Décidément, l’article sur le macronisme attendra ou ne sera jamais publié. Il rejoindra les dizaines d’articles, généralement longs et argumentés que je n’ai jamais pu mettre sur ce blog. Commencé il y a environ deux mois, je ne le publierai pas incomplet malgré les déjà 3 pages dactylographiées.

 

 

Cette fois, la suspension est due à un nouvel épisode du macronisme tel qu’apparu après la première conférence de presse du Président. Passons sur ce qui a déjà été dit avant même qu’il ne s’exprime. Passons aussi sur le gros de ce qu’il a annoncé et commenté. On avait compris depuis longtemps que tout le battage autour du fameux « grand débat » consistait à faire semblant de coller aux revendications exprimées tout en les balayant. On avait compris aussi que, comme par hasard, l’Élysée se réjouissait de l’adhésion du peuple aux lignes fortes de son programme, à savoir la réduction et la suppression d’impôts. Ce qui tient lieu de programme, à savoir « il faut faire des économies » (pour quoi faire au fait?) passe comme une lettre à la poste si l’on ne parle que de réduction d’impôts plutôt que de suppression de services publics de proximité. Juste un mot à ce sujet : moratoire sur les suppression de services hospitaliers, de classes etc. Entre nous, s’il déroge, il ne lui arrivera rien de bien fâcheux et, après les protestations d’usage, on n’en parlera plus. De toute façon, le mal a été bien fait par ses prédécesseurs. Il n’y a plus grand-chose à supprimer sauf, peut-être, la malheureuse centrale nucléaire de Fessenheim mais la promesse non tenue de son prédécesseur ne l’empêche pas de bien vendre son bouquin et de recevoir un accueil populaire dans les librairies où il dédicace.

 

Donc, que retenir de cette conférence de presse qui n’ait été dit ? Une phrase, une formule plutôt campe bien le personnage et sa mission suprême : en finir avec « l’élitisme à la française ». Après la mise à la corbeille du rapport Borloo qui devait apporter des solutions aux territoires perdus de la République sous prétexte qu’il émanait de « deux mâles Blancs » et que « ça ne marche plus comme ça », voici maintenant que « l’élitisme à la française » n’est plus supportable. « L’élitisme à la française », c’était cette possibilité pour chacun de pouvoir parvenir au plus haut niveau grâce à son seul mérite. Ça ne fonctionnait pas à la perfection, loin de là, mais, bon an mal an, quelques enfants des classes populaires accédait à cette élite. Depuis une vingtaine d’années, ça fonctionnait de plus en plus mal et l’on était retombé à des effectifs ridicules. Des jeunes qui auraient pu, ironisaient sur l’ascenseur social en panne mais également l’impossibilité pour eux de prendre l’escalier. Malgré tout, il y en avait encore qui passaient. Cette fois, gageons qu’il n’en passera plus ou, plutôt, qu’on choisira dans un cadre, qui est sans doute déjà déterminé, quels représentants de minorités auront droit à l’assiette au beurre. La plupart des Français ont de l’ENA l’image d’un club fermé. Cette fois, ils seront servis car, quel que soit le cadre retenu, il ne pourra s’agir que d’une cooptation déguisée. Et en plus, ça se fera avec l’aval des plus hostiles.

En supprimant l’ENA plutôt qu’en la réformant, en l’adaptant au « monde nouveau », le Président Macron prive l’État et ses pouvoirs publics d’une élite, certes pas toujours bien inspirée, pour faire fonctionner leurs services. D’ailleurs, l’objectif est de supprimer le plus possible les services publics, par conséquent, les besoins en hauts-fonctionnaires seront moindres à l’avenir. En affaiblissant un peu plus l’État, le Président de la République obéit à la doxa de l’OMC, de l’UE, FMI et autres instances supranationales non élues tout en mettant la France au niveau des autres membres de l’UE, ce que, en temps que membre fondateur, avec sa puissance démographique et, jusqu’à ces dernières années, son poids économique, elle n’était pas. Sans doute nous expliquera-t-il un jour que l’UE propulsée par le couple franco-allemand relève de « l’ancien monde » et que « ça ne marche plus comme ça ». Désormais, rien ne s’oppose à ce qu’elle rejoigne le niveau de la Pologne ou du Danemark et, à terme, que son siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU soit occupé par l’UE tandis que la GB (alliée indéfectible de qui l’on sait), bien sûr, conserverait le sien quoi qu’il arrive. À la suite de cette très démagogique suppression de l’ENA, il faut aussi ajouter la réduction du nombre de parlementaires. Ce n’est pas pour ce que coûtent les élus, surtout si l’on compare leurs indemnités aux revenus des patrons et cadres dirigeant les très grandes entreprises (et même de moins grandes) en cumulant salaires très élevés, participations, primes diverses, parachutes dorés, retraites tout aussi dorées etc. En revanche, leur réduction ne leur permettra plus d’étudier toutes les propositions de loi ni d’en proposer pour faire face aux défis du « monde nouveau ». Qu’à cela ne tienne, de nouvelles directives européennes s’appliqueront en lieu et place de lois votées par les représentants des citoyens. Ce, d’autant plus facilement que les dits citoyens se sentent de moins en moins représentés par leurs élus. Qui a dit que M. Macron n’est pas à l’écoute des Français ?

