Eh bien, depuis le temps que je me lamente de n’avoir pas plus de réactions que ça à mes écrits, voici que Jérémy me donne du grain à moudre, au moment où je me demande si ça vaut encore le coup de continuer à l’heure des soi-disant « réseaux sociaux ».

Après avoir plafonné à plus de 1000 visites par semaine, voici deux ans, sans aucune publicité ni référencement, voici que la Lanterne de Diogène tombe à son niveau le plus bas et qu’il est peut-être temps de raccrocher. Paradoxalement, un nouvel internaute me fait le plaisir de commenter nombre d’articles et y apportant son expérience.

 

Impossible de répondre à tout mais je souhaite, à cause de mon expérience, m’attarder sur le RSA. Jérémy pointe fort bien les problèmes de ceux qui ont été rejetés de l’emploi à un moment donné, quelle que soit la raison, et qui ne parviennent pas à en retrouver malgré les compétences avérées. Il y a comme une malédiction qui s’est abattue une fois et qui poursuit celui qui n’a plus que la précarité comme planche de salut. En fait, le système pervers s’auto-nourrit. Je connais personnellement quelqu’un, habituée de la Lanterne de Diogène d’ailleurs, qui n’a plus pu exercer son métier d’artiste. Elle s’est rabattue sur les emplois aidés dans l’Éducation Nationale où ses compétences, dépassant celles des titulaires, ne lui ont pas permis le renouvellement de ce contrat aidé quand c’était encore possible ; les titulaires voyant d’un très mauvais œil cette moins-que-rien qui, par ses expériences et ses compétences leur faisait de l’ombre. S’ajoutent des problèmes avec son propriétaire et l’expulsion. Elle arrive, grâce à la compréhension d’une propriétaire, dans un village du Grand-Est, à trouver un logement mais, loin de tout, sans véhicule, impossible de répondre aux simples convocations de Pôle-Emploi. Alors, pour trouver du boulot, n’en parlons même pas. Pour que la mesure soit comble, l’assistante sociale n’a rien trouvé de mieux à lui dire que de retourner à Paris et qu’il n’était pas question pour le Conseil Départemental d’accorder le RSA à quelqu’un qui vient de l’extérieur. Ça fait 6 mois que je suis sans nouvelle.

 

Jérémy rappelle aussi que, autrefois, on pouvait trouver à se faire embaucher pour quelques billets par-ci, par-là : manutention dans les marchés, plonge, ménage, poubelles à sortir, travaux dans les champs etc. Aujourd’hui, pour tout ça, il existe des machines ou des dispositifs qui rapportent à l’employeur alors que, à l’époque, il avait besoin de main-d’œuvre et pas d’une astuce pour payer moins ou gagner plus. Des associations qui œuvrent dans la réinsertion agissent en fait comme des marchands d’esclaves sans même s’en rendre compte. J’ai aussi connu quelqu’un, dont la probité et l’honnêteté étaient exemplaires, qui proposait des boulots sous-payés à des gens en grande difficultés. Est-ce utile de préciser que ces boulots s’enchaînaient sans déboucher sur quoi que ce soit ? Au début, la personne qui instruisait le dossier pour le RMI, ne manquait jamais de dire : « J’insiste sur le « i » parce que le but, c’est l’insertion ! ». On se demandait, alors, si c’était un véritable espoir ou si c’était une plaisanterie involontaire. Dans cette affaire d’insertion, il y a, d’un côté des naïfs, pleins de bonnes intentions et sincères et de l’autre des malins qui voient tout l’intérêt à maintenir les gens dans la précarité pour disposer d’un volant de main-d’œuvre bon marché et corvéable à merci.

 

Un autre point va contre les idées reçues. Quand on postule pour des métiers dans le domaine de la culture, on est impressionné par le profil des candidats : tous ont des diplômes universitaires mais sont en rade et au chômage de longue durée. Inemployables ! En fait, on se demande si un haut niveau de compétence n’est pas un obstacle. Celui qui embauche craint que le nouvel arrivant en sache plus que lui et que son autorité soit ébranlée vis à vis des autres. Les collègues, eux, vont redouter qu’il ne soit promu à leur place. Dans le premier cas, il n’y a pas embauche. Dans le deuxième, il y aura conflit ou cabale visant à expulser le nouveau. On le voit bien quand il y a un stagiaire. Si l’on sait qu’il ne va pas rester, on va lui trouver toutes les qualités pour qu’il ait une bonne appréciation sur son rapport. S’il y a une embauche à la clé, on ne manquera pas de signaler qu’il a laissé un document sur la photocopieuse ou qu’il n’a pas bien rangé le dossier : « C’est pourtant pas difficile ! ».

