Passons sur les résultats des élections générales de 2019 en Espagne. Ils n’intéressent plus les Français vu que le PSOE remporte les élections. Il devra faire alliance, en plus de la gauche (Podemos), avec le centre ou avec des nationalistes basques et/ou catalans. Seulement, contrairement à ce qui était annoncé ici, au mépris des premières estimations, l’extrême-droite, si elle fait son entrée aux Cortes ne fait pas un tabac. Donc, ce n’est pas intéressant. Les Français auraient aimé pouvoir dire que le franquisme renaît.

 

L’Espagne est une démocratie parlementaire. Ça signifie que le chef du gouvernement, appelé là-bas, « le Président » (pour Président du Gouvernement) est obligatoirement le chef du parti arrivé en tête aux élections appelées, comme dans toutes les démocraties parlementaires, « élections générales ». La démocratie parlementaire avec un scrutin proportionnel implique des alliances et des compromis. Ça veut dire aussi que, lorsque l’alliance rompt, le Roi doit convoquer de nouvelles élections. C’est ainsi que les Espagnols ont voté 3 fois en moins de 4 ans. Comme dans les démocraties parlementaires qui nous entourent, le chef du gouvernement battu se retire du devant de la vie politique au lieu de préparer sa revanche en devenant chef de l’opposition, comme ça se fait en France. En général, passée l’amertume de la défaite, il brigue la présidence de son Autonomie d’origine.

Les « Autonomies » sont abusivement comparées à nos Régions. Abusivement car, si topographiquement, elle se ressemblent, le gouvernement autonome n’est pas un simple Conseil Régional à la française. Les parlementaires autonomes élisent leur Président qui forme un véritable gouvernement qui va décider de la politique des transports, de la culture, de l’éducation, de l’aménagement du territoire, de l’environnement et d’autres compétences selon les cas.

Les Autonomies sont consubstantielles de la démocratie espagnole et sont apparues dans la foulée de la Constitution de 1978, soit quelques mois seulement après la mort du dictateur. La loi sur les Autonomies a commencé d’être appliquée tout de suite là où il y en avait le plus besoin, à savoir en Catalogne et au Pays-Basque puis en Galice. Le reste de l’Espagne a suivi en fonction des besoins et des aspirations des habitants. Il y a 17 Autonomies de tailles différentes. Si l’Andalousie comprend 8 provinces (= département) et Castille-et-Léon, 9 provinces, il existe 7 Autonomies formées d’une seule province. En d’autres termes, on a tenu compte de la spécificité de chacun, de son histoire, des inimitiés, et de divers particularismes. C’est ainsi que la Navarre a toujours bénéficié d’une forme d’autonomie, garantie par des fors (= charte) respectés par les rois d’autrefois et par la démocratie d’aujourd’hui. Les différences ne s’arrêtent pas à la taille ou au bilinguisme de certaines. Le statut d’autonomie n’est pas le même partout. Certaines, comme la Catalogne et le Pays-Basque ont besoin de davantage d’autonomie. Elles sont bilingues, l’enseignement se fait dans la langue locale, elles possèdent leur propre police autonome qui cohabite avec la police nationale (et les polices provinciales et municipales) et, parfois, la garde-civile militaire. En revanche, Castille-et-Léon n’a vu son statut promulgué qu’au cours des années 1980 et finalement appliqué à la fin des années 1990. La conscience régionale est faible dans cette région et d’autant plus qu’elle est à la base de la construction de l’Espagne.

 

historique

Jérémy parle de vieux pays concernant la France et l’Espagne. Si c’est vrai pour la France qui, malgré une construction étalée au fil des siècles existe depuis, disons le début du Moyen-Âge, il n’en est pas de même de l’Espagne. Là encore, les Français se fient à leur lecture d’Astérix qui présente des pays connus aux contours connus avec des noms à peine transformés. On peut commencer à parler d’Espagne quand le roi d’Aragon, Fernand (ou Ferdinand) épouse la reine de Castille, Isabelle, en 1469. Et encore, reste-t-il à cette date, une poche maure qui ne tombera que le 2 janvier 1492… Pourtant, si la partie castillane s’unifie, il n’en sera pas de même de la partie aragonaise formée de plusieurs suzerainetés qui perdureront encore quelques siècles. La Catalogne est l’une d’elles. Donc, l’Espagne n’existe que depuis moins de 500 ans et encore. Par conséquent, chaque région conserve ses traditions, ses particularismes et un regard hautain (pour ne pas dire plus) sur toutes les autres, vues comme autant de rivales. Cette division entre Aragon et Castille traverse les siècles bien qu’avec des contours évolutifs. Si la Castille demeure le cœur de l’Espagne, le reste a bougé. Le cœur de l’Espagne est attaché à la terre, à la manière d’une Scarlet O’Hara. C’est une Espagne paysanne, traditionnelle, fière, hiérarchisée. L’Aragon historique s’est déporté sur la Catalogne, commerçante depuis les Phéniciens, ouverte sur le large, sur l’Europe (c’est-à-dire sur la France vue de Catalogne), laborieuse, moderne et, pour tout dire, capitaliste. Le Pays-Basque a pris le pli de la modernité car également ouvert sur le large et partageant une frontière avec le reste du monde. Les environs de Madrid, doivent leur essor à leur statut de capitale mais a longtemps hésité entre la tradition et la modernité. Comme on n’arrête pas le progrès, il s’est imposé. Au début du siècle dernier, les choses en étaient là. D’un côté une Espagne perméable aux idées qui se répandaient sur tout le continent, de l’autre de vastes territoires fermés, persuadés que l’Espagne n’a besoin de rien ni personne pour rester la plus grande et que tout le monde finirait par le reconnaître, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. On a compris, à ce stade, que ce sont là les prémices de la guerre civile qui a vu la victoire des conservateurs. Franco a adopté pour l’Espagne la devise « Une, grande et libre ». Cette aspiration à l’unité traverse les époques. La grandeur de l’Espagne passe par l’unité à tout prix et il n’est pas anormal que le nouveau parti Vox ait déclaré vouloir en finir avec les Autonomies.

 

Voici en quelques ligne, le moins que quiconque devrait savoir avant de prétendre parler de l’Espagne. Et puisqu’il a été question de la Navarre, précédemment, observons sur n’importe quelle carte de n’importe quelle époque que la Navarre a toujours existé et toujours été à part. À ce stade, il faut encore dire que l’on a tendance à parler de deux Espagne qui cohabitent tant bien que mal mais ça n’est encore pas aussi simple car chaque région à sa double, ce qui complexifie encore.