Après avoir regretté que l’ami fidèle, Alain, ne veuille pas que son commentaire soit publié, et après avoir remanié celui de Jérémy avec qui nous partageons beaucoup de souvenirs – quoi que n’ayant pas vécu dans les mêmes sphères – voici mes propres souvenirs d’auditeur.

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Tout commence quand, tout petit, pour rien au monde, je n’aurais manqué Zappy Max sur notre poste à lampes. Aucun véritable souvenir de ce qu’il faisait mais sans doute le nom sonnait bien dans mes petites oreilles. Par la suite, c’est le transistor japonais reçu comme cadeau de mariage de mes parents qui a apporté « la magie des ondes » dont Claude Villers se moquait tant.

 

Claude Villers passait son temps à se moquer des traditions, des choses instituées. Il déclamait les poésies apprises au collèges (« Oh ! combien de marins, combien de capitaines ») et les chansons entrées dans le patrimoine comme « Village au fond de la vallée... » des Compagnons de la chanson. À l’époque, il était de bon ton de démolir les monuments comme Victor Hugo. On voit le résultat que ça donne dans l’Éducation nationale, enviée autrefois dans une bonne partie du monde et à la traîne aujourd'hui après les délires du pédagogisme, de la méthode globale et des classiques jetés aux orties. Il cassait tous les soir du sucre sur le dos de Jo Dona et son « Inter-Danse » qu’il présentait comme le symbole de la radio ringarde quand lui incarnait la modernité et le bon goût. Avec lui, on voyait poindre ce qu’on a appelé plus tard la pensée unique : un prêt à penser obligatoire. On passait beaucoup de chansons en anglais chez lui. Bernard Lenoir était dans l’équipe mais pas au micro sauf quand il faisait des incursions à RTL où il n’avait, bien sûr, pas le profil de l’antenne populaire. On passait les morceaux de Dominique Blanc-Francard, « le frère de l’autre » comme il disait ; l’autre étant son co-animateur prénommé Patrice. Aujourd’hui, ce serait impensable. Il y avait plusieurs rubriques dont « Yves Simon story ». Je ne me rappelle pas quand il avait remplacé les animateurs mais je me souviens d’Eddy Mitchell qui avait beaucoup de difficultés d’élocution. La radio, c’est pas comme la chanson. Eddy Mitchell tenait une rubrique consacrée au cinéma série B. Villers et Blanc-Francard le considéraient comme le rocker français contre Dick Rivers et, bien sûr, Johnny, caricaturé dans le « feuilleton » de « Pas de panique » où tous ceux qu’ils n’aimaient pas apparaissaient avec un pseudo à peine modifié pour y être ridiculisés, à commencer par leurs confrères de la station.

D’accord, ça changeait, ça me faisait découvrir plein de choses mais je ne comprenais pas tout. Néanmoins, je garde de bons souvenir. Curieusement, je me souviens du « musée de pas de panique » où j’ai entendu Rudy Irigoyen, au moins aussi bon que le chanceux Mariano et du « jazz de pas de panique » que Villers détestait mais qu’il concédait à PBF. Oserai-je rappeler un jeu de mots auquel je pense souvent ? Patrice Blanc-Francart venait de présenter un morceau de Charly Mingus quand Villers lui répond : « Parle à Mingus, ma tête est malade ».

En fait, ce qui m’avait captivé au cours de la toute première saison, c’était la série de reportages sur les OVNI par Jean-Claude Bourret, connu surtout, à l’époque pour la présentation des flashes du matin. Sceptique au début, il avait fini par conclure que le phénomène existe. C’est lui qui a popularisé les OVNI. Avant, on n’en parlait pas et les soucoupes volantes étaient des objets de BD ou de films de science-fiction.

Henri Gougaud intervenait de temps en temps, au gré des séries qui se renouvelaient. Lui aussi s’intéressait aux OVNI et avait cru trouver dans la Bible (Ezéchiel) le premier témoignage d’un rencontre du troisième type. Des années plus tard, il racontera des histoires face à Pierre Bellemare sur Europe 1 et, plus tard encore, aura son émission sur l’étrange avec Jacques Pradel « Ici l’ombre ». J’aimais bien quand Bellemare racontait « les aventuriers » mais j’avoue que les affaires criminelles, mêmes racontées par lui, sans détails sordides (Bellemare avait de la tenue et ne racolait pas), finissaient par mettre mal à l’aise. Force est de constater que les auditeurs ont davantage plébiscité les criminels et les policiers que les aventuriers. Jean-Pierre Cuny a rejoint l’équipe de Bellemare d’ailleurs, au point de lui succéder dans la présentation de « La Tête et les Jambes » où il n’était pas à sa place. Il a fini par être remplacé, d’abord par le co-producteur Jean-Paul Rouland puis par Philippe Gildas dont je découvrais le visage. Je n’avais jamais oublié sa voix et sa prestation dans le 6-9 de France-Inter.

