas comme ça ? Craindre d’accabler une partie réellement fautive en punissant la partie adverse pour équilibrer. Curieuse vision de l’impartialité mais qui tend à se répandre. Heureusement que les deux équipes ont joué correctement.

Sur le jeu, on peut regretter que les Belges, éliminés en demi-finale soient mauvais perdants. Battre le Brésil ne fait pas un champion du monde. La France en sait quelque chose depuis 1986. Ça ne ressemble pas aux Belges cette attitude, même si l’on comprend que la défaite est toujours amère. Le « réalisme », euphémisme pour dire qu’une équipe bloque le jeu pour empêcher l’autre de développer le sien, n’a pas empêché les Français d’attaquer jusqu’au bout alors qu’ils savaient les Croates incapables de revenir au score à 4-2 ; incapables parce que fatigués. Une fois de plus, l’équipe qui bénéficie d’une journée de récupération en moins est battue en finale et d’autant plus que la Croatie a enchaîné les victoires après prolongations, et d’autant plus que la formation au damier est vieillissante (la plupart ne seront plus là dans quatre ans) tandis que les Bleus sont très jeunes. On a vu la différence.

Les Bleus l’ont emporté et, déjà, nous savions que la presse ne s’emballerait pas pour une France « black-blanc-beur ». L’allitération avait fait florès en 1998. On voulait y voir un pied-de-nez au FN en mettant en avant, de préférence, les « blacks » et les « beurs ». C’est Le Monde, quotidien habituellement mal à l’aise quand il s’agit de football qui avait titré sur « La victoire de la France métisse ». Si la Lanterne de Diogène avait existé alors, nous aurions mis en garde contre cette affirmation simpliste. Est-ce que Le Monde aurait dû titrer, quatre ans plus tard, avec quasiment la même équipe : « La défaite de la France métisse » ? Pourtant, se faire éliminer sans marquer un seul but aurait mérité quelques verges. Espérons que le football montrera l’exemple et qu’on en finisse avec la racialisation des rapports, même avec de bonnes intentions. En 2010, certains prétendaient même imposer d’autres distinctions entre les joueurs. On se souvient de cette équipe détestable menée par des petites frappes prétentieuses, méprisant leurs jeunes admirateurs, qui masquaient leur faiblesse par l’agressivité. On a vu où ça a conduit. Le pire, c’est qu’après les incidents graves qu’on aurait pu oublier, la presse qui se veut culturelle en a remis une couche en feignant de voir dans la grève des joueurs, une juste révolte des minorités opprimées contre le système. Erreur totale ou plutôt manipulation dangereuse dans la mesure où c’est précisément le système qui permet à des médiocres de faire parler d’eux, pourvu qu’ils sachent utiliser les médias et commettre des actes qu’on n’attend pas d’eux. Le tout est de se faire remarquer dans une société où le paraître, l’émotion priment sur la raison. Que ces plumitifs gardent leurs leçons avant de critiquer la joie simple d’un public qui rassemble tout le monde sans distinction car, cette fois, on ne voit dans cette sélection que des garçons talentueux, sans autre préférence. Ce qui fait plaisir, c’est qu’on voit qu’ils aiment jouer et qu’ils aiment jouer ensemble au contraire de ceux de 2010 qui se tiraient dans les pattes. En fait, on en revient aux fondamentaux du football : c’est d’abord un jeu et, quand on a entre 19 et 25 ans, il est encore normal de jouer. Et en plus, ils font plaisir à voir. Et qu’est-ce qu’ils sont jeunes !

Bleus - 2 étoile

Pogba, auteur du 3e but : 25 ans, issu de petits clubs de Seine-et-Marne et joueur pro à Manchester United. Kylian Mbappé, 19 ans ! Élu meilleur jeune de la compétition. Il est le seul, avec Pelé à avoir marqué un but en finale de la Coupe du Monde à 19 ans. Quelle comparaison ! Pelé reste le meilleur joueur de football de tous les temps ; et quel joueur sympathique ! Outre son immense talent, c’était un joueur correct. Il nous a tant fait rêver. Est-ce que Mbappé suivra ses pas ? Difficile à dire. Les temps ont changé, le football aussi. En tout cas, il a le temps de nous montrer un visage agréable de ce sport tellement critiqué et tellement critiquable.

