Depuis quelques années, nous déplorons, sur ce blog, la disparition des grands groupes industriels qui ont permis à la France de garder son statut de puissance moyenne dont la voix compte dans le monde. Ça n’est pas anodin car, aucun autre pays de cette envergure ne prend la parole, dans les instances internationales, pour défendre ce qu’on n’appelle plus le Tiers-monde. Certes, les cartes ont été rebattues et les BRICS mènent des actions concrètes pour soutenir les pays qu’on n’appelle plus « non-alignés » mais qui le sont, de fait, en refusant la tutelle de la superpuissance ou les règles de l’OMC.

 

Or, Marianne nous apprend, dans son n° 1140 du 18 janvier 2019, qu’un livre qui traite du même sujet vient de paraître : « La France vendue à la découpe » de Laurent Izard.

https://www.marianne.net/economie/comment-ils-ont-brade-la-france

 

https://www.marianne.net/economie/la-france-vend-aussi-ses-frontieres

 

https://www.marianne.net/economie/patriotisme-economique-si-suivait-l-autre-modele-allemand

 

On parle de « vente à la découpe » pour dénoncer, non seulement la braderie des fleurons de l’industrie mais aussi la vente de châteaux, d’hôtels particuliers dans Paris et de centaines d’hectares de terre agricole… Quand on sait que l’agriculture et, avant elle, la paysannerie, a joué un rôle fondamental dans la constitution de la puissance de notre vieux pays, on comprend que ce dernier point occupe une place symbolique forte dans cette dénonciation. La France s’apprête à céder, en deçà de leur valeur pour être bien sûr de trouver preneur, ses barrages, ses aéroports internationaux (surveillance des frontières), et pourquoi ses centrales nucléaires, ses musées, ses bases militaires. Il se trouve toujours un commentateur pour affirmer que l’État ne sait pas entretenir les routes ou n’a pas vocation à produire de l’électricité.

 

ivan-le-terrible-boyard

Pour notre part, nous évoquerons plutôt les boyards. Le film d’Eisenstein consacré à Ivan-le-Terrible nous montre comment les nobles russes du 16e siècle traitaient avec les puissances étrangères contre l’unité et l’intérêt de la Russie afin de conserver leurs richesses. Est-ce si différent lorsqu’on voit comment les actionnaires des très grandes entreprises votent leur dépeçage tant que le nouveau propriétaire maintient le cours de l’action et que, pour s’assurer le succès, il le conforte ? N’avons-nous pas, certains Présidents de la République récents qui gouvernent la France comme un conseil d’administration, qui se vantent de vendre le pays sous couvert de « renforcer l’attractivité de la France » ? Le Président Macron a tenu à s’exprimer en anglais pour bien montrer sa soumission et sa prosternation devant le modèle anglo-saxon

https://www.capital.fr/economie-politique/macron-reunit-150-patrons-a-versailles-pour-promouvoir-lattractivite-francaise-1324237

https://www.huffingtonpost.fr/2019/01/20/a-versailles-macron-veut-rassurer-les-grands-patrons-du-monde_a_23646389/

https://www.bastamag.net/Une-campagne-europeenne-pour-mettre-fin-a-l-impunite-des-multinationales?fbclid=IwAR3GI8SqoqrEE_31zvMyCTH-Oy2kiOxLDJmAr1XNfcR8t-dc9sa9uKczp6M

 