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Finalement, je n’aimais pas tant que ça cette émission. Je préférais ce qu’il y avait avant, en lieu et place. Avant, tous les soirs, il y avait un programme différent qui a été balancé sur Inter-Variétés, la déclinaison en PO de France-Inter à la création de « Pas de panique ». Nicolas Hulot a débuté dans la rubrique « La poignée dans le coin » consacrée à la moto dont PBF était fan mais c’était déjà dans « Loup-Garou » et plus dans « Pas de panique ». J’ai adoré « Viva », l’été 1978 où le duo passait souvent « Airport » des Motors, groupe éphémère. Ensuite, ils ont fait émission à part. « Marche ou rêve » a été un monument que j’ai suivi épisodiquement. La vie étudiante avec ses cours, ses partiels et ses loisirs annexes est incompatible avec le suivi régulier de la radio et de la télévision. Je suis revenu à la radio mais suis resté éloigné de la TV.

 

Je déplore également la disparition des dramatiques (c’est comme qu’on disait avant) de l’antenne de France-Inter. Justement, encore au début des années 1970, il y avait le Théâtre de l’étrange le lundi soir, L’heure du mystère le mardi, le boulevard le vendredi. Entre temps, le mercredi soir, il y avait eu « La Tribune de l’Histoire ». Soient quatre dramatiques pendant la semaine parfois précédées par Gérard Sire et son « conte à rebours » ou José Artur et « Qu’il est doux de ne rien faire... ». Par la suite, « la Tribune » a subsisté le samedi soir avant de céder la place (quand Alain Decaux est entré au Gouvernement et qu’André Castellot n’a pas voulu continuer sans lui) à « Question pour l’Histoire ». Il faudrait faire une compilation des deux premières saisons de cette émission, alors reprise par Jean-François Chiappe. Tout y était désuet et même suranné. Il faut réaliser que cette émission passait à la fin des années 1980, donc. Heureusement, l’émission a été reprise par Claude Chebel devenu producteur et réalisateur avec la participation de Jean Favier, Marcel Julian et d’autres grandes signatures.

Tout au long de ces mêmes années 1980, il y avait aussi « Les Tréteaux de la nuit », de Patrice Galbeau et Jean-Jacques Vierne, le samedi à 22h, où les plus grands comédiens du moment participaient : Michel Serault, Claude Piéplu, Jean-Luc Bideau, Anny Duperey etc. Impensable aujourd'hui. Et puis, il faut bien constater que la dramatique qui subsiste, toujours dans l’émission d’Histoire de Stéphanie Duncan, sans doute par manque de moyens est très en dessous de ce qui est cité plus haut. Le scénario tente de placer les faits historiques à la va-comme-je-te-pousse, les ellipses sont narrées et les comédiens souvent pas bons.

 

 

J’ai indiqué à plusieurs reprises, ici, que celui qui m’a attaché au poste de radio, c’est Yves Mourousi. « Édition-on-on-on, treize heures-zeures-zeures » suivi du « Bonjour » qui est devenu sa signature. Il changeait beaucoup et l’indicatif était tantôt pop, tantôt martial. Yves Mourousi, c’était du journalisme rigoureux et, dans le magazine, un programme à lui tout seul. Yves Mourousi m’a fait aimer la radio et ses invités. Quelle joie, le jour où ma mère m’a montré sa photo dans un magazine ! Et quelle joie, plus tard, lorsque nous avons eu la télévision, et que je le voyais présenter Inter 3, le journal de la 3e chaîne qui venait juste d’être lancée. Je ne l’imaginais évidemment pas comme ça, avec un léger strabisme. C’était ça la magie de la radio, imaginer la tête du bonhomme qui parle et le studio. On savait qu’il y avait une vitre derrière laquelle se trouvait le réalisateur, deuxième nom cité au début et à la fin de l’émission.