 

Dans la formule présidentielle, c’est le terme « à la française » qui est le plus important. Il s’agit pour tous ceux qui ont étudié l’économie dans le manuel de Barre et de ses émules, d’effacer toute trace de la réussite à la française, telle qu’elle a pu s’exprimer aux cours des années gaullistes. Le général De Gaulle ne voulait dépendre de rien ni de personne. Par conséquent, tout son art, dès la Libération, avec le CNR puis, de retour aux affaires en 1958, a consisté à tout faire sur place, à moindre échelle que les deux super puissances mais sans dépendre de leur bon vouloir. Des groupes industriels se sont alors constitués ou renforcés, la libre entreprise était respectée ainsi que le marché qui assure la possibilité de choisir. L’État prenait toute sa part en coordonnant la politique industrielle pour l’orienter vers les besoin de la France et des Français. Envers et contre tout, cette politique a payé et a même dépassé les objectifs dans bien des domaines. L’indépendance ne signifie pas l’isolation et la France a pris la tête de politiques de coopération avec ses voisins et partenaires, jetant les bases de ce qui allait être la construction européenne. Aujourd’hui, devant l’impopularité de la technocratie européenne, il est de bon ton d’attribuer ses réussites à l’UE mais, au départ d’Airbus, d’Ariane il y a, avant tout, la France et rappelons que les deux se sont constitués en dehors de la CEE et s’ouvraient à d’autres partenaires hors Europe.

Toutes les politiques visant à affaiblir l’État, à dénoncer le coût de ses services, à privatiser les fleurons de l’économie, à laisser faire les actionnaires, à s’aligner sur le moins disant, à faire sauter les barrières douanières puis sanitaires et environnementales, toutes ces politiques menées depuis 43 ans, à présent (en France du moins) ont échoué et il n’est plus possible, aujourd’hui de le nier. Nous avons déjà écrit, ici, que l’ultralibéralisme est un totalitarisme en ce sens que, tout comme les autres, il mène une action néfaste pour le peuple en usant de propagande visant à détourner le sens des mots et présenter comme des réussites les échecs qui parsèment sa funeste politique. Comme les autres, les échecs avoués sont expliqués par ce qu’on n’est pas allé assez loin dans l’ultralibéralisme. Le Président Macron en appelle tout le temps à la pédagogie, vocable destiné à convaincre, malgré l’évidence, que la politique menée est, sinon bonne, du moins la seule possible. Par conséquent, en dépit du bon sens, on continue à marche forcée et on persiste dans l’erreur qui sème la pauvreté un peu partout. N’oublions pas à qui appartiennent les principaux médias et autres groupes de presse : des industriels et des financiers, tous adeptes de l’ultralibéralisme.

 

Macron - ND

Le plus grave, hélas, c’est que cette formule a été prononcée par un hommes dont c'était le devoir, l'honneur, la raison d'être, de servir et de défendre la France, son pays. Il n’est certes pas le premier à avoir oublié, pour ne pas dire s’être assis sur ce qui doit faire la servitude et la grandeur de sa fonction mais il est celui qui va parvenir à l’achever car il sera difficile de revenir en arrière après. Une fois les services publics réduits, confiés à des officines privées (comme celles qui font payer pour récupérer les cartes-grises), une fois la haute-fonction publique décapitée, il n’y aura plus grand-chose à faire. La France ne sera pas sauvée par ces myriades de jeunes-pousses qui répondent avec talent à des besoins très limités. Elle ne sera pas plus sauvée par des entreprises aux mains d’actionnaires qui ne pensent qu’au rendement de leurs titres et s’empresseront d’investir ailleurs quand le vent tournera.

On peut, à ce stade, se demander comment on en est arrivé là. D’abord, la démagogie fonctionne toujours sinon, il y a longtemps qu’on n’en parlerait plus. Pratiquer la « vérité des prix » comme disait Barre a été la première étape pour disqualifier les services publics. On n’équilibre plus les déficits des uns avec l’argent des bénéfices des autres. On augmente les tarifs des prestations ou on y met fin. Ensuite, on applique la parabole de la grenouille, du nom de cette animation qui circulait, il y a quelques années sur la toile et qui montrait comment une grenouille dans une casserole d’eau appréciait que la température augmente avant de se rendre compte que la chaleur l’affaiblissait et qu’elle n’avait plus de force pour s’extraire de la casserole et échapper au sort qui l’attendait. Le dernier atout de M. Macron consiste à raviver, à la faveur des manifestations de gilets-jaunes, l’animosité séculaire des Français contre l’impôt. Aucun risque : succès garanti !

 Enfin, il y a une autre formule moins commentée, « replacer l’humain au centre ». On peut facilement imaginer comment ont travaillé ses équipes au cours des dernières semaines. On a listé un certain nombre de belles propositions mais, bien sûr, en les extrayant de leurs contextes pour les adapter aux besoins du discours. Parmi toutes, celle-ci, prise dans le mouvement altermondialiste. C’est encore une caractéristique du totalitarisme de droite que de reprendre la phraséologie de gauche pour faire croire au peuple qu’on le défend. Ainsi, dans le cas improbable où des voix réclameraient plus d’impôts (par exemple en rétablissant l’ISF ou en instaurant de nouvelles tranches pour les plus hauts revenus) pour améliorer les services publics, pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscales, le Président conclut en prétendant qu’il fait tout ça pour « replacer l’humain au centre ». L’affaiblissement de l’État, la réduction du nombre de fonctionnaires et hauts-fonctionnaires, la réduction du nombre de parlementaires (qui contrôlent l’exécutif), tout ça donne l’impression aux plus réfractaires des Gaulois qu’ils seront débarrassés d’inutiles et qu’ils occuperont un peu de l’espace laissé vacant. En finir avec « l’élitisme à la Française » pour « replacer l’humain au centre ». Ah, c’est un métier !

 

https://www.huffingtonpost.fr/patrick-martingenier/vers-la-fin-de-l-elitisme-francais_b_7530506.html

 

http://www.lefigaro.fr/politique/2017/08/30/01002-20170830ARTFIG00304-macron-lance-l-offensive-contre-les-forces-du-monde-ancien.php