Tous les ans, je me détourne du Tour, après les scandales à répétition depuis les années 1990 et puis, on ne se refait pas. D’abord, pas moyen d’y échapper. Ça fait l’actualité comme Roland-Garros qui, pour le coup, ne m’intéresse aucunement. Néanmoins, je sais que Nadal l’a emporté et, quoi que le tennis ne me dise rien du tout, je sais aussi que Fédérer n’est plus au plus haut niveau et que l’Espagnol a repris, sans doute pour qq années encore, la place de numéro 1 mondial. Qu’on ne me dise pas : « J’y connais rien », « je me fiche », « je sais pas la couleur de la balle », « je sais pas combien de roue a une bicyclette », « combien de joueurs par équipe » et autres billevesées entendues par les anti-sports dont, un contingent qui se la joue « intello » ou, plus prosaïquement, « moi, je m’intéresse qu’aux choses importantes ».

 

Donc, le Tour de France 2018 se déroule dans une relative indifférence. La station de radio Inter a proposé, jeudi 26 juillet, deux émissions consacrées à la Grande Boucle. Les auditeurs appellent pour se plaindre : « on connaît déjà le résultat », « aucun intérêt » etc.

C’est toujours incroyable d’entendre des gens trouver des justifications à leur comportement. On est toujours stupéfait d’entendre des personnes, généralement peu au fait des choses, trouver des bonnes raisons pour ne pas passer pour ignorant ou indifférent mais renverser la charge et passer pour des chroniqueurs au-dessus de le mêlée. On se croit revenu à l’école quand les « élèves difficiles », trouvent plein de bonnes raisons pour justifier leur comportement et avec un vocabulaire qui tranche avec la pauvreté de leurs rédactions. Ne me dis pas que tu n’en as pas connu !

Affirmer que le Tour 2018 est inintéressant du fait qu’on connaît déjà le vainqueur est assez gonflé. D’abord, Geraint Thomas n’était pas favori. Il appartenait au deuxième choix et les courses à étapes ne sont pas sa spécialité. Il a fini avant-dernier lors de sa première participation. Il est donc intéressant de voir que le Tour procure encore des surprises. Je recommande à ces pisse-vinaigre de se rappeler les années 1980 quand Bernard Hinault y participait. Avant même le départ, la seule annonce de sa participation valait victoire. Il était vainqueur, surtout par la résignation de ses concurrents (à de très rares exceptions près) qui, du coup, visaient, soit une place sur le podium, soit un classement annexe (la montagne généralement), soit une victoire d’étape. Seulement, à l’époque, on trouvait ça normal et on suivait pour pouvoir dire : « ah, vous voyez, il est bien le plus fort et c’est normal qu’il l’emporte ». On se déchaînait contre ses adversaires et notamment Jean-René Bernaudeau, qui osaient lui disputer la victoire. Pas facile de courir sous la chaleur quand le public est contre soi.

 

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J’ai écrit, les années précédentes, que le Tour me dégoûte depuis l’affaire Virenque et, surtout, depuis qu’après avoir menti des années, suite à une tricherie monumentale, il jouissait d’une popularité incroyable. En fait, c’est pas le Tour qui me déplaît ni le cyclisme, c’est le comportement du public du Tour de France. Quand on a vu dans la presse, les banderoles pour soutenir Virenque, quand on a entendu soi-même, le public scander son nom à son passage et l’encourager avec force vivats, on ne peut qu’être dégoûté de l’humanité. Quand on voit, à la télévision, ces spectateurs courir à côté des coureurs, former une masse que le malheureux coureur a du mal à fendre, augmentant ainsi la chaleur autour de lui, le touchant, risquant (et pas seulement) de le déséquilibrer à tout moment, on désespère de l’humanité. Quand on assiste à des bagarres, parfois, pour mettre la main sur les gadgets balancés par la caravane publicitaire, on a l’impression d’assister à un combat de chiens au moment de la curée ; ou, plutôt, à la distribution de grains dans un poulailler. Chaque poignée jetée aux quatre coins de l’enclos fait se précipiter l’ensemble des poules à cet endroit alors même qu’elle étaient déjà en train de picorer la première poignée. Dans ces précipitations, il y a toujours des poules qui sont piétinées par les autres et qui, forcément, arriveront après et mangeront moins. C’est le spectacle quotidien donné par le public du Tour de France.

Car, qu’on ne s’y trompe pas, il ne vient pas de la planète Mars et n’est pas issu d’une génération spontanée qui disparaît aussitôt. Ces gens existent le reste de l’année. Ils donnent leur opinion. Ils votent. Plus prosaïquement, ils nous côtoient, nous donnent des ordres ou en exécutent. Ils sont nos voisins. Ils mettent le son de la télévision à fond. En été, ils ouvrent les fenêtres pour rafraîchir leur appartement alors même qu’ils y font entrer la chaleur du dehors. Ils sont de ceux qui rejoignent les voisins contre un(e) locataire solitaire qui ne se mêlent pas à eux. Ils pensent (?) que le maire n’en fait pas assez pour leur rue et trop pour celles où ils ne sont pas. Ils sont contents quand, avant les élections, on change l’éclairage dans leur rue et qu’on met un bac à fleurs juste devant chez eux. Ils trouvent que certaines catégories sociales sont privilégiées alors que ça devrait leur revenir. Ils sont sûrs que les chômeurs sont des fainéants car, du boulot, y en a : « je leur en donne s’ils en veulent, moi, j’en ai trop ! ». Ils pensent que tous les politiques sont corrompus, ne fichent rien (ou dorment à l’Assemblée, on le voit bien) et ne sont font élire que pour s’en mettre plein les poches.

chimulus - voisin

L’été venu, ils oublient tout ça, tous leurs soucis, et vont se détendre sur le parcours du Tour de France. Finis les voisins qui leur font des remarques parce qu’ils font du bruit. Là, ils sont libres d’en faire autant qu’ils veulent ! Finis les ennuis. Une fois passés les motards de la gendarmerie, on peut se lâcher, hurler, huer les sales cyclistes étrangers qui vont encore une fois gagner notre Tour de France. Les tricheurs sont les étrangers, bien sûr.

