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J’écoutais Inter quand j’ai appris la nouvelle. Mme Fabienne Sintes a interrompu son émission pour dire qu’elle voyait sur un écran de télévision l’incendie qui venait de se déclarer à Notre-Dame de Paris. Les invités venus dans la studio pour commenter l’allocution à venir du Président de la République ont poussé une exclamation. Je me suis dit, c’est grave. Je suis allé chez mes voisins pour voir les images. On a interrogé sur France 2 M. Bern pour qui j’ai des sentiments mélangés. Son émotion était palpable et il a tout de suite parlé des arbres qui ont servi pour la charpente et qui avaient poussé voici mille ans. Toute la soirée, j’ai été hanté par cette image : des arbres qui poussaient il y a mille ans et qui brûlent comme une forêt du Midi. Pour avoir découvert, voici quelques années, la charpente et la structure du clocher de la modeste église de mon village, j’imagine facilement comment étaient les poutres de Notre-Dame, leur taille, leur volume, leur masse. Le vieux qui m’avait ouvert les portes et me présentait ce que je n’avais jamais vu, m’a dit alors : « Ce sont des seigneurs qui ont fait ça ! ». Monter de tels masses, les assembler, leur transmettre l’intelligence de l’architecte, du maître d’œuvre, des artisans et des ouvriers et la confier à ces bois pour les siècles. C’est à eux que j’ai pensé en voyant ces flammes magnifiques car, même au moment d’agoniser et de finir une vie d’objet, la charpente a trouvé l’énergie d’offrir une apothéose.

 

La masse des cathédrales et autres églises du Moyen-Âge en impose parce que, inconsciemment, on ressent le travail des bûcherons, des transporteurs, des animaux de trait, des ouvriers, des tailleurs de pierre, des carriers, des sculpteurs. Il faudrait des pages pour énumérer tous les métiers, toutes les intelligences des gestes qui ont permis ce que nous voyons. Le maître d’œuvres s’asseyait au sol où il allait édifier le bâtiment et il priait. Dans cette concentration, il commençait à ébaucher le projet qui n’était pas seulement architectural.

 

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Ce qui me frappe, au lendemain de la catastrophe, c’est l’émotion universelle qu’elle suscite. Quand il arrive quelque chose à Paris, c’est le monde entier qui s’arrête et qui réagit. Des drames, des incendies de monuments, des attentats, il y en a partout mais, hélas, ça ne provoque pas l’émoi partout. Des dizaines de personnes sont mortes noyées en traversant la Méditerranée depuis le début de l’année. On s’habitue alors qu’on ne peut admettre « Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé ». L’émotion était incommensurable lors des attentats contre les tours de New-York parce qu’on a vu, en direct, mourir des centaines de personnes et les flammes rappeler les morts. À Paris, pas de victime cette fois-ci mais l’émotion est égale. Au cours d’un de mes voyages, j’ai pu rencontrer plusieurs personnes qui avaient visité Paris et l’une d’elle m’a dit : « Paris est unique ». Des Révolutions, il y en a eu dans le monde entier. Celle de 1789 n’était pas la première. Des rois assassinés, exécutés, il y en a eu des dizaines dans le passé et encore au siècle dernier, le roi Abdallah de Jordanie à proximité des lieux saints de Jérusalem. Pourtant aucun n’a l’importance des événements révolutionnaires parisiens de la fin du 18e siècle.

 

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Je raconte cela à dessein et à l’attention des technocrates qui nous gouvernent et qui pensent qu’une nation se gère comme une entreprise avec des logiques comptables, des dettes, des agents économiques interchangeables, mobiles, variables. La France n’est pas une nation comme les autres ; et cela dit sans aucun mépris pour les autres, leurs Histoires, leurs peuples. J’ai écrit, sur La Lanterne de Diogène que ce n’est pas un hasard si, après leur pavillon national, c’est le pavillon de la France qui a été le plus visité lors de l’Exposition Universelle de Changhaï en 2010et j’ai expliqué pourquoi à ce moment-là. Les tentatives de faire rentrer la France dans le moule de la mondialisation, d’en faire un membre parmi d’autres de l’UE, n’y changeront rien. Les jeunes générations qui apprennent à détester le passé de leur pays voient l’émotion provoquée par l’incendie d’un monument emblématique qui témoigne d’une présence de la France dans l’Histoire universelle comme peu de nations peuvent en dire autant.

 

Je le dis aussi à l’adresse de ceux qui dénigrent en permanence la France, son Histoire, son peuple et recherchent l’affrontement permanent. Leurs polémiques donnent un sens à leur existence misérable mais on ne détruit pas en quelques années un pays qui existe depuis si longtemps et sous le même nom. Ce qui a traversé les époques survivra aux vaines querelles de ceux qui n’ont trouvé que ce moyen pour marquer leur passage. On sait que Notre-Dame de Paris qui a mis 107 ans à être construite, qui a été remise debout au 19e siècle grâce au génie de Viollet Le Duc, qui a inspiré tant d’histoires, de films sera reconstruite. Il faudra du temps mais la vieille nef glorieuse se dressera à nouveau et flottera sur les toits de Paris.

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