Finalement, ce texte paraît un mois après l’avoir écrit et remanié suite à la mort de Guy Rétoré que je citais, et retardé pour cause d’actualité et d’échanges. Juste un mot sur Rétoré dont l’annonce du décès sur Inter s’est faite la veille de Noël alors qu’il était mort bien avant. En fait, ça devait correspondre à la diffusion d’un reportage nécrologique. Quoi qu’il en soit, place, non pas au théâtre, mais à celle qui le sert si bien : Armelle Helliot. Quelle belle façon de commencer l’année avec une personnalité si attachante !

 

 

armelle héliot

Armelle Helliot, ce nom ne te dit certainement rien mais c’est mon petit plaisir du dimanche soir, une fois par mois, quand elle participe au débat du « Masque & la Plume » où elle donne son avis sur les pièces du moment. Sa voix m’enchante depuis les années lycée où je tâchais de m’informer sur le théâtre sans pouvoir m’y rendre forcément. Armelle Helliot défend un théâtre exigeant mais elle le fait avec tendresse, presque en demandant pardon d’avoir aimé une pièce ou de ne pas partager l’enthousiasme des autres sur le plateau. Elle a gardé cette sorte de timidité face aux grandes voix masculines comme celles, autrefois de Pierre Marcabru ou de Guy Dumur qui se disputaient avec Gilles Sandier. Lui, défendait un vrai théâtre populaire et se mettait en colère contre l’opéra qu’il qualifiait « d’art des maîtres » qu’on voulait (qu’on veut toujours) imposer à tout prix, malgré un faible écho dans le public. Sandier était vraiment de gauche et ça voulait dire quelque chose. Quand il s’emportait, il ne cédait pas à l’émotion car il avait des arguments.

Au début de l’émission, François-Régis Bastide et Bernard Deutsch nommaient les critiques présents sur le plateau et, galanterie oblige, son nom commençait la distribution, suivi de son journal, Le Quotidien de Paris. Le Quotidien de Paris était un bijou de presse, lancé par un autre amoureux de théâtre, Philippe Tesson : couleur du titre, contenu sérieux, pages culturelles nombreuses, variées et éclectiques. L’appartenance d’Armelle Helliot à mon journal préféré ne pouvait que lui valoir mon admiration. Las, la première version du Quotidien de Paris n’a pas duré et Armelle Helliot a rejoint Le Figaro que je ne lisais, des années plus tard, que pour les petites annonces. Il y avait rarement son papier dans l’édition du lundi. Après tout, il était dans l’ordre des choses qu’une prestigieuse critique dramatique rejoigne le seul titre inspiré d’un personnage de théâtre dont une réplique célèbre est « Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ». J’ose à peine l’avouer, j’ai rarement lu les papiers d’Armelle Helliot. Je ne les cherche même pas sauf par simple curiosité car il me manquerait sa voix et je crois que j’en serais marri.

Armelle Helliot défend le bon théâtre contre vents et marées, contre les modes consistant à vider les pièces de leur sens pour favoriser les délires des metteurs en scène et flatter des commentateurs incultes qui s’ébaubissent devant les audaces, les nudités quasi obligatoires depuis des années, les artifices permises par la technologie actuelle. Armelle Helliot aime le bon théâtre, celui dont on sort en se disant qu’on a passé une bonne soirée. Elle aussi défend le théâtre populaire et fustige le public du Festival d’Avignon, constitué surtout de bourgeois qui viennent du Luberon tout proche, où ils ont chassé les habitants pour acheter leurs maisons, plutôt que par des jeunes qui campent sur le terrain municipal, sur les bords du Rhône. Elle aime voir évoluer les acteurs sur la scène. Parfois, on la sent contrariée quand une actrice est mal employée, s’ennuie sur scène, ou joue une pièce visiblement surfaite mais appuyée par un bon dossier de presse. Encore une fois, tout est dans le dossier de presse. Le dossier de presse permet de parler d’une œuvre sans l’avoir vue et de paraître savant en citant les références et anecdotes qui s’y trouvent.

Armelle Helliot n’a pas besoin de tout ça. Elle appartient à une génération qui se cultivait sans contrainte scolaire et elle dispose d’une excellente mémoire. On ne la lui fait pas et c’est un plaisir de l’entendre rappeler une mise en scène qui a marqué l’histoire du théâtre. Elle est devenue une encyclopédie vivante et sensible du théâtre. Madame, continuez à nous enchanter et à nous faire aimer le théâtre.