 

Quand même, ça fait du bien d’entendre MM. Daniel Pautrat et Jean-Paul Ollivier, deux journalistes remarquables qui ont fait leur boulot du mieux qu’ils pouvaient. Au passage, on apprend qu’après avoir dénoncé le dopage dans le Tour, « on » a demandé que Daniel Pautrat ne commente plus le cyclisme. On comprend autrement pourquoi TF 1 (chaîne nationale à l’époque) a perdu le Tour au profit d’Antenne 2 qui l’a conservé jusqu’à nos jours. L’honnête Jean-Paul Ollivier n’a jamais été mis en vedette dans la retransmission des étapes. C’était lui qui proposait les images d’archives mais, finalement, c’est de lui dont on se souvient. Même dans un milieu pourri, il y a quelques taches intactes. Robert Chapatte, son patron, aimait monter les uns contre les autres, proposait systématiquement les images des coureurs s’arrêtant pour pisser le long de la route, prenait partie pour un coureur français et dénigrait les autres : « C’est pas pour minimiser la performance de Stephen Roche et de Pedro Delgado mais, pour Jacques Anquetil et moi-même, Jean-François Bernard est le vainqueur moral de ce Tour » (à plus de 4 mn)

Au cours de ces émissions, il a été question de dopage ; forcément, dans le cyclisme. On relit, à l’occasion, le reportage d’Albert Londres sur « Les forçats de la route ». On comprend, si l’on fait un peu de vélo, qu’avaler des centaines de kilomètres par jour, pendant trois semaines, sous un soleil de plomb, ne peut pas s’effectuer normalement. Il y a toujours eu dopage et c’est inéluctable. Il est pour le moins incroyable que, chaque année, on reparle de ça et qu’à aucun moment, on ne diffuse d’extraits d’un Inter Treize de 2002 consacré au sujet. Les journalistes d’Inter et de Science& Avenir annonçaient qu’on pouvait faire fabriquer par l’organisme lui-même ses propres produits dopants et, ainsi, les rendre indétectables. Depuis 2002, on y est forcément mais on feint de découvrir le sujet tous les ans. Depuis les affaires Armstrong, on a affaire à des coureurs sous traitement médical. À l’époque, les responsables du cyclisme et la plupart des commentateurs s’offusquaient qu’on puisse accuser l’Américain de dopage alors que, courageusement (et c’est vrai) il combattait le cancer. Du jour au lendemain, on a jeté sa réputation aux chiens et les mêmes qui le défendaient pour ne pas égratigner l’image du cyclisme l’ont cloué au pilori pour se donner bonne conscience. Avec Froome, apparaît une génération de coureurs cyclistes asthmatiques. Désormais les cas d’asthme, dans le peloton, sont légion. Rien de tel que quelques étapes de montagne pour leur faire du bien, n’est-ce pas ? Qu’ils prennent un peu de Ventoline® est bien compréhensible. Et qu’on ne s’avise pas de s’attarder sur le dopage dans le cyclisme ! Aussitôt, on oppose les autres sports – le football particulièrement – où l’on passerait sous silence le dopage. C’est pas faux mais le cyclisme a une sérieuse avance et ça n’autorise pas les autres à en faire autant.

 Finalement, le matin même de l’arrivée à Paris, un commentateur extérieur en arrive à la même conclusion que celle que je voulais tirer : les spectateurs sont surtout mécontents parce que ça fait longtemps qu’un Français n’a pas remporté l’épreuve ni même brillé au sommet. Le dopage ne gêne que lorsqu’il est le fait de coureurs étrangers. Bon, d’accord, sur ce point, les Espagnols ne sont pas mal non plus. Quand il y a eu l’affaire Festina, les équipes espagnoles se sont retirées et la presse outre Pyrénées accusait les autorités françaises d’en vouloir aux équipes espagnoles parce qu’elles étaient les meilleures du monde et que ça déplaisait aux Français. L’humanité n’est pas belle et l’on aurait tort de croire que c’est le seul fait de supporteurs chauvins. En dehors de leur terrain favori, ils ont une vie et nous les côtoyons en permanence.

 

L’arrivée sur les Champs-Élysée, c’est pour tantôt. Comme d’habitude, y compris pour le centenaire, personne ne rappelle que l’idée revient à Yves Mourousi ; comme la montée des marches à Cannes et plein d’autres choses comme ça. On dit et répète : « la traditionnelle arrivée sur les Champs-Élysée ». Certes mais il n’en a pas toujours été ainsi.

 

https://www.minutenews.fr/actualite/tour-de-france-un-nouveau-nom-sur-les-champs-397007.html

https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/tour-france-geraint-thomas-alpe-huez-restera-moment-plus-incroyable-1519262.html

https://www.lejdd.fr/sport/cyclisme/tour-de-france-en-2007-le-calvaire-de-geraint-thomas-3721592