Faut-il encore rappeler que, après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, le patronat n’embauchait plus, n’investissait plus, n’achetait plus français ? Quand la droite revancharde (la droite a toujours considéré le pays comme sa chose) est revenue en 1986, sous prétexte de privatiser ou de faire marcher la concurrence (on ne précisait pas encore « libre et non faussée), elle a systématiquement remplacé les équipements des administrations par du matériel étranger. L’armée a acheté des camions Unic-Fiat, la police des Ford. Idem en 1993 avec l’achat de véhicules Ford pour La Poste. Le Gouvernement Chirac voulait privatiser en gardant des « noyaux durs », certes avant tout pour réserver un minimum d’actions pour ses amis politiques. Sans doute gardait-il aussi un vieux fond de gaullisme pour maintenir des entreprises dans le giron français tandis que l’ultralibéral Barre critiquait vigoureusement cette atteinte aux dogmes. Battu en 1988, il gardera néanmoins une forte influence et ce sont bien ses idées (diffusées dans son manuel d’économie) qui ont fini par l’emporter et qui ont facilité l’éparpillement de l’actionnariat et la fin des grandes entreprises françaises. On a parlé, voici près de 20 ans, d’entreprises de taille mondiale pour justifier que, ce qui restait d’entreprises françaises fusionne avec des géants mondiaux. Or, ces entreprises de taille mondiale existaient et ce sont les coups assénés par les politiques libéralistes qui ont réduit ses entreprises et les ont livrées à leurs concurrents. En fait de fusion, on a vu que, à chaque fois, l’entreprise française disparaissait.

 

boyards

Les boyards d’aujourd’hui cèdent des pans du patrimoine commun, payé en grande partie par l’impôt, pour le seul profit d’une puissance étrangère soucieuse avant tout (et c’est bien normal) de ses intérêts. Si nous reprenons la liste de tous les poids lourds de l’économie dont il était question dans les reportages à la Bourse de Paris au début des années 1970,

Mémoire d'auditeur : la bourse

le constat saute aux yeux. Les étrangères citées (auxquelles il faut rajouter Sanofi) existent encore. Bayer vient même de se renforcer en rachetant Monsanto, sans que personne, ni à l’OMC, ni à l’UE, ne trouve à redire sur cette concentration dans le domaine de la chimie et particulièrement de l’agrochimie. En revanche, la Commission Européenne s’insurge contre l’atteinte grave au dogme de « la concurrence libre et non-faussée » que constitue la fusion Alstom-Siemens sur un segment de marché. Les Françaises, donc, ont quasiment toutes disparu ou ne sont plus que des filiales ou des marques tombées dans l’escarcelle d’une entreprise transnationale quelconque, trop heureuse de proposer un nom français sur certains marchés. Jusqu’aux services publics qui ont été démantelés car considérés comme un monopole d’État intolérable. Dernièrement, les « Pages Jaunes » ont été revendues à des capitaux étrangers. L’annuaire n’était autrefois qu’un service offert aux abonnés au téléphone mais comme il avait une activité commerciale, il a fallu le détacher de France-Télécom, elle même séparée des PTT. TDF, une des sociétés issues de l’ORTF née en 1975 est détenue depuis longtemps par des capitaux étrangers au gré de ventes d’actions, de rachats et autres jeux boursiers qui amusent certains. Il ne reste, pour ainsi dire, plus rien de ce qui a assuré la prospérité de la France et des Français. En clair, ce qui est commercial et qui rapporte doit passer au privé tandis que ce qui coûte cher, la diffusion et l’entretien des lignes, doit rester à charge du contribuable. On ne s’étonnera donc pas si, à force, la population rejette tout ce qui vient de « l’Europe » et manifeste son mécontentement face aux coups portés au standard de vie à la Française.

 

Nous rappellerons les autres articles consacrés

Alstom - Siemens : qui se souviendra d'Alstom ?

