Bien sûr, c’était attendu mais ça fait tout de même de la peine.

Je n’aimais pas Aznavour autrefois avec ses chansons qui parlaient des aléas des couples installés et des infortunes des rencontres sans lendemain. Je n’aimais pas sa voix non plus. Il a fallu « Ils sont tombés » pour que je prenne la mesure de l’étendue de son répertoire.

 À l’âge d’homme, j’ai pu découvrir quelques petits bijoux comme « Ma bohème » qui évoquait mon village de Montmartre tel que je l’ai connu au début mais plus pour très longtemps. Les airs de jazz (Jazznavour), les airs tziganes et puis, c’était l’auteur d’une de mes chansons préférées, probablement celle que j’ai entendu en premier sur l’électrophone de mes parents « Les comédiens » mais par les Compagnons de la Chanson. Le meilleur ami d’ Aznavour était Fred Mella, leur ténor et soliste. Du reste, chaque fois que l’un ou l’autre évoquait un souvenir, il commençait par : « J’étais avec Fred Mella et... » ou bien « J’étais avec Charles Azanavour et... ». Fred Mella racontait comment lui, fils d’immigrés italiens avait rapidement sympathisé avec Aznavour, fils d’immigrés arméniens.

 

L’Arménie, pour paraphraser Corneille, on pourrait dire que l’Arménie n’est plus en Arménie, elle est toute en lui.

 

Discrètement, comme tous les Arméniens, il y pensait tout le temps et il soutenait la cause de l’Arménie et des Arméniens chaque fois qu’il le pouvait. Premier génocide du XXe s. (mais pas le 1er au Moyen-Orient), on sait que le silence des puissances de l’époque a servi de modèle pour celui des juifs. Du reste, il y a de nombreuses similitudes entre les deux peuples, l’exil, les violons, les génocides, la volonté de se relever et de relever les plus faibles d’entre eux.

Aznavour était aussi un amoureux de la Provence. Il habitait au bord de la Durance, « L’eau vive » de l’autre grand chanteur, Guy Béart. Il y aurait tant à dire tant la vie et la carrière de Charles Aznavour ont été riches. Sans doute que des radios ont déjà commencé à passer ses chansons, en commençant par les plus connues.

 Malgré tout, si je mets de côté l’émotion de l’hommage aux enfants d’Arménie tombés, si je mets en sommeil la nostalgie des « Comédiens » qui traversent dans la nuit des villages endormis, je mettrai au sommet « Emmenez-moi », hymne au voyage, à la découverte d’autres horizons, d’autres humains. Et une pensée pour Marina, un voyageuse rencontrée au cours de voyages qui, me sachant français, aimait me chanter « Emmenez-moi ».

On emmène toujours une chanson avec soi quand on voyage, quand on va vers l’autre car on n’oublie pas d’où l’on vient ni ce que l’on cherche ailleurs.

 Charles Aznavour a beaucoup voyagé pour son métier. Partout, il était connu et reconnu. On disait que c’était le seul crooner d’expression française. Il chantait dans plusieurs langues et l’on avait l’impression de comprendre car il faisait toujours du Charles-Aznavour.

 

J’aimerais savoir dire « adieu » en arménien à ce petit géant de la chanson

 

 

aznavour - rfi

 

 

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