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Quand on habitait Paris, qu’on ne sortait pas beaucoup, toutes ses émissions à l’extérieur étaient une ouverture extraordinaire. Même quand on ne connaissait pas l’ABC (ancien music-hall reconverti en cinéma dont YM a accompagné l’ouverture), la scène de l’Opéra (que je ne connaîtrai jamais), la Croisette (pour le Festival de Cannes et le Midem), le Palais des papes d’Avignon etc., c’était quelque chose ! Il me semblait que me parvenait le parfum de ces lieux inconnus. Yves Mourousi a tout inventé et si je garde une dent contre Fabrice Drouelle, c’est parce qu’un jour,, il a fait répéter trois fois à Gilles Jacob que c’était Yves Mourousi qui avait eu l’idée de la montée des marches à Cannes, tellement ça lui paraissait incongru. Yves Mourousi qui a aussi eu l'idée de l'arrivée du Tour de France sur les Champs et qu'on n'a même pas évoqué pour le centenaire...C’est là que j’ai compris qu’on dézingue les anciens et les pionniers dans les écoles de journalisme et que Mourousi n’est plus connu que pour avoir interrogé Mitterrand « une fesse sur le coin du bureau ». C’est le mot « fesse » qui est important dans l’affaire…

 

 

Aiguisé par les pages du Quid consacrées aux médias, avec quelques publicités, j’ai cherché à découvrir sur le transistor que je m’étais fait offrir, les radios plus lointaines. Adolescent, j’écoutais de préférence le hit-parade de RTL pour ne pas être en reste vis à vis de mes camarades. Je restais pour « Poste restante » de Jean-Bernard Hebey et j’ai même révisé le BEPC en écoutant « Les routiers sont sympas ». On captait pas RMC ni Sud-Radio à Paris mais, de temps en temps, sans doute quand le temps était dégagé, on pouvait choper quelques bribes. Plus tard, je me suis fait offrir un poste pour les ondes courtes (OC) qui me permettait d’avoir la BBC.

Malgré tout, au gré de mes déplacements, j’ai quand même connu José Sacre, Jean-Pierre Foucault, Guy Vial, Carole Chabrier et Zappy Max, le midi... Enfin, je le retrouvais ! Ce qui m’étonnait, c’était que ces animateurs intervenaient plusieurs fois dans la journée. J’ai pu aussi entendre Jacques Bal sur Sud-Radio après avoir quitté France-Inter. Je me souviens aussi de l’accord passé entre RTL et RMC pour que les auditeurs du nord puissent entendre un peu la radio du sud et inversement. Ça concernait surtout « Les routiers sont sympas », privés de leur Max dès qu’ils s’aventuraient dans les Maures et l’Estérel. Ça me paraissait tellement lointain tout ça...

C’était encore la grande époque de RMC à laquelle Jérémy fait allusion, ce ton familier et familial. Dès le début des années 1980, la chaîne monégasque se portait mal et ce n’est pas avec Simon Monceau, ni avec Claude Villers à sa tête, parisiens en diable, qu’elle a pu se relever. On ne s’improvise pas patron d’un grand média (ni même d’un petit). RMC a connu un sursaut quand Hervé Bourges, débarqué de TF 1 par Bouygues, en a pris la direction. C’est lui qui avait embauché Yves Mourousi, débarqué plus tard pour cause d’audience en baisse. Hervé Bourges se souvenait des avertissements et conseils d’Yves Mourousi quand il était son patron. Il faut bien reconnaître qu’il a fallu attendre l’époque de la reprise par NextRadioTV d’Alain Weill et sa transformation en station d’info continue pour imposer la station durablement. Bien sûr, il ne reste rien de la radio soleil qui est plutôt l’affaire de France-Bleu Provence de nos jours.

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Un mot sur Jean Sas, découvert à la télévision quand Guy Lux avait en charge les dimanches après-midi, présentés par Jean-Pierre Foucault dont je découvrais, enfin, le visage. Avec Jean Sas, on sentait qu’il y avait quelque chose de nouveau, du jamais vu. Peu après, il a été embauché sur France-Inter dans « Sas dit, Sas fait ». Disons que le « charablabla » amusait jusqu’à ce qu’on se rende compte que, la plupart des gens, nos semblables, n’écoutent pas les questions et répondent n’importe comment. L’humain est ainsi fait qu’il n’aime pas voir sa médiocrité exposée au grand jour. Je crois qu’il est retourné sur RMC avant de finir sur France-Bleu.