Alsthom, sans h et sans rien

Des nouvelles du TGV

Regards sur la France en 30 ans de TGV

TGV et démocratie

Notre intérêt pour le transport ferroviaire nous amène à évoquer, souvent, le cas d’Alstom qui fait figure aujourd’hui de cas d’école. Sans savoir que cette entreprise phare de l’ancienne CGE allait être démembrée à ce point, les divers rebondissements depuis une quinzaine d’années nous avertissaient de ce qui s’est finalement passé. Curieusement, en acquérant Alston, General-Electric ne subit pas les foudres des autorités soucieuses de la concurrence. Dans cette affaire, les boyards ont tout fait pour que cette entreprise majeure disparaisse, jusqu’à son nom. Pourtant, son excellence dans le nucléaire devrait pousser les autorités à tout faire pour conserver Alstom dans l’hexagone. D’autant plus que le nucléaire est un domaine sensible et stratégique. Désormais, les centrales nucléaires françaises, qui assurent encore près de 80 % des besoins en électricité, dépendent du bon vouloir des autorité étatsuniennes pour la maintenance et l’amélioration. À tout moment, ces mêmes autorités pourront décider d’interdire l’exportation de matériel et de technologie, devenues GE, à destination de la France, par exemple. La vente d’Alstom fait peser de lourdes menaces sur la force de dissuasion nucléaire. Si c’était la Russie qui convoitait Alstom, qu’est-ce qu’on entendrait ! Aujourd’hui, même si Alstom revenait sur le territoire, ce serait vidé de son contenu essentiel. Il y a un précédent avec Unilever qui a décidé de fermer son unité de production de moutarde à Dijon tout en emportant la recette pour la faire fabriquer ailleurs. Ce qui n’empêche pas Unilever d’avoir ouvert une superbe boutique dans le centre de Dijon pour y vendre la moutarde de Dijon fabriquée ailleurs. Passe pour la moutarde (et encore) mais pour le nucléaire… Le pire, c’est que ce dépeçage du patrimoine industriel, ou du patrimoine gastronomique, par exemple, se fait avec les encouragements des autorités françaises et l’extraordinaire bienveillance des médias qui répètent à l’envi que la fusion (aujourd’hui douteuse) de Siemens et d’Alstom donnera naissance au numéro 2 mondial de matériel ferroviaire alors que, Alstom tout seul est déjà le numéro 2 mondial. Leurs petits concurrents ont saisi la commissaire de l’UE à la concurrence pour dénoncer cet accord qui prévoit tout de même que chacune des deux entreprise cède une partie de sa production et là, ça renâcle du côté allemand. Chez Siemens, on n’a pas du tout envie d’abandonner des savoir-faire exclusifs, qui représentent des études et de l’investissement pour que d’autres s’en servent contre elle. Ces scrupules ne semblent pas avoir effleuré les Français qui ont laissé partir leur technologie en matière nucléaire et qui s’apprêtaient à en faire autant pour le TGV qui, nous l’avons rappelé à maintes reprises n’a été possible que parce que l’État français a pris le risque d’investir dans des études à une époque où l’on annonçait la fin du train. On ne peut donc s’empêcher de penser qu’il y a une volonté claire et déterminée d’en finir avec les grandes entreprises françaises. Le mal est fait et la France n’a plus les moyens de son indépendance. Tout ce qui a été mis en place par le CNR puis par De Gaulle est piétiné. Tout ce qui avait donné à la France les moyens de son indépendance et de son mode de vie original est anéanti. Lorsque nous avons évoqué, sous prétexte de souvenir d’auditeur de France-Inter, le reportage quotidien à la bourse de Paris au début des années 1970, nous avons voulu mettre en évidence la disparition de grands groupes industriels de taille mondiale et, avec eux, ces bastions de salariés qu’ils constituaient. Ceci explique sans doute cela.

 

https://www.marianne.net/economie/alstom-general-electric-les-preuves-du-grand-racket-americain

 

La vie nous apprend qu’il ne faut pas compter sur les autres. De Gaulle était bien placé, après son séjour à Londres, pour savoir qu’il est vain d’attendre de l’aide, surtout de concurrents potentiels. Aussi, avec les structures mises en place dès 1945 par le CNR, revenu au pouvoir en 1958, il n’a eu de cesse de doter le pays des structures nécessaires à assurer pour ne dépendre de personne, pour ne pas subir les sautes d’humeur des superpuissances ou les aléas des relations internationales, surtout dans un contexte de guerre froide, tout en tendant la mains aux voisins immédiats. Évidemment, la vie nous apprend aussi qu’on peut rarement s’en sortir tout seul. C’est toute la différence entre la coopération, la solidarité et la concurrence. Remarquons juste que la coopération a fonctionné et apporté le progrès aux peuples et aux entreprises tandis que la « mondialisation heureuse » voit surtout quelques profiteurs qui grappillent, par-ci, par-là ce qui les intéresse, sans autre considération

 

 

on relira :

PATRIOTISME ECONOMIQUE

patriotisme économique qu'ils disaient