On a appris, quelques jours avant, le décès de Raoul Barrière, l’entraîneur mythique de Béziers qui a été une des meilleures équipes du championnat de France amateur tel qu’il existait avant. Avec lui, le Boucliers de Brennus a été soulevé six fois. Il a dominé le rugby et donné parmi les meilleurs internationaux, Estève, Cantoni, Cabrol, Palmié, Pesteil, Saïsset, Sénal, Vaquerin et surtout Astre, surnommé le « Mozart du rugby » qui avait contre lui d’être en concurrence avec le grand (petit par la taille) Fouroux, meneur d’hommes hors pair.

Raoul Barrière, outre qu’il a révolutionné le rugby français a également innové en offrant des petites bouteilles d’eau à boire à la mi-temps au lieu du traditionnel demi citron. À l’époque, la pause après la mi-temps prenait juste le temps de souffler et de changer de côté. Les joueurs, par tradition, consommaient donc un demi citron qui rajoutait de l’acide dans un organisme déjà malmené et acidifié par l’effort. Résultat, les joueurs biterrois terminaient en forme et pouvaient écraser leur adversaire.

C’est des gars comme Raoul Barrière ou Jacques Fouroux dans un autre genre, tous deux décédés, qui manquent au rugby français. Ils savaient faire beaucoup avec peu de moyens mais un enthousiasme contagieux qui faisait plier l’adversaire. Chapeau bas, messieurs !

http://www.lerugbynistere.fr/news/le-monde-du-rugby-rend-hommage-au-legendaire-raoul-barriere-0903191034.php

irlande-france 2019

 

 

Dressons quelques constats après la nouvelle défaite du XV de France et en premier lieu, l’absence de collectif. C’était ce qu’essayait de bâtir, avec encore peu de résultats, M. Novès. Si l’on regarde ce qui s’est passé en football, les deux fois où la France a gagné la Coupe du Monde, c’est justement quand le sélectionneur a pu bâtir un groupe avec pas forcément les meilleurs du moment mais des jeunes, encadrés par des expérimentés qui aimaient jouer ensemble. Là, on peut dire qu’ils s’entraînent ensemble mais il manque cette complicité qui fait une équipe. Et quand on provoque une crise en limogeant, pour la première fois de l’histoire de l’ovalie française, le sélectionneur juste avant le Tournoi des Six Nations, on ne met pas les joueurs dans les meilleures conditions, surtout quand on n’est déjà pas en situation de force.

Sur le terrain, pas d’animation du jeu, lenteur dans les placements, pas de collectif, beaucoup d’espaces laissés à l’adversaire qui impose son jeu dans tous les domaines et donne l’impression de s’entraîner pour la finale de la semaine prochaine face au Pays de Galles qui vise le Grand Chelem.

Une équipe de France qui passe près de 40 minutes à défendre et qui s’en sort plutôt bien d’ailleurs mais épuisée et incapable de relancer. Relancer qui et pour quoi d’ailleurs ? 89 % d’occupation en faveur des Irlandais. Score final 26-14 à rapprocher de la victoire de l’Irlande sur l’Italie, 26-16 (à l’extérieur) et de la France sur l’Écosse 27-10. autrement plus inquiétante était la défaite face à l’Angleterre sans obtenir de résultat à 2 chiffres… (44-8). En d’autres termes, la France fait désormais jeu égal avec l’Italie et intègre les nations qui ont une différence de points marqués négative.

 

Il manque un butteur (bis repetita). Le jeu au pied est inexistant ou imprécis. Au XIII, le jeu au pied fait partie intégrale du jeu et lorsqu’on botte le ballon, on sait où il va tomber et qui est censé le récupérer. Là, on tire en l’air en espérant qu’un partenaire sera le premier dessus. Résultat, on rend beaucoup de ballons à l’adversaire en plus de perdre les duels. On note beaucoup de fautes techniques qui deviennent des fautes tout-court qui font perdre le match. Pour être juste, il faut signaler aussi qu’après l’expulsion temporaire d’un pilier, on a eu une mêlée à 7 contre 8 qui a résisté et trouvé le moyen de gagner le ballon sur introduction irlandaise ; fait rare en match international. Donc, il y a un potentiel dans cet effectif.

Sans la maîtrise au pied et sans un jeu à la main efficace, on n’avance pas. Une des rares fois où les Français ont bénéficié d’une pénalité, elle était à plus de la moitié du terrain mais presque en face des perches. Un joueur comme Spedding aurait pu la tenter et ouvrir le score pour les Bleus, ce qui aurait redonné un peu de moral à l’effectif. Même en cas d’échec, les adversaires auraient eu à remonter tout le terrain. Ntamack est prometteur mais il est encore loin du niveau international et être le fils de ne lui donnera pas plus l’avantage que Skrela, il y a quelques années seulement ; mais dans le système Laporte, tout est possible. Pour ceux qui me lisent mais ne connaissent rien au rugby, rappelons que « l’ouvreur » est celui qui oriente le jeu et qui tape les remises en jeu au pied. Ntamack fait le boulot mais sans l’envergure d’un patron sur le terrain. En fait, il manque de repères et ça, c’est un problème d’entraînement. On entend, au hasard des commentaires, que la charnière irlandaise a joué 50 fois ensemble. En France, ça n’est jamais arrivé et ce n’est pas près d’arriver tant la paire Dupont-Ntamack laisse à désirer. Il ne suffit pas d’être très bon dans son club. Il faut aussi une présence, surtout à l’international. On ne risque pas de mettre en place ces automatismes qui font la différence. Rappelons que la paire Yachvili-Michalak a joué 20 fois ensemble, gagné 18 fois et concédé 2 nuls. Record qui n’est pas près d’être battu. À l’époque, M. Laporte n’avait pas cru bon de maintenir cette charnière.