Bien sûr, l’entourage immédiat n’a pas de valeur scientifique pour tirer des leçons mais je ne connais personne, sans autre diplôme que son permis de conduire, qui se trouve au chômage ou, même, qui ait connu des périodes de chômage. En revanche, des diplômés du supérieur, sans boulot ne sont pas rares dans ce cas.

Le RSA permet de vivoter tant bien que mal. Rappelons aussi que, contrairement à une diapositive qui circule sur la toile depuis des années, il n’y a pas de « prime de Noël » mais une retenue mensuelle qui est restituée en fin d’année. Tout dépend des frais incompressibles (loyer, assurances, carburant, combustibles etc.), bien sûr, mais on y arrive à peu près. En revanche, si l’on doit changer son chauffe-eau ou réparer sa voiture, c’est la catastrophe parce que, là, il n’y a plus rien !

Comme si ça ne suffisait pas, il faut encore affronter les commentaires des autres : « Quand on veut, on peut ! », « Du boulot, y en a : y a qu’à aller vider les poubelles mais ça c’est trop fatiguant, hein ? », « Moi aussi, j’ai eu des problèmes [lesquels?] mais je m’en suis sorti parce que je me suis battu ! ». Ajoutons encore : « Tout s’arrange dans la vie ! ». Tu parles.

 

Cependant, je diverge, à présent, sur le revenu de base universel. Au départ, j’étais pour et très enthousiaste. Un simple constat : avec les progrès techniques, le travail ne peut plus assurer les revenus pour vivre dignement. Il faut trouver autre chose. Le revenu de base universel est une solution. Avec cette base, on n’est plus angoissé, on n’est plus dans l’insécurité qui vous fait vous raccrocher à un boulot détestable pour un salaire dérisoire. On peut laisser la place à un autre qui s’y épanouira tandis qu’on pourra trouver sa voie ailleurs. On peut créer son entreprise ou se lancer dans l’art. Les idées ne manquent pas. Sauf que, le patronat français a tout de suite compris l’intérêt d’une telle mesure. Avec, disons 800 € de RBU, on peut baisser les salaires d’autant et se contenter de verser royalement 750 € et, qui plus est, sans cotisation puisqu’il n’y a plus d’autre prestation sociale. L’âge d’or ! On le voit en ce moment-même puisque les entreprises ont renoncé à augmenter légèrement les salaires dans la mesure où le Gouvernement a donné du pouvoir d’achat aux salariés. Si le patronat se réjouit de pouvoir garder quelques dizaines d’euros par salarié, à plus forte raison s’il pouvait en garder dix fois plus. Donc, tant que le patronat français fonctionnera avec cette sale mentalité, il faudra des lois et des contrôles et maintenir le Smic et le RSA pour pallier la rapacité des employeurs.

 

Cet échange paraît le jour où le Gouvernement présente son plan de lutte contre la pauvreté. Le Revenu Universel d’Activité en est la principale mesure. Il ne s’agirait pas d’une allocation pour remplacer les autres mais d’un dispositif d’accompagnement personnalisé. Fort bien. Comme d’habitude, les intentions sont louables mais qu’en est-il des moyens à l’heure où l’État est sommé de dégraisser les effectifs pour « faire des économies » ?

De plus, ainsi que l’a fait remarquer un internaute, le plan contre la pauvreté c'est 8 milliards sur 4 ans.
Comme il y a 9 millions de pauvres en France ça fait 720 euros par bénéficiaire sur 4 ans.
Soit 180 euro par an ou 15 euros par mois ou 50 centimes d'euros par jour...

Rappelons qu'en 2017 la fortune de Bernard Arnault à crû de 26 milliards d'euros, soit 95 millions par jour…

 

Mais là n’est pas l’essentiel. En entendant la Ministre, Mme Buzyn commenter les mesures, on est renforcé dans l’impression que, pour les pouvoirs publics et dans l’opinion publique, le problème des exclus, c’est qu’ils ont du mal pour chercher du travail ou qu’ils ne sont pas bien formés. Par conséquent, il suffit de les aider à trouver du travail et ils seront sauvés. Or, du travail, il n’y en a pas assez pour tout le monde et c’est pas en annonçant des réduction d’effectifs dans les fonctions publiques, des plans de licenciements dans l’industrie, des trains qui vont rouler sans conducteurs ou des robots qui préparent des pizzas fraîches que ça va s’améliorer. Ce gouvernement fait comme les autres. Il met en place une politique dont il est persuadé qu’elle va résoudre tous les problèmes, à commencer par le logement et que, par conséquent, le chômage étant éliminé, les autres politiques d’aides et d’accompagnement vont permettre de sortir de la pauvreté. Sauf que ça fait au moins 30 ans que ça dure et qu’on ne veut pas admettre que le chômage est installé dans la durée et ne peut qu’augmenter entre la diminution du recours au personnel et l’augmentation de la population.