Bien sûr, à ce niveau-là, tous les joueurs sont très bons, y compris ceux qui n’ont pas joué. Quelle tristesse pour eux ! Pourtant, Giroud n’a jamais été dans la compétition, ce qui ne lui enlève rien. Tout le monde attendait la rentrée de Fékir qui tardait. Tout le monde convient que Kanté aura été le meilleur sur le terrain. Partout à la fois, il distribuait les bons ballons sans que son nom ne soit jamais cité par les commentateurs. Et Hernandez ? Lui aussi était sur tous les ballons dans sa ligne. Il a fait les passes décisives. Griezmann qu’on attendait comme butteur aura été sur tous les fronts lors de cette finale : en attaque, en défense, à la passe. Pogba est, parait-il, l’animateur du groupe, l’élément indispensable dans les vestiaire. Il en faut un. Lloris, qui commet une faute monumentale qui a permis aux Croates de revenir au score et de leur donner un dernier espoir, aura été impérial sur la durée du tournoi. Il faudrait tous les citer. En plus, ils sont tous jeunes et ont des chances de disputer encore une ou deux Coupes du Monde. En France, la longévité dans la sélection ne se voit pas tellement tandis que les étrangères (comme la Croatie) alignent des vétérans qui apportent leur expérience. Qu’on songe aux emblématiques gardiens italiens Zoff et Buffon, encore sélectionnés à 40 ans passés. Un clin d’œil à Roger Milla, le butteur camerounais qui a encore marqué dans le Mondial à 42 ans. Donc, pourquoi pas Lloris dans quatre ans ? Et les autres encore plus. On aimerait tant les revoir !

Preuve que ce groupe n’a pas seulement des qualités sportives mais aussi humaines. Après la finale, les joueurs interrogés n’ont pas manqué de remercier toute l’équipe qui les a accompagnés. Beaucoup ont cité le cuisinier.

 

L’artisan de la victoire est bien sûr Didier Deschamps. Quand il a pris sa retraite de joueur international, pour se consacrer à sa famille, c’est lui qui manquait à la sélection car, quand il était là, c’était lui qui distribuait les ballons, qui orientait le jeu. Forcément, on ne retient que les butteurs et, là encore, l’équipementier joue un rôle majeur dans la célébrité. Deschamps a manqué pendant toutes ces années, malgré le brio d’un Thierry Henry qui débutait avec David Trézéguet, à l’âge de vingt ans, il y a vingt ans. Aujourd’hui, comme Aimé Jacquet, il a su constituer un groupe et c’est le plus difficile et le plus important. Laurent Blanc a raté le coche alors qu’il avait tous les éléments en main pour partir de zéro (avec des joueurs suspendus). Il faut du temps. Il faut essuyer les échecs et garder la confiance dans les joueurs. Une sélection ne consiste pas à mettre les meilleurs ensemble. On voit bien ce qui arrive au PSG qui ne parvient toujours pas à gagner une coupe européenne avec les meilleurs joueurs du monde. Il faut un groupe qui aime jouer et qui aime jouer ensemble. Déjà dit… Certains ne croyaient pas qu’il allait réussir et se sont rendus disponibles au cas où il ne serait plus sélectionneur. Ils doivent le regretter car il serait bon qu’il soit maintenu le plus longtemps possible et avec cet effectif. Deschamps rejoint Zagallo et Beckenbauer dans le cercle très restreint des joueurs qui ont gagné la Coupe du Monde comme joueur d’abord puis comme sélectionneur. Un Arsène Wenger est resté 22 ans comme entraîneur d’Arsenal avec un palmarès jamais atteint. Didier Deschamps doit rester même en cas d’échec à l’Euro 2020 ou au Mondial 2022. On ne peut pas gagner tout le temps et il faudrait aussi que les Français l’acceptent. Or, depuis 1998, ils exigent la victoire et parlent systématiquement de fiasco en cas de défaite même honorable comme lors de la Coupe d’Europe de 2004.

 Mbappé 1

 

 

Quand même, encore un mot sur Mbappé qui nous a enchanté avec ses grandes pattes pour remonter le terrain, puis sa technique, ses dribbles pour se défaire de ses adversaires et ses passes décisives et ses tirs qui finissent au font des filets. 19 ans et tellement de belles choses à faire. Pourvu qu’ils restent longtemps ensemble et dans ce même esprit joueur ! Déjà, ils veulent décrocher la Coupe d’Europe et ce serait bien qu’ils aient une étoile de plus dans quatre ou huit ans. Souhaitons-leur !