 

RMC comme radio a souffert de paradoxes. Radio périphérique, elle n’a jamais eu ni la taille, ni les moyens, ni l’envie de concurrencer les trois autres radios généralistes. Il aurait fallu qu’elle se contente d’être une radio locale mais son patrimoine, son prestige, notamment au Moyen-Orient, ne pouvaient pas la cantonner dans ce rôle. Avec l’émergence des radios FM dans les années 1980, la situation est devenue intenable. Les expériences, les erreurs de stratégie, l’embauche des renvoyés des médias nationaux n’ont pas redressé la barre. Curieusement, Sud-Radio, à l’ouest, a mieux négocié le virage de la bande FM avec des ambitions plus modestes et, finalement, une présence bien au-delà de sa zone d’influence historique.

 

C’est aussi à cette époque que je suivais dans L’Aurore, journal qui traînait à la maison, les infos sur les émissions de radio et où j’espérais voir la photo d’Yves Mourousi. La rubrique était tenue par Madeleine Loisel qui a, par la suite, dirigé un de ces petits magazines de télévision vendus dans les magasins populaires. Elle a quitté le bateau dès qu’Hersant a mis la main dessus. Madeleine Loisel est aussi celle qui a fait débuter Pierre Desproges dans ce quotidien. Ah, dès qu’on cite Desproges, ça change tout. Sans ça, elle aurait été une vague collaboratrice d’un journal de droite disparu.

 

Nous z’aussi nous écoutions la radio scolaire. Si je me souviens bien, c’était le mardi après-midi que l’instituteur sortait un poste de l’armoire fermée à clé et le branchait. Nous reprenions les chansons et apprenions les paroles. Il y avait aussi cette initiation à la musique classique. C’est comme ça que je connais l’histoire du « Casse-noisette » et de la « valse des flocons » et encore « La marche des rois » suivie de « la danse du cheval fou ». Très surpris de voir ce dernier morceau connu uniquement sous le titre générique de « farandole ». Ça, c’était de Bizet, bien sûr, mais pas sûr que ça m’ait marqué à l’époque. Comme visiblement, nous avons le même age, voici quelques titres de chansons apprises à l’époque : « Feu de bois », « La troïka » (de « Lieutenant Kijé ») , « la Truite », « Chloen », « Les marins de Groix ». Impensable aujourd’hui !

 

J’ai aussi écouté la radio avec un écouteur unique dans l’oreille, quand je faisais mon service militaire et montais la garde. Il aurait pas fallu que je me fasse choper car j’aurais eu droit au trou. Il y avait beaucoup de gardes en Allemagne et une proximité géographique avec RTL et Europe 1 et ma taille ne m’a pas permis de faire le stage de conducteur de char à Carpiane où j’aurais pu, enfin, écouter RMC.

 

Alors, c’est bien de rendre hommage aux voix chères qui se sont tues et de se dire que c’était mieux avant. Cette radio dépeinte dans ces deux articles était une radio à taille humaine qui apportait un peu de joie dans les foyers modestes. S’il y a toujours des foyers modestes, ce n’est plus la cible des radios, toutes commerciales aujourd’hui, qui cherchent à faire dépenser l’argent de ceux qui en ont. Et puis, les générations actives ne veulent plus se contenter de petites joie Mathieu Gallet a eu le mérite de comprendre qu’il faut une cohérence entre le contenu et le contenant. Impensable, aujourd'hui, de ne pas voir la tête de ceux qui parlent dans le poste. D’ailleurs, il y a moins de postes et donc l’attente est différente. Le petit écouteur relié au smartphone a remplacé les enceintes des tuners des années 1970 et 1980 qui avaient remplacé le petit transistor avec sa grosse pile carrée, Leclanché, Wonder ou Mazda. Autant de marques disparues ou reprises pour d’autres usages. L’humoriste Chris Esquerre, qui remplace au pied levé le faux mondain Beigbeder, a tout de suite exprimé son dédain pour la vidéo. Nous avons dit à plusieurs reprises qu’il n’y aucun intérêt à voir quelqu’un lire son petit papier, tête baissée, pendant 2 mn ou 3 mn avec des rires forcés en fond sonore. Le fait est que les animateurs de radio, qui interviennent tous à la TV par ailleurs, s’adressent aux auditeurs comme à des téléspectateurs. La technique a anéanti la magie de la radio et l’imagination qu’elle aiguise et fait marcher. La radio, comme les autres médias audiovisuels, s’adresse à des consommateurs qui font partie des 80 % d’une classe d’age à avoir obtenu le bac et maîtrisent les nouvelles technologies.