 

Une deuxième mi-temps plus équilibrée avec un score de 14 à 7 pour la France mais, bien évidemment, le jeu se joue en deux mi-temps et les Irlandais menaient 19 à 0 à la pause. Ce n’est pas cet effectif qui pouvait remonter au score et encore moins renverser le match. Moins mauvaise deuxième mi-temps, donc, avec les joueurs remplaçants français. Il faudrait peut-être en tirer quelques conclusions. Remarquons aussi que, d’une manière générale, ce sont les joueurs qui étaient sélectionnés avant l’ère Brunel qui se sont distingués, comme d’habitude, Bastaraud en tête, toujours là, sur tous les ballons, efficace et lucide et jamais résigné. Thomas Ramos n’a pas confirmé à l’arrière mais que pouvait-il faire ? En fait, dès qu’il y a en face une équipe un peu forte, plus rien ne fonctionne.

Parlant de mi-temps, un commentateur a cru bon citer une expression attribuée par lui à Pierre Albaladejo : « Le chat est maigre ». Rappelons que c’était une invention de Pierre Salviac (avec « le bonheur est dans le pré », « Le cochon est dans le maïs », « la cabane est tombée sur le chien » et autre joyeuseté qui avaient fait son style) pour qualifier un score étriqué mais à l’avantage des Français à la mi-temps. Finalement, n’était le match décevant et le jeu pitoyable, le résultat n’est pas si mauvais : seulement 8 points d’écart à la fin. Pas si mal quand on prend un essai au bout de 2 minutes. Cependant, les Irlandais se permettent de faire sortir leurs meilleurs joueurs qui laissent leur place à des jeunes qui ont à cœur de donner leur meilleur pour être sélectionnés pour la finale contre le Pays de Galles. C’est le moment où, le résultat étant acquis, les Français ont pu marquer. Encore une fois, la France doit faire le contraire en appelant des joueurs expérimentés pour la deuxième mi-temps afin d’espérer renverser la partie à l’image de la rentrée décisive d’un Serin

 

Il est rare que nous commentions les décisions de l’arbitre mais on ne peut pas dire que M. O’Keeffe (NZ) laissera une bonne impression : recours systématique à la vidéo, y compris pour le cafouillage à l’origine du deuxième essai français. Comment penser qu’une caméra soit mieux placé que lui quand il y 4 ou 5 joueurs, français en l’occurrence (ils avaient tellement peur qu’un Irlandais leur chipe la balle), sur un pauvre ballon ? Il n’y avait que lui qui pouvait voir si le ballon était effectivement aplati sur la pelouse et pas sur un joueur. Disons qu’il accorde l’essai pour compenser celui accordé aux Irlandais quand le ballon a été aplati sur la ligne de but. Pour l’amour du jeu, disons qu’il y était mais d’autres arbitres l’auraient refusé.

 

Bien sûr, répétons que tous ceux qui suivent le rugby sont autant de sélectionneurs mais que dire quand M. Brunel n’arrive même pas à répondre aux questions des journalistes ? On a l’impression qu’il n’est pas dans le coup, qu’il est dépassé. Il ne sait même pas de quoi il parle. Il a été un bon entraîneur de club avec de bons résultats mais c’était avant. Le lendemain, le journal en ligne « 20 mn » titre : « Allo la terre: Jacques Brunel est «déçu» mais pas inquiet »

https://sport-news.20minutes.fr/sport/2469379-20190310-allo-terre-jacques-brunel-decu-inquiet-apres-defaite-xv-france-irlande#xtor=EREC-182-[sport]

et encore : « Après le match, le discours de Jacques Brunel semble difficile à cerner. Totalement écrasée, que ce soit dans la dimension physique ou tactique, l’équipe de France n’a pas existé »

http://www.rugby365.fr/tournoi-de-6-nations-xv-de-france-toutes-reactions-apres-irlande-france-9000637.html

 

Que faire ?

Il faudra qu’on se pose les vraies questions sur le championnat. On ne peut pas continuer à entretenir une compétition de haut niveau avec des armées de vieux mercenaires qui attirent le public et assurent des recettes aux clubs. Recettes pour quoi faire ? Pour recruter d’autres anciennes vedettes de l’hémisphère sud pendant que le XV tricolore doit se contenter du deuxième choix ? Où est la formation ? Où sont les valeurs du rugby ? Dans ces conditions, il sera difficile de sélectionner des joueurs capables de faire jeu égal avec les grandes nations de l’ovalie. On l’a dit : l’équipe de France joue en deuxième division et n’est pas près de remonter. Bien sûr, dans le sport, tout peut arriver, sinon, il n’y aurait pas d’intérêt à suivre les performances. On a dit aussi qu’il se passe en France la même chose que dans le foot anglais : une ligue d’excellence, qui aligne les meilleurs joueurs du monde (à l’exception des Allemands) mais une sélection aux Lions éliminée au premier tour du Mondial.

 

De son côté, le XV féminin a écrasé l’Irlande avec une bande de copines qui s’entendent super-bien et qui aiment jouer ensemble. Leur performance est d’autant plus méritoire qu’on ne se presse pas dans les stades pour les regarder. On leur laisse des terrains d’amateurs, avec des pelouses boueuses. On imagine les vestiaires… Et le summum, c’est qu’elles s’entraînent sur l’asphalte du parking de leur hôtel. Chapeau, mesdemoiselles !

 

 

 

https://www.rugbyrama.fr/rugby/6-nations/2019/6-nations-2019-les-bleus-humilies-en-irlande_sto7179754/story.shtml