La radio, sa magie, sa poésie aussi - même si avec le temps elle s'est un peu effilochée. C'est un sujet inépuisable pour connaisseurs éclairés, une source de souvenirs et d'anecdotes que je suis heureux de pouvoir partager ici car, à part quelques vétérans de ma connaissance, et des vrais, sans âge tellement ils sont vieux, qui ont connu pour ainsi dire la radio d'avant la radio, celle dont on peut entendre quelques reliques tard dans la nuit sur France-Culture déjà citée, on arpente un domaine qui flirte avec l'archéologie. 

Comme toi je suis à l'écoute depuis un demi-siècle. Depuis mon premier transistor (avant, je piquais l'un de ceux de mes parents, en particulier un de ces postes à lampes Jules-Verniens équipés de "
l’œil magique" hérités des temps héroïques, caisse en bois d'arbre, en bakélite, en métal, j'arrête là les digressions... !), c'était à la fin des années 60 et le choix des stations était intimement lié à ma géolocalisation, comme on dit aujourd'hui. 

 

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LA radio, sur la Côte d'Azur, à cette époque-là, c'était RMC. Une station familiale dont on retrouvait les animateurs sur Télé Monte-Carlo dans des magazines qui portaient essentiellement sur l'actualité régionale, magazines dont le producteur-rédacteur en chef était un certain Jean-Pierre Cuny, qui a poursuivi sa carrière comme documentariste ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Cuny ), animateurs que l'on croisait fréquemment sur le terrain des quinzaines commerciales, braderies, inaugurations de supermarchés et autres manifestations festives. Animateurs qui faisaient partie de nos vies. Il en était ainsi en ce temps-là. On pouvait les croiser dans la rue, certains leur payaient à boire, les gamins leur demandaient des photos dédicacées, des auto-collants, on reconnaissait de loin, sur nos plages, la casquette typique et les moustaches de Jean Sas et on voulait lui serrer la louche ( https://www.ina.fr/video/I12164360 ). 
Frédéric Gérard, fils du comédien marseillais Arius, était de loin le plus populaire des animateurs auprès de ces dames. Le succès de son radio-crochet et de ses chroniques était équivalent à celui de ses fou-rires incontrôlés. Il doit être quasi nonagénaire à ce jour et continue de cachetonner dans des feuilletons et téléfilms tournés à Marseille ( http://www.agencesartistiques.com/Fiche-Artiste/9381-frederic-gerard.html ). La voix suave de Carole Chabrier nous enchantait, boutonneux que nous étions ( https://www.youtube.com/watch?v=h5P5la4WdTk ). Le tandem JP Foucault-Léon Orlandi assurait aux matinées leur pesant de comique ( https://www.youtube.com/watch?v=krllplgsQiQ ). La grille devait s'étoffer vers le milieu des années 70 avec l'arrivée du brillant Yves Mourousi.
RMC ensuite a évolué vers le ronron uniforme des jeux et des promos entrecoupés de tunnels de pubes particulier aux radios périphériques, jusqu'à devenir un pendant commercial de France-Info au début des années 2000, où des individus aussi hétéroclites que Bernard Tapie fraîchement sorti de prison et le sexologue des d'jeuns d'alors, Christian Spitz, dit le Doc, venaient se succéder à l'antenne sous la houlette d'un certain Jean-Jacques Bourdin, pape du journalisme beauf (ce n'est là que mon opinion et je la respecte). L'esprit régional de TMC a peu à peu disparu jusqu'à une totale perte d'identité au cours des années 80. De rachat en rachat TMC n'est plus aujourd'hui qu'un logo TNT détaché de la Principauté, qui se spécialise dans la redif de redifs de redifs. 

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RMC version italienne était très écoutée chez nous (nous étions en zone frontalière) en ce début des années 70. Europe 1, RTL, Sud-Radio nettement moins, même avec l'apparition de la FM. Bien sûr il y avait Inter, que les anciens appelaient encore "Paris-Inter", une radio qu'on disait prisée par les intellos, France-Culture, que j'ai découverte un peu plus tard, avec ses voix académiques et ses pièces radiophoniques qui étaient comme des films sans images. Sur France-Musique, un souvenir amusant, Diogène : lorsque j'étais en CM2, c'était en 1970, le programme scolaire incluait une heure de musique hebdomadaire. L'instituteur amenait dans la classe un poste de radio aux dimensions imposantes qu'il réglait sur la fréquence de cette station, laquelle diffusait une émission qui nous était destinée, à nous élèves pré-pubères éminemment dissipés par ce que nous considérions surtout comme une récréation. Ensuite, FIP, qui anticipait la musique en streaming qui nous est devenue si familière aujourd'hui. 
Pour les initiés noctambules des grandes ondes, il y avait cette version londonienne de
RTL qui diffusait les hits de la soul music bien avant qu'ils apparaissent chez nos disquaires. Les nordistes pouvaient capter en continu cette station sur le modèle américain, avec speakers speedés et jingles démoniaques. Chez nous, dans le sud, c'était autour d’une heure du matin, avec un max de fading. C'est comme ça que ton serviteur, Diogène, est devenu un dingue de soul music et l'est resté avec les années ! 

J'ai décroché d'Inter à la période Val, grille et climat par trop trashy au goût du nostalgique de la période Villers-Gougaud-Bouteiller-Artur... et d'un certain Thierry Grillet, à l'époque stagiaire chez Claude Villers http://www.1-epok-formidable.fr/archives/12141 ; en l'espèce, j'ai le souvenir, autour de 1974, du passage d'Yves Simon comme remplaçant de Villers alors souffrant, et des débuts de Nicolas Hulot en tant que stagiaire, toujours chez Claude Villers, dans un reportage sur une panne d'électricité dans les buildings du front de Seine. 

 

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Quand tu évoques l'écoute de la radio sur smartphone, cela me renvoie aux transistors miniaturisés qui accompagnaient ceux de ma génération dans leurs balades et pérégrinations, en pique-nique, à la plage, et même fixés par un gros élastique au guidon du vélo. Le micro-écouteur fixé à l'oreille pour ne pas déranger le voisinage ou chez les filles, pour écouter la radio en douce pendant les cours, le fil noyé dans leurs longs cheveux. Finalement, si le support a évolué, la motivation est plutôt analogue. On a même connu des petits écrans de télé inclus dans certains ghetto-blasters japonais des années 80. Le podcast c'était l'émission enregistrée sur cassette par les soins des parents, du copain, de la copine, tandis qu'on était aux cours. 

Qu'est-ce qui a vraiment changé, au fond, dans les pratiques ? Et même dans les institutions vivantes qui tapinent de micro en plateau télé, dont certaines auraient leur place dans un musée de paléontologie, au rayon des fossiles.